Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic - n° 109 - 110 juin 2002

Association Sarajevo

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Sommaire

Avis aux lecteurs

Editorial

La Bosnie Oubliée !

La mort du poète IZLET SARAJLIC

Oslobodjenje vendu pour 4,7 Millions de Marks

Fin de l'ère des donations

LE T.P.I.Y MANQUE DE TEMPS !

La République fédérale de Yougoslavie face à son passé

Bosnie : les réformes apporteront justice et emploi

La Vie des Collectifs


Chers amis,

Comme vous l'avait indiqué l'Avis aux lecteurs paru dans le n° d'avril de notre "Lettre", le bulletin de l'Association Sarajevo cessera de paraître après la publication de son numéro 109-110 ci-joint, soit près de dix ans après la création de l'Association.
L'insuffisance de nos ressources financières est la raison déterminante de cet arrêt, mais il faut bien dire que cette difficulté n'est que le reflet de l'affaiblissement continu du soutien dont notre Association a bénéficié au plus fort de la guerre qui a déchiré la Bosnie-Herzégovine et les pays de l'ex-Yougoslavie.
Faut-il rappeler que ce désintérêt frappe l'ensemble des sujets qui semblent ne pas directement concerner notre hexagone, en dehors de ceux qui surgissent constamment ou épisodiquement sous un éclairage dramatique ?
Nous savons, nous adressant à vous, que vous continuez de penser que ce qui se passe dans les Balkans ne peut nous être indifférent, pour de multiples raisons. C'est pourquoi, en regrettant de ne pouvoir poursuivre la parution de la " Lettre " de l'Association Sarajevo, nous vous invitons, si cela vous est possible, à vous inscrire sur la liste de diffusion par Internet:
http://assocation.sarajevo.free.fr/liste-diffusion.html.
Cela vous permettra de recevoir, à partir de septembre, des informations et des commentaires sur la situation en Bosnie et dans la région.
Ceux d'entre vous qui ont renouvelé récemment leur abonnement au bulletin peuvent en demander le remboursement, mais nous rappelons que l'Association continue d'exister et qu'elle compte sur ses adhérents pour faire face à ses dépenses de fonctionnement, qui subsistent même si elles sont allégées. Les cotisations annuelles de 15,50 €, ou plus, sont donc toujours les bienvenues.
Regrettant de devoir arrêter la publication de la Lettre, nous espérons maintenir le contact avec vous et vous remercions de votre soutien passé et à venir.


Le bureau de l'Association et le comité de rédaction de la Lettre.



Editorial

Et maintenant ?

Il y a dix ans que les Serbes, en assiégeant Sarajevo, ont précipité les Bosniens dans un cercle infernal. Il y a dix ans que notre irremplaçable Mirjana a su donner naissance à notre Association : d'où les 110 numéros de cette Lettre d'information. Or nous voici précisément contraints d'en modifier le support : « la conjoncture » n'est pas favorable, les abonnés ne se bousculent pas, le papier coûte cher et les envois aussi. Solution de rechange, confier la Lettre aux bons soins d'Internet. A titre personnel, je l'avoue, le support-papier avait ma préférence, mais de toute façon nous n'avions plus le choix. Reste à préciser l'usage que nous entendons faire du nouveau support : dans la mesure où notre vocation s'est délibérément recentrée, depuis quelques années déjà, en une mission d'information, il importe que nous soyons d'autant plus au clair sur le sens même d'une telle mission.
Avant tout autre considération, exprimons ici notre vive gratitude à tous les acteurs du terrain et à tous les collectifs de citoyens sans lesquels notre propre action aurait plus ou moins manqué de consistance. Ainsi qu'à nos relais de tous ordres, à notre réseau bosniaque, à Media Plan, au Comité Helsinki, à quelques associations amies, ici même (le Comité Kosovo, nos amis nantais de l'Association Européenne des Citoyens.), et aux inlassables bénévoles qui ont assuré, envers et contre tout, la rédaction et la diffusion de la Lettre. Pas question, pour autant, de prétendre faire valoir quelque bilan que ce soit ; tous ensemble, et vaille que vaille, nous avons seulement tenté d'assumer au fil des jours le téméraire engagement que nous avions fait nôtre en constituant cette Association. Et la vraie question que nous devions aujourd'hui nous poser concerne les modalités selon lesquelles nous pourrons encore, avec des moyens réduits, demeurer fidèles à notre démarche initiale : en maintenir le sens, dans une conjoncture globale dangereusement complexifiée.
Soyons clairs : nous n'avons guère été formés - ici pas plus qu'ailleurs - à penser la complexité, et moins encore à la gérer : or nous voici désormais confrontés au très complexe déchaînement d'un ensemble de complexités. Sans doute certaines d'entre elles étaient-elles déjà plus ou moins repérables, mais c'est aujourd'hui leur inextricable coexistence qui tend plus ou moins à nous sidérer. De sorte que le moment est peut-être venu de ne pas trop nous raconter d'histoires. Convenons, par exemple, que nous ne savons plus très bien comment nous situer dans ce Monde qu'on nous dit être le nôtre ; et sans doute pas beaucoup mieux dans la toute petite partie de ce Monde où nous disposions encore, il y a peu, de quelques prétendus repères... Nous voici dès lors plus que jamais à la merci de tout ce qui nous incite à disperser notre attention, à faire dans l'essentiel, à survoler « les événements », en ne cessant de zapper d'un problème à un autre, d'une tragédie à une autre. Ainsi courons-nous le risque, à force d'inconstance, de perdre notre propre ancrage, notre propre consistance, et jusqu'à nos dernières prises sur notre propre environnement. Tout se passe comme si nous développions, à notre insu, une sorte de culture de l'impuissance...
Durant ces dernières années, nos activités se sont clairement recentrées sur un travail d'information, plus que jamais nécessaire et dont nous restions sans doute les mieux placés pour assurer la poursuite. N'oublions tout de même pas que notre plus essentiel objectif fut d'emblée, par-delà un soutien multiforme aux Sarajéviens assiégés, d'aider les Bosniens à reconstituer un tissu social. Or le fait est qu'à bien des égards la situation, dans l'ensemble du pays, s'y prête aujourd'hui aussi mal que possible : sans doute nous faut-il prendre très au sérieux, si désagréables soient-elles, les dures évaluations du nouveau représentant de la communauté internationale (O.H.R)1 Le bilan n'était certes pas inattendu : ce qui est nouveau c'est la vigoureuse prise de position d'un haut responsable, et c'est la conception du « partenariat » dont elle s'accompagne ouvertement. Finies les ambiguïtés d'un incertain protectorat : c'est d'un gouvernement direct, supra institutionnel, que les Bosniens se voient aujourd'hui gratifiés. Et sans qu'on puisse guère contester ni ses constats, ni ses objectifs déclarés, ni la réelle urgence de certaines interventions corrélatives...
Reste à s'interroger sur ce qui peut encore dépendre des citoyens eux-mêmes ; et sur les diverses façons dont nous pouvons tenter de les aider à ressaisir, de proche en proche, telles ou telles prises concrètes sur une situation qui leur est globalement confisquée. Et sans doute s'agit-il avant tout d'essayer, avec eux, de bien comprendre où ils en sont : ce qui les tourmente le plus, les espoirs qu'ils persistent à entretenir, les énergies et les moyens dont ils disposent encore pour projeter un avenir qui puisse un jour redevenir le leur.
Travail d'information, donc. Et c'est vrai que tout se tient et qu'il est chaque fois difficile de faire la différence entre ce qui légitimement nous préoccupe, ici et là, et ce dont nous pouvons réellement nous occuper ; entre ce que nous aimerions combattre et ce sur quoi nous avons quelque chance d'agir ; entre nos vives indignations et nos modestes capacités d'engagement.
Nos moyens sont ce qu'ils sont, essayons d'en tirer le meilleur parti possible, en n'hésitant pas à focaliser durablement nos efforts là où nos objectifs les plus essentiels nous apparaissent menacés, qu'il s'agisse de l'avenir proprement bosnien ou de notre commune destinée européenne, nous voici sommés de mobiliser nos plus véritables ressources pour nous ouvrir un chemin entre les deux paralysies qui nous guettent : une vaine immersion en plein chaos mondial, ou quelque absurde repli sur nos jardinets respectifs. N'hésitons pas à opter, si modestes soient-elles, pour les démarches les plus concrètes possible ; sans pour autant cesser d'être attentifs aux effets pervers, presque parmi nous, d'une prétendue mondialisation.

