RECONSTRUCTION DE LA PREMIÈRE ÉCOLE
PRIMAIRE À SARAJEVO AVEC L'AIDE DE LA FRANCE
L'ecole primaire Skender
Kulenovic dans le quartier de Dobrinja à Sarajevo, reconstruite
grâce au Conseil Régional de l'Ile-de-France, au gouvernement
suisse et à l'Union Européenne, a été inaugurée le mardi 23
fëvrier 99 en présence de Jean-Pierre Huchon, Président de la
Région Ile-de-France, de Christian Sautter, Secrétaire d'Etat
au Budget, et du Président de l'Union Européenne.
C'est l'association « Enfants de Bosnie » dirigée par Carol
Mann, placée sous le haut patronage de l'Unesco, qui a oeuvré
depuis cinq ans pour la reconstruction de cette école sur ce qui
fut le front. L'aventure a débuté quand, en plein siège, des
enfants d'écoles primaires françaises ont commencé à
correspondre avec des enfants de Dobrinja. L'aide s'est ensuite
étendue aux domaines médical et alimentaire. Côté bosniaque,
des cours de français ont facilité les échanges. De plus, les
enfants de Dobrinja ont envoyé des dizaines de dessins de par le
monde, écrit des nouvelles publiées en France ainsi qu'une
pièce, jouée par eux-mêmes en Allemagne et bientôt en France.
Cette école en ruines dans un quartier délabré et délaissé
est devenue une cause célèbre. Les joumalistes, les
photographes, les amis engagés pour la Bosnie y sont venus, puis
enfin, les décideurs. Elle est entrée ensuite dans le cercle
des Ecoles Associées de l'Unesco, ce qui a entraîné beaucoup
d'autres élèves et enseignants dans ce mouvement pour le
développement de l'éducation en Bosnie qui reste toujours le
but premier de l'association. Il y a eu des échanges d'enfants,
des voyages en France, bien sûr, mais aussi en Suisse, en
Belgique, en Allemagne, en Espagne, au Luxembourg et aux
Etats-Unis. Des projets dynamiques ont vu simultanément le jour
dans les classes de Dobrinja et, dans celles des pays qui ont
plaidé leur cause.
La presse féminine (Elle, Marie-Claire, Marie-France en
particulier- cf. n° de mars 99) a beaucoup participé a la
campagne de sensibilisation auprès des femmes, ainsi que la
presse enfantine, surtout Bayard Presse (Astrapi, Okapi, Je
Bouquine). Mais cette réussite aurait été impensable sans la
collaboration étroite des enseignantes de l'école, en
particulier Aida Music, directrice, et Azra Kujundzic,
admimnistratrioe héroïque pendant la guerre. Dès le début du
siège, elle avait réorganisé l'enseignement dans des caves,
des cages d'escalier, des lieux de passage. Des intellectuelles
de Sarajevo, telles que Jasmina Musabegovic des éditions
Svjetlost, et Azra Begic, directrice du musée d'art
contemporain, nous ont aussi beaucoup aidés dans nos projets. En
France , les subventions d'Etat durant ces dernières quatre
années ont été, il faut le dire, minimales, mais l'association
a bénéficié d'une aide généreuse du Conseil Régional de
Basse-Normandie, et a pu mener à bien collectes et convois
grâce à de nombreuses associations amies, dont l'Association
Sarajevo. Au printemps 97 l'Union Européenne s'est engagée à
apporter une subvention d'un montant équivalent à celle du
Conseil Régional de l'Ile de France. En octobre 97, celui-ci a
voté 2 millions de francs de crédit. Ainsi, le bâtiment a
été construit par les Suisses, le gymnase et les équipements
offerts par la France et l'Union Européenne. L'école Skender
Kulenovic ouvre donc ses portes pour le deuxième trimestre de
l'année scolaire 99.
