Lettre
d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice
Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 85 Avril 2000![]() |
LES ÉLECTIONS Résultats - témoignages
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S'il ne faut pas prématurément crier victoire au vu du résultat des
élections municipales en Bosnie-Herzégovine, on doit néanmoins mesurer à
quel point il traduit un changement capital pour le pays. Après l'inversion de cap opérée à Zagreb, c'est le deuxième signe important qu'il n'y a aucune fatalité à ce que la région s'installe sous l'autorité permanente de régimes nationalistes et autoritaires. |
Sommaire
LES ÉLECTIONS
MUNICIPALES
EN BOSNIE-
HERZÉGOVINE
Résultats - témoignages
- réactions -
RETOUR SUR LES BOMBARDEMENTS CONTRE LA SERBIE
MESSAGERS DE LA PAIX
La vie du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie
Momcilo Krajisnik à la Haye
Srebrenica : un officier hollandais témoigne
Nouvelle coopération de la Croatie ...
... et de la France
BATAILLE POUR LES MARCHES DES BALKANS
Le système d'enseignement en B-H
DE LA RESPONSABILITÉ DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
Une responsabilité collective
CONFÉRENCE DES DONATEURS POUR LE PACTE DE STABILITÉ
ENTRE VOISINS
Le démantèlement du HDZ
Courrier
MEDIA POOL UNE LIAISON ENTRE LES MEDIAS PROFESSIONNELS
Avis aux lecteurs !
Palmarès
En Alsace
Srebrenica : 5 ans déjà
HCA Youth Network en Bosnie-Herzégovine
LES ÉLECTIONS MUNICIPALES EN BOSNIE- HERZ ÉGOVINE
PROGRESSION DES SOCIALISTES
RETOUR SUR LES BOMBARDEMENTS CONTRE LA SERBIE
Devant la floraison des publications qui réécrivent l'histoire de l'intervention militaire de l'Otan du
primtemps dernier contre la Serbie, le comité de rédaction de la "Lettre de Sarajevo" tient à rappeler sa position. Depuis qu'elle s'est constituée dans l'été 1992, l'Association Sarajevo a toujours considéré que le régime de
Milosevic, à l'origine de la désintégration de la Yougoslavie, ne pouvait se soumettre de son plein gré à des procédures de règlement pacifique des conflits qu'il avait lui-même créés en voulant imposer sa domination à tous les citoyens et peuples de l'ex-Yougoslavie.
C'est pourquoi l'Association a constamment milité pour une action résolue des instances internationales pour mettre un terme aux agressions répétées du pouvoir de Belgrade, par la force si nécessaire. Cette orientation
n'excluait pas la mise en cause des responsabilités des diverses autorités qui se sont imposées dans les pays de
l'ex-Yougoslavie ni la critique de la politique incohérente et nocive de la prétendue "Communauté internationale dont en bonne place, celle de la France. Après la " Leçon de la Bosnie" tirée par le Secrétaire général des Nations Unies lui même, qui enseignait que refuser d' intervenir effectivement signifiait consentir à des désastres irréparables,
l'Union européenne et les Etats-Unis ont décidé de frapper militairement la Serbie pour contraindre les forces de Belgrade à évacuer le Kosovo où la guerre annoncée depuis 10 ans risquait de vider le pays d'au moins la moitié de sa population albanaise, l'autre moitié demeurant sous la sujétion serbe. "La Lettre de
Sarajevo" n'a jamais prétendu que les "Occidentaux" agissaient par pure bonté d'âme pour assurer les droits de tous les habitants du Kosovo,
mais plutôt parce que la négation des droits des Albanais du Kosovo provoquait immanquablement l'embrasement de toute la région. Il s'est trouvé que l'intérêt géopolitique de l'OTAN coïncidait avec les revendications légitimes
des Kosovars albanais.
