Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic
mensuel 10F - n° 60 mars 1998 Abonnement: 1 an 100 F

17 rue de l'Avre -75015 PARIS tél : 01 45 79 38 66 - fax : 01 44 23 76 79
Editorial

Au-delà de dissemblances qui tiennent à des contextes d'ordre historique, linguistique, sociétal, très diffërents, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo partagent en commun le sort de victimes privilégiées de la politique de Milosevic. Celui-ci a conquis et assis son pouvoir en Serbie, dans la deuxième moitié des années 80, par la manipulation de mythes d'un autre âge et l'exploitation de frustrations qui ont ainsi trouvé un exutoire tout désigné. La première cible du nationalisme grand-serbe a été le Kosovo, dont la "reconquête" avec l'exaltation des esprits et l'exacerbation des passions qu'elle a provoquées, a ouvert la spirale des conflits qui a finalement amené à la désintégration de la Yougoslavie et à la guerre.
Après les massacres et les destructions qui ont le plus lourdement frappé la Bosnie-Herzégovine, le retour de la crise à son point de départ était attendu. Bravant la répression et la persécution, les Albanais du Kosovo ont pendant de très longues années, su se tenir courageusement, avec leurs dirigeants, sur une ligne de résistance organisée et délibérément non-violente. Mais l'explosion est maintenant sur le point de se produire. La terreur exercée par les forces de la police spéciale serbe s'est manifestée dans son horreur dans la région de la Drenica. La riposte massive des foules albanaises reste, pour le moment, contenue dans un cadre à peu près pacifique.
La principale "chance", si l'on peut dire, des Kosovars est qu'à la différence de ce qui s'est passé en Bosnie-Herzégovine, les grandes puissances et en premier lieu les Etats-Unis semblent déterminées à empêcher un embrasement qui s'étendrait inévitablement à la majeure partie des Balkans, avec des conséquences incontrôlables. Celle résolution apparente d'imposer la paix ne peut pas, pour autant, se faire au détriment des Albanais du Kosovo Si la mise en cause de l'intangibilité des frontières, artifficiellement dessinées en 1912, pose de réels problèmes, cette préoccupation ne doit pas occulter la légitimité de la volonté des Albanais de briser le carcan de la sujétion à la Serbie, qui s'exprime par le désir d'indépendance qu'ils viennent de réaffirmer à l'occasion de la consultation populaire organisée par la Ligue démocratique du Kosovo.
Après leur débâcle en Bosnie-Herzégovine, les autorités internationales sont contraintes, dans leur propre intérêt, d'obliger Belgrade, par tous les moyens y compris les plus rigoureux, à retirer ses forces armées du Kosovo et à négocier avec les Kosovars, sans conditions et sous médiation internationale, pour reconnaître enfin leur identité et leur liberté de peuple constitué, jouissant du plein droit de s'autogouverner. Toute nouvelle preuve de faiblesse devant Milosevic et le nationalisme serbe irait à l'encontre d'une stabilisation pacifique de la région.

LE RAPPORT D'ACTIVITE DE L'ASSOCIATION POUR 1997
ET LES PRINCIPALES ORIENTATIONS POUR 1998

Le rapport d'activité pour 1997 et les principales orientations pour 1998 ont été adoptés par l'Assemblée Générale, de l'Association qui s'est tenue le 14, mars sous, la présidence de Francis JEANSON. Nous reprenons ici les points forts de ces documents

Les activités de l'Associaition Sarajevo en 1997
Le rapport d'activité s'ouvre sur un tableau de la situation politique en Bosnie-Herzégovine au début 1998. il décline ensuite les principaux axes de l'action de l'Association en Bosnie en France et en faveur des réfugiés.

