Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 85 Avril 2000

LES ÉLECTIONS
MUNICIPALES
EN BOSNIE-
HERZÉ
GOVINE

Résultats - témoignages -
réactions - commentaires
conséquences - perspectives

S'il ne faut pas prématurément crier victoire au vu du résultat des élections municipales en Bosnie-Herzégovine, on doit néanmoins mesurer à quel point il traduit un changement capital pour le pays. Après l'inversion de cap opérée à Zagreb, c'est le deuxième signe important qu'il n'y a aucune fatalité à ce que la région s'installe sous l'autorité permanente de régimes nationalistes et autoritaires.
Le S.D.R (parti social-démocrate) conquiert la majorité absolue à Sarajevo, la consolide à Tuzla, la gagne dans les principales municipalités du canton de Tuzla, arrive en tête dans des villes aussi symboliques à divers titres que Gorazde et Zenica. Il l'emporte dans la plupart des centres urbains de la Fédération. Il serait certainement faux d'attribuer principalement ce succès à sa profession de foi "citoyenne", mais il est remarquable que les électeurs qui ont .voulu sanctionner l'incapacité et la corruption du S.D.A. aient apporté leurs voix, en toute connaissance de cause, à un parti qui par son programme et ses dirigeants, conteste les barrières "ethniques" dressées par ses concurrents.
Il reste évidemment que le S.D.A. maintient son emprise dans les milieux ruraux de la Fédération et que les partis nationalistes demeurent dominants en R.S. aussi bien que dans les zones contrôlées par le H.D.Z. Mais on peut là aussi percevoir que la situation n'est pas aussi figée qu'elle semble l'être.
Il faut remarquer du côté bosniaque que le S.D.A. a concédé du terrain au profit du parti de Silajdzic, qui hésite sur ses alliances. La démission du Premier Ministre de la Fédération Edhem BICAKCIC est une conséquence directe du camouflet reçu par Izetbegovic.
En R.S., la prédominance du S.D.S. résulte d'abord, non d'une avancée, mais d'un regroupement des électeurs ultra nationalistes par suite de l'interdiction faite au parti de Seselj de se présenter. Le poids des réputés "modérés" du parti de Dodik, qui a beaucoup progressé et d'un Nouveau parti "centriste" créé par Mladen Ivanic équilibre en fait le bloc ultra, qui, globalement, perd du terrain. Par ailleurs, si le H.D.Z. continue de dominer la scène "croate", ce n'est plus avec la même virulence. Il est affaibli par l'effondrement de sa maison mère, par l'apparition de partis rivaux et un désarroi révélé par un fort taux d'abstentions parmi ses électeurs habituels. Le SDP réalise parfois de très bons scores sur ce qui était considéré comme la "chasse gardée" du nationalisme croate. Tous ces éléments devraient être mis à profit pour que la dynamique enclenchée par le résultat de ces élections débouche sur de nouvelles avancées. La suite dépend des forces démocratiques qui agissent en Bosnie, auxquelles personne ne peut se substituer mais qui doivent être aidées. L'appui aux municipalités qui viennent d'être gagnées par l'opposition est évidemment une priorité qu'il faudrait faire reconnaître en France et en Europe.
Quant à la résistance au changement opposée par ceux qui ne veulent rien renier de leur passé, elle doit être brisée sur au moins deux points qui rie relèvent pas de la politique courante mais de la justice et des droits de Il'homme: il s'agit de l'arrestation des criminels de guerre et du retour des réfugiés et expulsés. C'est au Haut Représentant et à la SFOR qu'il revient de les imposer pour ajouter une pièce décisive à la partie qui se joue et qui devra finir de se jouer à Belgrade, L'imposante manifestation belgradoise du 14 avril a révélé l'impatience des Serbes de voir partir Milosevic mais l'opposition officielle n'a toujours pas montré comment elle voulait assurer le renversement du régime, par quels moyens et pour quelle politique réellement alternative.

Sommaire
LES ÉLECTIONS MUNICIPALES EN BOSNIE- HERZÉGOVINE
  Résultats - témoignages - réactions
RETOUR SUR LES BOMBARDEMENTS CONTRE LA SERBIE
MESSAGERS DE LA PAIX
La vie du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie
  Momcilo Krajisnik à la Haye
  Srebrenica : un officier hollandais témoigne
  Nouvelle coopération de la Croatie ...
  ... et de la France
BATAILLE POUR LES MARCHES DES BALKANS
Le système d'enseignement en B-H
DE LA RESPONSABILITÉ DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
Une responsabilité collective
CONFÉRENCE DES DONATEURS POUR LE PACTE DE STABILITÉ
ENTRE VOISINS
Le démantèlement du HDZ
Courrier
MEDIA POOL UNE LIAISON ENTRE LES MEDIAS PROFESSIONNELS
Avis aux lecteurs !
Palmarès
En Alsace
Srebrenica : 5 ans déjà
HCA Youth Network en Bosnie-Herzégovine

 

LES ÉLECTIONS MUNICIPALES EN BOSNIE- HERZ ÉGOVINE

PROGRESSION DES SOCIALISTES

  1. LES RÉSULTATS

    Deux millions et demi d'électeurs soit 70% des inscrits- ont élu, lors des secondes élections municipales organisées depuis la guerre (les premières avaient eu lieu en 1997) quelques 3.300 conseillers municipaux pour les quatre années à venir. Elles se sont déroulées dans les 145 municipalités (61 en Republika Srpska, 85 dans la Fédération), ainsi que dans la commune de Mostar. Dans le district de Brcko et à Srebrenica, les élections ont été reportées, semble-t-il jusqu'en octobre prochain. Selon nos sources, un grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées n'ont pas participé au scrutin, ce qui est décevant, d'autant plus que la diaspora bosniaque compte un très grand nombre de cadres. Oslobodjenje affirme que la majorité des Croates se sont abstenus, suite à la confusion où les a jetés l'effondrement du HDZ en Croatie.

