Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 70 janvier 1999

Selon les dernières informations recueillies ait moment de la rédaction de ce bulletin, l'Otan, l'Union européenne, le Groupe de contact tournaient toujours en rond à la recherche de la position commune qui satisferait tous les pays représentés dans ces honorables institutions, et permettrait une solution pour le Kosovo qui conviendrait tout à la fois à Milosevic, Rugova, Seselj, l'UCK, sans oublier Draskovic, le célèbre opposant devenu vice-premier ministre de la 'fédération yougoslave". Selon la jolie formule d'Alain Richard, il s'agirait "d'imposer par tous les moyens le règlement pacifique de la crise".

Il semble que la ligne française de l'"équilibre" à tenir entre Serbes et Kosovars ait rallié les Européens, face à la proposition américaine de lancer un ultimatum à Milosevic pour qu'il se conforme à toutes ses obligations internationales. Selon la diplomatie française, il serait toujours temps de persuader Belgrade de bien vouloir accorder une "substantielle " autonomie au Kosovo. Mais que dira Monsieur Védrine lorsque Monsieur Milosevic lui répondra, une fois de plus, que le Kosovo est partie intégrante de la Serbie et que c'est ce fait qui déterminera la substance des autonomies locales qu'il accepte d'envisager? Il recommencera inlassablement de lui tenir le langage bien français de la mesure et de la raison?

Mettre sur le même plan la machine de terreur serbe et les "provocations" de l'UCK, comme le font avec insistance les ministres français et leurs entourages, revient à réviser l'histoire de tous les mouvements de résistance nationale.Tracer un trait d'égalité entre la revendication kosovare d'indépendance et son refus par la Serbie, c'est ignorer le fond du problème, qui est tout simplement le désir de liberté d'un peuple. C'est le travail des juristes et des diplomates de fabriquer les formules adéquates à la situation complexe de la région, mais rien ne sera possible tant que le régime de Milosevic n'aura pas été mis hors d'état de nuire et le Kosovo hors de la Serbie, sous protection internationale. C'est la seule négociation qu'il soit permis d'engager avec Milosevic, qui ne s'inclinera ou ne disparaîtra que battu, politiquement et militairement.

VERS L'UNIFICATION DES SOCIAUX-DEMOCRATES

Selim Beslagic et Zlatko Lagumdzija, respectivement présidents des Sociaux-démocrates et du Parti social-démocrate, ont confirmé leur intention d'unifier prochainement leurs deux partis. Beslagic et Lagumdzija ont signé à Tuzla, fin décembre dernier, un accord qui en fixe les modalités. La stratégie du nouveau parti sera définie par le congrès constitutif, prévu pour le mois de février prochain. La répartition des postes-clé se fera sur la base des résultats obtenus par leurs deux partis aux élections de septembre dernier. D'ailleurs, ces résultats sont à la base du projet d'unification. On considère à Sarajevo que les deux partis ont perdu au moins 10% de voix pour s'être présentés séparément à ces élections. Beslagic a déclaré à ce propos: "Un certain nombre de citoyens ne savaient pas pour qui voter (ndlr: SDP ou SD). Maintenant il n'y a plus de dilemme, et cela va augmenter nos chances aux prochaines élections (en 2000)". Beslagic a ajouté qu'en s'unissant, les SD et SDP vont créer un parti fort, doté d'une solide infrastructure. Dans l'opinion publique bosniaque, cette unification est perçue comme un évènement politique majeur. Ainsi, le quotidien "Oslobodjenje" estime que non seulement cela permettra de consolider la gauche, mais que cela encouragera également le regroupement de l'ensemble de l'opposition citoyenne, entraînant sans doute la création d'un centre (nous avions signalé, dans notre n° 69, la constitution d'une "Coalition du centre démocratique"). Le nouveau parti pourra compter sur de nouvelles voix au sein du corps électoral - surtout provenant des blocs nationalistes -, ainsi que sur un renforcement de son implantation en Republika Srpska. Rappelant que les SD et SDP comptaient parmi les fondateurs du Forum 2000-BH-Union Européenne (voir n' 69), le quotidien de Sarajevo écrit que ce nouveau parti répond aux voeux des acteurs internationaux, qui estiment que l'émergence d'une nouvelle force politique, d'une véritable alternative aux exclusivismes nationalistes, devrait permettre à la Bosnie d'assurer elle-même le maintien de la paix et le développement de son économie.

