Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic
mensuel 10F - n° 63 juin 1998 Abonnement: 1 an 100 F

17 rue de l'Avre -75015 PARIS
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Editorial

Au vu de la situation qui ne cesse de s'aggraver et de la leçon des récentes guerres en ex-Yougoslavie, on peut, sans risque de trop se tromper, énoncer quelques propositions sur l'issue de la crise du Kosovo.

Tout le monde sait, y compris les partisans les plus fanatiques ou les plus obtus du "Kosovo serbe", que les Kosovars obtiendront finalement la reconnaissance internationale et l'exercice de leur droit à l'autogouvernement, sauf à faire exploser toute la région, ce qui n'est l'intérêt d'aucune puissance responsable.

Tout le monde sait aussi, y compris les gouvernements les plus complaisants à l'égard de Milosevic, que celui-ci n'arrêtera la répression sanglante au Kosovo et ne cédera sur le fond que sous la contrainte la plus extrême.

C'est pourquoi tout report de l'intervention internationale, militaire puisqu'il n'en est pas d'autre efficace pour mettre fin à la terreur contre la population  du Kosovo, est injustifié et criminel.

Attendre pour agir l'accord formel du Conseil de  sécurité, c'est-à-dire le bon vouloir des dirigeants chinois et russes qui ont montré leur savoir-faire au Tibet et en Tchétchénie, revient à laisser les mains libres à Belgrade. Dans un autre ordre d'idées, attendre que  la Serbie se débarrasse seule de son chef pour conclure une paix démocratique avec le Kosovo, est pour le moins aussi problématique. La Serbie aura du mal à régler ses comptes avec elle-même, de même qu'il faudra beaucoup de temps à la plupart des pays de l'ex-Yougoslavie pour se remettre du traumatisme causé par les guerres qui ont accompagné la désintégration violente de la fédération.

Chacun d'eux en souffre à sa façon, à la mesure des responsabilités encourues, des ressentiments remâchés, des ruines accumulées et des vies sacrifiées.

En  Bosnie-Herzégovine, les élections de septembre risquent de se révéler décevantes pour ceux qui escomptaient un succès des forces civiques. Alors que les blocs nationalistes éclatent ou se fissurent, les partisans déclarés d'un pays réunifié et pluriel ne sont pas
parvenus à saisir leur chance en constituant la large coalition démocratique que beaucoup attendaient avec espoir.

Pierre Brana, président du groupe d'amitié France-Bosnie-Herzégovine à l'Assemblée nationale

Question : On dit souvent qu'en France, les députés n'ont aucune influence sur la
politique étrangère. Qu'en pensez-vous?

Pierre Brana : C'est en effet une tradition non écrite de la Ve République. Le général De Gaulle considérait que la défense et les affaires étrangères relevaient du « domaine réservé » du chef de l'Etat. Je ne suis pas d'accord avec cette optique, je pense au contraire que le Parlement doit contrôler 'exécutif dans tous les domaines, en vue d'une pratique réelle de la démocratie élective.

Q :
En quoi consiste le rôle d'un groupe d'amitié parlementaire comme celui que vous présidez?
P. B. : Il s'agit d'établir et d'entretenir des relations entre élus de deux pays souverains, relations de nature culturelle, économique ou politique. Par exemple, je m'apprête à rencontrer mes homologues bosniaques après les importantes élections du 12 septembre prochain, afin que nous examinions ensemble les problèmes concrets qui se posent à eux. Je compte même me rendre en Bosnie pendant la campagne électorale. Il faut absolument aider et encourager les partis démocratiques de la Fédération, dont j'espère qu'ils feront le meilleur score. Je souhaite vivement que les sociaux-démocrates s'unissent, dépassent leurs divergences personnelles ; cela créera, plus qu'une simple addition de voix, une amplification, un élan qui pourra renverser le cours des choses. Par ailleurs, s'il est vrai qu'un groupe d'amitié n'a aucun pouvoir de décision, il dispose quand même de quelques moyens de pression : il peut, par exemple, transmettre des demandes précises au ministre des affaires étrangères. C'est ce que je viens de faire concernant le Kosovo.

