Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 74 mai 1999

 

Nous écrivions dans le premier éditorial de la Lettre de Sarajevo, de mars 1993 : «Et pendant que se prolonge la comédie de la négociation avec les auteurs et complices de crimes contre l'humanité, le froid et la faim s'ajoutent aux couteaux, aux balles et aux obus pour anéantir le peuple, les villes et les villages de la Bosnie-Herzégovine. La communauté internationale devra bien se résoudre à agir pour briser les forces des agresseurs ... *. Nous ajoutions dans son numéro suivant: "Chacun sait que la violence qui nourrit le pouvoir de Milosevic ne tardera pas, si elle n'est pas brisée, à submerger le Kosovo et porter l'incendie dans toute la région".

Ce moment est arrivé, provoqué par la froide détermination de Milosevic et des siens à vider le Kosovo de sa population albanaise, en multipliant les crimes de masse dont ils sont coutumiers. En rompant avec leur passivité passée, les puissances occidentales ont décidé d'intervenir parce que l'explosion du Kosovo menaçait directement la stabilité des Balkans et par là l'ensemble de l'Europe.

Si nous formulons les plus grandes réserves à l'encontre de la stratégie générale de l'OTAN, ce ne sont pas les incantations et les protestations de la vaste coalition hétéroclite et quelque peu bizarre, des opposants à toute action armée contre la Serbie qui nous feront revenir sur notre conviction ancienne que seule la force peut contraindre le régime de Milosevic à céder, c'est-à-dire apjourd'hui, à retirer toutes ses troupes du Kosovo pour que s'y installe la force militaire internationale puissante et crédible capable d'assurer le retour et la sécurité des Kosovars expulsés de leurs foyers.

Toutes les victimes des frappes de l'OTAN ont droit à notre compassion, comme les centaines de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes de tous les peuples de l'ex-Yougoslavie qui ont payé et continuent de payer de leurs vies, de leurs souffrances et de leurs foyers détruits, les crimes dus à l'entreprise meurtrière du régime de Milosevic, à l'oeuvre depuis huit ans dans la région. Que son aventure insensée se retourne en définitive contre la Serbie elle-même était aussi prévu que l'enchaînement des désastres précédents et actuels que les Serbes, dans leur écrasante majorité, ont toujours voulu ignorer lorsqu'ils frappaient seulement les "autres". Des Signes indiquent que, directement confrontés à la guerre, ils commencent à identifier le responsable initial des ruines qu'ils subissent et que le bloc, prétendument si soudé autour de Milosevic par les frappes de l'OTAN, est en train de craquer. Plus importantes que les déclarations faites à l'étranger ou au Monténégro par certains dirigeants de l'ancienne opposition, apparaissent à ce titre les prises de position contre la guerre voulue par Milosevic, des maires de Nis et de Cacak et les manifestations populaires, dans cette dernière ville, à Alexandrovac et à Krusevac.

L'état-major politique et militaire de l'OTAN a commis des erreurs d'appréciation lourdes de conséquences. Les gouvernements occidentaux ont surtout péché, d'abord par leur incompréhension de ce qui se passait en Yougoslavie, ensuite par leur refus de s'engager militairement dès qu'il est apparu que rien n'arrêterait Milosevic sinon une force supérieure à la sienne et, enfin, lorsque l'intervention a finalement eu lieu, de l'avoir limitée aux frappes aériennes. Mais combien de nos pacifistes invétérés auraient préféré une véritable guerre au sol, avec les bombardements qui, de toute façon, l'aurait accompagnée?

Quoi qu'il en soit, il serait aussi criminel que dangereux de transiger sur la libération immédiate et totale du Kosovo, l'objectif du retour dans leur pays des Kosovars expulsés constituant un impératif indiscutable, ne serait ce que dans l'intérêt de la stabilité régionale et européenne, pour ne retenir que le seul aspect des choses qui touche réellement les politiques.

La fragilité de certains coalitions parlementaires, la lassitude des opinions, l'inconscience des responsables de l'ONU choisissant comme émissaires les discrédités Bildt et Akashi, les obstructions russes et chinoises, les ruses de Milosevic, peuvent encore une fois retarder les échéances et conduire à de nouveaux compromis pourris et donc à de nouveaux malheurs. Ce ne serait que temps perdu dans l'attente de l'inévitable implosion d'un régime qu'il faut abattre au plus vite pour le plus grand bien de tous les peuples de la région, y compris du peuple serbe.

