Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic abonnement un an 15,25?  - n° 107-108 avril 2002 Association Sarajevo


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Sommaire

Editorial

La Bosnie étouffée sous le silence
par Francis Jeanson

Six avril 1992 : reconnaissance de la Bosnie-Herzégovine par la Communauté européenne et début du siège de Sarajevo par l'ex-armée fédérale de Yougoslavie, devenue plus simplement armée serbe.
D'innombrables témoignages nous ont été fournis, sur les souffrances de tous ordres quotidiennement infligées, pendant près de quatre ans, à une population de plus en plus démunie, sous les regards déplorateurs d'une Europe étrangement tétanisée.
Cependant, tout n'est-il pas réglé « là-bas » depuis que les accords de Dayton ont mis fin à la guerre ?
Nous sommes assez nombreux à avoir vécu, sous des formes diverses, le dérapage initial : la très cruelle injure faite à la société bosniaque par l'imposition d'une prétendue paix, simple contrepartie de sa désintégration programmée. Sans doute le siège était-il levé : et sans doute pouvions-nous, ici, nous réjouir. Mais de quoi ? De l'arrêt des hostilités, du silence des armes. Car telle est notre touchante sensibilité, surtout lorsqu'il s'agit de situations suffisamment étrangères : c'est le retour au calme qui nous importe. Sans compter qu'il se trouve toujours ailleurs, quelque autre tuerie en cours qui mérite notre attention. L'ennui, c'est que les très cruelles violences de nature guerrière engendrent aussi, et bien plus durablement, d'inqualifiables violences d'ordre social.
Il y a dix ans, un extraordinaire élan de solidarité se produisait parmi nous : spontanément constitués un peu partout en France, des centaines de collectifs s'ingéniaient à soutenir, sous les formes les plus concrètes et les plus inventives, les assiégés de Bosnie et de Sarajevo. Quelque trois ans plus tard, Dayton aidant, leurs animateurs se partageaient entre ceux pour qui le problème était enfin résolu, ceux qui le tenaient pour désormais insoluble et ceux qui voulaient, envers et contre tout, aider les Bosniaques à affronter les nouveaux et très rugueux aspects. L'épisode sanglant venait de prendre fin, les motivations humanitaires avaient fait leur temps. La fuite dans le zapping allait, une fois encore, nous aider à faire l'impasse sur l'essentiel.
Cette Bosnie déchirée, en proie jour après jour aux pires séquelles des agressions d'hier, c'est pourtant bien un morceau de l'Europe que nous disons vouloir construire. Et pas n'importe lequel : celui-là même où se vivait, il n'y a pas si longtemps, entre des populations d'origines et de religions différentes, une forme de socialité qu'on rêverait européenne...
Alors, que faire ? Avant tout, s'informer : les Bosniaques ont moins besoin de compassion que d'initiatives concrètes, en rapport avec leurs urgences réelles. Et puis, s'interroger sur les moyens dont on dispose, ici ou là, pour soutenir leurs efforts. En ce qui concerne, par exemple, la très vitale relance d'une économie à bout de souffle, gravement parasitée par des comportements mafieux et chaque jour condamnée à voir s'investir ailleurs ses agents les plus productifs ; ou l'indispensable arrestation de grands criminels de guerre, dont l'incroyable impunité persiste à peser très lourd, sur un prétendu partenariat entre les ressources de la Communauté internationale et la trop incertaine existence d'un gouvernement central.
Sans doute est-il particulièrement urgent d'aider à la résurrection d'une certaine Bosnie. Et peut-être aussi, plus égoïstement, d'apprendre à mieux gérer nos multiples et successives indignations : en fonction, par exemple, de la dose de participation active que nous envisageons de leur consacrer.


Compte-rendu de l'Assemblée Générale de l'Association Sarajevo

L'Assemblée générale de l'association Sarajevo s'est tenue le samedi 16 mars 2002. Faik Dizdarevic fait la présentation du rapport moral dont les points les plus importants étaient les suivants. Deux événements marquants sont survenus depuis la tenue de la dernière Assemblée générale de l'Association : en Serbie, le "départ" de Milosevic ; en Bosnie-Herzégovine, ce qui se confirme comme un succès, relatif mais réel, des forces anti-nationalistes. Néanmoins, l'Alliance démocratique pour les changements demeure très fragile, traversée par des conflits de personnes et contrainte à des compromis avec les formations "modérées" de la R.S. Contrairement à celles de Zagreb, les autorités de Belgrade encouragent ces tendances centrifuges. Plus grave encore pour la Bosnie, le pays ne parvient toujours pas à se remettre du terrible choc qu'il a subi, tout ressort y paraissant cassé, les ruines morales s'ajoutant aux destructions humaines et matérielles. C'est le défi majeur que devront relever les nouvelles autorités, dans un climat international défavorable.
L' activité de l'Association en France s'est concentrée sur la publication régulière du bulletin pour continuer à diffuser ?le maximum d'informations, accompagnées de commentaires, sur la situation en Bosnie et dans la région. Les événements intervenus en Serbie y ont occupé une place importante, par nos analyses et celles de nos amis de Serbie, comme Sonia Biserko, Latinka Perovic ou Bogdan Bogdanovic. Il nous a semblé nécessaire de mettre en garde contre l'illusion répandue selon laquelle l'arrivée au pouvoir de l'opposition serbe ouvrait la voie royale pour un règlement démocratique des problèmes de l'ex-Yougoslavie. Cela s'est traduit par une prise de position conjointe avec le Comité Kosovo publiée dans "Le Monde" en octobre 2000. 
L'Association a suivi attentivement le déroulement des travaux de la Mission d'information parlementaire sur Srebrenica, auprès de laquelle elle est intervenue à plusieurs reprises pour lui soumettre des observations et des suggestions. S'il est trop tôt pour émettre un jugement sur la valeur du rapport qui sera adopté, il est peu probable qu'une réponse sera donné, côté français, à la question clairement posée par Kofi Annan dans son rapport du 15 novembre 1999, sur les raisons du refus d'utiliser la force, en temps utile, pour arrêter Milosevic dans son entreprise de destruction. En Bosnie, l'Association a maintenu les contacts avec ses interlocuteurs traditionnels, et notamment Mediaplan et le Comité Helsinski.
Les orientations de l'Association pour 2002 : Compte tenu de ses moyens, l'Association se propose de poursuivre la publication de la " Lettre de Sarajevo" sur un support Internet et non plus sur papier. C'est la solution qui paraît la plus adéquate pour maintenir ce moyen d'information et d'analyse de la situation en Bosnie et dans les pays de la région, en intervenant ponctuellement sur l'actualité chaque fois que cela s'avérera nécessaire.
Ce rapport est approuvé à l'unanimité.
Maurice Lazar fait alors la présentation du rapport financier, qui fait apparaître un déficit d'exploitation de 6446,37 euros. Il soumet à l'Assemblée la résolution suivante : "L'Assemblée approuve à l'unanimité les comptes de l'Association et décide l'affectation au fonds de réserve de l'insuffisance de l'exercice 2001, soit 6446,37 euros. Ce fonds de réserve se trouvait ainsi être réduit le 31-12-2001 à un montant de 4992,53 euros" L'Assemblée adopte cette résolution à l'unanimité.
Puis un long temps de discussion est consacré à la préparation de la réunion de Genève et à la position de l'association concernant les plaintes à déposer contre le Général Janvier. Il est décidé que les représentants de l'Association à Genève devront obtenir des renseignements plus précis et que l'association soutient plutôt les initiatives qui visent à établir les responsabilités respectives de toutes les autorités qui ont contribué à laisser libre cours aux forces qui ont détruit la Bosnie-Herzégovine, en premier lieu les puissances qui ont défini et exécuté la politique des Nations-Unies sur le terrain. A ce titre, les Etats membres permanents du Conseil de Sécurité sont les premiers concernés, les citoyens français s'attachant, pour leur part, au rôle déterminant de la France. Celle-ci doit par ailleurs s'expliquer sur les raisons de la non-arrestation des criminels poursuivis par le TPI, notamment Karadzic et Mladic.

