Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 96 Mars 2001

Il y a sept ans déjà, Mirjana Dizdarevic nous quittait

On saura bientôt ce qu'il adviendra de l'action armée de la nouvelle UCK dans la région de Petovo. Condamnée par l'ensemble des acteurs internationaux et locaux, ses conséquences, si elles ne sont pas maîtrisées, risquent d'être considérables. Le pire serait évidemment que l'étincelle embrase l'ensemble de la Macédoine, entraînant des répercussions plus larges. Si malgré l'adéquation de la riposte du gouvernement macédonien, un apaisement se produisait, l'avertissement devrait être entendu par tous. Il signifie d'abord qu'il existe une question albanaise qui n'a pas été réglée par le départ du Kosovo des forces serbes. Elle concerne toutes les populations albanaises de la région, qui demandent le plein respect de leur personnalité et de leurs droits, quel que soit l'Etat dont elles relèvent. Il est pour le moins étonnant que les puissances internationales, qui ont légitimé l'instauration d'une "Republika Srpska" fondée sur le crime de masse, n'incitent pas ouvertement les autorités de Skopje à accepter l'inscription 
dam la constitution du caractère binational de la Macédoine. Les Albanais de Macédoine, pourtant bien plus éloignés de leurs concitoyens slaves que Bosniaques, Croates et Serbes de B-H entre eux, ne demandent pas la création d'une "République albanaise de Macédoine". Les Albanais du Kosovo sont en droit de s'inquiéter des tergiversations des puissances protectrices à mettre en place les institutions d'autogouvernement prévues par la résolution 1244.

Cet avertissement rappelle ensuite que laisser pourrir les situations ne fait qu'aggraver les 
problèmes, C'est le cas en Bosnie Herzégovine, où par la faute de tous ceux qui s'opposent directement ou indirectement à l'application des accords de Dayton, le pays reste paralysé et impuissant à entreprendre sa reconstruction. Le Haut Représentant devra faire un ménage énergique pour permettre aux nouvelles autorités de Sarajevo de mettre leur programme à exécution

C'est aussi le cas de la Serbie où "attendre" est devenu le maître mot de la politique. Attente de la rupture radicale avec Milosevic, ses hommes, sa politique centralisatrice, les mythes du serbisme et de l'orthodoxie qui empêchent les Serbes de prendre résolument le chemin d'un avenir sans la Bosnie, le Monténégro et le Kosovo. Le refus de l'arrestation de Milosevic et de son envoi à La Haye est symptomatique du blocage de la Serbie, encore que de légers progrès soient enregistrés sous l'aiguillon de la nécessité. C'est pourquoi la faiblesse de la réaction de l'Union européenne devant l'inertie de Belgrade sur ce point crucial est stupéfiante. Dans cette conjoncture où tout semble en suspens, refleurissent des projets de redécoupage des territoires, tel celui de Lord Owen, grand expert en la matière. Il ne propose rien de moins que d'échanger le 
Kosovo, rendu à lui-même, contre la "Republika Srpska", donnée à la Serbie. Pour lui, il ne s'agirait que d'un marché à passer entre coreligionnaires, les "Musulmans de Bosnie" payant en somme pour les "Musulmans albanais du Kosovo".

Que le moment soit venu de mettre à plat tous les contentieux accumulés pendant la décennie écoulée paraît évident. Cette idée était présentent dans le lancement du Pacte de stabilité pour le Sud-Est européen, enlisé faute d'un engagement clair des parties, lui-même subordonné à la clarification politique de la situation régionale. Mais les principes de celle-ci ne sauraient guère différer de ceux qui avaient été posés par l'Union européenne au début du conflit en 1991, et dont le rejet par Milosevic a entraîné une suite de guerres et de catastrophes. Les lignes de fracture de l'ex-Yougoslavie doivent coller aux limites historiques des entités constitutionnelles de la fédération dissoute. L'association, puis l'intégration à l'Union européenne des Etats de la région, représentent pour eux la seule voie possible pour la reconstruction économique, la collaboration politique et l'ouverture culturelle qui permettront le dépérissement des frontières et des affrontements nationaux 

Sommaire
EDITORIAL

ASSOCIATION SARAJEVO RAPPORT D'ACTIVITÉ 2000
A. En France
B. En Bosnie-Herzégovine
C. Orientations

Bosnie
LE GOUVERNEMENT CENTRAL DE LA B-H ET LES GOUVERNEMENTS DES DEUX ENTITÉS
LES GOUVERNEMENTS DES ENTITÉS
LES CAMPS DE CONCENTRATION
LE PUTSCH DU HDZ
ETABLISSEMENT DE RELATIONS SPÉCIALES ENTRE LA RS ET BELGRADE
VÉRITÉ ET RÉCONCILIATION
LES RÉFUGIÉS BOSNIAQUES
LES HUIT ANS DU CERCLE 99
LES MEDIAS
L'ECOLE DE JOURNALISME FRANCO-BOSNIAQUE

International
BELGRADE ET LE TPI
LE VIOL RECONNU CRIME CONTRE L'HUMANITÉ
CONDAMNATION DE KORDIC ET CERKEZ
DUBROVNIK: DES INCULPATIONS SCELLÉES
BLAGOJE SIMIC SUIT L'EXEMPLE DE B. PLAVSIC
LES SERBES LIVRENT UN INCULPÉ AU TPI!
A QUAND MILOSEVIC?