Extraits d'une interview de Bora Cosic, écrivain d'oriaine serbevivant-à Berlin, Parue dans FERAL TRIBUNE, hebdornadaire de Split, (26 avril 1999).

Q : Comment expliquez-vous le bombardement d'une ville où vous avez passé la plus grande partie de votre vie?
R: - Je ne crois pas aux théories selon lesquelles cette guerre n'aurait débuté qu'il y a quelque semaines. Elle dure depuis huit ans et le bombardement de la Serbie et de Belgrade n'en est que l'aboutissement. L'action entreprise par l'OTAN est une intervention radicale, mais aussi un règlement de compte final avec une force brutale et militante. Il y a certainement des traces de vie civique à Belgrade, mais au fond de quelques minuscules alvéoles, dans des coins retirés, chez certaines personnes auxquelles je tiens et pour lesquelles je me fais du souci. On ne retrouve ces traces qu'en quantités infimes, mais elles existent. La vie civique, d'une manière générale, est en retrait dans l'ensemble de l'Europe, comment ne le serait-elle pas dans un pays paupérisé où la moindre musique pop a beaucoup plus d'importance qu'un livre ou une peinture.

Q : L'opinion générale qui prévaut dans nos métropoles, plus spécialement à Zagreb et Belgrade, est que l'arrivée de hordes de paysans a marqué la fin de ces villes. Ne serait-ce là qu'un alibi?
R: - Ces hordes de paysans sont dans l'ensemble des hordes de malheureux, chassés de leurs maisons, de leurs villages, et qui se retrouvent dans les villes contre leur gré. Accuser ces paysans est idiot et méchant. Nous ne pouvons que conclure que nos villes se sont paupérisées mais que nos villages ne se sont pas urbanisés.

Q : Où ont disparu tous ceux qui ont manifestépendant trois mois?
R: - J'estime pour ma part que nous avons très souvent surestimé cette opposition à la dictature à Belgrade. Nous nous sommes laissés emportés, certains d'entre nous du moins, par ces démonstrations contre Milosevic. Mais à quoi assistons-nous maintenant? Regardez les visages de ces gens qui font semblant de protéger les ponts de leurs propres corps, défendent ceci, défendent cela, organisent des concerts pop sur les places, se marient en masse en pleine cathédrale ... Ce sont les mêmes personnes, les mêmes intellectuels et professeurs qui manifestaient contre le régime il y a deux ans. Ils manifestent aujourd'hui contre une affreuse agression ploutocratique, en fait ils défendent le dictateur, ce même dictateur qu'ils condamnaient hier encore. Il s'agit en fait d'un effroyable manque de maturité, d'une folie toujours possible, même dans des cercles beaucoup plus importants que les milieux belgradois et serbe.
Rappelez-vous la folie collective des allemands ou italiens, il y a soixante ans. Eux non plus ne s'étaient pas rendu compte de ce qui arrivait à leur propre pays, de même que les Serbes ne s'en rendent pas compte aujourd'hui.

Q : Que pensaient les Belgradois des Albanais, etje pense ici à la classe sociale la plus cultivée?
R : - A mon avis la même chose que des malheureux musulmans de Srebrenica, des Croates, et sans doute aussi des Serbes morts à Vukovar. Les gens restent sourds à l'agression lorsqu'elle vient de leur propre pays, de leur propre ville, une agression contre d'autres, qui leur sont très proches et ne sont pourtant pour eux que les "autres". Et quand il s'agit des Albanais, ils sont tout à fait "autres" dans la conscience du citoyen moyen et moderne de Belgrade, exception faite naturellement de cette infime partie dont il a été question. Mais pour ceux qui braillent sur les places, les Albanais n'existent vraiment pas. Pour eux les Albanais ne représente qu'une masse abstraite qui ne les concerne pas. Ou pire encore. Je citerai un exemple drastique, celui de ce grand écrivain serbe, dont le nom pour le moment n'est pas important, et à qui l'on demandait il y a dix ans ce qu'il pensait des souffrances de toutes ces personnes, de ces hommes au sud de la Serbie et qui avait répondu: "Ce sont donc des hommes?"


IMAGINEZ!

Boris Dezulovic

IMAGINEZ que l'OTAN tienne Belgrade encerclée et que personne ne puisse ni y entrer ni en sortir.

