Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 72 mars 1999
 
A la notable exception de Daniel Cohn-Bendit, les têtes de listes pour les élections européennes ne se sont guère exprimées sur la situation en ex-Yougosla vie, alors même que les menaces d'explosion catas trophique au Kosovo se précisaient dejour enjour. Il apparaît que la principale préoccupation des dirigeants et des formations politiques est de ratisser aussi large que possible dans l'électorat, en dehors, de toute cohérence pratique sur le sens et l'orientation de la construction européenne. L'actualité brûlante les obligera pourtant à se prononcer, non seulement sur le plan des intentions et des principes, niais aussi sur celui de l'action concrète à mener.

Le texte de la lettre aux candidats a été adopté par l'Assemblée générale de l'Association Sarajevo avant l'acceptation par les Albanais et le refus par les Serbes du plan de paix de Rambouillet. Ces décisions, qui étaient prévisibles, ont d'ores et déjà contraint la diplomatie française à abandonner un instant son jeu favori d'équilibre dans l'attribution des responsabilités et la recherche des compro mis, mais il faut s'attendre à ce qu'elle le reprenne à lapremière occasion, comme l'a fait encore M. Védrine le 21 mars, en mettant à égalité répression serbe et "attentats" kosovars, dans une période où l'armée de Belgrade avait recommencé son oeuvre de destruction massive des villages albanais.

En relation avec la montée à l'extrême des périls au Kosovo et en Serbie, l'aggravation de la crise en R.S. et l'offensive du HDZ sur sa revendication d'une "troisième entité " relancent toutes les questions demeurées pen dantes en Bosnie-Herzégovine. Faut-il rappeler que la tentation d'offrir à Milosevic des compensations en Bosnie pour la "perte " du Kosovo ne ferait que rouvrir un nouveau foyer de guerre ?

Les semaines qui viennent risquent d'être décisives pour tous les Balkans et par là pour l'Europe. Les candidats aux élections européennes s'en apercevront-ils ?

IN MEMORIAM

La rédaction s'incline devant la mémoire de Yehudi Menuhin, membre du Comité d'Honneur de notre association dès le preniierjm. Nos pensées vont aussi à notre fondaûice, Mirjana Dizdarevic, qui nous a quittés il y a cinq ans ainsi qu'à Henri Berthomé, ancien déporté et animateur de notre association à Quimper

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  LETTRE AUX CANDIDATES ET CANDIDATS AUX ELECTIONS EUROPEENNES

L'Union européenne et les Etats qui la composent ont été incapables de prévenir et d'arrêter les guerres, les expulsions et les massacres de masse qui ont accompagné la désintégration de la Yougoslavie. Quelle que soit l'opinion que chaque citoyen peut avoir sur le sens de la construction européenne, celle-ci se trouve gravement affectée par cette défaillance collective. dont la France, par le rôle actif qu'elle a constamment revendiqué dans les négociations internationales, porte une responsabilité particulière.
Tant pour ce qui regarde la paix et la sécurité en Europe, directement menacées par les conflits meurtriers de l'ex-Yougoslavie, que pour ce qui concerne les principes de défense des droits de l'homme, de justice intemationale et d'interdiction des crimes contre Iliurnanité, violés sur le sol européen, le silence presque général qui pèse sur ces questions dans le débat politique français, paraît aussi incompréhensible que stupéfiant.
La campagne des élections européennes vous donnera l'occasion, en tant que candidats et candidates, de rompre ce silence, à l'égard au moins des électeurs qui s'intéressent à l'avenir des Balkans, partie intégrante de l'Europe, et au-delà d'eux, de ceux qui prennent au sérieux les grands principes défendus, avec plus ou moins d'éclat, par l'ensemble des formations politiques françaises à l'exception des deux branches du Front National, allié naturel et avoué des ultra-nationalistes serbes.
Aussi ne vous demandons-nous pas de réaflirmer des principes auxquels nous savons que vous êtes attachés, mais de nous indiquer quelle politique globale vous préconisez pour instaurer une paix démocratique dans les pays de l'ex-Yougoslavie, notanunent dans et par leurs relations avec lUnion européenne.
Pour le très court terme, nous aimerions connaitre votre avis sur les moyens qui vous paraissent nécessaires pour:
- faire respecter les accords de Dayton par tous leurs signataires et en premier lieu par Milosevic, Tudjman et leurs comparses locaux,
- contraindre le gouvernement de Belgrade à se conformer à un plan de paix sur le Kosovo dans le but de mettre fin à la situation d'apartheid et aux massacres subis par les populations kosovares et de garantir leur droit à l'auto-gouvernement,
- assurer l'arrestation des individus recherchés par le TPI ainsi que la liberté d'investigation de celui-ci jusqu'aux plus hauts niveaux des pouvoirs en place.
En conclusion, nous souhaiterions aussi savoir si vous approuvez la position constante de la diplomatie française qui consiste, à propos des guerres de l'ex-Yougoslavie, à tenir une balance strictement égale entre les "parties" aux conflits, alors qu'il est avéré que le responsable initial de ces destructions en chaîne a été le régime de Milosevic et qu'il le demeure.