Enfin, le Conseil d'Administration est reconduit tel quel. 

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Bosnie

 

Sarajevo, dix ans plus tard : une triste paix

Paris le 29 mars 2002
Les siècles ne commencent pas toujours par la première année, ne finissent pas toujours par la dernière. Le début du XXè siècle avait été marqué par l'attentat de Sarajevo en 1914 et c'est à Sarajevo qu'il s'est terminé, lors des récents conflits balkaniques. Mais le XXIè siècle n'a réellement débuté que le 11 septembre 2001. Le 6 avril a toujours été une date profondément ancrée dans nos mémoires. C'est ce même jour, en 1941, que la première Yougoslavie fut attaquée et détruite. La Bosnie-Herzégovine fut alors divisée, Sarajevo faisant partie de la « zone d'occupation » allemande, Mostar de celle de l'Italie. Hitler s'apprêtait à partir en campagne contre l'Union soviétique mais s'y est pris trop tard pour éviter la rigueur de l'hiver en Russie.
La rage du dictateur se transforma en une vengeance hystérique et assassine. Nos pères passèrent de longues années dans les camps de concentration en tant que prisonniers de guerre. Les garçons de ma génération étaient déjà vieux à l'âge de dix ans. Nous avons été témoins, entre autres, des conflits entre les divers nationalismes et diverses religions, entre la résistance et le fascisme, nous avons assisté aux massacres, à l'exode. Mais aucun d'entre nous ne pouvait imaginer qu'en 1992, un autre 6 avril , il y a de cela exactement 10 ans, une guerre éclaterait dans notre pays, et surtout que nous ne serions pas, cette fois-ci, agressés par des troupes étrangères mais par nos propre frères. Sans doute étions nous trop naïfs. Ainsi commença le siège le plus long du siècle, 1.350 jours, siège qui a battu le record mondial établi au cours des 900 funestes journées de Léningrad.
Il y a eu maintenant de nouveaux conflits, un nouvel exode et une hécatombe semblable à celle provoquée par Hitler. Guerre et paix. Toute tentative de réflexion sur la tragédie yougoslave nous ramène à Sarajevo, est centrée sur Sarajevo. Je suis allé dans la ville bombardée et affamée pendant le siège, pour être près de mes amis et leur manifester ma solidarité. Chaque fois que je revenais, il me semblait retrouver seulement ceux que j'avais déjà vus. Certains poursuivaient leur route avec le même orgueil, d'autres avec la même résignation. Cherchant à éviter les lignes de mire des francs-tireurs, les rues exposées aux mortiers, suivant les règles d'un code psychologique conservé au tréfonds de leur .mémoire, qui s'est aussi inscrit dans la mémoire de ceux qui s'étaient joints à eux. J'avais l'impression de revoir à nouveau, mais sous une autre perspective, ce que j'avais vu auparavant. J'avais l'impression de ressentir ce que j'avais ressenti auparavant.
Dans la ville assiégée et martyrisée apparaissent surtout les décombres des maisons. Les images que nous avons pu voir à la télévision étaient à deux dimensions, les événements nous étaient présentés sans relief, comprimés, déformés. Ici, au contraire, ils sont authentiques, vivants, pluridimensionnels.
J'ai tenu avant tout à visiter le marché de Markale, dans la rue Vaso Miskin, où des douzaines de personnes ont été tuées alors qu'elles faisaient la queue pour acheter le sel et le pain. On retrouve, aujourd'hui encore, des traces de cette tragédie, les chrétiens continuent à y allumer des cierges en hommage à leurs morts, les musulmans déposent à même le sol leurs symboles de deuil brodés de vert. La propagande de Milosevic a présenté ce crime odieux contre des civils désarmés comme un acte de suicide commis par les Bosniaques eux-mêmes pour alerter l'opinion publique mondiale. La presse et certains intellectuels belgradois continuent à répandre le même mensonge, sans honte aucune. Des millions de livres et un grand nombre d'antiques manuscrits ont brûlé avec la Bibliothèque nationale. Il ne reste plus d'elle que la façade, comme une muette accusation. A l'intérieur tout a été incendié et brûlé, tout littéralement. Le paradoxe est sans précédent: celui qui a donné l'ordre de commettre ce 'culturicide' écrit des poèmes. Les experts estiment qu'il sera impossible de reconstruire le bâtiment. Sous une avalanche de ruines, j'ai trouvé deux minuscules fragments provenant d'une vieille fresque.
Non loin de la Bibliothèque se trouve le lieu d'où Gavrilo Princip a tiré sur l'héritier du trône des Habsbourg, en 1914. Il y a là aussi un petit musée dédié à sa mémoire. Au cours du siège les vitres du musée ont été brisées par de proches explosions mais la plaque en or fixée sur le mur est toujours là. « En signe de reconnaissance éternelle au jeune combattant pour la liberté, pour l'indépendance des peuples yougoslaves ». A côté du buste de Princip, on peut lire certaines de ses devises: « J'ai aimé mon peuple » et « Le langage que le monde comprend le mieux est le langage de la liberté ». Je me demande ce que retiendront de tout cela les futures générations, ce qu'ils oublieront pour toujours. Ces messages ont déjà disparu, le musée est « provisoirement fermé ».
La vie du jeune conjuré, ses empreintes symboliques conservées juste à l'entrée du lieu où il s'est immolé au nom de la liberté n'existent déjà plus. Une organisation ultranationaliste, sans doute associée aux acolytes de Radovan Karadzic, a attribué récemment le nom de Gavrilo Princip à un groupe de terroristes menaçant les Serbes qui acceptent de collaborer avec les bosniaques musulmans et croates au sein des institutions de la Bosnie multiethnique.
Face au musée se trouvait le Pont de Princip, dont le nom a changé. Il s'appelle désormais le nouveau Pont Latin, comme au temps de l'empire austrohongrois. Les eaux de la Miljacka coulent sous ses arcades. La Bosnie peut-elle renaître sans sa propre histoire? Ce sont les Bosniens d'origine musulmane qui ont le plus souffert, comme fut aussi le cas pendant la seconde guerre mondiale. Leur responsabilité est d'autant plus grande. De plus, à Sarajevo, ils sont majoritaires. L'identité bosniaque musulmane a été contestée et ridiculisée tant par les Serbes que par les Croates. Et cela ne date pas d'hier. Le fait de ne pas avoir reconnu l'existence en Bosnie de l'une des communautés islamiques les plus laïques au monde aura sans doute été l'une des plus graves erreurs de l'Europe et des Etats-Unis au cours de cette dernière guerre balkanique. Leur ignorance leur a permis de se laisser leurrer par une propagande nationaliste aveugle, en majeure partie serbe, mais croate aussi, qui a présenté cette communauté comme « l'avant-garde de la pénétration de l'Islam en Europe ».
Je n'ai jamais entendu nos islamistes parler de sunnites, chiites, encore moins de wahhabites. Lorsque la rupture de la Yougoslavie de Tito avec Staline (1948) a laissé un plus large champ à la liberté d'expression, certains intellectuels musulmans, laïcs ou croyants, n'ont pas tardé à exprimer leur malaise quant à leur identité nationale.
« En soi, l'appartenance à la Bosnie ne concède pas à l'intellectuel musulman une nationalité », écrivait Midhat Begic, éminent critique littéraire et il ajoutait: « L'intellectuel musulman reste marqué par sa religion aux yeux des autres et à ses propres yeux. Aussi le problème de son identité se trouve-t il à l'origine de son malaise ». Un autre témoignage évident peut être trouvé dans le roman de Mesa Selimovic « Le derviche et la mort », l'une des oeuvres maîtresses de la littérature de l'ex-Yougoslavie, traduite en plusieurs langues: « Nous avons été rejetés par les nôtres, mais n'avons pas été acceptés par les autres. Tel un bras séparé de son fleuve par des eaux torrentielles, sans lit et sans embouchure, trop petit pour se transformer en rivière, trop grand pour être absorbé par les sables...Nous ne voulions pas regarder en arrière, ne savions pas regarder en avant ».
Je connaissais bien ces deux auteurs. La tragédie de Sarajevo m'a remit en mémoire les rencontres que j'ai eues avec eux dans les salles de la Bibliothèque nationale où j'écrivais les premiers chapitres de mon « Bréviaire méditerranéen ». Je n'avais aucune idée du « malaise existentiel » qu'ils évoquaient et ne me rendais même pas compte qu'ils puissent souffrir « d'un manque d'identité ». Peut-être ignorons-nous certains des visages de notre propre pays. Il y a eu parfois au cours de la guerre de Bosnie, en certains lieux, des moudjahedines venus des pays arabes. Leur nombre était bien inférieur à celui cité par une propagande hostile s'évertuant à tout exagérer. Ils n'ont guère participé aux opérations militaires, encore moins aux décisions de l'autorité musulmane bosniaque. On ne peut pas exclure que certains d'entre eux aient pu être associés à Ben Laden, allié à un certain moment avec les Etats-Unis contre les Russes. Mais de là à confondre les deux choses...
Les blessures de Sarajevo saignent toujours. La Bosnie-Herzégovine s'est vue réduite à un état de misère matérielle intolérable et sa survie dépend uniquement de l'aide de l'extérieur. Plus qu'un Etat, c'est un squelette. Un pays divisé en trois parties, séparé par trois religions dont chacune est étayée par un nationalisme rétrograde et intransigeant. Un chemin qui paraît ne pas avoir d'issue. L'aide grâce à laquelle elle parvient malgré tout à survivre et à se diriger à tâtons vers un avenir incertain ne finit pas toujours dans les bonnes mains.
Les pays musulmans ont reconstruit presque toutes les mosquées détruites et ont en bâti d'autres en des lieux plus prestigieux. Mais les conditions liées à ce type d'aide sont parfois contraires aux traditions les plus profondes de l'islam bosniaque. Le laïcisme bosniaque, de plus en plus fragilisé par l'agression des frères slaves, s'efforce à grand peine de s'opposer à ces influences externes. En Bosnie, et à Sarajevo plus précisément, l'Europe a vraisemblablement perdu une bataille décisive contre l'islam intégriste. De telles erreurs se payent cher.
Predrag Matvejevic 
(article paru dans El Pais, traduit de l'espagnol)