IMAGINEZ qu'à la périphérie de Belgrade, les snipers de l'OTAN, du haut des gratte-ciel, tirent sur les femmes et les enfants.

IMAGINEZ, à Belgrade, huit mille morts parmi les enfants de moins de 18 ans

IMAGINEZ des commandos de l'OTAN faisant sortir tous les blessés de l'hôpital militaire pour les exécuter, à Zvezdara, admettons.

IMAGINEZ que les soldats de l'OTAN fassent sortir TOUS les hommes de Belgrade et les massacrent à coups de couteaux ou de rafales.

IMAGINEZ que les avions de l'OTAN lancent des bombes au hasard sur la ville.

IMAGINEZ que des commandos de l'OTAN surgissent dans vos maisons et violent vos filles.

IMAGINEZ qu'ils tirent sur vous alors que vous faites la queue pour l'eau ou le pain.

IMAGINEZ que des soldats de l'OTAN pris de boisson, détruisent vos monastères histoire de rigoler (les détruisent VRAIMENT), et affirment ensuite au monde entier que c'est vous qui l'avez fait.

Ou, alors, peut-être :

IMAGINEZ QUE LES ARTILLEURS DE Karadzic, au lieu de tirer sur la population, aient tiré sur les fabriques et les aérodromes.

IMAGINEZ que les canonniers de Vucurevic se soient excusés auprès des habitants de Dubrovnik pour avoir, par erreur, bombardé leur aérodrome.

IMAGINEZ que les habitants de Sarajevo aient organisé chaque jour des concerts dans les rues de la ville.

IMAGINEZ que les habitants de Srebrenica aient manifesté avec des collants "cible" sur la poitrine.

IMAGINEZ que les habitants de Sibenik aient défendu de leurs corps le pont de Sibenik.

IMAGINEZ que les habitants de Vukovar aient disposé d'abris.

Nous sommes ici nombreux à ne pas saluer les avions de l'OTAN avec des fleurs et du raki, à ne rien vous avoir souhaité de tout cela. Je connais pourtant deux personnes au moins - qui siègent à Dedinje - qui vous l'ont, eux, non seulement souhaité, mais mijoté.

Je vous souhaite bonne chance, quant à vous, entre-temps, essayez - un tout petit peu au moins - d'IMAGINER ET DE MEDITER. Bonne chance, et salutations de Split!

Split,24 avril 1999 in "Feral Tribune"