Texte adopté à unanimité par l'assemblée générale de l'association Sarajevo le 13 mars 1999.

ASSEMBLEE GENERALE - ASSEMBLEE GENERALE

Compte-rendu de l'Assemblée générale de l'Association Sarajevo du samedi 13 mars 1999

En ouverture de séance, le Président Francis Jeanson présente les excuses de Mauricette Begic (présidente d'honneur), empêchée et salue la mémoire de Yehudi Menuhin, membre d'honneur et ami de l'Association Sarajevo, récemment disparu. Il présente l'ordre du jour et pose, une fois de plus, la question de l'orientation générale de l'Association : quel sens donner à notre action ? Le manque de moyens, le désengagement de nombre d'adhérents qui pensent que les accords de Dayton ont mis fin aux problèmes, sont inquiétants. Car les problèmes demeurent : séquelles physiques, psychosociales, fuite des cerveaux qui nuit à l'enseignement et à la recherche, émergence d'une culture de la violence... Sur le plan économique, la mondialisation sauvage crée des problèmes et les privatisations sont pleines de pièges. Il faut reconstituer le tissu social mais pour ce faire, la population doit pouvoir s'exprimer. Or la presse indépendante manque de moyens et les lecteurs n'ont pas d'argent pour se payer un journal. Aider les médias reste d'actualité.
L'avenir passe par les pressions à exercer sur ceux qui sont appelés à faire l'Europe qui, pour l'heure, s'annonce davantage une Europe des capitaux qu'une Europe sociale. Les élections européennes doivent être, pour nous, l'occasion de reposer les problèmes de la B.H et de faire le lien avec ceux du Kosovo, Milosevic étant le trait d'union entre les deux.

Faik Dizdarevic présente le rapport d'activités :
1) La situation en B-H : il importe de souligner les signes positifs : plus grande liberté de circulatioi4 davantage de sécurité, moindre tension. Dans les partis : regroupement des sociauxdémocrates, esquisse d'un centre. A noter aussi un effort de fédération des associations existantes. Parmi les signes négatifs : aucun changement sensible quant au retour des populations qui concerne davantage les vieux que les jeunes. Par ailleurs, il faudrait que le TPI puisse faire son travail, qu'il y ait une relance de l'économie. Deux faits marquants toutefois : l'arbitrage sur Brcko et l'éviction de Poplasen.

2) Rapport d'activités : L'Association a assuré son soutien aux forces démocratiques (Cercle 99) mais il faudrait pouvoir davantage miser sur les jeunes, donc entrer en contact avec eux, ce que le manque de moyens rend difficile.
Média-Plan poursuit ses activités mais connaît des difficultés financières liées au retard du versement des subventions allouées par l'Union européenne. Par contre l'Ecole de Joumalisme connaît un succès au-delà de ce qui était escompté mais la poursuite de cette réussite dépendra des aides financières.
Quant à l'existence de l'Association, elle reste très fragile et liée, entre autres, aux subventions de l'Union européenne, en partie reversées par Média-Plan. Toutefois, quel que soit l'avenir, la poursuite de la publication du "bulletin" reste une de ses tâches primordiales.
Jasna Romon présente son rapport sur les réfugiés et décide, après 7 années de travail bénévole, de cesser ses activités : les dossiers qu'elle reçoit depuis un certain temps ne sont pas défendables (les réfugiés, auj*ourd'hui, n'ont plus légitimité à demander le RMI et un logement) et les cas sociaux ne sont pas de sa compétence. La situation d'urgence est dépassée et les off-res de logements ont considérablement diminué. Elle enverra à ses interlocuteurs une lettre bilingue confirmant sa décision.
Le rapport d'activités est approuvé a l'unanimité.

