Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 71 février 1999
A l'heure où ces lignes étaient écrites, la Conférence de Rambouillet n'était pas achevée. Les négociations butaient sur le point essentiel du plan de règlement et le noeud du problème du Kosovo: le retrait des forces de répression serbes et leur remplacement par un fort contingent de troupes internationales à dominante OTAN, condition sine qua non de l'application de tout accord. Milosevic peut signer n'importe quel texte, car il a très bien assimilé la théorie du chiffon de papier, mais il lui est beaucoup lus difficile de faire évacuer sa police et son armée, ce qui, chacun le comprend, même au fin fond de la province serbe, équivaut pour la Serbie à "perdre" ou "donner" le Kosovo.
Notre éditorial de janvier appelait à mettre le régime de Milosevic hors d'état de nuire et le Kosovo hors de la Serbie. Ce dernier point serait réalisé par l'exécution du projet d'accord envisagé, quel que soit le statut provisoire prévu pour le Kosovo. C'est pour cela qu 'il faut définitivement sommer Milosevic de choisir : ses forces de répression hors du Kosovo et l'occupation par des soldats de l'OTAN ou des bombardements ciblés jusqu'à ce qu'il plie
Quant à l'avenir de Milosic , sa capitulation au Kosovo ouvrirait de grands espoirs car une défaite de cette taille devrait en entraîner bien d'autres, mais il faut aussi compter avec le risque qui se profile, que les grandes puissances, ou certaines d 'entre elles, veuillent le sauver en lui offrant des compensations comme par exemple le rattachement de la «Republika Srpska
» à la Serbie, évoqué non seulement ouvertement par David OWEN, ce qui n 'aurait pas grande importance, mais en coulisses, par de hauts responsables en fonction, ce qui est plus inquiétant. Que des propositions de ce genre relèvent de la politique de Gribouille et soient absurdes parce qu'elles raviveraient tous les conflits en Bosnie-Herzégovine, n'«écarte pas qu'elles soient envisagées, de même que la mise au rancart des encombrantes investigations du TPI.

Après la conférence de Rambouillet

QUEL AVENIR POUR LE KOSOVO ?

Réunion publique à l'appel du Comité Kosovo Mardi 16 mars 1999 à 20h3O (entrée libre) Au Théâtre de la Cité internationale 21, boulevard Jourdan - 75014 Paris RER cité Universitaire Bus 21, 67 et PC

AVIS AUX ADHÉRENTS

L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE de
l'ASSOCIATION SARAJEVO
se tiendra le
13 mars 1999 à
14h 30
au Foyer Grenelle,
17 rue de l'Avre, 75015, Paris

ORDRE DU JOUR
1-Rapport moral
2-Rapport financier
3-Election des membres du C.A
4- Clôture

ETRANGE VOYAGE!

Etrange voyage. Qui nous a menés de Sarajevo à Mostar, puis à Tuzla, Kladanj, Vozuvca. Etrange voyage, entrepris afin de retrouver, après trois ans de paix, ceux que nous avions rencontrés pendant la guerre. L'étranger qui débarquerait d'un coup au centre de Sarajevo pourrait penser que quatre années de siège n'ont laissé que peu de traces. Happé par la foule, soûlé par le vacarme des voitures et des trains, il ne remarquerait que les vitrines neuves et les cafés bondés... Mais il suffit de lever le nez pour voir les toits défoncés, les fenêtres béantes, les impacts meurtriers. Il suffit de marcher dans les rues de certains quartiers, à Grbvica, Dobrinja, Ali Pasino, pour pénétrer un autre monde. De ruines et de misère.
Des ruines qui meurtrissent le paysage dès que l'on prend la route, quelle que soit la direction. Aujourd'hui, 800.000 Bosniaques sont réfugiés à l'étranger, 600.000 déplacés à l'intérieur du pays. Les accords conclus à Dayton, en novembre 1995, prévoient pourtant le retour chez eux, sous la protection du HCR, des réfugiés et des déplacés. Mais le HCR a baissé les bras, et réduit de façon drastique son budget pour la Bosnie, reportant ses forces sur le Kosovo. Quant aux criminels de guerre, ils courent toujours ...
Nicole Du Roy Télérama 3 février 1999


