Lettre
d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice
Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 83 février2000![]() |
| En portant Stipe Mesic à la présidence de la République
de Croatie, les électeurs ont choisi le candidat qui incarnait le
mieux la rupture avec le régime de Tudjman, notamment en ce qui
concerne les relations avec les pays voisins, les poursuites contre
les criminels de guerre en collaboration avec le T.P.I. et le retour
des Serbes dans leurs foyers. Les déclarations faites par les
nouveaux dirigeants de Zagreb lors de leurs premiers déplacements, à
Sarajevo et à Bruxelles, confirment cette orientation qu'il reste
maintenant à constater dans les faits. L'affaiblissement des ultra nationalistes du H.D.Z. bosnien qui devrait en résulter lèverait la menace de la pérennisation d'une entité croate dans la Fédération et avec elle, un obstacle de taille à l'unification de la Bosnie-Herzégovine, qui en connaît bien d'autres, ne serait-ce que celui de la présence de Karadzic dans son terrier. Le débat, qui existe depuis la signature des accords de Dayton sur les moyens de surmonter l'opposition des clans au pouvoir à la réunification du pays, est aujourd'hui relancé entre ceux qui plaident pour une révision fondamentale de ces accords et ceux qui demandent que les mesures nécessaires au déblocage de la situation soient imposées par le Haut Représentant, autrement dit que le protectorat international sur la Bosnie soit explicitement déclaré. Il faut observer qu'une révision dans les règles exigerait le concours de tous les signataires de l'accord, c'est-à-dire aussi de la partie serbe. Le nécessaire réexamen des textes de Dayton ne pourra intervenir que le jour où le pouvoir de Belgrade aura définitivement reconnu les frontières réelles de la Serbie et son obligation de respecter les normes juridiques et politiques que , cahin-caha, l'Europe essaie d'instaurer dans son environnement proche, dont elle exclut hélas ! la Russie et la Tchétchénie. Cela vaut pour n'importe quel gouvernement de la Serbie, l'opposition officielle campant à cet égard sur des positions guère éloignées de celles de Milosevic. S'agissant de la Bosnie, c'est aux tuteurs internationaux d'édicter, dans tous les domaines, les règles qui, en permettant le rétablissement de l'unité du pays Ja reconstitution de son tissu économico-social et l'avancée de ses forces démocratiques, rendront les accords de Dayton caducs. Dans un contexte très différent on retrouve la même problématique au Kosovo , avec un mandat onusien ambigu, une intervention internationale dont le côté militaire domine le côté civil, un manque de moyens pour reconstruire le pays et la tentation de recourir à la partition comme solution finale, dans laquelle la France se trouve malheureusement et une fois de plus impliquée au premier chef, jouant de fait le rôle que les Russes avaient échoué à se faire attribuer. Malgré toutes les réunions et déclarations qui ne cessent de proclamer l'importance et l' urgence d'un règlement des problèmes de la région, on ne voit pas quelle stratégie, quelle volonté et encore moins quels instruments sont mis en oeuvre pour venir à bout de la bande de criminels au pouvoir à Belgrade et entreprendre la tâche de reconstitution des pays qui ont été détruits par leur faute. Il est vrai que si c'est M. Chevènement qui détermine la politique "yougoslave" de la France, on est loin du compte. |
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AVIS AUX ADHERENTS se tiendra le samedi 25 mars 2000 à 14h3O au Foyer Grenelle, 17 rue de l'Avre, 75015,Paris ( métro La Motte Piquet Grenelle), ordre du jour : |
L'ASSASSINAT DE PAVLE BULATOVIC
Le 8 février 2000, Pavle Bulatovic, ministre de la Défense fut assassiné,
alors qu'il dînait en compagnie de quelques amis dans un de ses restaurants préférés
à Belgrade, en compagnie du propriétaire du restaurant et d'un ami banquier,
qui tous deux furent également touchés. Monténégrin âgé de 51 ans, le ministre
de la défense yougoslave, en poste depuis 1993, était considéré comme un
proche et un fidèle de Milosevic. Le restaurant Rad est d'ailleurs connu pour
être fréquenté par des Monténégrins fidèles au Président de la Fédération
Yougoslave. Moins d'un mois après l'assassinat d'Arkan dans un hôtel de
Belgrade, cet assassinat donne lieu à de nombreuses interprétations. Alors que
les leaders de l'opposition y voient le signe de la dégénérescence de l'Etat
serbe, les alliés de Milosevic parlent de terrorisme et appellent de leurs vœux
l'adoption de lois anti-terroristes particulièrement strictes. On évoque
parfois une vengeance des Albanais du Kosovo, car M. Bulatovic avait participé
très activement à l'opération de "nettoyage ethnique" de 1998-1999.