L'association continue néanmoins son travail: elle reste la
seule à organiser des cours de français dans d'autres écoles
primaires en Bosnie-Herzégovine, afin de continuer à promouvoir
des échanges entre les enfants. Elle finance TREM, le journal
publié par les enfants de Dobrinja qui comporte à présent une
section en français, et espère organiser des rencontres entre
élèves de l'école Skender Kulenovic et des écoles de
l'Ile-de-France.
Enfants de Bosnie :
33 rue Guy Moquet 92240 Malakoff,
tél. 0142 53 18 07,
fax 01 42 53 58 03,
e-mail : cmann@pfeifferreport.com
L'article de James R. Hooper, directeur
exécutif du Balkan Action Council, paru dans le Washington Times
du 11/02/99 permet de comprendre certains des enjeux américains
à Rambouillet et notamment l'ardeur avec laquelle Madaleine
Albright défend le rôle de l'OTAN dans la mise en oeuvre de
l'éventuel accord.
Selon l'auteur, il y a une alliance objective entre d'une part
Slobodan Milosevic et ses alliés russes et d'autre part la
France et même certains membres de l'administration américaine
pour affaiblir l'efficacité de l'OTAN, ce qui met en péril la
possibilité de parvenir à un réel accord.
C'est ainsi que l'on peut analyser l'absence de l'OTAN à la
table des négociations, qui pose le problème de la
crédibilité des menaces et affaiblit les parties en présence.
Ainsi, les Kosovars réclament la présence au sol des troupes de
l'OTAN avec un fort contingent américain, car seule cette
présence peut leur garantir une protection réelle. De même,
c'est la menace de l'intervention de l'OTAN qui a fini par amener
les représentants de la Yougoslavie à la table des
négociations, car c'est la seule menace crédible pour
Milosevic.
Mais l'OTAN est aujourd'hui affaiblie par les intérêts russes
d'une part et européens de l'autre. Pour les Russes, à la
recherche d'une nouvelle puissance internationale, les Balkans et
plus précisement l'ex-Yougoslavie représentent un atout
incontestable. Leur présence au sein du Groupe de Contact en est
une reconnaissance explicite. L'OTAN compte déjà sur une
contribution russe aux forces de maintien de la paix,
contribution qui ne ferait que renforcer leur capacité à
éviter de réelles représailles. Alors que les sénateurs
américains se congratulent déjà d'avoir amené les Russes au
sein de ce processus, diminuant ainsi, soi-disant, leur
hostilité à l'égard de l'OTAN, force est de constater qu'en
fait cette intégration ne coûte pas un centime à la Russie et
offre un allié aux Serbes à Rambouillet et sur le terrain. Les
Européens et plus particulièrement les Français cachent à
peine leur objectif d'utilisation de ces pourparlers de paix pour
marginaliser les Américains et démontrer la capacité
européenne à gérer les problèmes de sécurité. Cette
démonstration qui eut encore été possible en 1991 ne tient
objectivement plus la route après 8 années d'échecs
successifs.C'est pourquoi l'élément manquant à Rambouillet est
le leadership américain, (article écrit le 11/02 NDLR). Pour
promouvoir une campagne courte, sans risque et pas trop
coûteuse, certains membres de l'administration US ont amorcé le
déclin de l'influence américaine en Europe et même au sein de
l'alliance. Le recul de Clinton le 1er février tient non pas aux
difficultés émises par le Congrès, comme ce fut dit, mais à
une réelle hésitation du Président face à une attitude ferme
mais potentiellement coûteuse et risquée. C'est sur cette
indécision que compte à nouveau Milosevic qui a déjà gagné
tous ses combats en l'utilisant. Cette indécision a ouvert la
voie à une autre partition écrite par les Européens, qui
veulent un accord, avec une force de maintien de la paix
composée de l'OTAN plus la Russie, ce qui entraînera un
affaiblissement d'une Alliance plus "européanisée" .
cela servira à terme les desseins de ceux qui cherchent à
diluer le pouvoir et la responsabilité américaines en Europe.
