Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 94 janvier 2001

EPPUR SI MUOVE!

La visite officielle que vient de f ai re V Kostunica à Sarajevo marque l'établissement de relations diplomatiques régulières entre la Bosnie-Herzégovine et la RFY qui sera confirmé par le voyage en retour de la Présidence collégiale à Belgrade et la prochaine ouverture d'ambassades dans les deux capitales. Avec les contacts noués, renoués, renforcés ou poursuivis avec Ljubljana, Tirana, Zagreb, et Skopje, la Serbie se réinsère dans le jeu diplomatique régional, avec la bénédiction de la communauté internationale qui lui ouvre successivement les portes de toutes Les grandes institutions européennes et morales. Tout cela serait très bien si ce que représente de positif la reconnaissance par Belgrade de l'existence de ses voisins s'accompagnait de sa part d'une nouvelle vision de la réalité balkanique et ne masquait pas des arrière-pensées, à peine voilées, sur Les intentions d'avenir des principaux dirigeants de la Serbie.

La question du Monténégro, telle que la posent les autorités serbes, est à cet égard des plus révélatrices. L'avertissement sous-jacent est clair: les Serbes n'entendent pas assister à une nouvelle modification des frontières de la RFY Si elle se pro duit, ils prendront les terres qui leur appartiennent: outre le Kosovo que, bien sûr, ils n'ont pas "perdu, " ce sera aussi la RS. Pour ceux qui ont de la mémoire, c'était le langage employé en 1991, à l'échelle de l'ancienne Yougoslavie, par Milosevic. Kostunica ayant cru utile, en bon Président d'une démo cratie consensuelle, de consulter son prédécesseur sur le Monténégro et le Kosovo, c'est peut-être cet avis qu'il a recueilli et retenu de son surprenant conseiller. Le plus étonnant dans cette rencontre, qui en a quand même cho qué certains en Serbie, est qu'elle ait suscité si peu de commentaires publics dans les milieux officiels étrangers. Le surréalisme de la situation était redou blé par la concomitance de la courtoi sie affichée envers le dictateur présumé criminel et de la rebuffade infligée à la procureur légitimement mandatée par le Conseil de Sécurité pour le faire arrêter et juger.

La limite de cette attitude de Bel grade tient néanmoins à ce que depuis 1991, du temps a passé. La Yougoslavie n'existe plus, non plus que les moyens dont elle disposait pour imposer sa loi. Sa désintégration n'est pas achevée, comme le notent de nom breux observateurs. Penser qu'il est possible de trouver une solution pour le Kosovo à l'intérieur de la "Yougoslavie" ou de la Serbie est une idée farfe lue qui s'évanouit au contact de la réa lité. Préconiser une fédération au sein de laquelle la Serbie et le Monténégro seraient égaux est une plaisanterie qui ne trompe personne.
La menace que constitue le rattache ment de la RS à la Serbie doit être prise plus au sérieux, car cette tentation reste vive des deux côtés de la Drina et est encouragée dans les nombreux cercles étrangers qui souffrent de myopie. Ceux-ci ont du mal à admettre que mal gré tous les déchirements de la guerre, la Bosnie-Herzégovine reste une et que sa division officialisée rendrait impos sible toute normalisation durable des relations inter-balkaniques. Cette vérité semble néanmoins com prise par la majeure partie des observateurs étran gers. Elle le serait encore mieux si l'Al liance démocratique pour les change ments constituée en B-H parvenait à former le gouvernement central de l'Etat et à mettre en oeuvre le program me de réformes qui s'impose pour faire enfin renaître le pays.

Sommaire
EDITORIAL
EPPUR SI MUOVE!
Bosnie
Fin de l'état de grâce pour Biljana Plavsic
DE NUREMBERG À LA HAYE
Retraités: une situation catastrophique

Serbie
LES SOUCIS DES SERBES
SONJA BISERKO : QUELQUES PROPOS DES NATIONALISTES GRAND-SERBES

Vie de l'association
Réunion du Bureau de l'Association Sarajevo (14/01/2001)
REFUGIES ET DEPLACES

Monténégro
LETTRE DE L'ASSOCIATION SOLIDARITÉ EUROPE-MONTÉNÉGRO

Croatie
RELATIONS COMMERCIALES BOSNIE-CROATIE
AMNISTIE

International
MISSION D'INFORMATION SUR LES "ÉVÉNEMENTS" DE SREBRENICA
URANIUM APPAUVRI: L'AVIS DE LA PRESSE BOSNIAQUEG. W. BUSH ET LES BALKANS

La vie du TPIY
Le procès de Kordic et Cerkez
De nouveaux juges pour les tribunaux
Procès à Mostar
Procès à Mitrovica
Bilan des exhumations au Kosovo
La justice contre la politique : une lutte permanente

Calendrier
La justice contre la politique : une lutte permanente
Appel à projets pour le festival de Mostar:
Parution:

EPPUR SI MUOVE !

Alliance démocratique pour les changements en B-H

Deux mois de négociations difficiles ont finalement permis d'aboutir à la constitution d'un bloc post-électoral: L'Alliance démocratique pour les changements en B-H. Ce bloc est formé des dix .partis politiques suivants:
SDP (Parti social-démocrate, présidé par Zlatko Lagumdzija)
SBH (Parti pour la B-H - flaris Silajdzic) 
NHI (Nouvelle initiative croate - Kresimir Zubak)
PSBH (Parti patriotique de B-H - Sefer Halilovic)
RS (Parti républicain - Stjepan Kljujic)
GDS (Parti démocratique citoyen - Ibrahim Spahic)
HSS (Parti paysan croate - Simic)
SPBH (Parti des retraités de la Fédération de B-H)
LDS (Parti libéral démocratique)
DSPBH (Parti démocratique des retraités de B-H)
Ces dix partis, jusqu'à présent dans l' opposition, ont annoncé l'adoption de deux documents: "Actions prioritaires" et "Programme opérationnel" pour l'application des mesures arrêtées lors de la récente session du Conseil pour la mise en oeuvre des accords de Dayton. L'Alliance, qui se propose d'éliminer du pouvoir les partis nationalistes (le SDA d'Izetbegovic, le HDZ de Jelavic et le SDS de Karadzic-Kalinic), a obtenu le soutien formel de la communauté internationale. Elle espère arriver a une sorte d'entente, au niveau de la B-H avec les forces démocratiques de Republika srpska, et notamment, avec les partis de Mladen Ivanic, nouveau premier ministre de RS, et celui de Milorad Dodik. Dès sa formation, l'Alliance a remporté deux importants succès. D'une part, deux de ses représentants ont été élus président (SBH) et vice-président (SDP) de la Chambre des représentants de la Fédération B-H. D'autre part, le Haut représentant W. Petritsch a ordonné aux parlements des deux entités "d'harmoniser leurs constitutions avec celle de la B-H" (et ce d'ici le 15 mars prochain) et d'appliquer la récente décision prise par le Tribunal constitutionnel, portant sur l'égalité des trois "peuples constitutifs" et des "autres" dans l'ensemble du territoire de la B-H. Cette décision fait suite à la demande insistante de Haris Silajdzic que soient mis sur un pied d'égalité les citoyens de toutes les communautés de B-H
La création de cette Alliance a été accueillie avec colère par les partis nationalistes (SDA, HDZ et SDS), qui la qualifient de "criminelle". Le SDA en veut surtout à Haris Silajdzic, qui continue de faire l'objet de toutes sortes de pressions. Le HDZ de Jelavic menace d'organiser un nouveau "référendum" pour la formation d'une troisième entité (croate), ignorant ainsi la position adoptée par les nouveaux président et gouvernement croates. Le SDS tente d'empêcher le rapprochement entre l'Alliance et les groupes politiques de RS et de gêner toute action efficace des institutions communes (parlement central, gouvernement central).

