Lettre
d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice
Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 72 mars 1999![]() |
IN MEMORIAM La rédaction s'incline devant la mémoire de Yehudi Menuhin, membre du Comité d'Honneur de notre association dès le preniierjm. Nos pensées vont aussi à notre fondaûice, Mirjana Dizdarevic, qui nous a quittés il y a cinq ans ainsi qu'à Henri Berthomé, ancien déporté et animateur de notre association à Quimper
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LETTRE AUX CANDIDATES ET CANDIDATS AUX ELECTIONS EUROPEENNES L'Union européenne et
les Etats qui la composent ont été incapables de
prévenir et d'arrêter les guerres, les expulsions et
les massacres de masse qui ont accompagné la
désintégration de la Yougoslavie. Quelle que soit
l'opinion que chaque citoyen peut avoir sur le sens de la
construction européenne, celle-ci se trouve gravement
affectée par cette défaillance collective. dont la
France, par le rôle actif qu'elle a constamment
revendiqué dans les négociations internationales, porte
une responsabilité particulière. |
Compte-rendu de l'Assemblée générale de l'Association Sarajevo du samedi 13 mars 1999 |
En ouverture de séance, le
Président Francis Jeanson présente les excuses
de Mauricette Begic (présidente d'honneur), empêchée et salue
la mémoire de Yehudi Menuhin, membre d'honneur et ami de
l'Association Sarajevo, récemment disparu. Il présente l'ordre
du jour et pose, une fois de plus, la question de l'orientation
générale de l'Association : quel sens donner à notre action ?
Le manque de moyens, le désengagement de nombre d'adhérents qui
pensent que les accords de Dayton ont mis fin aux problèmes,
sont inquiétants. Car les problèmes demeurent : séquelles
physiques, psychosociales, fuite des cerveaux qui nuit à
l'enseignement et à la recherche, émergence d'une culture de la
violence... Sur le plan économique, la mondialisation sauvage
crée des problèmes et les privatisations sont pleines de
pièges. Il faut reconstituer le tissu social mais pour ce faire,
la population doit pouvoir s'exprimer. Or la presse indépendante
manque de moyens et les lecteurs n'ont pas d'argent pour se payer
un journal. Aider les médias reste d'actualité.
L'avenir passe par les pressions à exercer sur ceux qui sont
appelés à faire l'Europe qui, pour l'heure, s'annonce davantage
une Europe des capitaux qu'une Europe sociale. Les élections
européennes doivent être, pour nous, l'occasion de reposer les
problèmes de la B.H et de faire le lien avec ceux du Kosovo,
Milosevic étant le trait d'union entre les deux.
Faik Dizdarevic présente le rapport
d'activités :
1) La situation en B-H : il importe de
souligner les signes positifs : plus grande liberté de
circulatioi4 davantage de sécurité, moindre tension. Dans les
partis : regroupement des sociauxdémocrates, esquisse d'un
centre. A noter aussi un effort de fédération des associations
existantes. Parmi les signes négatifs : aucun changement
sensible quant au retour des populations qui concerne davantage
les vieux que les jeunes. Par ailleurs, il faudrait que le TPI
puisse faire son travail, qu'il y ait une relance de l'économie.
Deux faits marquants toutefois : l'arbitrage sur Brcko et
l'éviction de Poplasen.
2) Rapport d'activités : L'Association a assuré
son soutien aux forces démocratiques (Cercle 99) mais il
faudrait pouvoir davantage miser sur les jeunes, donc entrer en
contact avec eux, ce que le manque de moyens rend difficile.
Média-Plan poursuit ses activités mais connaît des
difficultés financières liées au retard du versement des
subventions allouées par l'Union européenne. Par contre l'Ecole
de Joumalisme connaît un succès au-delà de ce qui était
escompté mais la poursuite de cette réussite dépendra des
aides financières.
Quant à l'existence de l'Association, elle reste très fragile
et liée, entre autres, aux subventions de l'Union européenne,
en partie reversées par Média-Plan. Toutefois, quel que soit
l'avenir, la poursuite de la publication du "bulletin"
reste une de ses tâches primordiales.
Jasna Romon présente son rapport sur
les réfugiés et décide, après 7 années de travail
bénévole, de cesser ses activités : les dossiers qu'elle
reçoit depuis un certain temps ne sont pas défendables (les
réfugiés, auj*ourd'hui, n'ont plus légitimité à demander le
RMI et un logement) et les cas sociaux ne sont pas de sa
compétence. La situation d'urgence est dépassée et les off-res
de logements ont considérablement diminué. Elle enverra à ses
interlocuteurs une lettre bilingue confirmant sa décision.