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE du 24 mars 2001

Calendrier
Emmanuelle Béart à Sarajevo
A voir :

Sommaire


ASSOCIATION SARAJEVO RAPPORT D'ACTIVITÉ 2000

A. En France

Comme c'est le cas depuis plusieurs années, l'Association a concentré ses efforts sur la 
publication régulière du bulletin pour continuer à diffuser le maximum d'informations, 
accompagnées de commentaires, sur la situation en Bosnie et dans la région.
Les événements intervenus en Serbie y ont occupé une place importante, par nos analyses et celles de nos amis de Serbie, comme Sonja Biserko, Latinka Perovic ou Bogdan Bogdanovic. Il nous a  semblé nécessaire de mettre en garde contre l'illusion répandue, notamment dans les milieux officiels français, selon laquelle l'arrivée au pouvoir de l'opposition serbe ouvrait la voie royale pour un règlement démocratique des problèmes de l'ex-Yougoslavie. Cela s'est traduit par une prise de position conjointe avec le Comité Kosovo publiée dans Le Monde en octobre 2000.
L'Association suit attentivement le déroulement des travaux de la Mission d'information 
parlementaire sur Srebrenica, auprès de laquelle elle est intervenue à plusieurs reprises pour lui soumettre des observations et des suggestions. S'il est trop tôt pour émettre un jugement sur la valeur du rapport qui sera adopté, on ne peut que constater l'absentéisme d'une bonne moitié des députés membres de la mission, qui n'assistent pas aux auditions. Si l'on s'en tient à ce qui a été entendu à la fin février, il est peu probable qu'une réponse sera donnée, côté français, à la question clairement posée par Kofi Annan dans son rapport du 15 novembre 1999, sur les raisons du refus d'utiliser la force, en temps utile, pour arrêter Milosevic dans son entreprise de destruction. On s'achemine tout droit vers la conclusion que ce sont les "dysfonctionnements" de l'ONU qui sont à mettre en cause, comme si ces "dysfonctionnements" n'étaient pas connus de tous, depuis longtemps.
Cet épisode renvoie, une fois de plus, à l'indigence du contrôle parlementaire français sur la politique étrangère du pays, reflet de l'indigence du débat politique dans ce domaine, qui 
aboutit à ce que les décisions se prennent en vase clos, sur la base d'informations et d'analyses non soumises à discussion.

B. En Bosnie-Herzégovine

L'année a été marquée par d'importants changements politiques en B-H et dans son voisinage, et surtout par le recul plus ou moins marqué des partis nationalistes (SDS, HDZ et SDA) considérés comme responsables, à différents degrés, de l'éclatement de la guerre et de ses conséquences tragiques pour le pays. Aux élections générales de novembre 2000, ces partis ont obtenu plus de voix que prévu, mais ils ont partout perdu leur monopole sur la vie politique, qui a duré une décennie. En RS, le SDS reste le parti le plus important, mais il a dû s'effacer derrière le PDP et son leader Mladen Ivanic, considéré comme "modéré". Dans la Fédération, une dizaine de partis d'opposition, dont le SDP et le Parti pour la B-H en FB-H sont les plus influents , ont constitué une "Alliance pour les changements", qui a obtenu une légère majorité aux parlements. Pour la première fois, ce sont des forces démocratiques qui ont formé les gouvernements au niveau des entités et de l'Etat de BH, sans les partis nationalistes dans la Fédération et au niveau de l'Etat. La communauté internationale a fortement soutenu ces changements, bien que ses représentants aient commis plusieurs maladresses à la veille des élections, ce qui a permis aux partis nationalistes de préserver une grande part de leur influence. Mais les forces 
non-nationalistes ont finalement conquis des positions de pouvoir, au niveau central et dans la Fédération. Ce développement est présage d'espoir, mais de difficultés aussi. Car les divisions nationalistes ont laissé des blessures profondes dans le tissu social: le retour des réfugiés n'est toujours pas acquis, les criminels de guerre courent encore, l'économie est au point mort, la corruption règne à tous les niveaux...

Un autre développement important a été la décision du Tribunal constitutionnel de B-H de 
proclamer l'égalité et le caractère constitutif des peuples boshniaque, croate et serbe sur tout le territoire de la B-H, mettant ainsi fin aux solutions ségrégationnistes au niveau des entités, qui empêchaient la constitution de l'Etat. L'Association Sarajevo a lutté, trois années durant, pour cette solution dont la mise en oeuvre reste à assurer.
Une autre initiative, soutenue systématiquement par l'Association, est la constitution d'une 
Commission pour la vérité et la réconciliation. Cette initiative a enfin obtenu le soutien, non 
seulement des ONG, mais aussi de l'establishment et de la communauté internationale. Cette commission devrait permettre d'établir la vérité sur la terrible période que la Bosnie vient de traverser, laissant au TPI le soin de s'occuper des criminels de guerre.

L'année 2000 s'est avérée particulièrement propice à l'activité des ONG en BH, dont l'Association Sarajevo. L'Association et son bureau à Sarajevo ont entretenu des rapports constants avec les grandes ONG: Cercle 99, Comité Helsinki pour les droits de l'homme, Parlement citoyen, Forum des citoyens de Tuzla et Forum international de BH. L'A.S. a régulièrement rendu compte de leurs activités et soutenu la plupart de leurs initiatives. Il y a actuellement plus de 100 ONG bosniaques en B-H * Elles n'ont plus véritablement besoin d'une assistance technique, mais il est très important de poursuivre le dialogue.
Enfin, dans le domaine des médias, l'A.S. a eu des contacts réguliers avec plusieurs journaux et revues ("Oslobodenje", "Dani", "Front slobode", "Revue 99") et, avant tout, de même que les années précédentes, avec MédiaPlan, qui est devenu le véritable centre de coopération entre les médias du Sud-Est européen. L'A.S. a aidé MédiaPlan dans ses contacts avec les autorités et la société civile en France, au moment surtout où a été lancée l'initiative de créer un réseau de communication pour un journalisme professionnel dans l'Europe du Sud-Est. L'Ecole de journalisme de Media Plan a désormais un caractère régional et, à partir de 2001, couvrira l'ensemble des pays de l'Europe du Sud-Est.