RECONSTRUCTION DE LA PREMIÈRE ÉCOLE
PRIMAIRE À SARAJEVO AVEC L'AIDE DE LA FRANCE

L'ecole primaire Skender Kulenovic dans le quartier de Dobrinja à Sarajevo, reconstruite grâce au Conseil Régional de l'Ile-de-France, au gouvernement suisse et à l'Union Européenne, a été inaugurée le mardi 23 fëvrier 99 en présence de Jean-Pierre Huchon, Président de la Région Ile-de-France, de Christian Sautter, Secrétaire d'Etat au Budget, et du Président de l'Union Européenne.
C'est l'association « Enfants de Bosnie » dirigée par Carol Mann, placée sous le haut patronage de l'Unesco, qui a oeuvré depuis cinq ans pour la reconstruction de cette école sur ce qui fut le front. L'aventure a débuté quand, en plein siège, des enfants d'écoles primaires françaises ont commencé à correspondre avec des enfants de Dobrinja. L'aide s'est ensuite étendue aux domaines médical et alimentaire. Côté bosniaque, des cours de français ont facilité les échanges. De plus, les enfants de Dobrinja ont envoyé des dizaines de dessins de par le monde, écrit des nouvelles publiées en France ainsi qu'une pièce, jouée par eux-mêmes en Allemagne et bientôt en France. Cette école en ruines dans un quartier délabré et délaissé est devenue une cause célèbre. Les joumalistes, les photographes, les amis engagés pour la Bosnie y sont venus, puis enfin, les décideurs. Elle est entrée ensuite dans le cercle des Ecoles Associées de l'Unesco, ce qui a entraîné beaucoup d'autres élèves et enseignants dans ce mouvement pour le développement de l'éducation en Bosnie qui reste toujours le but premier de l'association. Il y a eu des échanges d'enfants, des voyages en France, bien sûr, mais aussi en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, au Luxembourg et aux Etats-Unis. Des projets dynamiques ont vu simultanément le jour dans les classes de Dobrinja et, dans celles des pays qui ont plaidé leur cause.
La presse féminine (Elle, Marie-Claire, Marie-France en particulier- cf. n° de mars 99) a beaucoup participé a la campagne de sensibilisation auprès des femmes, ainsi que la presse enfantine, surtout Bayard Presse (Astrapi, Okapi, Je Bouquine). Mais cette réussite aurait été impensable sans la collaboration étroite des enseignantes de l'école, en particulier Aida Music, directrice, et Azra Kujundzic, admimnistratrioe héroïque pendant la guerre. Dès le début du siège, elle avait réorganisé l'enseignement dans des caves, des cages d'escalier, des lieux de passage. Des intellectuelles de Sarajevo, telles que Jasmina Musabegovic des éditions Svjetlost, et Azra Begic, directrice du musée d'art contemporain, nous ont aussi beaucoup aidés dans nos projets. En France , les subventions d'Etat durant ces dernières quatre années ont été, il faut le dire, minimales, mais l'association a bénéficié d'une aide généreuse du Conseil Régional de Basse-Normandie, et a pu mener à bien collectes et convois grâce à de nombreuses associations amies, dont l'Association Sarajevo. Au printemps 97 l'Union Européenne s'est engagée à apporter une subvention d'un montant équivalent à celle du Conseil Régional de l'Ile de France. En octobre 97, celui-ci a voté 2 millions de francs de crédit. Ainsi, le bâtiment a été construit par les Suisses, le gymnase et les équipements offerts par la France et l'Union Européenne. L'école Skender Kulenovic ouvre donc ses portes pour le deuxième trimestre de l'année scolaire 99.
L'association continue néanmoins son travail: elle reste la seule à organiser des cours de français dans d'autres écoles primaires en Bosnie-Herzégovine, afin de continuer à promouvoir des échanges entre les enfants. Elle finance TREM, le journal publié par les enfants de Dobrinja qui comporte à présent une section en français, et espère organiser des rencontres entre élèves de l'école Skender Kulenovic et des écoles de l'Ile-de-France.