Tout tourne actuellement autour de la formation des nouveaux gouvernements au niveau des entités et de l'Etat. L'Alliance et les protecteurs internationaux sont pressés d'en finir avec des exécutifs totalement inefficaces. En ce qui concerne la Fédération de B-H, le premier ministre Edhem Bicakcic (SDA) a déjà démissionné. On s'attend à ce que Jadranko Prlic, actuel ministre des affaires étrangères, soit le candidat de l'Alliance. Mais les négociations sont toujours en cours et l'Alliance aura du mal à faire accepter ses propres candidats. il lui faudra pour cela faire des compromis, En Republika srpska, Mladen Ivanic, leader du PDP, a déjà nommé son gouvernement, qu'il qualifie de "multiethnique" et formé d'experts. En fait, c'est un gouvernement dont la plupart des ministres sont membres ou alliés du SDS, Ivanic, conscient que les Américains sont hostiles à toute présence du SDS au gouvernement - M. Holbrooke n'a-t-il pas été jusqu'à réclamer l'interdiction du SDS? - compte à la fois sur le soutien de Kostunica et du nouveau régime de Belgrade et sur la division des Occidentaux (l'ambassadeur de VUE à Sarajevo a déclaré que l'important était les résultats obtenus par le nouveau gouvernement plutôt que l'appartenance de ses ministres aux parfis nationalistes. Il se retranche également devant l'argument rhétorique selon lequel les ministres en question sont des experts dans les domaines attribués et qu'il leur est interdit, tant qu'ils siégeront au gouvernement, d'occuper la moindre fonction au sein de leur parti ! Si 1' on cède à Ivanic, les répercussions négatives se feront ressentir tant dans la FB-H qu'au niveau de l'Etat.

Au niveau central, notons tout d'abord la constitution de la Chambre des représentants. Nous avons vu que l'Alliance y a triomphé puisque son représentant Sead Avidic, vice-président du SDP, en a été élu président. Le premier vice-président est Zeljko Mlinaric, le candidat de Dodik et Ivanic. Mais le second vice-président est Mariofil Ljubic, du HDZ! L'AIliance et le Haut Représentant Petritsch demandent que le nouveau gouvernement central soit constitué le plus vite possible et s'attaque d'emblée à la mise en oeuvre de l'ensemble des réformes prévues. Or, les trois parfis nationalistes (SDS, HDZ et SDA) s'y sont opposé, prétextant qu'il fallait attendre préalablement la constitution de la Chambre des peuples. Telle fut aussi la position de la Présidence tricéphale de B-H, composée uniquement de nationalistes. Petritsch n'a pas vraiment apprécié, et a rappelé que c'était à la Chambre des Représentants qu'il revenait de décider du nouveau gouvernement. La Présidence s'est alors empressée d'y remédier et a proposé Martin Raguz, l'actuel premier ministre du gouvernement central, membre du HDZ! L'Alliance s'y est catégoriquement opposée, respectant son principe de base "pas de coopération avec les partis nationalistes". Elle a présenté la candidature de Kresirnir Zubak, leader du NHI et ancien membre de la Présidence. Il semble donc certain que Raguz n'obtiendra pas la majorité au sein de la Chambre des représentants. Entre-temps, Ivanic et Dodik ont annoncé qu'ils soutiendraient le candidat de l'Alliance au poste de premier ministre du gouvernement central. La valse des nominations peut donc continuer.. .

La constitution des assemblées canto nales n'est pas encore achevée. Pour ce qui est du canton de Tuzla, on sait déjà que Selim Beslagic, maire de la ville depuis dix ans, en sera le gouverneur. La composition des gouvernements, à tous les niveaux, dépendra, dans une large mesure, de la solidité et de la cohésion de l'Alliance.

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Bosnie

Fin de l'état de grâce pour Biljana Plavsic

Le baisemain du Président français Jacques Chirac à Biljana Plavsic, à la porte du Palais de l'Elysée en février 98, symbolise parfaitement l'attitude de l'Occident vis-à-vis de ce personnage tout au long de 97 et 98, lorsqu'elle présidait l'entité serbe de B-H. Elle avait même eu droit au tapis rouge, ce qui, selon le protocole de l'Elysée, est un honneur réservé uniquement aux chefs d'Etat. Un groupe d'intellectuels parisiens avait d'ailleurs réagi sur-le-champ et critiqué ce geste dans une lettre ouverte adressée à Chirac. B. Plavsic proclamait alors haut et fort tout le bien qu'elle pensait de l'accord de Dayton, critiquant Karadzic dont elle avait été autrefois inséparable, avec qui elle avait partagé le pouvoir et une même idéologie tout au long de la guerre et au début de l'après-guerre en Bosnie. L'0ccident lui a accordé son plein soutien, espérant donner un nouveau souffle à la vie politique en RS, figée dans le nationalisme, et qu'elle saurait chasser de la scène politique ses anciens amis Karadzic, Mladic et Krajisnik, et les inciterait même à se présenter (sans elle) au TPI de La Haye. Chirac l'a donc honorée d'un baisemain, qui rappelait un autre baiser, celui que B. Plavsic avait donné à Arkan à Bijeljina, en avril 92.