Maurice Lazar présente le rapport financier : le bilan met en évidence un excédent d'exercice de 117.028 F mais il reste une importante créance de l'Union Européenne. Si celle-ci ne verse pas la subvention annoncée, le déficit sera d'environ 13 000 F. L'avenir est inquiétant : la courbe des dons et adhésions est en baisse constante et certaines subventions ne seront pas renouvelées. Une survie de quelques mois est possible à condition de supprimer le poste de permanente.
L'Assemblée approuve les comptes de 1998 et décide l'affectation au fonds de réserve de l'excédent de 117 028 F.

L'ambassadeur Nikola Kovac est invité à prendre la parole. Il note en B-H des signes encourageants mais l'état général est stationnaire. Les pressions de Zagreb et de Belgrade restent fortes, la vie économique est au ralenti. C'est une chance pour la BH que la communauté internationale se montre plus déterminée à faire adopter par les "petits pays balkaniques" les critères européens. Il importe que ces petits pays prennent conscience de leur qualité d'européens non seulement géographiquement mais aussi par leur vision de la vie politique.
Maurice Lazar présente le texte d'une courte lettre à adresser à tous les candidats éligibles aux prochaines élections européennes, lettre portant sur leur engagement en faveur de la B-H (cf en première page). La référence au Kosovo donne lieu aux interventions de Gisèle Donnard, Alain Frochen et Slavko Mihajlcek qui proposent quelques modifications. Alain Frochen demande que la lettre soit signée par l'Assemblée générale en date de ce jour.
Propositions et textes sont adoptés à l'unanimité.
Gisèle Donnard expose la situation au Kosovo. Elle souligne les points communs comme les différences entre la situation du Kosovo et celle de la B-H, insistant, entre autres, sur le grand mélange des populations en BH par rapport à une bien plus grande homogénéité au Kosovo où l'on retrouve un schéma de type colonial, rapport entre minorité et majorité. Elle préconise le droit à un auto-gouvemement pour un Kosovo qui pourrait, plus tard, prendre sa place dans une fédération balkanique.
Que faut-il attendre de Rambouillet bis ? Si Rambouillet 1 n'a pas abouti, le problème s'est internationalisé, les Kosovars ont précisé leurs positions. Ils prennent des risques en s'en remettant aux mains de la communauté internationale (cf syndrôme de Srebrenica). Il est difficile de prévoir l'avenir : les Serbes tiennent les axes routiers, les Kosovars sont dans les montagnes. Que va exiger Milosevic ? Quelle est la position des Européens, des Américains ? Il est urgent de considérer le sort des 2500 prisonniers politiques, soumis à des actes de tortures et aux mauvais traitements comme le rapportent des témoignages précis.
Boris Najman intervient à son tour à propos du Kosovo. Il souligne les ambiguïtés de la situation à la suite des opérations déstabilisantes de Milosevic, l'opacité du Ministère des Affaires étrangères qui relativise l'action négative de Milosevic, blanchit même le régime de Belgrade et pratique la désinformation. La recherche d'échange de territoires est une issue qui pourrait tenter les Serbes. Il est regrettable que face à un Groupe de contact affaibli, Milosevic soit toujours considéré conune interlocuteur incontournable.
Il est procédé ensuite à l'élection du CA: Viviane Monnier ne se représente pas. Aucun membre ne s'étant proposé pour la remplacer, l'assemblée vote à l'unanimité le renouvellement des mandats des candidats sortants.
Le nouveau CA, réuni à l'issue de l'Assemblée Générale, propose la candidature de Boris Najman à la vice-présidence en remplacement de Jesenko Galijasevic qui se retire. Proposition adoptée à l'unanimité.
Le nouveau vice-président exprime le voeu qu'Allénor Benoist, résidant à Sarajevo, soit associée dans les mois à venir aux travaux du CA, souhait qui est accueilli favorablement.
La séance est levée à 17h30