    Le grand gagnant de ces élections est le SDP (Parti social-démocrate de Lagumdzija et de Beslagic) qui a remporté une victoire absolue ou relative dans une vingtaine de villes où il a battu le SDA (le Parti d'action démocratique d'Izetbegovic). Le SDP, qui ne disposait auparavant que d'une seule municipalité (Tuzla), l'a remporté dans la capitale, Sarajevo (forteresse du SDA), ainsi qu'à Zivinice, Lukavac (centre industriel), Srebrenik et, bien évidemment à Tuzla. Bien que n'ayant pas obtenu la majorité, le SDP semble avoir été pourtant le parti le plus populaire à Zenica (plus grand centre sidérurgique de l'Europe du Sud-Est), Gorazde, Gracanica, Maglaj (industrie du papier) et Breza (centre minier). Le SDA d'lzetbegovic: a gagné dans 24 municipalités, mais a perdu dans les milieux urbains. D'ailleurs, son vice-président Tihic a ouvertement exprimé sa déception après l'annonce des résultats à Sarajevo, Tuzla et Gorazde.

    A noter que le SDA a obtenu de bons résultat dans les villes où persistent de fortes tensions nationalistes telles que Mostar, Bugojno, Travnik. Mais beaucoup de ceux qui votaient autrefois pour le SDA ont préféré cette fois-ci le SDP. On constate avec intérêt le renforcement du Parti pour la B-H de Haris Silajdzic, qui s'est présenté indépendamment dans la plupart des villes. Il a obtenu plus de votes que le SDA à Tuzla et dans d'autres petites villes. Dans les régions à majorité croate, la Communauté démocratique croate (HDZ) était pratiquement hors concurrence, le parti s'étant de nouveau déclaré "mouvement populaire pour lutter contre une majorité bosniaque".

    En Republika srpska, le SDS (Parti démocratique serbe de Karadzic, actuellement présidé par Kalinic) a recueilli plus de suffrages que le SNSD (Parti indépendant des sociaux-démocrates de Milorad Dodik), favori de la communauté internationale. Il l'a devancé dans 52 municipalités (sur 61). Viennent ensuite le PDP (Parti du progrès démocratique) de Mladen Ivanic, dont la campagne électorale a été menée sous le signe de la xénophobie ; les socialistes de Zivo Radisic (Parti socialiste de la Republika srpska apparenté au parti de Slobodan Milosevic et qui s'est déjà scindé en deux, donnant naissance à un "Parti démocratique serbe") ; enfin le SNS (l'Alliance populaire serbe de Biljana Plavsic) est cinquième et ne contrôlera que trois petites communes.
    La répartition des municipalités est donc désormais la suivante :

    SDS - 49,
    HDZ - 25,
    SDA - 23,
    SDP - 15, 
    KCD (Coalition entre le SDA et le Parti de Silajdzic) - 11,
    SNSD de Milorad Dodik - 4, 
    SNS de Biljana Plavsic - 3,
    SP RS, l'Union populaire démocratique et Parti pour la B-H - 1.
  2. LES TÉMOIGNAGES

    Deux observateurs de l'OSCE ont bien voulu nous apporter leur témoignage :

    J.P à Bijeljina (Republika srpska):..."Les élections se sont déroulées dans le calme et avec beaucoup de sérieux. Aucune tentative de fraude et ceci pour deux raisons : l°) si fraude il y a eu, elle a eu lieu dans la composition des listes électorales. 2°) C'est la même situation que celle que j'avais connue (autrefois) à Mostar-ouest : le parti nationaliste au pouvoir (le SDS) est trop sûr de sa victoire pour courir le risque de se voir suspecté d'irrégularité. Certains craignent d'ailleurs que la défaite du SDA en Bosnie ne soit moins importante que prévu... Je suis très choqué par le dédain avec lequel les "citadins" parlent des gens de la campagne. En Bosnie comme ailleurs, il n'y a pas de gens illettrés ou sans éducation, il y a des gens maintenus volontairement dans cet état par les partis au pouvoir, parce que cela fait leur efficacité."

    R.D., à Livno (sous contrôle "croate") :" ... Point de bouleversements dans les élections qui voyaient pour la première fois un transfert partiel des responsabilités de l'OSCE vers les représentants locaux. En dépit de l'agressivité quelquefois véhémente de membres pro-HDZ (le parti nationaliste croate) dans certains bureaux de vote, la journée s'est déroulée dans le plus grand calme et les 50 ou 55% de votants n'ont pas provoqué la déroute des partis nationalistes mais tout au plus un certain effritement. Les récents bouleversements de la très proche et très présente Croatie semblent encore bien lointains, d'autant que les réflexes de crainte font encore voter pour les partis nationalistes, que l'on soit "Croate" ou Musulman ...
  3. LES RÉACTIONS.
    Zlatko Lagumdjzidja, président du SDP : ces élections ont entraîné "les changements les plus importants depuis Dayton ... Mais, il ne s'agit que de la première mi-temps, la  seconde aura lieu aux élections législatives en automne prochain, où l'on verra enfin si la Bosnie fait partie de  l'Europe ou n'est qu'un petit pays pauvre, dont les habitants n'ont aucune perspective".

    Zdravko Grebo, professeur à l'Université de Sarajevo, parle "de signes d'un changement radical. La peur de l'Autre a reculé, les citoyens ont commencé à réfléchir par eux-mêmes et dans leur propre intérêt".

    A Bruxelles, l'UE se contente de constater "un petit pas en avant, en raison du vote non-nationaliste des Bosniaques", tout en émettant des réserves à l'égard du vote nationaliste des blocs "serbe" et "croate". l'UE rappelle, par ailleurs, que le rapprochement de la BH des mouvements intégratifs euro-atlantiques dépendra avant tout de l'adoption par ce pays des standards européens, du renforcement de leurs institutions communes, du retour des réfugiés et du respect des droits de l'homme.

    L'International Crisis Group (ICG), qui suit de près et avec beaucoup de compétence la situation en Bosnie, se dit à la fois encouragé et déçu par les résultats des élections. Encouragé, car dans les villes les plus importantes, et notamment à Sarajevo, Tuzla, Zenica, les citoyens bosniaques ont voté pour le changement et contre le SDA au pouvoir. Déçu parce qu'en Republika Srpska et à l'ouest de I'Herzégovine ces élections ont "surtout pris la forme d'un recensement ethnique"
  4. COMMENTAIRES.