Qui aurait pu prédire que la Serbie, Etat de troisième zone des
Balkans, parviendrait ainsi en moins de 10 ans à faire ce que
toute l'Union Soviétique chercha en vain à obtenir en plus de 4
décades ?
INTERVIEW DE MUHAMEDIN KULLASHI
A l'occasion de la sortie de son livre à l'Harmattan "Humanismes et Haines, les intellectuels et le nationalismes en ex-Yougoslavie", nous avons interrogé Muhamedin Kullashi.
Association Sarajevo : Pourquoi
M. Kullashi avez-vous intitulé la troisième partie de votre
ouvrage "régressions" ?
Muhamedin Kullashi : La troisième partie du
livre s'attache à interpréter les événements cruciaux
politiques des années 80, événements qui vont aboutir à
l'éclatement de l'ex-Yougoslavie dans des conditions tragiques.
J'utilise le mot "régression" pour désigner l'ampleur
de la crise, la chute à un niveau plus bas que celui qui
caractérise le totalitarisme. J'ai essayé de montrer, d'une
part, que la Yougoslavie, à la différence des autres pays de
l'Europe de l'Est, possédait certains atouts politiques (une
souplesse, des formes de libéralisme politique et économique,
bien que réduites) et culturels (l'ouverture envers le monde
culturel occidental). D'autre part, la crise marquée par la
montée des nationalismes extrêmes entraîne le pays dans une
catastrophe, avec des conséquences graves. La régression est
lisible, par exemple, dans le glissement des intellectuels d'une
position critique et universaliste vers un nationalisme
belliqueux.
A. S. : Pouvez-vous précisez si
le nationalisme était déjà présent dans la ligue du parti
communiste yougoslave (LPCY) dans les années 70-80 ?
M.K. : Bien sûr que le nationalisme était
présent aussi bien dans l'appareil du parti communiste que dans
celui de l'Etat. Il était lié aux intérêts politiques et
économiques des oligarchies des unités fédérales. Mais il
restait, la plupart du temps, sous le contrôle du pouvoir. Il
est caractéristique, par exemple, que la diffusion de la haine
ethnique et religieuse n'avait pas accès aux médias. Les
structures du pouvoir s'arrangeaient pour freiner différentes
formes du nationalisme : elles étaient conscientes de la
fragilité d'un Etat multinational. Ceci dit, la vie politique du
pays est marquée par des tendances nationalistes qui se
reproduisent du fait que ce n'était pas un régime démocratique
et par conséquent il ne pouvait pas satisfaire aux besoins de
l'articulation d'une pluralité des idées politiques. Dans un
vide politique, les oligarchies des républiques cherchent la
légitimité dans la défense des intérêts de "leur
peuple", ce qui mène inévitablement à l'inimitié entre
les républiques. Tito intervient, à différentes occasions en
tant qu'arbitre, bien que lui-même savait manipuler les
ressentiments et les intérêts "nationaux"
(ethniques).
A. S. : Quelle fut la relation
Etat/Nation du temps de la Yougoslavie ?
M.K. : La création d'une supranationalité
yougoslave, aussi bien que celle soviétique en URSS, a échoué.
On pourrait évoquer plusieurs raisons. L'impact des identités
traditionnelles (slovène, croate, serbe etc.) était plus fort
que la nouvelle qui devait se créer. Le manque d'une vie
politique démocratique a favorisé cette crispation identitaire.
Le système politique yougoslave a essayé de concilier le
principe de nationalité (en tant qu'appartenance à une
identité culturelle et historique) avec le principe de
citoyenneté. La structure bicamérale du Parlement fédéral en
témoigne. Cependant, nation et Etat n'ont pu coïncider en
Yougoslavie, comme dans d'autres pays de l'Europe de l'Est, à
cause surtout d'un déficit d'une culture politique démocratique
et citoyenne.