Q : Vous êtes l'auteur du rapport de l'Assemblée nationale sur la situation au
Kosovo(1), où vous avez conduit une délégation de la Commission des affaires étrangères et rencontré la quasi-totalité des protagonistes. Quelle est votre analyse de la situation?

P. B. : Avant d'évoquer le Kosovo, il faut rappeler le résultat des récentes élections au Monténégro : la défaite de Bulatovic, qui apporte un soutien inconditionnel à Milosevic,
et l'élection de Djukanovic, est un indice encourageant que le Monténégro se désolidarise de la politique agressive de la Serbie, et souhaite se démocratiser, s'ouvrir à l'Europe et au monde. D'un autre côté, Milosevic voudra-t-il aller vers d'authentiques négociations avec les Kosovars, ou exploitera-t-il, une fois de plus, son « fonds de commerce » nationaliste en durcissant sa position? Au vu de sa riposte disproportionnée, dirigée une fois de plus contre les civils, j'incline pour la seconde hypothèse (NDLR: interview effectuée le 6 juin, les événements semblent donner raison à P. Brana). Face à cela, je crois que l'adoption par le Groupe de contact de sanctions très fermes contre Milosevic serait une bonne chose, mais insuffisante. Il faut aussi que l'ONU ou l'OTAN exerce une dissuassion militaire, et surtout, que celle-ci soit rapide! Je suis inquiet devant la passivité de la communauté internationale, en particulier européenne. Certes, le dispositif militaire est lourd à mettre en branle, mais l'OTAN est présent depuis longtemps en Macédoine et en Albanie. Quant aux Kosovars eux-mêmes, j'ai rencontré Adem Demaçi, que je respecte pour les 28 années qu'il a passées en prison du fait de ses activités politiques. Je comprends son point de vue, à savoir que la résistance pacifique d'Ibrahim Rugova n'a pas porté ses fruits, qu'elle a atteint ses limites. Mais j'admire aussi Rugova, homme de valeur, sincère et de bonne volonté, dont l'Europe en particulier n'a pas suffisamment soutenu la modération - encore un point très regrettable! A mon retour de mission, j'ai demandé au ministère des affaires étrangères d'ouvrir une antenne de l'ambassade de France à Pristina. Mais j'ai cru comprendre qu'il y avait des dépenses plus «prioritaires » que celle-là...

Q :
Vous participez à la mission d'information parlementaire sur le Rwanda. Pensez-vous qu'une telle mission est nécessaire pour la Bosnie?
P. B. : Je suis satisfait qu'elle ait été créée pour le Rwanda, même si j'aurais préféré une commission d'enquête (la différence réside dans le fait que les témoins doivent alors déposer sous serment), et surtout, qu'elle se tienne pendant les événements, et non après coup. Pour la Bosnie-Herzégovine aussi, il aurait mieux valu que le Parlement ait son mot à dire sur ce que nos forces armées faisaient sur le terrain - à cette importante différence près qu'elles agissaient dans le cadre de l'ONU, ce qui évite, entre autres, de prêter le flanc aux critiques de néo-colonialisme.

Q : Une question plus personnelle : qu'est-ce qui amène un député français à s'intéresser à la Bosnie-Herzégovine, au point de devenir président d'un groupe d'amitié parlementaire?
P. B. : J'ai été désigné par mes pairs, mais je dois dire que je l'avais demandé. En effet, de 93 à 97, j'ai rongé mon frein au sujet de la situation en Bosnie, me demandant sans cesse pourquoi l'Europe n'était pas intervenue plus tôt. C'est pour moi une blessure terrible qu'à la fin du XXe siècle, on ait laissé faire tant d'horreurs en Europe. Ça nous concerne, et c'est notre échec collectif, 50 ans après la fin de la Deuxième Gerre mondiale. De même pour le Rwanda, de même aujourd'hui pour le Kosovo : je veux tout tenter pour empêcher que ne se reproduise là-bas le drame bosniaque. D'autant que le risque est plus étendu, avec les possibles répercussions en Albanie, en Macédoine, et dans toute la région.