Mais ce n'était que l'expression la plus évidente de la bienveillance de l'Occident... Le 30 août 98, Madeleine Al bright en personne lui rendit visite à Bijeljina, afin de lui témoigner le soutien de l'Occident à la veille des élections en RS. Pourtant, même cet appui sans réserve et le choix de fermer les yeux sur son passé n'ont pas suffi à changer la donne en RS. En fait, cela a eu un effet contraire, et ces élections ont vu la défaite de B. Plavsic et la victoire de l'ultra-nationaliste Nikola Poplasen. Ce fut pour elle le début de la fin. La confiance de l'Occident lui fut ôtée. B. Plavsic perd peu à peu toute influence politique et se voit confrontée à son passé. Il y a deux mois, elle s'est retirée du Parlement de la RS, sachant sans doute qu'elle figurait sur la liste du TPI. Où se cacher à 70 ans? Les forces internationales peuvent l'arrêter à tout moment. Ne vaut-il pas mieux se rendre et demeurer dans l'histoire comme la première femme inculpée par le TPI?
(Dzevad Sabljakovic - SENSE)

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DE NUREMBERG À LA HAYE

Le jour même où Biljana Plavsic a quitté Banha Luka, sans doute pour toujours, un excellent film canadien intitulé "Le procès de Nuremberg" était diffusé sur plusieurs chaînes occidentales. Biljana Plavsic s'est présentée au Tribunal de La Haye le 11 janvier, Hermann Goering le 12 mai - il y a 55 ans. Dans l'une et l'autre Cour, le décor et les personnages se ressemblent étrangement. Au tribunal. les juges, le procureur général, les avocats et les accusés, dans le public: les greffiers, les opérateurs de télévision; tout est identique, jusqu'aux crimes eux-mêmes et l'attitude des accusés devant leurs méfaits. B. Plavsic, tout comme Goering, a déclaré à plusieurs reprises et avec le plus grand sang-froid, avec dignité même, qu'elle ne se sentait aucunement coupable. Devant le banc des accusés, elle a juré de dire "la vérité, rien que la vérité, toute la vérité," et a affirmé, impassible "qu'elle n'était coupable ni de génocide: ni de participation à des génocides, exterminations, ou exécutions", ni de "persécution de Musulmans et de Croates pour des raisons politiques, raciales et religieuses, ou autres actes contre l'humanité". Le "procès de Nuremberg bis" n'a pas débuté avec l'arrivée de B. Plavsic, mais il est évident que le jugement des criminels entre dans une nouvelle phase. Le fait de coopérer avec la Cour, selon le droit international anglo-saxon, est très apprécié et généreusement récompensé, ce qui pourrait se révéler une planche de salut pour l'ancien professeur de biologie, et le coup de grâce pour Milosevic et Karadzic qui se trouvent toujours dans "leur prison à ciel ouvert", comme aimait à le déclarer le premier procureur général du tribunal, Richard Goldstone.
Selon le balkanologue allemand Gerald Knaus, la B-H se trouve aujourd'hui à un tournant décisif, car la frustration que ressent la communauté internationale risque de se transformer en dépression totale, plaçant la mission de paix civile et militaire dans une phase dangereuse, celle des interrogations. Si, au lendemain de l'avènement d'un nouveau contexte euro-américain, les forces de la SFOR devaient réellement être retirées ou réduites à un  niveau quasi inexistant, "ce serait une catastrophe non seulement pour la B-H mais pour l'ensemble de la région", estiment G. Knaus et Marcus Cox, chercheurs au Centre d'analyses "Initiatives pour la stabilité de l'Europe" à Berlin. D'un autre côté, les forces de l'Alliance et les représentants internationaux se heurtent aux bastions des nationalistes dans le secteur de l'économie, les institutions, l'administration et la vie quotidienne, et l'on craint que le pays, tenu sous clé des années entières par les clans du népotisme et leurs partis, soit difficile à purger à brève échéance.
Outre la conscience nationaliste encore très présente dans une large partie de la population, l'état catastrophique de l'économie est le second problème important auquel se heurtent ceux qui luttent pour une Bosnie moderne. Bien que l'Occident ait jusqu'à présent versé 5 milliards de dollars d'aide irrécouvrable, le revenu national brut reste deux fois moins élevé qu'avant la guerre, plus de 60% de la population vit dans la misère, 70% des jeunes cherchent à quitter le pays. Dans ces conditions, les investisseurs étrangers choisissent des régions offrant plus de perspectives. Nombre d'analystes occidentaux estiment que tout cela est dû au non-fonctionnement des organes centraux du pouvoir, c'est-à-dire au caractère strictement formel de leur existence. La présidence tricéphale ne sert à rien, sauf à poser devant les caméras pour prouver aux sceptiques que, formellement du moins, la B-H constitue un Etat. Deux entités traitées comme deux Etats, 10 cantons, 149 municipalités et un district administratif international, tout cela devrait être chapeauté par une seule tête. Le navire bosniaque a besoin d'un capitaine capable de changer de cap, sans permettre à quiconque de débarquer.
A moins d'un changement radical, les problèmes sociaux et économiques peuvent à tout instant déborder comme un torrent incontrôlable. L'Ouest n'ayant pas l'habitude d'intervenir dans des cas semblables, ces problèmes ne concerneront que les nouvelles institutions au pouvoir. Ce qui serait le meilleur argument pour que les chefs actuels déclarent que leur peuple s'en sortait bien mieux avant sous leur règne exclusif. Il ne faut pas oublier, ni chez nous ni à l'Ouest, qu'il y a toujours dans les Balkans, et pas seulement du temps de Tudjman et de Milosevic, assez de gens se déclarant prêts à "manger des racines" et à sacrifier, en suivant les recommandations de B. Plavsic, 6 millions de Serbes s'ils devait en rester 6 autres millions ethniquement purs. Et les Serbes ne sont pas les seuls à raisonner de la sorte..

(Zekerijah Smajic - SENSE)

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Retraités: une situation catastrophique

L'année a mal commencé pour les retraités de Bosnie. La loi de Petritsch entrant en vigueur, les pensions ne seront plus payées que sur la base du Fonds de retraite. Celles qui auraient dues être versées au mois de janvier ne le seront sans doute qu'à la mi-février, et seront uniformisées chacun recevra 117 KM, soit environ 350F. Une véritable panique s'est emparée de ceux qui parviennent tout juste à joindre les deux bouts. Avec 117 KM, ils pourront à peine payer leur loyer ou les charges. Où trouver l'argent pour vivre? Beaucoup devront renoncer à acheter des médicaments, car ils ne peuvent économiser que sur leur propre existence. L'Etat et ses services ne les aideront guère. Au moindre retard, selon une habitude déjà rodée, on leur coupera, l'électricité, le téléphone ou le chauffage.
Pourtant ces retraités ont contribué pendant des années à alimenter les fonds de retraite. Tous étaient persuadés de pouvoir vieillir tranquillement, leur survie matérielle étant assurée. Us doivent maintenant demander de l'aide à leur famille, dans la mesure où celle-ci en a les moyens. Le Bureau du Haut représentant déclare que les retraites doivent être proportionnelles aux fonds disponibles, et que les cotisations n'étant pas très élevées, les retraites ne peuvent pas l'être non plus. Mais certaines firmes ne payent pas leurs cotisations, de nombreuses entreprises ne fonctionnent pas, la production est presque au point mort, et les salariés arrivent à peine à se faire verser un peu d'argent liquide, la plupart étant rémunérés en nature. Pour les retraités, il faut de l'argent liquide. Et ce même Bureau du Haut représentant, qui rappelle l'obligation de verser les cotisations, omet de le faire pour ses propres employés! On prévoit de violentes manifestations. Mais cela ne semble inquiéter personne. Serait-ce parce que les pensionnaires ne travaillent plus et sont devenus quantité négligeable? Si tel est le cas, c'est proprement scandaleux. (Oslobodjenje) NB:11 y a en B-H plus de 200 000 retraités pour une population de 3J millions.