Seuls ceux qui font passer leur hostilité à l'OTAN avant la défense des peuples attaqués par le régime de Milosevic pouvaient s'élever contre une intervention militaire devenue l'ultime moyen de mettre hors d'état de nuire les forces criminelles
qui
avaient amplement fait leurs preuves sur tous leurs terrains d'opération (l'activité du
T.P I. l'atteste), y compris et bien avant le 24 mars 1999 au Kosovo. Cette approbation du recours à la force laissait le champ ouvert à toutes les critiques qu'on était en droit d'adresser à
l'OTAN quant à sa stratégie, ses méthodes, ses cibles. Les bombardements ont fait de nombreuses victimes innocentes en Serbie et au Kosovo. Elles sont à déplorer comme les centaines de milliers d'autres, comptées en Croatie et en Bosnie-Herzégovine depuis les guerres déclenchées il y a près de 10 ans par Milosevic, régulièrement élu sur son programme de "défense des intérêts serbes".
Certains des adversaires de la "guerre contre la Serbie", qui reconnaissent la pertinence de l'alternative "ou l'OTAN ou l'impuissance", croient y échapper en reconstruisant rétrospectivement la politique qui aurait pu éviter, selon eux, la désintégration de la Yougoslavie ou en échafaudant de beaux projets de refonte du droit international et de ses institutions pour régler les conflits du siècle à venir. Il en existe aussi, souvent les mêmes, qui pensent
qu'il était possible de trouver pour le Kosovo une formule de compromis avec Milosevic.
La réalité est qu'après tant d'années de répression et de crimes de masse, après l'expérience des catastrophes autorisées, des tergiversations et des compromis bâclés en Bosnie, il n'existait plus de bonne solution pour le Kosovo, mais la nécessité d'en finir avec l'occupation militaire serbe du pays. Ce but a été atteint dans la douleur et le malheur de tous ses habitants, mais aussi l'espoir retrouvé pour la grande majorité d'entre eux.
Plutôt que de ressasser des arguments éculés qui reviennent à diluer la responsabilité première et principale de la Serbie de Milosevic dans le désastre qui a frappé tous les peuples de l'ex-Yougoslavie, les adversaires de l'intervention de l'OTAN, qui se prétendent aussi les meilleurs amis des démocrates serbes, feraient mieux de demander à ceux-ci de rompre définitivement, non seulement avec le pouvoir, mais aussi avec les revendications et les mythes qui ont mené leur pays à la mine morale et matérielle. Ce serait pour la Serbie, avec la reconnaissance des crimes commis en son nom, la voie d'accès au programme de reconstruction générale des Balkans dans un cadre démocratique, vital pour toutes les populations de la région, comme pour
l'Europe.
MESSAGERS DE LA PAIX
Un groupe d'élèves des écoles primaires de la petite ville de Carrières-sous-Poissy a rendu visite ces jours-ci à
l'Ambassade de B-H à Paris pour y remettre un projet élaboré dans le cadre de l'Année internationale pour la culture de la paix. Les Nations Unies ont en effet proclamé l'année 2000 "année de la promotion de la culture de la non-violence et de la paix". C'est
l'UNESCO, dont le siège est à Paris, qui est chargé de coordonner l'ensemble de ces actions. Le projet des élèves de cette petite ville des alentours de Paris compte parmi ceux qui ont obtenu son soutien. Leur idée est d'envoyer un message à tous les chefs
d'Etat ou de gouvernement des 188 pays membres des Nations Unies. Ils avaient préalablement choisi -au terme d'un concours auquel ont participé 800 petits élèves- la série d'aphorismes, poèmes et oeuvres artistiques devant composer ce
message. Les écoliers de Carrières-sous-Poissy se sont tout «abord adressé au président de leur propre pays (Jacques Chirac), qui a accepté de parrainer l'ensemble de cette action. C'est ainsi que depuis le début de cette année, leurs délégations visitent les ambassades de tous les pays membres des Nations Unies. Cela a été, ces jours-ci, le tour de l'Ambassade de BH. Au cours d'une cérémonie organisée par les écoliers eux-mêmes, ils ont proclamé
Zeljko Jerkic, chargé d'affaires de l'ambassade et représentant permanent de la B-H auprès de l'UNESCO, "messager de la paix". Les "messagers" sont tenus de remettre personnellement leur message au président de leur pays et d'obtenir une réponse. Ces réponses, ainsi que les poèmes, slogans et oeuvres artistiques choisis par les élèves seront exposés au siège de l'UNESCO, à Paris, au mois de décembre prochain.