LU SUR BOSNET ... LU SUR BOSNET ... LU SUR BOSNET ... LU SUR BOSNET ...

"Quand la paix dépend du bon vouloir d'un fou"
(d'après l'article de Charles A. Kupchan, paru dans le Los Angeles Times le 24/01/99)
Charles A. Kupchan, professeur de Relations Internationales à Georgetown University, et membre du Conseil des Affaires Etrangères, faisait partie du Conseil National de la Sécurité pendant le premier mandat du Président Clinton.
Dans cet article, il rappelle les deux principaux défis auxquels l'administration américaine a dû faire face : contenir les visions expansionnistes de Saddam Hussein et installer la paix en Bosnie en s'appuyant sur Milosevic. Malgré les apparences et les crises médiatiques, c'est dans les Balkans que se joue, d'après l'auteur, la partie la plus difficile, Car si les EtatsUnis peuvent attendre que Saddam Hussein disparaisse d'une façon ou d'une autre, il ne leur est par contre pas possible de maintenir éternellement des troupes en Bosnie Herzégovine. Or les efforts des Etats-Unis pour créer une paix durable sont actuellement réduits à néant et le plan de paix lui-même est moribond. Pour eux, le choix est aujourd'hui entre le désengagement et la réduction des coûts, ou la réorientation vers une politique plus réaliste et moins velléitaire.
Remettre les accords de Dayton sur les rails demande trois initiatives majeures :
en premier lieu, la communauté internationale et plus spécifiquement son Bureau du Haut Représentant qui veille au bon déroulement du processus de paix, doit établir un gouvernement plus efficient. Actuellement, la présence internationale tente d'agir à travers un gouvernement tripartite paralysé par les conflits internes. Il convient d'être plus énergique et plus direct en s'appuyant sans doute davantage sur l'OTAN pour favoriser le développement économique et les réformes politiques qui sinon ne verront jamais le jour. En second lieu, il convient de changer le mode de scrutin électoral qui favorise les partis nationalistes au détriment de candidats de compromis et d'alliances. Les candidats actuels recherchent les voix de leur propre ethnie, développant donc des programmes nationalistes, ce qui mène directement à l'élection des plus extrémistes. Il faut y substituer un mode de scrutin dans lequel les candidats auraient à réunir le plus grand nombre de voix de tous les groupes ethniques pour être élus. Cela favoriserait à l'inverse les candidats qui encouragent la réconciliation ethnique, menant progressivement à un centre de gravité politique plus modéré.
Enfin, le processus de Dayton doit faire des progrès énormes dans la reconstruction des liens inter-communautaires. Trop de réfugiés sont aujourd'hui installés géographiquement dans des zones ethniquement homogènes parce qu'ils n'ont pas pu retourner dans leur vraie région d'origine, ce qui aurait permis la restauration du caractère multiethnique du pays. La communauté internationale doit inverser cette tendance en assurant protections physiques et incitations économiques aux familles qui rentrent effectivement chez elles.
Ce n'est qu'à ces conditions que le maintien de la présence américaine en ex-Yougoslavie est susceptible de donner des résultats qui la justifieront.


UNE NOUVELLE AGENCE DE PRESSE

Une nouvelle Agence a récemment été formée, la SENSE (South-East News Service Europe), spécialisée dans le suivi des institutions et organisations gouvernementales et non-gouvernementales, ainsi que des institutions orientées vers l'Europe du sud-est. Le siège de cette Agence se trouve à Bruxelles, avec des bureaux à La Haye, Paris, Strasbourg et New-York. Assurant le suivi des travaux du Conseil des ministres de VUE, de la Commission européenne, du Parlement européen, du Conseil de l'Europe, du TPI et de la Cour internationale de justice de La Haye, de l'OTAN, de l'OSCE ainsi que des Nationsunies et du Conseil de Sécurité, du State Department et du Congrès des Etats-Unis et du Groupe de contact, SENSE offre une information et une analyse approfondie des initiatives politiques et économiques ainsi que des processus engagés par ces institutions susceptibles d'intéresser les pays de l'Europe du sud-est. SENSE envoie quotidiennement à ses abonnés - qui sont principalement les médias indépendants de la région, mais aussi des stations de radiotélévision internationales émettant des programmes dans des langues de l'Europe de l'est -, des rapports écrits et audio, des reportages, interviews, analyses et commentaires en bosniaque, croate et serbe, et d'ici deux à trois mois en macédonien et albanais. Les médias peuvent adapter les reportages de SENSE à la langue ou variante accessible à la majorité de leurs lecteurs, sous condition que le contenu ne soit pas modifié et les droits d'auteur respectés. Cette Agence a été formée par les journalistes Zekariah Smajic, ancien correspondant d'Oslobod J . ety . e à Bruxelles et Mirko Klarin, ancien correspondant de Nasa Borba à La Haye, avec l'aide partielle de l'UE.