C. Orientations

Compte tenu de ses moyens, l'Association se propose de poursuivre la publication de la "Lettre de Sarajevo" comme moyen d'information et d'analyse de la situation en Bosnie et dans les pays de la région, en intervenant ponctuellement sur l'actualité chaque fois que cela s'avérera nécessaire.
En Bosnie-Herzégovine, l'Association Sarajevo se propose de continuer à agir sur les grands axes déjà définis. Elle soutiendra les actions des forces démocratiques tendant à l'unification, le développement et la démocratisation du pays. Dans la mise en oeuvre de cette tâche, elle peut compter non seulement sur son bureau à Sarajevo qui doit être maintenu, mais aussi sur plusieurs ONG. Elle pourra compter aussi sur l'accueil favorable des nouveaux pouvoirs dans le pays. 
L'Association propose de renouveler son initiative sur la préparation d'une étude sur le "retour des cerveaux". Cette idée n'a pas eu jusqu'à présent un écho suffisant en B-H. Elle pourrait être relancée en 2001, avec l'aide de MédiaPlan, du Cercle 99 et du Comité Helsinki pour les droits de l'homme. Cette étude pourrait avoir pour titre: "Le retour de la diaspora" ou "Comment l'intelligentsia émigrée peut-elle aider son pays d'origine?".
L'Association Sarajevo fera partie du réseau de soutien à l'organisation d'une université des communications, qui devrait avoir lieu à Sarajevo vers la fin de l'année. L'organisation de cet événement a été confiée à Mediaplan.

Elle considère comme essentiel le maintien et le développement des contacts avec la société civile et les médias indépendants de Bosnie-Herzégovine.

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Bosnie

LE GOUVERNEMENT CENTRAL DE LA B-H ET LES GOUVERNEMENTS DES DEUX ENTITÉS

La Bosnie-Herzégovine est enfin dirigée, pour la première fois depuis plus d'une décennie, par un gouvernement non-nationaliste. Fin février dernier, le Parlement de la République de B-H a approuvé la nomination du gouvernement proposé par 'l'Alliance démocratique pour les changements". Le nouveau gouvernement est présidé par Bozidar Matic, qui détient également le portefeuille des finances. Ses deux adjoints sont Muharem Imamovic (SDP) et Gordana Kovic (DSP). Le nouveau ministre des affaires étrangères est Zlatko Lagumdzija, président du SDP. Dragan Mikirevic (PDP de Mladen lvanic) s'est vu confier le ministère de l'intégration européenne. Le président du NHI (Nouvelle initiative croate), Kresimir Zubak, est le nouveau ministre pour les droits de l'homme et les réfugiés. Le ministère du commerce extérieur et des relations économiques a été confié à Mme Azra Hadziahmetovic (Parti pour la B-H de Haris Silajdzic), qui a pour adjoint l'ancien ministre des affaires étrangères Jadranko Prlic (NHI). Svetozar Mihajlovic (SNS, Alliance populaire serbe) a été nommé ministre des affaires civiles et des communications. Chaque ministre a deux adjoints, de nationalité différente. Le nouveau gouvernement a été élu par 22 voix, 1 voix contre et 12 abstentions; les députés du HDZ avaient quitté la séance. Dans son exposé, le premier ministre Bozidar Matic a mis l'accent sur le renforcement des institutions communes et sur les réformes économiques qui devraient être orientées surtout vers le capital privé étranger. L'opinion publique en B-H a été soulagée que soit mis fin à la vacance du pouvoir, et espère désormais que le nouveau gouvernement central sera capable de mener à bien les changements préconisés par le programme de l'Alliance démocratique. La principale difficulté pour celui-ci réside dans la stricte limitation de ses compétences due aux accords de Dayton, qui ont accordé la priorité aux entités. Un autre problème est celui de la cohabitation avec le SDS de Karadzic toujours dominant en RS, et avec le HDZ, qui tient à créer une entité croate ethniquement pure. Notons enfin que l'Union européenne et les Etats-Unis ont accordé leur plein soutien au nouveau gouvernement.

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LES GOUVERNEMENTS DES ENTITÉS

Plus de 4 mois après les élections, un nouveau gouvernement a été constitué (mi-mars) dans la Fédération de B-H. Il est présidé par Alija Behmen (SDP). Les ministères ont été répartis entre les membres de l'Alliance démocratique. Rappelons que l'ancien premier
ministre Bicakcic (SDA), qui avait démissionné pour prendre la direction de la grande Compagnie d'électricité nationale, vient d'être limogé et toute fonction publique lui est désormais interdite. Les raisons: corruption et opposition à Dayton.

Le gouvernement de la RS est en place depuis décembre 2000. Il est présidé par Mladen Ivanic, leader du PDP (Parti démocratique du progrès), et composé de nationalistes modérés, mais également soutenu par les extrémistes du SDS. La communauté internationale s'en accommode...

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LES CAMPS DE CONCENTRATION

Selon les données de l'Union des anciens détenus, il y a eu en Bosnie, pendant la guerre, 618 camps de concentration. L'immense majorité, 580, était tenue par les extrémistes serbes. L'armée de B-H contrôlait 4 camps, le Conseil de la défense croate (HVO) 44 -gérés par le HDZ et dispersés dans toute l'Herzégovine, ainsi que dans le centre de la Bosnie. Les plus malfamés étaient les camps de Gabela (près de Capljina), Dretelj et Heliodrome, à Mostar. Au moins 10.000 Bosniaques sont passés par ces 3 camps.

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LE PUTSCH DU HDZ

En B-H le HDZ, toujours fidèle aux idées de Tudjman, a décidé le 3 mars à Mostar de créer un Etat exclusivement croate dans les territoires qu'il contrôle, au cours d'un rassemblement d'extrémistes venus de B-H et de Croatie présidé par Ante Jelavic, membre de la présidence bosniaque. Un ultimatum a été lancé à la "communauté internationale", sommée d'abroger dans les 15 jours les amendements des règles électorales qui autorisent la pluralité de la représentation croate au pouvoir. Le HDZ estime qu'ils favorisent les partis multiethniques, accusant l'Alliance démocratique d'être "anticroate"! Si l'on ne répond pas à sa demande, le HDZ proclamera son nouvel "Etat" (en fait, l'ancienne Herzeg-Bosna, qui couvre l'Herzégovine occidentale et quelques territoires en Bosnie centrale), dont la capitale sera Mostar. Il ne serait plus tenu aucun compte de la Fédération de B-H, de l'Etat de B-H, ni des puissances protectrices. Cette décision a été soutenue par l'église catholique (l'évêque Peric a d'ailleurs prononcé, au cours du rassemblement de Mostar, un discours extrêmement nationaliste) et par 3 partis extrémistes de Croatie: le HDZ, le Parti du droit et le Parti croate chrétien-démocrate.
Néanmoins, les autres parfis croates de BH ont condamné cette initiative du HDZ,
la qualifiant d'irresponsable et de suicidaire. Elle n'a d'ailleurs pas bloqué les institutions communes dans la FB-H. Le nouveau ministre de la défense a remplacé un groupe d'officiers pro-HDZ qui venait de démissionner.