La situation politique en Bosnie-Herzégovine et l'état actuel du mouvement de réunification du pays
l'Association prend acte et se réjouit du cours nouveau qui se dessine en B.H. Il apparaît, d'une part, que l'équipe du haut-commissaire Carlos WESTENDORP s'est effectivenient engagée dans l'application du volet civil des accords de Dayton. D'autre part et en parallèle, les forces du pays favorables, sinon à sa pleine réunification du moins à une large ouverture entre les deux entités ont montré leur vitalité, notamment à l'occasion des diverses consultations électorales. Elles ont affirmé leur volonté d'agir de concert pour surmonter la division dc la Bosnie
L'élection de Milorad DODIK à la tête du gouvernement de Banja Luka est particulièrement importante et significative, non seulement parce qu'elle traduit un changement d'orientation en R.S., mais aussi parce qu'elle marque l'intervention des partis de la Fédération dans le jeu politique de la R.S., par l'intermédiaire de leurs députés au Parlement de cette entité, qui ont participé à cette élection.
il importe maintenant de pousser à l'application pleine et entière de toutes les dispositions des accords de Dayton relatives à la liberté de communication et de circulation, au retour des réfugiés, au respect des libertés démocratiques, au développement des médias indépendants, à l'arrestation des criminels de guerre, le but essentiel étant de rétablir le "multiethnisme" des deux entités. La monstruosité juridique et politique des accords de Dayton ne survivrait pas à la reconstitution d'une Bosnie-Herzégovine effectivement intégrée.
Mais le principal obstacle qui se dresse sur cette voie est qu'une Bosnie réunifiée ruinerait toutes les positions que les clans nationalistes ont acquises à la faveur de la guerre. La pression internationale qui a permis les avancées récentes risque de n'être ni assez forte ni assez prolongée pour venir à bout du cette opposition. C'est pourquoi la priorité des priorités est maintenant de favoriser tout ce qui peut recréer le tissu unitaire du pays, de la manifestation culturelle à la réunion politique, de la rencontre amicale à l'échange économique. L'enjeu est de gagner de vitesse les partisans de la partition qui attendent, à l'étranger et dans le pays, l'échec du processus en cours pour en prouver l'inanité.
En Bosnie, l'Association a poursuivi ses activités de soutien aux forces qui se prévalent du pluralisme politique, culturel et national, de la démocratie, de la sauvegarde des droits de l'homme et de la laïcité pour la réunification et la reconstruction du pays. Favorisant un regroupement des forces démocratiques dans l'ensemble de la BO, !'Association a entretenu des rapports réguliers et directs avec l'Alternative Démocratique et relayé ses messages en France, et en partie dans les autres pays occidentaux, notamment son "initiative pour un consensus politique", sa "Plate-forme pour une politique étrangère alternative de la 13-1P et, finalement, la constitution d'un "Conseil des ministres alternatif" (AMV- contre-gouvernement) en janvier 1997.
L'Association, qui a ouvert un bureau à Sarajevo et chargé Zoran Udovicic et jean Philip de sa gestion, s'est aussi engagée pour soutenir la demande du Conseil civique serbe de Sarajevo, appuyée par l'Alternative démocratique, d'amender les constitutions en B-H afin que toutes les nations et tous les citoyens soient mis sur un pied d'égalité. L'Association a servi de relais pour une large diffusion de la déclaration à ce sujet. Elle a également activement soutenu la campagne, en Bosnie même, contre les tentatives de ségrégation nationale dans les écoles, campagne qui a donné de bons résultats. Dans le cadre du soutien aux forces démocratiques, l'Association s'est adressée au gouvernement français, au Conseil de l'Europe, et à la Commission européenne, en faveur de trois projets du CERCLE 99 et deux projets pour les Jeunes.
Du côté des médias, l'activité de l'Association a été menée, comme en 1995 et 1996 d'ailleurs, avec MEDIAPLAN. Ce dernier, en partenariat avec l'Association Sarajevo, a élaboré un projet intitulé "Un pas vers le rétablissement de la confiance mutuelle" qui prévoit l'introduction d'échanges réguliers entre les différentes stations de radio locales en Bosnie, ainsi qu'un bulletin hebdomadaire pour les réfugiés bosniaques. Ce projet a obtenu une subvention de la Commission européenne. Toujours avec Mediaplan, l'Association déploie des efforts pour la mise en oeuvre, à Sarajevo, du projet "Une Ecole franco-bosniaque de journalisme".
Un contact direct a été établi avec la revue "Ogledalo" (Miroir), éditée à Tuzla par quatre journaux de Sarajevo, Banja-Luka, Tuzla et Bijeljina.
En France, l'Association s'est efforcée, en 1997, de continuer son action dans le sens défini depuis plusieurs années et confirmé dans le rapport d'activité 1996 : donner le maximum d'information sur la situation en Bosnie-Herzégovine et contribuer à faire prendre conscience à la société et aux pouvoirs publics français de l'importance de l'enjeu bosniaque, pour qu'ils s'engagent positivement dans l'aide aux forces qui agissent sur place pour la reconstruction d'une Bosnie-Herzégovine réunifiée, démocratique et plurielle.
Dans ses publications et lors de participations à diverses assemblées, les représentants de l'Association ont exposé la spécificité de leur engagement comme soutien exclusif de l'action des forces qui luttent pour la reconstruction démocratique de la Bosnie-Herzégovine, et qui s'affrontent de ce fait à tous les clans nationalistes qui entendent préserver leur mainmise sur la société et les institutions du pays. Ils ont insisté sur la priorité à accorder à cette tâche dans un contexte qui ilest plus celui d'une guerre où il fallait d'abord défendre -une population, mais d'un combat politique, avec, des moyens, des méthodes et des clivages différents. C'est dans cet esprit et dans cet objectif que l'Association a multiplié les contacts et les démarches, seule ou en relation avec d'autres collectifs et groupes, pour tenter de faire bouger les autorités françaises afin qu'elles interviennent activement et efficacement en faveur d'une réunification démocratique de la Bosnie.
L'aide apportée aux réfugiés d'exYougoslavie s'est poursuivie en 1997. Elle concerne principalement l'aide à la régularisation du séjour des personnes, l'aide au relogement des familles et l'aide apportée aux femmes en instance de séparation.