Dernière minute - Dernière minute - Dernière minute -

Cinq mois après les élections, la Republika srpska n'a toujours pas de nouveau gouvernement. Son parlement vient en effet de refuser sa confiance à Brano Miljus, candidat de Nikola Poplasen (président de la RS et lieutenant de Seselj en B-H). de Milosevic et de Krajisnic : 29 députés ont voté en faveur de Miijus, 46 contre. Miljus avait été précédé par Dragan Kalinic, président du SDS (le parti de Karadzic), qui n'avait pas non plus réussi à former un nouveau gouvemement. Poplasen avait confié ces mandats à Kalinic, puis à Miljus, en sachant pertinemment qu'ils n'obtiendraient pas la majorité requise, pas plus que le soutien de la communauté internationale : tout en espérant que son geste provoquerait une scission au sein de l'alliance SLOGA (de Plavsic. Radisic et Dodik), ce qui n'a pas été le cas. Qui sera le nouveau mandataire? La communauté internationale aimerait que Dodik reste en place, mais Poplasen. soutenu par Milosevic, n'en veut pas. Notons aussi que le parlement central et le gouvernement central de B-H sont paralysés, suite au boycottage exercé par les représentants de la RS. La question que l'on se pose à Sarajevo est : pourquoi le Haut Représentant, Carlos Westendorp, tolère-t-il une telle situation, alors qu'il a le pouvoir de bloquer toute action mettant en danger la mise en oeuvre des Accords de Dayton?


Le Prix Olaf Palme

Le prestigieux prix annuel de la Fondation Olaf Palme de Stockholm a été attribué cette année à trois journalistes d'ex-Yougoslavie : Senad Pecanin, rédacteur-en-chef de la revue "Dani" de Sarajevo, Viktor Ivancic, rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire satirique "Feral Tribune" de Split (Croatie), et Vedran Matic, rédacteur à Radio B92 de Belgrade (Serbie). Ce prix leur a été décerné, entre autres, pour avoir lutté dans des conditions particulièrement difficiles en faveur de la liberté d'expression et de l'affirmation d'un journalisme entièrement indépendant.


