"Quand
la paix dépend du bon vouloir d'un fou"
(d'après l'article de
Charles A. Kupchan, paru dans le Los Angeles Times le 24/01/99)
Charles A. Kupchan, professeur de Relations Internationales à
Georgetown University, et membre du Conseil des Affaires
Etrangères, faisait partie du Conseil National de la Sécurité
pendant le premier mandat du Président Clinton.
Dans cet article, il rappelle les deux principaux défis auxquels
l'administration américaine a dû faire face : contenir les
visions expansionnistes de Saddam Hussein et installer la paix en
Bosnie en s'appuyant sur Milosevic. Malgré les apparences et les
crises médiatiques, c'est dans les Balkans que se joue, d'après
l'auteur, la partie la plus difficile, Car si les EtatsUnis
peuvent attendre que Saddam Hussein disparaisse d'une façon ou
d'une autre, il ne leur est par contre pas possible de maintenir
éternellement des troupes en Bosnie Herzégovine. Or les efforts
des Etats-Unis pour créer une paix durable sont actuellement
réduits à néant et le plan de paix lui-même est moribond.
Pour eux, le choix est aujourd'hui entre le désengagement et la
réduction des coûts, ou la réorientation vers une politique
plus réaliste et moins velléitaire.
Remettre les accords de Dayton sur les rails demande trois
initiatives majeures :
en premier lieu, la communauté internationale et plus
spécifiquement son Bureau du Haut Représentant qui veille au
bon déroulement du processus de paix, doit établir un
gouvernement plus efficient. Actuellement, la présence
internationale tente d'agir à travers un gouvernement tripartite
paralysé par les conflits internes. Il convient d'être plus
énergique et plus direct en s'appuyant sans doute davantage sur
l'OTAN pour favoriser le développement économique et les
réformes politiques qui sinon ne verront jamais le jour. En
second lieu, il convient de changer le mode de scrutin électoral
qui favorise les partis nationalistes au détriment de candidats
de compromis et d'alliances. Les candidats actuels recherchent
les voix de leur propre ethnie, développant donc des programmes
nationalistes, ce qui mène directement à l'élection des plus
extrémistes. Il faut y substituer un mode de scrutin dans lequel
les candidats auraient à réunir le plus grand nombre de voix de
tous les groupes ethniques pour être élus. Cela favoriserait à
l'inverse les candidats qui encouragent la réconciliation
ethnique, menant progressivement à un centre de gravité
politique plus modéré.
Enfin, le processus de Dayton doit faire des progrès énormes
dans la reconstruction des liens inter-communautaires. Trop de
réfugiés sont aujourd'hui installés géographiquement dans des
zones ethniquement homogènes parce qu'ils n'ont pas pu retourner
dans leur vraie région d'origine, ce qui aurait permis la
restauration du caractère multiethnique du pays. La communauté
internationale doit inverser cette tendance en assurant
protections physiques et incitations économiques aux familles
qui rentrent effectivement chez elles.
Ce n'est qu'à ces conditions que le maintien de la présence
américaine en ex-Yougoslavie est susceptible de donner des
résultats qui la justifieront.
UNE NOUVELLE AGENCE DE PRESSE
Une nouvelle Agence a récemment été formée, la SENSE (South-East News Service Europe), spécialisée dans le suivi des institutions et organisations gouvernementales et non-gouvernementales, ainsi que des institutions orientées vers l'Europe du sud-est. Le siège de cette Agence se trouve à Bruxelles, avec des bureaux à La Haye, Paris, Strasbourg et New-York. Assurant le suivi des travaux du Conseil des ministres de VUE, de la Commission européenne, du Parlement européen, du Conseil de l'Europe, du TPI et de la Cour internationale de justice de La Haye, de l'OTAN, de l'OSCE ainsi que des Nationsunies et du Conseil de Sécurité, du State Department et du Congrès des Etats-Unis et du Groupe de contact, SENSE offre une information et une analyse approfondie des initiatives politiques et économiques ainsi que des processus engagés par ces institutions susceptibles d'intéresser les pays de l'Europe du sud-est. SENSE envoie quotidiennement à ses abonnés - qui sont principalement les médias indépendants de la région, mais aussi des stations de radiotélévision internationales émettant des programmes dans des langues de l'Europe de l'est -, des rapports écrits et audio, des reportages, interviews, analyses et commentaires en bosniaque, croate et serbe, et d'ici deux à trois mois en macédonien et albanais. Les médias peuvent adapter les reportages de SENSE à la langue ou variante accessible à la majorité de leurs lecteurs, sous condition que le contenu ne soit pas modifié et les droits d'auteur respectés. Cette Agence a été formée par les journalistes Zekariah Smajic, ancien correspondant d'Oslobod J . ety . e à Bruxelles et Mirko Klarin, ancien correspondant de Nasa Borba à La Haye, avec l'aide partielle de l'UE.