Q : Que pensez-vous des initiatives de l'opinion publique dans ce domaine?
P. B. : D'une façon générale, le contrôle de l'opinion publique en France n'est pas suffisant sur le plan international. La plupart des groupes de pression se cantonnent à l'hexagone! Pour ma part, je pense que nous devons nous mettre au service des populations internationales. Et une poignée d'individus peut faire beaucoup dans ce sens : regardez ce qu'un Émile Zola a fait pour l'affaire Dreyfus.

(1) Une nouvelle crise dans les Balkans : la guerre au Kosovo? Documents d'information de l'Assemblée nationale, Commission des affaires étrangères, Rapport d'information n° 833, avril 98, 20 F.


DES PROGRÈS TROP LENTS

C'est là la conclusion du Conseil pour la mise en oeuvre de la paix en Bosnie-Herzégovine (PIC-Peace Implementation Council), qui s'est réuni le 9 juin à Luxembourg. Selon les représentants de 60 pays et institutions internationales, la responsabilité en incombe aux autorités en place en Bosnie. Il est écrit textuellement, dans la déclaration politique publiée à la suite de la réunion : "Les dirigeants politiques bosniaques, élus en 1996, n'ont pas agi au mieux des intérêts du peuple de BH, oeuvrant à la rapide réalisation des accords de paix, jetant ainsi les bases d'un avenir commun pacifique et prospère. La grande majorité de ces dirigeants continuent à mettre en oeuvre une politique de domination et de séparatisme ethniques afin de renforcer leurs propres positions, ceci au détriment du peuple de Bosnie, condamnant ainsi le pays à la stagnation et à l'isolement par rapport à la famille européenne des nations". Pour le PIC, les priorités à venir sont : le retour accéléré des réfugiés, l'intégration économique, la réforme de la justice et de la police, et des élections démocratiques. Sur ce dernier point, le PIC demande à tous les candidats d'exposer publiquement leurs points de vue concernant le retour des réfugiés et personnes déplacées, les droits des minorités ethniques, la réforme économique et la reconstruction, les services sociaux et l'éducation. Ajoutons que le mandat de la SFOR, qui devait expirer le 20 juin, a été prolongé sine die.


RENCONTRE KOSOVARS-SERBES A PARIS

Le 22 juin, à l'Assemblée nationale, dans une salle Colbert comble où l'on reconnaissait de nombreux membres de la communauté kosovare de Paris, plusieurs
personnalités serbes et des représentants de la communauté albanaise du Kosovo ont confronté publiquement leurs points de vue à l'invitation de l'association France-Libertés et de la Fédération Internarionale des Droits de l'Homme. Si Shkelzen Maliqi, membre du groupe des négociateurs albanais, s'est prononcé au terme d'une analyse historique pour la séparation du Kosovo de la Serbie, Stojan Cerovic, éditorialiste de Vreme à Belgrade, tout en étant favorable à une médiation
internationale, affirme d'une part que toute la politique de Milosevic n'a qu'un objectif, son maintien au pouvoir, et d'autre part que les Serbes, tant du Kosovo que de Serbie, sont en majorité partisans de conserver le Kosovo. Rappelant les thèmes de la propagande du gouvernement de Belgrade pour légitimer son action, Muhamedin Kullashi déclare que seule la communauté internationale pourrait arrêter le conflit, mais que ses promesses d'un nouveau statut ne sont pas claires. Dusan Batakovic, historien serbe, rappelle notamment que, depuis 1981, le pouvoir de Belgrade règle les affaires du Kosovo sans les Albanais, et que les dirrigeants de Belgrade sont des nationalistes tout aussi extrémistes que ceux du Kosovo. Il conclut cependant que la source des tensions n'est pas d'origine "ethnique", mais provient de l'absence de démocratie. La coexistence est possible, comme le montre l'exemple du Montenegro. Milan Protic, également historien serbe, dénonce la violation généralisée des Droits de l'Homme, affirme qu'on ne peut rien résoudre sans changer le pouvoir à Belgrade, et se dit en faveur de la démocratisation et d'un Etat de citoyens. Puis Laurent Fabius, venu saluer les participants, se prononce contre le retour au statu quo ante. Enfin Hubert Védrine, Ministre des affaires étrangères, déclare que la revendication d'indépendance n'est pas acceptable, mais que le statut actuel est insupportable, et se
prononce pour "une autonomie substantielle qu'il ne nous appartient pas de définir". Il conclut : "Nous sommes obligés d'envisager toutes les hypothèses, y compris l'emploi de la force qui ne soit pas une simple démonstration. Mais le Conseil de sécurité de l'ONU est la seule instance qui peut en décider".