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Lettre ouverte à Wolfgang Petritsch, 
Haut représentant de la Communauté internationale en B-H

Cher Mr. Petritsch,

Nous, signataires de cette lettre et citoyens de la Bosnie-Herzégovine, suivons avec beaucoup d'inquiétude les négociations en cours sur la mise en oeuvre de la décision de la Cour constitutionnelle de B-H relative au statut constitutif de ses peuples. C'est avec préoccupation et amertume que nous constatons que la façon dont vous menez ces négociations n'est qu'un prolongement de la politique désastreuse et à court terme que mène la communauté internationale en B-H. Celle-ci s'efforce, pour des raisons qui nous sont incompréhensibles, de préserver sa neutralité dans l'opposition entre les protagonistes de l'ethnicité et nationalistes d'une part et les standards démocratiques et européens de l'autre, ce qui entraîne d'invraisemblables compromis entre des objectifs parfaitement inconciliables. Nous soulignons le danger extrême que représenterait, dans cette affaire, toute solution qui ne serait pas basée sur une totale symétrie dans la protection des intérêts nationaux vitaux entre le Parlement de la Fédération de B-H et le Parlement du Peuple de la Republika srpska. Nous prenons la liberté de souligner que votre contribution personnelle à la reconnaissance des régions ethniques et exclusives créées dans ce pays par le crime et le génocide, est tout aussi dangereuse. Nous n'avons trouvé aucun argument pertinent dans vos récentes déclarations concernant votre intention de favoriser des solutions qui ne seraient pas fondées sur une totale symétrie institutionnelle. L'explication selon laquelle vous ne voulez pas imposer des solutions ne constitue pas un argument, car si vous occupez aujourd'hui encore le poste de Haut représentant dans ce pays c'est bien parce que les forces nationalistes et arbitraires sont toujours au pouvoir. La même chose vaut pour votre assertion selon laquelle « le plus grand problème est comment assurer le retour des Serbes dans le pays ». Outre le fait que cela constitue une offense tant envers les Serbes qu'envers les autres citoyens de B-H, cela reflète votre position, parfaitement erronée, selon laquelle pour « les faire rentrer au pays », il faudrait leur accorder plus de droits qu'aux autres nations et populations. Nous pensons que la B-H ne pourra fonctionner en tant qu'Etat démocratique que lorsque tous ses citoyens auront la garantie de pouvoir disposer de droits égaux. Vous savez pertinemment que les premières solutions constitutionnelles adoptées par les deux entités sont le fruit d'idéologies nationalistes devant lesquelles la communauté internationale a choisi de fermer les yeux, ne songeant alors qu'à mettre un terme à la guerre dans notre pays. Les différences que vous mentionnez pourraient et devraient être trouvées dans la Loi électorale et non dans les clauses constitutionnelles des entités, supposées garantir une totale symétrie institutionnelle dans la protection des intérêts nationaux vitaux. Cher Mr. Petritsch, sachez que toute solution qui ne tiendrait pas compte des arguments que nous venons d'exposer engagerait votre responsabilité personnelle en tant que Haut représentant de la communauté internationale quant au prolongement de l'agonie où chavire inexorablement la société bosnienne suite aux concessions accordées à des idéologies nationalistes et destructrices.

Sarajevo, mars 2002

Frère Mile Babic, Gojko Beric, Zdravko Grebo, Ivan Lovrenovic, Senka Nozica, Haris Pasovic, Senad Pecanin.

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Scandale politique suite aux déclarations du général Klein