Cinq mois après les élections, la Republika srpska n'a toujours pas de nouveau gouvernement. Son parlement vient en effet de refuser sa confiance à Brano Miljus, candidat de Nikola Poplasen (président de la RS et lieutenant de Seselj en B-H). de Milosevic et de Krajisnic : 29 députés ont voté en faveur de Miijus, 46 contre. Miljus avait été précédé par Dragan Kalinic, président du SDS (le parti de Karadzic), qui n'avait pas non plus réussi à former un nouveau gouvemement. Poplasen avait confié ces mandats à Kalinic, puis à Miljus, en sachant pertinemment qu'ils n'obtiendraient pas la majorité requise, pas plus que le soutien de la communauté internationale : tout en espérant que son geste provoquerait une scission au sein de l'alliance SLOGA (de Plavsic. Radisic et Dodik), ce qui n'a pas été le cas. Qui sera le nouveau mandataire? La communauté internationale aimerait que Dodik reste en place, mais Poplasen. soutenu par Milosevic, n'en veut pas. Notons aussi que le parlement central et le gouvernement central de B-H sont paralysés, suite au boycottage exercé par les représentants de la RS. La question que l'on se pose à Sarajevo est : pourquoi le Haut Représentant, Carlos Westendorp, tolère-t-il une telle situation, alors qu'il a le pouvoir de bloquer toute action mettant en danger la mise en oeuvre des Accords de Dayton?
Le Prix Olaf Palme
Le prestigieux prix annuel de la Fondation Olaf Palme de Stockholm a été attribué cette année à trois journalistes d'ex-Yougoslavie : Senad Pecanin, rédacteur-en-chef de la revue "Dani" de Sarajevo, Viktor Ivancic, rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire satirique "Feral Tribune" de Split (Croatie), et Vedran Matic, rédacteur à Radio B92 de Belgrade (Serbie). Ce prix leur a été décerné, entre autres, pour avoir lutté dans des conditions particulièrement difficiles en faveur de la liberté d'expression et de l'affirmation d'un journalisme entièrement indépendant.
RAPPORT ANNUEL DU COMITÉ HELSINKI POUR LA B-H
La légalité et le droit sont violés quotidiennement dans l'ensemble de la Bosnie- Herzégovine. Mais c'est la Republika Srpska qui représente le véritable trou noir à cet égard. Pourtant les graves violations des droits de l'homme restent encore monnaie courante dans les régions dirigées par le HDZ ou le SDA surtout lorsqu'il y a "suprématie ethnique" - ainsi que dans les régions plus éloignées qui échappent au regard de l'opinion publique, est-il constaté dans le rapport annuel 1998 du Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme de B-H. Ce rapport évoque le problème des crimes de guerre, les liens entre le pouvoir et le droit, et la situation médiatique. Il y est souligné qu'il n'existe toujours pas, en B-H, de véritable cadre juridique en matière de droits de l'homme : "Il est très difficile de mettre à jour la vérité sur les crimes et victimes de la guerre, et cela prend un temps infini. En règle générale, les nouvelles concernant les victimes de la guerre ne sont divulguées dans les médias contrôlés par les dirigeants nationalistes que lorsqu'il s'agit de victimes appartenant à leur propre camp national". Il est tout aussi difficile de récupérer les dépouilles des victimes, précise-t-on plus loin - et l'on cite à ce propos l'exemple de Boshniaques qui, aidés par leurs voisins, ont réussi à "voler" le corps de leurs fils le long de la ligne de séparation entre les Entités, et l'ont enterré secrètement. Le Comité d'Helsinki estime que les procès en cours au Tribunal de La Haye ne sont pas représentatifs des atrocités commises, ni par le nombre ni par le rang de ceux qui ont été jusqu'à présent déférés devant ce Tribunal, et que cela a une incidence négative sur le retour des réfugiés. "La RS tout