Interview de Carlos Westendorp à El Mundo,
Madrid (6 juin 1998)

Marian Hens : C'est l'homme chargé de reconstruire un pays, au milieu des cendres d'une guerre qui a fait 250 000 morts et près de 3 millions de personnes déplacées. Envoyé de la Communauté internationale en Bosnie, Carlos Westendorp lutte depuis un an pour redonner espoir à des populations balkaniques marquées par la haine ethnique. A présent, il craint que ses efforts ne soient menacés par la crise du Kosovo.

Question - L'intégration de la société civile s'est-elle consolidée en Bosnie, ou est-ce plutôt un processus forcé par la présence des troupes de l'OTAN?
Réponse - C'est un processus forcé, parce que la population a enduré une propagande
ultrnationaliste massive de la part de ses dirigeants qui, tous, disent que l'autre est l'ennemi. Les politiciens bosniaques continuent de penser que souscrire à un accord, c'est trahir leur électorat. Pour le moment je suis obligé de démocratiser par force. La véritable preuve que le pays commence à guérir viendra quand les gens retourneront chez eux dans les territoires dominés par une autre majorité ethnique.

Q - Alors, sans troupes, la reconstruction échouera?
R - Les pays occidentaux ont très envie de retirer leurs troupes de Bosnie, et je crains qu'après les élections de septembre, il y ait beaucoup de pressions dans ce sens. Et je
leur dis de rester calmes, parce que la paix n'est pas irréversible. Il manque une paire d'années pour que ce panorama change.

Q - La question des criminels de guerre continue-t-elle à faire obstacle à la réconciliation?
R - L'effectif des détenus du Tribunal de la Haye a doublé au cours de l'année passée. Mais il manque Karadzic et Mladic, les deux plus emblématiques. Karadzic doit aller à la Haye parce qu'on ne peut pas infliger à tout un peuple, le peuple serbe, la lourde accusation d'une responsabilité collective. Karadzic pourrait en outre y déclarer qui a commencé la guerre. Et peut-être trouverons-nous alors que Milosevic a aussi une part de responsabilité.

Q - La communauté internationale a décidé de lever les sanctions imposées à
Milosevic pour la Bosnie. Et aujourd'hui le président serbe se livre au massacre des Albanais du Kosovo. Ne vous semble-t-il pas que la politique du bâton et de la carotte, avec lui...
R - Milosevic joue avec la communauté internationale (d'une façon assez fantastique) parce que c'est son seul choix pour subsister. C'est un survivant-né, un homme très intelligent et absolument amoral. Il cède toujours juste ce qu'il faut pour se maintenir au pouvoir, la seule chose qui l'intéresse.

Q - Considérez-vous inutile de lui appliquer des sanctions?
R - Les pénalisations, en plus d'économiques, doivent être politiques. Les chefs d'Etat et de Gouvernement occidentaux et leurs ministres doivent cesser de rencontrer Milosevic. Actuellement ils accourent vers lui comme en pélerinage, et certains en profitent pour faire du négoce. Il faudrait lui imposer un unique cordon obilical de communication avec l'Occident, un médiateur, et le laisser dans l'ostracisme le plus absolu.

