Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 97 avril 2001

RÉSULTATS DES ÉLECTIONS AU MONTÉNÉGRO

MISSION D'INFORMATION SUR SREBRENICA

Le mois écoulé aura été riche en événements dans la plupart des pays de l'ex-Yougoslavie. Bien qu'éminemment symboliques, l'arrestation et l'emprisonne ment de Milosevic ne sont  sans doute pas de première importance sur le plan politique. Le retrait du pouvoir de Milosevic remonte au 5 octobre dernier, mais sa politique ne se trouvera véritablement condamnée en Serbie que lorsque les autorités de Belgrade auront accepté de reconnaître la compétence du TPI pour le juger, en tant que Président de la RFY, pour les crimes qui ont accompagné les guerres qu'il a déclenchées. C'est précisément, et bien que l'opinion contraire gagne du terrain en Serbie, ce à quoi se refuse obstinément Vojislav Kostunica, qui met sur le même plan de responsabilité et de culpabilité tous les dirigeants qui ont participé aux conflits de ces dix dernières années, y compris ceux des pays de l'OTAN. Ce qui n'empêche pas ceux-ci, bons prince de lui témoigner une confiance inaltérable...

Les élections au Monténégro revêtent une autre portée. Les partisans de la séparation d'avec la Serbie disposeront à l'Assemblée de Podgorica, d'une majorité de 43 sièges contre 34, qui leur permettra. de poursuivre leur marche vers la reconnaissance d'une indépendance qu'ils estiment déjà acquise dans les faits. Le faible écart en suffrages populaires qui sépare les deux blocs en présence leur rendra toutefois la tâche difficile, alors que l'Union européenne et les EtatsUnis ont renouvelé leur prise de position hostile à l'indépendance. On relèvera la formule quelque peu burlesque employée par le "Groupe de contact" réuni le 12 avril à Paris, pour souhaiter un "Monténégro démocratique dans une Yougoslavie démocratique", comme si les talentueux ministres qui composent ce cénacle ignoraient que la Yougoslavie n'existe plus depuis 1991, et que c'est par un vote démocratique que les Monténégrins soue appelés à trancher en dernier ressort. La crainte, souvent exprimée, d'un effet de dominos déstabilisateur pour toute la région, peut aussi bien être retournée en un espoir que cette ultime étape de la désagrégation de la Fédération yougoslave marque le commencement d'une nouvelle ère pour les relations interrégionales dans les Balkans. Il faudrait pour cela que les "grandes puissances" rejettent les faux-semblants et aillent jusqu'au bout de leurs résolutions. Le faux-semblant le plus flagrant est celui de la fiction du maintien du Kosovo au sein de la RFY. La disparition officialisée de celle-ci ne pourrait que dissiper l'ambiguïté de la résolution 1244 et ouvrir clairement le chemin vers l'indépendance du Kosovo.
Les situations de crise de la Macédoine (voir p.6) et de la Bosnie-Herzégovine (voir p.2) sont surmontables. En ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine, les partisans et les adversaires de sa renaissance sont clairement identifiés, les premiers bénéficiant de toute la légitimité nécessaire. Le Haut-Représentant et la SFOR ont le pouvoir et les moyens de réduire à merci les criminels mafieux du HDZ comme Imm congénères du SDS. L'impunité dont jouissent Karadzic et Mladic a depuis longtemps dépassé les bornes du supportable.

La Serbie a évidemment un rôle de premier plan à jouer dans rétablissement climat de confiance générale dans ce qu'on appelle maintenant les "Balkans occidentaux". Elle ne pourra y accéder que si elle accepte de revoir lucidement son assise territoriale, ce qui est arrivé à bien d'autres Etats en Europe, sans qu'ils en gardent une amertume éternelle. Il faudrait pour cela que ses citoyens rompent avec la politique de l'ère Milosevic, non seulement comme ils le font pour son caractère autoritaire et ses échecs, mais aussi en raison des conséquences criminelles des agressions commises contre les peuples non-serbes de la Fédération yougoslave dissoute. En soutenant sans discernement les orientations du Président Kostunica, les "grandes puissances", avec une mention particulière pour la France, ne contribuent pas à l'évolution nécessaire des esprits en Serbie.

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EDITORIAL
RÉSULTATS DES ÉLECTIONS AU MONTÉNÉGRO
MISSION D'INFORMATION SUR SREBRENICA

Bosnie-Herzégovine
LA SITUATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE
L'ALLIANCE DEMOCRATIQUE DOMINE LES INSTITUTIONS CENTRALES
LE PUTSCH DU HDZ CONTINUE
TENSIONS EN REPUBLIKA SRPSKA
LE NOUVEAU GOUVERNEMENT EN ACTION
PRIVATISATION
CORRUPTION
SREBRENICA
LES ONG EN BOSNIE-HERZÉGOVINE
UN CRIMINEL AU SERVICE DES AUTRES
NUMÉRO 100 (AVRIL 2001) DE LA LETTRE-FAX DE SARAJEVO DU COMITÉ D'HELSINKI POUR LES DROITS DE L'HOMME EN B-H

Macédoine

La vie du TPI

Serbie
DEUX ENTRETIENS D'OPPOSANTS À MILOSEVIC
LA SERBIE FACE A SES VIEUX DEMONS
Entretien avec Ljubinka Trgovcevic
VERITE ET RECONCILIATION VERSION KOSTUNICA

Calendrier
A lire
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Vie des associations

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RÉSULTATS DES ÉLECTIONS AU MONTÉNÉGRO

Avec 36 députés contre 34, la coalition menée par Milo Djukanovic n'a que 2 sièges de plus que celle favorable au maintien du Monténégro dans la "RFY" dirigée par Predrag Bulatovic (dont 1 siège à Mornir Bulatovic).
Mais les 6 mandats obtenus par les Libéraux ultra-indépendantistes, et celui détenu par L'Union démocratique des Albanais, font très nettement pencher la balance au Parlement en faveur des partisans d'un référendum sur l'indépendance du pays (43 sièges).