Enfants de Bosnie :
33 rue Guy Moquet 92240 Malakoff,
tél. 0142 53 18 07,
fax 01 42 53 58 03,
e-mail :
cmann@pfeifferreport.com

LU sur BOSNET - LU sur BOSNET - LU sur BOSNETL'article de James R. Hooper, directeur exécutif du Balkan Action Council, paru dans le Washington Times du 11/02/99 permet de comprendre certains des enjeux américains à Rambouillet et notamment l'ardeur avec laquelle Madaleine Albright défend le rôle de l'OTAN dans la mise en oeuvre de l'éventuel accord.
Selon l'auteur, il y a une alliance objective entre d'une part Slobodan Milosevic et ses alliés russes et d'autre part la France et même certains membres de l'administration américaine pour affaiblir l'efficacité de l'OTAN, ce qui met en péril la possibilité de parvenir à un réel accord.
C'est ainsi que l'on peut analyser l'absence de l'OTAN à la table des négociations, qui pose le problème de la crédibilité des menaces et affaiblit les parties en présence. Ainsi, les Kosovars réclament la présence au sol des troupes de l'OTAN avec un fort contingent américain, car seule cette présence peut leur garantir une protection réelle. De même, c'est la menace de l'intervention de l'OTAN qui a fini par amener les représentants de la Yougoslavie à la table des négociations, car c'est la seule menace crédible pour Milosevic.
Mais l'OTAN est aujourd'hui affaiblie par les intérêts russes d'une part et européens de l'autre. Pour les Russes, à la recherche d'une nouvelle puissance internationale, les Balkans et plus précisement l'ex-Yougoslavie représentent un atout incontestable. Leur présence au sein du Groupe de Contact en est une reconnaissance explicite. L'OTAN compte déjà sur une contribution russe aux forces de maintien de la paix, contribution qui ne ferait que renforcer leur capacité à éviter de réelles représailles. Alors que les sénateurs américains se congratulent déjà d'avoir amené les Russes au sein de ce processus, diminuant ainsi, soi-disant, leur hostilité à l'égard de l'OTAN, force est de constater qu'en fait cette intégration ne coûte pas un centime à la Russie et offre un allié aux Serbes à Rambouillet et sur le terrain. Les Européens et plus particulièrement les Français cachent à peine leur objectif d'utilisation de ces pourparlers de paix pour marginaliser les Américains et démontrer la capacité européenne à gérer les problèmes de sécurité. Cette démonstration qui eut encore été possible en 1991 ne tient objectivement plus la route après 8 années d'échecs successifs.C'est pourquoi l'élément manquant à Rambouillet est le leadership américain, (article écrit le 11/02 NDLR). Pour promouvoir une campagne courte, sans risque et pas trop coûteuse, certains membres de l'administration US ont amorcé le déclin de l'influence américaine en Europe et même au sein de l'alliance. Le recul de Clinton le 1er février tient non pas aux difficultés émises par le Congrès, comme ce fut dit, mais à une réelle hésitation du Président face à une attitude ferme mais potentiellement coûteuse et risquée. C'est sur cette indécision que compte à nouveau Milosevic qui a déjà gagné tous ses combats en l'utilisant. Cette indécision a ouvert la voie à une autre partition écrite par les Européens, qui veulent un accord, avec une force de maintien de la paix composée de l'OTAN plus la Russie, ce qui entraînera un affaiblissement d'une Alliance plus "européanisée" . cela servira à terme les desseins de ceux qui cherchent à diluer le pouvoir et la responsabilité américaines en Europe.
Qui aurait pu prédire que la Serbie, Etat de troisième zone des Balkans, parviendrait ainsi en moins de 10 ans à faire ce que toute l'Union Soviétique chercha en vain à obtenir en plus de 4 décades ?


INTERVIEW DE MUHAMEDIN KULLASHI

A l'occasion de la sortie de son livre à l'Harmattan "Humanismes et Haines, les intellectuels et le nationalismes en ex-Yougoslavie", nous avons interrogé Muhamedin Kullashi.

Association Sarajevo : Pourquoi M. Kullashi avez-vous intitulé la troisième partie de votre ouvrage "régressions" ?
Muhamedin Kullashi : La troisième partie du livre s'attache à interpréter les événements cruciaux politiques des années 80, événements qui vont aboutir à l'éclatement de l'ex-Yougoslavie dans des conditions tragiques. J'utilise le mot "régression" pour désigner l'ampleur de la crise, la chute à un niveau plus bas que celui qui caractérise le totalitarisme. J'ai essayé de montrer, d'une part, que la Yougoslavie, à la différence des autres pays de l'Europe de l'Est, possédait certains atouts politiques (une souplesse, des formes de libéralisme politique et économique, bien que réduites) et culturels (l'ouverture envers le monde culturel occidental). D'autre part, la crise marquée par la montée des nationalismes extrêmes entraîne le pays dans une catastrophe, avec des conséquences graves. La régression est lisible, par exemple, dans le glissement des intellectuels d'une position critique et universaliste vers un nationalisme belliqueux.