Q - Quel impact peut avoir le Kosovo en Bosnie?
R - La situation au Kosovo est hors de contrôle. J'avertis que la Bosnie ne peut ouvrir un corridor pour le Kosovo et que nous aurons deux conflits au lieu d'un. La crise peut se répercuter sur trois plans. Premièrement, sur le plan social par l'arrivée d'une masse de réfugiés (ce qui manquait vraiment à la masse des personnes déjà déplacées en Bosnie). Deuxièmement, sur un plan économique : la fermeture de la frontière commune par laquelle s'approvisionnent beaucoup de Bosniaques affectera son économie, une des plus pauvres de la région. Et troisièmement, sur le plan militaire. Si l'OTAN décide d'envoyer des soldats au Kosovo, je crains que cela s'effectue en soustrayant des troupes de la Bosnie.

Q - Pourquoi l'OTAN tarde-t-il tant  à agir au Kosovo?
R - Pour le moment l'OTAN place des troupes à la frontière de l'Albanie et du Kosovo pour que le conflit ne s'étende pas.

Q - Fermer la frontière signifie que Milosevic pourra tuer à volonté les albano-kosovars.
R - Oui, mais pour le moment cela évitera l'extension du conflit.

Q - Qu'est-ce qui a changé depuis la Bosnie, en ce qui concerne la réponse extérieure?
R - Pendant la guerre de Bosnie, l'Occident nous disait qu'il était très difficile d'intervenir parce qu'il n'était pas clair contre qui il fallait agir, que tout était très mêlé. Au fond, c'étaient des prétextes. Maintenant aussi, il y a des pays réticents à agir parce qu'il risquent la vie de leurs propres citoyens. Surtout les Etats-Unis, où l'on se demande si l'Europe n'a pas perdu la tête et pourquoi les Européens ne résolvent pas le problème eux-mêmes.

Q - Et pourquoi ne le résolvent-ils pas?
R - C'est la grande question. Les Européens ne prennent jamais de décision parce qu'il n'existe pas une politique extérieure et de sécurité commune. Dans le groupe de contact pour le Kosovo, il est évident qu'il y des divergences. Et c'est juste ce que désire Milosevic : diviser pour vaincre.

Q - Quelle alternative y a-t-il à la crise?
R - La folie nationaliste ne peut se résoudre que par un génocide, ou par l'autonomie et le dialogue. Un Kosovo indépendant amènerait directement à la guerre. La seule solution est un gouvernement suffisamment autonome où la majorité et la minorité seraient raisonnablement satisfaites.

Q - Et qu'offrent les Occidentaux à Milosevic en échange?
R - Débloquer l'aide à la Serbie, sa réadmission à l'OSCE, et des prêts de la Banque Mondiale et du FMI.


Appel de 23 ONG de Bosnie-Herzégovine à l'occasion de la tenue de la Conférence diplomatique sur la création d'une Cour pénale internationale
(Rome, 15 juin -17 juillet 1998)

"A la fin du XXe siècle, caractérisé par de multiples explosions de violence, de guerres et de violations indescriptibles des droits et des libertés de l'homme, la communauté internationale a une occasion unique, en créant une Cour pénale internationale, de poursuivre ses efforts pour empêcher que de tels événements se reproduisent, et pour que soient jugés les individus responsables de ces crimes. Nous, représentants des organisations non-gouvernementales de Bosnie-Herzégovine, témoins et victimes de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, lançons un appel à tous les participants à la Conférence diplomatique de Rome - et plus particulièrement aux pays les plus influents, Etats-Unis, Russie, Chine et France -, pour qu'ils permettent, par leurs décisions, la création d'un tribunal basé sur les principes d'une justice indépendante, capable de s'opposer aux horreurs qui ont caractérisé notre siècle.
Nous sommes convaincus que l'établissement d'une Cour pénale internationale contribuerait de manière positive au renforcement de la justice et de l'état de droit dans notre pays."