Certains parlent d'une piste monténégrine, en raison de l'opposition affirmée
de M. Bulatovic, membre de la direction du SPP de Momir Bulatovic (il n'a pas de
lien entre les deux hommes), à la politique pro-occidentale de la présidence
actuelle du Monténégro. Pêle-Mêle, il est également fait référence à une
possible revanche des amis d'Arkan, à un règlement de compte financé par la
mafia serbe, encore que les amis de M. Bulatovic nient qu'il ait entretenu
quelque relation que ce soit avec le milieu., ou à un "contrat"
visant un homme politique gênant.
Quoiqu'il en soit, cet assassinat non élucidé vient alourdir une liste déjà
longue de meurtres de même type en Serbie, meurtres de leaders politiques, économiques
ou d'officiers de police de haut rang. La personnalité de M. Bulatovic vient démontrer
que personne n'est à l'abri en Serbie aujourd'hui. Et pose le problème du
maintien de la sécurité dans un pays dont toutes les autorités sont impliquées
dans des affaires politico-économiques douteuses. Ayant assis leur pouvoir sur
la violence d'Etat, les responsables yougoslaves se trouvent aujourd'hui
confrontés à une violence qui leur échappe, probablement exercée par des
gens qui ne visent que leurs intérêts financiers et qui préparent déjà
l'après Milosevic.
LA BOSNIE SANS LOI ÉLECTORALE
Le parlement bosniaque n'a pas adopté le nouvel avant-projet de loi électorale
proposé par le Haut Représentant et par l'OSCE. Les prochaines élections
municipales (avril 2000) et -d'après ce que nous savons- les élections générales
(octobre 2000) se dérouleront donc selon les Règles temporaires de la
Commission électorale (tout aussi temporaire). Ainsi, la Bosnie reste toujours
sans loi électorale, disposition pourtant dictée par les accords de Dayton et
considérée comme un élément clé de la stabilisation du pays. Sans loi électorale,
la Bosnie ne pourra pas être admise au Conseil de l'Europe.
Le HR a fait savoir q'il n'utiliserait pas son droit à promulguer lui-même une
loi électorale. "Au parlement bosniaque de l'adopter ou non, et si vous
n'en voulez pas, vous en subirez les conséquences". Seuls les députés de
la Republika srpska. ont voté pour ce second projet La coalition CD, dirigée
par le SDA (le parti d'lzetbegovic), les socio-démocrates (de Zlatko Lagumdzija)
et le HDZ (Communauté croate démocratique) ont tous voté contre, chacun pour
des raisons différentes. Les partis nationalistes insistent sur le maintien du
critère ethnique (selon lequel les représentants bosniaques et croates sont élus
dans la Fédération BH et le représentant serbe dans la Republika srpska). Les
partis multiethniques, eux, estiment que tous les citoyens de BH devraient
disposer des mêmes droits de vote (actifs ou passifs), qWils se trouvent dans
la FBH ou en RS et que la proposition du HR et de l'OSCE est contraire à la
Convention Européenne des Droits de l'Homme.
Le projet ne contenait plus les clauses portant sur l'élection des membres de
la présidence de B-H, les partis parlementaires n'ayant pas réussi à se
mettre d'accord sur ce point Ils devront le faire avant le 1 er janvier 2002,
année des élections présidentielles.
Ce projet de loi comportait pourtant quelques améliorations par rapport aux Règles
temporaires, notamment l'introduction de listes électorales ouvertes et une
plus grande responsabilité des élus locaux. Le véritable défaut de ce projet
est qu'il reste basé sur la division ethnique de la Bosnie et qu'il donne la prééminence
à l'identité ethnique collective sur l'identité individuelle citoyenne. Etant
donné la situation dans le pays, cette disposition encourage les électeurs à
se regrouper, une fois de plus, derrière les emblèmes et les partis
nationalistes. Ce problème pourrait être dépassé en amendant la constitution
de BH (adoptée à Dayton) qui reconnaît toutes les conventions internationales
sur les droits de l'homme, mais n'en tient plus compte quand il s'agit, concrètement,
du droit de vote actif et passif. Les perspectives semblent sombres et l'on
craint que l'emprise nationaliste sur le pays ne se poursuive. Néanmoins, les
tous derniers sondages semblent indiquer qu'aux élections municipales d'avril,
on pourrait s'attendre à une percée considérable des forces démocratiques
(le SDP avant tout). Des changements plus profonds pourraient intervenir d'ici
les élections législatives d'octobre, peut-être même un revers des
nationalistes, comme cela fut récemment le cas en Croatie. Mais l'on ne
comprend toujours pas pourquoi la "communauté internationale" reste
si attachée aux options ethniques et, donc, au maintien des partis
nationalistes au pouvoir.