La vie du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie
Inculpé secrètement le 21 février 2000, arrêté à l'aube du 3 avril à Pale par une unité française de la SFOR, Momcilo Krajisnik est le plus haut responsable politique détenu à ce jour. Il est accusé d'avoir planifié ou commandé, entre le 01/07/1991 et le 31/12/1992, avec Radovan Karadzic et d'autres, la destruction des groupes ethniques des Musulmans bosniaques et des Croates bosniaques dans de nombreuses municipalités de la BH. Il est inculpé de crimes de génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre et violations graves des Conventions de Genève. Son procès a commencé le 7 avril.
Krajisnik présidait l'Assemblée Nationale de la "Republika Srpksa" à Pale entre octobre 1991 et novembre 1995. Co-fondateur du SDS, il était la personne la plus influente de la direction politique avec Karadzic, sur lequel il exerçait une grande influence, prenant une ligne légèrement plus dure que lui. Il faisait partie du Conseil de sécurité nationale de la RS et du commandement suprême de ses forces armées.
Krajisnik est considéré comme l'un des principaux artisans de la politique de
purification ethnique. Selon le procureur, le SDS poussait les non-Serbes à quitter les
territoires du futur "Etat serbe" par la pratique d'une terreur visant à rendre leurs conditions de vie impossibles. Ceux qui ne voulaient toujours pas partir étaient déportés ou liquidés.
Après la guerre, Krajisnik a été le membre serbe de la présidence tripartite de BH jusqu'en septembre 1998.
Carla del Ponte a souligné que son inculpation traite de la responsabilité criminelle individuelle de certains dirigeants et qu'il ne s'agit pas
d'une accusation collective contre les Serbes bosniaques. Dans cette perspective, le travail du Tribunal devrait réduire la méfiance entre les peuples. Elle a indiqué avoir des raisons de croire que l'arrestation de Karadzic est proche.
Srebrenica : un officier hollandais témoigne
Robert Franken, ancien commandant adjoint de la UNPROFOR à Srebrenica en juillet 1995, a témoigné pendant le procès de Radislav Krstic, accusé de génocide. Franken a décrit la participation de soldats néerlandais dans "l'évacuation" des civils. Il a avoué qu'il s'agissait en fait d'une déportation... approuvée par l'ONU. Il a confirmé que l'ONU avait désarmé les Bosniaques musulmans mais pas les forces serbes ... tout en sachant que celles-ci étaient militairement fortes et disposées à tuer des civils.
Nouvelle coopération de la Croatie ...
Commentant les changements remarquables en Croatie, Carla del Ponte s'est félicité de la "nouvelle et véritable" volonté politique du gouvernement croate à coopérer avec le TPIY, y inclus
sur les opérations "éclaire" et "orage". Le transfert à la Haye de Mladen Naletilic (Tuta) en a été une première preuve.
... et de la France
Alain Richard a déclaré que l'arrestation de Karadzic est un objectif principal pour les troupes françaises de la SFOR.
Quelques statistiques
Nombre des inculpations en cours pour...
- violations graves des conventions de Genève: 37
- crimes de guerre : 65
- crimes contre l'humanité : 58
- génocide : 9
- crimes sexuels : 19
Le TPIY emploie 832 personnes provenant de 68 pays. Son budget pour 2000 est de $95 942 600.
BATAILLE POUR LES MARCHES DES BALKANS
Les Etats-Unis et les pays de l'Union Européenne se font la guerre pour conquérir les marchés en Bosnie et au Kosovo, estime "Le Figaro Economie". Le journal cite le
colonel Ponroy, qui dirige le service "Affaires civilo-militaires" de l'armée, selon lequel : "Rien
n'est plus comme en Bosnie. Nos soldats au Kosovo sont conscients des conséquences économiques de notre présence militaire".
Après la guerre en Bosnie, les entreprises françaises n'ont eu, selon la même source, que 3% de contrats de reconstruction contre 10% pour les Américains, les Allemands ou les Italiens. Au Kosovo, les Français auraient compris que, pour s'imposer, il fallait mener une guerre commerciale parallèlement aux opérations militaires.
Au Kosovo, la France a eu 30% des contrats de reconstruction. La firme Alcatel
doit fournir l'équipement pour la téléphonie mobile GSM d'une valeur de 114 millions de FF, tandis que
Alstom s'est vu attribuer la première phase de la reconstruction de la centrale thermique Kosovo B. D'après le Figaro, la France a conclu au Kosovo des contrats
d"une valeur totale de 400 millions de Francs.