A Zagreb, le président Mesic, soutenu par le premier ministre Racan, a déclaré: "Les problèmes en Bosnie doivent être résolus par les institutions légales de la B-H, en collaboration avec la communauté internationale". Mais Drazen Budisa, l'un des leaders de la coalition au pouvoir à Zagreb, a proposé de créer des cantons ethniquement purs en Bosnie, et d'en attribuer 5 aux Boshniaques, autant aux Serbes, et 4 aux Croates. Le Haut Représentant Petlitsch a réagi en destituant Ante Jelavic de son poste de membre de la présidence bosniaque, lui interdisant tout accès à une autre fonction publique. La même mesure a été prise contre 3 autres hauts dirigeants du HDZ.

Mais l'opinion publique bosniaque ne semble pas satisfaite. Ainsi, le Cercle 99 a fait les commentaires suivants: "Depuis la signature de Dayton, la communauté internationale pratique la politique de l'autruche. Il faut imposer des sanctions économiques au HDZ pour contrecarrer ses manœuvres et le priver de tout moyen financier. Le HDZ tente de radicaliser la situation en identifiant les criminels de guerre au peuple croate, la survie des Croates en B-H au maintien du HDZ au pouvoir. E s'agit en fait de protéger sa chasse gardée et d'empêcher toute démocratisation. Il se comporte comme le SDS de Karadzic il y 9 ans, lorsqu'il a créé un "Parlement indépendant de la République serbe en Bosnie". Le mépris de la "communauté internationale" pour l'Etat de B-H est devenu évident après l'établissement de relations spéciales entre la RFY et la RS. Les institutions compétentes de B-H - que Petritsch semble lui-même ignorer - ont ainsi été contournées". Le HDZ a finalement prorogé de 2 mois son "ultimatum". D'ici la mi-mai, la situation pourrait évoluer.

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ETABLISSEMENT DE RELATIONS SPÉCIALES ENTRE LA RS ET BELGRADE

Deux jours seulement après le putsch du HDZ (coïncidence?), Vojislav Kostunica, président de la RFY, signait à Banjaluka avec Nlirko Sarovic, président de l'entité de la RS et leader du SDS de Karadzic, un accord sur l'établissement de "relations spéciales" entre la RFY et la RS. L'accord, basé sur l'une des décisions de Dayton, prévoit le développement de la coopération entre la RFY et l'entité de la RS dans les domaines économique, législatif, scientifique, culturel, tout cela devant être concrétisé dans des annexes à élaborer.
L'accord ne prévoit pas la double nationalité. Il devrait être ratifié par les parlements de la RFY et de la RS, mais pas par les institutions de l'Etat bosniaque. Kostunica et Sarovic ont juré de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Bosnie... Ajoutons que la BH, en tant que telle, n'a pas été invitée à discuter de cet accord; seul l'a fait le Haut Représentant, sans avoir consulté les institutions communes de la B-H.

Cet accord a été violemment critiqué en B-H, car il menace d'entraîner le démembrement du pays. Le président croate Stipe Mesic a été très clair: pour lui il s'agit surtout du désir, toujours présent, de créer une Grande Serbie. Il a déclaré que "Kostunica rendait la situation en BH encore plus complexe", et que cet accord rappelait celui signé entre la Fédération de B-H et la Croatie sous le règne de Tudjman. Il propose d'ailleurs de réviser tous les accords conclus entre la Croatie de Tudjman et la Fédération de B-H, car la seule voie valable et profitable est de poursuivre les relations entre les deux Etats.

La position de la "communauté internationale" reste équivoque: si elle a condamné les derniers agissements du HDZ, elle reste muette face à la politique de Belgrade vis-à-vis de la Bosnie. Notons l'opposition farouche des dirigeants de la RS à toute proposition susceptible d'entraîner la disparition des entités, pour eux, la RS est un Etat. En outre, tout en prétendant vouloir harmoniser les constitutions de la RS et de la B-H, ils refusent d'accepter la création d'une chambre des peuples dans leur parlement, la possibilité d'élire un non-Serbe au poste de vice-président de la RS et l'égalité des langues serbe, croate et bosniaque.

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VÉRITÉ ET RÉCONCILIATION

I1 semble que l'initiative tendant à créer une commission chargée de faire la lumière sur les événements de la dernière décennie en Bosnie ait des chances d'aboutir. L'Association Sarajevo, qui a soutenu cette idée depuis le début, vient d'apprendre qu'un projet de loi devrait bientôt être soumis au parlement bosniaque.
Le promoteur de ce projet est l'ONG "Vérité et réconciliation", présidée par Jakob Finci, également président du Cercle 99. Un colloque a été organisé sur ce thème il y a quelques jours. Peu auparavant, le président du Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme en B-H s'était entretenu à La Haye avec Claude Jorda, président du TPI. Le malentendu sur les compétences du TPI et celles de la Commission a été résolu: le TPI s'occupe des criminels de guerre, alors que la Commission aura pour tâche d'établir la vérité sur la tragédie bosniaque. On s'attend à ce que le projet de loi, fortement soutenu par l'opinion publique, soit favorablement accueilli par le parlement bosniaque nouvellement élu.
Quant au nouveau régime de Belgrade, il a lancé l'idée d'une commission similaire, mais chargée, elle, de faire le travail du TPI. Elle serait par ailleurs aussi orientée vers une réconciliation entre les criminels de guerre et leurs victimes. D'ailleurs, M. Kostunica vient de mettre dans le même sac - en tant que criminels de guerre Milosevic, les dirigeants bosniaques et croates, les commandants de l'OTAN et les chefs des rebelles albanais au Kosovo. Plusieurs ONG en Serbie et Croatie ont aussi proposé la constitution de telles commissions, mais selon le modèle bosniaque.