On ne sait comment le Général américain à la retraite, Jacques Paul Klein, occupait son temps chez lui aux Etats-Unis, mais il est vite devenu évident que l'histoire devait constituer l'un de ses hobbys, et ce dès ses premières rencontres avec Franjo Tudjman lorsqu'il a débarqué en Croatie pour remplir son premier mandat ex-yougoslave. Plusieurs années se sont écoulées depuis, son collègue a rejoint l'autre monde, mais l'ex-Général Klein et son cigare sont de nouveau parmi nous. Il dirige la mission des Nations-Unies à Sarajevo, où il se fait régulièrement photographier avec un énorme chèque en dollars (élargi) destiné à quelque orphelinat de Sarajevo ; il semblerait pourtant que son enthousiasme ait légèrement diminué depuis que le successeur de Wolfgang Petritsch au poste de Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie a été nommé - en la personne de Paddy Ashdown. Les Bosniens ont été particulièrement révoltés lorsque Klein a déclaré que « la Bosnie-Herzégovine, au cours de son histoire, n'a jamais représenté un Etat» et que « la dernière fois qu'il y a eu un semblant d'Etat dans la région c'était au moyen-âge, au temps du Royaume croate ». Cette absurdité historique, propre à Tudjman, mériterait naturellement de plus amples commentaires, car le « Royaume croate du Moyen-âge » a disparu en 1102, alors que le Royaume bosniaque, en tant que véritable structure gouvernementale et politique slave méridionale a subsisté jusqu'en 1463, époque où il fut absorbé par l'Empire ottoman. L'opinion publique de Sarajevo a également été choquée quand a paru l'interview où Klein « découvre » que Tudjman avait offert à Izetbegovic l'ouest de l'Herzégovine et que celui-ci avait refusé, exigeant beaucoup plus en échange. Izetbegovic lui-même s'est empressé de confirmer ce fait, mais en « expliquant » que cela n'avait été qu'une ruse pour lui permettre de découvrir quelles étaient les véritables intentions de Tudjman. Ce qu'il a découvert, explique-t-il, parce que Tudjman lui a déclaré très expressément vouloir aussi Mostar et Stolac. Cette vielle histoire, dont le relent rappelle celui des vieilles tombes, témoigne une fois de plus dans quelles mains indignes s'est trouvé notre destin - et celui de nos « peuples » - tout au long des années qui ont marqué l'avènement de la démocratie. Izetbegovic, dont on ne connaît pas les « intentions premières », a mis en évidence son véritable rôle, semblable à celui de Tudjman, dans la création des terribles illusions et désillusions des Herzégoviniens et d'une partie des Croates bosniens concernant la Croatie et l'avènement d'une Herceg-Bosnie, « incarnation de leur rêve national ». Les élucubrations de Klein liées à Dayton se ... révèlent particulièrement intéressantes: « Naturellement, les accords de Dayton sont de mauvais accords dont l'unique but était de mettre fin à la guerre. C'est là un fait indiscutable. Cet accord n'a servi qu'à rétablir les postes, le commerce, la fiscalité, la police et l'armée dans les deux entités. Nous avons créé un gouvernement central fragile, avec trois présidents qui se relayent tous les huit mois. Ce qui revient à dire qu'il ne peut y avoir de véritable objectif, de continuité, de responsabilité - a expliqué Klein. Que l'accord de Dayton soit « indubitablement mauvais », ce qu'admet Klein aujourd'hui, ici les citoyens le savent et en subissent les conséquences depuis déjà sept ans pendant que leur pays s'enlise de plus en plus et régresse, dans une direction diamétralement opposée à toute idée de développement. Par ailleurs, le nombre de ceux qui ont immédiatement critiqué Dayton et prévu ce qui allait se passer n'est pas négligeable. Attitude qualifiée tout au cours de ces années par Klein et ses semblables de « politiquement incorrecte », de « pessimisme », l'astuce consistant à répéter à longueur de journée : « Il s'agit de votre pays, à vous d'en assumer la responsabilité ». Alors que l'un des plus mauvais côtés de Dayton est précisément le fait qu'il empêche systématiquement l'émergence de forces endogènes capables d'endosser cette responsabilité. Situation qui dure depuis sept ans, sans laisser entrevoir aucun changement structurel sérieux et il est difficile de ne pas imaginer que pour les « parrains » internationaux de cette Bosnie-Herzégovine la création et le maintien d'une telle situation était précisément le but recherché. Jacques Paul Klein, en tant que chef de la mission de l'ONU à Sarajevo, même s'il n'est pas au premier rang de ceux que l'on consulte, est certainement au premier rang de ceux qui sont chargés d'entretenir cette situation. S'il découvre aujourd'hui de manière « certaine » et « indubitable » que l'accord de Dayton est un mauvais accord, qu'il ne peut donc y avoir « aucun objectif, aucune continuité, aucune responsabilité », qu'en est-il alors de sa propre responsabilité ? Après avoir répété pendant des années que Dayton, c'était l'avenir de la Bosnie-Herzégovine, le voilà qui s'aperçoit tout d'un coup que cela n'est pas vrai. J.P. Klein semble n'être qu'un subalterne, un petit fonctionnaire borné et dont l'intelligence laisse à désirer, quelqu'un qui n'aura vraiment aucune raison de se vanter de « son rôle en Bosnie » lorsqu'il aura repris son ancienne vie de retraité. Mais ceci n'a pas la moindre importance, cela ne regarde que ce retraité lui-même. Le véritable problème, c'est celui sur lequel j'ai déjà « insisté » à plusieurs reprises : cette conception que se fait l'administration internationale de son rôle en Bosnie-Herzégovine, qui exclue toute éventuelle responsabilité de ses fonctionnaires. Cet éminent officier américain a par ailleurs expliqué qu'il était très difficile de faire quelque chose dans cette Bosnie, car le vide laissé par cinquante ans de communisme « avait anéanti toute forme de créativité intellectuelle, ambition, idée, originalité », et « nous », voilà, « nous faisons tout pour essayer de surmonter tout cela et créer un nouvel Etat ». Qu'un type de ce genre puisse se permettre de déclarer cela publiquement, que cela soit reproduit dans les moyens de communication les plus influents, qu'il puisse se permettre de cracher sur ce qui a représenté ta vie, sans être rappelé à l'ordre et sans qu'on lui rappelle les règles les plus élémentaires de la bienséance - cela ne peut se passer que chez nous, car nous l'avons permis à d'autres avant lui, nous l'avons permis à nos propres abrutis. 

I.L de Sarajevo

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Admission au Conseil de l'Europe

Après sept ans d'attente, la Bosnie-Herzégovine est enfin devenue membre du Conseil de l'Europe (elle en sera le 44ème membre). Le Conseil des ministres a recommandé aux autorités bosniaques d'en approuver les statuts. C'est la récente adoption d'une loi électorale qui est à l'origine de la décision du Conseil de l'Europe. Les prochaines élections en B-H auront lieu cette année, au début du mois d'octobre. Pour la première fois, les élections seront organisées par la B-H et non par l'OSCE. Comme cela exigera un effort financier considérable, la B-H a déjà demandé l'aide de différents pays et organisations internationales. 

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La Cour Constitutionnelle de Bosnie Herzégovine
Egalité des peuples "constitutifs" de B-H ?

Il y a deux ans déjà que l'on attend l'application de la décision du Tribunal constitutionnel de B-H proclamant l'égalité des "peuples constitutifs" (Bosniaques, Croates et Serbes) sur l'ensemble du territoire bosniaque ! Le problème était de savoir si les partis au pouvoir feraient montre d'une véritable volonté politique et si la décision serait également mise en ?uvre dans les deux entités (FB-H et RS). Finalement, au terme de nombreuses réunions entre le Haut Représentant (Wolfgang Petritsch) et les dirigeants des huit principaux partis politiques, un accord a été signé le 27 mars dernier. En fait, le document n'a été signé que par les partis appartenant à l'Alliance pour les changements actuellement au pouvoir, et seulement paraphé par les partis au pouvoir en Republika srpska. Le Parti nationaliste croate (le HDZ, ancien parti de Tudjman) a refusé de le signer, alors que le Parti pour l'action démocratique (le SDA d'Alija Izetbegovic) et le Parti des sociaux-démocrates indépendants de Milorad Dodik (ancien premier ministre de RS) se sont retirés des négociations. L'essentiel de cet accord porte sur l'inauguration, dans les parlements des deux entités, de Chambres (la Chambre des Peuples qui existe déjà en FB-H et un Conseil des Peuples en RS, qui reste à former), chargées de statuer sur les affaires considérées comme touchant à un intérêt national vital. Ces Chambres seront composées de manière à permettre à chacun des trois "peuples constitutifs" de bloquer toute loi considérée comme portant atteinte à un intérêt national vital. Par ailleurs, les postes clés seront partagés entre les représentants des trois peuples. L'accord devait entraîner l'amendement des constitutions des deux entités. Sa mise en ?uvre posera d'énormes problèmes, en Republika srpska plus particulièrement. Cet accord a été particulièrement bien accueilli par les représentants de la communauté internationale, qui l'ont qualifié "d'événement le plus important depuis les accords de Dayton". Pour Petritsch, il s'agit "d'un événement historique qui fera de la B-H un pays véritablement multiethnique". 

Dernières nouvelles 
Finalement, Wolfgang PETRITSCH a pris la décision d'imposer les changements dans les constitutions des deux entités et cela sur la base du récent accord. En effet, l'Accord n'est pas passé dans les parlements de FBH et RS. La décision du HR est considérée comme capitale pour la stabilisation de l'Etat de B-H et sa démocratisation. Encore faut-il que les changements constitutionnels soient réellement mis en ?uvre. Nous y reviendrons dans notre prochain numéro. 