A. S. : Pouvez-vous précisez si le nationalisme était déjà présent dans la ligue du parti communiste yougoslave (LPCY) dans les années 70-80 ?
M.K. : Bien sûr que le nationalisme était présent aussi bien dans l'appareil du parti communiste que dans celui de l'Etat. Il était lié aux intérêts politiques et économiques des oligarchies des unités fédérales. Mais il restait, la plupart du temps, sous le contrôle du pouvoir. Il est caractéristique, par exemple, que la diffusion de la haine ethnique et religieuse n'avait pas accès aux médias. Les structures du pouvoir s'arrangeaient pour freiner différentes formes du nationalisme : elles étaient conscientes de la fragilité d'un Etat multinational. Ceci dit, la vie politique du pays est marquée par des tendances nationalistes qui se reproduisent du fait que ce n'était pas un régime démocratique et par conséquent il ne pouvait pas satisfaire aux besoins de l'articulation d'une pluralité des idées politiques. Dans un vide politique, les oligarchies des républiques cherchent la légitimité dans la défense des intérêts de "leur peuple", ce qui mène inévitablement à l'inimitié entre les républiques. Tito intervient, à différentes occasions en tant qu'arbitre, bien que lui-même savait manipuler les ressentiments et les intérêts "nationaux" (ethniques).

A. S. : Quelle fut la relation Etat/Nation du temps de la Yougoslavie ?
M.K. : La création d'une supranationalité yougoslave, aussi bien que celle soviétique en URSS, a échoué. On pourrait évoquer plusieurs raisons. L'impact des identités traditionnelles (slovène, croate, serbe etc.) était plus fort que la nouvelle qui devait se créer. Le manque d'une vie politique démocratique a favorisé cette crispation identitaire. Le système politique yougoslave a essayé de concilier le principe de nationalité (en tant qu'appartenance à une identité culturelle et historique) avec le principe de citoyenneté. La structure bicamérale du Parlement fédéral en témoigne. Cependant, nation et Etat n'ont pu coïncider en Yougoslavie, comme dans d'autres pays de l'Europe de l'Est, à cause surtout d'un déficit d'une culture politique démocratique et citoyenne.

A.S. : Pourquoi les élites et les cadres de la LPCY sont-ils passés si facilement au nationalisme? Qui sont ceux qui ont accepté?
M.K. : Il est plus facile de comprendre pourquoi des cadres de LCY sont passés au nationalisme : ils y ont vu un moyen puissant du maintien et de la perpétuation de leur pouvoir. Il est plus difficile d'expliquer pourquoi des intellectuels avec une orientation critique et universaliste ont versé dans le nationalisme. Une des explications possibles est liée à l'échec de la réalisation du paradigme de Marx d'une société sans Etat et sans classes. Cet échec les pousse à s'accrocher à une orientation passionnelle.

A.S. : Le régime actuel à Belgrade ne s'est-il pas servi de la critique du totalitarisme effectuée par Praxis pour renforcer l'exercice de son pouvoir ?
M.K. : Pour renforcer son pouvoir, la nomenclature yougoslave a utilisé plutôt la critique contre Praxis, qui était d'ailleurs présentée comme force subversive dirigée de l'étranger. La critique du parti et de l'Etat yougoslave, était sur de nombreux points pertinente, notamment la critique du stalinisme comme idéologie et comme logique du pouvoir.

A.S. : Par rapport à votre analyse du totalitarisme, comment le pouvoir s'exerce-t'il à Belgrade? Praxis peut-elle nous servir aujourd'hui à comprendre et à combattre ce régime?
M.K. : La critique de Praxis n'est plus pertinente ni dans l'analyse ni dans la critique des régimes actuels nationalistes. La situation est plus complexe depuis plus d'une décennie.