Toute entreprise réclame son enracinement, toute exigence de sens exige son incarnation. C'est un écrivain portugais, Miguel Torge, qui superbement nous le rappelle : « L'universel, nous dit-il, c'est le local moins les murs ».

Francis Jeanson


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LA BOSNIE OUBLIEE !

"La Lettre Sarajevo", qui interrompt sa publication avec ce numéro, ne commentera pas la suite des événements en Bosnie-Herzégovine et dans les pays avoisinants. Son comité de rédaction regrette de ne pouvoir offrir à ses lecteurs, en prime de fidélité, une image riante de la région. Comme l'annonçait une lettre écrite de Sarajevo, publiée dans le tout premier numéro de notre bulletin, de février 1993 : " Rien ne sera plus comme avant. Ce pays est détruit, dévasté." La Bosnie-Herzégovine et, à des degrés divers, l'ensemble des pays de l'ex-Yougoslavie - la Slovénie étant l'exception qui confirme la règle -, ne se sont pas remis de la désintégration violente de la Fédération, provoquée par la politique du régime de Milosevic.
S'il est possible de réparer les dégâts et de relever les ruines d'une catastrophe naturelle, aussi dévastatrice soit elle, il est beaucoup plus difficile de reconstruire des sociétés écrasées par des crises qui ont tourné aux crimes de masse, dont les causes restent présentes, même si elles sont en partie contenues.
La région a succombé sous le choc des nationalismes chauffés à blanc par la posture agressive de l'alliance nouée en Serbie entre l'appareil bureaucratique et militaire dirigé par Milosevic, les soi-disant élites intellectuelles se réclamant de la démocratie et l'Eglise orthodoxe.
Les interventions trop tardives des grandes puissances, en Bosnie puis au Kosovo, ont empêché une prolongation et une extension des conflits qui auraient nui à leurs intérêts propres, les intérêts et les droits des populations en cause n'ayant été pris en compte que comme alibis de second rang. Cette hiérarchie des facteurs explique l'incohérence des mauvais compromis imposés par la "Communauté internationale" : accords de Dayton pour la Bosnie-Herzégovine, résolution 1244 pour le Kosovo. Dans les deux cas, il ne s'agissait pas d'assurer des solutions viables et durables, mais de rechercher un accord "honorable" pour la Serbie, ce qui signifie fondé sur des concepts contradictoires : " République serbe" en Bosnie-Herzégovine, souveraineté serbe sur le Kosovo.
L'illusion répandue sur les changements intervenus en Serbie, qui ne portent pas sur ce qui compte principalement pour les pays de la région, c'est-à-dire la réorientation radicale de la politique nationale serbe, empêche l'Union européenne d'exercer les pressions nécessaires sur les autorités de Belgrade pour qu'elles rompent dans les faits avec leur action passée. Cela concerne particulièrement les relations de la Serbie avec le Kosovo, la Bosnie, le Monténégro et le TPI. S'agissant du procès de Milosevic, il est évident qu'il n'y a pas de coopération réelle pour susciter les témoignages et révéler les preuves écrites que requièrent les juges du Tribunal. Les dirigeants de la Serbie savent bien, et c'est ce qu'ils reprochent aux procès de La Haye, qu'au-delà de la personne de Milosevic et des crimes de masse commis sous son autorité, c'est une politique qui est en cause, que nombre d'entre eux ont soutenue.
Faute de repenser l'ensemble des problèmes de la région dans une perspective de coopération basée sur l'égalité de droits, de devoirs et de traitement de tous les citoyens et peuples de ces pays, on en est réduit à s'en remettre à l'habileté, à la fermeté et au sens politique de "conseillers" et "gouverneurs", choisis pour leurs supposées compétences, espérant chaque fois qu'ils feront mieux que leurs prédécesseurs. C'est ce qu'on attend maintenant d'Ashdown en Bosnie et de Steiner au Kosovo. Il serait certes démagogique de prétendre qu'il suffirait de s'en aller et de remettre les rênes du pouvoir aux peuples intéressés pour que tout s'arrange chez eux. Il n'en reste pas moins que protectorats plus ou moins avoués ou pas, les pays de l'ex-Yougoslavie devront rejoindre un jour en égaux les autres composantes de l'Europe et qu'ils ne pourront le faire qu'avec l'aide de celle-ci.
Il semble malheureusement, au vu des dernières consultations électorales, que bien peu des citoyens de cette Europe, en France notamment, se soucient de ces questions, si étrangères et si compliquées, d'autant plus qu'on ne leur en parle jamais.