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MISSION D'INFORMATION SUR SREBRENICA

La Mission d'information parlementaire sur Srebrenica continue ses auditions. Les dernières personnalités entendues, anciens ministres néerlandais des Affaires étrangères et de la Défense, commandant du bataillon hollandais stationné dans la ville, ont présenté leur version des faits, rejetant sur le commandement de la FORPRONU  la responsabilité du non emploi des frappes aériennes pour défendre l'enclave contre les troupes de Mladic. L'exposé du Général Janvier s'étant fait à huis-clos, on ne connaît pas pour le moment l'autre face de la vérité, mais elle nous sera peut-être révélée au cours des auditions prévues de M. Akashi et de M. Boutros-Ghali, en attendant que les rapporteurs nous découvrent toute cette vérité.

Une chose au moins semble faire l'accord des témoins qui défilent à l'Assemblée Nationale, c'est l'incohérence de la mission et de la politique des Nations Unies en Bosnie. Mais était-il nécessaire de constituer une mission parlementaire pour constater cette évidence? Plus intéressant serait de savoir pourquoi et comment les puissances internationales, qui mobilisent à leurs services tant de brillantes intelligences, ont si longtemps persisté dans une erreur initiale aussi visible, trop flagrante pour être innocente.

Un autre thème de suspicion s'affirme au long des auditions, à propos de l'attitude des autorités de Sarajevo qui auraient, selon plusieurs intervenants, délibérément abandonné Srebrenica après le rappel de Naser Oric. Cette question n'est évidemment pas taboue, mais elle mériterait d'être publiquement examinée avec les responsables et témoins bosniens de l'époque, qui sont les grands absents des séances qui se tiennent à l'Assemblée Nationale, ce que nous avons signalé par une lettre au Président de la
Mission.

Paris, le 13 avril 2001
Monsieur François Loncle,
Président de la Mission d'information sur Srebrenica

Monsieur le Président,

Je me permets de revenir une nouvelle fois sur les travaux que la Mission d'information sur Srebrenica mène sous votre présidence, car ils suscitent, comme vous pouvez le penser, le plus vif intérêt auprès de tous ceux qui ont suivi de près le déroulement des événements qui ont marqué les dix dernières années en Bosnie-Herzégovine.
Sachant que les auditions ne sont pas achevées et que les rapporteurs doivent se rendre en Bosnie-Herzégovine au mois de juin pour y recueillir le maximum d'informations et d'avis, je voudrais toutefois vous alerter sur le risque de déséquilibre, voire d'incrédibilité qui pèserait sur les investigations de la Mission, si n'étaient pas écoutés à Paris, devant l'ensemble de ses membres et en présence de l'auditoire habituel de ses séances, quelques-uns des acteurs et témoins bosniens des "événements" de Srebrenica. Outre qu'il serait normal qu'ils soient appelés à faire entendre leurs voix comme premiers intéressés, la multiplication de la mise en cause des responsabilités politiques et militaires bosniennes dans la chute de Srebrenica appelle des réponses ou des mises au point publiques.
Il ne fait pas de doute qu'il se trouverait parmi les personnalités suivantes, qui ont occupé d'importantes fonctions politiques et militaires à l'époque concernée, des témoins disposés à faire le déplacement à Paris:
- Alija IZETBEGOVIC, ancien président de la B-H;
- Sefer HALILOVIC, ancien chef de l'état major de l'armée bosniaque;
- Jovan DIVJAK, ancien adjoint du chef d'état-major de l'armée bosniaque;
- Haris SILAJDZIC, ancien ministre des affaires étrangères de B-H.
En plus de ces acteurs officiels des événements, je peux vous fournir une liste de représentants d'associations, d'ONG ou de partis politiques bosniens parfaitement au courant des positions et des activités des autorités de Sarajevo, tout comme de la situation telle qu'elle a été vécue par la population de Srebrenica dont il ne faudrait pas faire la grande oubliée de l'histoire, alors qu'elle en a subi et continue de subir le poids le plus lourd.
Je me persuade, Monsieur le Président, que vous voudrez bien prendre en compte ces propositions, et je vous prie d'agréer l'expression de ma haute considération.
Pour le président Francis Jeanson,
Faik Dizdarevic, Secrétaire général.

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Bosnie-Herzégovine


LA SITUATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

L'ALLIANCE DEMOCRATIQUE DOMINE LES INSTITUTIONS CENTRALES

A près avoir conquis le gouvernement central et celui de la FBH, l'Alliance Démocratique vient d'obtenir deux places (sur trois) dans la présidence tricéphale de l'Etat de B-H. Sont élus Beriz BELKIC du SB-H (de Haris Silajdzic) et Jozo KRIZANOVIC du SDP, à la place de Halid GENJAC et Anto JELAVIC, celui-ci ayant été destitué par la communauté internationale. Le troisième membre de la Présidence reste Zivko RADISIC qui, selon "Oslobodjenje", "personnifie les temps tragiques et la logique pan-serbe". Il est possible que les élections présidentielles, prévues pour 2002, soient avancées.

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LE PUTSCH DU HDZ CONTINUE

La rébellion sécessioniste du HDZ, accompagnée d'une manipulation sans précédent d'une partie de la population croate en B-H, continue en Herzégovine occidentale et, dans une moindre mesure, dans les localités où le HDZ contrôle les leviers du pouvoir. Des unités de la SFOR ont dû intervenir deux fois en deux semaines au siège de la Banque d'Herzégovine à Mostar, qui finance la rébellion. La première intervention au début d"avril était mal organisée et s'est heurtée à une résistance active du HDZ. Résultat: plusieurs dizaines de blessés, dont 20 côté SFOR, des véhicules brûlés ou dynamités. La seconde intervention de la SFOR a permis aux autorités internationales de s'emparer des dossiers recherchés et de l'argent que le HDZ n'a pas réussi à faire sortir de Bosnie-Herzégovine. Le Haut Représentant a nommé Mme Toby Robinson comme directeur temporaire de la Banque d'Herzégovine. Le HR a pris des mesures pour couper ses liens avec l'étranger. Il a été recommandé à tous ceux qui y avaient leurs comptes de s'adresser à d'autres banques.
L'affaire est considérée comme purement criminelle et mafieuse, la rébellion ayant eu pour but de sauver les énormes sommes dérobées par le HDZ en BH. Elle a été condamnée par toutes les instances en B-H. Ainsi la présidence tricéphale, qui assume aussi la fonction de commandant suprême des forces armées, a déclaré que la crise "déstabilisait gravement la sécurité en B-H" et a demandé aux officiers et soldats croates qui s'étaient solidarisés avec les rebelles de retourner à leurs casernes.
La rébellion a été condamnée sans réserve par la communauté internationale, y compris par Collin Powell, le secrétaire d'Etat américain, lors de son bref passage à Sarajevo. Les actions du HR ont été soutenues par l'Union européenne et par le Groupe de Contact, réuni à la mi-avril à Paris: "Nous condamnons vigoureusement ceux qui violent la constitution et qui s'attaquent à la présence internationale, civile et militaire". Les rebelles sont isolés en BH et ne peuvent compter que sur quelques groupes d"'anciens" combattants de la guerre 1991-95 et sur une partie du clergé catholique. Les autorités croates leur sont résolument opposées, mais le HDZ de Croatie les soutient. Par ailleurs, le gouvernement bosniaque a passé un accord avec la Croatie sur le passage des frontières et le contrôle des clandestins. Les gardes-frontières bosniaques ne contrôlent actuellement que 62% des frontières de B-H.
Malgré tout, la communauté internationale semble chercher une sortie négociée. Ainsi, Ante Jelavic, chef de la rébellion, a eu ces derniers jours des contacts avec les collaborateurs de Wolfgang PETRITSCH. Les Bosniaques craignent toujours que la crise ne se termine par des concessions sur l'intégrité territoriale du pays.