ÉCOLE DE JOURNALISME DE MÉDIA PLAN PREMIER COLLOQUE
Le premier des trois colloques scientifiques qui sont organisés par l'Ecole
de journalisme de Media plan dans le cadre du Réseau de communication pour un
journalisme libre et professionnel dans l'Europe du Sud-Est et ont pour thème :
"Le journalisme dilemmes et défis", s'est tenu ces jours-ci à
Sarajevo. Le sujet de ce premier colloque était : "La liberté de la
presse et sa responsabilité devant l'opinion publique". Miroljub
Radojkovic, professeur à la Faculté des Sciences politiques de Belgrade -
section journalisme - a évoqué les limites de la liberté de la presse et les
diverses expériences européennes. Alexandre Levy, membre de l'Organisation
Reporters sans frontières de Paris a parlé des problèmes des journalistes
pris pour cibles et des mesures à prendre pour assurer leur protection. Mehmed
Husic, président de l'Union indépendante des journalistes professionnels de
B-H, a répondu aux questions des étudiants de l'Ecole et autres participants,
portant sur la liberté de la presse en Bosnie-Herzégovine. Dusan Babic. chef
du Bureau de Mostar a, pour sa part décrit l'expérience déjà acquise par la
Commission des médias indépendants. Le colloque s'est conclu par un débat sur
les comportements non conformes à l'éthique des médias, condamnés par la
Commission des médias indépendants. Les deux prochains colloques organisés
par l'Ecole de journalisme de Media Plan, seront dédiés aux reportages dans
des situations de conflit et au journalisme scientifique. Ces colloques sont en
partie subventionnés par le Gouvernement français et l'Organisation canadienne
pour le développement
ALLER SIMPLE
Le journal "Front slobode" de Tuzla nous apprend que 50.000
jeunes ont quitté la Bosnie depuis les accords de Dayton, parce qu' ils ne
croient pas à un avenir prospère de leur pays. Les licenciés, qui font le
gros de cette fuite de cerveaux, disent que le gouvernement leur promet un
emploi avec salaire de 1.200 francs par mois. "C'est moins que l'aide
sociale qu'on obtiendrait comme exilé en Occident", disent (article
interrompu anormalement)
LA CROATIE COMME MODÈLE POLITIQUE POUR LA SERBIE ?
L'évolution politique à venir de la Serbie est souvent envisagée au
'regard des récents changements en Croatie. Revenant de Croatie et du Monténégro
voici quelques premières impressions.
Il est impossible de se promener à Zagreb, Dubrovnik ou dans le reste de la
Croatie sans être frappé de l'enthousiasme qui y règne. Une sorte d'euphorie
imprègne toutes les discussions. On ressent comme un vent de réforme et
d'espoir dans les mots et les sentiments qui s'expriment: justice, réconciliation,
futur, humour, ouverture... Chacun souligne le renversement, comme si le régime
de Tudjman et le HDZ étaient vieux de 30 ans ou n'avaient même jamais existé.
Tous font preuve d'un désir d'oubli et d'une grande légèreté quant à l'appréciation
des responsabilités du régime de Tudjman dans la guerre en Bosnie. Mais cela
montre aussi la fragilité de ce type de pouvoir.
Tout se passe comme si ici et maintenant tout allait changer: les responsables et les pratiques. La justice reprend ses droits ; Ivan Herak,,. ministre du tourisme, et surtout Miroslav Kutle, principal financier du HDZ, sont en prison tous deux pour détournement de fonds publics, rachats et faillites frauduleuses d'entreprises. Une douzaine d'autres personnes sont mises en accusation. La justice enquête sur les responsabilités jusqu'au plus haut niveau, Matesa, ancien Premier ministre et Ivic Pasalic premier conseiller de Tudjman sont visés.
Ce sont les faillites à répétition, les détournements et l'effondrement économique du pays qui ont mis le feu aux poudres (-2.5 % de croissance en 1999, plus de 2 1 % de chômage et un endettement multiplié par 4 en 7 ans pour atteindre 23 milliards de dollars de plus que le PIB annuel croate). Pire le niveau des prix en Croatie est aujourd'hui plus élevé qu' en Italie ou en France. C'est également la faillite de la banque de Dubrovnik passée par pertes et profits. (profits pour le HDZ et l'ancien régime, pertes sèches pour les familles ayant perdu leur maigre épargne dans cette banque) qui a déclenché une prise de conscience.