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La mort du poète IZET SARAJLIC

Le poète de Sarajevo, Izet-Kiko Sarajlic s'est éteint le 2 mai dernier à l'âge de 72 ans. Une commémoration a eu lieu à la librairie Le LYS, où l'on a pu entendre l'enregistrement de la voix de Kiko, qui récitait deux de ces poèmes. Nous reproduisons ici le texte de son poème "Dernier tango à Sarajevo" (traduit par Mireille Robin, éditions bf)) :


Quatre-vingt-quatorze, huit mars.
Les amoureux de Sarajevo ne s'avouent pas vaincus.
Sur la table, une invitation à une matinée dansante.
Bien sûr que nous y allons !

Mon pantalon est un peu élimé.
Et ta jupe n'est plus pour la Via Venetto.
Mais nous ne sommes pas à Rome
Nous sommes en guerre.

Voici Jovan Divjak. À ses bottes, on voit
Qu'il vient directement de la première ligne du front.
Tu te troubles un peu quand il t'invite à danser.
C'est la première fois que tu danses avec un général.

Ce général ne sait même pas qu'il te fait un honneur,
Et, ma foi, tu lui en fais un aussi.
Sa cavalière est la dame la plus chantée de Sarajevo.
Mais le tango suivant ne sera que pour nous !

D'épuisement la tète nous tourne un peu.
Ma mie, c'en est fini de notre vie grandiose.
Pleure, pleure, nous ne sommes plus sur la Via Venetto
Et cette danse est peut-être pour nous la dernière.

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Qu'arrive-t-il au plus ancien des quotidiens bosniaques
Oslobodjenje
vendu pour 4,7 Millions de Marks ?

Radenko Udovicic de Mediaplan nous explique les difficultés rencontrées par le plus célèbre des journaux bosniaques.


Oslobodjenje , le plus ancien quotidien bosniaque a entamé un processus de re-capitalisation qui devrait se terminer par la vente de 51% de ses actions pour 4,7 millions de Marks convertibles (environ 2,4 millions d'Euros). Selon Janez Cadez , ancien directeur, il s'agit d'une offre interne pour le rachat des actions, afin d'empêcher que l'un de ses concurrents directs n'achète le journal et ne monopolise ainsi le marché. Il est évident que les dirigeants d' Oslobodjenje veulent à tout prix éviter leur rachat par Dnevni Avaz , un autre quotidien de Sarajevo, aux ressources florissantes, qui s'assurerait ainsi la suprématie sur les quotidiens en Fédération de B-H. Avaz vient en effet de racheter l'imprimerie OKO, soulevant de vives protestations des maisons d'édition qui estiment que ce journal, qui a déjà le tirage le plus élevé du pays, s'est assuré ainsi une position de monopole, puisque cet achat en fait le propriétaire des deux imprimeries les plus importantes. Comme nous l'a expliqué Cadez, « l'offre interne » signifie que le capital du journal ne sera pas mis sur le marché mais que le Conseil de supervision se mettra en quête d'un acheteur, en tenant compte de sa renommée et du programme de développement qu'il aura présenté. Cadez estime que le prix fixé pour acquérir la majorité des actions d'un quotidien jouissant d'une longue tradition et d'une large renommée, disposant par ailleurs d'un important fonds de logement, est raisonnable. Il souhaiterait que des grandes firmes, comme Waz ou Styria , déjà présentes dans l'Europe du Sud-Est, reprennent Oslobodjenje . Cette démarche des actuels propriétaires d'Oslobodjenje tient aux graves difficultés financières du journal qui n'a pas vraiment percé sur le marché. Son tirage actuel est de 13.000 exemplaires, dont 24 % d'invendus. À titre de comparaison, son principal concurrent, Dnevni Avaz, a un tirage trois fois plus élevé et publie également de nombreux hebdomadaires couvrant presque tous les domaines de la vie sociale. Le tirage d'Oslobodjenje dépasse uniquement celui du troisième quotidien de Sarajevo, Jutarnje novine, mais ce dernier a récemment renforcé ses cadres et augmenté le nombre de ses pages. Si l'accusation lancée contre le propriétaire de Jutarnje novine (soupçonné de préparer des actions terroristes !) n'influe pas sur la qualité du journal, on peut s'attendre à ce qu'il « rattrape » lui aussi Oslobodjenje. Néanmoins, nous a expliqué Janez Cadez, dans le contexte de la Bosnie, le tirage actuel d'Oslobodjenje suffit à en garantir la survie. Le principal problème reste la désorganisation du service marketing, due à un malheureux concours de circonstance : après le changement de propriétaires il y a deux ans, à un moment où le journal aurait dû progresser, le chef du service du marketing est décédé, alors que son adjoint s'était cassé la jambe. Ce qui, en d'autres lieux, n'eut été qu'un fâcheux incident, a pris en B-H une dimension plus dramatique, car, en raison du manque de cadres, les experts en marketing reviennent très cher et le quotidien n'a pu faire face à leurs exigences financières.