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TENSIONS EN REPUBLIKA SRPSKA

Mirko Sarovic, le président de la RS, a condamné ouvertement l'arrestation par le TPI du lieutenant-colonel Dragan OBRENOVIC, soupçonné de crimes de guerre dans la région de Srebrenica, imitant ainsi l'attitude du président serbe Kostunica. La réaction de Wolfgang PETRITSCH a été de rappeler à Sarovic que les autorités de RS n'avaient encore arrêté aucun criminel de guerre, bien qu'elles sachent parfaitement qui et où ils sont en RS; et que, malgré les accords de Dayton et l'engagement récent et précis de Sarovic de coopérer avec le TPI, les autorités de RS ne cessent d'agir contre ce dernier. Les protecteurs internationaux de B-H sont embarrassés par leur acquiescement à la formation du nouveau gouvernement en RS, comprenant des ultranationalistes.

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LE NOUVEAU GOUVERNEMENT EN ACTION

Le nouveau gouvernement central, présidé par Bozidar MATIC, et dont les accords de Dayton limitent les compétences, s'est attelé à la tâche ingrate de résoudre les graves problèmes politiques, économiques et sociaux hérités des précédents gouvernements nationalistes. Il a tout d'abord adopté le programme-cadre de la stratégie économique 2000-2004, qui comprend une série de réformes, dont la privatisation. Puis il a établi la liste des projets de lois à soumettre aux parlements

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PRIVATISATION

Le nouveau gouvernement a rencontré la direction syndicale, dont le président Sulejman HRLE a rappelé qu'il y avait plus de chômeurs que de travailleurs réels, et que seul un tiers des travailleurs était dans la production, le reste étant dans l'administration. Il y aurait eu 150 grèves dans les trois premiers mois de 2001. Le premier ministre Matic attend une amélioration "trois à cinq ans après la privatisation, et si celle-ci n'intervenait pas, la situation empirerait". Il a plaidé surtout pour les investissements étrangers. Côté législation, le nouveau gouvernement a déjà adopté et envoyé au parlement le projet de loi électorale, dont l'adoption est la condition sine qua non pour l'entrée de la B-H au Conseil d'Europe.

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CORRUPTION

Le nouveau gouvernement s'est attaqué à la corruption. Ainsi l'ancien premier ministre fédéral Edhem BICAKCIC et son adjoint Dragan COVIC sont accusés de multiples détournements de fonds publics. Selon le nouveau ministre fédéral des finances, la caisse de l'Etat était divisée en deux parts, la boshniaque et la croate, où les deux partis alors au pouvoir (SDA et HDZ) puisaient à volonté. On a annoncé également que M. SACIRBEGOVIC, ancien ambassadeur à l'ONU, aurait détourné plus de 6 millions de marks, dans un pays où l'on considère que 300 marks représentent un solide salaire mensuel. Les enquêtes sont en cours...

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SREBRENICA

Le gouvernement de l'Alliance démocratique a ouvert également le dossier de Srebrenica, rencontrant les autorités locales et différentes ONG. Le ministre fédéral pour les réfugiés et personnes déplacées, Sefer HALILOVIC, a promis un fonds spécial pour financer le retour des habitants de SREBRENICA dans leurs foyers. Les représentants de Srebrenica ont souligné qu'il fallait assurer l'emploi à ceux qui retournent, avoir une police multiethnique, une justice indépendante et arrêter les criminels de guerre. Il est urgent d'agir, car beaucoup de gens ont déjà émigré.

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LES ONG EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

Depuis une dizaine d'années, on assiste en Bosnie au développement intensif des organisations non-gouvernementales, et ceci surtout après la guerre, qui a incité la majorité d'entre elles à se consacrer à l'humanitaire. Le secteur non-gouvernemental joue un rôle de plus en plus important. Il tire ses ressources de l'aide financière, ou autre, que lui accordent de nombreux donateurs étrangers, ce qui se comprend si l'on tient compte de l'ampleur des destructions causées par la guerre et des séquelles qu'elle a laissées. Le pouvoir politique, conformément à la législation en vigueur, traite toutes les associations de citoyens sur un pied d'égalité, qu'il s'agisse d'une association dédiée à l'apiculture ou d'une association oeuvrant pour assurer la promotion et la protection des droits de l'homme et de la démocratie.

