Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 82 janvier 2000 UNE LARME POUR ARKAN !

Si l'on verse une petite larme, ce n'est ni pour le personnage ni pour l'interruption d'une si intéressante carrière, mais de rage, car nous ne saurons jamais tout ce qu'il aurait pu révéler dans la chambre de jugement à La Haye.

La défaite sans appel essuyée par le parti du défunt Tudjman aux élections législatives en Croatie, qui a toutes les chances d'être confirmée aux présidentielles de fin janvier par une débâcle du H.D.Z, constitue la première excellente nouvelle arrivée d'ex-Yougoslavie depuis longtemps. Sans couvrir de lauriers les vainqueurs qui accèdent au pouvoir, dont le comportement passé n'a pas été des plus glorieux aux moments les plus critiques des conflits et des guerres yougoslaves, il faut se féliciter de leur volonté affirmée de faire prendre à la Croatie la route de la démocratie, du respect des droits de l'homme, de la coopération internationale et de la collaboration avec le T.P.I. Les nouveaux dirigeants de Zagreb savent que la fidélité à leurs engagements, notamment pour ce qui concerne la reconnaissance de l'intégrité de la Bosnie-Herzégovine et le retour des Serbes de Croatie dans leurs foyers, est la condition de leur intégration à l'Europe. C'est du moins le message que devraient leur adresser avec la plus grande clarté les responsables politiques de l'Union européenne.

Le tournant de Zagreb ne manquera pas, s'il se réalise pleinement, d'avoir des conséquences favorables en Bosnie en y affaiblissant le clan national-mafieux "herzégovinien", puis par ricochet tous les autres, ce qui ne pourra qu'encourager et conforter les forces qui combattent pour la réunification du pays sur des bases démocratiques. On attend que le sévère avertissement adressé par le Conseil de sécurité à la présidence tripartite de B.-H. pour qu'elle se conforme aux termes de la déclaration de New-York soit suivi de mesures concrètes et que le Haut-Représentant use, s'il le faut, de tous ses pouvoirs pour les imposer, comme il vient de le faire avec la création d'une police commune des frontières.

Les événements qui se déroulent à Belgrade confirment que la Serbie demeure le trou noir dont on ne discerne pas la sortie. L'opposition a progressé sur la voie de son unification mais elle reste en grande partie paralysée par son incapacité à formuler une critique radicale de la politique qui a conduit à la catastrophe qu'elle déplore, politique qui n'a pas seulement été celle de Milosevic, mais aussi de larges secteurs de la société serbe. Il n'est donc pas étonnant qu'une de ses revendications soit le retour de forces armées serbes au Kosovo ... On remarquera de même, à propos du meurtre d'Arkan, qu'à Belgrade certains commentaires portent plus sur les moyens employés pour liquider le personnage que sur sa carrière criminelle. L'inquiétude qu'ils traduisent d'une aggravation des violences, est compréhensible, mais peut-on véritablement croire qu'après tant d'années de crimes de toutes sortes, le régime de Milosevic se laissera tranquillement déposséder de son pouvoir en concédant à son opposition des élections libres, honnêtes et, de plus, anticipées ?

LES ELECTIONS EN CROATIE

Les résultats :

La Communauté croate démocratique (HDZ-parti de Tudjman) a subi un échec cuisant aux élections législatives du 3 janvier 2000 et doit quitter le pouvoir au profit de la coalition formée par le SDP (Parti social démocrate de RACAN, futur premier ministre) et le HSLS ( Parti social libéral croate de BUDISA) qui a largement gagné, ayant obtenu la majorité dans toutes les circonscriptions sauf une (la diaspora).

La coalition SDP-HSLS aura 71 sièges, le HDZ 46.
Une autre coalition formée par le HSS (Parti paysan croate), le IDS (Ligue démocratique istrienne), le LS (Parti libéral) et le HNS (Parti du peuple croate) a remporté 23 sièges.
5 sièges reviendront à la coalition de droite composée du HSP (Parti croate du Droit) et du HKUD (Parti démocrate chrétien).
Les minorités ethniques disposeront de 5 sièges, alors que la diaspora sera représentée par 5 ou 6 députés.
Le taux de participation a été de 77%. La diaspora (principalement les Croates de Bosnie-Herzégovine) a voté pour le HDZ.