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La Cour Constitutionnelle de Bosnie Herzégovine
appréhensions 

Commentaire de notre correspondant à Sarajevo - Zija D.L

Le Haut représentant Wolfgang Petrisch est bien parti pour terminer son mandat sur une apothéose. L'accord sur la mise en ?uvre de la décision de la Cour constitutionnelle de B-H sur les peuples constitutifs est un véritable triomphe politique et a dépassé toutes les espérances. S'il ne s'agit pas vraiment d'une adaptation optimale de la Constitution de B-H à celles des entités, cela constitue pourtant l'initiative politique la plus importante de l'après-guerre pour assurer la stabilisation de la B-H en tant qu'Etat démocratique. Le véritable exploit est l'établissement d'une Chambre des peuples en RS en tant qu'organe législatif, bien que ses compétences ne soient pas les mêmes que celles de la Chambre des peuples de la FB-H. Cela a pourtant permis de réduire l'asymétrie entre les entités dans cet important domaine, celui des garanties constitutionnelles et législatives. Particulièrement importante à cet égard est la procédure relative à la protection de l'intérêt national vital, surtout celle qui permet aux 2/3 des membres d'un groupe parlementaire de décider que tout acte, décret ou loi d'intérêt national vital devra être examiné par la Chambre des peuples (La RS a émis certaines réserves à cet égard et exigé que cela reste du ressort de l'Assemblée de la RS). Tout aussi important est le fait que la nomination des représentants des peuples constitutifs aux postes-clés des pouvoirs législatif, exécutif et juridique se fera tant au plan horizontal (les plus hautes instances dans les entités) que vertical (cantons et communes). Les Croates ont perdu leur position paritaire dans la Fédération de B-H, mais ont reçu la garantie d'une participation d'au moins 15 % aux gouvernements des entités; ils disposeront de plus de quatre sièges au Parlement de la RS (alors qu'ils n'en ont qu'un seul actuellement). Il est vrai que les Croates ont été les plus atteints par l'application des résultats du recensement de 1991, mais on leur garantit désormais une participation minimum au pouvoir (15 %) malgré le fait qu'ils représentent moins de 15 % de la population. Les SDP, SB-H et NHI ont paraphé l'accord. L'Alliance démocratique en est sortie renforcée, ainsi que son statut de partenaire des autorités internationales, mais cet accord met aussi en exergue le rôle du SDP et de Zlatko Lagumdzija - qui a enfin fait montre d'un certain savoir-faire politique. C'est enfin un facteur de prestige pour le NHI, et surtout son chef Kresimir Zubak au sein de l'Alliance et auprès des acteurs internationaux. Ce geste de Zubak est plus important que le fait d'avoir quitté le HDZ. Le paraphe de Safet Halilovic permet au SB-H de conserver sa seconde position au sein de l'Alliance et de rompre définitivement avec le SDA. Cette décision est totalement contraire aux convictions politiques d'Haris Silajdzic. C'est évidemment la marque de l'influence d'un plus large nombre de cadres au sein du SB-H. Les réserves émises par la RS sur deux des articles de cet accord n'ont aucune incidence politique étant donné qu'elle l'a ratifié. Ces critiques portaient sur l'article qui garantit au moins 15 % de représentants par peuple constitutif et 35 % pour deux peuples constitutifs aux gouvernements des entités, même après la mise en oeuvre intégrale de l'Annexe 7. C'est-à-dire que la RS comptait sur le fait qu'une fois le processus du retour considéré comme ayant été achevé, elle pourrait consolider son pouvoir en se basant sur l'état de fait. La crainte de la RS et du SDS de voir les forces internationales prendre des initiatives susceptibles d'amener la disparition de cette entité les a incités à parapher cet accord. Les partis SDS, PDP, SPRS et SNDS expliquent donc que cet accord sauve la RS, en fait ce qu'ils ont sauvé en le signant, c'est leur avenir politique. Le SDA a commis une énorme bavure politique. Au lieu de se battre en faveur de l'aboutissement d'une initiative déclenchée par Alija Izetbegovic lui-même auprès de la nelle, il a essayé de s'en démarquer et mêe menacé d'y faire obstruction. L'on n'atendait rien d'autre de la part du HDZ. Ce parti s'efforcera de minimiser l'importance de cet accord auprès de ses membres et d'en entraver l'application. Néanmoins le HDZ ne dispose pas du soutien de l'Etat croate, qui a approuvé l'accord, ainsi que le principe des peuples constitutifs. La pression exercée sur les pays voisins est à l'origine du soutien de Belgrade (Vojislav Kostunica a même été jusqu'à se prononcer pour une B-H fonctionnelle et indépendante !). Tout en soutenant, il est vrai, les réserves émises par la RS vis-à-vis d'une certaine partie de l'accord. La RS s'efforce d'en réduire l'importance en faisant appel à la démocratie et aux droits des parlements. Mais les autorités internationales exigent l'application de l'accord dans son intégralité. Dans le cas contraire, les conséquences pourraient être graves. Le fait que les représentants des EU et de l'Europe soutiennent totalement le Haut représentant est extrêmement important. La RS redoute la Constitution de la B-H, mais redoute encore plus son éventuelle disparition. Le rejet par les partis nationalistes du principe des peuples constitutifs et de l'égalité ethnique est compréhensible, car rien ne les arrange plus qu'une atmosphère de tension entre les peuples. D'une manière générale, la B-H est en train de vivre une catharsis politique marquant la transition entre la phase d'avant-Dayton et d'après-Dayton. En effet, les entités, et la RS plus particulièrement, devront maintenant apporter la preuve qu'elles approuvent vraiment les Accords de Dayton - en procédant à des changements constitutionnels et en encourageant les retours. 

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Ashdown succède à Petritsch

C'est au mois de mai prochain que le Britannique Paddy Ashdown deviendra le nouveau Haut Représentant en B-H, succédant ainsi à Wolfgang Petritsch. Le Conseil de sécurité des Nations-Unies, qui vient de prendre cette décision, a déclaré à cette occasion que la mission de l'ONU en B-H prendrait fin cette année et que l'Union européenne serait chargée de prendre la relève. Par ailleurs, la communauté internationale est actuellement organisée autour du Haut représentant. Les dirigeants des différentes institutions internationales (UN, UE, OESC, Banque mondiale) constituent en effet une sorte de gouvernement présidé par le HR. Ce cabinet comporte quatre groupes de travail : réformes économiques, retour (des réfugiés) et reconstruction, renforcement des autorités et état de droit. L'idée de cette nouvelle organisation est avant tout de mieux coordonner et de rendre plus efficace l'action internationale. En outre, on considère généralement que la communauté internationale est trop représentée en B-H. On rencontre toutefois une certaine opposition à la réduction du personnel international, sous prétexte que "les Bosniaques ne sont pas en mesure de gérer les affaires de leur pays". Cependant, la constitution d'un véritable "gouvernement" autour du HR paraît totalement contradictoire avec la thèse défendue par celui-ci, selon laquelle «les Bosniaques devraient prendre en main les affaires de leur pays ». 

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Serbie

La Serbie, ses criminels et ses voisins.