A l'heure actuelle, l'influence de ces organisations se fait de plus en plus forte, et ceci dans de nombreux domaines de la vie sociale. Elles ont ainsi, dans de nombreuses régions du pays, jeté les bases d'une opinion alternative face aux élites dirigeantes. Celles qui se consacrent à la protection et à la promotion des droits de l'homme offrent souvent des services alternatifs que les institutions de l'Etat ne sont pas en mesure d'offrir, comme l'aide juridique aux réfugiés, la protection de leurs droits et de leurs intérêts. Ces organisations participent à divers projets subventionnés par la communauté internationale. Certaines possèdent des centres d'éducation liés aux différents besoins sociaux. L'expérience prouve que seules celles qui sont prêtes à rendre leur activité publique et à accomplir pleinement leur mission sont susceptibles d'être acceptées en tant que véritables partenaires.
Elles sont aujourd'hui, pour la plupart, orientées dans deux directions différentes: les associations civiques, (droits de l'homme, démocratie, retour, écologie, intégration européenne) ou les associations professionnelles, comme les associations de producteurs de miel, de techniciens, etc.). Dans leur grande majorité, elles se heurtent à de graves difficultés dont la principale est le manque de moyens financiers et matériels, le niveau des cadres, etc. Dans ces conditions, plusieurs d'entre elles n'arrivent pas à répondre aux diverses pressions dont elles font l'objet et connaissent de sérieux problèmes de coopération avec le gouvernement, les institutions locales et administratives. Les institutions au pouvoir (à tous les niveaux) n'ont aucune expérience dans ce domaine et considèrent toutes les formes d'organisation des citoyens comme un rassemblement « contre » et non « pour ». Les problèmes surgissent à la première tentative pour entamer un dialogue, et ceci, la plupart du temps, est dû aux préjugés toujours présents parmi ceux qui travaillent dans les institutions de l'Etat.

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UN CRIMINEL AU SERVICE DES AUTRES

Slobodan Milosevic est le principal artisan de la destruction de la RFY, mais n'est pas pour autant l'unique responsable du mal qui fut commis et de ses conséquences, aujourd'hui et demain: des centaines de milliers de morts, des millions d'exilés, de réfugiés, de personnes déplacées, un nombre imposant d'invalides. On s'est efforcé d'exterminer un peuple tout entier, utilisant pour cela le viol systématique comme une arme particulièrement odieuse. Des enfants, des femmes, des hommes ont été violés, des parents contraints à l'inceste. Dans cette incroyable panoplie du mal, les habitants ont été torturés, massacrés de toutes les manières imaginables empalés, égorgés, écorchés, brûlés. A Sarajevo, les enfants servaient tous les jours de cibles aux snipers. Un Etat honorable s'est vu décomposé de la manière la plus haïssable. La république la plus touchée fut celle de Bosnie-Herzégovine, lieu d'un terrible cataclysme démographique, d'une véritable catastrophe sociale. Elle fut détruite dans sa chair même : il n'y a pas de famille en Bosnie qui n'ait été, d'une manière ou d'une autre, profondément traumatisée. Toutes les valeurs fondamentales et authentiques de ce pays ont été bafouées.

Mais le temps de la dictature et du mensonge dure encore. Il faut toujours en tenir compte lorsqu'on évoque Milosevic, ses collaborateurs, mais aussi tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, ont contribué à semer ce mal, pour lequel il n'existe pas de véritable châtiment. Les idéologies nazies et fascistes, réactivées lors de l'après Tito, sont toujours vivantes. Les mouvements tchetnik et oustachi font encore partie intégrante de l'action politique et de la conscience nationale. Milosevic est l'incarnation de ce qui pouvait arriver de pire dans un système politique qui ne savait ni résoudre les nouvelles contradictions internes, ni relever le défi d'un nouvel ordre international à construire sur les ruines de l'URSS et du pacte de Varsovie. Apparu sur la scène porteur d'une nouvelle idéologie, basée sur l'autoritarisme bureaucratique et la soif éhontée du pouvoir, Milosevic incarna le grand sauveur d'une 'serbité' arrivée à maturation, et qui avait changé de manière essentielle la nature de la Ligue des communistes de Serbie. Il devint par ailleurs l'homme politique favori de l'Etat-major de la JNA (l'Armée de l'ex-Yougoslavie), expression institutionnelle des fatales déformations de l'ancien système. Durant des décennies entières, la JNA n'avait pratiquement jamais été soumise à un contrôle démocratique et lorsqu' éclata la crise, cette armée, autrefois antifasciste, se transforma aussitôt en une force nazie et fasciste. Les cadres militaires « yougoslaves » se sont révélés, à quelques honorables exceptions près, comme le véritable noyau de la serbité. Néanmoins, il ne faut pas oublier que les cadres de la JNA craignaient pour leur avenir. La fusion entre le haut commandement de la JNA et Milosevic s'est révélée fatale. Le fait que les chefs de la JNA aient décidé de se mettre au service de la grande Serbie a influé de manière décisive sur la désagrégation de la RSFY Des efforts avaient alors été déployés pour tenter de résoudre la crise yougoslave grâce à un large programme de réformes économiques et politiques et à l'intégration de ce pays dans les courants européens. Mais le premier ministre Ante Markovic et son gouvernement furent confrontés aux attaques, non seulement de la Serbie et de la JNA qui rejetaient toute idée de réforme, mais aussi des dirigeants séparatistes slovènes et des nationalistes croates qui voulaient un Etat indépendant.

Milosevic était pour eux le partenaire idéal. A Ljubljana comme à Zagreb (surtout après l'arrivée au pouvoir du HDZ et de Franjo Tudjman), le radicalisme de Milosevic et des Serbes fut encouragé et le programme de Markovic contesté. La Slovénie et la Croatie se voyaient ainsi confortées dans leur conviction qu'elles devaient suivre leur propre voie, tout en accumulant les arguments pour convaincre la communauté internationale de reconnaître leur indépendance. De la même façon, Milosevic a aussi servi les Kosovars. Il était donc une sorte de mercenaire politique, un pion dans le jeu de la communauté internationale.
Il suscitait chez les Américains une véritable aversion idéologique, mais aussi le respect dû à un homme politique jouissant d'un immense pouvoir et disposant de forces armées sans égales dans la contrée. Le fait que les instances internationales n'aient jamais offert une aide politique et matérielle aux forces réformatrices, tout en voulant imposer l'autorité de l'ONU et de l'OTAN, fut crucial. Peut-être attendaient-elles aussi que la JNA, la force armée régionale la plus prestigieuse, épuise un peu ses forces au cours d'une guerre. Milosevic a joué là un rôle déterminant, permettant à l'OTAN de s'imposer comme la véritable armée des Nations Unies et de devenir le principal acteur militaire et politique dans une région dont elle était autrefois absente.