Ces affaires se font par l'intermédiaire de l'ACM (Affaires civilo-militaires),service constitué en 1997, comprenant des réservistes de différentes professions (ingénieurs agronomes, juristes, banquiers ... ) détachés dans les unités au Kosovo et dont les rapports ne vont plus au ministère de la défense
mais à M. Roger Fouroux, président de la mission interministérielle pour le Kosovo.--
Le système d'enseignement en B-H
"L'actuel système de l'enseignement ne fait que renforcer les divisions en B-H et se réduit dans la pratique, à trois différents systèmes parfaitement hermétiques a déclaré le député hongrois Gabor Tamas Nagy au Conseil de l'Europe, au cours du débat qui a suivi la présentation, par un délégué socialiste espagnol, d'un rapport sur l'enseignement en B-H. L'agence SENSE qui rapporte ces propos ajoute que tant ce rapport que les discussions qui l'ont suivi ont souligné à quel point ce système était caractérisé par "la ségrégation ethnique des enfants, l'introduction de stéréotypes outrageants dans les manuels et un manque total de coordination entre les organes compétents des entités et des cantons". Il a été proposé de proclamer un moratoire de quatre années sur les cours d'histoire moderne en B-H (portant sur les dix dernières années), tant qu'un programme uniforme n'aura pas été élaboré avec l'aide du Conseil de l'Europe et d'historiens européens. L'objectif de ce programme sera de veiller à ne pas "sataniser" les autres nations, ni semer la haine ou l'esprit de vengeance. Le président de la Commission pour la culture et rééducation, Pedro Roseta, a rappelé la position de la Banque mondiale, qui s'est engagée à financer l'édition des manuels scolaires en B-H et qui est décidée à "ne consentir aucun crédit tant qu'un système d'enseignement unifié n'aura pas été adopté". L'un des représentants de la Suède a pour sa part déclaré : "Les accords de Dayton n'offrent aucun instrument permettant d'harmoniser les programme scolaires". Les membres de la délégation de B-H ont mentionné l'influence des pays voisins "tant à l'Est qu'à l'Ouest" comme l'un des principaux problèmes dans ce domaine. Ils ont dénoncé le contenu des manuels, surtout ceux de la Republika srpska où "le principe de l'exclusivisme racial et religieux est évident". Cette discussion s'est terminée par une déclaration recommandant qu'au cours de l'élaboration des programmes pour les classes de langue et d'histoire l'on tienne compte des différences, mais que l'on évite soigneusement tout ce qui pourrait porter atteinte aux sentiments nationaux des autres. Il a par ailleurs été proposé de créer des écoles expérimentales multiethniques à Mostar et Brcko - futurs noyaux d'un nouveau système «enseignement multiethnique en B-H.
DE LA RESPONSABILITÉ DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
En Bosnie, les discussions sur les responsabilités de la stagnation dans le processus de normalisation se poursuivent. Les responsabilités des autorités locales ont été ici souvent évoquées. Restent celles des protecteurs internationaux. Bogic Bogicevic, vice-président du SDP (dans une interview accordée à l'hebdomadaire Dani début avril); Srdjan Dizdarevic, président du Comité Helsinki en B-H, Wolfgang Petrisch, Haut Représentant de la communauté internationale en BH et Nikola Grabovac, président du gouvernement de l'alternative de B-H. sont intervenus au cours d'un débat organisé par le CERCLE 99, début avril et ont exprimé leur opinion à ce sujet.
Bogic Bogicevic : " ... Le grand problème de la communauté internationale est qu'elle n'a jamais voulu écouter ceux qui étaient contre la guerre. Elle a respecté les autorités en place, respecté les chefs, parcequ'ils détenaient le pouvoir, pourquoi en effet perdre son temps à discuter avec quelqu'un qui n'a rien d'autre à offrir qu'une simple vision, même si c'est la vision d'un futur juste et de véritables solutions ? C'est pourquoi tout cela dure si longtemps. Aujourd'hui encore certains représentants de la communauté internationale continuent à raisonner de la même manière. Peut-être consultent-ils désormais plus volontiers certains représentants de l'opposition, mais je crains que ce ne soit trop tard. Pourtant cette communauté a fait là un investissement trop élevé, il s'agit d'un projet trop important pour qu'elle y renonce facilement. La communauté internationale restera ici encore longtemps".
