| Lettre d'information de
l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 63 juin 1998 Abonnement: 1 an 100 F 17 rue de l'Avre -75015 PARIS tél. : 01 45 79 38 66 - fax : 01 44 23 76 79 |
| Editorial Au vu de la situation qui ne cesse de
s'aggraver et de la leçon des récentes guerres en
ex-Yougoslavie, on peut, sans risque de trop se tromper,
énoncer quelques propositions sur l'issue de la crise du
Kosovo. |
|
Pierre Brana, président du groupe d'amitié France-Bosnie-Herzégovine à l'Assemblée nationale |
|
Question
: On dit souvent qu'en France, les
députés n'ont aucune influence sur la |
|
(1)
Une nouvelle crise dans les Balkans : la guerre au
Kosovo? Documents d'information de l'Assemblée
nationale, Commission des affaires étrangères, Rapport
d'information n° 833, avril 98, 20 F. |
|
|
|
C'est là la conclusion du Conseil pour la mise en oeuvre de la paix en Bosnie-Herzégovine (PIC-Peace Implementation Council), qui s'est réuni le 9 juin à Luxembourg. Selon les représentants de 60 pays et institutions internationales, la responsabilité en incombe aux autorités en place en Bosnie. Il est écrit textuellement, dans la déclaration politique publiée à la suite de la réunion : "Les dirigeants politiques bosniaques, élus en 1996, n'ont pas agi au mieux des intérêts du peuple de BH, oeuvrant à la rapide réalisation des accords de paix, jetant ainsi les bases d'un avenir commun pacifique et prospère. La grande majorité de ces dirigeants continuent à mettre en oeuvre une politique de domination et de séparatisme ethniques afin de renforcer leurs propres positions, ceci au détriment du peuple de Bosnie, condamnant ainsi le pays à la stagnation et à l'isolement par rapport à la famille européenne des nations". Pour le PIC, les priorités à venir sont : le retour accéléré des réfugiés, l'intégration économique, la réforme de la justice et de la police, et des élections démocratiques. Sur ce dernier point, le PIC demande à tous les candidats d'exposer publiquement leurs points de vue concernant le retour des réfugiés et personnes déplacées, les droits des minorités ethniques, la réforme économique et la reconstruction, les services sociaux et l'éducation. Ajoutons que le mandat de la SFOR, qui devait expirer le 20 juin, a été prolongé sine die. |
|
|
|
Le 22
juin, à l'Assemblée nationale, dans une salle Colbert
comble où l'on reconnaissait de nombreux membres de la
communauté kosovare de Paris, plusieurs |
|
|
|
Marian Hens : C'est l'homme chargé de reconstruire un pays, au milieu des cendres d'une guerre qui a fait 250 000 morts et près de 3 millions de personnes déplacées. Envoyé de la Communauté internationale en Bosnie, Carlos Westendorp lutte depuis un an pour redonner espoir à des populations balkaniques marquées par la haine ethnique. A présent, il craint que ses efforts ne soient menacés par la crise du Kosovo. |
|
| Question -
L'intégration de la société civile s'est-elle
consolidée en Bosnie, ou est-ce plutôt un processus
forcé par la présence des troupes de l'OTAN? Réponse - C'est un processus forcé, parce que la population a enduré une propagande ultrnationaliste massive de la part de ses dirigeants qui, tous, disent que l'autre est l'ennemi. Les politiciens bosniaques continuent de penser que souscrire à un accord, c'est trahir leur électorat. Pour le moment je suis obligé de démocratiser par force. La véritable preuve que le pays commence à guérir viendra quand les gens retourneront chez eux dans les territoires dominés par une autre majorité ethnique. Q - Alors, sans troupes, la reconstruction échouera? R - Les pays occidentaux ont très envie de retirer leurs troupes de Bosnie, et je crains qu'après les élections de septembre, il y ait beaucoup de pressions dans ce sens. Et je leur dis de rester calmes, parce que la paix n'est pas irréversible. Il manque une paire d'années pour que ce panorama change. Q - La question des criminels de guerre continue-t-elle à faire obstacle à la