Oslobodjenje a un passé brillant. Il a fait ses débuts en 1943 comme porte-parole du « peuple travailleur » ; il couvrait alors les territoires contrôlés par les partisans de Tito, mais est très vite devenu un quotidien très considéré en Bosnie-Herzégovine. A l'époque du socialisme, il ne différait pas vraiment des autres quotidiens de l'ex-Yougoslavie. Il connut son apogée en 1989, alors que le nationalisme se faisait déjà menaçant : il fut proclamé journal de l'année de l'ex-Yougoslavie, en raison, précisément, de ses positions politiques relativement neutres. Jusqu'au début de la guerre, la ligne éditoriale de ce journal est restée basée sur une critique constructive tout d'abord des pouvoirs communistes puis, après les élections parlementaires, des nouvelles structures nationales. Mais, fait encore plus important, grâce à ses informations objectives et de haute qualité, grâce surtout à ses excellents journalistes, Oslobodjenje a échappé à l'hystérie nationaliste qui a par la suite contribué à déclencher la guerre. Il a donné l'exemple d'un média où des personnes de toutes nationalités travaillaient ensemble sur un véritable pied d'égalité. Malgré les difficultés, Oslobodjenje est sorti régulièrement pendant toute la guerre, symbole de la défense de Sarajevo, mais aussi des valeurs civiles de la société de B-H. Les rédacteurs en chef - Kemal Kurspahic tout d'abord, puis Mehmed Halilovic - s'ils n'ont pas réussi à sauver ses biens, ont réussi à sauver la dignité de ce journal, publication qui n'a pratiquement jamais suivi la tendance alors dominante qu'était la propagation de la haine nationale. L'immeuble d'Oslobodjenje se trouvait sur la première ligne de front et fut détruit dès le début de la guerre. Bien que les étages inférieurs de cet imposant bâtiment aient été rénovés, les étages supérieurs, brûlés et ravagés, se dressent toujours, symbolisant les souffrances de Sarajevo. Des travaux seraient en cours pour les démolir définitivement afin de sécuriser l'ensemble de l'immeuble. En 1995, avec l'apparition de Dnevni Avaz , journal privé alors proche du Parti de l'Action démocratique (SDA), Oslobodjenje se voit confronté à son premier véritable concurrent. Grâce à la rapidité de ses réactions, la clarté de ses textes et sa connotation nationaliste accentuée, Avaz est très vite devenu le quotidien le plus lu de la partie de la Fédération de B-H à majorité boshniaque. Il est évident qu'Oslobodjenje n'a pas réussi à se transformer sur le plan journalistique, se cantonnant à des éditoriaux et commentaires politiques très élaborés. Ses tentatives pour introduire des textes apolitiques et des articles à sensation furent vouées à l'échec et n'ont fait que contribuer à disperser ses lecteurs. Entre-temps le journal avait été privatisé par ses employés. Une firme slovène, Kmecka druzba, avait racheté 39 % des parts du journal. Les autres actionnaires sont les employés (26 %), le financier Temin Dedic, qui publie l'édition internationale d'Oslobodjenje en Allemagne (18 %) et une poignée d'actionnaires à l'étranger. Mais l'arrivée de Kmecka druzba, il y a de cela presque deux ans, n'a pas donné les résultats escomptés. Les sommes injectées par cette puissante firme slovène ne répondaient pas, tant s'en faut, aux besoins du journal. Au début, Kmecka druzb n'a même pas envoyé ses représentants à Sarajevo, jouant la carte de la « consultation ». L'année dernière, les employés ont fait grève du 21 au 23 mai. Oslobodjenje fut absent des kiosques pendant trois jours, ce qui fut un choc pour les anciens employés et l'opinion publique, car ce journal n'avait jamais cessé de paraître, même pendant la sanglante agression contre Sarajevo. Les employés exigeaient le paiement des salaires en retard, mais aussi le changement de leurs dirigeants, les accusant de ne pas respecter le principe de la transparence et de dépenser d'énormes sommes pour leurs voyages d'affaires et même d'acheter des automobiles officielles alors que leurs employés n'étaient pas payés. Kmecka druzba s'est attaqué avec d'ardeur à la solution du problème . La direction du journal a remis sa démission, y compris Salko Hasanefendic, qui le dirigeait depuis déjà longtemps. Le partenaire slovène a alors envoyé et nommé provisoirement à sa place Janez Cadez, ancien directeur de TV Slovenia. Il est intéressant de noter que celui-ci fut à un certain moment agent secret, ce qui a restreint son activité médiatique et administrative en Slovénie. Cela n'a pas suscité de grands remous en Bosnie, alors que la presse slovène qualifiait cette nomination de scandaleuse. Cadez a réussi à faire un peu avancer les choses à Oslobodjenje . Le tirage, qui était tombé entre-temps en-dessous des 10.000 exemplaires a un peu augmenté, et la jeune et nouvelle équipe de journalistes dirigée par Seka Kurtovic, constituée après la grève, a réussi à maintenir la qualité du journal. Dans une interview accordée à Mediaonline, Cadez a énuméré les problèmes auxquels il s'était heurté à son arrivée au journal. Il estime que sa firme a commis une erreur en n'envoyant pas immédiatement, dès l'achat, une équipe d'experts slovènes et de l'argent frais à Sarajevo pour régler les problèmes financiers et prendre les mesures stratégiques qui s'imposaient en coopération avec les dirigeants locaux. Selon lui, l'une des solutions aurait été de transformer Oslobodjenje en un journal gouvernemental accepté par les deux entités. Naturellement, estime Cadez, avant de se lancer dans un tel projet - ou dans n'importe quel autre - il aurait fallu procéder à une large enquête pour découvrir quels étaient les véritables désirs des lecteurs en B-H. Mais l'on ne disposait ni de l'argent, ni même des cadres nécessaires pour réaliser une telle éude. En outre, les dirigeants d'Oslobodjenje ont dû faire face au rachat par Avaz de l'imprimerie OKO, située dans l'immeuble même d'Oslobodjenje et où le journal était imprimé. Ils ont alors dû changer d'imprimerie, ce qui leur a pris presque deux mois.