La coalition SDP-HSLS avait signé un accord préélectoral avec la coalition des quatre (HSS, IDS, LS et HNS) en vue d'une coopération post-électorale. Ces six partis auront une majorité confortable au parlement. Dans ses premières déclarations après les élections, la coalition victorieuse a défini ses trois principaux objectifs: sortir le pays de la crise économique et sociale.. éliminer les obstacles à la démocratisation du pays et sortir la Croatie de son isolement international. Quant à la Bosnie-Herzégovine, la coalition préconise de veiller au respect des droits des Croates bosniaques, dans le cadre du respect de l'unité et de l'intégrité territoriale de cet Etat voisin.

Analyse en direct de Sarajevo.

Un tournant vers la démocratie. La communauté démocratique croate (HDZ), parti et mouvement de Franjo Tujdman, président de la Croatie récemment décédé, a essuyé une sévère défaite aux récentes élections parlementaires. Ce résultat ne leur assure pas la majorité des deux tiers, mais celle-ci pourrait être atteinte grâce aux votes des représentants des minorités nationales et de la diaspora. Ce serait une première mondiale. En effet, selon la Constitution de la République de Croatie, tous les Croates ont le droit de voter aux élections, même s'ils sont citoyens d'un autre pays. C'est ainsi qu'en Bosnie-Herzégovine, 25 à 30% des 320.000 Croates autorisés à participer aux élections se sont effectivement rendus aux urnes
Le nouveau premier ministre sera Ivica Racan, leader du SDP-. Drazen Budisa. chef du HSLS, a quant à lui posé sa candidature aux élections présidentielles qui doivent avoir lieu à la fin du mois. Vu la nouvelle conjoncture, on s'attend à ce qu'il en sorte victorieux, ce qui permettrait d'éviter une cohabitation. On peut s'attendre à ce que la Constitution de la République de Croatie soit amendée et le système présidentiel remplacé par un système parlementaire. Solution qui convient désormais au HDZ, vu sa défaite.
Les citoyens de Croatie se sont tournés vers la démocratie en mettant fin à l'ère Tudjman. Après son triomphe aux élections de 1991, sa victoire sur l'arme du président de la République fédérale de Yougoslavie, Slobodan Milosevic, Franjo Tudjman a dirigé la Croatie d'une main de fer, en autocrate, s'inspirant d'un nationalisme outré. Le pillage des anciens biens sociaux à travers des manipulations. la privatisation et la corruption, a permis le brusque enrichissement d'un cercle restreint et privilégié.. dont fait partie la famille Tudjman, alors que la plupart des gens vivent au bord du seuil de pauvreté. La dette extérieure de la Croatie est énorme. Tudjman et le HDZ contrôlaient entièrement l'armée, la police, les principales entreprises, les banques et les grands médias. Tout cela a favorisé l'isolement du pays, surtout en raison de sa politique hégémonique vis-à-vis de la B-H., où la filiale du HDZ continue à prôner le partage de la Bosnie et fait obstruction à l'application des accords de Dayton
L'échec du HDZ revêt une extrême importance pour la Bosnie elle-même, car les nouveaux dirigeants sont prêts à respecter les accords de Dayton et à mettre en oeuvre une politique de bon voisinage, ce qui sera un grand soulagement pour la population. La victoire de l'opposition en Croatie aura un effet stimulant sur le processus de démocratisation en B-H.. bien que l'on ne puisse guère s'attendre à un virage similaire au moment des élections qui doivent s'y dérouler cette année.
Le contexte politique est en effet très différent de ce qu'il est dans l'Etat voisin. La défaite du HDZ laisse entrevoir un renversement de la situation et des relations dans l'ensemble de la région, soumise cette dernière décennie au totalitarisme des nationalismes croate et serbe, dont les prétentions hégémoniques ont surtout atteint la Bosnie-Herzégovine et la population boshniaque. mais aussi les ressortissants des autres nations. La démocratisation de la Croatie et son orientation vers des associations européennes et transatlantiques sera d'une très grande importance pour l'avenir de la Bosnie-Herzégovine.