réconciliation? R - L'effectif des détenus du Tribunal de la Haye a doublé au cours de l'année passée. Mais il manque Karadzic et Mladic, les deux plus emblématiques. Karadzic doit aller à la Haye parce qu'on ne peut pas infliger à tout un peuple, le peuple serbe, la lourde accusation d'une responsabilité collective. Karadzic pourrait en outre y déclarer qui a commencé la guerre. Et peut-être trouverons-nous alors que Milosevic a aussi une part de responsabilité. Q - La communauté internationale a décidé de lever les sanctions imposées à Milosevic pour la Bosnie. Et aujourd'hui le président serbe se livre au massacre des Albanais du Kosovo. Ne vous semble-t-il pas que la politique du bâton et de la carotte, avec lui... R - Milosevic joue avec la communauté internationale (d'une façon assez fantastique) parce que c'est son seul choix pour subsister. C'est un survivant-né, un homme très intelligent et absolument amoral. Il cède toujours juste ce qu'il faut pour se maintenir au pouvoir, la seule chose qui l'intéresse. Q - Considérez-vous inutile de lui appliquer des sanctions? R - Les pénalisations, en plus d'économiques, doivent être politiques. Les chefs d'Etat et de Gouvernement occidentaux et leurs ministres doivent cesser de rencontrer Milosevic. Actuellement ils accourent vers lui comme en pélerinage, et certains en profitent pour faire du négoce. Il faudrait lui imposer un unique cordon obilical de communication avec l'Occident, un médiateur, et le laisser dans l'ostracisme le plus absolu. Q - Quel impact peut avoir le Kosovo en Bosnie? R - La situation au Kosovo est hors de contrôle. J'avertis que la Bosnie ne peut ouvrir un corridor pour le Kosovo et que nous aurons deux conflits au lieu d'un. La crise peut se répercuter sur trois plans. Premièrement, sur le plan social par l'arrivée d'une masse de réfugiés (ce qui manquait vraiment à la masse des personnes déjà déplacées en Bosnie). Deuxièmement, sur un plan économique : la fermeture de la frontière commune par laquelle s'approvisionnent beaucoup de Bosniaques affectera son économie, une des plus pauvres de la région. Et troisièmement, sur le plan militaire. Si l'OTAN décide d'envoyer des soldats au Kosovo, je crains que cela s'effectue en soustrayant des troupes de la Bosnie. Q - Pourquoi l'OTAN tarde-t-il tant à agir au Kosovo? R - Pour le moment l'OTAN place des troupes à la frontière de l'Albanie et du Kosovo pour que le conflit ne s'étende pas. Q - Fermer la frontière signifie que Milosevic pourra tuer à volonté les albano-kosovars. R - Oui, mais pour le moment cela évitera l'extension du conflit. Q - Qu'est-ce qui a changé depuis la Bosnie, en ce qui concerne la réponse extérieure? R - Pendant la guerre de Bosnie, l'Occident nous disait qu'il était très difficile d'intervenir parce qu'il n'était pas clair contre qui il fallait agir, que tout était très mêlé. Au fond, c'étaient des prétextes. Maintenant aussi, il y a des pays réticents à agir parce qu'il risquent la vie de leurs propres citoyens. Surtout les Etats-Unis, où l'on se demande si l'Europe n'a pas perdu la tête et pourquoi les Européens ne résolvent pas le problème eux-mêmes. Q - Et pourquoi ne le résolvent-ils pas? R - C'est la grande question. Les Européens ne prennent jamais de décision parce qu'il n'existe pas une politique extérieure et de sécurité commune. Dans le groupe de contact pour le Kosovo, il est évident qu'il y des divergences. Et c'est juste ce que désire Milosevic : diviser pour vaincre. Q - Quelle alternative y a-t-il à la crise? R - La folie nationaliste ne peut se résoudre que par un génocide, ou par l'autonomie et le dialogue. Un Kosovo indépendant amènerait directement à la guerre. La seule solution est un gouvernement suffisamment autonome où la majorité et la minorité seraient raisonnablement satisfaites. Q - Et qu'offrent les Occidentaux à Milosevic en échange? R - Débloquer l'aide à la Serbie, sa réadmission à l'OSCE, et des prêts de la Banque Mondiale et du FMI. |