Environ 60%, des enfants qui ont vécu les horreurs de la guerre en souffriront émotionnellement pendant des années, déclare à Sarajevo un spécialiste en éducation. Jovan Divjak (Education pour construire la B-H) affirme que 10 % d'entre eux en souffriront toute leur vie. Il précise que 16 708 enfants ont été tués, sont morts de froid ou de faim, ou ont disparu, pendant la guerre. Selon l'Unicef, environ 200 000 ont été séparés de leurs parents.


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Serbie

LES SOUCIS DES SERBES

Les premières préoccupations de la population serbe sont d'ordre économique et social, et la modération du ton du ministre des Affaires étrangères de la RFY dans ses déplacements internationaux s'explique d'abord par la nécessité, avec une dette extérieure de 12 milliards de dollars, d'obtenir les facilités financières nécessaires à la survie du pays. Le cadeau d'adieu de Clinton, qui a levé les dernières sanctions contre la Serbie (à part celles qui frappent personnellement 82 personnes), est venu à point nommé.
La persistance de l'emprise des mythes nationaux, combinée avec la rivalité qui va s'aiguiser entre Kostunica et Djindjic, explique que la scène politique belgradoise reste dominée par le problème lancinant de la définition de la Serbie et de ses limites supposées ou contestées. Pour le Kosovo, la classe politique serbe presque unanime a une lecture très partielle de la résolution 1244, dont elle ne retient que l'affirmation de la souveraineté yougoslave sur la province, oubliant que son statut définitif, qui doit être établi 3 ans après le début de la période transitoire, n'exclut aucune option, pas même l'indépendance. Les dirigeants serbes ont en revanche bien saisi que leur position sur le Kosovo serait ruinée par la disparition de la Yougoslavie; ceci explique leur acharnement à maintenir un Etat commun à la Serbie et au Monténégro, acharnement plus sincère du côté de Kostunica, Président de la Fédération, que de Djindjic, Premier Ministre de la Serbie. Leurs intérêts et leurs convictions respectifs sont, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, divergents. La menace brandie à Belgrade qu'un changement des frontières produirait un effet de dominos dans toute la région et affecterait en particulier le sort de la RS n'aurait guère d'importance si elle n'était reprise en Europe, en particulier par la diplomatie française qui s'affiche comme le meilleur soutien de Kostunica. Combien de temps faudra-t-il au Quai d'Orsay pour se délivrer de son "syndrome serbe", et réagir au sabotage des accords de Dayton auquel se livre son protégé en soutenant les ultranationalistes de la RS, à son refus persistant de coopérer pleinement avec le TPI, à son immobilisme sur le Kosovo? Le projet d'amnistie élaboré par le ministre de la justice de Serbie ne concerne même pas les otages kosovars emprisonnés...

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SONJA BISERKO : QUELQUES PROPOS DES NATIONALISTES GRAND-SERBES

Dans une longue analyse du nationalisme grand-serbe et de ses spécificitës, Sonja Biserko relève les déclarations suivantes:

1. A propos de l'espace culturel et ethnique serbe:
"La tâche indirecte des intellectuels serbes est de se centrer tout de suite sur la création d'un espace spirituel serbe cohésif, car les conditions en sont aujourd'hui réunies." ( ... ) "Il ne faut pas conditionner cet effort essentiel à l'obtention préalable d'un haut niveau de démocratie." Mihailo Markovic, "Sur la notion d'espace spirituel unique du peuple Serbe", La pensée politique serbe, 10/01/2000.
"Une réduction supplémentaire de l'espace ethnique serbe à la région définie par les trois rivières Morava (Grande Morava, Morava de l'Ouest et du Sud) serait un prélude à la disparition du peuple serbe comme acteur politique... Aussi l'espace ethnique serbe devrait-il être déterminé immédiatement dès maintenant, et il faut exprimer la volonté résolue de défendre ce territoire et de prévenir toute migration," Jovan Ilic, lors d'une table ronde intitulée Le Peuple Serbe dans la nouvelle réalité géopolitique, organisée par l'Institut d'Etudes Géopolitiques en 1997.
À quoi Slavoljub Lekic ajoute: "Dans ce contexte, l'espace de la RFY forme un tout géographique et économique avec le territoire de la Republika srpska, sa partie Est la Krajina, la Fédération de B-H, Dubrovnik et la Dalmatie".

2. À propos de la Republika srpska: "La reconnaissance de l'Etat de B-H était une priorité parce qu'un Etat reconnu par la communauté internationale était en cause, et de plus un Etat qui jouxte nos frontières, mais aussi parce que, dans l'une des entités, c'est-à-dire en Republika srpska, vit un grand nombre de Serbes." (...) "Tout ce qui pourrait conduire à la suppression de cette entité rencontrerait notre critique légitimement fondée et légalement argumentée." ( ... ) "Cinq ans après Dayton, il faut que les peuples puissent s'autodéterminer." V. Kostumcar, Danas, 9/11/2000.
"Si les Albanais obtiennent le droit d'un referendum pour leur indépendance, la RS exigera le même droit, puisque chaque Serbe de Bosnie a un profond désir de vivre dans la RFY" Mirko Sarovic, Danas, 15/11/2000.
"Nous sommes le peuple historique, et en tant que tel, les Serbes doivent légitimement avoir le dernier mot dans toutes les crises des Balkans. Je suis convaincu que cela arrivera bientôt et si tel n'était pas le cas, c'est que nous ne sommes pas le peuple que nous croyons être." Radovan Karadzic, dans une lettre au SDS, Bosna, 12/11/2000.

3. À propos du TPI:
"Le Tribunal de La Haye s'est lui-même privé de toute légitimité en agissant de plus en plus en institution politique et non judiciaire, comme un tribunal américain et non une cour internationale." V Kostunica, Danas, 16-17/9/2000, avant son élection.
"Milosevic devrait être jugé pour fraude électorale et criminalisation de la société, devant une cour serbe, puisque les Serbes sont ses principales victimes." V Kostunica, pendant sa récente visite en Bosnie.
"En 1996, Milosevic m'avait ordonné d'arrêter Radovan Karadzic pour le livrer au Tribunal de La Haye. Il nous a fallu, à Momir Bulatovic et à moi, plusieurs jours pour dissuader Milosevic de faire quelque chose d'aussi monstrueux." Momcilo Perisic, ancien chef d'état-major de l'Armée yougoslave, Blic, 2/11/2000.
"Si Milosevic était livré au Tribunal de La Haye, il serait jugé en tant que chef d'Etat, et donc l'Etat devrait assumer les responsabilités de ses délits." Kosta Cavoski, Politika ekspres, 20/10/2000.