ORIENTATIONS DE L'ASSOCIATION POUR L'ANNEE 1999

Il est difficile, au moment où est rédigé ce rapport, de définir des objectifs très précis pour l'année 1999, alors qu'ils risquent d'être remis en cause par une conjoncture très mouvante, dominée par les décisions qui seront prises par les décideurs internationaux. L'action de l'Association sera d'autre part forcément limitée par l'épuisement de ses moyens financiers.
Compte tenu de l'orientation générale constante de lassocîation, sont données comme tâches prioritaires :
- d'assurer la publication de la Lettre Sarajevo, qui représente, avec Converoences B-H, un instrument, qui s'est avéré indispensable, d'informatîon et de liaison pour les personnes et les oroupes qui continuent de militer pour une BosnieHerzégovine démocratique ;
- de maintenir et de renforcer les relations avec les forces qui agissent dans le même sens en Bosnie, en insistant sur l'aide à apporter aux médias indépendants menacés dans leur existence ;
- de développer le thème de la construction d'un espace de paix démocratique dans les Balkans comme problème et objectif européens de première importance ;
- de saisir l'occasion des élections européennes pour populariser cette idée et d'interroger les partis sur leurs capacités de prendre la mesure des enjeux qui se situent à une autre échelle que celle de l'Etat national, pour jouer réellement un rôle au niveau européen.


DECLARATION D'ORGANISATIONS BOSNIAQUES SUR LE KOSOVO

"L'avenir démocratique du Kosovo n'est possible que dans le cadre de larges cou rants démocratiques et intégratifs."

Le Centre "Fonds pour une société ouverte en B-H", le Forum intemational "Bosna" et le Comité d'Helsinki pour la B-H, ont organisé deux débats sur le Kosovo. Le PEN Club de B-H, le "Cercle 99" (Association des intellectuels indépendants) et l'Assemblée des citoyens d'Helsinki en B-H (AEC), se sont également joints à cette initiative.
Les organisateurs estiment que les intellectuels et l'opinion publique de B-H doivent faire face à leurs responsabdités vis-à-vis de cette crise, où l'on voit se perpétuer une violence et des souffrances identiques à celles dont a été victime la Bosnie-Herzégovine.
Une déclaration en 14 points a été adoptée, que l'on peut résumer ainsi:
I. La violence exercée contre la population du Kosovo vise à imposer un régime étatique serbe ethnonational à la population albanaise du Kosovo, par des méthodes policières et militaires. L'expérience bosniaque montre que ce but sera soujours poursuivi à moins que l'Etat serbe n'en soit détourné par une intervention énergique de la communauté internationale conduite par les Etats-Unis.
II. Depuis 87 ans que le Kosovo fait partie inhérente de la Serbie, les droits de l'homme, l'état de droit et la démocratie n'ont jamais été garantis dans cette province. Des programmes de génocide ont été mis en oeuvre afin d'éradiquer toute présence albanaise. La discrimination dont fait l'objet la population albanaise est partie intégrante du programme ethnonational.
III. Répondre à la violence des Serbes contre la population civile par des moyens identiques ne pourrait que servir le régime policier symbolisé par S. Milosevic et porter atteinte aux intérêts légitimes du peuple du Kosovo. Quelles que puissent être les réactions de la population non-albanaise, les intellectuels bosniaques proposent aux Albanais du Kosovo qui luttent
pour les droits de l'homme, l'Etat de droit et la démocratie, le maintien d'un front uni en faveur des droits des citoyens, sans exclusive nationale, ni utilisation abusive de la religion ou du sentimentalisme.
IV. L'expérience bosniaque montre que la seule solution reste l'intervention décisive de la communauté internationale, particulièrement les EtatsUnis, suivie d'une présence à long terme.