A.S. : Pourquoi les élites et
les cadres de la LPCY sont-ils passés si facilement au
nationalisme? Qui sont ceux qui ont accepté?
M.K. : Il est plus facile de comprendre pourquoi
des cadres de LCY sont passés au nationalisme : ils y ont vu un
moyen puissant du maintien et de la perpétuation de leur
pouvoir. Il est plus difficile d'expliquer pourquoi des
intellectuels avec une orientation critique et universaliste ont
versé dans le nationalisme. Une des explications possibles est
liée à l'échec de la réalisation du paradigme de Marx d'une
société sans Etat et sans classes. Cet échec les pousse à
s'accrocher à une orientation passionnelle.
A.S. : Le régime actuel à
Belgrade ne s'est-il pas servi de la critique du totalitarisme
effectuée par Praxis pour renforcer l'exercice de son pouvoir ?
M.K. : Pour renforcer son pouvoir, la
nomenclature yougoslave a utilisé plutôt la critique contre
Praxis, qui était d'ailleurs présentée comme force subversive
dirigée de l'étranger. La critique du parti et de l'Etat
yougoslave, était sur de nombreux points pertinente, notamment
la critique du stalinisme comme idéologie et comme logique du
pouvoir.
A.S. : Par rapport à votre
analyse du totalitarisme, comment le pouvoir s'exerce-t'il à
Belgrade? Praxis peut-elle nous servir aujourd'hui à comprendre
et à combattre ce régime?
M.K. : La critique de Praxis n'est plus
pertinente ni dans l'analyse ni dans la critique des régimes
actuels nationalistes. La situation est plus complexe depuis plus
d'une décennie.
Kosovo : la guerre cachée
Myriam Gaume, éd. Les Mille et une nuits,
"Les petits libres", 96 p., 13 F
Du 21 septembre au 26 octobre derniers, Myriam Gaume a
participé à une mission de Médecins sans frontières au
Kosovo, juste avant de devoir quitter Pristina pour ne pas servir
d'otages en cas de frappes aériennes de l'OTAN.
Elle en a rapporté le récit d'un authentique voyage au bout de
l'enfer. Vallées de Kishna et de Vucak, Reka, Malisevo, Temeci,
Reznik, Petrova, Klodernica, Mitrovica, Gollubovac, tous ces noms
devraient précéder celui de Racak dans l'interminable liste des
lieux visités jour après jour par (ce qu'il faudrait maintenant
appeler) la "perfection" serbe proclamée par un
graffiti au check-point de Malisevo.
Pendant ce temps-là, "l'OTAN reste indécise sur les
frappes militaires à l'encontre de Belgrade" avant la
"rencontre de la dernière chance" à laquelle R.
Holbrooke aboutira au prix d'incessantes "navettes entre
Pristina et Belgrade", et "durant une semaine l'OTAN va
repousser son compte à rebours" tandis que sa "menace
de frappe s'affaiblit" jusqu'à être finalement levée
grâce au "succès de la diplomatie américaine, qui a fait
plier Milosevic".
Beaucoup de guillemets pour cette paraphrase pas très
élégante, mais ce n'est qu'une tentative de raccorder le texte
de Myriam Gaume, dans la chronologie du désespoir, à celui de
V. Nahoum-Grappe, constatant début juillet qu'au Kosovo "Le
ballet diplomatique a commencé" (Esprit, juillet-août
1998).
Quelques mois plus tard, à l'heure où se tient une Conférence
de paix, on ose espérer que les négociateurs auront
connaissance de ce que relatent ces pages. Qu'ils sauront tenir
compte de tout ce qu'elles décrivent, expriment, supposent,
impliquent.
En attendant, bravo à Médecins sans frontières d'avoir rendu
possible un tel témoignage sur ces "violations des
principes humanitaires élémentaires". Et aux éditeurs
pour avoir su publier si vite ce petit livre qui est, en plus, du
très bon journalisme.