    Voici quelques commentaires en provenance de Banja Luka (Radmila KARLASH), Tuzla (Sinan ALIC) et de Sarajevo (ZIJA.D.)

    Radmila Karlash, journaliste à Banja Luka:

    "... Après ces élections, le SNSD de Dodik est devenu un parti plus puissant, alors que l'Alliance populaire serbe (SNS) de Biljana Plavsic a subi une cuisante défaite. Son partenaire dans la coalition, le Parti socialiste de RS (SPRS) s'est même retrouvé marginalisé. Ces deux partis doivent leur défaite à Dodik, de la même façon les SDS et PDP lui doivent leur succès. Ainsi l'identification de Dodik à SLOGA a renforcé le SNSD, qui a mis le SNS dans sa poche, tandis que les socialistes rejoignaient massivement le nouveau parti SDP (Parti socialiste démocratique), qui a été formé uniquement pour soutenir Dodik et rejoindra la coalition SLOGA.

    A la différence des socialistes, en pleine désintégration, pour les membres du parti de Biljana Plavsic les règlements de compte ne font que commencer..
    Ces mêmes maladresses ont contribué aux bons résultats du Parti démocratique serbe (SDS), qui domine de nouveau la scène politique dans cette entité. Elles ont également servi le Parti pour le progrès démocratique (PDP), parti relativement nouveau de Mladen Ivanic, qui vient de rejeter la proposition de Milorad DODIK de rejoindre la coalition SLOGA. Il se dit un "parti du centre", luttant pour la prospérité économique de la région. L'orientation de Dodik semble être celle que le monde voudrait voir mise en oeuvre. D'autant plus que l'option sociale-démocrate l'a emporté sur l'option nationaliste dans la Fédération de BH. D'ailleurs ces élections locales n'ont servi à ces partis qu'à essayer de se placer aux premiers rangs, dans l'optique de la prochaine reconstitution du paysage politique en RS. Le retour des ténèbres, ou une nouvelle aube - reste à voir."

    Sinan Alic - Tuzla :

    "Pour ce qui est du canton de Tuzla, le SDA a essuyé une cuisante défaite, comparable à celle du HDZ, et n'aura sans doute même pas sa place à l'assemblée municipale. Cette vague de socio-démocratie a également envahi Zivinica, Gracanica, Srebrenik et Lukavac, où nous détenons maintenant le pouvoir. Il ne nous a manqué que 2 à 3 % à Banovicima. Donc, la seconde mi-temps, au mois de septembre, marquera la fin du match et il nous faudra les écraser ... à condition que la communauté internationale ne décide pas de retarder les élections, car le fer se forge pendant qu'il est chaud. Il est évident qu'en Republika Srpska, le SDS reste en tête, tout comme le HDZ dans les communes à majorité croate. Leur désenchantement nationaliste prend plus de temps que chez nous. Mais, on n'y peut rien. L'important est que cela ait commencé à bouger, et il n'y aura pas de retour en arrière."

    Zija D..journaliste à Sarajevo :

    "Les dirigeants du SDA semblent résignés. On s'efforce maintenant de rechercher les coupables et l'on s'attend au départ de certains. Mais ce ne sont pas seulement les personnalités qui sont compromises, c'est le SDA tout entier en raison de son approche et de sa pratique politiques... Si l'on veut créer un nouveau concept politique en B-H, il faut absolument abandonner toute idée d'une division "tri-nationale" du pays...

    Le problème de Haris Silajdzic (dont le parti a enregistré une certaine progression aux élections) est de décider s'il veut se transformer en un parti citoyen du centre ou reconnaître, qu'en fin de compte, il n'est que la main prolongée d'Izetbegovic ...

    On peut s'attendre à ce que les élections générales (prévues en principe pour le mois d'octobre prochain) représentent un nouveau pas en avant vers la démocratisation de la FB-H. En RS, la consolidation de Dodik, qui soutient Dayton, paraît importante ... Le PDP de Mladen Ivanic s'est affirmé en RS, mais il joue ouvertement la carte nationaliste. Il lui faudra pourtant, s'il espère obtenir un soutien international, accepter les principes de Dayton. Le SDS semble être le parti jouissant du plus grand soutien, mais il s'effrite.
    Néanmoins la démocratisation de la RS reste possible, si les autorités internationales interviennent résolument, et immédiatement, en faveur du retour des réfugiés." 