LE KOSOVO ET LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES

L'Association Sarajevo n'avait reçu le 17 mai qu'une réponse, celle d'Arlette Laguiller, à la lettre qu'elle avait envoyée aux têtes de listes aux élections européennes et à quelques autres candidats, mais comme nous le prévoyions dans l'éditorial de notre bulletin de mars, les événements ont bien obligé le petit monde politique français à se prononcer en catastrophe, sinon sur la Bosnie, du moins sur le Kosovo, dont personne ne peut plus ignorer qu'il existe et pose des problèmes.
Compte tenu de l'engagement officiel de la France, des positions passées des uns et des autres sur les crises yougoslaves et des réflexes traditionnels connus, la plupart des réactions des partis et des personnalités politiques étaient prévisibles.
Le PS, le RPR et I'UDF devaient s'aligner sur les positions de Lionel JOSPIN et de Jacques CHIRAC, ce qu'ils ont fait. Au PS, le dernier carré mitterrandiste a renâclé à l'exception remarquable de Jack LANG, les fabiusiens ont fait entendre leur petite musique, plus sans doute pour des raisons de positionnement interne au parti qu'en raison de divergences de fond, tandis que la "gauche socialiste" a voulu marquer sa position "révolutionnaire" en restant au diapason de la "gauche de la gauche" bourdieusienne et trotskiste.
Les autres composantes de la "gauche plurielle" ont réagi chacune selon son tropisme: Le PC, pacifiste sur le mode "la paix au...", anti-américain, "anti-impérialiste", nostalgique de ses anciennes affinités internationales, a réagi comme on l'attendait mais signe des temps, a dû infléchir sa position en se montrant violemment anti-Milosevic en paroles.
Les Verts, après quelques difficultés, se sont ralliés dans leur grande majorité, à la ligne COHN BENDIT-MAMERE, partisans du recours à la force et de l'intervention au sol.
Les souverainistes du RPR, naturellement pro-serbes, ont dû avaler leurs couleuvres habituelles pour se plier à la politique du Président de la République, ce qui a d'ailleurs contribué à la démission de Philippe SEGUIN. Leur point de vue est exprimé par leur ancien compagnon Charles PASQUA et son colistier Philippe de VILLIERS, la troisième de leur liste, Marie-France GARRAUD allant jusqu'au bout de la vieille solidarité franco-serbe en faisant le voyage de Belgrade.
Une mention particulière devrait peut-être faite de la position remarquable du MDC de CHEVENEMENT et de celle des trotskistes.
Dans un certain sens, il faudrait féliciter CHEVENEMENT et ses amis du MDC de leur franchise, voire de leur cynisme, car ils expriment tout haut ce que beaucoup de Français pensent: leur citoyenneté ne concerne que les habitants de l'hexagone munis de papiers en règle; personne n'a le droit de se mêler des affaires intérieures de la Yougoslavie puisqu'elle est un Etat internationalement reconnu. Arlette LAGUILLER et Alain KRIVINE sont eux, au contraire, pétris de bons sentiments: ils sont tout à la fois pour le droit intégral à l'autodétermination des Kosovars mais contre toute brutalité excessive à l'égard de ceux qui ne veulent pas entendre parler de ce droit.
Les deux branches du Front national se sont bien entendu réconciliées sur un soutien inconditionnel à la Serbie de MILOSEVIC et SESELJ.
Reste que les élections européennes poseront un délicat problème aux électeurs qui attacheraient de l'importance au problème du Kosovo et de l'ex-Yougoslavie, car presque toutes les listes sont de ce point de vue hétérogènes. C'est le cas notamment des listes HUE et HOLLANDE, la première comprenant quelques partisans de l'intervention militaire, comme Geneviève FRAISSE et Philippe HERZOG, la seconde son contingent d'adversaires, venus du MDC, de la "Gauche socialiste" et de quelques clandestins. Il est vrai que François HOLLANDE comme Robert HUE considèrent qu'il s'agit là d'une question mineure. Du moment qu'on est de gauche....
Même la liste trotskiste, apparemment unie sous le slogan "contre Milosevic et contre l'OTAN", est divisée entre L.O., qui n'attend rien des Etats et tout des peuples de la région', et la L.C.R., qui elle, attend tout d'une grande négociation qui inclurait tout le monde. Pour ces bolcheviks accrochés aux tables de négociations, tout peut se résoudre par des conférences internationales. C'est l'invention du trotsko-wilsonisme.