Orphéon, pièce conçue et mise en scène par François Tanguy pour le Théâtre du Radeau, interprétée par Frode Biornstad, Laurence Chable, Jean-Louis Coullocli , Katja Fleig, Erik Gerken, Muriel Hélary, Pierre Martin, Karine Pierre, se joue à Saint-Denis Université sous un chapiteau itinérant, « le campement », jusqu'au 27 février. Réservations au 01 48 13 70 00, tarif unique : 50 F. Certains critiques n'hésitent pas à qualifier le spectacle de génial. A
Parutions
en librairie :
- Etat de siège, de Juan Goytisolo, traduit de
l'espagnol par Aline Schulman, éd. Fayard, 190 p., 98 F ,
rédigé en 95, c'est une oeuvre riche et multiple où
s'entrecroisent les images du siège de Sarajevo et celles - à
peine fictives ? - d'un siège parisien.
- La même chose, de Vidosav Stevanovic, traduit du serbe par Mauricette Begic et Nicole Dizdarevic, éd. Mercure de France, 172 p., 130 F ; parcours des douze cercles de l'Enfer à travers la conscience de onze protagonistes de la guerre, exilés ou non, enfants ou vieillards , évocation forte et terrible, roman expressionniste.
- Fables de Bosnie, de Tomaz Lavric TBC, bande dessinée, éd. Glénat.
GALERIE LE LYS
(12-14, rue
Saint-Louis en l'Ile, Paris 4e) :
- du 5 mars au 10 avril, Enki Bilal expose ses
oeuvres ; après le vernissage le 5 mars à 19 h, deux soirées
de dédicace de ses derniers albums - dont son dernier, le
Sommeil du monstre - auront lieu (dates à préciser) ;
- le 18 mars à 19 h, Vidosav Stevanovic parlera
avec Laurand Kovacs,Carol Mann et ses deux traductrices de son
livre La même chose (voir présentation ci-dessus) ;
- le 24 mars à 19 h, rencontre avec Slobodan Snajder,
dramaturge et éditeur de Zagreb, auteur d'une vingtaine de
pièces de théâtre jouées en France, en Allemagne, en Croatie
et en Bosnie, dont la Dépouille du Serpent, le Faust croate,
Inès et Denis (mis en scène par Milos Lazin et programmé au
Festival d'Avignon 99).
Président:
Francis Jeanson |
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ENKI BILAL
A SARAJAVO
Enki Bilal a séjourné récemment à Sarajevo et Mostar, où il
a présenté son dernier album "Le sommeil du Monstre",
inspiré de la tragédie de Sarajevo au cours de la guerre
1992-95. "C'est à travers les yeux et les regards de ses
habitants que j'ai reconnu cette ville, ce qu'est devenue leur
vie après tout ce qui leur est arrivé. Et cela quand ils ne
sont pas en groupe, mais seuls. Cela m'a suffi pour
comprendre", a déclaré Enki Bilal avant de quitter
Sarajevo, où il a l'intention de revenir l'année prochaine..
UN PEN-CLUB
BOSHNIAQUE ETHNIQUE?
Nedzad Ibrisimovic,
président de l'Association des écrivains de
Bosnie-Herzégovine, a proposé la constitution d'un -PENClub
boshniaque- au cours de la récente assemblée annuelle du
PEN-Club de B-H. A ce propos, ZeIjko lvankovic, écrivain et
membre du PEN-Club de B-H, a posé la question suivante:
"Proposer de former un PEN-Club boshniaque, n'est-ce pas une
façon de proposer à l'opinion publique le partage de la BH en
trois entités, où nous aurions trois ou quatre équipes
nationales de football, de basket, chacun sa télévision, son
université, son académie, son union des écrivains, association
de journalistes, de peintres - tous ethniques, et à tous les
niveaux ? A qui cela profiterait-il ? Au parti du SDA, dont
Ibrisimovic est l'un des dignitaires ? Ou cherche-t-il seulement
à faire amende honorable pour avoir "nui à son
peuple" pendant l'ancien régime, en fabriquant et vendant
des bustes de Tito ?- (Svijet, 14.02.99)
BRCKO,
DISTRICT AUTONOME?