4. À propos du Kosovo:
"Pour la recherche de la meilleure solution au problème du Kosovo, il faut prendre en compte la situation des autres pays de la région et en particulier de la Grèce et de l'Albanie. L'indépendance du Kosovo créerait une réaction en chaîne. Elle engendrerait la fin de l'Etat de Macédoine et créerait de nouveaux problèmes en Bosnie." V Kostunica, Politika, 12/11/2000.
"Division du Kosovo en 2 régions, Kosmet et la région albanaise, selon un ratio de 49/51%, démarcation en accord et avec l'arbitrage de l'Union Européenne. Kosmet se verrait donner un statut identique à celui de toute autre province serbe, alors que la région albanaise aurait un statut spécial ( ... ). Les deux régions adopteraient un régime de visas, des licences de commerce et d'investissement, et la région albanaise auto-financerait ses institutions . L'Armée serbe ne stationnerait pas dans la région albanaise qui aurait sa propre police, sous supervision d'une Commission composée de l'Etat serbe et de la Communauté internationale." Résumé de la plate-forme Programme pour la sauvegarde de la Serbie, adoptée par la 4ème conférence nationale du Conseil Mondial Serbe à Hilmestire (USA), 11/1999.

5. À propos du Monténégro:
"La déserbisation du Monténégro fut menée au nom du socialisme et du communisme, au nom «des idéaux les plus nobles» et «d'un avenir plus heureux». L'identité ethnique, spirituelle et historique du peuple du Monténégro fut détruite, falsifiée et annulée non seulement au nom d'une idéologie unique mais au service du pouvoir, des carrières et des privilèges. L'identité monténégrine, que le peuple serbe considère comme synonyme de bravoure et de courage, se dévoya sous le titisme en synonyme de trahison, goût du pouvoir, corruption, sinécures Dobrica Cosic, Borba, 13/06/1989.

6. À propos de l'identité serbe:
"En raison de sa position géographique au cœur des Balkans, sa puissance militaire et son pouvoir économique majeur, la Serbie en tant que peuple historique et traditionnel européen est devenue le pivot des liens régionaux, politiques, économiques et culturels entre les peuples des Balkans." (...) "Le but ultime de la Serbie est de créer des relations privilégiées avec la Grèce et la Bulgarie, car ce qui nous lie est la religion orthodoxe et la nécessaire confrontation avec les aspirations néo-ottomanes de la Turquie, qui a récemment restauré sa sphère d'influence dans des pays qui appartenaient autrefois à l'Empire Ottoman." Dragan Simic, lors d'une conférence organisée par l'Institut des Etudes Géopolitiques, 21-22/10/2000.

En conclusion:
"Le nationalisme agressif serbe n'a fait qu'accélérer l'émancipation de tous les peuples de l'ex-Yougoslavie. Le processus de globalisation relativise de plus en plus la souveraineté des Etats-nations, et en rendra à terme certains aspects superflus. La compréhension qu'ont les Serbes de la souveraineté et leur conception d'un Etat national sont aujourd'hui obsolètes. Ce qui vient d'être relevé, joint à l'incompréhension du processus de mondialisation, conduit les Serbes à la régression et à l'autisme et nuit à la création de leur identité moderne."

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Vie de l'association


Réunion du Bureau de l'Association Sarajevo (14/01/2001)

Faïk Dizdarevic fait un rapport sur la situation politique en Bosnie (voir p.1). Maurice Lazar précise que tout est suspendu à l'attitude de la Serbie qui n'est plus en mesure d'imposer sa volonté parce qu'elle dépend économiquement de l'aide extérieure. Il rappelle que des centaines de Kosovars sont toujours détenus en Serbie. La diplomatie française sous Védrine a pris une position en pointe en faveur de Kostunica. Il évoque ensuite le transfert de Bitjana Plavsic au TPI de La Haye, et l'entrevue Kostunica-Milosevic. Gisèle Donnard fait un compte-rendu du déroulement des dernières élections en Bosnie, constatant que les délégués français de l'OSCE étaient désavantagés. Au Kosovo, elle estime que sans les observateurs de l'OSCE, les élections n'auraient pas eu lieu, et que le mode de scrutin était aussi compliqué qu'en Floride...

N.B.: La prochaine Assemblée générale de l'Association est fixée au samedi 24 mars, 17 rue de l'Avre, Paris 15e.

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REFUGIES ET DEPLACES

Selon les dernières données de l'UNHCR il y a eu, au cours des Il premiers mois de l'année 2000, 59.049 retours "minoritaires" en Bosnie-Herzégovine, (le terme "minoritaire" est utilisé pour indiquer le retour de ceux dont la communauté est minoritaire dans la région où ils reviennent s'installer). Il s'agit de 16.948 Serbes, 31.232 Boshniaques, 9.862 Croates et 1.007 membres d'autres minorités. 23,922 réfugiés sont revenus en Republika Srpska, dont 21.800 Boshniaques, 1 .667 Croates et 455 autres. En Fédération de B-H, 29 717 - dont 16.946 Serbes, 7.552 Croates, 4.667 Boshniaques et 552 autres.
Selon le Ministère des droits de l'homme et des réfugiés de B-H, il y aurait encore près de 600.000 réfugiés bosniaques dans 40 différents pays. On compte toujours, sur le territoire de B-H environ 800.000 personnes déplacées. Plus de 100 000 personnes ont quitté le pays depuis la signature des accords de Dayton. Au cours de l'année dernière, plus de 4,200 Bosniens ont déposé des demandes d'asile en Suède, soit dix fois plus que l'année précédente.