UN PACTE DE STABILITÉ

La première conférence sur l'Europe du sud-est doit se tenir le 27 mai prochain, à Bonn. Selon les décisions des "quinze" pays européens, elle réunira de hauts fonctionnaires des Etats-unis, de l'OSCE, de l'OTAN, des institutions financières internationales, ainsi que des huit pays de la région : Bosnie, Croatie, Slovénie, Macédoine, Albanie, Hongrie, Roumanie et Bulgarie, ainsi que la RF de Yougoslavie, dans la mesure, naturellement, où la paix aura été restaurée au Kosovo. Ainsi devrait être entamé le processus menant à la conclusion d'un Pacte de stabilité en Europe du sud-est.
L'idée fondamentale du Pacte est des plus simples, mais la voie sera longue et complexe. En effet, la communauté internationale s'est enfin rendu compte, avec quatre guerres de retard, celles qui ont ravagé cette région au cours de la dernière décennie, qu'iI valait mieux prévenir que guérir. Il est constaté, dans le projet élaboré par l'Allemagne, qui préside actuellement l'UE, que la région souffre de cinq maladies: problèmes de territoires et de minorités encore en suspens; retard économique; atrophie du processus démocratique et absence d'une société civique; incapacité ou manque de volonté de résoudre les problèmes de manière pacifique; absence de structures de coopération régionale.
Les promoteurs du pacte de solidarité recommandent la thérapie suivante : développement économique; promotion de la démocratie et d'une société civique; contrôle de l'armement et rétablissement d'un climat de confiance; progression de la collaboration régionale et, finalement, établissement de liens étroits entre la région, les pays qui la composent et "la patrie européenne", c'est-à-dire les institutions euro-atlantiques telles que l'UE, l'OSCE et l'OTAN.
Selon de premières estimations, le coût de la relance économique des pays de l'Europe du sud-est pourrait s'élever à 30 milliards de dollars. Il faudra naturellement, pour réunir une telle somme, convoquer de nombreuses conférences de donateurs, telles celles qui furent organisées ces dernières années pour la reconstruction de la Bosnie, l'avantage étant accordé aux projets dépassant le cadre des frontières nationales et ethniques et susceptibles de favoriser une concentration de l'infrstructure réglonale. Outre l'UE, l'OSCE et le Conseil de l'Europe devraient "traiter" l'atrophie démocratique et civique. L'OSCE aurait à assumer des responsabilités particulières dans la solution des problèmes de frontières et de minorités, du retour des réfugiés et personnes déplacées et du renforcement des structures de coopération régionale.
Ce sera finalement l'OTAN qui sera chargée du contrôle de l'armement, de l'instauration d'un climat de confiance et du rétablissement d'une stabilité générale et durable dans la région. Les auteurs du Pacte de stabilité estiment que la présence de l'OTAN sera nécessaire pendant une longue période de temps.
La conférence de Bonn ne représentera qu'un premier pas en avant sur le long chemin devant mener à l'adoption de ce Pacte de stabilité. Puis le processus en sera officiellement déclenché au cours d'une nouvelle conférence, avec les mêmes représentants, mais au niveau politique le plus élevé. Le débat se poursuivra ensuite dans le cadre de diverses "tables rondes régionales", portant sur des thèmes spécifiques. Le Pacte lui-même sera composé d'une série d'accords bilatéraux et multilatéraux, ainsi que d'accords intérieurs conclus entre les forces politiques des différents pays, permettant de régler les différents conflits et de jeter les bases d'une stabilité à long terme dans l'Europe du sud-est.
Tel est du moins le projet envisagé, avec quatre guerres de retard, 300 000 morts et 3 à 4 millions d'exilés. Mais il n'est jamais trop tard, surtout si l'on tient compte du fait que le potentiel de violence n'est pas encore épuisé, et qu'après le Kosovo, il pourrait y avoir un "nouveau" Kosovo.

Mirko Klarin -agence de presse SENSE


calendrier culturel du mois de juin

A la galerie Le Lys,

12-14 rue St-Louis en I'Isle - Paris 4e, tél. 0146 33 22 79:
- Jusqu'au 7 juin, le peintre Safet Zec expose ses oeuvres.
- Le 11 juin à l9h, l'association "Nouvelles Alternatives Européennes" organise un débat intitulé "Image et représentation du politique".

Le samedi 29 mai de 15h à 18h30, France Culture (93.5 FM) consacre un après-midi spécial intitulé "Sarajevo: un Printemps amer", enregistré en public au Centre André Malraux de Sarajevo à l'occasion du 2e salon du livre de jeunesse. Animé par Nicole du Roy et Laurence Bloch, avec Antoine Perruchot, le débat réunira : Zlatko Dizdarevic, Srdan Dizdarevic, Jovan Divjak, Abdulah Sidran, Hanifa Kapidzic, Ozren Kebo, Enes Musabasic, Nikola Kovac, Ales Kurt, Dunja Blazevic, Francis Bueb, etc.

Le Comité Bosnie de Quimper

vient de changer de nom : il s'appelle désormais Comité Bosnie-Kosovo. Contact: 02 98 95 55 21.

Rappel :

Le numéro spécial de Convergences "Urgence Kosovo", à l'usage des collectifs, est toujours disponible. A commander au 04 75 22 98 95.

Pour aider le journal kosovar "Koha Ditore" à reparaître, vous pouvez envoyer des dons à : Est-Libertés, 7 rue du Cherche Midi - Paris 6e, ou faire un virement sur le compte n'03253H1115, banque BBB, 3 rue des Mathurins - 75440 Paris Cedex 09.

Une manifestation internationale aura lieu à Sarajevo le dimanche 11 juillet 1999, en solidarité avec les femmes de Srebrenica. Pour vous inscrire : SSVDS, 6 square Villaret de Joyeuse - Paris 17e, tél. 01 44 40 08 41.