Zija D. Oslobodjenje

 

BOB DOLE, (Haut représentant en B-H) : 

"LA GUERRE EN BOSNIE N'EST PAS VÉRITABLEMENT FINIE

Il n'y a pas grand chose à célébrer en Bosnie-Herzégovine. Des milliards de dollars sont dépensés pour les besoins des forces internationales, militaires et civiles, mais la B-H est toujours divisée selon des lignes ethniques, dirigées par un gouvernement qui ne fonctionne pas. Par ailleurs, les nationalistes continuent à occuper des postes clé. La démocratie est toujours embryonnaire.

Plus d'un million de Bosniaques - soit pratiquement un quart de la population d'avant-guerre - se trouve dans l'impossibilité de regagner leur pays, leur sécurité n'étant pas garantie par les forces militaires et policières internationales. Ce qui est particulièrement vrai pour les régions de la Republika Srpska nettoyées ethniquement." Bob Dole, l'un des leaders républicains, souligne entre autres, dans une analyse parue dans USA today : "La guerre, en Bosnie, n'est pas véritablement finie.", accusant avant tout la communauté internationale - l'Amérique en tête - de ne pas avoir fait, quatre ans après la signature des Accords de Dayton, tout ce qui aurait dû être fait pour que la B-H puisse vivre dans des conditions tant soit peu normales.
A son avis, le fait que la SFOR n'ait pas arrêté Radovan Karadzic, Ratko Mladic et autres accusés de crimes de guerre par le Tribunal pénal de La Haye "empoisonne dans une large mesure l'ensemble de l'atmosphère politique bosniaque".( ... )" Les Bosniaques nous sont reconnaissants d'avoir mis fin à la guerre, mais la plupart d'entre eux ne jouissent pas encore d'une vie normale. La B-H est prise dans une souricière politique et économique dont elle ne se tirera pas tant que l'Amérique et ses Alliés n'auront pas changé de tactique." ( ... )"A l'heure actuelle, quatre ans après la fin de la guerre, ce pays ne serait pas en état de se défendre contre une éventuelle attaque serbe ou croate, et nos troupes ne peuvent toujours pas se retirer de la Bosnie sans que cela risque de porter sérieusement atteinte à sa sécurité. Les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux doivent faire ce qu'il faut pour que Karadzic, Mladic et les autres soient arrêtés. ( ... ) "Par ailleurs le Haut représentant de la communauté internationale en B-H doit pouvoir renvoyer tous les fonctionnaires faisant obstacle à la mise en oeuvre de l'accord de Dayton et utiliser les forces de paix internationales pour garantir le retour des réfugiés".

 

RAPPORT SUR LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME EN BOSNIE-HERZÉGOVNE
janvier-décembre 1999