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Monténégro

LETTRE DE L'ASSOCIATION SOLIDARITÉ EUROPE-MONTÉNÉGRO

Paris, le 28 décembre 2000

Monsieur le Président de la République,
La voie démocratique choisie par le peuple monténégrin il y a plus de trois ans a joué un rôle primordial dans la chute de la dictature de Slobodan Milosevic. Tout au long de cette période, le dictateur de Belgrade n'a pas ménagé ses efforts propagande mensongère, blocus économique, provocations militaires et menaces en tous genres, pour étouffer dans l'œuf la jeune démocratie monténégrine. Son dernier coup de force constitutionnel, en juillet 2000, dont l'objectif était de réduire le Monténégro à une simple région, en est une preuve irréfutable.
L'opposition ferme et pacifique du Monténégro à cette véritable agression a pu réussir uniquement grâce au soutien actif du monde libre, en particulier celui de la France.
Vous-même, Monsieur le Président de la République, conscient du danger que représentait ce déséquilibre, vous avez défendu avec courage l'évolution de notre pays. Votre déclaration publique, en pleine crise du Kosovo, affirmant que "le Monténégro est un pays démocratique" a été appréciée par nos concitoyens à sa juste valeur.
Nous autres, citoyens et résidents d'origine monténégrine en France, avons accueilli avec une énorme joie la chute de Milosevic, ayant contribué modestement mais activement à cette fin.
Malheureusement, pour que la stabilité dans la région soit enfin définitive, le départ de Milosevic ne règle pas le problème des relations entre la Serbie et le Monténégro, dont les liens doivent être totalement révisés sur la base de la volonté des peuples à disposer de leur destin, Le schéma fédéral, concevable lorsqu'il unissait six Républiques, ne peut être aujourd'hui qu'une utopie constitutionnelle entre deux entités disproportionnées. Même à Belgrade, l'idée "yougoslave" appartient au passé et la plus grande partie du peuple serbe rêve d'habiter un pays qui s'appellerait "Serbie". A ce titre, significatif est le slogan de "l'Etoile Rouge" de Belgrade: "Yougoslave, plus jamais - Serbe, pour toujours."
Depuis ces trois dernières années, le Monténégro a opéré une mutation profonde et a avancé irréversiblement et conformément à son histoire vers un Etat multiethnique, un Etat de droit et une société basée sur les valeurs du monde moderne, et considère désormais représenter un partenaire crédible pour la communauté internationale.
C'est pourquoi le peuple monténégrin demande à la communauté internationale de respecter son droit fondamental à pouvoir décider de son propre destin, au nom de la liberté des peuples à disposer d'eux mêmes. Droit à l'autodétermination, par ailleurs totalement légal et partie intégrante de la constitution de 1992.
Pour avoir été à l'honneur de l'histoire lors de la première et seconde guerres mondiales, pour avoir refusé d'envoyer ses soldats au Kosovo, pour avoir lutté contre la purification ethnique prônée par Milosevic, pour avoir désobéi aux instructions ordonnant aux Monténégrins de commettre des crimes de guerre et contre l'humanité, pour avoir tout fait pour éviter que les relations avec Milosevic ne dégénèrent et préserver la paix, aujourd'hui nous souhaitons que cette attitude du Monténégro soit reconnue par la communauté
internationale.
Vous êtes l'un des rares chefs d'Etat, voire le seul, à être conscient de ces faits.
Vous seul, chef d'Etat du grand pays qu'est la France, pouvez réparer l'erreur de Clémenceau qui, pour "récompenser" les bons et loyaux services du Monténégro en
1914-1918, a sanctionné notre pays en provoquant son rattachement forcé (guerre serbo-monténégrine de 1919) au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.
Connaissant votre attachement aux valeurs démocratiques du monde moderne, nous avons l'honneur, Monsieur le Président de la République, de faire appel à votre sens d'homme d'Etat et de solliciter votre précieux soutien pour que le peuple du Monténégro puisse exprimer librement sa volonté de disposer de son propre destin, poursuivre ses réformes
démocratiques et son développement économique vers l'autosuffisance.
Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de toute la gratitude et du profond respect de la Communauté des Monténégrins de France.

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Croatie

RELATIONS COMMERCIALES BOSNIE-CROATIE

Une nouvelle étape vient d'être franchie dans les rapports économiques entre la Bosnie et la Croatie avec le nouvel accord commercial entré en vigueur le ler janvier 2001. Il offre à la B-H la possibilité de placer ses produits sur le marché croate sans payer les droits de douane. Pour les produits croates, les droits de douanes sont réduits de 30% et devraient être complètement abolis en 2004.

Cet accord permettra à la B-H d'améliorer sa balance commerciale, car l'année dernière, les exportations de la Croatie vers la B-H ont représenté $ 400 millions, alors que la Bosnie n'a exporté vers la Croatie que $ 60 millions.

Selon le quotidien Oslobodjenje, c'est une opportunité unique pour les exportations bosniaques, d'autant plus que l'Union européenne a décidé, elle aussi, de faciliter le placement des produits du Sud-Est européen sur ses marchés. Oslobodjenje écrit- "c'est le dernier train de la dernière chance".

Par ailleurs, un accord commercial entre la B-H et la RFY est en préparation. Cet accord devrait englober la coopération douanière, les transports routiers, aériens et ferroviaires, ainsi que la protection des investissements. Il ferait suite au récent établissement des relations diplomatiques entre ces deux pays. L'accord devrait être négocié dès après la visite de Kostunica à Sarajevo.

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AMNISTIE

La Croatie doit accorder une amnistie à plus de 20.000 prisonniers pour différents crimes en relation avec la guerre dans le pays.

Le ministre de la justice a annoncé que 96 prisonniers ont été libérés. La plupart étaient condamnés pour "rébellion armée contre la Croatie." E ne donne pas plus de détails sur leur nationalité ou les crimes dont ils ont été reconnus coupables.

La mesure d'amnistie s'applique à tous les crimes commis entre le 17 août 1990 et le 23 août 1996, quand la Croatie et la Yougoslavie se sont mises d'accord pour normaliser leurs relations.

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International


MISSION D'INFORMATION SUR LES "ÉVÉNEMENTS" DE SREBRENICA

La Mission a commence ses auditions publiques le 14 décembre en recevant l'amiral Lanxade, Chef d'état major des Armées de 1991 à septembre 1995, et en prévoyant des auditions, en principe hebdomadaires, jusqu'à l'été prochain, avec un déplacement des rapporteurs en Bosnie en février. Seront entendus (ou devraient l'être) jusqu'au 25 janvier Gilles Hertzog, réalisateur du film "Srebrenica, chute sur ordonnance", l'ancien ambassadeur de France en B-H Henri Jacolin, le général Quesnot, chef d'état major particulier du Président de la République de 1991 au 7 septembre 1995, c'est-à-dire sous F. Mitterrand et J. Chirac, puis Alain Juppé et les généraux Cot et Morillon. Toutes sortes d'acteurs et de témoins des événements suivront. Il est prévu que les comptes-rendus des séances seront publiés par l'Assemblée Nationale. La première impression est que beaucoup des personnalités qui comparaissent sont disposées à parler, et même soulagées de pouvoir le faire en abandonnant la langue de bois diplomatique et militaire. Il est ainsi révélé - c'était un secret de Polichinelle - que les impasses auxquelles ont mené la politique des puissances internationales, tant par ses objectifs que par ses moyens, étaient décelables dès le début de la guerre en Bosnie et bien avant.
L'Association Sarajevo a exposé au Président de la Mission (voir Lettre n'93) et à ses membres qu'il serait très frustrant de réduire Srebrenica aux massacres qui l'ont ensanglantée. Comme l'a justement remarqué l'Ambassadeur Jacolin, témoin du siège de Sarajevo, Srebrenica a commencé avec les "nettoyages ethniques" du printemps 1992, et on pourrait ajouter, avec ceux de Croatie une année auparavant.
Il serait aussi trop facile d'arguer de l'inexistence de la "communauté internationale" et des dysfonctionnements de l'ONU pour ignorer les erreurs d'orientation politique commises, par la France en particulier, lorsque aucune puissance n'a voulu s'opposer par la force à l'agression serbe. Le rapport de Kofi Annan désigne là la clé de la succession des échecs subis. Les premières dépositions des militaires laissent entendre qu'une telle intervention était raisonnablement possible. Il faudrait continuer de les interroger sur ce point et demander aux politiques les raisons profondes de l'option de la non-intervention, qui signifiait de fait l'appui à la politique de Milosevic et l'acquiescement total de l'Europe à la division "ethnique" de la BH. On en arriverait alors à la cause première des massacres de Srebrenica, comme le laissait entendre insidieusement le député Robert André dans une question à l'ambassadeur Jacolin qui signifiait au fond: si Izetbegovic avait accepté l'évacuation de l'enclave, ses populations auraient été épargnées... La Mission permet aussi que s'expriment de telles opinions!
La suite des débats permettra de savoir si les parlementaires voudront et pourront aller au fond des choses.