Milosevic est donc un criminel qui, d'un point de vue politique, a toujours servi les autres. Sa réalisation la plus sanglante et la plus importante fut la création de la Republika srpska, preuve que la communauté internationale acceptait de fait en B-H le résultat de l'agression et du génocide. Il est honteux de penser que c'est récemment seulement que l'on a déclaré à La Haye vouloir inclure au dossier de Milosevic les crimes perpétrés en Bosnie...

Zija D., journaliste à Sarajevo

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NUMÉRO 100 (AVRIL 2001) DE LA LETTRE-FAX DE SARAJEVO DU COMITÉ D'HELSINKI POUR LES DROITS DE L'HOMME EN B-H
(EXTRAITS)


Ces quelques citations apporte des aperçus significatifs de la réa lité quotidienne d'une Bosnie-Herzégovine défigurée par la guerre et placée sous le contrôle et/ou la protection des grandes instances internationales et des ONG:

- W. Petristch a lancé un appel aux autorités internationales à poursuivre leurs engagements politique, militaire et économique en B-H. Le secrétaire d'Etat Collin Powell a réaffirmé que son gouvernement resterait actif dans le processus de paix et que les soldats américains ne quitteraient pas la B-H sans consulter les Etats alliés.

- Cependant, les Etats-Unis ont décidé de retirer 750 soldats des forces internationales de B-H. Sur un total de 22000 hommes, ils restent de loin les plus nombreux (environ 3500). Ce retrait ne devrait en rien influer sur l'efficacité de la SFOR ni sur le rôle des Etats-Unis.

- E aura fallu 6 mois pour terminer l'enquête menée contre deux Croates suspectés de crimes contre des Bosniaques à Ahmidji (FBH) lorsque plus d'une centaine de civils, femmes, enfants et vieillards compris, ont été massacrés ou brûlés. Actuellement les suspects sont libres.

- Chaque victime mérite que son cas soit examiné et que les coupables soient traduits devant le tribunal de La Haye ou devant une cour de leur pays. C'est le message qui ressort d'une conférence tenue à Sarajevo, "Procès et Jugements des Criminels de guerre", avec la participation de juristes étrangers, de juges, de procureurs et de représentants de la police de la FB-H. Le problème des témoins reste posé, certains étant parfis à l'étranger, d'autres étant décédés, d'autres encore retournant vivre dans les territoires où des crimes ont été commis, et n'osant pas témoigner.

- Des représentants de l'association "Médecins sans frontières" ont visité Sarajevo. Avec un groupe de parlementaires français, ils ont lancé l'initiative d'une enquête concernant le rôle des membres de la "Mission française pour la paix en B-H" dans la tragédie des personnes vivant dans la zone protégée de Srebrenica, quand les extrémistes serbes ont massacré de 7 à 10000 Bosniaques. Le rapport sur la responsabilité des Français devrait être terminé fin juin.

- Sur le territoire de Foca, on ne sait rien du sort des 730 personnes disparues ni de celui des 413 Bosniaques et Croates que certains témoins affirment avoir vus morts, mais qui n'ont pas été retrouvés. En B-H, c'est quelque 23000 personnes d'ethnies différentes qui ont été déclarées disparues, et quelque 4000 corps de civils bosniaques non-identifiés se trouvent toujours à la morgue.

- Ces 11 derniers mois, environ 200 familles sont retournées dans la municipalité de Srbinje (RS, Foca avant-guerre). Hormis 220 maisons restaurées pour des Bosniaques de retour au pays, quelque 126 logements ont été libérés. 20 personnes occupant avant la guerre des appartements n'en ont pas encore récupéré les clefs.

- Environ 300 Bosniaques sont rentrés dans leur village de Kastoce de la municipalité de Visegrad en RS. Avec l'assistance de l'UNHCR, ceux qui ont été chassés de leur appartement temporairement occupé, ont été logés sous des tentes. Dans la banlieue de Bratunac (RS), 30 familles bosniaques rentrées chez elles vivront dans des logements provisoires en attendant que soit terminée la reconstruction de leurs maisons. Par ailleurs, 3000 Serbes de Bratunac et de Srebrenica ont demandé à émigrer dans des pays d'Europe de l'Ouest vu la situation économique déplorable. Ils vivaient avant-guerre près de Sarajevo, mais ne souhaitent pas y retourner.

- Dans la municipalité de Gorazde, une centaine de Serbes de retour ont été installés dans 3 campements de tentes.

- La présentation de la loi sur l'Enseignement dans l'école primaire de Brezovo Polje, zone de Brcko, marque le début d'une discussion publique avec les parents. A l'origine, celle-ci devait être menée avec les instituteurs seulement; mais les parents de ce village peuplé aujourd'hui en majorité par des réfugiés serbes, alors que les Bosniaques y étaient majoritaires avant la guerre, ont protesté. La nouvelle loi ne prévoit pas l'introduction d'une école du dimanche en classes élémentaires et supérieures, destinée à promouvoir le caractère multiethnique des écoles locales.

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Macédoine

Après l'extinction du foyer d'agitation armée dans la région de Tetovo, et sous la pression conjointe des acteurs internationaux concernés, parmi lesquels l'Union européenne et les EtatsUnis ont joué un rôle déterminant, tous les partis de Macédoine vont tenter de s'entendre sur un règlement négocié des problèmes de la cohabitation des deux principaux peuples du pays, les Macédoniens et les Albanais. Il semble que cette fois, les diplomates européens ont pris conscience de l'urgence d'intervenir à temps pour empêcher la crise de dégénérer en un conflit aux conséquences incontrôlables pour toute la région et au-delà. La signature d'un "accord de stabilisation et d'association" entre l'Union européenne et la Macédoine, assortie de commentaires sur la nécessité de renforcer le caractère "multi ethnique" du pays, les déclarations, dans le même sens, des dirigeants internationaux accourus à Skopje ou réunis à Paris au sein du Groupe de contact, sont autant de signes envoyés aux responsables macédoniens de tout bord.
L' intégrité territoriale de la Macédoine est garantie parallèlement à l'appel en faveur de solutions pour "consolider une vraie société multi-ethnique par des réformes et le dialogue". La révision constitutionnelle, nécessaire pour reconnaître la composante nationale albanaise de l'Etat, se heurte toutefois au refus persistant des partis macédoniens. Mais la formation attendue d'un gouvernement regroupant les six plus importants partis du pays devrait faciliter la conclusion d'un accord en empêchant les surenchères nationalistes qui trouvent une écoute favorable au sein de populations où les voix du ressentiment l'emportent le plus souvent sur celles de la raison.