V. Le premier pas vers une régression de la violence est le retrait total de la police et des troupes serbes du Kosovo et, au cours de la période de transition, l'établissement d'un mécanisme de sécurité supervisé par les forces internationales. La garantie - pour tous - de la liberté de circulation devra être assurée dès le début, ainsi que le droit des personnes déplacées à retourner dans leurs foyers.
VI. Cette première phase devrait permettre la modernisation de la société au Kosovo, encouragée et présidée par la communauté internationale. Ce n'est que grâce à une réorganisation globale des systèmes politiques, judiciaires et économiques qu'il sera possible d'instituer et de développer des institutions démocratiques destinées à devenir, à plus ou moins longue échéance et à l'occasion d'élections organisées et supervisées, de véritables instruments de paix et de progrès.
VII. L'expérience de la B-H, montre qu'il faudra mettre en oeuvre un programme d'actions spécifiques visant à détruire les structures policières et militaires secrètes, créées et développées par l'Etat serbe au Kosovo et liées à différentes activités criminelles.
VIII. Il est essentiel, pour assurer le succès des négociations sur la crise du Kosovo, d'y inclure dès le début deux éléments: d'une part la suspension de toutes formes d'actions policières et militaires oppressives ; d'autre part la programmation de la mise en oeuvre de l'accord de paix, avec une présence militaire et policière de la communauté internationale.
IX. L'avenir démocratique du Kosovo n'est possible que dans le cadre de larges courants démocratiques et intégratifs. Aussi les effor~ts des Albanais du Kosovo en vue de faire prévaloir leur-s droits devront-ds être clairement centrés sur le renforcement du respect commun, du dialogue et de l'égalité entre Kosovars et Serbes.
X. De même que l'idée d'une grande Russie et d'une grande Allemagne avaient entraîné ces pays vers l'instauration de régimes totalitaires et vers la guerre avec les autres peuples, de même le projet d'une grande Serbie, encouragé parfois par certains pays européens, entraîne le peuple serbe vers le recours à la violence contre les peuples et Etats avec lesquels il partage le même espace géopolitique. Aussi faut-il considérer la disparition de cette idée grand-serbe comme un préalable à l'élimination des actuelles tensions dans la société serbe et de ses conflits avec les pays voisins.
XI. Etant donné la grande expérience des collaborateurs de Milosevic en matière de négociations et leurs liens avec les grandes puissances, nous recommandons aux représentants des Albanais du Kosovo aux négociations de paix de Rambouillet - et c'est là aussi une leçon à tirer de l'expérience bosniaque - de rechercher l'aide d'experts en la matière.
XII. Il ne faut à aucun prix accepter des conditions susceptibles de menacer sérieusement la survie du Kosovo en tant qu'entité - par exemple, son partage en deux ou plusieurs parties, ou une modification de ses frontières. XHI. Au cours de la prise de décision, les obligations de chacune des deux parties devront être clairement spécifiées, afin qu'elles ne puissent faire l'objet de différentes interprétations. Toutes les solutions adoptées devront être ensuite légitimées par un processus démocratique, incontestable. Ces solutions devront éviter les erreurs du passé et tenir compte des intérêts à long terme de tous ceux qui vivent sur cet espace géopolitique.
XIV. Les participants à cette Table ronde expriment leur plein soutien aux forces démocratiques des Albanais du Kosovo dans leurs efforts pour y garantir le respect des droits de l'homme, un Etat de droit et des conditions de vie démocratiques.