Le rapport d'activités est approuvé a l'unanimité.
Maurice Lazar présente le rapport
financier : le bilan met en évidence un excédent
d'exercice de 117.028 F mais il reste une importante créance de
l'Union Européenne. Si celle-ci ne verse pas la subvention
annoncée, le déficit sera d'environ 13 000 F. L'avenir est
inquiétant : la courbe des dons et adhésions est en baisse
constante et certaines subventions ne seront pas renouvelées.
Une survie de quelques mois est possible à condition de
supprimer le poste de permanente.
L'Assemblée approuve les comptes de 1998 et décide
l'affectation au fonds de réserve de l'excédent de 117 028 F.
L'ambassadeur Nikola Kovac est invité à
prendre la parole. Il note en B-H des signes encourageants mais
l'état général est stationnaire. Les pressions de Zagreb et de
Belgrade restent fortes, la vie économique est au ralenti. C'est
une chance pour la BH que la communauté internationale se montre
plus déterminée à faire adopter par les "petits pays
balkaniques" les critères européens. Il importe que ces
petits pays prennent conscience de leur qualité d'européens non
seulement géographiquement mais aussi par leur vision de la vie
politique.
Maurice Lazar présente le texte d'une courte
lettre à adresser à tous les candidats éligibles aux
prochaines élections européennes, lettre portant sur leur
engagement en faveur de la B-H (cf en première page). La
référence au Kosovo donne lieu aux interventions de Gisèle
Donnard, Alain Frochen et Slavko Mihajlcek qui proposent quelques
modifications. Alain Frochen demande que la lettre soit signée
par l'Assemblée générale en date de ce jour.
Propositions et textes sont adoptés à l'unanimité.
Gisèle Donnard expose la situation au Kosovo.
Elle souligne les points communs comme les différences entre la
situation du Kosovo et celle de la B-H, insistant, entre autres,
sur le grand mélange des populations en BH par rapport à une
bien plus grande homogénéité au Kosovo où l'on retrouve un
schéma de type colonial, rapport entre minorité et majorité.
Elle préconise le droit à un auto-gouvemement pour un Kosovo
qui pourrait, plus tard, prendre sa place dans une fédération
balkanique.
Que faut-il attendre de Rambouillet bis ? Si Rambouillet 1 n'a
pas abouti, le problème s'est internationalisé, les Kosovars
ont précisé leurs positions. Ils prennent des risques en s'en
remettant aux mains de la communauté internationale (cf
syndrôme de Srebrenica). Il est difficile de prévoir l'avenir :
les Serbes tiennent les axes routiers, les Kosovars sont dans les
montagnes. Que va exiger Milosevic ? Quelle est la position des
Européens, des Américains ? Il est urgent de considérer le
sort des 2500 prisonniers politiques, soumis à des actes de
tortures et aux mauvais traitements comme le rapportent des
témoignages précis.
Boris Najman intervient à son tour à propos du
Kosovo. Il souligne les ambiguïtés de la situation à la suite
des opérations déstabilisantes de Milosevic, l'opacité du
Ministère des Affaires étrangères qui relativise l'action
négative de Milosevic, blanchit même le régime de Belgrade et
pratique la désinformation. La recherche d'échange de
territoires est une issue qui pourrait tenter les Serbes. Il est
regrettable que face à un Groupe de contact affaibli, Milosevic
soit toujours considéré conune interlocuteur incontournable.
Il est procédé ensuite à l'élection du CA:
Viviane Monnier ne se représente pas. Aucun membre ne s'étant
proposé pour la remplacer, l'assemblée vote à l'unanimité le
renouvellement des mandats des candidats sortants.
Le nouveau CA, réuni à l'issue de l'Assemblée Générale,
propose la candidature de Boris Najman à la vice-présidence en
remplacement de Jesenko Galijasevic qui se retire. Proposition
adoptée à l'unanimité.
Le nouveau vice-président exprime le voeu qu'Allénor Benoist,
résidant à Sarajevo, soit associée dans les mois à venir aux
travaux du CA, souhait qui est accueilli favorablement.