Les principales orientations de l'Association pour 1998
l'Association décide de continuer en 1998 son action dans les directions suivantes :
1 . La tâche prioritaire est de soutenir les forces de l'Alternative Démocratique, leur lutte contre les oligarchies nationalistes et, surtout, leurs efforts en vue d'un regroupement pour les élections générales en septembre 1998. Leur faciliter les contacts en Occident. Informer régulièrement en France sur leur activité.
2. Se tourner vers les jeunes (notamment, leurs journaux "Nepitani", "Kontakt" et "Ogledalo").
3. Assurer la mise en oeuvre des obligations découlant pour l'AS du contrat signé avec la Commission européenne concernant le bulletin "Nase sanse" et le Service audio.
4. Mettre en oeuvre une campagne (et en assurer le suivi) pour le projet "Ecole franco-bosniaque de journalisme à Sarajevo".
5. Diffuser plus régulièrement, au moyen de la "Lettre Sarajevo" qui inclut désormais "Sarajevo-Fax", et par une collaboration suivie avec le bimestriel "Convergences B-H, ainsi que par des envois fax-Email toutes les fois que cela est nécessaire, les informations sur la Bosnie-Herzégovine.
6. Continuer d'assurer un service d'aide et d'information aux réfugiés bosmaques en France (diffusion du bulletin "Nase sanse" avec l'aide des collectifs), pour les renseigner sur la situation en Bosnie, les possibilités de retour et les guider dans leurs démarches auprès de l'administration française.
7. Continuer de collaborer avec les collectifs groupés dans le mouvement Citoyens-Citoyennes pour la Bosnie, en participant à l'analyse de la situation en Bosnie et dans la région, à la formulation de propositions pour une politique active de la France en vue de la mise en oeuvre des accords de Dayton, et prioritairement de toutes les clauses qui tendent a la reconstitution d'une unité "multiethnique" du pays, conformément aux décisions du Groupe de contact à Sintra et Bonn (mai et décembre 1997), dans le but d'influencer tous les secteurs de la société française qui peuvent participer à la mise en oeuvre d'une "autre" politique dans les Balkans.