Srdjan Dizdarevic : " ... L'évaluation du rôle de la communauté internationale dans la mise en oeuvre des Accords de Dayton met à jour certains paradoxes...
- La reconnaissance tardive et insuffisante, en tant que partenaire approprié, du "quatrième parti", de l'alternative démocratique, y compris les partis politiques et organisations
non-gouvernementales. Le fait d'avoir négligé ces forces positives a ralenti l'ensemble du processus de normalisation dans le pays.
- La communauté internationale n'a pas accordé suffisamment d'importance au respect des libertés et droits de l'homme
garantis par les accords de Dayton. Il y a de nombreux exemples où ces droits ont été bafoués pour permettre au pouvoir, à tous les niveaux, de faire certaines concessions politiques. Citons par ailleurs la répugnance de cette communauté à arrêter les criminels de guerre présumés, bien que cela soit là l'une des conditions sine que non à la stabilisation de la paix. Il était illusoire de s'attendre à ce que les autorités locales procèdent elles-mêmes à l'arrestation de ces criminels. Le manque de détermination dans ce domaine nous a placé dans une situation où les principaux protagonistes de la guerre restent aujourd'hui encore, hors «atteinte des troupes étrangères en B-H.
- Notons également un défaut de transparence dans certaines démarches initiées par la communauté internationale et l'obstruction opposée par les autorités de la
BH à la réalisation de plusieurs clauses des accords de Dayton. Une plus grande transparence permettrait très certainement d'élargir le champ d'action des forces démocratiques, des citoyens avant tout, et de renforcer leur influence sur le cours des événements et la consolidation de la
paix.
- J'aimerais enfin mentionner le fait qu'une certaine partie de l'aide internationale
n'a pas été orientée conformément à l'esprit des Accords de Dayton, le fait aussi que certains représentants de la communauté internationale ne se sont pas montrés à la hauteur de leur mission, que ce soit au niveau de leurs compétences ou de leur orientation".
Wolfgang Petrisch a déclaré, au cours de la même réunion, que les Accords de Dayton n'étaient pas la Bible et que l'on pouvait les changer", tout en ajoutant qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que la communauté internationale s'en charge." Vous devez le faire vous-mêmes. Si les hommes politiques ne sont pas capables, qu'ils se retirent! ". Comme si toutes les fautes étaient du coté bosniaque! Plusieurs participants lui ont fait entendre que la communauté internationale avait, là aussi, sa part de responsabilité. Nikola Grabovac, président du gouvernement de l'AIternative, lui a d'ailleurs rétorqué. "Votre Dayton est le Dayton des ethnies et non des citoyens!", soulignant que c'était "la communauté internationale elle-même qui maintenait les structures actuelles (i.e. les oligarchies nationalistes) au pouvoir, et qu'elle n'avait pas non plus de stratégie de développement ni de plan macro-économique. Et lorsque nous parlons économie, vous manquez de bons conseillers". Cette réplique a été tout spécialement applaudie par la salle. Petrisch devrait essayer de s'en souvenir.
Citons pour finir Franjo KOMARICA, évêque de Banja Luka: "J'ai posé la question (suivante) à l'ambassadeur d'un pays européen très influent "Est-ce que vous nous considérez comme des hommes?". Il m'a répondu : "Pour moi vous êtes des hommes mais pas pour mon président ni pour mon gouvernement même si je ne suis pas de cet avis". Peut-être cette réponse n'est-elle pas diplomatique mais elle est certainement franche". (extrait d'une interview publiée dans le Reporter de Banja Luka et rapportée par le Courrier des Balkans)
Mirjana Miocinovic, ancien professeur à l'Université de Belgrade, la première, et, disons le, la seule des professeurs à avoir démissionné dès 1991 pour protester contre la guerre, a déclaré récemment (au cours d'une table ronde de l'Alternative serbe organisée à Ulcinj, Montenégro) : "Les Serbes sont effectivement et collectivement responsables et coupables. Non seulement pour avoir toléré un régime qui a fait tant de mal - ce qu'ils continuent à tolérer «une certaine manière - mais également coupables pour avoir élu, de leur propre gré, un régime fondé sur le mal. Pire encore, ils l'ont fait volontairement, soumis à aucune pression, aucune terreur. Lorsque vous acceptez l'idée que vos droits sont supérieurs à ceux des autres, lorsque vous vous imaginez que vous pouvez accepter un pouvoir qui ne vous offre que des perspectives sélectives, exclusives, qui sous-entend que vous devez porter atteinte aux autres, usurper quelque chose aux autres, alors vous êtes moralement responsables d'avoir aidé à établir ce pouvoir. J'estime donc que nous autres Serbes sommes coupables d'avoir accepté un pouvoir basé sur le principe du mal.