QUATRE ans après les accords de paix de Dayton, il n'existe toujours pas de véritable état de droit en Bosnie-Herzégovine, en tant que cadre normatif et institutionnel devant permettre la garantie et la protection des droits de l'homme et des libertés. Les Constitutions de la Bosnie-Herzégovine, de la Republika Srpska et de la Fédération de B-H, n'ont toujours pas été adaptées à la Convention européenne des droits de l'homme. Sur le plan politique, le pays est divisé - selon un principe ethnique - en trois parties dominées par les partis nationalistes et des oligarchies.
D'où l'obstruction permanente exercée par les organes du pouvoir, particulièrement dans le cas des institutions centrales de l'Etat. Les prétentions grand serbe et grand croate vis-à-vis de la B-H restent la plupart du temps à l'ordre du jour, ce qui encourage le radicalisme des extrémistes serbes, croates ou boshniaques.
Ce sont en effet les instances internationales qui ont surtout influé sur un changement du contexte politique au sein de l'Etat et de la région. L'intervention des forces internationales en République fédérale de Yougoslavie et l'installation de la KFOR au Kosovo ont joué un rôle particulièrement important à cet égard. Tout aussi important pour le futur de la BH et de l'ensemble de la région a été la consécration d'un Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est. Mais l'on ne peut guère s'attendre à de véritables résultats tant que Slobodan Milosevic n'aura pas été écarté du pouvoir et que la Croatie d'après Tudjman ne se sera pas véritablement engagée dans la voie de la démocratie. La mission de paix internationale a renforcé ses pressions sur les politiciens locaux afin qu'ils veillent à l'application des principales dispositions des accords de Dayton. La SFOR s'est mobilisée pour permettre l'arrestation de plusieurs criminels de guerre. Le Haut Représentant use de plus en plus de ses prérogatives pour enrayer toute obstruction au processus de paix.
La décision de la Commission internationale d'arbitrage sur la transformation de Brcko en un district placé sous contrôle international a également été d'une importance capitale. L'intervention du Haut représentant pour que les réfugiés et personnes déplacées puissent récupérer leurs logements et leurs biens permettra d'en accélérer le retour. L'activité des institutions créées par les Accords de Dayton et où le rôle principal est assumé par des étrangers s'est vue renforcée. Il reste pourtant évident que leurs décisions ne sont toujours pas appliquées. Il reste très difficile de connaître la vérité sur les crimes de guerres et leurs victimes. Le nombre des personnes arrêtées et condamnées ne correspond pas aux nombres de massacres perpétrés. 278.000 personnes ont été tuées, sont mortes ou ont disparu en B-H pendant la guerre (1992-1995). La douloureuse question des personnes disparues reste sans réponse. Tant en B-H que dans les pays voisins, les autorités restent sourdes aux supplications des familles qui cherchent à en savoir plus sur leurs disparus. "Le rapport sur Srebrenica", publié par l'ONU en novembre dernier, reconnaît que la politique poursuivie par cette organisation était erronée et qu'elle a en fait rendu possible la tragédie de Srebrenica.

 

ECHANGE DE CORRESPONDANCE ENTRE FRANCIS JEANSON ET JEAN-MARC AYRAULT

LETTRE du 20-12-99 de M. JeanMarc AYRAULT, Président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, en réponse à la demande de Francis JEANSON d'un appui de ce groupe à la proposition de résolution déposée par Pierre BRANA, député socialiste de la Gironde, en vue de liconstituer une commission d'enquête sur les formes d'engagement de la France en Bosnie-Herzégovine et sur les événements qui ont conduit à la tragédie de Srebrenica":

J'ai réservé la plus grande attention à la lettre que vous m'avez envoyée le 9 décembre au nom de l'Association Sarajevo pour attirer mon attention sur le rapport rendu public il y a quelques semaines par le secrétaire général des Nations Unies, M. Koffi Annan, portant sur la tragédie survenue à Srebrenica, en Bosnie. au mois de juillet 1995.

M. Pierre Brana, député de la Gironde, président du groupe d'amitié avec la Bosnie, m'a signalé en son temps l'importance de ce rapport et la nécessité de comprendre en vue d'éviter la répétition d'un tel drame. Après un échange de vues au sein de notre groupe, nous avons décidé d'ouvrir une réflexion et de l'assortir de propositions qui seront soumises au gouvernement. A cet effet, en notre nom, M. Paul Quilès, député du Tam, président de la commission de la défense, a demandé la constitution d'un groupe d'études sur les Nations Unies. Ce groupe qui devrait être prochainement agréé aura toute latitude pour organiser ses travaux et procéder à des auditions.

Sans commentaire.

 

L'ACTIVITÉ DU TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL POUR LA YOUGOSLAVIE

CONDAMNATIONS : 5 Croates de Bosnie ont été condamnés le 14 janvier 2000 à des peines d'emprisonnement allant de 6 à 25 ans pour leur participation au massacre de 116 villageois de Ahmici (Bosnie central) le 16-04-93. Vladimir SANTIC, commandant de la police militaire et d'un groupe paramilitaire, a reçu la plus lourde peine : il est jugé coupable de persécutions, d'assassinat et d'actes inhumains comme crimes contre l'humanité. En lisant le résumé du jugement, le Juge Antonio Cassese a relevé qu'il s'agissait "du meurtre planifié et organisé de civils d'un groupe ethnique, les Musulmans, par l'armée d'un autre groupe, les Croates. Ce massacre avait pour objectif fondamental d'expulser les Musulmans du village, en en tuant un grand nombre, en brûlant leurs foyers, en abattant leur bétail et en détenant et déportant illégalement les survivants dans une autre zone. Ces actes avaient pour but ultime de semer la terreur dans la population afin de dissuader les membres de ce groupe ethnique de jamais retourner chez eux". Cassese a observé cependant que "à l'exception peut-être de [Santic], [le TPIY] n'a pas eu à juger les principaux coupables, ceux qui portent la responsabilité la plus lourde pour le massacre".