Signataires :
Assemblée des citoyens d'Helsinki - Sarajevo
Association des femmes - Tuzla
Association des mariages mixtes - Zenica
Centre pour l'information et le soutien aux organisations
non-gouvernementales - Sarajevo
Centre pour la coopération citoyenne - Livno
Centre pour la coopération citoyenne - Travnik
Centre pour la promotion des droits de l'homme et la démocratie - Mostar
Centre pour la protection des droits des minorités - Sarajevo
Cercle 99 -  Sarajevo
Cercle démocratique - Bihac
Comité d'Helsinki pour la protection des droits de l'homme en RS - Bijeljina
Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme en BH - Sarajevo
Conseil civique serbe - Sarajevo
Conseil national croate -  Sarajevo
Forum des citoyens - Banja Luka
Forum des citoyens - Tuzla
Forum des habitants de Zenica
Forum des intellectuels - Breza
Indépendant - Zenica
Initiative démocratique des Serbes de Sarajevo - Ilidza
Parlement de l'Alternative citoyenne - Tuzla
PEN club - Sarajevo
Union indépendante des journalistes professionnels - Sarajevo


Calendrier du mois de juillet

Université d'été à Korcula Le South East European Research Unit (Unité de recherche sur l'Europe du Sud-Est) de l'Université de Glasgow organise un colloque et une université d'été sur l'île de Korcula, dans le cadre d'un projet soutenu par l'Union européenne, ³Rétablissement de la confiance en ex-Yougoslavie - la réconciliation à travers communication directe et action commune². Sur le thème "National Identity versus National Enmity" (Identité nationale contre inimitié nationale), les organisateurs espèrent accueillir des participants de tous les Etats successeurs de l'ex-Yougoslavie et de toutes les communautés, afin d'encourager un large débat comme moyen de réconciliation.
Le colloque ne dure que trois jours (22-25 septembre), mais de nombreux ateliers seront organisés pendant une semaine (21-28 septembre) pour ceux qui pourront rester.
Le prix du séjour, 196 £ (environ 2000 F) par personne, comprend inscription et pension complète en hôtel catégorie A pour 7 jours.

Pour toute information complémentaire, voir site web :
http://www.gla.ac.UK/Inter/SEERU ou E-mail : SEERU@gla.ac.uk.

La librairie-galerie Le Lys (12-14, rue St Louis en l¹Ile, Paris 4e) annonce qu'elle sera fermée du 15 juillet au 15 août. Tél. 01 46 33 22 79.

Rappel : Festival d'été de Gorazde Afin de rompre l'enclavement de Gorazde et de répondre à sa demande d'échanges et d'ouverture aux autres cultures, une soixantaine d'artistes et sportifs costarmoricains organisent, avec ceux de Gorazde, un festival les 26, 27 et 28 août prochains.
Collectif Bretagne Bosnie-Gorazde, tél. 02 96 78 27 34.

Srebrenica, n'oublions pas A l'initiative de la Déclaration d'Avignon, et en partenariat avec l'association Soutien aux survivants de la Vallée de la Drina-Srebrenica, le 11 juillet aura lieu à Paris une soirée avec projection de documentaires, débat, témoignages de rescapés. Le même jour, à Nantes, l'AEC devrait également organiser une manifestation. Le 12 juillet, Olivier Py présentera une lecture de Requiem pour Srebrenica au palais des Papes d'Avignon. Une autre action est prévue le 13 juillet à Paris. Pour soutenir ces manifestations, affiches et exposition de photos itinérante sont disponibles.
Renseignements : Soutien aux survivants de la Vallée de la Drina-Srebrenica, 6, square Villaret de Joyeuse, 75017 Paris, tél. 01 44 40 08 41.