à lire - à lire - à lire

Kosovo : la guerre cachée
Myriam Gaume, éd. Les Mille et une nuits, "Les petits libres", 96 p., 13 F

Du 21 septembre au 26 octobre derniers, Myriam Gaume a participé à une mission de Médecins sans frontières au Kosovo, juste avant de devoir quitter Pristina pour ne pas servir d'otages en cas de frappes aériennes de l'OTAN.
Elle en a rapporté le récit d'un authentique voyage au bout de l'enfer. Vallées de Kishna et de Vucak, Reka, Malisevo, Temeci, Reznik, Petrova, Klodernica, Mitrovica, Gollubovac, tous ces noms devraient précéder celui de Racak dans l'interminable liste des lieux visités jour après jour par (ce qu'il faudrait maintenant appeler) la "perfection" serbe proclamée par un graffiti au check-point de Malisevo.
Pendant ce temps-là, "l'OTAN reste indécise sur les frappes militaires à l'encontre de Belgrade" avant la "rencontre de la dernière chance" à laquelle R. Holbrooke aboutira au prix d'incessantes "navettes entre Pristina et Belgrade", et "durant une semaine l'OTAN va repousser son compte à rebours" tandis que sa "menace de frappe s'affaiblit" jusqu'à être finalement levée grâce au "succès de la diplomatie américaine, qui a fait plier Milosevic".
Beaucoup de guillemets pour cette paraphrase pas très élégante, mais ce n'est qu'une tentative de raccorder le texte de Myriam Gaume, dans la chronologie du désespoir, à celui de V. Nahoum-Grappe, constatant début juillet qu'au Kosovo "Le ballet diplomatique a commencé" (Esprit, juillet-août 1998).
Quelques mois plus tard, à l'heure où se tient une Conférence de paix, on ose espérer que les négociateurs auront connaissance de ce que relatent ces pages. Qu'ils sauront tenir compte de tout ce qu'elles décrivent, expriment, supposent, impliquent.
En attendant, bravo à Médecins sans frontières d'avoir rendu possible un tel témoignage sur ces "violations des principes humanitaires élémentaires". Et aux éditeurs pour avoir su publier si vite ce petit livre qui est, en plus, du très bon journalisme.


Calendrier du mois de mars - Calendrier du mois de mars

Orphéon, pièce conçue et mise en scène par François Tanguy pour le Théâtre du Radeau, interprétée par Frode Biornstad, Laurence Chable, Jean-Louis Coullocli , Katja Fleig, Erik Gerken, Muriel Hélary, Pierre Martin, Karine Pierre, se joue à Saint-Denis Université sous un chapiteau itinérant, « le campement », jusqu'au 27 février. Réservations au 01 48 13 70 00, tarif unique : 50 F. Certains critiques n'hésitent pas à qualifier le spectacle de génial. A

Parutions en librairie :
- Etat de siège, de Juan Goytisolo, traduit de l'espagnol par Aline Schulman, éd. Fayard, 190 p., 98 F , rédigé en 95, c'est une oeuvre riche et multiple où s'entrecroisent les images du siège de Sarajevo et celles - à peine fictives ? - d'un siège parisien.

- La même chose, de Vidosav Stevanovic, traduit du serbe par Mauricette Begic et Nicole Dizdarevic, éd. Mercure de France, 172 p., 130 F ; parcours des douze cercles de l'Enfer à travers la conscience de onze protagonistes de la guerre, exilés ou non, enfants ou vieillards , évocation forte et terrible, roman expressionniste.

- Fables de Bosnie, de Tomaz Lavric TBC, bande dessinée, éd. Glénat.

GALERIE LE LYS

(12-14, rue Saint-Louis en l'Ile, Paris 4e) :
- du 5 mars au 10 avril, Enki Bilal expose ses oeuvres ; après le vernissage le 5 mars à 19 h, deux soirées de dédicace de ses derniers albums - dont son dernier, le Sommeil du monstre - auront lieu (dates à préciser) ;
- le 18 mars à 19 h, Vidosav Stevanovic parlera avec Laurand Kovacs,Carol Mann et ses deux traductrices de son livre La même chose (voir présentation ci-dessus) ;
- le 24 mars à 19 h, rencontre avec Slobodan Snajder, dramaturge et éditeur de Zagreb, auteur d'une vingtaine de pièces de théâtre jouées en France, en Allemagne, en Croatie et en Bosnie, dont la Dépouille du Serpent, le Faust croate, Inès et Denis (mis en scène par Milos Lazin et programmé au Festival d'Avignon 99).

Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
fax: 01 44 23 76 79

E-mail Sarajevo@ras.eu.org
Sabo@ras.eu.org
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Président: Francis Jeanson
Directeur de la Publication: Francis Jeanson
Rédacteur en chef : Jean-René Chauvin
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ISSN : 1286-2703

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ENKI BILAL A SARAJAVO
Enki Bilal a séjourné récemment à Sarajevo et Mostar, où il a présenté son dernier album "Le sommeil du Monstre", inspiré de la tragédie de Sarajevo au cours de la guerre 1992-95. "C'est à travers les yeux et les regards de ses habitants que j'ai reconnu cette ville, ce qu'est devenue leur vie après tout ce qui leur est arrivé. Et cela quand ils ne sont pas en groupe, mais seuls. Cela m'a suffi pour comprendre", a déclaré Enki Bilal avant de quitter Sarajevo, où il a l'intention de revenir l'année prochaine..

UN PEN-CLUB BOSHNIAQUE ETHNIQUE?
Nedzad Ibrisimovic, président de l'Association des écrivains de Bosnie-Herzégovine, a proposé la constitution d'un -PENClub boshniaque- au cours de la récente assemblée annuelle du PEN-Club de B-H. A ce propos, ZeIjko lvankovic, écrivain et membre du PEN-Club de B-H, a posé la question suivante: "Proposer de former un PEN-Club boshniaque, n'est-ce pas une façon de proposer à l'opinion publique le partage de la BH en trois entités, où nous aurions trois ou quatre équipes nationales de football, de basket, chacun sa télévision, son université, son académie, son union des écrivains, association de journalistes, de peintres - tous ethniques, et à tous les niveaux ? A qui cela profiterait-il ? Au parti du SDA, dont Ibrisimovic est l'un des dignitaires ? Ou cherche-t-il seulement à faire amende honorable pour avoir "nui à son peuple" pendant l'ancien régime, en fabriquant et vendant des bustes de Tito ?- (Svijet, 14.02.99)

BRCKO, DISTRICT AUTONOME?
Le tribunal chargé d'arbitrer sur le statut de la ville de Brcko vient de tenir sa dernière session à Vienne (le 17 février). Sa décision, ou plutôt celle de l'arbitre international Roberts Owen, ne sera connue que vers la mi-mars. Le statut de Brcko n'avait pas été résolu à Dayton. Cette ville, occupée par les forces de Milosevic-Karadzic et soumise à une "purification ethnique" en règle est, depuis Dayton, sous administration internationale. Les tentatives d'arbitrage menées en 1996 et 1997 n'avaient pas abouti. Cette fois-ci, à Vienne, la commission a été confrontée à trois propositions : les exigences des deux entités (la Fédération de B-H et la Republika srpska), qui revendiquent toutes deux Brcko. Ces exigences prennent plutôt la forme d'un litige entre deux Etats qu'entre deux parties d'un même Etat. Autrement dit, le problème de Brcko se situe dans l'optique d'un partage de la Bosnie. Mais il existe aussi une troisième proposition, soutenue par les forces citoyennes de B-H. Elle consiste à demander que la ville et la région de Brcko soient organisées en un district, qui serait rattaché directement à l'Etat de Bosnie Herzégovine et placé sous tutelle internationale. Cette proposition a été soumise au tribunal de Vienne par les représentants de plusieurs grandes associations, dont le CERCLE 99, le Conseil populaire croate, le Mouvement pour l'égalité (Conseil civique serbe), le Conseil des intellectuels boshniaques et la communauté juive de B-H. Elle est aussi soutenue par plusieurs partis politiques et médias indépendants de B-H, mais également par une association prestigieuse - FICG (International crisis group). Toutes ces organisations non-gouvernementales soulignent que leur proposition est la seule pouvant assurer le rétablissement de la paix et une stabilité permanente dans la région, ainsi que l'intégration de la Bosnie-Herzégovine. Une telle solution représenterait un cuisant échec pour ceux qui, comme Milosevic et Tudjman, sont pour le dépeçage de la Bosnie. Le tribunal d'arbitrage est composé de trois membres : un pour la Fédération de B-H, un pour la Republika. srpska, le troisième étant Robert Owen, représentant de la communauté internationale.