Kmecka druzba est un groupe financier slovène qui investit, entre autres, dans les médias. En Slovénie, ce groupe possède six stations de radio et le journal Kmecki glas. Il s'est affirmé en Bosnie-Herzégovine grâce aux fonds de privatisation BIG et ABDS. L'achat des parts d'Oslobodjenje représente son premier investissement dans des médias bosniaques. Le directeur de Kmecka druzba , Matjaz Gantar, nous a expliqué les raisons de cet investissement : outre que l'une de ses cibles stratégiques est précisément le monde des médias. il avait pensé trouver en Bosnie, où le marché médiatique est peu développé, de grandes possibilités, mais il pense aujourd'hui s'être partiellement trompé. « Dans le cas concret d'Oslobodjenje et malgré les larges efforts déployés ces temps derniers, nous avons sous-estimé les difficultés auxquelles ce journal était confronté, c'est pourquoi sa réhabilitation n'a pas pour le moment donné les résultats escomptés », a précisé Gantar. Tout en ajoutant une phrase qui présage de son désir de vendre ce journal. « En tant qu'actionnaires minoritaires, nous ne sommes pas vraiment optimistes car les autres actionnaires n'ont pas soutenu les mesures d'assainissement que nous avions proposées. Nous sommes persuadés que dans le cas contraire - si nos suggestions avaient été acceptées - Oslobodjenje aurait été tout à fait capable de faire face à la concurrence et de se développer avec succès. » Gantar n'a pas voulu préciser quelles avaient été les divergences entre Kmecka druzba et les autres propriétaires, nous renvoyant « à ceux de Sarajevo ». Ces derniers n'ont pas non plus voulu faire de commentaires à ce sujet, nous assurant qu'il n'y avait pas eu de problèmes particuliers. Janez Cadez ne fut guère plus précis, expliquant que les désaccords entre propriétaires étaient désormais écartés grâce à la décision du Conseil de supervision re capitaliser. « C'était là l'unique solution » - a-t-il ajouté. À la veille de cet entretien, Janez Cadez avait transmis ses pouvoirs à Enes Terzic, le nouveau directeur nommé par le Conseil de supervision. Cadez nous a précisé que tant Kmecka druzba que lui-même avaient compris qu'il fallait que le directeur du journal soit une personne locale, quelqu'un qui connaisse bien la situation et les milieux médiatiques, et soit donc capable de prendre les mesures les plus adéquates. Le fait de remettre la direction entre des mains « locales » ne signifie pas que « les Slovènes se retirent », comme l'ont laissé entendre certains médias bosniaques. Il s'agit plutôt de rendre Oslobodjenje plus naturel, a-t-il déclaré. Enes Terzic, ancien directeur du Centre Olympique de Zetra, partage cette opinion. Selon lui, le véritable problème tenait à ce que les Slovènes n'étaient pas devenus les principaux actionnaires d' Oslobodjenje. Le programme qu'il compte mettre en œuvre comprend plusieurs points : re-capitalisation qui est l'objectif principal, exploitation de toutes les ressources matérielles dont dispose le journal, reconstruction des parties de l'immeuble toujours endommagées, lancement de nouvelles publications. Comme il nous l'a assuré, aucune structure dirigeante ne saurait changer l'orientation éditoriale du journal qui restera basée sur trois principes : une information objective, la démocratisation de la société et le maintien de la Bosnie en tant qu'Etat. Il est donc clair qu'Oslobodjenje restera avant tout un journal politique et c'est bien ce que désirent en fait ses actuels et anciens lecteurs. Tel est le cas, d'ailleurs, de la majorité des quotidiens en Europe. La tâche du Conseil de supervision, consistant à trouver un acheteur pour 47.000 actions, c'est-à-dire prêt à verser 4,7 millions de marks, ne sera pas aisée. Le marché de B-H, divisé nationalement et territorialement, n'offre pas de véritable perspective. Le journal ne redémarrera qu'une fois qu'il aura été vendu. Avec plus d'argent, mais aussi un propriétaire beaucoup plus exigeant, il pourra s'attaquer sérieusement à la conquête du marché afin d'atteindre son objectif fondamental - le profit. Oslobodjenje, bien qu'étant de loin le quotidien le plus ancien de B-H, devra repartir de zéro dans de nombreux domaines.

Radenko Udovicic - SAFAX


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Fin de l'ère des donations

le journaliste du quotidien Oslobodjenje nous donne, pour la première fois, une idée de ce qui s'est réellement passé avec la fameuse aide promise à la Bosnie à Dayton
"La Conférence des donateurs pour Srebrenica aura représenté un tournant dans le flux des donations au profit à la B-H et le début d'un fonctionnement normal, de relations normales dans ce pays. L'un des membres de la Présidence de la B-H s'est rendu à cette Conférence et a déclaré à la ronde exactement ce que nous en pensions. Le projet pour Srebrenica a de nombreuses failles, la principale étant que cinq pour cent du budget est réservé aux salaires des directeurs de ce projet. Des informations complètes à ce sujet sont disponibles sur Internet, en bosniaque et en anglais. Des milliards de dollars, sous forme de donations, ont déferlé vers la Bosnie pendant et après la guerre. La plus grande partie de cet argent est arrivée à bon port, le reste a disparu en cours de route. Les deux tiers de la somme globale ont servi à couvrir les dépenses des organisations internationales, un tiers seulement a été utilisé selon le plan prévu. C'est pour faire face à cette situation que le célèbre financier George Soros avait créé sa Fondation. Tout au long de cette guerre, Sarajevo, à la fois foyer de crise et centre médiatique, a attiré les donations internationales. Certaines personnes désireuses de nous aider sont venues en B-H, mais nous en avons vu aussi débarquer d'autres, uniquement attirées par le gain. Il ne faut pas oublier de mentionner ici les paquets envoyés par des familles françaises. L'émotion qu'ils éveillaient en nous était encore plus précieuse que leur contenu lui-même. Les donations de la Fondation Soros ont eu un impact important. Elles ont apporté une certaine autonomie intellectuelle à ceux qui y aspiraient. Mon journal n'oubliera jamais l'aide de
Reporters sans frontières et les amateurs de bizarreries se souviendront peut-être que nous avons eu aussi dans notre ville des Clowns sans frontières. Mais il y a toujours, hélas, l'envers de la médaille. Ceux qui voulaient nous aider ont trouvé le moyen de rentrer dans la ville malgré le siège, mais ce fut aussi le cas de certains malfrats, auxquels il ne manquait qu'un visa de Sarajevo sur leurs passeports pour pouvoir tirer profit de la situation. Le siège a été brisé de l'extérieur, et de l'intérieur. Le nombre des organisations humanitaires a atteint la centaine, elles ont permis à certains d'échapper à l'armée, de sortir de Sarajevo, leur ont même parfois procuré de l'argent, les laissant décider à qui il fallait le distribuer. La guerre une fois terminée, la ville s'est retrouvée pleine d'une multitude de gens très bien, mais d'autres aussi que je ne saurais qualifier comme tels. Il y avait, en 1997, dans la Fédération de B-H 200 organisations non-gouvernementales internationales et 100 organisations locales, beaucoup plus qu'en Republika srpska. Un de nos collègues leur a envoyé une lettre leur demandant d'expliquer ce qu'elles faisaient très précisément, et plus spécifiquement ce qu'elles faisaient pour la population locale. Il n'a reçu que quatre réponses. Les organisations humanitaires ont dû se rendre compte que si elles expliquaient ce qu'elles faisaient, leurs réponses ne seraient pas vraiment crédibles. Par ailleurs personne, dans ce pays qui commençait tout juste à se développer, n'a été chargé de contrôler les activités de ces organisations et il n'y avait entre elles aucune coordination. Nombreux sont ceux qui ne sont venus que pour obtenir de bonnes références, leur permettant ensuite de réclamer de nouvelles donations. La même histoire se répète avec la Conférence de Srebrenica, qui entre dans la même catégorie. Nous ne saurons jamais quel a été le montant exact des donations envoyées en B-H, ce qui a été réellement versé et quelles sommes ont été investies jusqu'à présent dans différents ateliers et séminaires. Tout cela sans oublier que 20 % de la population de la FB-H et 38 % de la population de la Republika srpska vit avec moins d'un dollar par jour".