Association Sarajevo
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LA SCÈNE POLITIQUE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

1. Un nouveau parti croate en Bosnie
Kresimir ZUBAK, membre de la présidence collégiale de BH, vice-président du parti HDZ-BH (Communauté croate démocratique de BH - filiale du parti de Tudjman), vient
d'annoncer la constitution d'un nouveau parti qui portera le nom de BH-HDZ (et non plus HDZ-BH) Cette annonce a été faite le 4 juin dernier, au terme d'une réunion à laquelle avait pris part une quarantaine de membres influents du parti HDZ-BH, dont plusieurs hauts fonctionnaires de la Fédération de BH. Selon l'agence Safax, ce groupe n'est pas satisfait des résultats du cinquième congrès national tenu à la fin du mois dernier, considérant qu¹il a représenté une victoire pour l'aile dure herzégovinienne. Ce qui laisse à penser que ce nouveau parti pourrait être plus "pro-bosniaque".
ZUBAK a confirmé que la formation de ce nouveau parti était le résultat des dissenssions au sein du HDZ-BH lors de ce congrès. Anto Jelavic y avait été élu président du parti, en dépit de la demande expresse de Tudjman qui exigeait l'élection de Bozo Ljubic. Selon Zubak, le nouveau parti luttera pour la "constitutivité" du peuple croate en BH et pour l'application intégrale des accords de Dayton. A Sarajevo, les observateurs constatent qu'il n'y a plus de parti nationaliste monolithique en Bosnie-Herzégovine. En effet, le SDS de Milosevic-Karadzic-Krajisnik a éclaté l'année dernière avec le départ de Biljana PLAVSIC, qui a créé son propre parti, le SNS (Srpski narodni savez - Alliance populaire serbe). Le SDA (d'Izetbegovic) n¹est pas le seul parti nationaliste boshniaque et connaît lui-même de serieuses tensions internes. C'est en fait le HDZ qui passait, jusqu'à présent, pour le plus monolithique de tous les partis nationalistes en BH. Stjepan KLJUJIC, président du Parti républicain, qui dirigeait le HDZ-BH à la veille de la guerre a déclaré, à propos de la formation d'un nouveau parti HDZ : "Il s'agit, une fois de plus, de la désintégration d'un parti nationaliste".

2. Deux partis paysans croates en Bosnie
Le parti HSS de BH (Parti paysan croate de BH) vient de se scinder en deux.
En effet, après la troisième convention nationale tenue en avril dernier à Sarajevo, Stanko Sliskovic, démis de ses fonctions de vice-président, a fondé son propre parti HSS. Les deux partis se sont portés candidats aux élections de septembre. La différence entre les deux partis? Les partisans de Komsic-Simic estiment qu'il faut se montrer encore "plus croate" pour pouvoir s'opposer "plus efficacement" au HDZ. Le HSS s'est retrouvé dans l'opposition dès sa création. Aux élections de 1996, il s'était joint à la "Liste commune" formée par les sociaux-démocrates de Beslagic, le MBO (Organisation bosniaque musulmane) et le RP (Parti républicain).

3. Mouvement des citoyens pour l'égalité
Le Conseil civique serbe de BH (SGV-BH) s'est transformé en un "Mouvement pour l'égalité des citoyens" (GPR), ce qui devrait le rendre beaucoup plus ouvert à la fois sur le plan ethnique (il s'agissait jusqu'à présent d'une association exclusivement serbe) et sur celui de la coopération avec d'autres associations, partis politiques, etc. La proposition de changer de nom a été adoptée aux dernières assises annuelles de l'ancien Conseil, fin mai dernier. Les principaux objectifs du SGV-GPR sont : la sauvegarde de l'unité de la Bosnie-Herzégovine, la promotion d'une démocratie citoyenne, la défense des droits de l'homme, l'égalité de toutes les communautés nationales et de tous les citoyens sur l'ensemble du territoire de la BH, la mise en oeuvre de la récente Déclaration de Sarajevo, afin que la capitale redevienne réellement multiethnique, le retour des réfugiés dans leurs foyers (et non pas dans les régions où prédomine "leur" ethnie). Mirko PEJANOVIC a été (ré)élu président du GPR, et Nikola KOVAC (actuel ambassadeur de BH à Paris), président de la Commission pour les affaires politiques. .

(Sources : Safax et Oslobodjenje)


RENTRER OU NON?