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URANIUM APPAUVRI:
L'AVIS DE LA PRESSE BOSNIAQUE

"Quant à la population bosniaque, les causes des maladies malignes sont à rechercher avant tout dans le stress et les effets post traumatiques de la guerre. Ici, les morts sont dues avant tout aux suicides et à la misère." "On évoque des motifs politiques dans une affaire où les munitions radioactives jouent un rôle secondaire.. Certains estiment que le but est de préparer le terrain en vue d'un éventuel retrait des forces des Nations-Unies de B-H et du Kosovo. D'autres pensent qu'il s'agit d'une affaire montée par Moscou qui s'était, dès le début, opposée à l'entrée des troupes internationales et chercherait à appuyer les demandes du nouveau gouvernement de Belgrade pour accélérer le départ des troupes étrangères et remettre le Kosovo dans le giron de Belgrade."
Ibrahim Rugova (Kosovo) a déclaré à l'Agence de presse CTK (Prague) que la campagne autour du "syndrome balkanique" avait pour but de préparer le départ de l'OTAN du Kosovo.

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G. W. BUSH ET LES BALKANS
"Nous respecterons les engagements pris par l'Amérique dans le monde. Il est de notre devoir de faire partie de la mission de paix dans les Balkans, et il en sera encore ainsi pour quelque temps", a déclare le nouveau président américain Bush dans une interview au NewYork Times. Il a toutefois souligné que "les Européens devraient se charger des opérations de paix dans les Balkans", précisant que son Secrétaire d'Etat C. Powell allait bientôt en discuter avec les alliés européens dans le cadre de l'OTAN. (Agence SENSE)

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La vie du TPIY

Le procès de Kordic et Cerkez
Le procureur a demandé l'emprisonnement à perpétuité pour Dario Kordic et Mario Cerkez, accusés d'avoir mené une campagne de "nettoyage ethnique" contre la population Bosniaque de la vallée de Lasva en Bosnie centrale entre 1991 et 1994.
Kordic est le responsable politique le plus haut à être jugé par le TPIY. Il était hautement placé dans les hiérarchies politique et militaire de l'Etat auto-proclamé des Croates de Bosnie-Herzégovine, jusqu'en devenir le président adjoint. Cerkez commandait la brigade Vitez de I'HVO.
Le 16 avril 1993, des Croates bosniaques ont parcouru le village d'Ahmici en massacrant plus de cent personnes avant de mettre le feu à leurs maisons.
Les deux hommes sont accusés de crimes contre l'humanité, violation grave des conventions de Genève et violation des lois ou coutumes de la guerre. Leur procès, qui a commencé en avril 1999, a compris 240 jours d'auditions, 240 témoins et 500 000 pages de documents. Les juges doivent annoncer leur verdict dans un ou deux mois.

De nouveaux juges pour les tribunaux
Le 30 novembre, le Conseil de sécurité a alloué 27 nouveaux juges aux deux tribunaux ad hoc. Ils pourront intervenir "en renfort" sur différentes affaires. Claude Jorda, président du TPIY, estime qu'ainsi les travaux du TPIY pourront être clôt en 2007.

Procès à Mostar
Cinq anciens militaires Croates de Bosnie comparaissent devant un tribunal de Mostar depuis le 23 novembre, Ils sont accusés du meurtre de 24 prisonniers musulmans en 1993.

Procès à Mitrovica
Un serbe du Kosovo, Igor Simic, comparait depuis le 5 décembre 2000 devant le tribunal de Mitrovica. Poursuivi pour génocide, il est accusé, avec cinq autres, d'avoir fusillé 26 Albanais le 12 avril 1999. Evadés avant le démarrage du procès, les cinq co-accusés seront jugés par contumace. Le procès est présidé par un juge international.

Bilan des exhumations au Kosovo
Le procureur du Tribunal, Carla del Pente, estime que "près de 4 000 corps ou partie de corps ont été exhumés et examinés".
Il serait impossible de donner le chiffre exact des victimes, a-t-elle dit, en raison "des tentatives délibérées" de faire disparaître les corps.

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La justice contre la politique : une lutte permanente

La justice face à la guerre : de Nuremberg à La Haye, Pierre Hazan, Stock éd.

Déjà en mai 1991, Mirko Klarin avait proposé, dans un article publié à Belgrade, la création d'un nouveau "Tribunal de Nuremberg" pour juger les crimes commis en Yougoslavie: "Ne serait-il pas préférable de placer nos dirigeants sur le banc des accusés plutôt qu'autour d'une table de négociations?". Cependant il faudra attendre, en août 1992, les récits du journaliste américain Roy Gutman sur les camps de la mort, et les images des détenus d'Omarska sur la chaîne de télévision britannique ITN, pour alerter l'opinion mondiale du fait qu'un nouveau "nettoyage ethnique" était en train de se produire en Europe. Les statisticiens de l'ONU notent, impuissants, que chaque jour 10.000 réfugiés sont expulsés du pays. Le président Bush a beau interdire à ses diplomates l'utilisation du mot "génocide", son opinion publique refuse de se calmer. Human Rights Watch appelle à la constitution d'un tribunal international pour juger et punir les responsables de crimes de guerre.
En France, Robert Badinter plaide pour un tribunal dès le printemps 1992, Les autorités françaises craignent - ou font mine de craindre que l'instauration d'un tribunal aille à l'encontre d'une solution diplomatique. Mais Roland Dumas comprend l'usage politique qu'il peut faire de la proposition de Badinter: devant la pression de l'opinion publique, il ne fallait pas apparaître comme les complices de crimes "puisque nous ne voulions pas encore intervenir militairement", Il propose donc à Mitterrand la création d'un tribunal ad hoc. Ce dernier, réticent, lui donne le "feu orange".
la conférence de Londres en août A1992, les Occidentaux brandissent le menace d'un tribunal pour intimider les belligérants et surtout pour apaiser l'opinion publique. Klaus Kinkel déclare: "Les responsables de cette dévastation seront poursuivis... Il n'y aura pas d'impunité."
Mais c'est du bluff, et le "nettoyage ethnique" se poursuit. En septembre, l'ONU vote l'instauration d'une "commission d'experts" sur les crimes. Dirigée par Cherif Bassiouni, sans bureau ni personnel, ni ordinateurs, ni argent, elle sera démantelée fin 1993.