Le tribunal chargé d'arbitrer sur le statut de la ville de Brcko
vient de tenir sa dernière session à Vienne (le 17 février).
Sa décision, ou plutôt celle de l'arbitre international Roberts
Owen, ne sera connue que vers la mi-mars. Le statut de Brcko
n'avait pas été résolu à Dayton. Cette ville, occupée par
les forces de Milosevic-Karadzic et soumise à une
"purification ethnique" en règle est, depuis Dayton,
sous administration internationale. Les tentatives d'arbitrage
menées en 1996 et 1997 n'avaient pas abouti. Cette fois-ci, à
Vienne, la commission a été confrontée à trois propositions :
les exigences des deux entités (la Fédération de B-H et la
Republika srpska), qui revendiquent toutes deux Brcko. Ces
exigences prennent plutôt la forme d'un litige entre deux Etats
qu'entre deux parties d'un même Etat. Autrement dit, le
problème de Brcko se situe dans l'optique d'un partage de la
Bosnie. Mais il existe aussi une troisième proposition, soutenue
par les forces citoyennes de B-H. Elle consiste à demander que
la ville et la région de Brcko soient organisées en un
district, qui serait rattaché directement à l'Etat de Bosnie
Herzégovine et placé sous tutelle internationale. Cette
proposition a été soumise au tribunal de Vienne par les
représentants de plusieurs grandes associations, dont le CERCLE
99, le Conseil populaire croate, le Mouvement pour l'égalité
(Conseil civique serbe), le Conseil des intellectuels boshniaques
et la communauté juive de B-H. Elle est aussi soutenue par
plusieurs partis politiques et médias indépendants de B-H, mais
également par une association prestigieuse - FICG (International
crisis group). Toutes ces organisations non-gouvernementales
soulignent que leur proposition est la seule pouvant assurer le
rétablissement de la paix et une stabilité permanente dans la
région, ainsi que l'intégration de la Bosnie-Herzégovine. Une
telle solution représenterait un cuisant échec pour ceux qui,
comme Milosevic et Tudjman, sont pour le dépeçage de la Bosnie.
Le tribunal d'arbitrage est composé de trois membres : un pour
la Fédération de B-H, un pour la Republika. srpska, le
troisième étant Robert Owen, représentant de la communauté
internationale.
LES ACCORDS
DE DAYTON
1. Le prix de la mise en oeuvre de Madrid : Le Conseil de gestion
pour la mise en oeuvre des accords de Dayton s'est réuni à
Bruxelles début février pour examiner l'application des mesures
adoptées à la Conférence de Madrid (15-16 décembre 1998).
Selon l'agence de presse SENSE, le Haut Représentant de la
communauté internationale en B-H a exprimé à cette occasion
son "mécontentement" face au comportement de certains
hauts fonctionnaires des deux entités, et notamment Nikola
Poplasen (Président de la RS), dont "l'attitude
antidémocratique concernant le choix du nouveau premier ministre
a provoqué en RS une crise institutionnelle aux conséquences
néfastes". Le Haut Représentant aurait réclamé $ 300
millions pour la mise en oeuvre opérationnelle des conclusions
de la conférence de Madrid, ainsi qu'une augmentation
substantielle du budget alloué à son administration, lequel
devrait atteindre près de $ 20 millions. La somme exigée ne
concerne pas la reconstruction et le développement économique,
mais les réformes administratives, judiciaires, la
réorganisation de la police, le retour des réfugiés, le statut
de Brcko. L'exigence posée par le Bureau du Haut Représentant a
été mal accueillie et il a été décidé de la réduire
substantiellement. Certains membres du Conseil ont exprimé leur
préoccupation de voir sans cesse augmenter le nombre de
fonctionnaires (ils seraient à l'heure actuelle 700, soit deux
fois plus qu'à l'époque de Carl Bildt).