RETOUR SUR LES BOMBARDEMENTS CONTRE LA SERBIE

Devant la floraison des publications qui réécrivent l'histoire de l'intervention militaire de l'Otan du primtemps dernier contre la Serbie, le comité de rédaction de la "Lettre de Sarajevo" tient à rappeler sa position. Depuis qu'elle s'est constituée dans l'été 1992, l'Association Sarajevo a toujours considéré que le régime de Milosevic, à l'origine de la désintégration de la Yougoslavie, ne pouvait se soumettre de son plein gré à des procédures de règlement pacifique des conflits qu'il avait lui-même créés en voulant imposer sa domination à tous les citoyens et peuples de l'ex-Yougoslavie.
C'est pourquoi l'Association a constamment milité pour une action résolue des instances internationales pour mettre un terme aux agressions répétées du pouvoir de Belgrade, par la force si nécessaire. Cette orientation n'excluait pas la mise en cause des responsabilités des diverses autorités qui se sont imposées dans les pays de l'ex-Yougoslavie ni la critique de la politique incohérente et nocive de la prétendue "Communauté internationale dont en bonne place, celle de la France. Après la " Leçon de la Bosnie" tirée par le Secrétaire général des Nations Unies lui même, qui enseignait que refuser d' intervenir effectivement signifiait consentir à des désastres irréparables, l'Union européenne et les Etats-Unis ont décidé de frapper militairement la Serbie pour contraindre les forces de Belgrade à évacuer le Kosovo où la guerre annoncée depuis 10 ans risquait de vider le pays d'au moins la moitié de sa population albanaise, l'autre moitié demeurant sous la sujétion serbe. "La Lettre de Sarajevo" n'a jamais prétendu que les "Occidentaux" agissaient par pure bonté d'âme pour assurer les droits de tous les habitants du Kosovo, mais plutôt parce que la négation des droits des Albanais du Kosovo provoquait immanquablement l'embrasement de toute la région. Il s'est trouvé que l'intérêt géopolitique de l'OTAN coïncidait avec les revendications légitimes des Kosovars albanais.
Seuls ceux qui font passer leur hostilité à l'OTAN avant la défense des peuples attaqués par le régime de Milosevic pouvaient s'élever contre une intervention militaire devenue l'ultime moyen de mettre hors d'état de nuire les forces criminelles qui
avaient amplement fait leurs preuves sur tous leurs terrains d'opération (l'activité du T.P I. l'atteste), y compris et bien avant le 24 mars 1999 au Kosovo. Cette approbation du recours à la force laissait le champ ouvert à toutes les critiques qu'on était en droit d'adresser à l'OTAN quant à sa stratégie, ses méthodes, ses cibles. Les bombardements ont fait de nombreuses victimes innocentes en Serbie et au Kosovo. Elles sont à déplorer comme les centaines de milliers d'autres, comptées en Croatie et en Bosnie-Herzégovine depuis les guerres déclenchées il y a près de 10 ans par Milosevic, régulièrement élu sur son programme de "défense des intérêts serbes".
Certains des adversaires de la "guerre contre la Serbie", qui reconnaissent la pertinence de l'alternative "ou l'OTAN ou l'impuissance", croient y échapper en reconstruisant rétrospectivement la politique qui aurait pu éviter, selon eux, la désintégration de la Yougoslavie ou en échafaudant de beaux projets de refonte du droit international et de ses institutions pour régler les conflits du siècle à venir. Il en existe aussi, souvent les mêmes, qui pensent qu'il était possible de trouver pour le Kosovo une formule de compromis avec Milosevic.
La réalité est qu'après tant d'années de répression et de crimes de masse, après l'expérience des catastrophes autorisées, des tergiversations et des compromis bâclés en Bosnie, il n'existait plus de bonne solution pour le Kosovo, mais la nécessité d'en finir avec l'occupation militaire serbe du pays. Ce but a été atteint dans la douleur et le malheur de tous ses habitants, mais aussi l'espoir retrouvé pour la grande majorité d'entre eux.
Plutôt que de ressasser des arguments éculés qui reviennent à diluer la responsabilité première et principale de la Serbie de Milosevic dans le désastre qui a frappé tous les peuples de l'ex-Yougoslavie, les adversaires de l'intervention de l'OTAN, qui se prétendent aussi les meilleurs amis des démocrates serbes, feraient mieux de demander à ceux-ci de rompre définitivement, non seulement avec le pouvoir, mais aussi avec les revendications et les mythes qui ont mené leur pays à la mine morale et matérielle. Ce serait pour la Serbie, avec la reconnaissance des crimes commis en son nom, la voie d'accès au programme de reconstruction générale des Balkans dans un cadre démocratique, vital pour toutes les populations de la région, comme pour l'Europe. 

MESSAGERS DE LA PAIX

Un groupe d'élèves des écoles primaires de la petite ville de Carrières-sous-Poissy a rendu visite ces jours-ci à l'Ambassade de B-H à Paris pour y remettre un projet élaboré dans le cadre de l'Année internationale pour la culture de la paix. Les Nations Unies ont en effet proclamé l'année 2000 "année de la promotion de la culture de la non-violence et de la paix". C'est l'UNESCO, dont le siège est à Paris, qui est chargé de coordonner l'ensemble de ces actions. Le projet des élèves de cette petite ville des alentours de Paris compte parmi ceux qui ont obtenu son soutien. Leur idée est d'envoyer un message à tous les chefs d'Etat ou de gouvernement des 188 pays membres des Nations Unies. Ils avaient préalablement choisi -au terme d'un concours auquel ont participé 800 petits élèves- la série d'aphorismes, poèmes et oeuvres artistiques devant composer ce message. Les écoliers de Carrières-sous-Poissy se sont tout «abord adressé au président de leur propre pays (Jacques Chirac), qui a accepté de parrainer l'ensemble de cette action. C'est ainsi que depuis le début de cette année, leurs délégations visitent les ambassades de tous les pays membres des Nations Unies. Cela a été, ces jours-ci, le tour de l'Ambassade de BH. Au cours d'une cérémonie organisée par les écoliers eux-mêmes, ils ont proclamé Zeljko Jerkic, chargé d'affaires de l'ambassade et représentant permanent de la B-H auprès de l'UNESCO, "messager de la paix". Les "messagers" sont tenus de remettre personnellement leur message au président de leur pays et d'obtenir une réponse. Ces réponses, ainsi que les poèmes, slogans et oeuvres artistiques choisis par les élèves seront exposés au siège de l'UNESCO, à Paris, au mois de décembre prochain.

La vie du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie


Momcilo Krajisnik à la Haye


Inculpé secrètement le 21 février 2000, arrêté à l'aube du 3 avril à Pale par une unité française de la SFOR, Momcilo Krajisnik est le plus haut responsable politique détenu à ce jour. Il est accusé d'avoir planifié ou commandé, entre le 01/07/1991 et le 31/12/1992, avec Radovan Karadzic et d'autres, la destruction des groupes ethniques des Musulmans bosniaques et des Croates bosniaques dans de nombreuses municipalités de la BH. Il est inculpé de crimes de génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre et violations graves des Conventions de Genève. Son procès a commencé le 7 avril.
Krajisnik présidait l'Assemblée Nationale de la "Republika Srpksa" à Pale entre octobre 1991 et novembre 1995. Co-fondateur du SDS, il était la personne la plus influente de la direction politique avec Karadzic, sur lequel il exerçait une grande influence, prenant une ligne légèrement plus dure que lui. Il faisait partie du Conseil de sécurité nationale de la RS et du commandement suprême de ses forces armées.
Krajisnik est considéré comme l'un des principaux artisans de la politique de purification ethnique. Selon le procureur, le SDS poussait les non-Serbes à quitter les
territoires du futur "Etat serbe" par la pratique d'une terreur visant à rendre leurs conditions de vie impossibles. Ceux qui ne voulaient toujours pas partir étaient déportés ou liquidés.
Après la guerre, Krajisnik a été le membre serbe de la présidence tripartite de BH jusqu'en septembre 1998.
Carla del Ponte a souligné que son inculpation traite de la responsabilité criminelle individuelle de certains dirigeants et qu'il ne s'agit pas d'une accusation collective contre les Serbes bosniaques. Dans cette perspective, le travail du Tribunal devrait réduire la méfiance entre les peuples. Elle a indiqué avoir des raisons de croire que l'arrestation de Karadzic est proche.