entière, pratiquement, reste inaccessible à un retour en masse des Boshniaques ou des Croates. La Bosnie orientale, où les Boshniaques ont été victimes d'un génocide général et ont pratiquement disparu, reste particulièrement isolée. Par ailleurs les Boshniaques en Herzégovine, et les Serbes dans la région de Drvar, restent à la merci des ultranationalistes croates. Les extrémistes boshniaques sont particulièrement actifs en Bosnie centrale", est-il souligné. Les auteurs du rapport estiment que les efforts des nationalistes pour préserver leurs zones de domination sont à l'origine des conflits et de la terreur. L'organisation de la justice, et son manque d'efficacité, influent de manière très négative sur la situation politique dans le pays: "Dans de nombreuses régions la justice est sous la surveillance directe des politiciens, et échappe à tout contrôle démocratique de l'opinion publique. La pression sur les médias ne cède pas. Nous assistons à un conflit d'intérêts entre les médias dépendants et leurs mentors d'une part, les médias indépendants et ceux qui les soutiennent de l'autre, alors que l'influence étrangère se fait de plus en plus sentir".
Comité Helsinki B-H,
tél.: (387 71) 230 809 et 230 811,
e-mail: info@bh-hchr.org
LES TROUPES FRANÇAISES TENTENT POUR LA PREMIÈRE FOI D'APPRÉHENDER UN CRIMINEL DE GUERRE ET LE TUENT
Sur les dix arrestations de criminels de guerre auxquelles ont
procédées les troupes de l'OTAN, le 9 janvier 1999 a eu lieu la
première arrestation en secteur français et la première
pilotée par le contingent français. Elle s'est soldée par un
échec pour la justice, puisque le criminel recherché, Goran
Gagovic, a été tué. Il aurait, selon les déclarations
officielles, forcé le barrage routier placé par les soldats
français pour tenter de l'appréhender sur une route de montagne
dans la région de Visegrad. Placés en état de légitime
défense, les militaires ont tiré, blessant mortellement Gagovic
et empêchant du même coup sa comparution à La Haye. Gagovic
était accusé par le TPI de crimes de guerre, et plus
précisément de viols, tortures et réduction en esclavage de
jeunes filles musulmanes, dont certaines avaient à peine douze
ans. Ces crimes, Gagovic les a commis entre avril 1992 et
février 1993, alors qu'il était le chef de la police de Foca,
conquise par les Tchetniks.
Dès le lendemain de cette tentative d'arrestation, les bureaux
du TPI à Foca ont été pris d'assaut par une centaine de
manifestants. Trois membres du TPI ont été blessés, et les
locaux gravement endommagés, au point que la présence des
enquêteurs du TPI n'est plus assurée à Foca. Quelques jours
plus tard, le 13 janvier, 4000 personnes ont participé à
l'enterrement de Gagovic dans le cimetière de Foca. Le
vice-président de la République Serbe, Marko Sarovic, s'est
déplacé pour l'occasion. Tout cela ne laisse hélas présager
aucun progrès dans la marche de la justice dans la région de
Foca placée sous contrôle français.
"Requiem pour
Srebrenica"
L'hommage rendu aux disparus
Etablir la macabre cohérence qui, en jullet 1995, a conduit
à la prise de la petite ville de Srebrenica, en Bosnie
orientale, au massacre d'une partie de sa population et à la
déportation des survivants, tel est le fil que déroule la
pièce "Requiem pour Srebrenica". Son auteur et metteur
en scène, Olivier Py; a réuni dans ce but un ensemble de
documents et de témoignages portés par trois remarquables
comédiennes, servies par une scénographie limpide et une
équipe technique volontaire.
Au fil de la représentation des événements - prononcés sans
tomber dans le piège de leur incarnation - reviennent nos
souvenirs de ces trois journées d'été qui ont vu l'offensive
Tchetnik écraser la ville placée sous la protection de l'ONU.