CONFÉRENCE DES DONATEURS POUR LE PACTE DE STABILITÉ
Selon l'agence de presse SENSE, les bénéficiaires de l'aide financière accordée dans le cadre du Pacte de stabilité ont quitté Bruxelles persuadés qu'après la Conférence des donateurs,
L'argent allait couler à flot. Pourtant la première conclusion de cette conférence a été de conditionner l'attribution de cette aide principalement à la volonté exprimée sur le terrain de lutter en faveur de la démocratisation, à la coopération régionale et à l'adoption de l'ensemble des
normes imposées par l'Occident. On a aussi tendance à oublier que toute l'aide accordée ne sera pas donnée. Il est vrai que les crédits seront particulièrement favorables, mais ils devront être remboursés. Or, de 70 à
80% des fonds réunis ou garantis au cours de cette première conférence régionale des donateurs, ont été alloués sous cette forme de crédits "particulièrement favorables". Moins d'un tiers à peine des sommes allouées le seront sous forme de dons. Une déclaration officielle, selon
laquelle sur les 2,4 milliards d'Euros promis, une partie a été déjà assurée, l'autre n'étant que "promise", prouve qu'il ne faut pas se faire trop d'illusions.
Souvenons-nous des cinq conférences de donateurs pour la Bosnie et de la conférence pour le Kosovo, au terme desquelles les sommes réparties ont été très lentes à venir, sans atteindre toujours le montant promis. Il semble pourtant que les fonds obtenus par quinze des projets présentés devraient être rapidement disponibles. Mais les gouvernements et citoyens devront s'engager eux-mêmes sur place et prendre de plus en plus leur propre avenir en mains. La Serbie demeure exclue du bénéfice du Pacte de Stabilité tant que Milosevic reste au pouvoir. L'Union Européenne et les Etats-Unis envisagent par ailleurs d'aider directement certaines municipalités d'opposition dans le prolongement de ce qui a déjà été fait pour Cacak, Nis, Kraljevo,
Pirot, etc.
Bosnie-Croatie : Selon l'agence de presse BEP, le budget de la Croatie pour l'année 2.000 prévoit une somme d'1 milliard de kunas (environ 900 millions de FF) à titre d'aide aux citoyens et institutions croates de Bosnie-Herzégovine. L'aide accordée au HVO (Forces armées croates en B-H) sera de 300 millions, soit une baisse supérieure à 200 % par rapport à 1999. Les victimes de la guerre toucheraient 121 millions, soit deux fois moins que l'année dernière. Le montant alloué pour les retraites est de 362 millions, chiffre supérieur à celui de 1999. Mais l'on ne sait pas si cette somme est destinée aux retraités civils ou militaires. Par ailleurs, à partir de mai 2.000, c'est l'Etat de B-H qui devra prendre en charge les 20.000 retraités de B-H domiciliés en Croatie. Pour en assurer la transparence, l'ensemble de ces fonds devront être envoyés via les institutions centrales de B-H et le Haut représentant de la communauté internationale. Jusqu'aux récentes élections, l'aide de la Croatie était envoyée directement aux institutions para-étatiques de 1"'Herzeg Bosna". Les nouveaux dirigeants croates ont promis de changer radicalement leur pol9croate et de cesser tout soutien aux extrémistes nationalistes croates en B-H
Suite à la défaite électorale du HDZ, un nouveau parti politique vient de se former sous le nom de Centre Démocratique. Il sera présidé par Maté Granic, ancien ministre des Affaires Etrangères et comprend d'anciens membres du HDZ dont V Skaozbolt, F. Greguric, H.Sarinic. Selon M. Granic, le CD souhaite sortir la Croatie de la crise sociale et économique et de son isolement international, à établir de nouvelles relations avec la Bosnie et la RF de Yougoslavie et à défendre la tolérance religieuse et nationale. Le HDZ, ou ce qui l'en reste, doit se réunir en congrès national fin avril.