ARRESTATIONS :
Le général Stanislav GALIC a été arrêté le 20-12-99 à Banja Luka par des soldats britanniques de la SFOR. Il est inculpé par le TPIY pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Entre 1992 et 1994, Galic commandait le corps de l'armée Romanija qui a mené une stratégie de "bombardements visant à tuer, mutiler, blesser et terroriser les habitants civils" pendant le siège de Sarajevo, selon l'acte d'accusation. Son inculpation avait été tenue secrète. Madame Carla Del Ponte a signalé que cette arrestation est conforme à sa politique de cibler les plus hauts responsables.Le 27-12-99, Zoran VUKOVIC a été arrêté à Foca par des troupes allemandes. Il était recherché depuis juin 1996 pour la détention, la réduction en esclavage et le viol systématique de musulmanes de Bosnie entre juillet 1992 et février 1993 à Foca, où il dirigeait la police militaire. Transféré à la Have, il doit être jugé en février ensemble avec Dragoljub KUNARIC et Radomir KOVAC, deux autres anciens paramilitaires Bosno-Serbes. Quatre autres personnes qui figurent sur le même acte d'accusation sont toujours libres.

Pour en savoir plus sur l'activité du TPIY. consulter le site : < http://www.un.org/icty/ >

 

 

UN RETOUR BIEN TROP LENT

L'ANNÉE 1999 n'était pas celle du retour des réfugiés et personnes déplacées comme l'avait proclamé la communauté internationale. En effet, il n y a eu que 78.000 retours dont seulement 13.000 en Republika srpska! Sarajevo a récupéré 30.000 de ces anciens habitants! Selon une déclaration de Mirhunisa KOMARICA, présidente de l'association des réfugiés et personnes déplacées, il y a encore 1.500.000 de Bosniaques chassés de leurs foyers, dont 840.000 qui sont déplacés dans leur propre pays.

L'ASSOCIATION PARIS X-SARAJEVO,
qui a accompli un travail considérable dans le domaine de la solidarité et la coopération avec l'Université de Sarajevo, a décidé de se dissoudre. Nous le regrettons et la remercions d'avoir affecté le reliquat de son compte, soit 1759 francs, à l'Association Sarajevo.

 

Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
fax: 01 44 23 76 79

E-mail Sarajevo@ras.eu.org
Sabo@ras.eu.org
http://perso.club-internet.fr/fudo

Président: Francis Jeanson
Directeur de la Publication: Francis Jeanson
Rédacteur en chef : Jean-René Chauvin
Commission paritaire : AA 75121
ISSN : 1286-2703

Abonnement simple

11 numéros par an : 100F
Adhésion à l'Association, 11 numéros + rapport annuel d'activité: 200F

Abonnement de soutien
Pour que les dons bénéficient d'une déduction fiscale, libeller le chèque d'un montant supérieur à 200F à l'ordre de la Fondation de France : compte n° 600927

Imprimerie :
1000 Copies Beaubourg 5, passage des Ménestriers - Paris 3e Tél: 01 48 87 45 72

 



 

LA COOPÉRATION ENTRE LES RÉGIONS - UNE NOUVELLE CHANCE

L'an 2000, l'Institut Media Plan, partenaire de notre Association à Sarajevo, centrera ses efforts sur la réalisation de deux importants projets - le lancement de la Troisième promotion de l'Ecole de journalisme et la publication, à l'échelle régionale, d'un Journal sur les médias, en coopération avec une série d'agences et d'instituts indépendants de l'Europe du Sud-Est. L'Ecole de journalisme a été lancée en 1998 en coopération avec l'Ecole supérieure de journalisme de Lille (France). La principale nouveauté, dans ce cadre, sera l'élargissement de l'Ecole au niveau régional. 15 places seront réservées aux élèves originaires de B-H, 7 à des élèves venus des autres pays de la région. Media Plan lancera un appel officiel aux médias et autres institutions intéressées en vue d'obtenir des bourses pour ses étudiants. 15 formateurs, éminents journalistes de Sarajevo. seront engagés sur une base permanente, 10 autres invités à venir faire des conférences, à partir de Sarajevo, Banja Luka, Mostar, Tuzla, Ljubljana, Zagreb et Belgrade. Un stage d'une durée de dix jours sera organisé à Lille avec le soutien du gouvernement français et de l'Ecole supérieure de Lille, à l'intention de quatre nouveaux formateurs.. L'Ecole disposera bientôt d'un site Internet.