COMPTE RENDU DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 MARS 1998

La séance est ouverte par Francis Jeanson qui évoque la mémoire de ceux qui nous ont quittés : Claude Bourdet, Cornelius Castoriadis, Ivan Djuric et Eugène Guillevic.
C'est par une réflexion sur les aspects spécifiques de la situation que Francis Jeanson introduit le rapport d'activité de !'Association :
- l'existence d'une lassitude prévisible, mais qui appelle à un véritable examen de conscience de ceux qui se veulent "citoyens";
quelques évolutions positives se font jour en Bosnie, notamment au sein de la société, comme le développeront Faïk Dizdarevic et Maurice Lazar dans le rapport d'activité;
- mais il existe encore de nombreux dangers :
* les problèmes psychosociaux : après avoir vécu ce qu'ils ont vécu, les Sarajéviens ne peuvent pas se retrouver intacts;
* un réel danger de colonisation par l'apparition des processus de mondialisation, d'ultralibéralisme et de domination des marchés financiers : il faudrait que les hommes politiques qui essaient de se rassembler au sein d'une opposition démocratique restent les plus lucides possible;
* le clivage entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. La Bosnie s'est vidée de ses ressources et il existe aujourd'hui un réel problème social dû au manque croissant-des Intellectuels dans ce pays. C'est un point sur lequel il faut absolument essayer d'aider les Bosniaques.
Tout ceci ramène à un problème de citoyennisation : il est inutile de compter sur les États occidentaux pour aider au développement des forces démocratiques en Bosine car ils ne savent plus ce que cela veut dire. Or ces forces démocratiques ne sont encore que des ressources qu'il faut aider à s'actualiser. Prises individuellement, elles sont encore insuffisantes, et c'est pourquoi il est si important qu'elles s'unissent en une sorte de front. Ce ne sera pas facile car ce sont des gens qui ont pensé différemment pendant des années et qui ont des perspectives parfois précises quant à l'avenir politique.
La parole est donnée à Faïk pour la présentation du rapport d'activité (cf. pages 1 et 2).
Après un échange sur les difficultés du retour des réfugiés, l'Assemblée approuve à l'unanimité le rapport d'activité et les propositions pour 1998.
Maurice Lazar présente le rapport financier :
L'exercice 1997 se traduit par un déficit de 104.575 F dû au fait que les recettes ne cessent de diminuer alors que les charges restent stables. Cette insuffisance a été financée par les réserves d'un montant de 200.(X)O E
Le budget prévisionnel prévoit comme recettes environ 208.000 F de subventions qui sont déjà votées et attribuées dans le cadre du programme avec Mediaplan. Il prévoit également 100.000 F d'autres recettes qui restent à trouver. Dans le cas contraire, il serait possible de les compenser par un nouveau recours aux réserves à fin 1997.
La discussion s'engage sur les différents moyens de trouver des recettes pour l'Association sans la détourner de son objet. Il est convenu d'en faire le thème d'une réunion de bureau.
L'Assemblée Générale approuve à l'unanimité les comptes au 31 décembre 1997 et décide l'affectation au fonds de réserve des excédents des exercices antérieurs.
La cotisation 1998 est fixée à 100 F.
Après une intervention assez optimiste de Nikola Kovac, ambassadeur de Bosnie en France, il est procédé à l'élection du nouveau Conseil d'Administration.
Trois membres du Conseil d'Administration sont sortants- ---Ohvia Meerson, Enes Musabasic et François Tanguy.
Il y a deux candidats déclarés : Boris Najman et Sophie Kepes.
Aucun autre candidat ne s'étant fait connaître, il est procédé à l'élection des deux candidats, qui se fait à l'unanimité.
Enfin, au titre des questions diverses, Gisèle Donnard rend compte des réunions qui se sont tenues à la Revue Esprit pour faire face à la crise du Kosovo. Le texte qu'elle a publié avec Véronique Nahoum-Grappe dans le journal "Libération" est soumis à l'Assemblée Générale.
L'Assemblée Générale approuve ce texte tout en demandant qu'y soit stipulé l'appel à une médiation internationale.
L'Assemblée Générale est levée à 18 h.