Et, dans cette histoire, il y a les puissants acteurs (Mladic,
Karadzic, Milosevic, Akashi et d'autres) et nous, les témoins
injuriés. Injure faite à la justice et à l'humanité qui,
grâce à Olivier Py, se retourne contre ses auteurs et nous rend
notre dignité. Par quel prodige ?
Les propos des exécuteurs et de leurs complices sont réitérés
sans apparat ni écran, avec une très grande économie de
formes. Nous voilà enfin face à face, d'égal à égal, placés
en situation d'agir pour la justice qui seule finira par effacer
l'injure. Alors, dans le temps de cette nouvelle présentation
des propos et des faits, l'action véritable de
"Requiem" (celle qui justifie son titre) peut
s'accomplir.
Gravé dans la pierre de la générosité clandestine,
"Requiem" réalise quelque chose de très rare, de
précieux, une étreinte : un chant de restitution. "Prenez
ce qui vous appartient, votre conscience, vos responsabilités,
votre amour aussi, je vous les donne car ils sont à vous, c'est
votre bien". Olivier Py édifie ainsi une oeuvre - qu'aucune
image de télévision, aucun film, aucun caractère imprimé et
pas même la réalité, mais seul le théâtre, peut produire -,
une oeuvre donc, au présent de la mémoire et de l'attente, la
fine poussière qui transforme le cadavre en dépouille,
l'édifice seul à même d'offrir aux morts de Srebrenica une
sépulture décente : nous, qui sommes là en vie et en
conscience.
N.B.: Voir Calendrier du mois de février
pour les indications pratiques.
Demain la Bosnie
Le Général Jean Cot vient de publier Demain
la Bosnie aux éditions L'Harmattan, 176 p., 97 F.
Le Général Cot a commandé la première armée
à la tête de la Forpronu de juillet 93 à mars 94. Depuis, il
n'a cessé de s'intéresser à la Bosnie et d'oeuvrer pour que la
paix et la démocratie s'installent durablement dans ce
«malheureux pays», dans l'espoir de sa proche intégration
européenne. Après Dernière guerre balkanique? en 96
chez le même éditeur, après L'avenir du processus de paix,
enquête initiée par le Ministère de la Défense (comme c'est
aussi le cas pour ce dernier ouvrage), le Général Cot reprend
en mai 98 son bâton de pélerin et va interroger, dans les
diverses parties de la Bosnie, ce qu'on appelle communément
«les gens». Cette démarche est trop rare, surtout lorsqu'elle
s'accompagne d'une introduction synthétique et chiffrée sur la
situation, d'une analyse détaillée des réponses, d'un juste
partage des responsabilités pour chaque compo_ santé, et de
comparaisons éclairantes pour le lecteur français peu au fait
des problèmes traités. D'habitude, on se contente de recueillir
les propos des VIP, avec leurs stéréotypes et leur manque
d'indépendance! Cette prise du pouls de la Bosnie, franche et
objective, est aussi un plaidoyer pour sa survie en tant qu'Etat.
On est parfois étonné de voir combien, deux ans et demi après
les Accords de Dayton, les sentiments du principal agresseur
restent absolument modelés sur la propagande du régime de
Belgrade (le Général Cot remarque, une fois de plus, que la
victime reste plus tolérante que le bourreau). On s'inquiète
davantage encore du désintérêt massif des jeunes pour la
politique et la «gestion de leur destin collectif». Mais on
trouve quand même des raisons d'espérer dans ces entretiens...
Enfin, il faut souligner l'effort remarquable de mise en page,
avec des caractères gras pour les phrases essentielles et des
italiques pour les commentaires de l'auteur, qui permettent si
besoin est une lecture rapide et informative.
Création d'un fonds documentaire
L'association Paris-Sarajevo-Europe (26, rue de
Saintonge, Paris 3e), siège parisien du Centre André Malraux de
Sarajevo, a décidé de créer un fonds documentaire sur le
conflit en ex-Yougoslavie destiné aux chercheurs. Outre les
livres, elle cherche à recueillir les documents vidéo, photo,
tracts associatifs, articles de journaux, etc.
Contact : Elise Masiulis, tél. 01 48 87 21 61.