Srebrenica : un officier hollandais témoigne

Robert Franken, ancien commandant adjoint de la UNPROFOR à Srebrenica en juillet 1995, a témoigné pendant le procès de Radislav Krstic, accusé de génocide. Franken a décrit la participation de soldats néerlandais dans "l'évacuation" des civils. Il a avoué qu'il s'agissait en fait d'une déportation... approuvée par l'ONU. Il a confirmé que l'ONU avait désarmé les Bosniaques musulmans mais pas les forces serbes ... tout en sachant que celles-ci étaient militairement fortes et disposées à tuer des civils.

Nouvelle coopération de la Croatie ...
Commentant les changements remarquables en Croatie, Carla del Ponte s'est félicité de la "nouvelle et véritable" volonté politique du gouvernement croate à coopérer avec le TPIY, y inclus sur les opérations "éclaire" et "orage". Le transfert à la Haye de Mladen Naletilic (Tuta) en a été une première preuve.

... et de la France
Alain Richard a déclaré que l'arrestation de Karadzic est un objectif principal pour les troupes françaises de la SFOR.

Quelques statistiques

Nombre des inculpations en cours pour... 
- violations graves des conventions de Genève: 37
- crimes de guerre : 65
- crimes contre l'humanité : 58 
- génocide : 9
- crimes sexuels : 19

Le TPIY emploie 832 personnes provenant de 68 pays. Son budget pour 2000 est de $95 942 600.



BATAILLE POUR LES MARCHES DES BALKANS

Les Etats-Unis et les pays de l'Union Européenne se font la guerre pour conquérir les marchés en Bosnie et au Kosovo, estime "Le Figaro Economie". Le journal cite le colonel Ponroy, qui dirige le service "Affaires civilo-militaires" de l'armée, selon lequel : "Rien n'est plus comme en Bosnie. Nos soldats au Kosovo sont conscients des conséquences économiques de notre présence militaire".
Après la guerre en Bosnie, les entreprises françaises n'ont eu, selon la même source, que 3% de contrats de reconstruction contre 10% pour les Américains, les Allemands ou les Italiens. Au Kosovo, les Français auraient compris que, pour s'imposer, il fallait mener une guerre commerciale parallèlement aux opérations militaires.
Au Kosovo, la France a eu 30% des contrats de reconstruction. La firme Alcatel doit fournir l'équipement pour la téléphonie mobile GSM d'une valeur de 114 millions de FF, tandis que Alstom s'est vu attribuer la première phase de la reconstruction de la centrale thermique Kosovo B. D'après le Figaro, la France a conclu au Kosovo des contrats d"une valeur totale de 400 millions de Francs.
Ces affaires se font par l'intermédiaire de l'ACM (Affaires civilo-militaires),service constitué en 1997, comprenant des réservistes de différentes professions (ingénieurs agronomes, juristes, banquiers ... ) détachés dans les unités au Kosovo et dont les rapports ne vont plus au ministère de la défense mais à M. Roger Fouroux, président de la mission interministérielle pour le Kosovo.--


Le système d'enseignement en B-H

"L'actuel système de l'enseignement ne fait que renforcer les divisions en B-H et se réduit dans la pratique, à trois différents systèmes parfaitement hermétiques a déclaré le député hongrois Gabor Tamas Nagy au Conseil de l'Europe, au cours du débat qui a suivi la présentation, par un délégué socialiste espagnol, d'un rapport sur l'enseignement en B-H. L'agence SENSE qui rapporte ces propos ajoute que tant ce rapport que les discussions qui l'ont suivi ont souligné à quel point ce système était caractérisé par "la ségrégation ethnique des enfants, l'introduction de stéréotypes outrageants dans les manuels et un manque total de coordination entre les organes compétents des entités et des cantons". Il a été proposé de proclamer un moratoire de quatre années sur les cours d'histoire moderne en B-H (portant sur les dix dernières années), tant qu'un programme uniforme n'aura pas été élaboré avec l'aide du Conseil de l'Europe et d'historiens européens. L'objectif de ce programme sera de veiller à ne pas "sataniser" les autres nations, ni semer la haine ou l'esprit de vengeance. Le président de la Commission pour la culture et rééducation, Pedro Roseta, a rappelé la position de la Banque mondiale, qui s'est engagée à financer l'édition des manuels scolaires en B-H et qui est décidée à "ne consentir aucun crédit tant qu'un système d'enseignement unifié n'aura pas été adopté". L'un des représentants de la Suède a pour sa part déclaré : "Les accords de Dayton n'offrent aucun instrument permettant d'harmoniser les programme scolaires". Les membres de la délégation de B-H ont mentionné l'influence des pays voisins "tant à l'Est qu'à l'Ouest" comme l'un des principaux problèmes dans ce domaine. Ils ont dénoncé le contenu des manuels, surtout ceux de la Republika srpska où "le principe de l'exclusivisme racial et religieux est évident". Cette discussion s'est terminée par une déclaration recommandant qu'au cours de l'élaboration des programmes pour les classes de langue et d'histoire l'on tienne compte des différences, mais que l'on évite soigneusement tout ce qui pourrait porter atteinte aux sentiments nationaux des autres. Il a par ailleurs été proposé de créer des écoles expérimentales multiethniques à Mostar et Brcko - futurs noyaux d'un nouveau système «enseignement multiethnique en B-H.