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LES RÉFUGIÉS BOSNIAQUES

Fin 2000, près de 370.000 réfugiés bosniaques ont regagné leur pays d'origine, dont 340.000 en FB-H et seulement 29.000 en RS. Ces chiffres ont été annoncés au colloque sur les réfugiés organisé récemment à Brcko. Selon l'UNHCR il y a toujours 1,5 million de Bosniaques réfugiés ou déplacés.
- L'UNHCR annonce plus de 4 000 retours en janvier dernier, presque trois fois plus qu'en janvier 2000.
- 7.500 Croates sont retournés à Bugojno (FB-H), fait important car le pouvoir nationaliste du SDA l'empêchait jusqu'alors.
- Les Boshniaques ne peuvent toujours pas regagner leurs foyers à Modrica à cause de l'opposition des pouvoirs locaux, soutenus par le gouvernement de RS.
- 40 000 à 50 000 Serbes de Croatie qui s'étaient réfugiés en RS ont émigré aux Etats-Unis, Canada, Australie et Europe.

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LES HUIT ANS DU CERCLE 99

Le CERCLE 99 vient de fêter son huitième anniversaire. Créé en pleine guerre, le CERCLE a été le pionnier d'une résistance culturelle à l'agression contre la Bosnie-Herzégovine, s'élevant contre tout partage ethnique. L'organisation a lutté pour empêcher la division de la ville de Sarajevo et sa Déclaration sur Sarajevo, ville ouverte, libre et unifiée, avait récolté 500.000 signatures en BH et dans le monde entier. L'Association Sarajevo avait relayé avec succès cette action en France. Le CERCLE 99 a été la première ONG à soutenir l'initiative en vue de créer une commission "Vérité et réconciliation". Elle a aussi été la première, aux côtés d'autres associations, à exiger l'égalité de tous les citoyens sur l'ensemble du territoire de B-H, laquelle vient d'être proclamée suite à une décision du tribunal constitutionnel de B-H. L'activité du CERCLE 99 s'est développée sous forme de sessions hebdomadaires, de Tables rondes dans de nombreuses villes de BH, d'éditions et publications. En 2001, le Cercle compte centrer ses activités sur la promotion d'une "Bosnie-Herzégovine démocratique, multiethnique et laïque". L'Association Sarajevo a toujours coopéré régulièrement avec le CERCLE 99, qui compte aujourd'hui 142 membres en B-H et dans d'autres pays; plusieurs membres de l'Association Sarajevo en font partie.

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LES MEDIAS

La Commission indépendante des médias (IMC), contrôlée par le Haut Représentant en B-H, a décidé de procéder à l'allocation des fréquences aux stations Radio et TV de Bosnie. Sur les 20 médias électroniques de la région de Tuzla qui avaient déposé une demande d'attribution de licence, seul 5 l'ont obtenue. L`IMC a estimé que les autres ne remplissaient pas les conditions imposées: "qualité professionnelle" des programmes, production propre de la station et solvabilité économique. Ainsi la fameuse "TV Bildt" OBN (selon le nom du premier des Hauts Représentants en Bosnie) n'a pas obtenu de fréquence, preuve que la communauté internationale cherche à se débarrasser de cette station, qui est accablée de dettes. Mais ces mêmes critères risquent de sonner le glas pour RTV 99, devenue célèbre au cours de la guerre et du siège de Sarajevo. Néanmoins, le même sort menace la plupart des autres médias électroniques qui ne disposent pas des moyens financiers nécessaires. L'Union indépendante des journalistes de B-H s'est insurgée contre la rigidité des critères de KMC, considérant qu'ils ne sont pas adaptés aux conditions en BH.Elle a soutenu la décesion du président du comité d'Helsinki de B-H de démissionner du conseil de l'IMC. L'affaire connaîtra sans doute des rebondissements.

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L'ECOLE DE JOURNALISME FRANCO-BOSNIAQUE

Zoran Udovicic, président de MédiaPlan et membre du conseil d'administration de l'Association Sarajevo, vient de séjourner à Lille et à Paris. A Lille, il a signé un nouvel accord de coopération avec l'Ecole supérieure de journalisme sur le développement de l'Ecole de journalisme de Sarajevo. Celle-ci a désormais un caractère régional, étant ouverte aux journalistes de l'ensemble du Sud-Est européen. Dès la prochaine année scolaire, il faudra être licencié pour pouvoir s'y inscrire. A Paris, Zoran Udovicic a eu des con-tacts au Quai d'Orsay, département de la coopération et du journalisme audiovisuel. Par ailleurs, MédiaPlan a été chargé d'organiser à Sarajevo, en octobre prochain, une 'Université sur la Communication', la première du genre dans l'Europe du Sud-Est. Elle fera partie du Réseau International des Universités sur la Communication, fondé par le groupe Hourtin/France. Le délégué général du Réseau, Marcel Desvergne, s'est déjà rendu à Sarajevo. L'Association Sarajevo appartient au réseau de soutien.

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International

Sommet de l'Europe du Sud-Est

Le 4ème sommet des pays de l'Europe du Sud-Est s'est tenu à Skopje fin février, avec la participation des chefs fflat ou de gouvernements de Macédoine, Roumanie, RFY, Bulgarie, Turquie, Albanie, Grèce, B-H, ainsi que d'un observateur de Croatie. L'Union européenne était représentée par M. Patten et le Pacte de stabilité par Bodo Hombach. Le sommet a adopté un Programme d'action, centré sur la coopération économique et s'inspirant du modèle scandinave. Les participants ont par ailleurs expri
mé leur vive préoccupation face aux tensions dans le sud de la Serbie. A cette occasion, la BH a été acceptée comme nouveau membre, alors que la RFY retrouvait sa place aui sein de cette association intergouvernementale.