"Votre lettre m'apporte des informations qui m'intéressent au plus haut point.- tout ce qui concerne Sarajevo et la Bosnie a une résonance dans nos
cœurs et notre réflexion. Merci de votre aide dans vos efforts d'approche de la situation présente et de la construction du futur d'un pays qui doit retrouver sa tolérance et que nous aimons car il a tant souffert
Ian Zebowski - Briançon
MEDIA POOL UNE LIAISON ENTRE LES MEDIAS PROFESSIONNELS
Le 23 mars dernier, onze représentants de divers instituts médiatiques et Agences de presse de l'Europe du Sud-Est ont signé, à Sarajevo, un accord sur la création d'un Pool médiatique pour un journalisme libre et indépendant dans cette région.
Le but de ce Pool est d'encourager la libre circulation de l'information, de procéder à un échange d'initiatives,
d'idées et d'expériences et de promouvoir la communication et la compréhension entre les organisations médiatiques de la région. Cet accord de coopération a été signé par des représentants de Media Plan (Sarajevo), de l'Institut pour la loi médiatique (Ljubljana), l'Institut de recherches sociologiques, politiques et juridiques (Skoplje), le Centre international de formation des journalistes (Opatija), le Centre pour le développement des médias (Podgorica), le Centre médiatique (Belgrade) et l'Institut des médias albanais (Tirana), de même que par les agences de presse BETA (Belgrade), SAFAX (Sarajevo), MONTENA FAX (Podgorica), et STINA (Split). Le Pool est ouvert à toutes les autres organisations médiatiques qui poursuivent les mêmes objectifs.
Le Pool des médias est également ouvert à toutes les organisations professionnelles, instituts et agences de presse de la région de
l'Europe du Sud-Est. Outre l'intérêt professionnel et matériel présidant généralement à ces formes d'association, le but de ce Pool est la promotion des valeurs du Pacte de stabilité, fondé à Sarajevo l'année dernière. Tout aussi important est le fait que le Pool englobe aussi des organisations indépendantes de la R.F. de Yougoslavie - c'est-à-dire de Serbie - laquelle, si elle ne fait pas officiellement partie du Pacte en tant qu'Etat, sera libre de
s'y joindre dès que le régime de ce pays aura changé.
Compte tenu de l'interruption de Convergences, que nous espérons temporaire, l'Association Sarajevo pense utile de faire une place plus importante dans son bulletin aux informations sur la vie des Collectifs et Associations qui continuent leurs actions en faveur de la Bosnie-Herzegovme et plus largement du Sud-Est Européen. N'hésitez donc pas à nous tenir informés de toutes vos initiatives, soit par fax au 0144 23 76 79, soit par e-mail à Sarajevo@ras.eu.org
Le jury du Deuxième Festival international des films consacrés aux droits de l'homme, a décerné un prix au fîlm
anglo-américano-hollandais "Des pleurs dans la tombe" de Leslie Woodhead, qui raconte le massacre perpétré à Srebrenica, ceci à titre de "témoignage le plus émouvant". Le jury, dirigé par le jeune metteur en scène tchèque Sasa Gedeon, a tout particulièrement apprécié l'ampleur du matériel documentaire rassemblé par Woodhead. "
Ce matériel et les entretiens menés avec les témoins permettent de se faire une image émouvante, mais aussi précise, du déroulement du crime massif le plus atroce ayant été commis au cours de l'après-guerre en Europe", a-t-il déclaré. Ce film a d'ailleurs été présenté dans de nombreuse métropoles mondiales, où il a remporté un véritable succès et s'est attiré de nombreux éloges. Il a par ailleurs été récemment projeté au Centre pour la décontamination culturelle de Belgrade,
L'un des principaux événements culturels de la saison théâtrale en Alsace aura été la représentation, au théâtre "Manufacture" de Colmar, de "l'Encyclopédie des morts", tirée de l'oeuvre de Danilo Kis et mise en scène par Thierry Bedard. Ce fut l'occasion de redécouvrir l'oeuvre de Kis, que Thierry Bédard décrit comme "l'une des plus puissantes et plus passionnantes de la seconde moitié du XXè siècle". Daniko Kis traite d'un thème aujourd'hui des plus actuels, à savoir la façon dont les régimes totalitaires modernes font de la vie des hommes un "insupportable cauchemar". Si le public a fait preuve d'un grand intérêt pour ce spectacle, c'est aussi parce que Kis a vécu pendant deux ans en Alsace. De 1962 à 1964, il a en effet été lecteur à l'Université de Strasbourg où il enseignait la littémture moderne. C'est à Strasbourg, rappeIons-le, que Kis a traduit Verlaine, Chénier, Lautréamont et écrit l'un de ses romans "Jardins - cendres ". La pièce était interprétée par les membres du groupe "Notoire". Cette représentation, inspirée par un motif de Kis, évoque "un terrible voyage au cœur même de la monstruosité du XXè siècle", selon l'un des critiques de ce spectacle.