DE LA RESPONSABILITÉ DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

En Bosnie, les discussions sur les responsabilités de la stagnation dans le processus de normalisation se poursuivent. Les responsabilités des autorités locales ont été ici souvent évoquées. Restent celles des protecteurs internationaux. Bogic Bogicevic, vice-président du SDP (dans une interview accordée à l'hebdomadaire Dani début avril); Srdjan Dizdarevic, président du Comité Helsinki en B-H, Wolfgang Petrisch, Haut Représentant de la communauté internationale en BH et Nikola Grabovac, président du gouvernement de l'alternative de B-H. sont intervenus au cours d'un débat organisé par le CERCLE 99, début avril et ont exprimé leur opinion à ce sujet.

Bogic Bogicevic : " ... Le grand problème de la communauté internationale est qu'elle n'a jamais voulu écouter ceux qui étaient contre la guerre. Elle a respecté les autorités en place, respecté les chefs, parcequ'ils détenaient le pouvoir, pourquoi en effet perdre son temps à discuter avec quelqu'un qui n'a rien d'autre à offrir qu'une simple vision, même si c'est la vision d'un futur juste et de véritables solutions ? C'est pourquoi tout cela dure si longtemps. Aujourd'hui encore certains représentants de la communauté internationale continuent à raisonner de la même manière. Peut-être consultent-ils désormais plus volontiers certains représentants de l'opposition, mais je crains que ce ne soit trop tard. Pourtant cette communauté a fait là un investissement trop élevé, il s'agit d'un projet trop important pour qu'elle y renonce facilement. La communauté internationale restera ici encore longtemps".

Srdjan Dizdarevic : " ... L'évaluation du rôle de la communauté internationale dans la mise en oeuvre des Accords de Dayton met à jour certains paradoxes...
- La reconnaissance tardive et insuffisante, en tant que partenaire approprié, du "quatrième parti", de l'alternative démocratique, y compris les partis politiques et organisations non-gouvernementales. Le fait d'avoir négligé ces forces positives a ralenti l'ensemble du processus de normalisation dans le pays.
- La communauté internationale n'a pas accordé suffisamment d'importance au respect des libertés et droits de l'homme garantis par les accords de Dayton. Il y a de nombreux exemples où ces droits ont été bafoués pour permettre au pouvoir, à tous les niveaux, de faire certaines concessions politiques. Citons par ailleurs la répugnance de cette communauté à arrêter les criminels de guerre présumés, bien que cela soit là l'une des conditions sine que non à la stabilisation de la paix. Il était illusoire de s'attendre à ce que les autorités locales procèdent elles-mêmes à l'arrestation de ces criminels. Le manque de détermination dans ce domaine nous a placé dans une situation où les principaux protagonistes de la guerre restent aujourd'hui encore, hors «atteinte des troupes étrangères en B-H.
- Notons également un défaut de transparence dans certaines démarches initiées par la communauté internationale et l'obstruction opposée par les autorités de la BH à la réalisation de plusieurs clauses des accords de Dayton. Une plus grande transparence permettrait très certainement d'élargir le champ d'action des forces démocratiques, des citoyens avant tout, et de renforcer leur influence sur le cours des événements et la consolidation de la
paix.
- J'aimerais enfin mentionner le fait qu'une certaine partie de l'aide internationale n'a pas été orientée conformément à l'esprit des Accords de Dayton, le fait aussi que certains représentants de la communauté internationale ne se sont pas montrés à la hauteur de leur mission, que ce soit au niveau de leurs compétences ou de leur orientation".

Wolfgang Petrisch a déclaré, au cours de la même réunion, que les Accords de Dayton n'étaient pas la Bible et que l'on pouvait les changer", tout en ajoutant qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que la communauté internationale s'en charge." Vous devez le faire vous-mêmes. Si les hommes politiques ne sont pas capables, qu'ils se retirent! ". Comme si toutes les fautes étaient du coté bosniaque! Plusieurs participants lui ont fait entendre que la communauté internationale avait, là aussi, sa part de responsabilité. Nikola Grabovac, président du gouvernement de l'AIternative, lui a d'ailleurs rétorqué. "Votre Dayton est le Dayton des ethnies et non des citoyens!", soulignant que c'était "la communauté internationale elle-même qui maintenait les structures actuelles (i.e. les oligarchies nationalistes) au pouvoir, et qu'elle n'avait pas non plus de stratégie de développement ni de plan macro-économique. Et lorsque nous parlons économie, vous manquez de bons conseillers". Cette réplique a été tout spécialement applaudie par la salle. Petrisch devrait essayer de s'en souvenir.

Citons pour finir Franjo KOMARICA, évêque de Banja Luka: "J'ai posé la question (suivante) à l'ambassadeur d'un pays européen très influent "Est-ce que vous nous considérez comme des hommes?". Il m'a répondu : "Pour moi vous êtes des hommes mais pas pour mon président ni pour mon gouvernement même si je ne suis pas de cet avis". Peut-être cette réponse n'est-elle pas diplomatique mais elle est certainement franche". (extrait d'une interview publiée dans le Reporter de Banja Luka et rapportée par le Courrier des Balkans)

 

Une responsabilité collective

Mirjana Miocinovic, ancien professeur à l'Université de Belgrade, la première, et, disons le, la seule des professeurs à avoir démissionné dès 1991 pour protester contre la guerre, a déclaré récemment (au cours d'une table ronde de l'Alternative serbe organisée à Ulcinj, Montenégro) : "Les Serbes sont effectivement et collectivement responsables et coupables. Non seulement pour avoir toléré un régime qui a fait tant de mal - ce qu'ils continuent à tolérer «une certaine manière - mais également coupables pour avoir élu, de leur propre gré, un régime fondé sur le mal. Pire encore, ils l'ont fait volontairement, soumis à aucune pression, aucune terreur. Lorsque vous acceptez l'idée que vos droits sont supérieurs à ceux des autres, lorsque vous vous imaginez que vous pouvez accepter un pouvoir qui ne vous offre que des perspectives sélectives, exclusives, qui sous-entend que vous devez porter atteinte aux autres, usurper quelque chose aux autres, alors vous êtes moralement responsables d'avoir aidé à établir ce pouvoir. J'estime donc que nous autres Serbes sommes coupables d'avoir accepté un pouvoir basé sur le principe du mal.