LA publication d'un Journal sur les média, a été conçue comme la première phase d'un projet beaucoup plus large sur "La formation pour un journalisme libre et professionnel en Europe du Sud-Est", qui devrait permettre de nombreux échanges sur les expériences dans le domaine de la formation des journalistes et aussi un échange d'informations médiatiques dans l'ensemble de la région de l'Europe du Sud-Est. La distribution se fera par e-mail et sur un site WEB Intemet. Outre Media Plan, plusieurs agences indépendantes telles que BETA (Belgrade), STINA (Split), MONTENA FAX (Podgorica) et PULS, hebdomadaire de Skoplje (Macédoine) participeront à ce projet. Une collaboration a déjà été établie avec l'Institut pour les droits médiatiques de Ljubljana, le Centre international pour la formation des journalistes d'Europe centrale et Europe orientale (ICEJ), Opatija/Zagreb (Croatie), le Centre des médias de Belgrade et l'Institut albanais des médias (AMI) de Tirana.

QU' EST-CE QUE SEE IN, RÉSEAU D INFORMATION POUR L'EUROPE DU SUD-EST ?

LE Forum politique pour l'Europe du Sud-Est, créé lors d'une réunion tenue à Skoplje (Macédoine) en septembre 1999, a estimé particulièrement important d'assurer l'échange et la circulation de l'information entre les institutions et organisations régionales et internationales participant aux activités du Pacte de stabilité. Cette prise de position a été réitérée au cours d'une réunion entre coopérants.. à Varna. Suite à une proposition présentée par le Forum - Centre pour la recherche stratégique et la documentation (CSRD) à la réunion de Skoplje, l'Institut de l'Open Society a accepté d'assurer le soutien initial nécessaire à l'établissement d'un réseau et a donc créé. en coopération avec le Forum-CSRD, un réseau d'information pour l'Europe du Sud-Est - "See IN". Tout autre éventuel donateur serait le bienvenu pour aider à la mise en oeuvre de ce projet.
SEE-IN disposera de onze analystes couvrant dix différents pays/territoires : CEPS/Bruxelles (10 analystes +1 éditeur analyste à Skoplje), et un co-éditeur à I'OSI/Bruxelles. Les territoires concernés sont : Albanie, Kosovo, Monténégro, Serbie, Bosnie, Croatie, Roumanie, Bulgarie, Macédoine. Moldavie et Bruxelles.
Ces analystes pourraient être chargés de couvrir les activités nationales et internationales liées au Pacte de stabilité, au niveau gouvernemental ou non gouvernemental, et de faire parvenir un rapport condensé au Centre du SEE IN à Skoplje, ainsi qu'au co-éditeur à Bruxelles. Les contacts se feront via e-mail et Internet. SEE In disposera d'un site web, d'une lettre d'information et autres documents électroniques ou écrits destinés au public.
(SEE-IN :  http://seein.org/abo.htnut)

 