Les autorités de Belgrade ont fini par se plier en partie aux injonctions internationales de coopérer avec le TPI. Sous la menace américaine d'être privées de l'aide financière nécessaire à la survie du pays, elles ont, après le vote d'une loi par les assemblées serbes, enclenché un processus attendu depuis la chute de Milosevic et l'envoi de celui-ci à La Haye. 6 des 23 inculpés serbes encore en liberté ont manifesté leur intention de se rendre à la justice, contre les garanties offertes par le gouvernement "yougoslave". Ils forment un bon échantillonnage des criminels qui se sont illustrés sous Milosevic en Croatie (Vukovar, Dubrovnik et la Krajina), en Bosnie (Prijedor et Omarska) et au Kosovo, mais manquent bien sûr les têtes de séries Mladic et Karadzic. Ce dernier dispose de suffisamment de liberté de corps et d'esprit pour pouvoir écrire une pièce de théatre, qui vient d'être publiée à Belgrade. Un seul, l'ancien ministre de l'intérieur Stojilkovic, a eu le courage de se suicider. On saura rapidement si le gouvernement de Serbie est décidé à aller jusqu'au bout de ses engagements.
On notera également que les dirigeants serbes ont quelque peu per-du de leur arrogance sur deux questions clés pour une pacification des relations interrégionales.
Ils ont, après bien des tergiversations, accepté l'entrée d'un représentant serbe dans le gouvernement de Pristina. Un groupe important de Serbes du Kosovo, mené par Rada Trajkovic, qui estiment que leur avenir se joue au Kosovo et non en Serbie, se montre désireux de s'affranchir de la tutelle des politiciens de Belgrade. Le nouveau chef de l'UMNIK, Michael Steiner, très au fait, contrairement à son prédécesseur, des réalités de la région, paraît en mesure de faire avancer le processus d'auto-gouvernement du Kosovo, avec une participation des Serbes locaux. D'éventuelles inculpations par le TPI de responsables albanais de crimes de guerre, auxquelles ne s'opposent pas le Président Ibrahim Rugova et le Premier Ministre Bajram Redjepi, contribueraient à alléger le climat en démontrant que la justice est la même pour tous.
La pression internationale pour que la Serbie relâche ses liens avec la R.S. semble également commencer de porter ses fruits, tout au moins sur le plan verbal, à l'exemple de l'acceptation par Belgrade de la décision de Petrisch sur les changements constitutionnels en Bosnie-Herzégovine. Mais cette pression ne doit pas faiblir surtout de la part de l'Union européenne, qu'on n'entend guère sur le sujet. 
La récente visite du Ministre des Affaires étrangères de Croatie en Serbie est un autre signe de la normalisation des relations de voisinage dans la région. 
Vojislav Kostunica, qui a dû reculer sur le TPI, le Kosovo et la Bosnie, a obtenu de l'Union européenne une apparence de compensation par la création d'un Etat commun à la Serbie et au Monténégro, mais à bien y regarder, il ne s'agit là que de la prolongation d'un statu quo politiquement et juridiquement des plus ?précaires. Les deux "entités" étatiques reconnues n'auront guère en commun que le siège qu'elles détiendront à tour de rôle aux Nations Unies, en plus d'une assemblée et de départements ministériels sans pouvoirs, en attendant que la question du statut de leurs relations se repose dans trois ans. L'accord imposé aux deux parties par l'Union européenne a d'ores et déjà provoqué une crise politique au Monténégro, alors que la Serbie reste embourbée dans des conflits où se mêlent inextricablement affaires militaires, policières, politiques et mafieuses sur fond de misère sociale persistante. Les partisans de l'ouverture du pays sur le monde, influents parmi les titulaires de responsabilités économiques, ne paraissent pas près de l'emporter sur les tendances lourdes d'une société encore majoritairement tournée vers le passé.

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International

Le rapport de la commission d'historiens néerlandais sur Srebrenica et ses suites.

Après le rapport du secrétaire général de l'ONU et celui de la Mission d'information de l'Assemblée Nationale, voici un nouveau document officiel sur Srebrenica, fruit de cinq ans de travail d'historiens hollandais. Il est impossible de rendre compte d'un ouvrage de 7600 pages écrites en néerlandais, mais si l'on en juge par les commentaires de la presse, la conclusion qui se dégage du rapport est que la responsabilité essentielle des autorités de La Haye tiendrait à ce qu'elles se soient engagées dans une mission impossible à remplir du fait de la politique incohérente de l'ONU. Les auteurs du rapport font évidemment porter la culpabilité des massacres sur Mladic et ses hommes, avec des responsabilités secondaires sur toutes les parties en présence, mais il semble qu'ils lavent aussi Milosevic et même Karadzic de tout soupçon de participation, même indirecte, au crime commis, comme si Mladic avait opéré en dehors de tout contrôle et de tout soutien. Les associations des survivants de Srebrenica se sont indignées de l'affirmation du rapport selon laquelle la majeure partie des personnes assassinées auraient été des combattants.

Tel qu'il est, ce rapport a suscité une émotion considérable aux Pays-Bas et provoqué la démission du gouvernement dirigé par Wim Kok, titulaire de la même fonction en 1995, et du chef d'état-major de l'armée, qui était le n° 2 de l'armée au moment du massacre. Le Premier Ministre démissionnaire a déclaré : "La communauté internationale, dans laquelle les Pays-Bas jouaient un rôle particulier, a paru incapable d'empêcher la chute de l'enclave et le génocide perpétré par les Bosno-Serbes qui a suivi".

Ces attitudes et ces propos sont à comparer à ceux des autorités françaises, bien résumés dans la déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay du 30-11-2001, à l'occasion de la publication du rapport d'information de la Mission de l'Assemblée Nationale : "Nous (la France) estimons ne pas avoir à rougir de notre action durant toute cette période tragique."

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Elections présidentielles en France

L'Association Sarajevo s'est donné comme règle de ne pas se mêler du débat politique français, si ce n'est pour interpeller les autorités, les acteurs et les partis politiques sur leurs positions concernant la Bosnie-Herzégovine et les Balkans. Elle est intervenue dans ce sens lors de toutes les campagnes électorales qui se sont déroulées ces dernières années, avec des résultats décourageants. C'est pourquoi son bureau s'est interrogé sur l'utilité d'une démarche qui s'est avérée relever plus du rite que de l'engagement efficace. Nous avons finalement cru bon de marquer une nouvelle fois le coup et d'envoyer aux candidats, à l'exception de Le Pen et Mégret, la lettre ci-dessous.
Une seule réponse nous était parvenue à la veille du premier tour, celle de Lionel Jospin, qui vaut ce qu'elle vaut. Les secrétariats de Jacques Chirac et d'Arlette Laguiller se sont contentés d'accuser réception de notre courrier. Les autres candidats ne se sont pas manifestés.
Le coup de tonnerre du vote du 21 avril nous amène à rappeler que nous avons, à plusieurs reprises, déploré la carence des formations politiques françaises à établir le lien entre la sorte de fascisme qui s'est déchaînée en ex-Yougoslavie et la menace représentée par le Front National. Faut-il rappeler les liens étroits noués par Le Pen avec l'ultra-nationalisme serbe dont témoigne le chaleureux message de félicitations que vient d'adresser Seselj à son homologue français, saluant son succès comme "un grand encouragement pour nous autres, patriotes, qui nous débattons dans les griffes de la mondialisation". 
Dans des conditions et des contextes très différents, c'est bien le même ennemi qu'il fallait combattre là-bas et ici et il faut continuer de le faire avec la même force. 

Paris, le 17 Mars 2002

Monsieur (Madame) le Candidat,

Il n'est pas dans mon intention de vous interroger sur la politique que, si vous êtes élu Président de la République, vous mèneriez en Bosnie-Herzégovine et dans les pays de l'ex-Yougoslavie. Bien qu'ils considèrent le sujet comme de la plus haute importance pour l'avenir de l'Europe, et par conséquent pour notre pays, les membres de l'Association Sarajevo, comme tous les citoyens français qui s'intéressent à la région, savent d'expérience le peu de place que tiennent les questions de ce genre dans le débat politique français et le peu de signification des réponses que leur apportent en général des candidats, qui ont des préoccupations électoralement plus pressantes.
Je me contenterai de vous lancer un appel, très instant, pour que vous preniez fortement et publiquement position en faveur de l'arrestation et de l'envoi immédiats à La Haye de Karadzic et de Mladic, dont l'impunité persistante, sept ans après leur inculpation par le TPI, est un outrage à la justice et simplement au bon sens, dans ce temps où la lutte contre le terrorisme de masse est reconnue comme une priorité politique internationale. 
Une déclaration dans ce sens, de votre part, serait d'autant plus bienvenue qu'il circule dans la presse internationale des rumeurs sur les éventuelles complicités dont bénéficieraient ces présumés criminels dans certains cercles français. Dans l'espoir que vous voudrez bien répondre positivement à cette demande, ce qui ne serait que la confirmation des engagements internationaux pris par la France, je vous prie de recevoir, Monsieur le Candidat, l'expression de ma haute considération.
pour Francis JEANSON Président
Faïk DIZDAREVIC Secrétaire Général