Parutions

"Histoire de la Bosnie-Herzégovine, faits et controverses", de Thierry Mudry (Ellipses, 430 p., 209 F) : L'ouvrage entreprend de décrire, à travers l'histoire détaillée de la B-H, l'apparition de la diversité et le maintien de la coexistence, parfois difficile, sur le sol bosniaque. Il passe également au crible de la critique historique les arguments avancés par les différentes parties au récent conflit - bosniaque-musulmane, croate et serbe -, pour justifier et étayer leurs prétentions respectives... A ce jour, le seul ouvrage de ce type en français.
"Balthazar au pays des collines", de Gilles Orselly (Gallimard, 356 p., 150 F : Ce roman met en scène un Casque bleu chargé de faire respecter les "zones de sécurité de l'ONU" pendant la guerre de Bosnie. Chronique d'une "drôle de guerre", attente impuissante et irréelle des "soldats de la paix", habitants décimés, barbarie invisible des "hommes des collines".

Association Sarajevo
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LA FIN D'UN PROJET

Avec ce dernier numéro (en date du 22 avril 1999), l'agence de presse SAFAX met fin à son projet "Service pour les réfugiés de B-H à l'étranger. Nase sanse" (Nos chances), financé par l'organisation suédoise SIOA (Swedish International Organization for Development) et la Commission européenne. Au cours de deux séries de bulletins -de février à septembre 1997, puis de février 1998 à mai 1999- l'Agence SAFAX a émis 73 numéros, distribués à de nombreuses organisations et particuliers à travers le monde. Le bulletin était par ailleurs dépêché à 350 adresses électroniques. Il était ensuite photocopié par certains de nos abonnés et organisations avec lesquelles nous avons coopéré, qui le faisait ensuite parvenir à ceux des réfugiés de B-H qui n'étaient pas en mesure de recevoir ce service via email. Le Bulletin était également accessible sur le site Internet de Mediaplan. L'Association Sarajevo assurait la diffusion de ce bulletin en France.
Le retour des réfugiés en B-H n'est pas devenu une réalité, du moins pas comme l'avait prévu la communauté internationale. Vue l'actuelle constellation des rapports de forces politiques, c'était là une idée par trop utopique. Néanmoins, nous sommes réconfortés par le fait que grâce à nos informations, nous avons pu aider les réfugiés à mieux comprendre la situation, et à décider, pour certains, s'ils voulaient ou non rentrer définitivement.
Si nous réussissons à rassembler les fonds nécessaires, nous lancerons un nouveau projet, sur des bases similaires. Nous remercions tous les lecteurs qui nous ont soutenu; ainsi que nos collaborateurs dans l'ensemble de la B-H - de toutes nationalités - et aussi nos collaborateurs en Europe de l'Ouest.

(Agence de presse SAFAX et Association Sarajevo).


MESSAGE DU CERCLE 99 A L'OPINION PUBLIQUE LOCALE ET INTERNATIONALE A L'OCCASION DES EVENEMENTS AU KOSOVO ET EN RF DE YOUGOSLAVIE