La force de la campagne électorale est venue des attaques allant crescendo contre le HDZ, et d'une distanciation avec les pratiques politiques de Tudjman. Cela a été notamment le cas pour la politique étrangère de la Croatie vis à vis de la Bosnie. Le nouveau président Stipe Mesic a très vite déclaré une rupture des liens et des financements (estimés à 100 millions de dollars par an) allant vers les groupes politiques extrémistes d'Herzégovine. Ce dest pas tout: pèle mêle le gouvernement a promis le retour des Serbes de Krajna dans leurs foyers, la coopération avec le TPI sur l'opération Oluja d'août 1995 et un renforcement des régions. Le nouveau gouvernement prône l'ouverture à la fois vers l'Europe et vers la Bosnie et le Monténégro
Il faut passer la frontière de Debeli Breg entre la Croatie et le Monténégro pour comprendre ce qui se passe. Une sorte de frontière attachée sur un bord de montagne, et là des gardes frontières qui sourient. Ils sont presque trop sympas! Des voitures et des camions de toute l'ex-Yougoslavie s'y croisent encore en trop petit nombre mais déjà cela fait rire aux éclats : des camions slovènes pour le Kosovo, des voitures de Split et de Bosnie vers le Monténégro. Des habitants de Sarajevo qui se rendent sur la côte monténégrine et des Monténégrins qui commencent prudemment à passer en Croatie.
De l'autre côté, au Monténégro les gardes frontières vous accueillent sans problème, mais au Monténégro la joie retombe. Le pays est encore sous contrôle de l'armée fédérale nous sommes tout près d'une intervention il y une tension dans les regards, une peur du lendemain. Les déclarations de provocation ne manquent pas à Belgrade et les assassinats sont ressentis comme autant de rafales dirigées vers Podgorica. Pavle Bulatovic et Arkan ont été liquidés parce qu'ils n'ont pas déstabilisé le Monténégro.
A Podgorica les habitants ne sont pas joyeux, les prix s'envolent à chaque fois que la Serbie ferme sa frontière avec le Monténégro. Ici tous les biens de première nécessité sont importés de Serbie, alors quand le 2 février le blocus de Belgrade reprend, la tension remonte. Après les appels au meurtre proférés par Seselj contre les journalistes de la presse indépendante qui se sont réfugiés à Podgorica, la tension est presque palpable, les regards ne sont pas rieurs.. c'est la république carcérale de Yougoslavie.
S'il en est ainsi c'est qu'en Serbie rien de ce qui a permis l'alternative politique de la Croatie n'est en place. Pas de contrôle sur les élections comme l'a fait l'ONG Gong, pas de programme politique propre à l'opposition. "L'opposition" à Belgrade recherche toujours son identité dans l'échec du programme national de grande Serbie. Les récentes attaques contre Sonja Biserko de la part de "l'opposition" et en particulier du parti démocrate de Zoran Djindjic sont un appel au crime et montrent le vrai visage de cette dite "opposition". Les partis "d'oppositions" en Serbie jouent en réalité dans la même équipe que Milosevic, les financements sont communs et les accords politiques explicites. Comment parler d'opposition dans un pays dictatorial où les seuls prisonniers politiques au nombre de 2000, sont des Albanais du Kosovo ?
La Serbie parait très loin d'un changement politique à la Croate. les élections sont encore au service de Milosevic et personne ne remet en question par ses actes la légitimité d'un Etat criminel.
LES FEMMES DE SREBRENICA
Au cours de la cinquième rencontre, fin janvier. à Lille, du réseau
Justice internationale pour Srebrenica, il a été demandé que les exhumations
et les identifications soient reprises. Celles-ci ont été stoppées l'année
passée, les financements débloqués n'étant jamais parvenus à l'équipe de
Tuzla chargée des exhumations pour Srebrenica et la vallée de la Drina. Sur 1
million de Deutsche Mark débloqués.. 120 000 ont été alloués à Tuzla. Il a
été demandé: l' d'assurer le paiement immédiat des 94000 DM dus à l'équipe
de Tuzla pour les exhumations déjà effectuées; -2' de s'engager dans une
politique cohérente garantissant la poursuite des exhumations; -3' d'envisager
des fonds supplémentaires pour le canton de Tuzla-, -41 d'augmenter les capacités
de l'équipe de Tuzla en équipements, matériels, moyens de transport et main d«oeuvre
LES PRIORITÉS DE PETRISCH.