Requiem pour Srebrenica
"Requiem pour Srebrenica", pièce
conçue et mise en scène par Olivier Py, interprétée par Anne
Bellec, Irina Dalle et Frédérique Ruchaud, se joue à Nanterre
au Théâtre des Amandiers (7, avenue Pablo Picasso, métro
Nanterre-Préfecture + navette) du 19 janvier au 24 février,
sauf le lundi.
Réservations au 01 46 14 70 10/42/32.
Librairie-Galerie le Lys
Programme de la librairiegalerie Le Lys (12-14,
rue St-Louis en l'Ile, Paris 4e) :
0 du 28 janvier au 28 février, Irena
Brunec expose ses sculptures, reliefs et tableaux sur le thème
«Les 7 péchés capitaux et les 7 vertus» ;
0 le 18 février à 19 h, le Général
Cot parlera avec Sanja Cindric de son livre «Demain la Bosnie»
(voir compte rendu ci-dessus).
Renseignements au 01 46 33 22 79
Président:
Francis Jeanson |
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REMANIEMENT DU GOUVERNEMENT ALTERNATIF
Un remaniement du Gouvernement alternatif de B-H (AMV) est en cours. Miodrag Zivanovic, président du Parti social-libéral de la Republika Srpska, vient d'être nommé nouveau premier ministre de l'AMV. Il remplace Seifudin Tokic, désormais vice-premier ministre chargé de l'intégration de la B-H à l'Europe. Le second vice-premier ministre est Nikola Grabovac, chargé du secteur économique, qui remplace Zeljko Ivankovic. Des consultations sont en cours pour nommer les autres membres du Gouvernement alternatif, lequel sera doté de six ministères affaires étrangères, commerce extérieur, finances, justice, réfugiés et personnes déplacées, communications. Le nouvel organigramme a reçu l'appui de Carlos Westendorp, le Haut représentant de la CI en B-H, mais aussi de Zivko Radisic, nouveau président de la Présidence tricéphale de B-H. Rappelons que l'AMV a été constitué il y a deux ans, à l'initiative de plusieurs partis à orientation citoyenne des deux entités, ainsi que des deux associations citoyennes les plus prestigieuses : le Cercle 99 et le Forum des citoyens de Tuzla.
DES CHANGEMENTS RADICAUX DANS LE MILIEU DES MEDIAS
L'année 1999 sera peut-être la première de l'après-guerre à entraîner des changements radicaux dans les milieux médiatiques en Bosnie-Herzégovine. Ceci suite à la création d'une Commission des médias indépendante (CMI), chargée de superviser la constitution et le fonctionnement des médias électroniques, la transformation des stations RTV de l'Etat en services publics, ainsi que la mise en application des nouvelles lois envisagées. Il est certain que l'explosion des médias à laquelle nous avons assisté et qui n'a pas de véritable fondement, face à un marché sous-développé et morcelé, sera suivie d'exigences plus strictes concernant le respect des droits d'auteur et des normes devant être définies par le CMI en matière de programme et de production. Il faudra par ailfeurs tenir compte du pouvoir d'achat des lecteurs, toujours restreint, et aussi du fait que tous chercheront à placer leur publicité dans les médias les mieux cotés, ceux qui se vendent le mieux. Les éditeurs et propriétaires des médias sont peu nombreux à l'heure actuelle à essayer de savoir qui les regarde, les lit ou les écoute. Certains se contentent de procéder à leurs propres sondages, avec des résultats très limités. De temps à autre le grand public se voit présenter un résumé des analyses approfondies auxquelles procèdent certaines oraanisations internationales. Mais le but de ces recherches est avant tout d'évaluer l'influence des médias sur le développement d'un environnement démocratique en Bosnie-Herzégovine, et non de procéder à une étude financière du marché des médias. Lesquels, dans la mesure où ils voudraient élaborer leurs propres stratégies de marketing et adapter leurs produits à la demande, devraient disposer. de services professionnels, qui utiliseraient des méthodes de recherche scientifiques pour analyser tout ce qui a trait à l'audience, l'opinion publique et autres aspects.