Depuis plus d'une décennie le régime de Belgrade sème la mort, la terreur, et propage la haine "interethnique" sur le sol de l'ex-Yougoslavie, causant d'immenses destructions matérielles, de véritables catastrophes humanitaires, une situation politique explosive, dont les conséquences négatives se ressentiront à long terme. Nous qui avons connu toutes les horreurs de la guerre en Bosnie-Herzégovine, compatissons profondément avec la souffrance du peuple albanais du Kosovo, aujourd'hui provoquée et sans cesse aggravée par la politique nationaliste et génocidaire du régime de Slobodan Milosevic.
Le régime de Belgrade s'étant assuré le plein contrôle des médias - qui délivrent une propagande idéologique nationaliste systématique et brutale, faite de mensonges, de partialité et de répression - a malheureusement réussi à réunir la majorité du peuple serbe autour de lui. Cette majorité maintient Slobodan Milosevic au pouvoir, sans se rendre compte que sa politique place le peuple serbe dans une isolation totale par rapport au reste du monde, des peuples, et l'entraîne vers une rume collective et générale.
La communauté européenne n!a pas su empêcher à temps le régime de Belgrade de se livrer à des crimes atroces et au génocide, de détruire sauvagement les villes et les villages, entremant, sur le sol de l'ex-Yougoslavie, des millions de civils innocents dans une trauédie que l'on en avait encore jamais connue. La réponse de Slobodan Milosevic à l'indécision de la communauté internationale a été la poursuite de sa politique, qui a trouvé son apogée dans le drame actuel que vit le peuple albanais au Kosovo. Aussi endosse-t- elle une grande part de responsabilité et de culpabilité pour ce qui s'est passé et se passe actuellement dans ces contrées.
Le régime de Slobodan Milosevic reste en place et poursuit le génocide du peuple albanais au Kosovo, aggravant encore la situation humanitaire déjà catastrophique dans la région, et accentuant le danger de voir se créer de nouveaux foyers de crise au Monténégro, au Sandzak, en Voïvodine, en Macédoine et en Albanie, et éventuellement - en BosnieHerzégovine. Dans cette conjoncture, tout semble indiquer que la communauté européenne n'a plus d'autre choix que de renforcer et accélérer ses efforts pour renverser le régime de Slobodan Milosevic, afin d'éviter qu'il y ait d'autres victimes humaines et destructions matérielles inutiles, et pour mettre fin au cataclysme humanitaire actuel.
Inspirés par notre amère expérience et la tragédie de la Bosnie-Herzégovine, nous exprimons notre conviction qu'en fin de compte, tous les conflits aboutissent à des solutions politiques.
Pourtant, dans le cas présent, nous estimons que Slobodan Milosevic ne peut plus être, et ne doit plus être, un partenaire valable pour la communauté internationale lorsque s'ouvriront de nouvelles négociations en vue de trouver des solutions politiques servant les intérêts nationaux et civiques légitimes de toutes les communautés et citoyens au Kosovo.
Nous estimons que le peuple serbe doit enfin prendre conscience de sa propre tragédie et de l'étendue du mal où l'a entraîné la politique de Slobodan Milosevic, mais aussi de sa responsabilité et de ses obligations historiques à s'opposer lui-même à la mise en oeuvre d'une telle politique.
Nous réaffirmons notre conviction que ce conflit peut et doit être résolu avant tout par des moyens politiques, c'est-à-dire grâce à la volonté de tous ses acteurs d'accepter certains compromis, dans le plein respect des normes démocratiques élémentaires, des principes fondamentaux de l'humanisme, des droits et des libertés de l'homme. Les Nations Unies devront assumer, au cours de ce processus, une responsabilité particulière, leur rôle et leur engagement face aux événements au Kosovo - et, préalablement, en BosnieHerzégovine - s'étant révélé insuffisant et inefficace.
Il est essentiel que toute solution pacifique du conflit au Kosovo prévoit le retour immédiat dans leurs foyers de l'ensemble des personnes déportées, ceci en toute sécurité et dans le respect de la personnalité de chaque individu, ce qui ne sera possible que sous une garantie et une protection internationales efficaces. La communauté internationale devra tout faire pour que Slobodan Milosevic et autres individus responsables de ce génocide et des crimes commis sur le territoire de l'ex-Yougoslavie soient traduits immédiatement en justice. Seule une telle solution politique pourra permettre de rétablir une paix durable et, à long terme, garantir la normalisation de la vie et la stabilité au Kosovo, et dans l'ensemble de la région.

La Présidence de l'Association des intellectuels indépendants CERCLE 99


LES RÉFUGIÉS EN BOSNIE SITUATION ALARMANTE!

Une vague de réfugiés, venus du Kosovo et de Serbie, a déferlé sur la Bosnie, créant des problèmes que les autorités locales ne savent plus comment gérer. Carlos WESTENDORP, le Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine a déclaré au "Monde", le 6 mai 99:
"Depuis le début des frappes, 40.000 réfugiés sont arrivés en Bosnie; 16.000 sont Musulmans (Boshniaques) du Sandjak (province de Serbie) qui craignent des représailles, 15.000 sont des Kosovars, les autres sont des Serbes. Ils viennent ajouter leurs problèmes à ceux des 800.000 déplacés que compte la Bosnie... Il faut absolument que l'OTAN en finisse avec le régime de Belgrade". Selon nos sources, il y a au moins 12.000 réfugiés en Republik-a Srpska, près de 3.000 à Sarajevo. Les ONG de Tuzla rapportent que l'on s'attend à une nouvelle vague de 100.000 réfugiés en Bosnie! Quant au problème du retour des réfugiés bosniaques eux-mêmes, Westendorp a déclaré: "En Bosnie, les Musulmans ont été effectivement peu nombreux à revenir dans les régions majoritairement serbes et les Serbes dans les régions majoritairement musulmanes... Il est donc important, au Kosovo, de garder les réfugiés à proximité de leur pays et de ne pas trop les répartir en Occident. Le retour des réfugiés exige un statut politique stable, la présence d'une force multinationale, mais aussi l'introduction d'un régime démocratique à Belgrade".