LES ACCORDS DE DAYTON
1. Le prix de la mise en oeuvre de Madrid : Le Conseil de gestion pour la mise en oeuvre des accords de Dayton s'est réuni à Bruxelles début février pour examiner l'application des mesures adoptées à la Conférence de Madrid (15-16 décembre 1998). Selon l'agence de presse SENSE, le Haut Représentant de la communauté internationale en B-H a exprimé à cette occasion son "mécontentement" face au comportement de certains hauts fonctionnaires des deux entités, et notamment Nikola Poplasen (Président de la RS), dont "l'attitude antidémocratique concernant le choix du nouveau premier ministre a provoqué en RS une crise institutionnelle aux conséquences néfastes". Le Haut Représentant aurait réclamé $ 300 millions pour la mise en oeuvre opérationnelle des conclusions de la conférence de Madrid, ainsi qu'une augmentation substantielle du budget alloué à son administration, lequel devrait atteindre près de $ 20 millions. La somme exigée ne concerne pas la reconstruction et le développement économique, mais les réformes administratives, judiciaires, la réorganisation de la police, le retour des réfugiés, le statut de Brcko. L'exigence posée par le Bureau du Haut Représentant a été mal accueillie et il a été décidé de la réduire substantiellement. Certains membres du Conseil ont exprimé leur préoccupation de voir sans cesse augmenter le nombre de fonctionnaires (ils seraient à l'heure actuelle 700, soit deux fois plus qu'à l'époque de Carl Bildt).
2. Les donateurs : Quant à la reconstruction économique de la Bosnie, cette question devrait être étudiée au cours de la prochaine (et dernière) conférence des donateurs prévue en mai 1999, le but étant de réunir 1,2 milliard de dollars. Rappelons que, après Dayton, la communauté internationale avait promis $ 5,1 milliards pour la reconstruction économique de la B-H; que les donateurs en avaient annoncé $ 4,2 milliards, et que l'on estime à $ 3 milliards les fonds réellement arrivés en B-H. Les Américains ont posé 30 conditions politiques, économiques et institutionnelles pour la tenue de cette conférence. Ces conditions sont alignées sur les conclusions de la conférence de Madrid. Carlos Westendorp et les représentants de la Banque mondiale ont tenté d'adoucir les conditions imposées par Washington. Enfin, le Conseil de gestion aurait décidé que la Conférence des donateurs pourrait avoir lieu si la B-H régularisait ses rapports avec les institutions financières internationales, signait un nouveau "stand-by arrangement" avec le FM et faisait des "progrès substantiels" dans le domaine de la privatisation.
3. La Bosnie et le Conseil de l'Europe : Carlos Westendorp a plaidé en faveur de l'admission de la Bosnie-Herzégovine au Conseil de l'Europe, lors d'une réunion à huis clos de la Commission politique et du Comité pour les affaires juridiques et les droits de l'homme, tenue au mois de janvier dernier. La procédure d'admission de la B-H au Conseil de l'Europe avait été pratiquement enrayée après le rapport négatif présenté par le groupe d'experts, qui avait estimé qu'elle ne remplissait pas les conditions imposées par le Conseil de l'Europe. Sans vouloir pour autant contester les conclusions des experts, Westendorp a exprimé sa conviction que les citoyens de la B-H - et non pas leurs dirigeants méritaient que leur pays soit admis au sein du Conseil de l'Europe. "Les gens qui vivent en Bosnie sont des Européens et ils désirent faire partie de cette Europe", a déclaré Westendorp. Les observateurs estiment que son intervention aura permis de relancer la procédure pour l'admission de la BH, et qu'elle pourrait influer positivement sur l'attitude des pays membres. (Agence South-East News Service Europe)