Réforme économique radicale, transformation des institutions, retour accéléré
des réfugiés, adoption d'une nouvelle loi électorale et un passeport unique -
telles sont les priorités de Wolfgang Petrisch, Haut représentant de la
communauté internationale en BH. Ces priorités ont été adoptées à la première
réunion, en l'an 2000, du Conseil pour la mise en oeuvre des accords de Dayton,
qui s'est tenue à Bruxelles. Selon l'agence SENSE, le Conseil a estimé que la
relance de la production, une réforme économique radicale, la stimulation du
secteur privé et la refonte du système bancaire étaient les conditions de
toute éventuelle avancée de la communauté internationale. Le Conseil a
confirmé la tenue d'élections municipales en avril, législatives en octobre,
et a adopté une proposition sur la transformation des institutions communes, en
commençant par le Conseil des ministres. Il est essentiel, pour accélérer le
retour des réfugiés et les personnes déplacées de leur permettre de récupérer
leurs biens, et les autorités locales devront faire montre, à cet égard,
d'une véritable volonté politique. Petrisch a par ailleurs souligné
l'importance des changements en Croatie et déclaré que le rétablissement de
relations de bon voisinage entre Zagreb et Sarajevo constituait le facteur clé
de la paix et de la réconciliation en BH".
DECLARATION POUR MOSTAR
Les habitants de Mostar viennent de publier une déclaration demandant
l'unification de leur ville et le retour à leur vie commune. Parmi les
signataires, on trouve toutes les nationalités, religions, professions, des
gens appartenant aux divers partis politiques et des sans-parti. Pour eux,, le
"cas de Mostar" a une importance spéciale et demande une solution
rapide après les profonds changements politiques en Croatie. Beaucoup de
personnalités, dont Radmilo Andric-Braca, le maire de la ville avant la guerre,
Safet Orucevic, le maire actuel, ainsi que Predrag Matvejevic (né à Mostar),
un des fondateurs de l'Association Sarajevo, ont signé la déclaration.
RENCONTREAVEC COHN-BENDIT
Une rencontre s'est tenue le 26 janvier au siège de
"Confrontations", qui a réuni autour de Daniel Cohn-Bendit des représentants
de l'AEC-Nantes, de l'AS, du Comité Kosovo et de "Confrontations"
(dont Philippe Hertzog), avec la participation de Nenad Canak, dirigeant de la
Ligue social-démocrate de Vojvodine et Saso Ordanoski, coordinateur du South
East European Policy Institute Network. L'objet de cet entretien était
d'examiner les possibilités de faire réellement avancer l'Union européenne
dans le règlement des problèmes des Balkans, notamment par un engagement
renforcé des parlementaires européens. Des contacts utiles ont été pris,
qu'il conviendra de prolonger.
LA COALITION "SLOGA"
La coalition "Sloga", comprenant le SNS (Parti populaire serbe
de Biljana Palvsic), le NSRS (Socialistes indépendants de Milorad Dodik) et le
SPRS (Parti socialiste de Republika srpska de Zivko Radisic) n'est plus! En
effet, le Conseil général du SPRS a décidé de quitter la coalition, prenant
pour prétexte le limogeage, par le premier ministre Dodik, de deux hauts
fonctionnaires du gouvernement, membres du SPRS. Cependant, Biljana Plavsic et
Nfilorad Dodik, dirigeants de "Sloga" ainsi que les représentants de
l'opposition à Belgrade, estiment que l'acte du SPRS a été dicté par
Belgrade, où s'est tenu tout récemment le congrès du parti de Slobodan
Nfilosevic. Pour Zarko KORAC, président de l'union social-démocrate de Serbie,
NElosevic "tente de provoquer une nouvelle crise en Republika srpska"
CALENDRIER CULTUREL
1. L'association "Reconstruire Ensemble la Paix" organise une
quinzaine culturelle Balkans intitulée "Bosnie si je t'oublie..." du
24 mars au 15 avril 2000. Cette première édition d'un événement culturel
aura lieu à Caen et Hérouville-Saint-Clair Au programme: cinéma, vidéo, littérature.
musique, expositions, théâtre, avec beaucoup de participants de l'ex
Yougoslavie. L'association "Reconstruire Ensemble la Paix" a besoin de
soutien.