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INTERVIEW DE WOLFGANG PETRITSCH

Au terme de sa visite à New-York et Washington, Wolfgang Petritsch a déclaré à l'agence SENSE qu'il avait obtenu, de la part des Nations-Unies et du gouvernement américain, "le plus fort soutien" qu'il ait jamais reçu depuis sa nomination au poste de Haut Représentant en B-H. "Ce soutien est double: il porte sur mon intervention contre les nationalistes croates et sur mon évaluation selon laquelle la mise en oeuvre de Dayton avance doucement malgré toutes les difficultés", a déclaré Petritsch. "C'est la première fois depuis 10 ans que les nationalistes ne sont plus au pouvoir. C'est là une réalité, marquée par la formation des nouveaux gouvernements en B-H et dans les entités." E considère que les processus qui ont eu lieu à Zagreb et Belgrade représentent des événements "historiques."

En ce qui concerne la B-H, ces processus sont plus profonds en Croatie qu'en Yougoslavie. "Les changements en RFY ne sont qu'à mi-parcours, aussi devons-nous demeurer vigilants, tout en aidant les forces démocratiques pour que ces événements deviennent, eux aussi, tout à fait réels. Le soutien de l'UE au nouveau pouvoir à Belgrade est raisonnable, mais il faut suivre attentivement l'attitude qu'il adoptera à l'égard du TPI et de ses responsabilités dans la tragédie qui s'est déroulée dans les Balkans. La RFY doit coopérer clairement et pleinement avec le TPI, y compris dans le cas de Milosevic. Mais il faut lui laisser un peu de temps. Elle doit prendre une décision: veut-elle faire partie du monde civilisé ou non? Et la question de Milosevic représente un test décisif ". 

Petritsch a finalement affirmé que le nouveau gouvernement américain avait compris que la présence militaire américaine dans la région demeurait une nécessité.

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UNE ASSOCIATION D'ÉDITEURS DE L'EX-YOUGOSLAVIE

Un groupe d'éditeurs de Skopje, Ljubljana, Sarajevo, Zagreb et Belgrade a décidé de former une "Association des éditeurs balkaniques". A l'occasion du Salon du livre à Paris, ces éditeurs ont fait savoir que leur geste "n'était pas le fait d'une 'yougo-nostalgie'. Ses raisons sont beaucoup plus simples: aucun des éditeurs de cette région ne pourrait supporter tout seul les frais d'un stand à la Porte de Versailles. "Nous voulons, dès l'année prochaine, être tous présents au Salon du livre; notre objectif est de tenter d'effacer l'image que l'Europe se fait de nous. Une image qui n'est pas très belle..."

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LA QUESTION ALBANAISE

Les troubles récurrents, provisoirement (?) calmés, dans la vallée de Presevo, l'embrasement de la région de Tetovo, les violences persistantes au Kosovo, sont pour les dirigeants serbes autant de raisons pour charger les Albanais de tous les maux de la région. Es trouvent un soutien significatif auprès de Poutine qui, cyniquement, ne craint pas de dispenser ses conseils sur la manière d'écraser le "terrorisme", selon les méthodes qu'il emploie en Tchétchénie.

On peut aussi penser, à l'inverse, qu'il existe du côté albanais, en Serbie, en Macédoine et au Kosovo, de vrais sujets d'insatisfaction facilement exploitables par les groupes qui ne sont pas insérés dans le jeu politique officiel. La violence apparaît aux plus désespérés comme le seul moyen de se faire entendre. La difficulté, pour les insurgés, est que cette prise de parole par les armes intervient dans un contexte qui a changé depuis l'installation des forces internationales au Kosovo et l'arrivée d'une nouvelle équipe gouvernementale à Belgrade. Les responsables internationaux estiment, en passant sur les détails gênants, qu'en Serbie comme en Macédoine, les problèmes peuvent être résolus par une négociation paisible entre les parties.

En distinguant les situations, et en faisant la part de ce qui revient à l'action des factions albanaises pour qui la guerre n'est pas finie, il faut pourtant reconnaître que l'obstacle principal à l'aboutissement d'une telle négociation réside dans les refus serbe et macédonien de répondre à ce que les revendications albanaises ont de justifié.

Pour ce qui concerne la Serbie, elle devra un jour ou l'autre, et le plus tôt sera le mieux, renoncer à "récupérer" le Kosovo. C'est aux Occidentaux de le faire comprendre aux dirigeants de Belgrade. La question de la vallée de Presevo pourrait être traitée dans le cadre d'une régionalisation ou d'une fédéralisation de la Serbie, d'ailleurs nécessaire pour prendre en compte la volonté grandissante d'autonomie de la Voïvodine.

Quant aux Slavo-macédoniens, ils ne pourront se borner à considérer leurs concitoyens albanais comme une minorité déjà titulaire de l'intégralité de ses droits. Une simple observation de la réalité quotidienne de la Macédoine infirme cette assertion. La demande albanaise d'une reconnaissance constitutionnelle de l'égalité des deux principaux peuples du pays n'a rien de déplacé, et il faut espérer qu'après avoir soutenu, sans trop de nuances, les dirigeants de Skopje, les puissances étrangères sauront leur dire que la survie de la Macédoine dépend d'abord du changement réel des rapports nationaux à l'intérieur du pays.

Le spectre d'une "Grande Albanie" s'est quelque peu dissipé, ne serait-ce qu'en raison de la vigoureuse prise de position hostile de l'ensemble des dirigeants albanais d'Albanie, qui ont d'autres chats à fouetter que de rassembler toutes les terres albanaises en un seul Etat. On parle plutôt maintenant de "Grand Kosovo", mais quelles que soient les aspirations de certains, la solution n'est pas de modifier des limites territoriales, mais plutôt de les rendre poreuses, dans le respect des droits et de la sécurité de tous les groupes nationaux de la région. Aucun mouvement organisé albanais ne réclame d'ailleurs d'autre modification de frontière que celle qui concerne le Kosovo, dont le retour au sein d'une Yougoslavie qui n'existe plus est impensable.