RAPPORT ANNUEL DU COMITÉ HELSINKI POUR LA B-H

La légalité et le droit sont violés quotidiennement dans l'ensemble de la Bosnie- Herzégovine. Mais c'est la Republika Srpska qui représente le véritable trou noir à cet égard. Pourtant les graves violations des droits de l'homme restent encore monnaie courante dans les régions dirigées par le HDZ ou le SDA surtout lorsqu'il y a "suprématie ethnique" - ainsi que dans les régions plus éloignées qui échappent au regard de l'opinion publique, est-il constaté dans le rapport annuel 1998 du Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme de B-H. Ce rapport évoque le problème des crimes de guerre, les liens entre le pouvoir et le droit, et la situation médiatique. Il y est souligné qu'il n'existe toujours pas, en B-H, de véritable cadre juridique en matière de droits de l'homme : "Il est très difficile de mettre à jour la vérité sur les crimes et victimes de la guerre, et cela prend un temps infini. En règle générale, les nouvelles concernant les victimes de la guerre ne sont divulguées dans les médias contrôlés par les dirigeants nationalistes que lorsqu'il s'agit de victimes appartenant à leur propre camp national". Il est tout aussi difficile de récupérer les dépouilles des victimes, précise-t-on plus loin - et l'on cite à ce propos l'exemple de Boshniaques qui, aidés par leurs voisins, ont réussi à "voler" le corps de leurs fils le long de la ligne de séparation entre les Entités, et l'ont enterré secrètement. Le Comité d'Helsinki estime que les procès en cours au Tribunal de La Haye ne sont pas représentatifs des atrocités commises, ni par le nombre ni par le rang de ceux qui ont été jusqu'à présent déférés devant ce Tribunal, et que cela a une incidence négative sur le retour des réfugiés. "La RS tout entière, pratiquement, reste inaccessible à un retour en masse des Boshniaques ou des Croates. La Bosnie orientale, où les Boshniaques ont été victimes d'un génocide général et ont pratiquement disparu, reste particulièrement isolée. Par ailleurs les Boshniaques en Herzégovine, et les Serbes dans la région de Drvar, restent à la merci des ultranationalistes croates. Les extrémistes boshniaques sont particulièrement actifs en Bosnie centrale", est-il souligné. Les auteurs du rapport estiment que les efforts des nationalistes pour préserver leurs zones de domination sont à l'origine des conflits et de la terreur. L'organisation de la justice, et son manque d'efficacité, influent de manière très négative sur la situation politique dans le pays: "Dans de nombreuses régions la justice est sous la surveillance directe des politiciens, et échappe à tout contrôle démocratique de l'opinion publique. La pression sur les médias ne cède pas. Nous assistons à un conflit d'intérêts entre les médias dépendants et leurs mentors d'une part, les médias indépendants et ceux qui les soutiennent de l'autre, alors que l'influence étrangère se fait de plus en plus sentir".

Comité Helsinki B-H,
tél.: (387 71) 230 809 et 230 811,
e-mail: info@bh-hchr.org

LES TROUPES FRANÇAISES TENTENT POUR LA PREMIÈRE FOI D'APPRÉHENDER UN CRIMINEL DE GUERRE ET LE TUENT

Sur les dix arrestations de criminels de guerre auxquelles ont procédées les troupes de l'OTAN, le 9 janvier 1999 a eu lieu la première arrestation en secteur français et la première pilotée par le contingent français. Elle s'est soldée par un échec pour la justice, puisque le criminel recherché, Goran Gagovic, a été tué. Il aurait, selon les déclarations officielles, forcé le barrage routier placé par les soldats français pour tenter de l'appréhender sur une route de montagne dans la région de Visegrad. Placés en état de légitime défense, les militaires ont tiré, blessant mortellement Gagovic et empêchant du même coup sa comparution à La Haye. Gagovic était accusé par le TPI de crimes de guerre, et plus précisément de viols, tortures et réduction en esclavage de jeunes filles musulmanes, dont certaines avaient à peine douze ans. Ces crimes, Gagovic les a commis entre avril 1992 et février 1993, alors qu'il était le chef de la police de Foca, conquise par les Tchetniks.
Dès le lendemain de cette tentative d'arrestation, les bureaux du TPI à Foca ont été pris d'assaut par une centaine de manifestants. Trois membres du TPI ont été blessés, et les locaux gravement endommagés, au point que la présence des enquêteurs du TPI n'est plus assurée à Foca. Quelques jours plus tard, le 13 janvier, 4000 personnes ont participé à l'enterrement de Gagovic dans le cimetière de Foca. Le vice-président de la République Serbe, Marko Sarovic, s'est déplacé pour l'occasion. Tout cela ne laisse hélas présager aucun progrès dans la marche de la justice dans la région de Foca placée sous contrôle français.