S'adresser à: Jean-Paul DELAHAYE. 38 quai Hameliii, 14 000 CAEN, tel: 02 3152 90 71, f&x: 02 31 52 90 71.
2. L'association "Le Lys" fête son quatrième anniversaire et vous
invite à l'exposition d'œuvres de 28 artistes qui aura lieu du 28 février au
ler avril 2000. 12-14 rue St.Louis-en-l'ile.75004- Paris,
métro Sully-Morland ou Pont-Marie.
Président:
Francis Jeanson |
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Abonnement simple |
| Imprimerie
: 1000 Copies Beaubourg 5, passage des Ménestriers - Paris 3e Tél: 01 48 87 45 72 |
LES RELATIONS ENTRE LA BOSNIE ET LA CROATIE
Le ministre Tonino Picula à Sarajevo "Nous avons tous intérêt à
ce que les relations entre nos deux pays s'améliorent le plus rapidement
possible et que l'ensemble des obstacles qui grèvent encore les rapports entre
la République de Croatie et la Bosnie-Herzégovine soit dépassé. Le
gouvernement de la Croatie s'est engagé à développer des rapports de bon
voisinage avec ses voisins et plus particulièrement avec la B-H ", a déclaré
Tonino Picula, ministre des affaires étrangères croate, au cours d'une conférence
de presse tenue à Sarajevo, lors de sa première visite officielle à l'étranger
depuis sa nomination.. Après avoir rencontré les membres de la Présidence de
B-H et les représentants du Conseil des ministres de B-H et du gouvernement de
la Fédération de B-H, le ministre Picula, recevant les journalistes avec son
homologue bosnien Jadranko Prlic, a déclaré que ces entretiens avaient été
particulièrement fructueux. Il reste encore beaucoup de problèmes en suspens
entre la Croatie et la B-H et le gouvernement croate s'efforcera, au cours des
six prochains mois, d'adopter certaines mesures visant à améliorer le sort,
tant des citoyens de Croatie que de B-H. "Nous mènerons une politique
visant à éliminer tout préjugé vis-à-vis de la B-H et de ses entités, a déclaré
Picula, soulignant que l'attitude adoptée par la Croatie envers la B-H sera
pour elle
une preuve de légitimité dans les pourparlers qu'elle doit entamer avec
l'Union européenne".
Quant aux Accords de Dayton, Picula estime qu'il s'agit là d'un document
fondamental, à la base même de l'Etat de B-H. Tant qu'ils n'auront pas été
mis en oeuvre dans leur intégralité, a rappelé Picula, il ne pourra être
question de les réviser. Picula a par ailleurs démenti les allégations selon
lesquelles le gouvernement croate cesserait d'accorder une aide financière aux
Croates de B-H. "Une aide aux Croates de B-H, oui, mais la façon dont elle
sera réunie. son montant et son utilisation seront très différents de ce qu'ils
sont aujourd'hui. Ce que nous voulons offrir surtout aux Croates de B-H, grâce
à l'argent versé par Zagreb, ce sont de nouvelles perspectives sociales,
culturelles, éducationnelles, etc." a déclaré le ministre Picula,
ajoutant qu'au fur et à mesure que l'économie de la B-H serait relancée,
l'aide de la Croatie irait diminuant. Jadranko Prlic, ministre des affaires étrangères
bosnien, a souligné qu'une nouvelle ère venait d'être entamée dans les
relations entre la Croatie et la B-H. "Nous avons fixé aujourd'hui nos
priorités. Tout d'abord l'organisation, au cours de cette année, d'importantes
visites et réunions au plus haut niveau. Nous attendons très prochainement la
visite du Premier ministre, Ivica Racan, et une session du Conseil pour le
renforcement des liens entre la Fédération de B-H et la Croatie sera convoquée
à cette occasion, " a annoncé Prlic, précisant qu'il était prévu que
ce Conseil se réunisse encore deux fois au cours de l'année. Le ministre
Picula a également rencontré à Sarajevo le Haut représentant de la communauté
internationale en B-H - Wolfgang Petrisch, et le cardinal Vinko PulJic.
... ET UN COMMENTAIRE D'OSLOBOI)JENJE
Une nouvelle ère s'est ouverte dans les relations entre la Croatie et la
Bosnie-Herzégovine. La visite d'Ivica Racan a déjà été annoncée et c'est
avec un intérêt tout particulier que l'on attend celle du Président de la République
de Croatie, Stipe Mesic. Le retournement politique en Croatie a été un énorme
soulagement pour la Bosnie-Herzégovine. Le fait que le nouveau pouvoir à
Zagreb se soit prononcé pour une stricte mise en oeuvre des Accords de Dayton
et ait recommandé, dans ce contexte, que la B-H soit traitée comme un Etat
souverain revêtant un intérêt stratégique pour la Croatie, constitue une
base sur laquelle peuvent être fondées de toutes nouvelles relations entre les
deux pays et leurs peuples. Ce qui faciliterait l'action des autorités
internationales en B-H et dans la région. Le processus de paix vient d'être
ainsi relancé de manière extrêmement encourageante.