Zoran Udovicic, directeur de MédiaPlan
L'AFFAIRE FIKRET ABDIC
Le TPI a informé officiellement le gouvernement bosniaque qu'il jugeait opportun d'entamer une procédure criminelle contre Fikret Abdic, honune d'affaires et ancien membre de la présidence bosniaque. Au cours de la dernière guerre en Bosnie, Abdic a mené sa "propre guerre" contre l'armée bosniaque et, avec le soutien direct de Zagreb et Belgrade, a proclamé dans la poche de Mac une ""réaion autonome de Bosnie occidentale". 11" ressort des documents et témoignages disponibles que nombre de civils et prisonniers de guerre ont été traités de manière inhumaine et qu'à cet égard, la Convention de Genève n'a pas été respectée. Le Tribunal recommande donc cette mise en accusation. Vaincu, Abdic s'est réfugié en Croatie dont il a acjéuiàs la nationalité. Le gouvernement bosniaque a j demandé son extradition. Il est cependant peu probable que le gouvernement de Tudjman accepte, compte tenu des convoitises croates concernant la région de Bihac.
D'après la presse de Sarajevo
LAGUMDZIJA ENVOIE A IZETBEGOVIC UN FORMULAIRE D'ADHESION AU SDP
Le président du parti social-démocrate de B-H (SDP), Zlatko Lagurndzija, a envoyé à Alija Izetbegovic, membre de la Présidence tricéphale et président du Parti de l'Action démocratique (SDA), un formulaire d'adhésion au SDP, ce dernier ayant récemment déclaré être "un social-démocrate de type européen". Lagumdzija a informé Izetbegovic qu'il avait examiné les registres du SDP à Sarajevo, ainsi que ceux de l'Internationale socialiste à Londres et, n'y ayant pas trouvé son nom, il lui envoyait ce formulaire. Dans sa réponse, qui n'a pas tardé, lzetbegovic déclare ne pas avoir trouvé le nom de Lagumdzija dans les registres des Skako, famille de Sarajevo spécialisée dans la circoncision des enfants. Contrairement aux jeunes de Sarajevo que cette correspondance a particulièrement réjouis, certains médias locaux ont estimé que cette affaire était scandaleuse et indigne de deux éminents leaders bosniaques.
REVENDICATIONS TERRITORIALES DE LA CROATIE
Le petit
village de Martin Brod, près de Bihac, situé sur la frontière
bosno-croate et revendiqué par la Croatie, a récemment failli
provoquer un affrontement entre les troupes de la SFOR et la
police des frontières croate. Pendant presque une journée, les
policiers croates, fortement armés, et les chars des forces de
l'OTAN sont restés face à face, attendant la décision de leurs
états-majors respectifs. La raison l'a finalement emporté,
surtout du côté de la SFOR, et le problème sera résolu autour
d'une table de négociation. L'affaire de Martin Brod a éclaté
à l'occasion de l'opération Oluja (Tempête), en 1995, lorsque
les unités croates ont envahi la B-H et occupé Martin Brod.
Mais lorsque l'armée croate a quitté la Bosnie, certaines de
ses unités sont restées à Martin Brod, sous prétexte qu'au
temps de la monarchie austro-hongroise cette bourgade appartenait
à la Croatie. A l'origine, les protestations des autorités
bosniaques étaient assez modérées ; pourtant, lorsqu'il s'est
révélé qu'il ne s'agissait pas d'un malentendu mais d'une
occupation, le ,gouvernement de Sarajevo a déclenché une
véritable offensive diplomatique.
Finalement, fin 1998, le Haut Représentant de la communauté
internationale s'est rangé du côté des Bosniaques et a
rappelé au président Tudjman que Martin Brod appartenait à la
Bosnie et que la Croatie violait ouvertement l'intégrité
territoriale de la B-H. La situation, à la frontière, est
devenue explosive. Des pourparlers ont finalement été entamés,
mais les positions des deux délégations étaient totalement
opposées. Pour la Croatie, cette frontière restait à
défénir, alors que la B-H arguait qu'elle avait été tracée
par l'AVNOJ au moment de la formation de l'ex- Yougoslavie ;
argument retenu par la communauté internationale. Et, toutes les
ex-républiques yougoslaves ayant été reconnues dans le cadre
de leurs anciennes frontières (suite au rapport de la commission
Badinter), Martin Brod se trouve en B-H.