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LA SUCCESSION DE L' EX-YOUGOSLAVIE

A près une impasse de 8 ans, les négociations sur la succession des biens de l'ancienne Yougoslavie ont enfin repris fin février à Ljubljana, dans une atmosphère relativement optimiste suite aux changements intervenus à Belgrade. Pour la première fois, Belgrade a renoncé à imposer la thèse de Milosevic selon laquelle la RFY serait l'unique successeur de l'ex-Yougoslavie, et a accepté la conclusion de la commission Badinter sur la dissolution de l'ancien Etat. Les négociations de Ljubljana sont présidées par Arthur Watts, un expert britannique. Les biens de l'ancienne Yougoslavie sont estimés à environ $200 milliards et répartis en 6 sections: biens mobiliers et immobiliers; dossiers financiers; transports et communications, avoirs militaires, archives fédérales, et divers. Les négociateurs ont décidé de s'attaquer tout d'abord aux problèmes les plus simples, telles les réserves en devises déposées dans les banques de Bâle et les biens immobiliers à l'étranger. E a été constaté que la valeur de l'or de l'ex-Yougoslavie déposé à Bâle s'élevait à $400 millions. Le véritable problème est: quels critères de partage adopter? La Slovénie, la Croatie et la RFY proposent de respecter ceux établis par le FMI, la Macédoine et la B-H ont une préférence pour ceux de VUE. Watts a proposé que 75% de la somme soient partagés selon les critères du FMI, les 25% restant devant servir à offrir une compensation à ceux des Etats qui s'estimeraient lésés. Quant aux biens immobiliers situés à l'étranger (120), il a été proposé que chacun des 5 Etats choisisse deux immeubles. Watts a par ailleurs suggéré que tout bien immobilier se trouvant sur le territoire de l'un des nouveaux Etats successeurs soit désormais sa propriété. Un autre problème à résoudre est la date d'expiration de l'ancienne Yougoslavie. La Slovénie propose le 30 juillet 1991, jour de l'attaque armée contre la Slovénie. Le but de la réunion de Ljubljana n'était pas de parvenir à des résultats concrets; les négociations sur la succession seront longues et difficiles. On s'est donc contenté de faire le point et de fixer le cadre des prochaines négociations, qui reprendront le 9 avril prochain à Bruxelles.

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La vie du Tribunal International 

BELGRADE ET LE TPI

La plus grande confusion règne à Belgrade, au sein même de la coalition au pouvoir, sur l'attitude à adopter à l'égard du TPI. Kostunica et ses partisans, tout en reconnaissant du bout des lèvres qu'une certaine coopération est inévitable, refusent d'envisager un quelconque envoi de citoyens "yougoslaves" à La Haye. Ils ont même marqué leur refus d'y expédier les Serbes de Bosnie non titulaires d'un passeport "yougoslave", critiquant l'arrestation et le transfert de l'ancien maire de Prijedor décidés par Djindjic et ses proches.
Ceux-ci, pressés par la nécessité d'obtenir les crédits internationaux nécessaires à la survie du pays ou le désir d'une partie de l'opinion de rompre radicalement avec l'ère Milosevic, sont plus enclins à céder aux appels qui leur sont régulièrement lancés de l'étranger. Mais ils avancent timidement, reculant chaque fois qu'ils ont risqué un pas en avant.
Carla del Ponte, après avoir reçu à La Haye les ministres de la justice de Serbie et de la RFY, vient de rappeler que, quant à elle, elle s'en tenait à l'exigence d'une arrestation et d'un envoi rapides à La Haye de Milosevic et de tous les présumés criminels, où qu'ils résident. Faut-il souligner ce qu'a de scandaleux la carence des autorités européennes à appuyer cette demande en termes comminatoires, propres à faire réfléchir les autorités de Belgrade?

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LE VIOL RECONNU CRIME CONTRE L'HUMANITÉ

Après avoir pris la municipalité de Foca en juillet 1992, les forces serbes bosniaques ont gardé de nombreuses femmes et jeunes filles dans des lieux où elles furent soumises à des viols systématiques pendant des semaines, voire des mois. En condamnant Drago1jub Kunarac, Radomir Kovac et Zoran Vukovic à 28, 20 et 12 ans d'emprisonnement le 22 février 2001, le TPI a qualifié ces atrocités de crimes de guerre lorsqu'ils sont commis dans le contexte d'un conflit armé, et de crimes contre l'humanité lorsqu'ils s'inscrivent dans une attaque systématique contre une population civile. Si les preuves ne permettent pas de conclure à l'existence d'ordres de commettre le viol, il est démontré que cette pratique était utilisée par les Serbes de Bosnie comme instrument de terreur. Autre nouveauté: la définition de l'esclavage s'applique désormais non seulement au travail forcé, mais aussi à l'asservissement sexuel.

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CONDAMNATION DE KORDIC ET CERKEZ

Les Croates bosniaques Dario Kordic et Mario Cerkez ont été condamnés à 25 ans et à 15 ans de prison, le 26 février, pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis dans la vallée de la Lasva, en Bosnie centrale, en 1992 et 1993. Les juges ont reconnu l'intervention de la Croatie dans le conflit armé en Bosnie centrale et estimé que les attaques du HVO avait pour finalité de procéder au nettoyage ethnique des Musulmans dans la vallée de la Lasva. Kordic était l'homme politique le plus important de la région et Cerkez, un commandant de brigade. Kordic a ordonné une attaque sur le village d'Ahmici en avril 1993, dans laquelle plus de 100 personnes ont péri, Les procureurs se sont déclarés déçus par la légèreté des sentences. Us n'avaient pas réussi à prouver que Kordic était parmi les initiateurs de la campagne de persécution.

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DUBROVNIK: DES INCULPATIONS SCELLÉES

Plusieurs individus, dont les noms n'ont pas été divulgués, ont été inculpés pour crimes de guerre commis lors des attaques sur Dubrovnik par la JNA fin 1991. Le TPI n'a pas l'habitude de révéler l'existence des inculpations scellées. Celles-ci sont normalement livrées aux autorités des pays où les inculpés résident. Dans le cas actuel, ce pays pourrait être le Monténégro et le but de la semi-révélation, de tester sa volonté de coopération avec le TPI.