La séance est levée à 17h30
ORIENTATIONS DE L'ASSOCIATION POUR L'ANNEE 1999 Il est difficile, au moment où est rédigé ce
rapport, de définir des objectifs très précis pour
l'année 1999, alors qu'ils risquent d'être remis en
cause par une conjoncture très mouvante, dominée par
les décisions qui seront prises par les décideurs
internationaux. L'action de l'Association sera d'autre
part forcément limitée par l'épuisement de ses moyens
financiers. |
DECLARATION D'ORGANISATIONS BOSNIAQUES SUR LE KOSOVO
"L'avenir démocratique du Kosovo n'est possible que
dans le cadre de larges cou rants démocratiques et
intégratifs."
Le Centre "Fonds pour une société ouverte en B-H", le
Forum intemational "Bosna" et le Comité d'Helsinki
pour la B-H, ont organisé deux débats sur le Kosovo. Le PEN
Club de B-H, le "Cercle 99" (Association des
intellectuels indépendants) et l'Assemblée des citoyens
d'Helsinki en B-H (AEC), se sont également joints à cette
initiative.
Les organisateurs estiment que les intellectuels et l'opinion
publique de B-H doivent faire face à leurs responsabdités
vis-à-vis de cette crise, où l'on voit se perpétuer une
violence et des souffrances identiques à celles dont a été
victime la Bosnie-Herzégovine.
Une déclaration en 14 points a été adoptée, que l'on peut
résumer ainsi:
I. La violence exercée contre la
population du Kosovo vise à imposer un régime étatique serbe
ethnonational à la population albanaise du Kosovo, par des
méthodes policières et militaires. L'expérience bosniaque
montre que ce but sera soujours poursuivi à moins que l'Etat
serbe n'en soit détourné par une intervention énergique de la
communauté internationale conduite par les Etats-Unis.
II. Depuis 87 ans que le Kosovo fait partie
inhérente de la Serbie, les droits de l'homme, l'état de droit
et la démocratie n'ont jamais été garantis dans cette
province. Des programmes de génocide ont été mis en oeuvre
afin d'éradiquer toute présence albanaise. La discrimination
dont fait l'objet la population albanaise est partie intégrante
du programme ethnonational.
III. Répondre à la violence des Serbes
contre la population civile par des moyens identiques ne pourrait
que servir le régime policier symbolisé par S. Milosevic et
porter atteinte aux intérêts légitimes du peuple du Kosovo.
Quelles que puissent être les réactions de la population
non-albanaise, les intellectuels bosniaques proposent aux
Albanais du Kosovo qui luttent
pour les droits de l'homme, l'Etat de droit et la démocratie, le
maintien d'un front uni en faveur des droits des citoyens, sans
exclusive nationale, ni utilisation abusive de la religion ou du
sentimentalisme.
IV. L'expérience bosniaque montre que la
seule solution reste l'intervention décisive de la communauté
internationale, particulièrement les EtatsUnis, suivie d'une
présence à long terme.
V. Le premier pas vers une régression de la
violence est le retrait total de la police et des troupes serbes
du Kosovo et, au cours de la période de transition,
l'établissement d'un mécanisme de sécurité supervisé par les
forces internationales. La garantie - pour tous - de la liberté
de circulation devra être assurée dès le début, ainsi que le
droit des personnes déplacées à retourner dans leurs foyers.
VI. Cette première phase devrait permettre la
modernisation de la société au Kosovo, encouragée et
présidée par la communauté internationale. Ce n'est que grâce
à une réorganisation globale des systèmes politiques,
judiciaires et économiques qu'il sera possible d'instituer et de
développer des institutions démocratiques destinées à
devenir, à plus ou moins longue échéance et à l'occasion
d'élections organisées et supervisées, de véritables
instruments de paix et de progrès.
VII. L'expérience de la B-H, montre qu'il
faudra mettre en oeuvre un programme d'actions spécifiques
visant à détruire les structures policières et militaires
secrètes, créées et développées par l'Etat serbe au Kosovo
et liées à différentes activités criminelles.
VIII. Il est essentiel, pour assurer le succès
des négociations sur la crise du Kosovo, d'y inclure dès le
début deux éléments: d'une part la suspension de toutes formes
d'actions policières et militaires oppressives ; d'autre part la
programmation de la mise en oeuvre de l'accord de paix, avec une
présence militaire et policière de la communauté
internationale.