"Requiem pour Srebrenica"
L'hommage rendu aux disparus

Etablir la macabre cohérence qui, en jullet 1995, a conduit à la prise de la petite ville de Srebrenica, en Bosnie orientale, au massacre d'une partie de sa population et à la déportation des survivants, tel est le fil que déroule la pièce "Requiem pour Srebrenica". Son auteur et metteur en scène, Olivier Py; a réuni dans ce but un ensemble de documents et de témoignages portés par trois remarquables comédiennes, servies par une scénographie limpide et une équipe technique volontaire.
Au fil de la représentation des événements - prononcés sans tomber dans le piège de leur incarnation - reviennent nos souvenirs de ces trois journées d'été qui ont vu l'offensive Tchetnik écraser la ville placée sous la protection de l'ONU. Et, dans cette histoire, il y a les puissants acteurs (Mladic, Karadzic, Milosevic, Akashi et d'autres) et nous, les témoins injuriés. Injure faite à la justice et à l'humanité qui, grâce à Olivier Py, se retourne contre ses auteurs et nous rend notre dignité. Par quel prodige ?
Les propos des exécuteurs et de leurs complices sont réitérés sans apparat ni écran, avec une très grande économie de formes. Nous voilà enfin face à face, d'égal à égal, placés en situation d'agir pour la justice qui seule finira par effacer l'injure. Alors, dans le temps de cette nouvelle présentation des propos et des faits, l'action véritable de "Requiem" (celle qui justifie son titre) peut s'accomplir.
Gravé dans la pierre de la générosité clandestine, "Requiem" réalise quelque chose de très rare, de précieux, une étreinte : un chant de restitution. "Prenez ce qui vous appartient, votre conscience, vos responsabilités, votre amour aussi, je vous les donne car ils sont à vous, c'est votre bien". Olivier Py édifie ainsi une oeuvre - qu'aucune image de télévision, aucun film, aucun caractère imprimé et pas même la réalité, mais seul le théâtre, peut produire -, une oeuvre donc, au présent de la mémoire et de l'attente, la fine poussière qui transforme le cadavre en dépouille, l'édifice seul à même d'offrir aux morts de Srebrenica une sépulture décente : nous, qui sommes là en vie et en conscience.
N.B.: Voir Calendrier du mois de février pour les indications pratiques.


Demain la Bosnie

Le Général Jean Cot vient de publier Demain la Bosnie aux éditions L'Harmattan, 176 p., 97 F.
Le Général Cot a commandé la première armée à la tête de la Forpronu de juillet 93 à mars 94. Depuis, il n'a cessé de s'intéresser à la Bosnie et d'oeuvrer pour que la paix et la démocratie s'installent durablement dans ce «malheureux pays», dans l'espoir de sa proche intégration européenne. Après Dernière guerre balkanique? en 96 chez le même éditeur, après L'avenir du processus de paix, enquête initiée par le Ministère de la Défense (comme c'est aussi le cas pour ce dernier ouvrage), le Général Cot reprend en mai 98 son bâton de pélerin et va interroger, dans les diverses parties de la Bosnie, ce qu'on appelle communément «les gens». Cette démarche est trop rare, surtout lorsqu'elle s'accompagne d'une introduction synthétique et chiffrée sur la situation, d'une analyse détaillée des réponses, d'un juste partage des responsabilités pour chaque compo_ santé, et de comparaisons éclairantes pour le lecteur français peu au fait des problèmes traités. D'habitude, on se contente de recueillir les propos des VIP, avec leurs stéréotypes et leur manque d'indépendance! Cette prise du pouls de la Bosnie, franche et objective, est aussi un plaidoyer pour sa survie en tant qu'Etat. On est parfois étonné de voir combien, deux ans et demi après les Accords de Dayton, les sentiments du principal agresseur restent absolument modelés sur la propagande du régime de Belgrade (le Général Cot remarque, une fois de plus, que la victime reste plus tolérante que le bourreau). On s'inquiète davantage encore du désintérêt massif des jeunes pour la politique et la «gestion de leur destin collectif». Mais on trouve quand même des raisons d'espérer dans ces entretiens... Enfin, il faut souligner l'effort remarquable de mise en page, avec des caractères gras pour les phrases essentielles et des italiques pour les commentaires de l'auteur, qui permettent si besoin est une lecture rapide et informative.


Calendrier du mois de février - Calendrier du mois de février

Création d'un fonds documentaire

L'association Paris-Sarajevo-Europe (26, rue de Saintonge, Paris 3e), siège parisien du Centre André Malraux de Sarajevo, a décidé de créer un fonds documentaire sur le conflit en ex-Yougoslavie destiné aux chercheurs. Outre les livres, elle cherche à recueillir les documents vidéo, photo, tracts associatifs, articles de journaux, etc.
Contact : Elise Masiulis, tél. 01 48 87 21 61.