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LE T.P.I.Y MANQUE DE TEMPS !

LE TPIY n'a pas assez de temps pour entendre les témoignages des victimes Depuis qu'elle s'est vue confier le cas de Slobodan Milosevic la fin du mois de juin de l'année dernière, la cour du Tribunal pénal international (présidée par Richard May), fait preuve d'une grande précipitation et d'une véritable impatience. Elle souhaite que le « procès du siècle » , première mise en accusation d'un ancien chef d'Etat par une cour de justice internationale, débute - et se termine - le plus vite possible. Milosevic est poursuivi pour de graves violations du droit international humanitaire, ceci au cours de trois guerres - Croatie, Bosnie-Herzégovine et Kosovo. Il aurait dû y avoir trois différents procès, mais à la demande du procureur ces trois procès pour crimes de guerre et génocide ont été regroupés en un seul. Paradoxalement cela a commencé par la fin, c'est-à-dire par la guerre du Kosovo en 1999 et non la guerre de Croatie - en 1991. La raison en est que la première accusation portait sur les événements du Kosovo et que ce n'est que plus tard, après le transfert de Milosevic à La Haye, que les poursuites pour les guerres en Croafie et Bosnie-Herzégovine ont été engagées. Milosevic en a profité pour raviver, au cours des deux premiers mois de son procès, la rancoeur de ses anciens partisans serbes contre les Albanais du Kosovo et l'OTAN. L'accusation avait prévu d'entendre 120 témoins lors du procès sur la guerre au Kosovo. Les juges ont décidé que pour apporter la preuve de la déportation de 850.000 personnes, du massacre, sur des « bases politiques, ethniques et religieuses » de plusieurs milliers de civils, 90 témoins suffiraient. Ils ont également décidé que le procès sur la guerre au Kosovo devrait être terminé fin juin, afin que l'on puisse aborder celui de la Croatie dès le mois de juillet. Entre-temps, trois semaines ont été perdues en raison des fêtes de Pâques et de la maladie de l'accusé, si bien qu'au cours des deux premiers mois du procès, il n'y a eu que 26 jours de travail. Le jury, présidé par le juge anglais Richard May, a entendu 75 témoins en 61 jours. Il a avant tout été prouvé que les populations des villages et des villes avaient été déportées. Les témoins ont tous décrit le même scénario, utilisé dans l'ensemble du Kosovo. Les villages étaient encerclés et pilonnés, l'armée faisait ensuite irruption, incendiait les maisons et massacrait la population, puis rassemblait les survivants, dans l'ensemble des personnes âgées, des femmes et des enfants et les expédiait vers l'Albanie ou la Macédoine. Dans les villes, elle opérait quartier par quartier, rue après rue, maison après maison ; les soldats pénétraient dans les appartements, en chassaient les occupants et les entassaient dans des autobus ou dans des trains, toujours en direction des frontières. Milosevic nie tout en bloc et affirme que les Albanais fuyaient les bombes de l'OTAN et les conflits qui opposaient l'armée fédérale et PUCK. Nombreux sont les témoins qui affirment le contraire. Ceci fut d'ailleurs confirmé par les experts qui ont conclu, sur la base d'analyses statistiques, que les mouvements de population et les massacres n'avaient rien à voir avec les interventions de l'OTAN ou avec l'action de l'UCK, mais étaient liés aux opérations de l'armée et de la police serbe, lesquelles, une fois les déportations terminées, se livraient à des massacres.