"Nous n'avons plus ni villes, ni maisons ni biens. Nous avons le droit de chercher nos enfants, nos maris, nos pères et nos frères, et nous allons les chercher jusqu'à la limite de nos forces. Nous avons le droit de connaître la vérité."
En commémoration du 5ème anniversaire de la chute de Srebrenica, les associations SSVDS (Paris) et Mères pour la Paix (Lille), en liaison avec l'association bosniaque Femmes de Srebrenica, organisent un voyage en Bosnie du 8 au 15 juillet 2000.
Programme provisoire : manifestation à Sarajevo, pose de la première pierre d'un mémorial à Potocari, visite à Srebrenica et des manifestations culturelles bosniaques et internationales à Sarajevo, Tuzla et Vogosca.
Ceux qui ne peuvent pas se déplacer sont invités à participer à une manifèstation à Paris ou dans leur ville. Les thèmes : la fin de l'impunité pour les criminels, la recherche de la vérité, et les retours. Il faut que cette triste
anniversaire serve à mobiliser les volontés pour que les survivants, ainsi que tout le peuple bosniaque, puissent enfin trouver la voie à un début de vie normale en sécurité et en paix.
Contacts: pour le voyage :
- SSVDS, 6 square Villaret-de-Joyeuse, 75017 Paris, tél 0144 40 08 41, fax 01 45742284.
- Mères pour la Paix, 71 rue Gaston Baratte, 59650 Villeneuve d'Ascq, tél & fax 03 20 64 03 97, e-mail
nrousseau@nordnet.fr
Pour la manifestation à Paris
- Julie Wornan, tél 01 42 04 35 83, e-mail juliewornan@iname.com
HCA Youth Network en Bosnie-Herzégovine
Au cours de ces dernières années, le HCA (Helsinki Citizen Assembly) a mis en place, en direction de la jeunesse de
Bosnie-Herzégovine, un réseau d'associations, ensemble informel d'ONG et d'organisations apolitiques. Son but : répondre aux besoins des jeunes, toute entité confondue, les amener à s'engager activement dans la construction d'une société démocratique et dans le renforcement de la société civile.
Un bulletin imprimé en bosniaque, croate, serbe, anglais, rend compte chaque mois des activités, réalisations, projets dans des domaines aussi variés que les Arts et la Culture - expositions de peintures, photographies, caricatures, concerts, danses traditionnelles; l'Enseignement -séminaires de réflexion autour des programmes et projets pédagogiques; les Médias - participation de jeunes à des émissions de radio, télévision; la Société - séminaires, ateliers d'études, conférences sur les thèmes de la démocratie, des droits de l'Homme, de l'écologie, du rôle des jeunes dans les changements sociaux. etc. Ces associations sont implantées dans la plupart des villes de BH (Tuzla, Bihac, Zenica, Brcko, Visegrad, Mostar, Banja Luka).
Pour plus d'informations, vous pouvez prendre contact avec les responsables du bulletin à l'adresse
internet suivante : http://www.hcamreza.com.ba
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