Requiem pour Srebrenica

"Requiem pour Srebrenica", pièce conçue et mise en scène par Olivier Py, interprétée par Anne Bellec, Irina Dalle et Frédérique Ruchaud, se joue à Nanterre au Théâtre des Amandiers (7, avenue Pablo Picasso, métro Nanterre-Préfecture + navette) du 19 janvier au 24 février, sauf le lundi.
Réservations au 01 46 14 70 10/42/32.

Librairie-Galerie le Lys

Programme de la librairiegalerie Le Lys (12-14, rue St-Louis en l'Ile, Paris 4e) :
0 du 28 janvier au 28 février, Irena Brunec expose ses sculptures, reliefs et tableaux sur le thème «Les 7 péchés capitaux et les 7 vertus» ;
0 le 18 février à 19 h, le Général Cot parlera avec Sanja Cindric de son livre «Demain la Bosnie» (voir compte rendu ci-dessus).
Renseignements au 01 46 33 22 79

Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
fax: 01 44 23 76 79

E-mail Sarajevo@ras.eu.org
Sabo@ras.eu.org
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Président: Francis Jeanson
Directeur de la Publication: Francis Jeanson
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REMANIEMENT DU GOUVERNEMENT ALTERNATIF

Un remaniement du Gouvernement alternatif de B-H (AMV) est en cours. Miodrag Zivanovic, président du Parti social-libéral de la Republika Srpska, vient d'être nommé nouveau premier ministre de l'AMV. Il remplace Seifudin Tokic, désormais vice-premier ministre chargé de l'intégration de la B-H à l'Europe. Le second vice-premier ministre est Nikola Grabovac, chargé du secteur économique, qui remplace Zeljko Ivankovic. Des consultations sont en cours pour nommer les autres membres du Gouvernement alternatif, lequel sera doté de six ministères affaires étrangères, commerce extérieur, finances, justice, réfugiés et personnes déplacées, communications. Le nouvel organigramme a reçu l'appui de Carlos Westendorp, le Haut représentant de la CI en B-H, mais aussi de Zivko Radisic, nouveau président de la Présidence tricéphale de B-H. Rappelons que l'AMV a été constitué il y a deux ans, à l'initiative de plusieurs partis à orientation citoyenne des deux entités, ainsi que des deux associations citoyennes les plus prestigieuses : le Cercle 99 et le Forum des citoyens de Tuzla.

DES CHANGEMENTS RADICAUX DANS LE MILIEU DES MEDIAS

L'année 1999 sera peut-être la première de l'après-guerre à entraîner des changements radicaux dans les milieux médiatiques en Bosnie-Herzégovine. Ceci suite à la création d'une Commission des médias indépendante (CMI), chargée de superviser la constitution et le fonctionnement des médias électroniques, la transformation des stations RTV de l'Etat en services publics, ainsi que la mise en application des nouvelles lois envisagées. Il est certain que l'explosion des médias à laquelle nous avons assisté et qui n'a pas de véritable fondement, face à un marché sous-développé et morcelé, sera suivie d'exigences plus strictes concernant le respect des droits d'auteur et des normes devant être définies par le CMI en matière de programme et de production. Il faudra par ailfeurs tenir compte du pouvoir d'achat des lecteurs, toujours restreint, et aussi du fait que tous chercheront à placer leur publicité dans les médias les mieux cotés, ceux qui se vendent le mieux. Les éditeurs et propriétaires des médias sont peu nombreux à l'heure actuelle à essayer de savoir qui les regarde, les lit ou les écoute. Certains se contentent de procéder à leurs propres sondages, avec des résultats très limités. De temps à autre le grand public se voit présenter un résumé des analyses approfondies auxquelles procèdent certaines oraanisations internationales. Mais le but de ces recherches est avant tout d'évaluer l'influence des médias sur le développement d'un environnement démocratique en Bosnie-Herzégovine, et non de procéder à une étude financière du marché des médias. Lesquels, dans la mesure où ils voudraient élaborer leurs propres stratégies de marketing et adapter leurs produits à la demande, devraient disposer. de services professionnels, qui utiliseraient des méthodes de recherche scientifiques pour analyser tout ce qui a trait à l'audience, l'opinion publique et autres aspects.