LES MÉANDRES DE LA POLITIQUE FRANÇAISE À L'ÉGARD DU TPI
L'attitude des autorités françaises à l'égard du tribunal pénal international chargé des crimes commis dans l'ex-Yougoslavie (TPI) a connu une inflexion - sinon réelle, du moins apparente - dans le courant du mois de mars. En visite à la Haye, siège du TPI, le ministre français des affaires étrangères, M. Hubert Védrine, accédait à la demande du procureur général de voir les officiers français ayant servi en Bosnie venir témoigner devant sa juridiction. Cette décision de M. Védrine intervient après de vifs échanges qui opposaient les magistrais du TPI aux autorités
françaises. Elle constitue un soutien positif, mais somme toute assez naturel, aux efforts du TPl dans la recherche de la vérité pour assurer aux victimes et aux coupables un jugement équitable.. Mais cette décision ne doit pas masquer le fond des divergences qui opposent les magistrats du TPI aux autorités françaises : l'impunité dont jouissent les auteurs de crime contre l'humanité et de crimes de guerre dans le secteur français en Bosnie.

"justice spectacle" contre spectacle de l'injustice
En décembre 1997, Mine Louise Arbour, procureur général auprès du TPI, fait une visite à Paris dans un contexte où le TPl voit sa crédibilité renforcée par l'engagement effectif de la SFOR à arrêter les criminels. Le 10 juillet 1997. les commandos d'élite de l'armée britannique procèdent à l'arrestation de deux membres des forces paramilitaires
serbes, Slino DrIjaca et Milau Kovacevic, dans la région de, Prijedor. Le, 18 décembre 1997 ce sont deux Croates, Vlatko Kupreskic et Anto Furundzija, qui sont interpellés dans la région de Vitez, par des troupes de la SFOR, pilotées par des commandos néerlandais. La troisième et dernière opération menée à ce jour, l'a été sous le commandement de troupes américaines qui, le 22 janvier 1998,. arrêtent Jelinic a Bijeljina. Le détail de ces trois opérations est intéressant tout comme l'est le choix des individus (par exemple Jeljinic se surnomme lui-même "l'Adolphe Serbe" et déclare froidement dans un interview . "qu'ils viennent m'arrêter, s'ils l'osent"), mais notre, attention est frappée par l'absence de troupes françaises, Paris refuserait-elle de venir prêter main forte au TPI ?
Il y a plus grave, dans un reportage diffusé par LCI et corroboré par diverses enquêtes de lapresse écnte, les Français découvrent le café tenu à Foca, en zone française, par M. Janko
Janic, recherché par le TPI. Janic répond aux questions des journalistes et afficIre un air
paisible alors quà la terrasse de son échoppe deux soldats français boivent un verre. A
Paris. Mrne Arbour résume la situation en signalant que "c'est dans le secteur français en
Bosnie que se trouvent beaucoup de criminels de guerre et qu'ils s'y sentent actuellement en
sécurité". Ces propos lui vaudront une replique immédiate de la part du ministre français de La défense, M. Alain Richard, qui accuse le tribunal de pratiquer une "justice spectacle" et défend aux militaires français de témoigner par oral devant le TPI. Il élude ainsi la question de I'impunité des criminels en zone, française pour taire émerger un nouveau problème, celui du silence des officiers français et de la bonne volonté de la France à coopérer avec le TPI.