IX. L'avenir démocratique du Kosovo n'est
possible que dans le cadre de larges courants démocratiques et
intégratifs. Aussi les effor~ts des Albanais du Kosovo en vue de
faire prévaloir leur-s droits devront-ds être clairement
centrés sur le renforcement du respect commun, du dialogue et de
l'égalité entre Kosovars et Serbes.
X. De même que l'idée d'une grande Russie et
d'une grande Allemagne avaient entraîné ces pays vers
l'instauration de régimes totalitaires et vers la guerre avec
les autres peuples, de même le projet d'une grande Serbie,
encouragé parfois par certains pays européens, entraîne le
peuple serbe vers le recours à la violence contre les peuples et
Etats avec lesquels il partage le même espace géopolitique.
Aussi faut-il considérer la disparition de cette idée
grand-serbe comme un préalable à l'élimination des actuelles
tensions dans la société serbe et de ses conflits avec les pays
voisins.
XI. Etant donné la grande expérience des
collaborateurs de Milosevic en matière de négociations et leurs
liens avec les grandes puissances, nous recommandons aux
représentants des Albanais du Kosovo aux négociations de paix
de Rambouillet - et c'est là aussi une leçon à tirer de
l'expérience bosniaque - de rechercher l'aide d'experts en la
matière.
XII. Il ne faut à aucun prix accepter des
conditions susceptibles de menacer sérieusement la survie du
Kosovo en tant qu'entité - par exemple, son partage en deux ou
plusieurs parties, ou une modification de ses frontières. XHI.
Au cours de la prise de décision, les obligations de chacune des
deux parties devront être clairement spécifiées, afin qu'elles
ne puissent faire l'objet de différentes interprétations.
Toutes les solutions adoptées devront être ensuite légitimées
par un processus démocratique, incontestable. Ces solutions
devront éviter les erreurs du passé et tenir compte des
intérêts à long terme de tous ceux qui vivent sur cet espace
géopolitique.
XIV. Les participants à cette Table ronde
expriment leur plein soutien aux forces démocratiques des
Albanais du Kosovo dans leurs efforts pour y garantir le respect
des droits de l'homme, un Etat de droit et des conditions de vie
démocratiques.
Sarajevo, mars 1999.
Rappel : Le 20 mars, le colloque « l'impunité responsable de la guerre au Kosovo », organisé par Initiative Citoyens en Europe, a rassemblé M.Kullashi, Agim Hysemy, M.-F. Allain et A. Garapon du Comité Kosovo, Sonja Biserko du Helsinki Comittee for Human Rights, ainsi que d'autres personnalités kosovares et françaises. Actes à commander à : ICE, 55 rue Didot, Paris 14e.
L'Association Internationale de Recherche sur les
Crimes contre l'Humanité et les Génocides, dans le
cadre du séminaire « Extermination et Politique » (M.S.H., 54
bd Raspail, Paris 14c), présente un exposé de J. F. Narodetzki
sur « Le génocide en Bosnie: les complicités occidentales »
le 26 mars à 18h30, salle 214 ; et un exposé de M. Kullashi et
F. Pejoska sur « Le Kosovo : situation historique et point sur
l'actualité » le 9 avril à 18h30, salle 214 ; enfin, un
colloque à Paris IV-Sorbonne, le 29 mai de 9h3O à 18h, salle
des Actes, sur « La notion d'ethnie et de génocide ».
Responsable: Catherine Coquio (fax: 01 53 79 09 08).
Président:
Francis Jeanson |
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BRCKO DISTRICT BOSNIAQUE
Le tribunal
international d'arbitrace, présidé par l'Américain Roberts
OWEN, a décidé que Breko serait un district neutre, placé sous
l'autorité de l'Etat de Bosnie-Herzégovine et sous
administration internationale. Cette décision peut être
considérée comme une importante contribution de la communauté
internationale à l'unité de la Bosnie-Herzégovine et à la
promotion du processus de paix dans le pays et la région.
Après les accords de Dayton, la partie nord-est de Brcko (y
compris la ville elle-même) avait été placée temporairement
sous l'autorité de la Republika Srpska, alors que la partie sud
est restée sous le contrôle de la Fédération de B-H. Depuis
le 8 mars dernier, les deux parties sont réunies et constituent
un unique district, placé sous l'autorité des institutions
communes de la B-H, mais administré par la communauté
internationale.