MESSAGE DE FIN D'ANNÉE DE WOLFGANG PETRICH AUX CITOYENS DE B-H

ADRESSANT ses voeux aux citoyens de Bosnie-Herzégovine, Wolfgang Petrich a aussi déclaré être préoccupé par l'avenir de ce pays. "Il est temps de procéder à des changements radicaux ... L'Occident s'impatiente... Il y a déjà cinq ans que l'on met en oeuvre le processus de paix et la Bosnie-Herzégovine ne peut plus continuer à avancer à tâtons, comme elle l'a fait jusqu'à présent.. Les pays occidentaux sont de plus en plus convaincus que la présence internationale devra être prolongée, pratiquement, ad aeternam, si l'application des accords de Dayton se poursuit au rythme actuel. Les gouvernements occidentaux et donateurs semblent à bout de patience. Je pourrais énumérer toute une liste d'engagements qui n'ont pas été remplis dans les délais prévus, de responsabilités qui n'ont pas été endossées, d'importantes réunions et sessions qui n'ont pas été tenues ou au cours desquelles les dirigeants de ce pays n'ont rien fait, à part ruser et s'accuser mutuellement. Quelque chose doit changer en B-H si ce pays ne veut pas devenir un coin reculé de l'Europe. Les leaders et donateurs internationaux se demandent de plus en plus souvent: "pourquoi nous occuper de la Bosnie si elle refuse de suivre nos conseils et de tirer le meilleur parti des possibilités que nous lui offrons?" Si j'ai démis de leurs fonctions un certain nombre de personnalités. c'est parce qu'il devenait de plus en plus difficile d'expliquer aux représentants des pays qui financent le processus de paix en B-H pourquoi des gens violant ouvertement les accords de Dayton et les droits de l'homme occupaient encore des postes importants. Il y a pourtant des limites à ce que nous pouvons faire nous-mêmes en tant que communauté internationale. Sans la coopération et l'engagement des personnalités et politiciens sur place, la Bosnie-Herzégovine ne pourra exploiter tout son potentiel. Nous ne pourrons faire de la Bosnie un Etat prospère, démocratique.. stable et un Etat de droit qu'avec la participation des citoyens et des dirigeants élus de ce pays ... L'année 2000 est l'année de la dernière chance ... Des élections sont prévues à deux niveaux. municipal et général. Faîtes le bon choix. Nous devons aussi progresser pour rétablir un véritable Etat de droit. La principale mesure ne portera pas exclusivement sur la réalisation du droit des citoyens au retour, à se voir restituer leurs appartements, leurs maisons et leurs biens. Nous devons aussi relancer les réformes économiques. Il existe pour cela des plans, et ce depuis des années : privatisation, établissement d'un secteur bancaire sain et sûr, réforme fiscale, transparence et responsabilité, élimination de la corruption et des malversations - telles sont les problèmes les plus aigus.

LE "CERCLE 99 " - IL FAUT AMENDER LA CONSTITUTION

L'ASSOCIATION des intellectuels indépendants, "Cercle 99" s'apprête à lancer une initiative pour changer la Constitution de B-H. " Nous voulons que tous les citoyens puissent disposer des mêmes droits, quelque soit leur religion ou leur nation", a déclaré Vlatko Dolocek, président de cette Association.

"Le "Cercle 99" a décidé de lancer une initiative dans ce sens, en se basant sur la Constitution elle-même. L'article 2 spécifie en effet clairement qu'aucune forme de discrimination ne doit être tolérée. L'article 10 stipule pour sa part que seul l'article 2 de la Constitution ne peut être changé. Dans les conditions actuelles et selon les termes de la Constitution, il n'est pas possible d'obtenir une loi électorale normale assurant à tous les citoyens des droits identiques dans l'exercice de leur droit de vote. Ce qui est particulièrement évident, par exemple quand il s'agit de l'élection des membres de la présidence de B-H. Le "Cercle 99" et trois autres organisations non-gouvernementales VKBI (Conseil des intellectuels bosniaques), SGV (Conseil civique serbe) et HNV (Conseil populaire croate) ont organisé une Table ronde sur ce thème. La communauté internationale est contre toute mention d'un changement de la Constitution, craignant que l'on ouvre ainsi la boîte de Pandore. "J'estime que la B-H ne pourra aspirer à devenir un Etat européen normal tant qu'elle n'aura pas révisé cette Constitution - a déclaré Dolocek.

 

SVIJET DISPARAIT !