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La vie du TPI

Dragan Obrenovic a été arrêté dimanche 15 avril à Zvornik par des soldats américains de la SFOR. C'est la première arrestation d'un inculpé du TPI par la SFOR depuis juin. Obrenovic, qui avait été mis en accusation secrètement le 8 avril, est accusé de complicité de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre perpétrés à Srebrenica entre le 11 juillet et le 1 er novembre 1995. B était lieutenant-colonel de l'armée serbe de Bosnie, dont il commandait la brigade Zvomik. E est accusé &avoir participé à la planification de la capture puis l'exécution de plus de 5000 hommes et garçons musulmans. Son officier supérieur, le général Radislav Krstic, répond également au TPI de crimes commis à Srebrenica. Obrenovic a plaidé non-coupable. Des 66 accusés "actifs" du TPI, 26 sont toujours en liberté, dont 9 probablement en RFY selon Human Rights Watch.

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Serbie


DEUX ENTRETIENS D'OPPOSANTS À MILOSEVIC
Nous reproduisons ici des extraites de deux interviews d'opposants bien connus à Milosevic. Si le diagnostic porté est le même, les positions adoptées sur le sort à réserver à Milosevic et sur l'avenir de la Serbie sont bien éloignées..

LA SERBIE FACE A SES VIEUX DEMONS
« Ce n'est qu'aujourd'hui, de ce lit d'hôpital, que je réalise l'ampleur des méfaits du régime politique de Milosevic, véritable honte dans l'histoire de la région. Milosevic doit être placé face à ses responsabilités. » Nenad Canak, président de l'assemblée de Voïvodine et dirigeant de la Ligue Sociale-Démocrate se confie à «Reporter».
Reporter: Vous avez déclaré que les changements sont engagés avec une telle lenteur que cela en devient insultant. Pourriez-vous préciser?
Canak: Je suis &un tempérament explosif ( ... ) Je suis content que Slobodan Milosevic n'ait pas été arrêté et pendu à Terazije le 6 octobre. La Serbie, pour la première fois de son histoire, instaure un nouveau régime sans exécuter l'ancien gouvernant. J'ai cependant été très rapidement dégoûté quand tout s'est transformé enjeu politique. Nous avons connu une décennie marquée par la souffrance, à cause de la politique d'hégémonie et d'expansion engagée par Milosevic. E est impossible que personne n'en soit tenu pour responsable.
Quand on a commencé à dénoncer les malversations et les abus commis par l'ancien régime, j'ai eu l'impression que quelqu'un avait ouvert une fenêtre pour permettre à l'air frais d'entrer dans le pays. Il ne faut pas perdre de vue que beaucoup de choses demeurent cachées. E a fallu attendre cinq mois et demi, après la chute de Milosevic, pour découvrir 600 kg d'héroïne, qui appartenaient au service serbe de la sécurité de l'Etat. Son ancien chef, Rade Markovic, récemment arrêté, ne souhaitait pas démissionner. E attendait que Kostunica en personne le lui demandât. Ainsi, Markovic a conservé son poste six mois de plus. Pourquoi Kostunica a-t-il gardé Rade Markovic, le général Pavkovic, et tout un groupe de dignitaires de l'ancien régime? Pourquoi Zivko Sokolovacla est-il toujours président du conseil d'administration de l'industrie pétrolière de Serbie?
Reporter : Avez-vous une réponse à proposer?
Canak : Les changements du 5 octobre sont plus importants qu'il n'y paraît. Ils ont révélé une chose que je signalais depuis longtemps: Slobodan Milosevic est le produit du nationalisme serbe. Nous ne devons pas lutter pas contre l'individu, mais contre la
pensée qu'il représente. L'idéologie nationaliste est antérieure à la venue de Milosevic au pouvoir. Avant la Grande Guerre, le Parti Radical considérait que la Croatie, la Serbie et la Slovénie formaient une grande Serbie. Le Monténégro, la Bosnie et la Voïvodine étaient regardés comme des territoires occupés, administrés depuis Belgrade.( ... ) Méfions-nous de ceux qui parviennent toujours à placer la même idée, présentée chaque fois dans un nouvel emballage: le nationalisme serbe. Cette idéologie a contribué à faire croire aux Serbes qu'ils étaient "les meilleurs, les plus forts, un peuple élu"  .
Ils ont ainsi commis de graves erreurs que payeront sans doute leurs descendants. Après la chute de Milosevic, VoJislav Kostunica reprend le flambeau.
Reporter: Pourquoi dites-vous cela?
Canak: On ne cesse de parler de légalité dans ce pays. E est évident que cela permet de ne rien changer. On maintient ainsi les lois de Milosevic en vigueur. Si ceux qui avaient succédé au IIIle Reich, en Allemagne, avaient eu la même attitude que Kostunica, on continuerait à brûler les Juifs, car les lois promulguées par Hitler demeureraient inchangées. Quelle déception de constater que les personnes qui assistaient à l'installation de Kostunica au pouvoir étaient les mêmes que celles qui avaient accueilli l'arrivée de Milosevic dix ans auparavant! On peut citer notamment Dobrica Cosic, directement impliqué dans la politique du précédent gouvernement. Kostunica est aujourd'hui salué comme le sauveur de la nation. On le présente comme un «nationaliste modéré» avec le même enthousiasme que Milosevic il y a dix ans. 
Reporter: Qu'en est-il de ce «nationalisme modéré»?
Canak:  Notre Etat avait la mainmise sur la mafia, exécuteur des basses oeuvres. Aujourd'hui, des groupes fascistes arrivent au siège du SDU et détruisent tout. Us ont essayé de faire la même chose au bureau exécutif de la Ligue Sociale-Démocrate. ( ... ) L'ancien régime a montré son vrai visage. Ses partisans sont des criminels et leur place est en prison.
Cette montée du fascisme est un processus qui devrait se développer très rapidement. Elle est encouragée par ce «nationalisme modéré», qui perpétue le discours tenu par Milosevic, et parles problèmes sociaux que connaît le pays. Les Juifs, les homosexuels, les francs-maçons, les «mauvais» Serbes, les traîtres, les étrangers seront coupables de tous les maux: chômage, retard dans le paiement des salaires, etc. Cette idéologie ne connaît pas de limites. Elle se nourrit de la haine.
C'est ce qui arrive actuellement. Le problème essentiel n'est pas Milosevic, mais la Serbie qui, pour la première fois de son histoire, est confrontée à ses vieux démons: l'idéologie nationaliste. Ceux qui continuent à promouvoir cette pensée -et Vojislav Kostunica est de ceux là- conduisent la Serbie en enfer.
Reporter: Croyez-vous qu'il puisse y avoir des affrontements?
Canak: Oui, car il n'y a plus d'espoir. On a longtemps feint de croire que le départ de Milosevic apporterait des changements. Aujourd'hui, celui qui incarnait le mal n'est plus au pouvoir mais la situation du pays demeure critique. Il devient clair que le problème n'est pas uniquement un problème de personne. Je ne fais pas le procès de la société serbe, mais il faut désormais que les partis politiques aient un programme qui permette d'aller de l'avant, débarrassé de toute idéologie nationaliste.
Reporter, 4.04.2001
Zuzana Serences, traduit par Jasna Tatar.