Les juges insistent pour que le procès sur la guerre au Kosovo soit terminé d'ici le 26 juillet, afin que l'on puisse entamer les autres procès liés à la Croatie et à la Bosnie-Herzégovine dès l'automne prochain. L'accusation réplique que si l'on respecte ce calendrier, de graves cas de massacres collectifs resteront non élucidés et la voix des victimes n'aura pas été entendue. L'accusation avait estimé que si l'on entendait 90 témoins - une victime sur 10.000 environ aurait l'occasion de décrire son calvaire aux juges (si l'on tient compte du fait qu'il y a eu 850.000 déportations). Maintenant ce chiffre va être encore réduit. Quant à Milosevic, impitoyable, il prend tout son temps, interroge longuement les témoins, leur pose des questions hors de propos, sachant qu'ainsi l'accusation aura moins de temps pour accumuler des preuves. La cour, dans l'ensemble, le laisse faire, sous prétexte « qu'il assume sa propre défense ». L'accusation a publié récemment les statistiques portant sur les 12 du procès (jusqu'à fin mai) : l'accusation a disposé de 67 heures, Milosevic de 92 heures et les « amis du Tribunal », de 10 heures. Le prernier président du TPI, l'Italien Antonio Cassese a déclaré que la principale tâche de ses tribunaux était d'écouter « la voix des victimes ». Tel a été le cas jusqu'à présent: Au cours de ces dernières années les voix des femmes de Srebrenica qui, en juillet 1995, ont perdu leurs maris, leurs fils et leurs frères, les voix de victimes réchappées par miracle des exécutions, les voix des prisonniers d'Omarska, de Keraterm, de Celibic ou de Kaonik ont pu se faire entendre. Il en fut de même des voix des femmes violées et des jeunes filles de Foca ; des voix des habitants de Sarajevo déchiquetés par les obus et les balles des snipers... Confrontée au calendrier imposé par le jury, à savoir que les trois procès devront être terminés le 10 avril 2003, l'accusation s'est vue contrainte d'enregistrer tous les témoignages des victimes et témoins par écrit. Seuls les « témoins internationaux », les « insiders », témoigneront de vive voix, ainsi que ceux qui pourront associer l'accusé à des événements ou phénomènes précis, liés à l'accusation. Personne n'aura plus le temps d'écouter les victimes. Et les victimes, cela est évident, ont à la fois le besoin et le droit d'évoquer en publie leurs souffrances, et ce devant l'individu qu'elles considèrent comme le premier responsable de leur malheur et de celui de leurs proches. De même, l'opinion publique a elle aussi le droit d'entendre de vive voix - directement de la part des victimes ou des témoins des crimes - ce qui s'est véritablement passé. D'autant plus que Milosevic a toujours qualifié « les histoires de massacres » des Albanais au Kosovo de « fausse propagande de l'OTAN ».


DZEVAD SABLJAKOVIC (correspondant de l'agence SENSE)


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La République fédérale de Yougoslavie face à son passé

La Fédération internationale d'Helsinki des droits de l'homme (FIH) et le Comité d'Helsinki des droits de l'homme de Serbie prient instamment le gouvernement de la République fédérale de Yougoslavie de coopérer pleinement avec le TPI en vue de déterminer les responsabilités individuelles face aux crimes commis contre l'humanité et aider la société serbe à mieux comprendre les événements tragiques qui se sont déroulés au cours de la dernière décennie dans les Balkans. A la suite d'une réunion à Belgrade du Comité exécutif de la FIH, le Comité d'Helsinki de Serbie et cette même FIH ont exprimé leur "mécontentement" devant le manque de coopération avec le Tribunal et l'esprit qui l'inspire. "Si le futur de leurs sociétés et de leurs peuples intéresse vraiment les dirigeants de la République fédérale de Yougoslavie et de la Serbie, ils doivent coopérer pleinement avec le TPI, assurer leur soutien total et entier à ce Tribunal, même si ces mesures risquent d'être impopulaires. C'est là une condition fondamentale pour rétablir la transparence, la responsabilité, l'état de droit et le renouveau moral". Si les gouvernements yougoslave et serbe ont permis l'arrestation de plusieurs importantes personnalités mises en accusation et formé un Conseil national pour la coopération avec le TPI, cette coopération reste assez restreinte, et ambiguë. La Loi autorise l'extradition des personnes officiellement inculpées, mais pas celle de ceux qui pourraient l'être dans un proche avenir. Le Tribunal ne peut consulter ni la documentation ni les archives conservées par les autorités yougoslaves et proclamées "secret d'Etat", alors que l'ancien président et accusé Slobodan Milosevic a accès à l'information. Le message que l'on s'efforce de transmettre aux citoyens est que l'Etat essaye de faire le strict minimum nécessaire pour pouvoir obtenir une aide financière des Etats-Unis; il n'y a pas de véritable engagement moral ou de véritable participation à ce processus. Aucun effort n'a été déployé pour expliquer à l'opinion publique la raison d'être des procès intentés contre les criminels de guerre ; aucun effort n'a été déployé pour mettre un terme aux accusations lancées contre le TPI par le régime de Milosevic et entretenues en fait depuis son départ par les prises de position de l'Etat nationaliste. La FIH et le Comité d'Helsinki des droits de l'homme de Serbie demandent aux pays donateurs et autres organisations, lorsqu'ils décideront des meilleurs moyens d'aider les citoyens à tirer un trait sur leur passé et à s'engager dans la voie de la normalisation, de tenir compte des entraves qu'impose ce régime à la justice. Tout éventuelle et nouvelle aide devrait être basée sur des actes, afin de promouvoir une coopération positive et transparente. La Fédération internationale d'Helsinki et le Comité d'Helsinki de Serbie demandent à l'Union européenne de baser leur aide sur ces critères uniquement.


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Bosnie : les réformes apporteront justice et emploi.

Paddy Ashdown, le Haut Représentant en Bosnie présente les défis qui attendent le pays dans les années à venir. (Extraits traduits de l'article paru dans le n° No 341 de BCR, le 7 Juin 2002)