|
|
|
| "A la fin du XXe
siècle, caractérisé par de multiples explosions de
violence, de guerres et de violations indescriptibles des
droits et des libertés de l'homme, la communauté
internationale a une occasion unique, en créant une Cour
pénale internationale, de poursuivre ses efforts pour
empêcher que de tels événements se reproduisent, et
pour que soient jugés les individus responsables de ces
crimes. Nous, représentants des organisations
non-gouvernementales de Bosnie-Herzégovine, témoins et
victimes de crimes de guerre, crimes contre l'humanité
et génocide, lançons un appel à tous les participants
à la Conférence diplomatique de Rome - et plus
particulièrement aux pays les plus influents,
Etats-Unis, Russie, Chine et France -, pour qu'ils
permettent, par leurs décisions, la création d'un
tribunal basé sur les principes d'une justice
indépendante, capable de s'opposer aux horreurs qui ont
caractérisé notre siècle. Nous sommes convaincus que l'établissement d'une Cour pénale internationale contribuerait de manière positive au renforcement de la justice et de l'état de droit dans notre pays." |
|
Signataires
: |
|
|
|
Université
d'été à Korcula Le South East European Research Unit
(Unité de recherche sur l'Europe du Sud-Est) de
l'Université de Glasgow organise un colloque et une
université d'été sur l'île de Korcula, dans le cadre
d'un projet soutenu par l'Union européenne,
³Rétablissement de la confiance en ex-Yougoslavie - la
réconciliation à travers communication directe et
action commune². Sur le thème "National Identity
versus National Enmity" (Identité nationale contre
inimitié nationale), les organisateurs espèrent
accueillir des participants de tous les Etats successeurs
de l'ex-Yougoslavie et de toutes les communautés, afin
d'encourager un large débat comme moyen de
réconciliation. |
|
Pour
toute information complémentaire, voir site web : |
|
| La librairie-galerie
Le Lys (12-14, rue St Louis en l¹Ile, Paris 4e) annonce
qu'elle sera fermée du 15 juillet au 15 août. Tél. 01
46 33 22 79. Rappel : Festival d'été de Gorazde Afin de rompre l'enclavement de Gorazde et de répondre à sa demande d'échanges et d'ouverture aux autres cultures, une soixantaine d'artistes et sportifs costarmoricains organisent, avec ceux de Gorazde, un festival les 26, 27 et 28 août prochains. Collectif Bretagne Bosnie-Gorazde, tél. 02 96 78 27 34. Srebrenica, n'oublions pas A l'initiative de la Déclaration d'Avignon, et en partenariat avec l'association Soutien aux survivants de la Vallée de la Drina-Srebrenica, le 11 juillet aura lieu à Paris une soirée avec projection de documentaires, débat, témoignages de rescapés. Le même jour, à Nantes, l'AEC devrait également organiser une manifestation. Le 12 juillet, Olivier Py présentera une lecture de Requiem pour Srebrenica au palais des Papes d'Avignon. Une autre action est prévue le 13 juillet à Paris. Pour soutenir ces manifestations, affiches et exposition de photos itinérante sont disponibles. |
|
| Renseignements : Soutien aux survivants de la Vallée de la Drina-Srebrenica, 6, square Villaret de Joyeuse, 75017 Paris, tél. 01 44 40 08 41. | |
Association
Sarajevo |
|
| Original imprimé par Imprimerie CICP 21 ter rue Voltaire- 75011 - Paris -Tél.: 01 44 93 93 24 | |
| La reproduction de ce numéro a été faite pour vous inciter à vous abonner - AEC Nantes |
LA SCÈNE POLITIQUE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE |
| 1. Un nouveau parti croate