Ce nouveau retournement sera ressenti immédiatement aux frontières, les filières
de la mafia seront bloquées, les courants économiques légitimes renforcés.
Le problème de Ploca et de Neum, si cuisants ces derniers temps, se posera désormais
dans un cadre normal. Il est évident que l'arrivée au pouvoir de l'alternative
démocratique à Zagreb et sa conception des rapports avec la B-H sont d'une
importance capitale pour la (ré)affirmation politique, économique, culturelle,
et autre, des Croates de B-H. Le nouveau pouvoir croate pourra aussi largement
contribuer à assurer le retour des Croates bosniens dans leurs foyers.
OU EN EST DAYTON ?
En Bosnie-Herzégovine, l'opinion publique est actuellement très préoccupée
par l'avenir du pays. L'application du volet civil des accords de Dayton est
pratiquement bloquée par les oligarchies nationalistes au pouvoir, les
puissances protectrices ne réagissent que timidement. D'où, d'une part,
l'exigence de réviser ou amender les accords de Dayton et de l'autre la
proposition d'établir un protectorat absolu sur la B-H. L'idée n'est pas
nouvelle, mais elle vient d'être précisée dans une Déclaration rédigée par
deux écrivains (Ivan Lovrenovic et Mile Stojic), et deux journalistes (Senad
Pecanin et Nerzuk Curak), publiée dans la revue Dani. En voici le résumé :
"Au moment où il est devenu évident que les actuelles dispositions de
l'Accord de paix pour la Bosnie-Herzégovine font obstacle à l'établissement
d'un Etat stable, démocratique et prospère; que l'actuel rapport de forces
entre les dirigeants des institutions et organes politiques au pouvoir en
entravent le fonctionnement, ou rien ne permet de supposer que ce rapport
pourrait être bientôt radicalement changé; où toute tentative politique, à
l'échelle locale, pour améliorer le cadre général de l'Accord de paix est
proclamée unitariste ou séparatiste, nous inspirant du fait que quatre ans après
la fin de la guerre, les structures politiques en place n'ont pas réussi à
diminuer la dépendance de la Bosnie-Herzégovine face à l'engagement et à
l'aide de la communauté internationale, confrontés à la réelle possibilité
de voir cet engagement et cette aide diminués, confrontés également à un état
de stagnation générale, de dépérissement et à l'imminence d'une catastrophe
sociale totale en B-H, au triste sentiment d'impuissance et d'absence de
perspectives qui poussent les jeunes générations de toutes les régions à
quitter le pays; convaincus que le comportement des actuelles structures au
pouvoir n'a qu'un seul but servir leurs propres intérêts, nous proposons :
- Que toutes les assemblées de Bosnie-Herzégovine soient suspendues, à
tous les niveaux - Etat - entités, cantons et communes.
- Que le Haut représentant de la communauté internationale en B-H exerce la
totalité des pouvoirs de ces assemblées; qu'il suspende la Présidence de la
Bosnie-Herzégovine et en reprenne tous les pouvoirs, ainsi que l'ensemble des
pouvoirs exécutifs, à tous les niveaux,
- Que le Haut représentant de la communauté internationale en B-H ajourne les
élections municipales et générales prévues pour l'an 2000 et les convoque
pour l'an 2001,
- -Qu'il adapte les actuelles structures des forces armées de la Bosnie-Herzégovine
aux normes observées par l'OTAN.
- -Qu'au cours de la période de transition, le Haut représentant adapte la
constitution de la B-H aux exigences des processus intégratifs européens et
principes devant assurer le fonctionnement efficace des institutions de l'Etat.