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Entretien avec Ljubinka Trgovcevic, conseillère auprès de l'Institut d'Histoire de l'Académie des sciences et des arts, professeur à l'Université de Belgrade. Membre de la présidence de la RS de Serbie au cours du mandat d'Ivan Stambolic, elle avait démissionné au lendemain du putsch de la Huitième session. Auteur du premier appel public condamnant le bombardement de Dubrovnik elle a participé aux activités du Cercle de Belgrade, de l'Initiative citoyenne et de nombreuses autres associations militant contre la guerre. Nous publions ici des extraits de l'interview qu'elle a accordée à Vecernji list de Zagreb.
Vecernji list L'arrestation de Milosevic est-elle plus importante que son évincement du pouvoir il y a six mois?
L.T. Je pense que non. S'il n'y avait pas eu le 5 octobre, il serait peut-être toujours là. Le chemin menant vers sa fin a été long et difficile pour ceux qui ont été contraints de vivre dans un pays devenu la propriété privée d'une famille, un pays gouverné par la police, la peur, une propagande fallacieuse qui a réussi à créer une réalité virtuelle et parallèle, un pays où la vie des opposants politiques était menacée; certains, d'ailleurs, ne sont plus là. Dès le moment où la majorité du peuple a eu le courage de dire que cela suffisait, et le 5 octobre surtout, lorsque les mères se sont retournées contre lui aux côtés de leurs enfants, sa fin était inéluctable. ( ... )
Vecernji list La Serbie sera-t-elle enfin prête à reconnaître sa propre responsabilité dans les guerres qu'elle a menées?
L. T, Les nouvelles autorités serbes sont issues d'une coalition entre différents partis politiques, allant du centre droit à la gauche citoyenne. B n'y a guère parmi eux de nationalistes extrémistes et je doute fort qu'une politique de revendication de territoires situés en-dehors de l'Etat actuel aurait des chances d'être soutenue. Tout homme politique réaliste centrera désormais ses efforts exclusivement sur les innombrables problèmes intérieurs que connaît la Serbie.
Vecernji list Pensez-vous que Milosevic sera transféré à La Haye?
L. T Milosevic était un politicien prévoyant qui a pris soin de ne pas laisser de documents compromettants derrière lui. ( ... ). Je doute donc que l'on puisse trouver suffisamment de témoignages directs permettant de prouver qu'il a personnellement ordonné des actes susceptibles d'être qualifiés de crimes de guerre. ( ... ) Sans vouloir minimiser les crimes commis dans les autres régions de l'ex-Yougoslavie, Milosevic a fait un mal immense au peuple serbe, il a anéanti ce pays tant économiquement que moralement; il porte la responsabilité des nombreuses victimes et centaines de milliers de personnes qui sont demeurées sans foyers, des générations de jeunes qui ont fui à l'étranger. C'est pourquoi j'estime qu'il y a beaucoup de raisons, et de bonnes raisons, pour qu'il soit jugé à Belgrade; car il est essentiel que le peuple se rende compte de ce qui a été fait en son nom, jusqu'où il s'est laissé entraîné par la démence d'un politicien. La publication de rapports quotidiens lors d'un procès équitable, permettrait d'accélérer le processus de catharsis, mettrait en évidence tout ce qu'est capable de faire un dictateur; ce serait un rappel quotidien, un éveil des consciences pour l'énorme majorité qui fut témoin de ces actes et demeura muette, ne résista pas suffisamment ou même participa directement à ces actions et est donc, par là même, elle aussi responsable. ( ... ) La Yougoslavie fait pourtant partie de la communauté internationale et est tenue de remplir ses obligations vis-à-vis du Tribunal de La Haye. C'est pourquoi je pense qu'elle remplira cet engagement, réduisant par là même le processus de purification à l'intérieur du pays, ce qui pourrait avoir des répercussion négatives sur son avenir.
Vecernji list En tant que nationaliste orthodoxe, le président Kostunica pourrait-il, dans un proche avenir, regrouper autour de lui les forces autrefois liées à la politique deMilosevic?
L. T. Au terme de treize années de règne nationaliste, il serait difficile de se transformer sur-le-champ en une véritable société civile, si bien que l'adoption d'un nationalisme modéré pourrait être l'une des voies permettant d'atteindre ce but. ...Kostunica lui-même pourrait y contribuer, car si je ne partage pas ses opinions politiques, j'estime pourtant que son attachement aux principes démocratiques ne peut être contesté.
Vecernji list La période de transition sera-telle longue?
L. T. Ce processus sera lent, car la société est profondément touchée. Milosevic n'a pas ruiné que l'économie, mais aussi la majorité des institutions. ( ... ) Il semble qu'il nous faudrait une transition graduelle, car tout bouleversement social pourrait amener de nouveaux mouvements autoritaires et, à Dieu ne plaise, de nouveaux dictateurs.
Vecernji list V actuelle coalition a-t-elle des chances de se maintenir?
L. T Cela paraît difficile sous sa forme actuelle, car il y a des différences de plus en plus importantes entre ses membres. Certains des plus petits partis vont disparaître et l'on assistera à la formation de nouvelles coalitions; par exemple le centre droit autour de Kostunica, un autre centre autour de Djindjic et le centre gauche, composé des partis citoyens et sociaux-démocrates. B semble que le groupe qui gravite autour de Kostunica ait de belles perspectives, mais le parti des jeunes du mouvement démocrate de Djindjic inspire de plus en plus confiance, et c'est d'eux surtout que dépendra ce processus de transition.
Vecemji list La Serbie d'aujourd'hui peut-elle survivre?
L. T. En principe, il faut respecter le droit de chacun à son identité nationale, mais le problème, c'est que chacune des nouvelles nations est confrontée aux autres, que les droits élémentaires des minorités ne sont pas respectés, que l'on cultive ses propres particularités en insistant sur les différences et en propageant la haine de l'autre, en fait le peuple qui est le plus proche de toi. ( ... ) On ne peut envisager avec optimisme l'éventuelle sécession du Monténégro, en raison précisément de ces liens de proximité, non seulement ethniques mais familiaux. La question du Kosovo est pratiquement résolue, du moins ethniquement parlant, mais ça n'exclura pas les tensions lors de la définition de son statut car il ne s'agit pas uniquement ici du Kosovo, mais aussi de la Macédoine et du sud de la Serbie...