LE RETOUR
A l'initiative de l'association "Alliance pour le retour en B-H" et de plusieurs autres associations locales, une réunion, consacrée aux problèmes du retour, s'est tenue à Mostar le 8 février dernier. Deux conclusions importantes : 1) à Mostar, rétablir la propriété immobilière telle qu'elle était avant la guerre (en 1991), afin d'empêcher toute usurpation ou achat/vente illégales ; 2) organiser dans cette ville unegrande conférence dont le but sera d'élaborer une déclaration similaire à celles de Sarajevo et de Banjaluka, tendant à encourager les retours dans cette ville. Notons que Mostar comptait 126.000 habitants en 1991 et qu'il n'y en avait plus que 90.000 début 1999 (dont 38.000 "nouveaux venus"). L'Alliance estime que 35.000 réfugiés devraient pouvoir regagner Mostar en 1999. Sa présidente, Miffiunisa Komarica, a estimé, dans une déclaration à Tuzla, que la conférence de Madrid avait négligé le problème du retour des personnes déplacées. On avait prévu 120.000 retours en 1999, dont 100.000 réfugiés en provenance d'Allemagne, mais seulement 20.000 retours de personnes déplacées à l'intérieur de la B-H. Par ailleurs, plusieurs associations des femmes de Srebrenica ont décidé de reprendre les manifestations qu'elles organisaient le 11 de chaque mois. Ces manifestations avaient cessé en juillet dernier sous la pression des autorités de Sarajevo et pour des "raisons de sécurité". Confrontées au risque de voir leur cause oubliée, les femmes de Srebrenica ont manifesté à Tuzla le 11 février dernier avec toujours le même slogan : "Nous exigeons la vérité et le châtiment des criminels". Par ailleurs, selon les données officielles, au début de 1999, 370.000 Bosniaques ont obtenu leur résidence permanente dans une trentaine de pays. On a même localisé 20 Bosniaques dans l'île Fidji !

Le crime paye-t-il ?
Nada Sakic, accusée de tortures et crimes de guerre au camp de concentration de Stara Gradiska, annexe du camp de Jasenovac - Croatie (le plus grand camp de concentration dans les Balkans au cours de la Seconde Guerre mondiale, où plusieurs dizaines de milliers de prisonniers ont été exterminés), a été libérée par le Tribunal de Zagreb pour "défaut de preuves". Nada Sakic, extradée d'Argentine en novembre dernier, était depuis lors emprisonnée à Zagreb. Son mari, Dinko Sakic, qui commandait lui-même le camp de Jasenovac, avait été extradé par la justice argentine peu avant sa femme. Il attend actuellement d'être jugé. La libération de Nada Sakic a semé la consternation dans les milieux citoyens de Croatie, d'autant plus que les témoignages contre elle étaient accablants. Après sa libération, Nada Sakic a déclaré qu'elle allait poursuivre en justice l'Etat de Croatie pour "détention injustifiée". Rappelons par ailleurs que Belgrade vient de refuser, pour la énième fois, de livrer au TPI de la Haye les trois principaux responsables des crimes contre l'humanité perpétrés à Vukovar. La date limite avait été fixée au 12 février 99. On s'attend à ce que le TPI en réfère de nouveau au Conseil de sécurité de l'ONU. (Presse de Zagreb et agence SENSE)

UN TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL PERMANENT
Le Sénégal est le premier pays à avoir ratifié les statuts du futur Tribunal pénal international permanent, au début du mois de février. Les statuts du TPI permanent ont été adoptés par la Conférence internationale de Rome, en juillet dernier. Jusqu'à présent 60 pays ont adopté ces statuts, mais le Sénégal est le seul pays à les avoir ratifiés. Plusieurs autres pays, dont les Etats-Unis, Israël, l'Inde, la Chine et la Libye ont, au contraire, exprimé certaines réserves.

RICHARD HOLBROOKE - ENCORE UN PETIT OBSTACLE
Richard Holbrooke, banquier et diplomate américain, auteur des Accords de Dayton, a été lavé de tout soupçon de malversation et peut désormais prétendre à accéder au poste d'ambassadeur des USA aux Nations-Unies. Nommé à ce poste par le président Clinton en juin 1998, Holbrooke avait été accusé (par voie anonyme) d'avoir usé de ses relations diplomatiques au profit de sa nouvelle firme Crédit Suisse First Boston. Les départements de la justice et des affaires étrangères ont alors mené une enquête qui a abouti à une sorte de "non lieif". Il lui reste toutefois encore un petit obstacle à franchir. Holbrooke devra en effet se présenter devant le tout puissant Comité des affaires étrangères du sénat américain, son président M. Helms étant désireux de savoir si M. Holbrooke n'est pas "trop proche" de Slobodan Milosevic, chef du régime de Belgrade. Ce n'est pas la première fois qu'Holbrooke se voit accuser d'avoir été en trop bons termes avec Milosevic et de lui avoir fait certaines concessions, aux dépens surtout de la Bosnie. Réponse de Holbrooke : "Qu'on le veuille ou non, on doit négocier avec Milosevic tant qu'il occupe ce poste". (Agence SENSE)


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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