en Bosnie Kresimir ZUBAK, membre de la présidence collégiale de BH, vice-président du parti HDZ-BH (Communauté croate démocratique de BH - filiale du parti de Tudjman), vient d'annoncer la constitution d'un nouveau parti qui portera le nom de BH-HDZ (et non plus HDZ-BH) Cette annonce a été faite le 4 juin dernier, au terme d'une réunion à laquelle avait pris part une quarantaine de membres influents du parti HDZ-BH, dont plusieurs hauts fonctionnaires de la Fédération de BH. Selon l'agence Safax, ce groupe n'est pas satisfait des résultats du cinquième congrès national tenu à la fin du mois dernier, considérant qu¹il a représenté une victoire pour l'aile dure herzégovinienne. Ce qui laisse à penser que ce nouveau parti pourrait être plus "pro-bosniaque". ZUBAK a confirmé que la formation de ce nouveau parti était le résultat des dissenssions au sein du HDZ-BH lors de ce congrès. Anto Jelavic y avait été élu président du parti, en dépit de la demande expresse de Tudjman qui exigeait l'élection de Bozo Ljubic. Selon Zubak, le nouveau parti luttera pour la "constitutivité" du peuple croate en BH et pour l'application intégrale des accords de Dayton. A Sarajevo, les observateurs constatent qu'il n'y a plus de parti nationaliste monolithique en Bosnie-Herzégovine. En effet, le SDS de Milosevic-Karadzic-Krajisnik a éclaté l'année dernière avec le départ de Biljana PLAVSIC, qui a créé son propre parti, le SNS (Srpski narodni savez - Alliance populaire serbe). Le SDA (d'Izetbegovic) n¹est pas le seul parti nationaliste boshniaque et connaît lui-même de serieuses tensions internes. C'est en fait le HDZ qui passait, jusqu'à présent, pour le plus monolithique de tous les partis nationalistes en BH. Stjepan KLJUJIC, président du Parti républicain, qui dirigeait le HDZ-BH à la veille de la guerre a déclaré, à propos de la formation d'un nouveau parti HDZ : "Il s'agit, une fois de plus, de la désintégration d'un parti nationaliste". 2. Deux partis paysans croates en Bosnie Le parti HSS de BH (Parti paysan croate de BH) vient de se scinder en deux. En effet, après la troisième convention nationale tenue en avril dernier à Sarajevo, Stanko Sliskovic, démis de ses fonctions de vice-président, a fondé son propre parti HSS. Les deux partis se sont portés candidats aux élections de septembre. La différence entre les deux partis? Les partisans de Komsic-Simic estiment qu'il faut se montrer encore "plus croate" pour pouvoir s'opposer "plus efficacement" au HDZ. Le HSS s'est retrouvé dans l'opposition dès sa création. Aux élections de 1996, il s'était joint à la "Liste commune" formée par les sociaux-démocrates de Beslagic, le MBO (Organisation bosniaque musulmane) et le RP (Parti républicain). 3. Mouvement des citoyens pour l'égalité Le Conseil civique serbe de BH (SGV-BH) s'est transformé en un "Mouvement pour l'égalité des citoyens" (GPR), ce qui devrait le rendre beaucoup plus ouvert à la fois sur le plan ethnique (il s'agissait jusqu'à présent d'une association exclusivement serbe) et sur celui de la coopération avec d'autres associations, partis politiques, etc. La proposition de changer de nom a été adoptée aux dernières assises annuelles de l'ancien Conseil, fin mai dernier. Les principaux objectifs du SGV-GPR sont : la sauvegarde de l'unité de la Bosnie-Herzégovine, la promotion d'une démocratie citoyenne, la défense des droits de l'homme, l'égalité de toutes les communautés nationales et de tous les citoyens sur l'ensemble du territoire de la BH, la mise en oeuvre de la récente Déclaration de Sarajevo, afin que la capitale redevienne réellement multiethnique, le retour des réfugiés dans leurs foyers (et non pas dans les régions où prédomine "leur" ethnie). Mirko PEJANOVIC a été (ré)élu président du GPR, et Nikola KOVAC (actuel ambassadeur de BH à Paris), président de la Commission pour les affaires politiques. . |
(Sources : Safax et Oslobodjenje) |
|
| 1. 108.000 réfugiés sont
retournés l'année dernière en Bosnie-Herzégovine,
dont 90.000 venaient d'Allemagne. Processus qui s'est
ralenti au cours de cette année, proclamée pourtant
"Année du retour". "Ceci est dû au
climat d'insécurité et au manque de perspectives
économiques", a déclaré Mirhunisa KOMARICA,
présidente de la Fédération des réfugiés de BH, qui
oeuvre dans le cadre de la grande "Coalition
retour". Selon elle, rares sont les réfugiés qui
réintégrent leurs foyers : "En Bosnie, les
réfugiés se retrouvent de fait personnes déplacées...