Témoins mais pas suspects
L'inflexion récente de la politique française à l'égard du TPI concerne uniquement ce nouveau problème, fabriqué par M. Richard. Le 16 mars, lors d'une visite au TPI, M. Védrine annonce que les militaires français pourront venir témoigner à condition "qu'ils ne soient pas traités comme des suspects". Le souci du ministre des affaires étrangères est de protéger les militaires français contre toute inculpation qui pourrait s'appuyer sur leur témoignage à la Haye. Ainsi, l'impunité des criminels en Bosnie se transmet à celle des, militaires français, tendant à nous faire soupçonner un lien entre les crimes des premiers et les activités en Bosnie des seconds.
Le 17 mars, soit le lendemain des déclarations de M. Védrine, le premier ministre prononce un discours important devant la Commission des Droits de l'Homme des Nations-Unis lors du cinquantième anniversaire de l'adoption par l'ONU de la déclaration universelle des droits de l'homme. Il annonce notamment, à cette tribune, le soutien de la France. à la création d'un tribunal. permanent chargé des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre et des crimes de génocide; "C'est là un nécessaire progrès du droit et une étape importante vers l'émergence d'une conscience universelle", précise le premier ministre. Encore faut il recueillir l'accord des principaux pays membres de l'ONU pour voir émerger une telle juridiction. Ainsi, si l'opposition de la France à la création d'une juridiction permanente est levée, cela ne garantit pas que cette juridiction verra prochainement le jour. Une autre voie, complémentaire à celle choisie par M. Jospin, existe cependant. Elle consiste à démontrer dans les faits, par un soutien fort et sans ambiguïté ait TPI, qu'une justice pénale internationale en matière des droits de I'homme est non seulement possible, mais souhaitable, et à terme inévitable. Au cercle des impunités se substituerait alors celui de la justice. En attendant, à Foca comme à Pale, dans le secteur français, les criminels de guerre continuent à vivre en toute impunité. Ils méditent peut-être ces propos de Lionel Jospin : "C'est contre nous-mêmes qu'il faut en permanence nous battre tout autant que contre les autres. C'est de nous-mêmes, d'abord qu'il faut toujours nous protéger".
Calendrier culturel du mois d'Avril
«DIKTAT» AU THÉATRE DÉJAZET
Au théâtre Déjazet (41, bd du Temple, Paris 3e), le metteur en scène Hervé Tougeron présente une pièce de Enzo Cormann, Diktat. C'est l'histoire de deux demi-frères séparés par une guerre fratricide, qui se retrouvent vingt cinq ans plus tard et règlent leur comptes. Les allusions à la guerre en Bosnie sont visiblement inspirées de faits authentiques. C'est rare! Courez voir la pièce... Réservation au 01 48 87 52 55. Jusqu'au 11 avril.
tiques.
 
GALERIE LE LYS
A la librairie-galerie Le Lys (12-14, rue St Louis en l'Ile, Paris 4e), trois événements au programme :
- le 3 avril à 19h, vernissage des peintures et dessins de Velimir Trnski. L'exposition durera jusqu'au 2 mai.
- le 8 avril à 19h, soirée consacrée à l'actualité, du Kosovo, avec MarieFrançoise Allain, Véronique Nahoum-Grappe, Gilles Hertzog, Muhamedin KullaShi, Marc Semo.
- le 30 avril à 19h, présentation de MediaPlan et de l'école franco-bosniaque de journalisme par quatre journalistes bosniaques : Duska Juricic, M. Mesihovic, Zlatko Dizdarevic, Enes Musabasic. Pour faire suite à leur stage d formation de dix jours à l'école de journalisme de Lille.
LA MAISON DES CITOYENS A NANTES
Le 28 mars a été inaugurée à Nantes, en présence deu député maire Jean Marc Ayrault, la Maison des Citoyens du Monde. Un débat a été mené par Francis Jeanson sur le thème "Algérie, qu'elles solidarités citoyennes ?". Créée en 1996, regroupant une vingtaine d'associations engagées dans des actions de solidarité internationale, de citoyenneté et de défense des droits de l'homme (dont AEC, Amnisty, Cimade, Frères des hommes, Ligue des Droits de l'Homme, MRAP, etc.), la MCM se consacre aux échanges, à l'acceuil, à l'information, au développement de projets communs entre personnes et associations.
MCM, Espace Graslin, 8 rue Lekain 44000 -Nantes, tél- 02 40 69 40 17.
 

N.B.: vous voulez diffuser une information concernant les manifestations culturelles que vous organisez ? Téléphonez au 01 42 71 24 00.
 

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