2. Les donateurs : Quant à la reconstruction économique de la
Bosnie, cette question devrait être étudiée au cours de la
prochaine (et dernière) conférence des donateurs prévue en mai
1999, le but étant de réunir 1,2 milliard de dollars. Rappelons
que, après Dayton, la communauté internationale avait promis $
5,1 milliards pour la reconstruction économique de la B-H; que
les donateurs en avaient annoncé $ 4,2 milliards, et que l'on
estime à $ 3 milliards les fonds réellement arrivés en B-H.
Les Américains ont posé 30 conditions politiques, économiques
et institutionnelles pour la tenue de cette conférence. Ces
conditions sont alignées sur les conclusions de la conférence
de Madrid. Carlos Westendorp et les représentants de la Banque
mondiale ont tenté d'adoucir les conditions imposées par
Washington. Enfin, le Conseil de gestion aurait décidé que la
Conférence des donateurs pourrait avoir lieu si la B-H
régularisait ses rapports avec les institutions financières
internationales, signait un nouveau "stand-by
arrangement" avec le FM et faisait des "progrès
substantiels" dans le domaine de la privatisation.
3. La Bosnie et le Conseil de l'Europe : Carlos Westendorp a
plaidé en faveur de l'admission de la Bosnie-Herzégovine au
Conseil de l'Europe, lors d'une réunion à huis clos de la
Commission politique et du Comité pour les affaires juridiques
et les droits de l'homme, tenue au mois de janvier dernier. La
procédure d'admission de la B-H au Conseil de l'Europe avait
été pratiquement enrayée après le rapport négatif présenté
par le groupe d'experts, qui avait estimé qu'elle ne remplissait
pas les conditions imposées par le Conseil de l'Europe. Sans
vouloir pour autant contester les conclusions des experts,
Westendorp a exprimé sa conviction que les citoyens de la B-H -
et non pas leurs dirigeants méritaient que leur pays soit admis
au sein du Conseil de l'Europe. "Les gens qui vivent en
Bosnie sont des Européens et ils désirent faire partie de cette
Europe", a déclaré Westendorp. Les observateurs estiment
que son intervention aura permis de relancer la procédure pour
l'admission de la BH, et qu'elle pourrait influer positivement
sur l'attitude des pays membres. (Agence South-East News Service
Europe)
LE RETOUR
A l'initiative de l'association "Alliance pour le retour en
B-H" et de plusieurs autres associations locales, une
réunion, consacrée aux problèmes du retour, s'est tenue à
Mostar le 8 février dernier. Deux conclusions importantes : 1)
à Mostar, rétablir la propriété immobilière telle qu'elle
était avant la guerre (en 1991), afin d'empêcher toute
usurpation ou achat/vente illégales ; 2) organiser dans cette
ville unegrande conférence dont le but sera d'élaborer une
déclaration similaire à celles de Sarajevo et de Banjaluka,
tendant à encourager les retours dans cette ville. Notons que
Mostar comptait 126.000 habitants en 1991 et qu'il n'y en avait
plus que 90.000 début 1999 (dont 38.000 "nouveaux
venus"). L'Alliance estime que 35.000 réfugiés devraient
pouvoir regagner Mostar en 1999. Sa présidente, Miffiunisa
Komarica, a estimé, dans une déclaration à Tuzla, que la
conférence de Madrid avait négligé le problème du retour des
personnes déplacées. On avait prévu 120.000 retours en 1999,
dont 100.000 réfugiés en provenance d'Allemagne, mais seulement
20.000 retours de personnes déplacées à l'intérieur de la
B-H. Par ailleurs, plusieurs associations des femmes de
Srebrenica ont décidé de reprendre les manifestations qu'elles
organisaient le 11 de chaque mois. Ces manifestations avaient
cessé en juillet dernier sous la pression des autorités de
Sarajevo et pour des "raisons de sécurité".