Selon Roberts 0WEN, l'arbitrage international a voulu, par cette
décision, encouracer la mise en oeuvre des accords de paix et,
surtout, le retour des réfugiés dans leurs foyers. La décision
est irrévocable, mais les deux entités peuvent faire des
suggestions concernant son application concrète.
Le résultat de l'arbitrace sur Brcko porte un coup certain à
ceux qui, tels Milosevic et Tudjman, aspirent à dépecer la
Bosnie (quant à Izetbegovic, il a déclaré que la décision de
la commission d'arbitrage "était la meilleure des pires
solutions"). Cette décision a entreiné nombre de
protestations en Republika srpska, la démission temporaire de
Zivko Radisic, Président de la présidence tricéphale de B-H,
la démission de Milorad Dodik (qu'il a retirée au bout d'une
semaine), des menaces de rébellion armée de la part de
Poplasen.
Cependant, les protestations à Banjaluka et Pale n'ont aucune
chance d'aboutir si la communauté internationale maintient son
option de réunifier la Bosnie, comme l'ont confirmé ces
jours-ci CarlosWestendorp, Javier Solana et le général Wesley.
WESTENDORP A DESTITUÉ POPLASEN!
C'est chose faite !
Carlos WESTENDORP, le Haut représentant de la CI en Bosnie, a
destitué Nikola POPLASEN de son poste de président de Republika
srpska. "Nikola Poplasen a abusé de son pouvoir, passé
outre à la volonté du peuple de RS, empêché l'application des
Accords de paix, saboté la mise en oeuvre des résultats des
élections, et a tout fait pour que l'instabilité perdure en
Republika srpska", déclare le communiqué publié par
Westendorp (4.03.99). Il est à noter que ce dernier aurait pu
destituer Poplasen avant même les élections de septembre 98
pour violation des règles électorales ; mais il ne l'avait pas
fait.
Nikola Poplasen, président du parti ultranationaliste SRS (les
"radicaux serbes", une branche du parti de Vojislav
SESELJ), a essayé, en accord avec Slobodan Milosevic, d'imposer
comme premier ministre Kalinic (président du SDS-parti de
Karadzie), puis B. Miljus (expulsé récemment du parti NSRS de
Dodik), mais ces tentatives ont échoué. Poplasen pourrait être
remplacé par Mirko SAROVIC, vice-président de la RS, à moins
que Westendorp n'ait d'autres idées en tête. Toujours est-il
que Sarovic, avant même d'accepter officiellement le poste de
président, a demandé à Mladen IVANIC, universitaire de
Banjaluka, de former un nouveau gouvernement en RS. Or, ce
dernier avait déjà été choisi par Biljana PLAVSIC comme
candidat à ce poste. Cela s'était mal terminé et c'est
finalement Milorad DODIK qui a occupé ce poste, à la grande
satisfaction des puissances protectrices.
IVANIC (re)parle de former un çyouvemement de "salut
public", mais uninational, exclusivement ethnoserbe. Il
serait soutenu par le Parti socialiste de Zivko RADISIC, ce qui
marquerait la fin de l'entente SLOGA (composée de l'Alliance
populaire serbe de Biljana Plavsie, du parti des
sociaux-démocrates indépendants de Dodik et du parti socialiste
de Radisic). Si IVANIC et son programme ethnonational
réussissent, ce serait la victoire de Pale, une nouvelle preuve
de la complicité de Radisie et de Milosevic, une défaite pour
l'Occident... Et l'on relancerait l'idée du partage de la B-H.
I-es choses pourraient tourner différemment si l'Occident
décidait de mettre fin aux intrigues de Milosevic en B-H et de
(ré)imposer Dodik comme premier ministre.
QUI A ATTENTÉ À LA VIE DE JOZO LEUTAR ?
La situation en
Bosnie s'est soudainement compliquée suite à l'attentat contre
Jozo LEUTAR, vice-ministre de l'intérieur dans la Fédération
de la B-H. Une bombe a explosé dans sa voiture, en plein centre
de Sarajevo. Grièvement blessé, Leutar a subi plusieurs
interventions chirurgicales et se bat toujours contre la mort.
Qui a intérêt à éliminer Leutar, un des dirigeants du HDZ
(Communauté démocratique croate) en Bosnie ? Est-ce le
résultat de scissions dans son parti ? Est-ce une manoeuvre de
Tudjman pour pouvoir exicer encore une fois la création d'une
entité croate en B-H ? Est-ce Milosevic, pour compliquer la
situation dans la région et détourner l'attention du Kosovo ?