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La réponse de Lionel Jospin

Monsieur le Secrétaire général,

J'ai bien reçu votre courrier du 18 mars dernier et vous en remercie.
Je tiens tout d'abord à vous faire part de l'intérêt que je porte à la place de la Bosnie-Herzégovine et à l'ensemble de l'ex-Yougoslavie dans l'Europe. J'ai développé, en tant que Premier ministre, une coopération bilatérale étroite avec le gouvernement bosniaque mené par mon ami Zlatko Lagumdzija, l'objectif poursuivi étant de renforcer le rôle et le fonctionnement des institutions centrales et de permettre enfin à ce pays de retrouver une vie pacifique. Mais vous m'interpellez ici sur un point particulier et me demandez d'affirmer mon soutien non seulement à une décision pratique, l'arrestation des criminels de guerre, mais aussi à des valeurs morales, à savoir le refus de l'oubli et la nécessité du jugement. Sachez que je partage entièrement ces objectifs. La réconciliation nationale ne peut se concevoir sans l'arrestation et le jugement de tous les criminels de guerre et l'établissement de la vérité sur la tragédie qu'a traversé la Bosnie-Herzégovine. Vous faites aussi allusion à certains actes dont la France n'aurait à s'honorer. La justice a été saisie quand il y avait matière et je n'ai pas à commenter son travail. Je prends l'engagement que l'ensemble des éléments militaires français engagés dans la mission de la SFOR continuera son travail de terrain visant à obtenir l'arrestation des criminels de guerre toujours en fuite et identifiés par le Tribunal Pénal International.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Secrétaire général, l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

Lionel JOSPIN 

Paris le 29 mars 2002

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Compte-rendu des Rencontres de Genève 12, 13, 14 avril 2002

Une vingtaine d'associations de défense de la Bosnie-Herzégovine se sont retrouvées du 12 au 14 mars à Genève. Cette réunion avait pour objet de faire le bilan des actions menées et de relancer le mouvement citoyen pour la Bosnie-Herzégovine. Avant de détailler les sujets évoqués, il faut souligner la qualité des débats et de l'organisation qui a été admirable grâce à Ivar Petterson et André Prochasson ! Les rencontres se sont déroulées en trois temps. Les vendredi 12 au soir, nous sous sommes rencontrés pour une table ronde autour des représentants des survivants de la vallée de la Drina, une dizaine de personnes arrivées en bus de Bosnie-Herzégovine le jour même. Nous avons évoqué avec Svébor Dizdarevic et Pierre Hazan la situation en Bosnie-Herzégovine et le travail du TPIY. Lea lendemain, après avoir présenté le travail des associations présentes, nous avons travaillé dans quatre ateliers : l'atelier Srébrénica, l'atelier juridique, l'atelier situation politique (révision des accords de Dayton), et l'atelier réseau solidarité avec la Bosnie-Herzégovine. Au troisième jour, les participants se sont réunis en séance plénière pour faire le bilan et proposer une synthèse des travaux. Deux points ont retenu l'attention des participants : les crimes commis à Srebrenica et la révision des accords de Dayton. Les discussions ont été ouvertes et très directes sur l'ensemble des points soulevés dans l'appel. Une synthèse n'a cependant pas a été obtenue à ce jour, Mais nous reproduisons ci-dessous la dernière version du texte soumise à l'approbation des participants. 
Dès que les associations signataires seront connues, nous vous en informerons par le biais de la liste de diffusionn (http://association.sarajevo.free.fr/liste-diffusion.html.)

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COORDINATION INTERNATIONALE SOLIDARITE BOSNIE-HERZEGOVINE

Rencontres des 12, 13, 14 avril 2002 à Genève

SYNTHESE DES TRAVAUX
document en cours de finalisation au 25 avril 2002

Les 13 et 14 avril se sont réunis à Genève plus de soixante-dix membres d'associations bosniaques, françaises et suisses, représentant une vingtaine d'associations y compris une délégation d'une dizaine d'invités bosniaques venus tout exprès de Bosnie-Herzégovine.
Les participants à ces rencontres ont analysé la situation et discuté de plusieurs résolutions et décisions d'action exposées ci-après.
Le présent document est en cours de finalisation et ne peut engager les participants à cette rencontre, indiqués ci-après. Dans l'attente, ce texte n'en demeure pas moins une base de discussion entre tous les partenaires et lecteurs de la Lettre de l'Association Sarajevo. 


Les participants réaffirment leur objectif commun, à savoir : une République de Bosnie-Herzégovine démocratique, unie et plurielle.
La recherche de la vérité et des responsabilités, toutes les responsabilités, constitue l'une des préoccupations majeures des victimes des guerres d'agression par les nationalistes serbes puis croates, qui ont ruiné la République de Bosnie-Herzégovine, pays reconnu par les Douze le 6 avril 1992, sitôt prétexte à déclaration de guerre par Milosevic, puis les Etats Unis le 7 avril 1992. 
Il importe donc que le Tribunal Pénal International puisse poursuivre et amplifier son action, condition nécessaire pour atteindre l'objectif commun réaffirmé ci-dessus.
Des gaz neuro-toxiques ont été utilisés contre les milliers de personnes fuyant Srebrenica. 
Fabriqués en Serbie, au moins pour certains, ces gaz neuro-toxiques inhibaient toute conscience du danger, livrant les victimes à leurs assassins. 
Il apparaît important que le TPI examine l'accusation d'utilisation par les forces militaires serbes de gaz toxiques, et l'ajoute en conséquence à l'acte d'accusation contre Milosevic.