Confrontées au risque de voir leur cause oubliée, les femmes de
Srebrenica ont manifesté à Tuzla le 11 février dernier avec
toujours le même slogan : "Nous exigeons la vérité et le
châtiment des criminels". Par ailleurs, selon les données
officielles, au début de 1999, 370.000 Bosniaques ont obtenu
leur résidence permanente dans une trentaine de pays. On a même
localisé 20 Bosniaques dans l'île Fidji !
Le crime
paye-t-il ?
Nada Sakic, accusée de tortures et crimes de guerre au camp de
concentration de Stara Gradiska, annexe du camp de Jasenovac -
Croatie (le plus grand camp de concentration dans les Balkans au
cours de la Seconde Guerre mondiale, où plusieurs dizaines de
milliers de prisonniers ont été exterminés), a été libérée
par le Tribunal de Zagreb pour "défaut de preuves".
Nada Sakic, extradée d'Argentine en novembre dernier, était
depuis lors emprisonnée à Zagreb. Son mari, Dinko Sakic, qui
commandait lui-même le camp de Jasenovac, avait été extradé
par la justice argentine peu avant sa femme. Il attend
actuellement d'être jugé. La libération de Nada Sakic a semé
la consternation dans les milieux citoyens de Croatie, d'autant
plus que les témoignages contre elle étaient accablants. Après
sa libération, Nada Sakic a déclaré qu'elle allait poursuivre
en justice l'Etat de Croatie pour "détention
injustifiée". Rappelons par ailleurs que Belgrade vient de
refuser, pour la énième fois, de livrer au TPI de la Haye les
trois principaux responsables des crimes contre l'humanité
perpétrés à Vukovar. La date limite avait été fixée au 12
février 99. On s'attend à ce que le TPI en réfère de nouveau
au Conseil de sécurité de l'ONU. (Presse de Zagreb et agence
SENSE)
UN TRIBUNAL
PÉNAL INTERNATIONAL PERMANENT
Le Sénégal est le premier pays à avoir ratifié les statuts du
futur Tribunal pénal international permanent, au début du mois
de février. Les statuts du TPI permanent ont été adoptés par
la Conférence internationale de Rome, en juillet dernier.
Jusqu'à présent 60 pays ont adopté ces statuts, mais le
Sénégal est le seul pays à les avoir ratifiés. Plusieurs
autres pays, dont les Etats-Unis, Israël, l'Inde, la Chine et la
Libye ont, au contraire, exprimé certaines réserves.
RICHARD
HOLBROOKE - ENCORE UN PETIT OBSTACLE
Richard Holbrooke, banquier et diplomate américain, auteur des
Accords de Dayton, a été lavé de tout soupçon de malversation
et peut désormais prétendre à accéder au poste d'ambassadeur
des USA aux Nations-Unies. Nommé à ce poste par le président
Clinton en juin 1998, Holbrooke avait été accusé (par voie
anonyme) d'avoir usé de ses relations diplomatiques au profit de
sa nouvelle firme Crédit Suisse First Boston. Les départements
de la justice et des affaires étrangères ont alors mené une
enquête qui a abouti à une sorte de "non lieif". Il
lui reste toutefois encore un petit obstacle à franchir.
Holbrooke devra en effet se présenter devant le tout puissant
Comité des affaires étrangères du sénat américain, son
président M. Helms étant désireux de savoir si M. Holbrooke
n'est pas "trop proche" de Slobodan Milosevic, chef du
régime de Belgrade. Ce n'est pas la première fois qu'Holbrooke
se voit accuser d'avoir été en trop bons termes avec Milosevic
et de lui avoir fait certaines concessions, aux dépens surtout
de la Bosnie. Réponse de Holbrooke : "Qu'on le veuille ou
non, on doit négocier avec Milosevic tant qu'il occupe ce
poste". (Agence SENSE)