- Que le Haut représentant de la communauté internationale en B-H exerce ces
pouvoirs pendant une période d'un an, soit jusqu'à la convocation d'élections
générales et municipales en l'an 2001 "
Prenons note également de la proposition d Ivo KOMSIC, président du Conseil
Populaire Croate (HNV) pour une régionalisation de la BH, qui serait ainsi
transformée en une fédération de régions. "Notre intention n'est pas de
miner Dayton, mais nous estimons que la régionalisation serait la solution
optimale pour la 131-l", a déclaré Komsic au journal Slobodna Dalmacijaî,
de Split. Les détails du programme du HNV, y compris les relations entre la BH
et la Croatie doivent être fixés fin février. Ivo Komsic a rappelé qu'il
avait proposé la régionalisation avant même les accords de Washington (1994)
et de Dayton (1995). La régionalisation avait été adoptée dans le cadre de
la Fédération de BH. mais la Serbie (représentée à Dayton par Milosevic) était
contre toute autre proposition que celle du partage de la Bosnie, d'où la création
de deux entités, dont la Republika srpska, unitaire, uni nationale et centralisée.
"Notre Bosnie doit être un Etat uni et hautement décentralisé", a
conclu Komsic.
Zoran Pajic, expert de l'ICG (International crisis group) et ancien professeur
de droit international à l'Université de Sarajevo, se prononce lui aussi en
faveur de la régionalisation : "Je suis pour la cantonisation de la 13H,
mais pas de la manière dont elle est réalisée au sein de la Fédération de
B-H..Le vrai problème est que toute la structure de la B-H est basée sur la
stricte application des quota ethniques", a-t-il déclaré au quotidien
"Dnevni Avaz" de Sarajevo
Enfin, il faut signaler qu'Haris Silajdzic, Président du Parti pour la Bosnie,
demande la révision des accords de Dayton, considérant que la situation
actuelle est bien différente de celle de 1995 quand les accords furent signés.
Haris Silajdzic vient de démissionner de son poste do co-président du
gouvernement central de BH. Son parti n'est plus en coalition avec le SDA, le
parti d'Izetbegovic (celui-ci vient de (re)prendre la présidence de la présidence
tricéphale du pays").
VÉRITÉ ET RÉCONCILIATION: POUR QUAND?
Le parlement alternatif des citoyens de BH a organisé début février,
à Sarajevo, une Table L ronde sur le thème "Vérité et réconciliation",
dans le but de relancer l'initiative tendant à créer une commission chargée
de dévoiler la vérité sur ce qui s'est passé en B-H entre 1991-1995 et de
contribuer ainsi à la réconciliation générale dans le pays. Cette initiative
date de 1998, mais la commission n'a toujours pas été constituée. Selon le
quotidien "Oslobodjenje", le Tribunal de la Have se serait opposé à
cette initiative. D'ailleurs Puri des représentants de ce Tribunal à la Table
ronde, a exprimé certaines réserves à cet égard, arguant que la commission
"risquait d'être à la fois juge et partie" et d'entraver d'une
certaine manière les travaux du TPI. Ceux qui ont été à l'origine de cette
idée ont réfuté cet argument, alléguant que le rôle du TPI était de juger
les criminels de guerre, alors que celui de la commission serait d'établir la vérité
sur le récent passé de la B-H et d'encourager la réconciliation. Ils ont également
souligné que le peuple bosnien ne pouvait pas attendre encore des décennies
pour faire la lumière sur son récent passé.
Pour Natasa Kandic, membre du Fonds humanitaire de Belgrade, il faudrait former
des commissions similaires en Serbie et en Croatie. Véra Jovanovic, ombudsman
dans la Fédération de BH, a rappelé que les hommes politiques actuellement au
pouvoir ne sont pas prêts à oeuvrer en faveur de la réconciliation. Mirko
Pejanovic, du Mouvement pour l'égalité des citoyens (ancien Conseil civique
serbe), a estimé que la Commission devrait aussi définir certaines règles en
matière des droits de homme, pour éviter que les générations futures vivent
à leur tour des tragédies identiques à celles que nous avons vécues. Ivan
Lovrenovic, écrivain, a déclaré qu'à son avis l'on pourrait continuer à végéter,
mais pas vraiment à vivre, tant que la vérité n'aura pas été mise à jour
sur ce qui s'est passé au cours de la décennie écoulée. La Table ronde, qui
avait réuni de nombreux représentants des ONG de BH, Croatie, Serbie, ainsi
que des membres des organisations internationales, a conclu qu'on pouvait
trouver en BH suffisamment de gens intègres et tolérants pour établir la vérité,
quelle qu'elle soit. Enfin, les représentants du TPI ont promis d'informer le
procureur Carla del Ponte des conclusions de la Table ronde. Rappelons que l'idée
de créer en BH une commission pour la vérité et la réconciliation a été
soutenue par plusieurs ONG, ainsi que par de hautes personnalités
internationales, tel Richard Goldstone, ancien procureur du TPI.