Zoran Udovicic, directeur de MédiaPlan

L'AFFAIRE FIKRET ABDIC

Le TPI a informé officiellement le gouvernement bosniaque qu'il jugeait opportun d'entamer une procédure criminelle contre Fikret Abdic, honune d'affaires et ancien membre de la présidence bosniaque. Au cours de la dernière guerre en Bosnie, Abdic a mené sa "propre guerre" contre l'armée bosniaque et, avec le soutien direct de Zagreb et Belgrade, a proclamé dans la poche de Mac une ""réaion autonome de Bosnie occidentale". 11" ressort des documents et témoignages disponibles que nombre de civils et prisonniers de guerre ont été traités de manière inhumaine et qu'à cet égard, la Convention de Genève n'a pas été respectée. Le Tribunal recommande donc cette mise en accusation. Vaincu, Abdic s'est réfugié en Croatie dont il a acjéuiàs la nationalité. Le gouvernement bosniaque a j demandé son extradition. Il est cependant peu probable que le gouvernement de Tudjman accepte, compte tenu des convoitises croates concernant la région de Bihac.

D'après la presse de Sarajevo

LAGUMDZIJA ENVOIE A IZETBEGOVIC UN FORMULAIRE D'ADHESION AU SDP

Le président du parti social-démocrate de B-H (SDP), Zlatko Lagurndzija, a envoyé à Alija Izetbegovic, membre de la Présidence tricéphale et président du Parti de l'Action démocratique (SDA), un formulaire d'adhésion au SDP, ce dernier ayant récemment déclaré être "un social-démocrate de type européen". Lagumdzija a informé Izetbegovic qu'il avait examiné les registres du SDP à Sarajevo, ainsi que ceux de l'Internationale socialiste à Londres et, n'y ayant pas trouvé son nom, il lui envoyait ce formulaire. Dans sa réponse, qui n'a pas tardé, lzetbegovic déclare ne pas avoir trouvé le nom de Lagumdzija dans les registres des Skako, famille de Sarajevo spécialisée dans la circoncision des enfants. Contrairement aux jeunes de Sarajevo que cette correspondance a particulièrement réjouis, certains médias locaux ont estimé que cette affaire était scandaleuse et indigne de deux éminents leaders bosniaques.