Sarajevo, mars 1999.


Rappel : Le 20 mars, le colloque « l'impunité responsable de la guerre au Kosovo », organisé par Initiative Citoyens en Europe, a rassemblé M.Kullashi, Agim Hysemy, M.-F. Allain et A. Garapon du Comité Kosovo, Sonja Biserko du Helsinki Comittee for Human Rights, ainsi que d'autres personnalités kosovares et françaises. Actes à commander à : ICE, 55 rue Didot, Paris 14e.

L'Association Internationale de Recherche sur les Crimes contre l'Humanité et les Génocides, dans le cadre du séminaire « Extermination et Politique » (M.S.H., 54 bd Raspail, Paris 14c), présente un exposé de J. F. Narodetzki sur « Le génocide en Bosnie: les complicités occidentales » le 26 mars à 18h30, salle 214 ; et un exposé de M. Kullashi et F. Pejoska sur « Le Kosovo : situation historique et point sur l'actualité » le 9 avril à 18h30, salle 214 ; enfin, un colloque à Paris IV-Sorbonne, le 29 mai de 9h3O à 18h, salle des Actes, sur « La notion d'ethnie et de génocide ». Responsable: Catherine Coquio (fax: 01 53 79 09 08).


 

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BRCKO DISTRICT BOSNIAQUE

Le tribunal international d'arbitrace, présidé par l'Américain Roberts OWEN, a décidé que Breko serait un district neutre, placé sous l'autorité de l'Etat de Bosnie-Herzégovine et sous administration internationale. Cette décision peut être considérée comme une importante contribution de la communauté internationale à l'unité de la Bosnie-Herzégovine et à la promotion du processus de paix dans le pays et la région.
Après les accords de Dayton, la partie nord-est de Brcko (y compris la ville elle-même) avait été placée temporairement sous l'autorité de la Republika Srpska, alors que la partie sud est restée sous le contrôle de la Fédération de B-H. Depuis le 8 mars dernier, les deux parties sont réunies et constituent un unique district, placé sous l'autorité des institutions communes de la B-H, mais administré par la communauté internationale.
Selon Roberts 0WEN, l'arbitrage international a voulu, par cette décision, encouracer la mise en oeuvre des accords de paix et, surtout, le retour des réfugiés dans leurs foyers. La décision est irrévocable, mais les deux entités peuvent faire des suggestions concernant son application concrète.
Le résultat de l'arbitrace sur Brcko porte un coup certain à ceux qui, tels Milosevic et Tudjman, aspirent à dépecer la Bosnie (quant à Izetbegovic, il a déclaré que la décision de la commission d'arbitrage "était la meilleure des pires solutions"). Cette décision a entreiné nombre de protestations en Republika srpska, la démission temporaire de Zivko Radisic, Président de la présidence tricéphale de B-H, la démission de Milorad Dodik (qu'il a retirée au bout d'une semaine), des menaces de rébellion armée de la part de Poplasen.
Cependant, les protestations à Banjaluka et Pale n'ont aucune chance d'aboutir si la communauté internationale maintient son option de réunifier la Bosnie, comme l'ont confirmé ces jours-ci CarlosWestendorp, Javier Solana et le général Wesley.

WESTENDORP A DESTITUÉ POPLASEN!

C'est chose faite ! Carlos WESTENDORP, le Haut représentant de la CI en Bosnie, a destitué Nikola POPLASEN de son poste de président de Republika srpska. "Nikola Poplasen a abusé de son pouvoir, passé outre à la volonté du peuple de RS, empêché l'application des Accords de paix, saboté la mise en oeuvre des résultats des élections, et a tout fait pour que l'instabilité perdure en Republika srpska", déclare le communiqué publié par Westendorp (4.03.99). Il est à noter que ce dernier aurait pu destituer Poplasen avant même les élections de septembre 98 pour violation des règles électorales ; mais il ne l'avait pas fait.
Nikola Poplasen, président du parti ultranationaliste SRS (les "radicaux serbes", une branche du parti de Vojislav SESELJ), a essayé, en accord avec Slobodan Milosevic, d'imposer comme premier ministre Kalinic (président du SDS-parti de Karadzie), puis B. Miljus (expulsé récemment du parti NSRS de Dodik), mais ces tentatives ont échoué. Poplasen pourrait être remplacé par Mirko SAROVIC, vice-président de la RS, à moins que Westendorp n'ait d'autres idées en tête. Toujours est-il que Sarovic, avant même d'accepter officiellement le poste de président, a demandé à Mladen IVANIC, universitaire de Banjaluka, de former un nouveau gouvernement en RS. Or, ce dernier avait déjà été choisi par Biljana PLAVSIC comme candidat à ce poste. Cela s'était mal terminé et c'est finalement Milorad DODIK qui a occupé ce poste, à la grande satisfaction des puissances protectrices.
IVANIC (re)parle de former un çyouvemement de "salut public", mais uninational, exclusivement ethnoserbe. Il serait soutenu par le Parti socialiste de Zivko RADISIC, ce qui marquerait la fin de l'entente SLOGA (composée de l'Alliance populaire serbe de Biljana Plavsie, du parti des sociaux-démocrates indépendants de Dodik et du parti socialiste de Radisic). Si IVANIC et son programme ethnonational réussissent, ce serait la victoire de Pale, une nouvelle preuve de la complicité de Radisie et de Milosevic, une défaite pour l'Occident... Et l'on relancerait l'idée du partage de la B-H. I-es choses pourraient tourner différemment si l'Occident décidait de mettre fin aux intrigues de Milosevic en B-H et de (ré)imposer Dodik comme premier ministre.

QUI A ATTENTÉ À LA VIE DE JOZO LEUTAR ?