 

CONFÉRENCE DES DONATEURS POUR LE PACTE DE STABILITÉ

Selon l'agence de presse SENSE, les bénéficiaires de l'aide financière accordée dans le cadre du Pacte de stabilité ont quitté Bruxelles persuadés qu'après la Conférence des donateurs, L'argent allait couler à flot. Pourtant la première conclusion de cette conférence a été de conditionner l'attribution de cette aide principalement à la volonté exprimée sur le terrain de lutter en faveur de la démocratisation, à la coopération régionale et à l'adoption de l'ensemble des normes imposées par l'Occident. On a aussi tendance à oublier que toute l'aide accordée ne sera pas donnée. Il est vrai que les crédits seront particulièrement favorables, mais ils devront être remboursés. Or, de 70 à 80% des fonds réunis ou garantis au cours de cette première conférence régionale des donateurs, ont été alloués sous cette forme de crédits "particulièrement favorables". Moins d'un tiers à peine des sommes allouées le seront sous forme de dons. Une déclaration officielle, selon
laquelle sur les 2,4 milliards d'Euros promis, une partie a été déjà assurée, l'autre n'étant que "promise", prouve qu'il ne faut pas se faire trop d'illusions. Souvenons-nous des cinq conférences de donateurs pour la Bosnie et de la conférence pour le Kosovo, au terme desquelles les sommes réparties ont été très lentes à venir, sans atteindre toujours le montant promis. Il semble pourtant que les fonds obtenus par quinze des projets présentés devraient être rapidement disponibles. Mais les gouvernements et citoyens devront s'engager eux-mêmes sur place et prendre de plus en plus leur propre avenir en mains. La Serbie demeure exclue du bénéfice du Pacte de Stabilité tant que Milosevic reste au pouvoir. L'Union Européenne et les Etats-Unis envisagent par ailleurs d'aider directement certaines municipalités d'opposition dans le prolongement de ce qui a déjà été fait pour Cacak, Nis, Kraljevo, Pirot, etc.

 

ENTRE VOISINS

Bosnie-Croatie : Selon l'agence de presse BEP, le budget de la Croatie pour l'année 2.000 prévoit une somme d'1 milliard de kunas (environ 900 millions de FF) à titre d'aide aux citoyens et institutions croates de Bosnie-Herzégovine. L'aide accordée au HVO (Forces armées croates en B-H) sera de 300 millions, soit une baisse supérieure à 200 % par rapport à 1999. Les victimes de la guerre toucheraient 121 millions, soit deux fois moins que l'année dernière. Le montant alloué pour les retraites est de 362 millions, chiffre supérieur à celui de 1999. Mais l'on ne sait pas si cette somme est destinée aux retraités civils ou militaires. Par ailleurs, à partir de mai 2.000, c'est l'Etat de B-H qui devra prendre en charge les 20.000 retraités de B-H domiciliés en Croatie. Pour en assurer la transparence, l'ensemble de ces fonds devront être envoyés via les institutions centrales de B-H et le Haut représentant de la communauté internationale. Jusqu'aux récentes élections, l'aide de la Croatie était envoyée directement aux institutions para-étatiques de 1"'Herzeg Bosna". Les nouveaux dirigeants croates ont promis de changer radicalement leur pol9croate et de cesser tout soutien aux extrémistes nationalistes croates en B-H

 

Le démantèlement du HDZ

Suite à la défaite électorale du HDZ, un nouveau parti politique vient de se former sous le nom de Centre Démocratique. Il sera présidé par Maté Granic, ancien ministre des Affaires Etrangères et comprend d'anciens membres du HDZ dont V Skaozbolt, F. Greguric, H.Sarinic. Selon M. Granic, le CD souhaite sortir la Croatie de la crise sociale et économique et de son isolement international, à établir de nouvelles relations avec la Bosnie et la RF de Yougoslavie et à défendre la tolérance religieuse et nationale. Le HDZ, ou ce qui l'en reste, doit se réunir en congrès national fin avril.

 

Courrier

"Votre lettre m'apporte des informations qui m'intéressent au plus haut point.- tout ce qui concerne Sarajevo et la Bosnie a une résonance dans nos cœurs et notre réflexion. Merci de votre aide dans vos efforts d'approche de la situation présente et de la construction du futur d'un pays qui doit retrouver sa tolérance et que nous aimons car il a tant souffert
Ian Zebowski - Briançon

 

MEDIA POOL UNE LIAISON ENTRE LES MEDIAS PROFESSIONNELS

Le 23 mars dernier, onze représentants de divers instituts médiatiques et Agences de presse de l'Europe du Sud-Est ont signé, à Sarajevo, un accord sur la création d'un Pool médiatique pour un journalisme libre et indépendant dans cette région.
Le but de ce Pool est d'encourager la libre circulation de l'information, de procéder à un échange d'initiatives, d'idées et d'expériences et de promouvoir la communication et la compréhension entre les organisations médiatiques de la région. Cet accord de coopération a été signé par des représentants de Media Plan (Sarajevo), de l'Institut pour la loi médiatique (Ljubljana), l'Institut de recherches sociologiques, politiques et juridiques (Skoplje), le Centre international de formation des journalistes (Opatija), le Centre pour le développement des médias (Podgorica), le Centre médiatique (Belgrade) et l'Institut des médias albanais (Tirana), de même que par les agences de presse BETA (Belgrade), SAFAX (Sarajevo), MONTENA FAX (Podgorica), et STINA (Split). Le Pool est ouvert à toutes les autres organisations médiatiques qui poursuivent les mêmes objectifs.
Le Pool des médias est également ouvert à toutes les organisations professionnelles, instituts et agences de presse de la région de l'Europe du Sud-Est. Outre l'intérêt professionnel et matériel présidant généralement à ces formes d'association, le but de ce Pool est la promotion des valeurs du Pacte de stabilité, fondé à Sarajevo l'année dernière. Tout aussi important est le fait que le Pool englobe aussi des organisations indépendantes de la R.F. de Yougoslavie - c'est-à-dire de Serbie - laquelle, si elle ne fait pas officiellement partie du Pacte en tant qu'Etat, sera libre de s'y joindre dès que le régime de ce pays aura changé.

 

Avis aux lecteurs !