En outre, la Bosnie orientale (Foca, Zvornik, Visegrad,
Srebrenica, Rudo, Bratunac, etc.) a été totalement
ignorée, et il n'existe aucun plan tendant à organiser
le retour dans ces régions", a-t-elle déclaré à
l'agence Safax. 2. Un grand rassemblement des associations de réfugiés, exilés et personnes déplacées de BH, Croatie et Serbie a eu lieu à Mostar le 16 juin dernier. Les participants ont adopté une déclaration intitulée "Evidence 98", exprimant tout d'abord leur mécontentement quant aux résultats des actions entreprises pour permettre leur retour, qu'ils estiment décevants. Ils proposent qu'une enquête soit menée auprès de tous les réfugiés pour savoir s'ils veulent ou non retourner chez eux, demeurer là où ils sont, partir ailleurs, ou réclamer des compensations. L'enquête devrait être menée par une commission composée de représentants des associations ayant participé à la réunion de Mostar. Il est enfin exigé des gouvernements de BH et des deux entités qu'ils adoptent une loi précisant les droits des réfugiés, et créent des ministères de la reconstruction aussi dans les deux entités. Ont pris part à cette réunion : l'Association des réfugiés croates de BH, l'Association croate pour le retour, la Fédération des réfugiés et personnes déplacées de BH, la Fédération des associations de réfugiés de la Republika srpska, l'Association des réfugiés serbes de Croatie et l'Association pour l'assistance aux réfugiés de la République fédérale de Yougoslavie. (Source : Oslobodjenje.) 3. Zeljko IVANKOVIC, vice-président du Gouvernement alternatif de BH (AMV-BH), a affirmé à Oslobodjenje que les réfugiés reviendront uniquement dans les régions où l'homogénéisation ethnique est en cours. 4. Enfin, selon l'hebdomadaire Svijet, ce processus se voit également handicapé par le fait que, dans près de la moitié des communes, les assemblées municipales issues des élections de septembre 1997 ne sont pas en état de fonctionner, pour des raisons d'insécurité : les conseillers municipaux élus dans la diaspora risquent leur vie en permanence. |
UNE MEME LANGUE - TROIS NOMS |
| "Il faut expliquer à
l'opinion publique que les langues bosniaque, croate et
serbe n¹en font qu'une! Du point de vue linguistique, il s'agit d'une même langue, qui porte trois noms. La syntaxe, la morphologie, et surtout, le système des déclinaisons, sont absolument identiques. Il y a quelques différences de lexique, mais c¹est aussi le cas d'autres langues". Telle a été la constatation réitérée à plusieurs reprises au cours du colloque intitulé : "La langue : tolérance ou discrimination?", organisé en mai dernier à Tuzla par le Bureau des droits de l'homme et l'OSCE, avec la participation de plusieurs éminents linguistes du pays. Il a par ailleurs été constaté que cette question était l'objet de multiples manipulations politiques. Ainsi, dans la constitution de la Fédération BH, les langues officielles sont le bosniaque et le croate, dans celle de la Republika srpska, la langue serbe. En outre, l'alphabet latin est officiel dans la Fédération, et le cyrillique en RS. Pour Dimitris Christopoulos, de l'OSCE, ces discriminations sont contraires aux accords de Dayton. Plusieurs participants ont rappelé qu'en Bosnie les habitants se sont toujours déclarés Bosniaques, qu'ils fussent catholiques, orthodoxes ou musulmans. Leur langue s'est appelée le bosniaque jusqu'en 1910, époque où les autorités impériales austro-hongroises, sous la pression des milieux nationalistes de Zagreb et Belgrade, ont décrété l'abolition de ce terme. "A la limite, peu importe que cette langue s'appelle bosniaque, croate ou serbe, l'important est qu'il s'agit d'une seule et même langue", a déclaré le professeur A. Kasumovic (NDLR : parlée également par les Montenégrins). |
(Source : Front slobode, Tuzla). |
|
| "Tandis que nous regardons,
au Kosovo, les images des civils tués, des villages
incendiés et les colonnes de personnes déplacées, nous
nous rappelons nos souffrances en Bosnie-Herzégovine, à
Sarajevo. Tandis que nous écoutons les nouvelles sur des
pourparlers de paix, nous nous rappelons les longues
discussions concernant notre propre paix, au cours
desquelles un grand nombre de nos concitoyens, des civils
innocents, ont péri. Celui qui ne sait que détruire,
apporter le malheur aux autres peuples par la répression
policière et militaire - le régime totalitaire de
Slobodan Milosevic - ne connaît d'autre langage que la
force. Nous, membres de l'Association des intellectuels
indépendants - Cercle 99, lançons un appel aux
représentants des Etats et des peuples, européens
surtout, pour qu'ils fassent preuve, cette fois-ci, de
suffisamment d'esprit de solidarité et de décision pour
empêcher l'extermination de la population albanaise au
Kosovo, au coeur de l'Europe civilisée. Chaque jour de
retard dans le rétablissement de la paix et dans la
prévention par l'usage de la force militaire, entraîne
de nouvelles victimes innocentes et accentue leurs
souffrances. S'il est vrai que la seule véritable
solution pour régler les conflits reste le dialogue
démocratique, lorsque les maisons sont détruites et les
civils en danger, la démocratie reste impuissante et le
dialogue dérisoire". |
12.06.1998. Le
président, V. Dolocek. |