QUE NOUS ARRIVE-T-IL ET POURQUOI ?

Là-bas, en Serbie, ils n'en reviennent toujours pas d'être bombardés. On trouve sur l'Internet une série de questions semblable à celle que pose un belgradois : "S'ils veulent se débarrasser de Milosevic, qu'est-ce que j'ai à voir là-dedans, pourquoi me tirent-ils dessus ?" Il est effarant de voir à quel point ces gens ne se rendent toujours pas compte qu'il s'agit de leur guerre. Ils ne le savaient pas non plus, semble-t-il, lorsque Vukovar et Sarajevo ont été détruites - ils s'imaginaient que ce n!était là que pure "propagande".
Il est aujourd'hui évident, plus encore qu'alors, que ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il s'agit d'une absence totale de responsabilité pour ce dont ils sont pleinement coupables.. Quelqu'un devrait répondre une fois pour toutes à la question qu'ils se posent sans cesse: "Mais qu'avons-nous donc fait?". Il est connu - et on l'a déjà dit quelque part - que même les régimes les plus totalitaires ne peuvent survivre sans un minimum d'approbation de leurs citoyens. Affirmer le contraire serait faire preuve d'un véritable cynisme.
Tout aussi cyniques sont les séquelles laissées, au bout d'un mois, par ceux qui tentent, du haut de leurs avions, de renverser Milosevic. Il est évident qu'il doit être renversé, et ce pour toujours, car si le match brutal engagé avec lui n'avait pas une issue favorable cela marquerait l'échec définitif et irréparable, de lOuest et de l'Alliance.
C'est pour cela qu'il nous paraît tout à fait évident qu'il faut aller le chercher "à pied", par voie terrestre. Clinton et ses alliés ne veulent pas descendre sur terre, ils redoutent de perdre un seul de leurs soldats. Cela ne les empêche pas de déclarer par ailleurs, après avoir tué des civils "par erreur" dans un convoi de réfugiés, qu'ils regrettent ces victimes innocentes, tombées pour une grande cause, mais qu'il ne s'agit la que d'une triste et inévitable réalité.
Je soutiens personnellement tout à fait la thèse selon laquelle l'élimination du régime de Milosevic est dans l'intérêt à long terme de la Planète, et donc de l'Occident, mais il me semble que le risque impliqué devrait être partagé - au ciel et sur terre. Soyons réalistes, et descendons donc sur terre. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra vaincre Milosevic et, entre autres, son cynisme. Alors sans doute, ceux qui ne savent pas répondre à la question "que nous arrive-t-il donc et pourquoi?", obtiendront-ils la vraie réponse, aussi ilsurprenante" et douloureuse pourra-t-elle leur paraître.

Zlatko DIZDAREVIC dans Svijet (25/04/99)


LA BOSNIE AU CONSEIL DE L'EUROPE?

La meilleure façon d'aider la Bosnie-Herzégovine à effacer les terribles séquelles de la dernière guerre - la haine interethnique toujours présente et les divergences d'opinions quant à la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance politique du pays- c'est de l'admettre en tant que membre de plein droit du Conseil de lEurope. Tel est le message lancé aujourd'hui par les trois membres de la Présidence collégiale de B-H : Zivko Radisic, Alija Izetbegovic et Ante Jelavic. Le Haut Représentant de l'Union européenne en B-H, Carlos Westendorp, s'est associé à cette demande. Il s'était engagé à plusieurs reprises, au cours de cette année, pour que soit accélérée la procédure d'admission de la B-H à cet organisme en tant que membre de plein droit, estimant que ce statut aiderait le pays à adopter les plus hauts standards démocratiques des pays européens. Au cours d'une séance solennelle du parlement de l'Assemblée du Conseil de l'Europe, tenue à l'occasion de son cinquantième anniversaire, ni le Haut représentant ni les membres de la présidence tricéphale n'ont pu échapper à l'énumération des trente "conditions minimales" que la B-H devrait remplir d'ici le mois de septembre si elle aspire à faire partie de ce Conseil. Ces conditions portent sur une série de critères instutionneIs, juridiques, économiques et organisationnels encore non remplis. Priorité est accordée surtout au "fonctionnement normal des institutions communes, y compris des commissions parlementaires, à la tenue régulière de sessions plénières et à l'adoption d'un plan d'action annuel par le Parlement de B-H".

Strasbourg, 27 avril SENSE

Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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