(...) Nous sommes encore confrontés à d'énormes problèmes. L'an prochain, la dette de la Bosnie bondira de 82 à plus de 120 millions d'Euros. En même temps, l'aide internationale, dont ce pays est trop dépendant, diminuera inexorablement, et la pression sur les dépenses de gouvernement sera très forte.
Nous n'avons donc pas d'autre choix que de regarder de près comment ce pays est gouverné. Il y a 1200 magistrats, 760 législateurs, 180 ministres, 4 niveaux de gouvernement et 3 armées - tout cela pour un pays de moins de quatre millions d'habitants ! Il y a treize Premier ministres, un pour 300 000 habitants ! Le coût de fonctionnement du gouvernement dépasse 920 millions d'Euros, sans compter les dépenses de santé, d'éducation ou le montant des retraites. La BH dépense incontestablement beaucoup trop d'argent pour ses politiciens et beaucoup trop peu pour son peuple. (...)
Les dépenses de défense de la Bosnie sont proportionnellement deux fois plus élevées que celles des Etats-Unis et quatre supérieures à la moyenne européenne. De quoi doit-on donc se défendre ? De la Serbie et la Croatie ? Ces pays sont aujourd'hui plus soucieux de leur intégration à l'Europe que d'expansion territoriale.
Il n'y a donc pas d'alternative à la réforme et à l'établissement de claires priorités. Voici les miennes : la justice et des emplois grâce aux réformes.
La justice parce que l'échec de la loi dans la Bosnie actuelle pénalise les droits de l'homme, pénalise le renouveau économique, décourage les investisseurs et éloigne le pays de ses buts.(...) Nous avons maintenant créé un cadre de policiers bien formés et - dans l'ensemble - fiables et dévoués. Mais ces derniers dépendent d'un système judiciaire inefficace et surdimensionné. (...) Je vais donc impulser une réforme approfondie du système judiciaire et promouvoir la création d'un service civil non politisé. J'ai l'intention d'établir au sein du Bureau du Haut-Représentant une unité de la réforme légale, composée principalement de Bosniens, pour faciliter l'accès à la justice et aux emplois pour tous les citoyens. Je vais développer des efforts pour combattre les profiteurs de guerre qui sont aujourd'hui devenus des trafiquants. (...)
Ma stratégie est de mener à bien la mise en œuvre d'un cadre légal exhaustif afin que la police, les procureurs et les tribunaux aient les outils juridiques pour traîner les criminels en justice. Je vais également rendre opérationnel, d'ici l'Automne, le Haut Conseil Judiciaire, qui a pour mission de vérifier la performance des juges et des procureurs et renforcer le système de surveillance du gouvernement et de prévention des abus de pouvoir du secteur public.
Ma seconde priorité sera de créer les conditions d'une croissance de l'emploi (...) par la croissance du nouveau secteur privé. Nous devons nous débarrasser de la bureaucratie qui rend si difficile de diriger une entreprise honnêtement et qui favorise le développement du travail au noir. La loi doit permettre d'aider les petites entreprises à emprunter pour se développer, créer un seul système simple et facile pour tous de création de nouvelles entreprises ; il faut également une réforme du droit de la propriété mobilière et foncière qui encourage les gens à investir avec confiance et établir une procédure accélérée de résolution des conflits commerciaux.
Notre plus grande richesse est notre jeunesse, or c'est aujourd'hui notre premier produit d'exportation. Cette hémorragie de la jeunesse et de ses talents est sans doute le problème à long terme le plus important. ( ...) il faut donner aux jeunes une éducation et une formation qui leur garantisse le succès en Bosnie et créer un environnement dans lequel le talent et le travail se transforment en emploi et prospérité. Le système d'éducation actuel basé sur l'ethnicité est un obstacle majeur(...).
En ce qui concerne la mise en œuvre des Accords de Dayton, je n'accepterai aucun changement constitutionnel qui menacerait l'identité ou la sécurité d'aucun des peuples constitutifs de la BH. Il y a un monde entre une société diverse et une société divisée, un état décentralisé et un état fracturé. Ceux qui s'opposent à la construction des institutions de l'Etat semblent ne pas le comprendre. Croire que ce statu quo pourrait être accepté est simplement absurde.(...)
L'idée que les vieux schémas des temps de guerre d'une Grande Croatie ou d'une Grande Serbie peuvent ressusciter est encore plus éloignée de la réalité politique actuelle. Cela n'arrivera pas. La communauté internationale ne le permettra pas Zagreb et Belgrade de plus en plus, ont clairement affirmé qu'ils ne le souhaitent pas non plus. Ils savent que leur futur au sein de l'Europe dépendra du succès de la Bosnie et de la stabilité de la région(...).
Il ne nous reste donc qu'un projet réaliste : réussir la Bosnie-Herzégovine ! Nous ne devons pas détruire les identités ethniques, mais créer un Etat dans lequel chacun pourra réaliser son identité Bosnienne comme son identité ethnique. Mais en définitive ce sont les peuples et non les constitutions qui font un Etat. Ce sont donc tous les peuples de Bosnie qui détermineront le succès ou l'échec de ce pays. Les différents peuples de Bosnie sont les piliers qui soutiennent l'Etat, si vous en ôtez un, c'est le tout qui s'écroule. Nous réussirons ensemble ou nous échouerons ensemble !

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La Vie des Collectifs



L'Association Mères pour la Paix et les associations membres du réseau Justice Internationale pour Srebrenica organisent un voyage de soutien aux victimes de Srebrenica. Départ en bus du Nord et de Paris le 6 Juillet, arrêt à Turin le 6 au soir de façon à arriver à Doboj dès le 7. Il est également possible d'effectuer le voyage en avion, grâce à un tarif « spécial » (Paris-Sarajevo AR pour 260 €).
En Bosnie, cette mission se rendra le 8 juillet à Srebrenica et en profitera pour constater les avancées de la framboiserie créée dans la Vallée de la Petite Drina ; le 9, au camp de Maclaj , camp « dépotoir » où sont entassées les 4 000 personnes renvoyées par les pays européens, afin de concevoir un programme d'aide spécifique ainsi que dans les camps déjà aidés par ces associations de Grab Potok. et Suha, afin de faire le bilan des aides reçues et de celles qui restent nécessaires. Elle se rendra également à Sarajevo et Gorazde le 10 juillet, avant de participer le 11 aux cérémonies de commémoration du massacre de Srebrenica qui se dérouleront à Potorica.
Les deux mini-bus quitteront la Bosnie le 12 Juillet.
Contacts : Nanou Rousseau 06 0806 6184 - Françoise Bruyère : 06 8151 4618

Les associations Forum grenoblois pour la démocratie dans les Balkans et le Volontaires des J.O. d'Albertville 92- pour que vive Sarajevo préparent un nouveau "voyage citoyen" en Bosnie-Herzégovine du 7 au 18 juillet 2002. Ce voyage a les buts suivants : témoigner dans la durée de la fidélité aux amis et partenaires de Bosnie et être à leur écoute ; témoigner le soutien moral aux Bosniaques victimes du nationalisme abject, comme le 11 juillet lors de la commémoration du génocide de Srebrenica.
Ce voyage permettra aussi de rencontrer les partenaires associatifs, dont Jovan DIVJAK, président de la fondation "Construire la Bosnie-Herzégovine par l'éducation".
Vous pouvez vous joindre à nos amis de Grenoble et Albertville.
Contacts :
André Prochasson, président du Forum grenoblois, tel : 04 76 53 55 29 et
Henri-Georges Brun, président de Pour que vive Sarajevo, tel : 04 79 37 75 49.

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