Le 22 février 1993, la résolution 808 crée "un tribunal international pour juger les personnes présumées responsables de violations graves du droit humanitaire international commises sur le territoire de l'ex-Yougoslavie depuis 1991 ". Quand la première séance plénière s'ouvre en novembre, le TPI est toujours sans locaux, ni statuts, ni prison, ni accusés, ni procureur, ni personnel, ni meubles... ni budget. "Naivement, nous pensions que si le Conseil de sécurité avait créé un tribunal, il nous donnerait les moyens indispensables pour travailler", remarque un juge. Antonio Cassese, le premier président, se souvient: "Tout le monde me disait, 'Reconnais que ton tribunal, c'est une feuille de vigne.' Je m'énervais devant ces insinuations. J'étais vraiment naïf'.
Seuls les Américains souhaitent un tribunal fort. En juin 1994, ils mettent 22 spécialistes à la disposition du TPL Les Européens sont scandalisés mais le tribunal pourra survivre, En août, le TPI accueille enfin un procureur: Richard Goldstone. L'ONU l'avertit: "Si vous procédez à des inculpations, vous aurez un budget". Pour desserrer l'étau financier qui asphyxie le tribunal, il inculpe Nikolic et Tadic. Les juges s'impatientent: à quand les "gros poissons" - Karadzic, Mladic, Arkan et Seselj? En effet, les Etats qui ont des troupes sur le terrain ne veulent pas que le TPI vise leurs partenaires en négociation. Ainsi que Lord Owen l'expliquera plus tard: "Lorsque je rencontrais Goldstone ou des gens proches du Tribunal, je ne leur faisais pas de recommandation de ne pas inculper Milosevic ou d'autres. Cela n'aurait pas été sage. En revanche, je leur expliquais le détail des négociations. La conclusion qu'ils pouvaient aisément tirer, c'est qu'il n'aurait pas été très sage d'inculper des chefs d'Etat, si on voulait arriver à une paix négociée avec eux. Le Tribunal n'a inculpé Milosevic que lorsque le procureur a eu le sentiment que, politiquement, ce n'était plus un obstacle."
La tragédie de Srebrenica démontre clairement l'inefficacité d'une justice qui s'épuise à condamner des criminels subalternes tout en laissant leurs chefs tranquilles. Le 25 juillet 1995, Goldstone inculpe Karadzic et Mladic.
Mais pas Milosevic. Devant la rumeur d'un marché entre Holbrooke et Milosevic, partenaire "indispensable" à Dayton, les juges sont près de démissionner en bloc, Quant aux arrestations, les négociateurs se contentent d'un accord verbal par lequel les belligérants s'engagent à remettre les inculpés aux TPI. L'IFOR a l'autorité, mais non l'obligation, d'arrêter les criminels.
Faute d'arrestations, le TPI évoque la 'procédure 6l' contre Karadzic et Mladic pour les crimes commis à Srebrenica. Il s'agit d'un pseudo procès par contumace, qui permet au moins de lutter contre le négationnisme.

Fin 1995, la prison de Scheveningen ne contient toujours que sept détenus sur 74 inculpés, La demande de Cassese d'une police judiciaire pour le TPI est refusée. Louise Arbour décide alors de "changer de culture": "Nous avions développé une psychologie de dépendance à l'égard de la presse qui ne nous aimait pas assez, de l'argent qui nous manquait, des Etats qui ne nous aidaient pas. C'était une stratégie suicidaire. Nous donnions de la visibilité non pas au Tribunal, mais à l'impuissance du Tribunal." Elle somme les Etats de coopérer avec le TPI: "C'est la loi!". Pour priver les troupes de l'Ifor du prétexte que les criminels les évitent elle garde les nouveaux actes d'accusation secrets.
Juin 1997 ' les Casques bleus arrêtent Dokmanovic. D'autres arrestations s'ensuivent: parmi elles, Krstic, le second de Mladic à Srebrenica, et Krajisnik, le bras droit de Karadzic. Mais, selon les mots de Hasan Nuhanovic qui a perdu sa famille à Srebrenica, "Il y a des centaines d'assassins en liberté. Ce sont eux qui bloquent tout processus démocratique. Il faut les inculper, sinon tout retour des réfugiés sera impossible."
L'inculpation de Milosevic devra attendre juin 1999.

A la lecture de ce récit fascinant deux conclusions s'imposent. Pour les gouvernements occidentaux, la justice n'est guère une valeur. Et si le TPIY vit et fonctionne, c'est grâce au courage et à l'indépendance de ses procureurs et de ses juges, et - constat réjouissant - à l'opinion publique qui, aux moments cruciaux, a toujours exigé la justice.

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Calendrier

Vie des collectifs:
Le Collectif Bretagne-Bosnie-Gorazde nous transmet ses nouvelles coordonnées 1 rue Mathurin Méheut, 22000 Saint Brieuc, tél/fax: 02 96 68 18 83, e-mail: collectif.bbg@wanadoo.fr , site: www.bretagne-gorazde.com .
Appel à projets pour le festival de Mostar: Pour la 5è année consécutive, l'association Guernica ADPE participe à l'organisation du Festival Interculturel de Mostar, né grâce au Comité d'organisation du Festival Interculturel de Mostar; qui se mobilise pour une action de solidarité internationale bénévole, et oeuvre en faveur de la réconciliation des communautés divisées de Mostar. Date-limite de dépôt des projets, rédigés en français et en anglais, au 15 février. Renseignements: Guernica ADPE, 10 bis rue du Colonel Driant, 31400 Toulouse, tél: 06 15 30 78 39, tél/fax: 05 34 31 63 72, email: guernicaadpe@yahoo.fr , site: www.multimania.com/guernicaadpe .

Parution:
Après-guerre(s), années 90, chaos et fragiles espoirs, sous la direction de Rémy Ourdan, coll. Mutations, éd. Autrement, 339 p., 149 F

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