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VERITE ET RECONCILIATION VERSION KOSTUNICA

Le président Kostunica a récemment convoqué en "réunion préliminaire" un groupe de personnalités, en vue de former une commission "Vérité et réconciliation". Celle-ci devait compter 18 membres, avocats, historiens, écrivains, théologiens, pour la plupart "nationalistes modérés", dont certains ont soutenu ouvertement la politique de Milosevic. Parmi les participants à la réunion se trouvaient aussi Latinka PEROVIC, historienne (dont nous avons récemment publié l'article "La Serbie d'après-Milosevic n'existe pas"), et le professeur Vojin DIMITRIJEVIC, directeur du Centre des droits de l'homme à Belgrade.
Quelques jours après cette réunion, tous deux annonçaient publiquement qu'ils ne feraient pas partie de la commission proposée par Kostunica. Le quotidien de Belgrade Danas a publié une lettre ouverte de L. PEROVIC dans laquelle on pouvait lire: "La douloureuse et dure confrontation avec notre récent passé, la différentiation entre la Serbie et les crimes, la purification morale de chacun de ses citoyens telle devrait être notre tâche. Une autre commission, indépendante, où chaque individu serait libre, ne pourrait qu'y contribuer. Mais il ressort des règles de cette Commission Vérité et Réconciliation que malgré la promesse faite, c'est en réalité une commission gouvernementale. Son mandat n'est pas clair, elle ne peut être que strictement institutionnalisée, puisque le cadre dans lequel la vérité peut être recherchée a été fixé. Je ne pense pas, pour ma part, avoir ma place dans une telle Commission"
L. Perovic s'était déjà élevée contre l'intention de remplacer le TPI par cette commission. Or c'était précisément l'idée de Kostunica qui déclarait: "Le TPI pratique une justice qui n'en est pas une". L'attitude de Vojin DIMITRIJEVIC rejoint celle de L. Perovic. Un porte-parole du Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme en Serbie nous a déclaré que "le mandat de la commission n'était pas clair, pas plus que ses méthodes de travail". Une gifle pour Kostunica!

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Calendrier


A lire :
- De Paul Garde, aux éd. Odile Jacob, coll. Sociologie : «Fin de siècle dans les Balkans, articles 1992-2000» (264 p., 160 F).
- De Velibor Colic, aux éd. du Serpent à plumes, coll. Serpent Noir : «Mother Funker, histoire d'amour avec préméditation», trad. du bosniaque par Mireille Robin (168 p., 99 F). Un roman noir et une histoire d'amour, où un tueur à gages élimine des criminels de guerre.
- De Thomas Hofhung, aux éd. Atlantica, préfacé par Pierre Hassner: «Désespoirs de paix, l'Ex-Yougoslavie de Dayton à la chute de Milosevic» (350 p., 130 F).

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A voir :
- Le Théâtre du Radeau au Mans donnera la pièce «Cantates» au TNB de Rennes du 10 au 22 mai, et au théâtre de l'Europe-Odéon du 5 au 17 juin. Renseignements au 02 43 24 93 60.
- Théâtre itinérant d'Europe orientale et balkanique (en particulier de toute l'exYougoslavie) : «Petis, petits», du 15 au 27 mai à Vitry. Renseignements au 0146 82 62 86. Au festival de Cannes 2001, 2 films de BosnieHerzégovine ont été sélectionnés: le long métrage Nicija zemIja" de Danis Tanovic, jeune réalisateur actuellement à Paris, et le court métrage "Prvo smrtno iskustvo", d'Aïda Begic. Ce sont les seuls film à provenir de l'ancienne Yougoslavie.
- A la librairie-galerie Le Lys (12-14 rue St Louis en l'Isle, Paris 4e), l'exposition des oeuvres de Naida Oruc se poursuit jusqu'au 3 mai.

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Vie des associations :
- Nous déplorons la suspension de parution de la revue « Diagonales Est-Ouest ». Le désintérêt général pour les PECO, dix ans après la chute des dictatures communistes et alors que les Balkans semblent enfin enclins à l'apaisement, trouve ici sa triste confirmation. En attendant un nouveau lancement la dernière initiative de la revue est la conférence «Les Tsiganes en Europe», qui aura lieu vendredi 11 mai à 18 h, à la librairie lyonnaise «A plus d'un titre». Renseignements au 04 72 56 00 38.
- Le pôle Est-Ouest dont la vocation est de créer un centre de ressources (documentation multimédia, constitution d'un fonds, échanges et rencontres) entièrement dévolu aux PECO, réunit son assemblée générale le 7 mai de 14 h à 19 h à Die (salle polyvalente, Salon du livre d'Europe centrale et Orientale). Pour adhérer ou se renseigner, J.-L. Darrière, pôle Est-Ouest, 21 rue du Viaduc, 26150 Die, tél. 04 75 22 08 77.

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