CELA fait déjà plusieurs semaines que l'on ne trouve plus Svijet dans les kiosques à Sarajevo. Dans son  dernier numéro, sorti au mois de juillet, le comité de rédaction avait annoncé une brève interruption jusqu'au 28 août. "Nous rassemblerons entre-temps l'énergie et les fonds nécessaires à de nouveaux projets". avait déclaré le rédacteur en chef. Le mois d'août est passé, la revue n'a pas reparu et nous venons d'apprendre qu'elle ne reparaîtra pas. Les lecteurs d'un certain âge se souviennent de Svijet comme de l'une des revues bosniaques à gros tirage, l'une des plus populaires en ex-Yougoslavie.
Ceux qui l'ont achetée au cours de l'après-guerre n'avaient pas de mal à la reconnaître dans les kiosques, grâce à ses couleurs et sa présentation graphique particulièrement attrayantes. Sa teneur était conciliante, à orientation civique, gauchisante, teintée de scepticisme vis-à-vis des autorités actuelles.
Sa spécialité n'était pas de rechercher les exclusivités, de dévoiler de nouveaux scandales, de provoquer les dirigeants politiques ou divers voyous susceptibles d'attaquer les journalistes en pleine rue, de les convoquer à fins d'interrogatoire (ou pour des "conversations informatives" euphémisme bosniaque), de leur intenter un procès. Certains de ses articles étaient très sophistiqués et destinés à ceux des lecteurs qui aiment réfléchir. Elle ne pouvait attirer "la masse". Néanmoins, les médias aux idées empreintes d'humanisme ont été, non seulement en Bosnie mais ailleurs, pleinement soutenus par les donateurs. Svijet va quitter définitivement la scène médiatique, n'ayant pas réussi à s'adapter aux lois du marché, et ceci au moment même où l'intérêt des donateurs va s'amenuisant.
Cette revue n'a pas trouvé la clé pour conquérir le marché bosniaque, lequel n'est pas encore véritablement attiré par la diversité et le pluralisme politique, et reste prisonnier d'options ethniques restrictives, de frontières invisibles, enclin à la méfiance, tributaire de la pauvreté de la population. Il s'agit pourtant d'un embryon de marché, et ceux qui veulent y trouver leur place doivent pouvoir maîtriser le monde des affaires tout autant que le monde journalistique. Une question pour terminer: les conditions ont-elles été créées pour permettre aux médias de Bosnie de s'autofinancer? Tel est le message qu'adressent aux rédacteurs les donateurs, qui se sont montrés particulièrement généreux jusqu'à présent. Nous demandons à tous les éditeurs, rédacteurs et autres experts médiatiques de nous faire part de leurs opinions et expériences. Adieu donc, Svijet !

 

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ CONDAMNE LA PRÉSIDENCE DE B-H

LE Conseil de sécurité a tenu une réunion à huis clos, consacrée au rapport de K.Annan et. d'une manière générale, à la situation en B-H. Comme l'a déclaré le président du Conseil de sécurité.. le représentant américain. Richard Holbrooke - les membres de ce Conseil ont exprimé leur mécontentement du fait que certains processus et nouvelles initiatives sont bloqués précisément par ceux qui, en vertu de leurs fonctions, devraient être les premiers à lutter pour leur réalisation dans l'esprit des accords de Dayton. "Le Conseil de sécurité a été unanime à exiger des membres de la présidence de B-H qu'ils remplissent les engagements pris il y a deux mois à New York, dans leur commune déclaration. Les membres de la présidence collégiale - Ante Jelavich, Zivko Radisic et Alija lzetbegovic ont été l'objet de critiques particulièrement sévères. Ces derniers s'étaient en effet solennellement engagés, il y deux mois à New York, à accélérer la mise en oeuvre des principales dispositions de Dayton, c'est-à-dire : assurer les conditions devant permettre le retour plus rapide et plus massif des réfugiés, poursuivre les criminels. mettre fin à la corruption et former des services douaniers communs.

Rien de tout cela n'a été fait. Le général Jacques Klein, représentant des NU en B-H, était présent à cette session du Conseil de sécurité. Il est ensuite rentré précipitamment à Sarajevo, chargé d'un message du Conseil de sécurité au Haut représentant Wolfgang Petrich, l'incitant à utiliser tous ses pouvoirs et à passer un décret sur la création de services douaniers communs pour l'ensemble de la B-H, mettant ainsi fin à la résistance permanente qui y est opposée notamment par les représentants de la RS au Parlement fédéral de Sarajevo.


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

Page sommaire AEC Nantes