Compte tenu de l'interruption de Convergences, que nous espérons temporaire, l'Association Sarajevo pense utile de faire une place plus importante dans son bulletin aux informations sur la vie des Collectifs et Associations qui continuent leurs actions en faveur de la Bosnie-Herzegovme et plus largement du Sud-Est Européen. N'hésitez donc pas à nous tenir informés de toutes vos initiatives, soit par fax au 0144 23 76 79, soit par e-mail à Sarajevo@ras.eu.org

 

Palmarès

Le jury du Deuxième Festival international des films consacrés aux droits de l'homme, a décerné un prix au fîlm anglo-américano-hollandais "Des pleurs dans la tombe" de Leslie Woodhead, qui raconte le massacre perpétré à Srebrenica, ceci à titre de "témoignage le plus émouvant". Le jury, dirigé par le jeune metteur en scène tchèque Sasa Gedeon, a tout particulièrement apprécié l'ampleur du matériel documentaire rassemblé par Woodhead. "
Ce matériel et les entretiens menés avec les témoins permettent de se faire une image émouvante, mais aussi précise, du déroulement du crime massif le plus atroce ayant été commis au cours de l'après-guerre en Europe", a-t-il déclaré. Ce film a d'ailleurs été présenté dans de nombreuse métropoles mondiales, où il a remporté un véritable succès et s'est attiré de nombreux éloges. Il a par ailleurs été récemment projeté au Centre pour la décontamination culturelle de Belgrade,

 

En Alsace

L'un des principaux événements culturels de la saison théâtrale en Alsace aura été la représentation, au théâtre "Manufacture" de Colmar, de "l'Encyclopédie des morts", tirée de l'oeuvre de Danilo Kis et mise en scène par Thierry Bedard. Ce fut l'occasion de redécouvrir l'oeuvre de Kis, que Thierry Bédard décrit comme "l'une des plus puissantes et plus passionnantes de la seconde moitié du XXè siècle". Daniko Kis traite d'un thème aujourd'hui des plus actuels, à savoir la façon dont les régimes totalitaires modernes font de la vie des hommes un "insupportable cauchemar". Si le public a fait preuve d'un grand intérêt pour ce spectacle, c'est aussi parce que Kis a vécu pendant deux ans en Alsace. De 1962 à 1964, il a en effet été lecteur à l'Université de Strasbourg où il enseignait la littémture moderne. C'est à Strasbourg, rappeIons-le, que Kis a traduit Verlaine, Chénier, Lautréamont et écrit l'un de ses romans "Jardins - cendres ". La pièce était interprétée par les membres du groupe "Notoire". Cette représentation, inspirée par un motif de Kis, évoque "un terrible voyage au cœur même de la monstruosité du XXè siècle", selon l'un des critiques de ce spectacle.

 

Srebrenica : 5 ans déjà

"Nous n'avons plus ni villes, ni maisons ni biens. Nous avons le droit de chercher nos enfants, nos maris, nos pères et nos frères, et nous allons les chercher jusqu'à la limite de nos forces. Nous avons le droit de connaître la vérité."
En commémoration du 5ème anniversaire de la chute de Srebrenica, les associations SSVDS (Paris) et Mères pour la Paix (Lille), en liaison avec l'association bosniaque Femmes de Srebrenica, organisent un voyage en Bosnie du 8 au 15 juillet 2000.
Programme provisoire : manifestation à Sarajevo, pose de la première pierre d'un mémorial à Potocari, visite à Srebrenica et des manifestations culturelles bosniaques et internationales à Sarajevo, Tuzla et Vogosca.
Ceux qui ne peuvent pas se déplacer sont invités à participer à une manifèstation à Paris ou dans leur ville. Les thèmes : la fin de l'impunité pour les criminels, la recherche de la vérité, et les retours. Il faut que cette triste anniversaire serve à mobiliser les volontés pour que les survivants, ainsi que tout le peuple bosniaque, puissent enfin trouver la voie à un début de vie normale en sécurité et en paix.
Contacts: pour le voyage :
- SSVDS, 6 square Villaret-de-Joyeuse, 75017 Paris, tél 0144 40 08 41, fax 01 45742284.
- Mères pour la Paix, 71 rue Gaston Baratte, 59650 Villeneuve d'Ascq, tél & fax 03 20 64 03 97, e-mail nrousseau@nordnet.fr
Pour la manifestation à Paris
- Julie Wornan, tél 01 42 04 35 83, e-mail juliewornan@iname.com

 

HCA Youth Network en Bosnie-Herzégovine

Au cours de ces dernières années, le HCA (Helsinki Citizen Assembly) a mis en place, en direction de la jeunesse de Bosnie-Herzégovine, un réseau d'associations, ensemble informel d'ONG et d'organisations apolitiques. Son but : répondre aux besoins des jeunes, toute entité confondue, les amener à s'engager activement dans la construction d'une société démocratique et dans le renforcement de la société civile.
Un bulletin imprimé en bosniaque, croate, serbe, anglais, rend compte chaque mois des activités, réalisations, projets dans des domaines aussi variés que les Arts et la Culture - expositions de peintures, photographies, caricatures, concerts, danses traditionnelles; l'Enseignement -séminaires de réflexion autour des programmes et projets pédagogiques; les Médias - participation de jeunes à des émissions de radio, télévision; la Société - séminaires, ateliers d'études, conférences sur les thèmes de la démocratie, des droits de l'Homme, de l'écologie, du rôle des jeunes dans les changements sociaux. etc. Ces associations sont implantées dans la plupart des villes de BH (Tuzla, Bihac, Zenica, Brcko, Visegrad, Mostar, Banja Luka).
Pour plus d'informations, vous pouvez prendre contact avec les responsables du bulletin à l'adresse internet suivante : http://www.hcamreza.com.ba .

 

 

Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
fax: 01 44 23 76 79

E-mail Sarajevo@ras.eu.org
Sabo@ras.eu.org
http://perso.club-internet.fr/fudo

Président: Francis Jeanson
Directeur de la Publication: Francis Jeanson
Rédacteur en chef : Jean-René Chauvin
Commission paritaire : AA 75121
ISSN : 1286-2703

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