La situation en Bosnie s'est soudainement compliquée suite à l'attentat contre Jozo LEUTAR, vice-ministre de l'intérieur dans la Fédération de la B-H. Une bombe a explosé dans sa voiture, en plein centre de Sarajevo. Grièvement blessé, Leutar a subi plusieurs interventions chirurgicales et se bat toujours contre la mort.
Qui a intérêt à éliminer Leutar, un des dirigeants du HDZ (Communauté démocratique croate) en Bosnie ? Est-ce le résultat de scissions dans son parti ? Est-ce une manoeuvre de Tudjman pour pouvoir exicer encore une fois la création d'une entité croate en B-H ? Est-ce Milosevic, pour compliquer la situation dans la région et détourner l'attention du Kosovo ? Est-ce le SDA, accusé d'ailleurs par le HDZ ? Est-ce la mafia qui, semble-t-il, n'aurait pas apprécié "l'attitude" de Leutar ? Des agents du FBI ont été priés de procéder à une enquête pour essayer d'élucider ce problème...
Toutefois, entre-temps, les représentants croates ont cessé de collaborer aux institutions communes ; les Serbes font de même, pour protester contre la solution sur Brcko et l'exclusion de Poplasen. Quel que soit le résultat des investigations, l'attentat contre Leutar est un coup dur pour Dayton, pour la CI et pour la Bosnie.

UNIFICATION DES SOCIAUX-DÉMOCRATES DE B-H

Les deux partis sociaux-démocrates, le SDP (Parti social-démocrate, présidé par Zlatko Lagumdzija) et et les Sociaux-démocrates (présidés par S. Beslac,ic) se sont enfin unifiés lors du congrès tenu le 27 février dernier à Sarajevo. Le nom du nouveau parti sera SDP BiH (Parti socialdémocrate de Bosnie-Herzégovine). LAGUMDZIJA a été nommé président et BESLAGIC président du Conseil central.
Ce congrès d'unification a été l'occasion d'une grande célébration, à laquelle ont participé plusieurs dizaines d'hôtes étrangers, parmi lesquels Pierre MAUROY, Président de l'Internationale socialiste et Louis AYALA, Secrétaire. Cette unification est considérée comme un événement historique qui renforcera la gauche en B-H et jouera un rôle important aux élections de l'an 2000. On s'attend surtout à ce que le nouveau parti soit beaucoup plus présent en Republika srpska, et à ce que certains groupes politiques s'y joignent.

DES CHANGEMENTS DÉMOGRAPHIQUES EN B-H

Le Forum international Bosnie, une ONG formée récemment, vient de terminer une étude démoo,raphique sur le pays. Selon cette étude, signée par les professeurs llijas Bosnjovic et Rusmir Mahmuteehajic, la Bosnie-Herzéçovine compte actuellement 3.139.774 habitants, pour 4.340.718 en 1991, peu avant la dernière guerre.
Selon les sources officielles locales datant de 1996, cette guerre a fait 278.000 morts ou disparus et près d'un 1,37 million de réfugiés et personnes déplacées. Il en ressort éoalement que l'homogénéisation ethnique est pratiquement achevée dans chacune des trois parties du territoire bosniaque contrôlées par les partis nationalistes : soit 95% en Republika srpska, 80% dans la région contrôlée par le SDA et 90% dans celle contrôlée par le HDZ. Lors du recensement de 1991, il y avait 15% de croyants; il y en a actuellement 85%.


RECTIFICATIF DE CAROL MANN

En complément aux informations parues le mois dernier, précisons que l'action menée par "Enfants de Bosnie" en faveur des enfants de Dobrinja ainsi que la reconstruction de l'école doit énormément à l'action de nombre de sympathisants engagés ainsi que des associations suivantes :
L'Association Sarajevo, Citoyens Contre l'Oubli à Caen, S.A.G.E. à Paris et à Sarajevo, Coordination angevine contre la Purification Ethnique, l'association Faucon à Châteaudun, A.C.1. (Malaucène), J.D.A. Évasion (Limoges), l'institut Européen, l'A.R.B.N.S., les Petits Frères des Pauvres, les Scouts de Cluse, A.M.I.S., Atlas Logistique, Re-Vivre, Orphelins de Bosnie à Luxembourg, lUnion des Progressistes Juifs de Belgique, sans oublier La Benevolencija à SARAJEVO. A ces associations, s'ajoutent les nombreuses mairies, communes et écoles (en particulier l'École du Roulandeau à Castres, l'École Jean-Jaurès à Malakoff et le CESSEV à Lausanne) qui ont loué notre exposition "L'École en Flammes" et organisé des collectes, aidées par des associations de parents d'élèves actives, en particulier celles de l'E.A.B.J.M, et l'École Charles Péguy, toutes deux à Paris.
De plus, la construction du Gymnase ainsi que l'équipement de l'école n'auraient pas pu être menés à bien sans le dévouement et le travail acharné de Catherine Cadou et Christian Sautter Qu'ils en soient remerciés.


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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