On peut se demander pourquoi la Croatie se lance à nouveau dans
une confrontation avec la communauté internationale, à propos
d'une localité de moindre importance. La presse, à Sarajevo,
laisse à penser que l'affaire de Martin Brod n'est en fait qu'un
prétexte pour mettre la main sur l'aérodrome de Zeljava près
de Bihac. Cet aérodrome souterrain peut accueillir 70 avions
militaires, et ses deux casernes, 1000 soldats. Il a été
dynamité par l'Armée yougoslave fédérale au moment où
celle-ci quittait la. région, mais pas totalement détruit. Une
commission mixte avait alors constaté qu'au vu des frontières
d'avant-guerre, la B-H et la Croatie avaient droit chacune à
deux pistes, une autre étant commune. Le journal "Slobodna
Bosna" affirme que la Croatie a changé de position et
prétend à présent, toujours sur la foi des cartes datant de
l'époque austro-hongroise, que l'aérodrome lui appartient. Si
Martin Brod restait sous contrôle croate, cela lui permettrait,
à plus ou moins longue échéance, de faire admettre le même
principe pour l'aérodrome. La Croatie de Tudjman convoite
également la localité de Bosanska Kostajnica sur la rivière
Sava et, d'une manière plus générale, l'ensemble de la poche
de Bihac... n accord a été conclu le mois dernier sur
l'établissement de relations spqciales entre la Fédération de
B-H et la Croatie, si bien que l'attitude adoptée par la Croatie
est un peui surprenante. Cette dernière considère dès à
présent la Fédération comme partie de son territoire. (En
fait, l'incident de Martin Brod n'impliquait pas la police
fédérale, mais la SFOR). Dans son dernier discours, prononcé
à l'occasion de l'inauguration d'une école, Franjo Tudjman a
rappelé que Martin Brod se trouvait en Croatie et qu'il
s'opposerait à toute tentative d'agression. Il a avancé à cet
égard une thèse intéressante, faisant part de sa satisfaction
du fait que seule la Fédération de B-H ait conclu des relations
spéciales avec la Croatie et non l'ensemble de la
Bosnie-Herzégovine. "Certains affirment qu'historiquement,
la B-H fait partie de la Croatie. Mais que ferions-nous d'un Etat
qui comprendrait deux millions de Musulmans et autant de Serbes ?
Le peuple croate se sentirait à nouveau menacé, comme au temps
de l'ex-Youc,oslavie", a déclaré le président croate. Or,
les Accords de Dayton spécifient que les frontières des
nouveaux Etats de l'ex-Yougoslavie sont les mêmes que celles des
ex-républiques yougoslaves, et prévoient que les litiges
éventuels seront résolus par des accords inter-gouvernementaux.
D'après Radenko Udovicic, Safax-MédiaPlan
ORIENTATIONS NOUVELLES DU CERCLE 99
Le Cercle 99, association des intellectuels indépendants de Sarajevo, compte orienter son action dans deux directions : primo, faire pression sur la communauté internationale pour que celle-ci s'acquitte des obligations qui lui reviennent conformément aux Accords de Dayton -, secundo, coopérer avec les autres associations citoyennes de B-H pour promouvoir la démocratisation de l'ensemble de la vie sociale, la promotion des droits de l'homme et la liberté des médias. Le Cercle 99, qui a tenu ses assises annuelles le 17 janvier dernier, s'est attaqué à l'élaboration de plusieurs projets, dont le plus important est "Où se dirige Sara jevo". Rappelons que le Cercle 99, en août 1994, avait été à l'origine de la fameuse déclaration "Sarajevo, ville libre et unitaire". Ce document avait recueilli un million de sianatures en B-H et dans le monde, et très certainement influencé la décision prise à Dayton de maintenir l'unité de la ville. Néanmoins, nombreux sont ceux qui à l'heure actuelle (citoyens, partis politiques et associations) critiquent les pouvoirs en place, notamment le SDA (Parti de l'Action démocratique d'lzetbegovic), et prennent une certaine distance vis-à-vis de l'idée fondamentale de cette Déclaration, à savoir la sauvegarde du caractère multiculturel de Sarajevo, et sa prétention à être la capitale non seulement de la Fédération de B-H, mais de la Bosnie-Herzégovine tout entière. Le Cercle 99 a l'intention de procéder à une analyse critique des conséquences de cette Déclaration.