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BLAGOJE SIMIC SUIT L'EXEMPLE DE B. PLAVSIC

Blagoje Simic, inculpé pour crimes commis à Bosanski Sarnac en 1992, a fait le voyage à La Haye le 12 mars pour se rendre volontairement au TPI - sans conditions ni négociations, selon le procureur. Simic était l'officiel civil le plus puissant de Bosanski Samac quand cette ville de 34000 habitants, dont la moitié de non-Serbes, est tombée aux mains des forces serbo-bosniaques en avril 1992. Accusé d'avoir mené une campagne de "purification ethnique" comportant des arrestations arbitraires, des traitements inhumains et des déportations de civils non-serbes, Simic se dit sûr de pouvoir prouver son innocence. Son procès est prévu pour octobre 2001. Il sera jugé avec trois coaccusés. Un quatrième, Stevan Todorovic, a passé un accord de coopération avec le Tribunal et doit témoigner contre Simic.

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LES SERBES LIVRENT UN INCULPÉ AU TPI!

Le 23 mars, Milomir Stakic, ancien maire de Prijedor, a été arrêté à Belgrade et livré à La Haye. Stakic est accusé d'avoir joué un rôle capital dans la gestion des camps de triste notoriété d'Omarska, Keraterm et Trnopolje en 1992 et 1993 - camps qui étaient "conçus de manière à infliger aux détenus des conditions conduisant à leur destruction physique avec l'intention de détruire en partie les populations musulmanes et croates de Bosnie". Bien que la politique de la RFY ne permette pas l'extradition de ses citoyens, un individu d'une autre nationalité peut être extradé.

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A QUAND MILOSEVIC?

La RFY va perdre $100 millions d'aide américaine si, d'ici le 31 mars, elle n'a pas démontré sa volonté de coopérer avec le TPI. Les Américains exigent l'arrestation de Milosevic à cette date - mais pas forcément son transfert à La Haye. L'UE n'en demande même pas autant: elle refuse jusqu'ici de poser la moindre condition précise à son assistance économique. L'arrestation de Milosevic et sa détention à Belgrade permettraient d'empêcher sa fuite.

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NOUVELLES INVESTIGATIONS

Le TPI a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les actions de groupes armés albanais au Kosovo depuis juin 1999, et une autre sur des membres de l'UCPMB agissant en Serbie depuis novembre 1999.

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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
Du 24 mars 2001


Le Président Francis Jeanson étant absent, Boris Najman le remplace.
A l'ordre du jour:
- le rapport d'activité de l'année 2000 (cf page 1),
- les orientations pour 2001, le rapport financier.
Avant d'aborder ces trois points, Faïk Dizdarevic souligne l'importance du vote démocratique en 13H - les institutions centrales sont en voie de passer sous le contrôle de l'Alliance démocratique pour les changements -, tout en posant la question des intentions de la communauté internationale. Dépeçage de la B-H en trois parties? La situation intérieure du pays est fragile: corruption, blessures morales, économie délabrée. Les deux dangers que représentent le HDZ et le SDS demeurent présents.

Dans le cadre des orientations pour 2001, l'Association entend:
- Poursuivre son soutien à toutes les forces démocratiques tendant à l'unification, au développement et à la démocratisation de la B-H.
- Poursuivre également son soutien au projet d'une Commission pour la Vérité et la Réconciliation. Un texte a été envoyé au parlement de B-H.
- Maintenir ses relations avec MédiaPlan, devenu le véritable centre de coopération entre les médias du Sud-Est européen.
- Relancer, avec l'aide de MédiaPlan, du Comité d'Helsinki et du Cercle 99, le projet "retour des cerveaux", ou "comment la diaspora bosniaque peut-elle aider son pays d'origine".
L'Association fera partie du réseau de soutien à l'organisation d'une université des communications qui devrait avoir lieu à Sarajevo vers la fin de l'année.
La question de la Commission parlementaire sur Srebrenica est évoquée. Il y a peu d'illusions à se faire sur ses résultats, vu le peu d'intérêt que portent les parlementaires aux problèmes étrangers.
Concernant le texte de Lord Owen ("Redessiner la carte des Balkans", le Monde 21-03-01), qui mentionne une redéfinition des frontières de la B-H et évoque le retour au plan de 1993 de l'Union européenne en faveur de trois républiques, l'assemblée estime qu'il serait dangereux de lui donner trop d'écho.
Les rapports d'activités et d'orientation sont approuvés à l'unanimité par l'assemblée.
L'assemblée approuve à l'unanimité les comptes de l'Association et décide l'affectation au fonds de réserve de l'insuffisance de l'exercice 2000, soit 43 130 F.
Enfin, le Conseil d'Administration est intégralement reconduit dans ses fonctions.

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Calendrier

Emmanuelle Béart à Sarajevo

Dans le cadre de la coopération entre l'Académie des arts scéniques bosniaque et le Centre culturel français André Malraux de Sarajevo, l'actrice Emmanuelle Béart et le réalisateur Olivier Assayas ont animé le deuxième atelier du film qui s'est tenu à la mi-mars à Sarajevo. Des étudiants de Sarajevo, Tuzla, Zagreb, NoviSad et Belgrade ont eu l'occasion de discuter avec les invités français et d'évoquer leurs diverses réalisations. Rappelons qu'Emmanuelle Béart préside l'association française AREB (Association pour la reconstruction de la Bosnie) de Sainte-Maxime, qui a acheminé pendant la guerre plusieurs convois humanitaires vers la Bosnie centrale et plus particulièrement vers la ville de Fojnica.

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A voir :

La galerie nationale du Jeu de Paume (l place de la Concorde), salle audiovisuelle, présente jusqu'au ler avril une rétrospective de dix films de Dusan Makavejev, réalisateur très connu né à Belgrade en 1932, et vivant à Paris depuis les années 70. De son premier long métrage (1965) "Covek nije ptica" («L'homme n'est pas un oiseau») jusqu'à son dernier (1994) "Rupa na dusi" («Le Trou dans l'âme»). Tél. 01 47 03 12 50.

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Association Sarajevo
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