La recherche des disparus, leur exhumation, identification et inhumation dans la dignité sont indispensables tant à la justice qu'au deuil aujourd'hui impossible. Les moyens mis en oeuvre doivent être démultipliés. 
La création à Potocari du Centre mémorial des victimes du génocide de Srebrenica doit être soutenu par tous les Européens.
Les responsabilités des puissances occidentales doivent aussi être recherchées, pendant et après la guerre. Aujourd'hui encore, la passivité de ces puissances, voire même certaines complicités, entravent l'arrestation des criminels de guerre, à commencer par Karadzic et Mladic.
Les accords de Dayton ont certes fait taire les armes. 
Rappelons aussi que ces accords ont notamment été co-signés par Tudjman et Milosevic qui s'engageaient ainsi à coopérer avec le TPI : si le premier est décédé avant d'être inculpé, le second est depuis un an incarcéré à La Haye et prétend aujourd'hui dénier au TPI sa légalité ! 
Mais entérinant le partage réalisé par la terreur, sous la forme de deux "entités" définies sur une base "ethnique", les accords de Dayton ont légalisé un système de ségrégation fondée sur une appartenance "ethnique", contraire aux principes européens du droit : selon leur nationalité, tous les habitants n'ont pas le même droit de vote, tous les écoliers n'ont pas les mêmes cours en particulier en histoire et en religion, tous les réfugiés et toutes les personnes déplacées ne peuvent rentrer «chez eux» dans l'entité serbe ou les régions contrôlées par les nationalistes croates, sans subir des menaces et parfois des agressions, matérielles ou même corporelles. 
Les accords de Dayton n'ont-ils pas légalisé un véritable système d'apartheid ?
L'agression nationaliste serbe puis croate de la Bosnie-Herzégovine, avec la complicité tacite des grandes puissances, a conduit à plus de 200.000 morts, plus de deux millions de personnes déplacées et expulsées.... 
L'abandon des zones de sécurité de Srebrenica et Zepa livrées à leurs tortionnaires a fait plus de 10 000 morts et disparus dans les jours qui ont suivi le 11 juillet 95.
Cet abandon est ressenti et analysé comme une véritable trahison de la part des puissances occidentales : apothéose de cette politique internationale, trahissant la Charte de Nations-Unies qui reconnaît à tout peuple agressé le droit de se défendre, mais incapable de défendre ces «zones de sécurité» créées par l'ONU. 
Le rapport sur Srebrenica du Secrétaire général de l'ONU, ceux de la mission de l'Assemblée Nationale française et des historiens néerlandais, ont confirmé les responsabilités des acteurs politiques et militaires. 
La démission le 16 avril du gouvernement néerlandais peut témoigner d'un certain courage, mais va-t-elle amener à réhabiliter les victimes dans leurs droits ?
L'échec de l'opération pour arrêter Karadzic le 28 février 2002 dans les environs de Foca tend à montrer que des complicités existent toujours et à tous les échelons de décisions, politiques ou militaires.
Les participants soutiennent les initiatives qui visent à établir les responsabilités respectives de toutes les autorités qui ont contribué à laisser libre cours aux forces qui ont détruit la Bosnie-Herzégovine, en premier lieu les puissances qui ont défini et exécuté la politique des Nations-Unies sur le terrain. 
A ce titre, les Etats membres permanents du Conseil de Sécurité sont les premiers concernés. Les citoyens français s'attacheront, pour leur part, au rôle déterminant de la France. Celle-ci doit par ailleurs s'expliquer sur les raisons de la non-arrestation des criminels poursuivis par le TPI, notamment Karadzic et Mladic.
Concernant la commémoration du génocide de Srebrenica à Potocari le 11 juillet prochain, à la demande des représentants des survivants de Srebrenica présents à Genève, et après un long débat, les participants :
- demandent que la participation des autorités officielles, de l'ONU et de la France, soit subordonnée aux arrestations de Karadzic et de Mladic, car cette présence serait perçue par les victimes comme une humiliation insoutenable ; 
- invitent la société civile européenne à se joindre nombreuse le 11 juillet, tant à la commémoration à Potocari que dans d'autres villes d'Europe, comme à Genève où une action symbolique est prévue.
Le droit au retour doit de toute urgence être suivi dans les faits. Ce droit est reconnu dans l'Annexe 7 des accords de Dayton, mais les retours restent très limités et trop souvent aux risques et périls des volontaires, en particulier dans la vallée de la Drina.
Les retours volontaires, protégés et aidés matériellement par la Communauté internationale doivent impérativement se généraliser.
Les gouvernements occidentaux et l'ONU doivent contribuer à créer les conditions permettant le retour des habitants survivants de la Drina Srebrenica avec un appui dans la reconstruction et la garantie de leur sécurité
Il faut d'urgence soutenir les personnes déjà retournées dans la vallée de la Drina.
L'aide apportée par nos associations est loin de suffire aux besoins immenses non assumés, ni par les Etats impliqués, ni par la Communauté Internationale.
Une première indemnisation pour les dommages matériels subis par toutes les victimes des zones de sécurité abandonnées par l'ONU doit être mise en ?uvre, d'autant plus vite que certains survivants sont dans un dénuement d'autant plus dramatique que la B-H s'enlise dans une situation économique préoccupante.
C'est ainsi que des familles de victimes ont dû engager une action juridique pour faire appliquer à l'ONU ses obligations.
Aussi, est-il demandé aux gouvernements, suisse en particulier, de prolonger l'asile des réfugiés, tout particulièrement ceux de la Vallée de la Drina, dans l'attente que soient réunies les conditions minimum pour un retour volontaire et organisé. 
Les participants se sont émus de la menace d'une expulsion de la Suisse vers l'Australie. Ils en appellent au gouvernement fédéral suisse pour couper court à cette décision aussi arbitraire qu'inhumaine, et demande qu'une délégation de l'Association des Survivant(e)s de la Drina-Srebrenica soit reçue rapidement par le gouvernement suisse.
La Cour Constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine, en avril 2002, a reconnu l'existence des trois peuples constitutifs, Bosniaque, Croate et Serbe, sur l'ensemble de son territoire et à l'intérieur de chacune de ses "entités", dans l'égalité des droits pour tous les citoyens. Mais les nationalistes, de Republika Srpska en particulier, font obstacle à ce processus de démocratisation ainsi engagé.
Il importe que cette décision de la Cour Constitutionnelle puisse être rapidement appliquée avec un réel soutien de la Communauté internationale.
En effet, c'est une première étape dans le processus de réintégration vers une République de Bosnie-Herzégovine démocratique, unie et plurielle.
Enfin, les participants décident de relancer et d'élargir le réseau international de solidarité citoyennes avec la société civile de Bosnie-Herzégovine. 
Les organisations travailleront à consolider leur échanges, à partager leurs informations et à créer une synergie entre les ressources et les moyens dont elles disposent. Elles développeront des actions communes tout en respectant la spécificité de chacune.

Les participants aux Rencontres, susceptibles de signer (sous toutes réserves, ce texte n'a pas encore été traduit pour être soumis à la discussion, amendé et valider) sont : 
Bosnie Herzégovine
Mouvement Mères des enclaves Srebrenica et Zepa - Sarajevo ; Union des associations bosniaques des familles de personnes détenues ou disparues - Tuzla ; Association de citoyens "Femmes de Srebrenica" -Tuzla ; Association de citoyens pour les disparus de Hadzici - Hadzici ; Association de citoyens "Visegrad 92" - Sarajevo ; Association de citoyens "Srebrenica 99" - Tuzla ; Membres bosniaques du Conseil consultatif pour la construction du Mémorial de Potocari ; Bureau régional pour le retour à Srebrenica - Srebrenica. 
France
Forum Grenoblois pour la démocratie dans les Balkans - Grenoble ; Association Sarajevo - Paris ; Fédération Mères pour la Paix - Villeneuve d'Ascq ; Soutien aux survivants de la vallée de la Drina-Srebrenica - Paris ; Enfants Europe-Bosnie - Châteaudun; Guernica ADPE - Toulouse ; Association SOS Bosnie-Herzégovine - Sennecey-le-Grand ; Prométhée Bosnie - Grenoble ; Europe Alternative - 95 Enghien ; Coordination Paloise pour la Bosnie - Pau. 
Hollande
Conseil interreligieux hollandais pour la paix (IKV-Holandija) - La Haye.
Suisse
Association des survivant(e)s de la Drina-Srebrenica - Genève et Canton de Vaud ; Club bosniaque de Genève; Société Suisse-Bosnie - Bâle et Berne; Les mères de Bosnie - Genève et Lausanne.
Précisions pour contacts : 
- Ivar Petterson, 
Tél.022/349.36.06. 
Fax 022/349.35.67. 
Email : petterson.ivar@freesurf.ch 
André Prochasson 
Tél. 04 776535529 
Email:andre.prochasson@wanadoo.fr

DESTINATAIRES :
O.N.U. : 
Médias : .........
O.N.G. : ...........

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Commémoration 

L'Université de Paris 8 (Vincennes-Saint Denis), qui a activement participé au soutien de la Bosnie-Herzégovine pendant la guerre, notamment dans le cadre de son jumelage avec l'Université de Sarajevo, a organisé le 4 avril une journée commémorative du dixième anniversaire du début du siège de Sarajevo. Cette manifestation comprenait une exposition de photos de Gérard Rondeau et de Milomir Kovacevic, des projections de films de Nenad Dizdarevic et de Radovan Tadic et des exposés suivis de débats, présentés par le Président et des enseignants de Paris 8, leurs invités de l'Université de Sarajevo Nicolas Kovac et Fahrudin Kreho, et divers intervenants représentatifs des milieux qui sont intervenus en Bosnie Herzégovine.

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Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris 
tél. : 01 45 79 38 66 
fax: 01 44 23 76 79

E-mail  faik.dizdarevic@noos.fr
http://association.sarajevo.free.fr

Président: Francis Jeanson 
Directeur de la Publication: Francis Jeanson 
Rédacteur en chef : Jean-René Chauvin
Commission paritaire : AA 75121

Abonnement simple,
11 numéros par an : 100F ou 15,25 ?

Adhésion à l'Association,
 11 numéros + rapport d'activité annuel : 200F ou 30,50 ? 

Les chèques doivent être libellés à l'ordre de l'Association Sarajevo. Les reçus seront conformes aux règles de l'administration fiscale pour faire bénéficier les donateurs des réductions d'impôts légales.

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