REVENDICATIONS TERRITORIALES DE LA CROATIE

Le petit village de Martin Brod, près de Bihac, situé sur la frontière bosno-croate et revendiqué par la Croatie, a récemment failli provoquer un affrontement entre les troupes de la SFOR et la police des frontières croate. Pendant presque une journée, les policiers croates, fortement armés, et les chars des forces de l'OTAN sont restés face à face, attendant la décision de leurs états-majors respectifs. La raison l'a finalement emporté, surtout du côté de la SFOR, et le problème sera résolu autour d'une table de négociation. L'affaire de Martin Brod a éclaté à l'occasion de l'opération Oluja (Tempête), en 1995, lorsque les unités croates ont envahi la B-H et occupé Martin Brod. Mais lorsque l'armée croate a quitté la Bosnie, certaines de ses unités sont restées à Martin Brod, sous prétexte qu'au temps de la monarchie austro-hongroise cette bourgade appartenait à la Croatie. A l'origine, les protestations des autorités bosniaques étaient assez modérées ; pourtant, lorsqu'il s'est révélé qu'il ne s'agissait pas d'un malentendu mais d'une occupation, le ,gouvernement de Sarajevo a déclenché une véritable offensive diplomatique.
Finalement, fin 1998, le Haut Représentant de la communauté internationale s'est rangé du côté des Bosniaques et a rappelé au président Tudjman que Martin Brod appartenait à la Bosnie et que la Croatie violait ouvertement l'intégrité territoriale de la B-H. La situation, à la frontière, est devenue explosive. Des pourparlers ont finalement été entamés, mais les positions des deux délégations étaient totalement opposées. Pour la Croatie, cette frontière restait à défénir, alors que la B-H arguait qu'elle avait été tracée par l'AVNOJ au moment de la formation de l'ex- Yougoslavie ; argument retenu par la communauté internationale. Et, toutes les ex-républiques yougoslaves ayant été reconnues dans le cadre de leurs anciennes frontières (suite au rapport de la commission Badinter), Martin Brod se trouve en B-H.
On peut se demander pourquoi la Croatie se lance à nouveau dans une confrontation avec la communauté internationale, à propos d'une localité de moindre importance. La presse, à Sarajevo, laisse à penser que l'affaire de Martin Brod n'est en fait qu'un prétexte pour mettre la main sur l'aérodrome de Zeljava près de Bihac. Cet aérodrome souterrain peut accueillir 70 avions militaires, et ses deux casernes, 1000 soldats. Il a été dynamité par l'Armée yougoslave fédérale au moment où celle-ci quittait la. région, mais pas totalement détruit. Une commission mixte avait alors constaté qu'au vu des frontières d'avant-guerre, la B-H et la Croatie avaient droit chacune à deux pistes, une autre étant commune. Le journal "Slobodna Bosna" affirme que la Croatie a changé de position et prétend à présent, toujours sur la foi des cartes datant de l'époque austro-hongroise, que l'aérodrome lui appartient. Si Martin Brod restait sous contrôle croate, cela lui permettrait, à plus ou moins longue échéance, de faire admettre le même principe pour l'aérodrome. La Croatie de Tudjman convoite également la localité de Bosanska Kostajnica sur la rivière Sava et, d'une manière plus générale, l'ensemble de la poche de Bihac... n accord a été conclu le mois dernier sur l'établissement de relations spqciales entre la Fédération de B-H et la Croatie, si bien que l'attitude adoptée par la Croatie est un peui surprenante. Cette dernière considère dès à présent la Fédération comme partie de son territoire. (En fait, l'incident de Martin Brod n'impliquait pas la police fédérale, mais la SFOR). Dans son dernier discours, prononcé à l'occasion de l'inauguration d'une école, Franjo Tudjman a rappelé que Martin Brod se trouvait en Croatie et qu'il s'opposerait à toute tentative d'agression. Il a avancé à cet égard une thèse intéressante, faisant part de sa satisfaction du fait que seule la Fédération de B-H ait conclu des relations spéciales avec la Croatie et non l'ensemble de la Bosnie-Herzégovine. "Certains affirment qu'historiquement, la B-H fait partie de la Croatie. Mais que ferions-nous d'un Etat qui comprendrait deux millions de Musulmans et autant de Serbes ? Le peuple croate se sentirait à nouveau menacé, comme au temps de l'ex-Youc,oslavie", a déclaré le président croate. Or, les Accords de Dayton spécifient que les frontières des nouveaux Etats de l'ex-Yougoslavie sont les mêmes que celles des ex-républiques yougoslaves, et prévoient que les litiges éventuels seront résolus par des accords inter-gouvernementaux.

D'après Radenko Udovicic, Safax-MédiaPlan

ORIENTATIONS NOUVELLES DU CERCLE 99

Le Cercle 99, association des intellectuels indépendants de Sarajevo, compte orienter son action dans deux directions : primo, faire pression sur la communauté internationale pour que celle-ci s'acquitte des obligations qui lui reviennent conformément aux Accords de Dayton -, secundo, coopérer avec les autres associations citoyennes de B-H pour promouvoir la démocratisation de l'ensemble de la vie sociale, la promotion des droits de l'homme et la liberté des médias. Le Cercle 99, qui a tenu ses assises annuelles le 17 janvier dernier, s'est attaqué à l'élaboration de plusieurs projets, dont le plus important est "Où se dirige Sara jevo". Rappelons que le Cercle 99, en août 1994, avait été à l'origine de la fameuse déclaration "Sarajevo, ville libre et unitaire". Ce document avait recueilli un million de sianatures en B-H et dans le monde, et très certainement influencé la décision prise à Dayton de maintenir l'unité de la ville. Néanmoins, nombreux sont ceux qui à l'heure actuelle (citoyens, partis politiques et associations) critiquent les pouvoirs en place, notamment le SDA (Parti de l'Action démocratique d'lzetbegovic), et prennent une certaine distance vis-à-vis de l'idée fondamentale de cette Déclaration, à savoir la sauvegarde du caractère multiculturel de Sarajevo, et sa prétention à être la capitale non seulement de la Fédération de B-H, mais de la Bosnie-Herzégovine tout entière. Le Cercle 99 a l'intention de procéder à une analyse critique des conséquences de cette Déclaration.


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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