Est-ce le SDA, accusé d'ailleurs par le HDZ ? Est-ce la mafia
qui, semble-t-il, n'aurait pas apprécié "l'attitude"
de Leutar ? Des agents du FBI ont été priés de procéder à
une enquête pour essayer d'élucider ce problème...
Toutefois, entre-temps, les représentants croates ont cessé de
collaborer aux institutions communes ; les Serbes font de même,
pour protester contre la solution sur Brcko et l'exclusion de
Poplasen. Quel que soit le résultat des investigations,
l'attentat contre Leutar est un coup dur pour Dayton, pour la CI
et pour la Bosnie.
UNIFICATION DES SOCIAUX-DÉMOCRATES DE B-H
Les deux partis
sociaux-démocrates, le SDP (Parti social-démocrate, présidé
par Zlatko Lagumdzija) et et les Sociaux-démocrates (présidés
par S. Beslac,ic) se sont enfin unifiés lors du congrès tenu le
27 février dernier à Sarajevo. Le nom du nouveau parti sera SDP
BiH (Parti socialdémocrate de Bosnie-Herzégovine). LAGUMDZIJA a
été nommé président et BESLAGIC président du Conseil
central.
Ce congrès d'unification a été l'occasion d'une grande
célébration, à laquelle ont participé plusieurs dizaines
d'hôtes étrangers, parmi lesquels Pierre MAUROY, Président de
l'Internationale socialiste et Louis AYALA, Secrétaire. Cette
unification est considérée comme un événement historique qui
renforcera la gauche en B-H et jouera un rôle important aux
élections de l'an 2000. On s'attend surtout à ce que le nouveau
parti soit beaucoup plus présent en Republika srpska, et à ce
que certains groupes politiques s'y joignent.
DES CHANGEMENTS DÉMOGRAPHIQUES EN B-H
Le Forum
international Bosnie, une ONG formée récemment, vient de
terminer une étude démoo,raphique sur le pays. Selon cette
étude, signée par les professeurs llijas Bosnjovic et Rusmir
Mahmuteehajic, la Bosnie-Herzéçovine compte actuellement
3.139.774 habitants, pour 4.340.718 en 1991, peu avant la
dernière guerre.
Selon les sources officielles locales datant de 1996, cette
guerre a fait 278.000 morts ou disparus et près d'un 1,37
million de réfugiés et personnes déplacées. Il en ressort
éoalement que l'homogénéisation ethnique est pratiquement
achevée dans chacune des trois parties du territoire bosniaque
contrôlées par les partis nationalistes : soit 95% en Republika
srpska, 80% dans la région contrôlée par le SDA et 90% dans
celle contrôlée par le HDZ. Lors du recensement de 1991, il y
avait 15% de croyants; il y en a actuellement 85%.
RECTIFICATIF DE CAROL MANN
En complément aux informations parues le mois dernier,
précisons que l'action menée par "Enfants de Bosnie"
en faveur des enfants de Dobrinja ainsi que la reconstruction de
l'école doit énormément à l'action de nombre de sympathisants
engagés ainsi que des associations suivantes :
L'Association Sarajevo, Citoyens Contre l'Oubli à Caen, S.A.G.E.
à Paris et à Sarajevo, Coordination angevine contre la
Purification Ethnique, l'association Faucon à Châteaudun,
A.C.1. (Malaucène), J.D.A. Évasion (Limoges), l'institut
Européen, l'A.R.B.N.S., les Petits Frères des Pauvres, les
Scouts de Cluse, A.M.I.S., Atlas Logistique, Re-Vivre, Orphelins
de Bosnie à Luxembourg, lUnion des Progressistes Juifs de
Belgique, sans oublier La Benevolencija à SARAJEVO. A ces
associations, s'ajoutent les nombreuses mairies, communes et
écoles (en particulier l'École du Roulandeau à Castres,
l'École Jean-Jaurès à Malakoff et le CESSEV à Lausanne) qui
ont loué notre exposition "L'École en Flammes" et
organisé des collectes, aidées par des associations de parents
d'élèves actives, en particulier celles de l'E.A.B.J.M, et
l'École Charles Péguy, toutes deux à Paris.
De plus, la construction du Gymnase ainsi que l'équipement de
l'école n'auraient pas pu être menés à bien sans le
dévouement et le travail acharné de Catherine Cadou et
Christian Sautter Qu'ils en soient remerciés.