1. 108.000 réfugiés sont retournés l'année dernière en Bosnie-Herzégovine, dont 90.000 venaient d'Allemagne. Processus qui s'est ralenti au cours de cette année, proclamée pourtant "Année du retour". "Ceci est dû au climat d'insécurité et au manque de perspectives économiques", a déclaré Mirhunisa KOMARICA, présidente de la Fédération des réfugiés de BH, qui oeuvre dans le cadre de la grande "Coalition retour". Selon elle, rares sont les réfugiés qui réintégrent leurs foyers : "En Bosnie, les réfugiés se retrouvent de fait personnes déplacées... En outre, la Bosnie orientale (Foca, Zvornik, Visegrad, Srebrenica, Rudo, Bratunac, etc.) a été totalement ignorée, et il n'existe aucun plan tendant à organiser le retour dans ces régions", a-t-elle déclaré à l'agence Safax.

2. Un grand rassemblement des associations de réfugiés, exilés et personnes déplacées de BH, Croatie et Serbie a eu lieu à Mostar le 16 juin dernier. Les participants ont adopté une déclaration intitulée "Evidence 98", exprimant tout d'abord leur mécontentement quant aux résultats des actions entreprises pour permettre leur retour, qu'ils estiment décevants. Ils proposent qu'une enquête soit menée auprès de tous les réfugiés pour savoir s'ils veulent ou non retourner chez eux, demeurer là où ils sont, partir ailleurs, ou réclamer des compensations. L'enquête devrait être menée par
une commission composée de représentants des associations ayant participé à la réunion de Mostar.
Il est enfin exigé des gouvernements de BH et des deux entités qu'ils adoptent une loi précisant les droits des réfugiés, et créent des ministères de la reconstruction aussi
dans les deux entités. Ont pris part à cette réunion : l'Association des réfugiés croates de BH, l'Association croate pour le retour, la Fédération des réfugiés et personnes déplacées de BH, la Fédération des associations de réfugiés de la Republika srpska, l'Association des réfugiés serbes de Croatie et l'Association pour l'assistance
aux réfugiés de la République fédérale de Yougoslavie. (Source : Oslobodjenje.)

3. Zeljko IVANKOVIC, vice-président du Gouvernement alternatif de BH (AMV-BH), a affirmé à Oslobodjenje que les réfugiés reviendront uniquement dans les régions où l'homogénéisation ethnique est en cours.

4. Enfin, selon l'hebdomadaire Svijet, ce processus se voit également handicapé par le fait que, dans près de la moitié des communes, les assemblées municipales issues des élections de septembre 1997 ne sont pas en état de fonctionner, pour des raisons d'insécurité : les conseillers municipaux élus dans la diaspora risquent leur vie en permanence.

UNE MEME LANGUE - TROIS NOMS

"Il faut expliquer à l'opinion publique que les langues bosniaque, croate et serbe n¹en font qu'une!
Du point de vue linguistique, il s'agit d'une même langue, qui porte trois noms. La syntaxe, la morphologie, et surtout, le système des déclinaisons, sont absolument identiques. Il y a quelques différences de lexique, mais c¹est aussi le cas d'autres langues". Telle a été la constatation réitérée à plusieurs reprises au cours du colloque intitulé : "La langue : tolérance ou discrimination?", organisé en mai dernier à Tuzla par le Bureau des droits de l'homme et l'OSCE, avec la participation de plusieurs éminents linguistes du pays. Il a par ailleurs été constaté que cette question était l'objet de multiples manipulations politiques.
Ainsi, dans la constitution de la Fédération BH, les langues officielles sont le bosniaque et le croate, dans celle de la Republika srpska, la langue serbe. En outre, l'alphabet latin est officiel dans la Fédération, et le cyrillique en RS. Pour Dimitris Christopoulos, de l'OSCE, ces discriminations sont contraires aux accords de Dayton.
Plusieurs participants ont rappelé qu'en Bosnie les habitants se sont toujours déclarés Bosniaques, qu'ils fussent catholiques, orthodoxes ou musulmans. Leur langue s'est appelée le bosniaque jusqu'en 1910, époque où les autorités impériales austro-hongroises, sous la pression des milieux nationalistes de Zagreb et Belgrade, ont décrété l'abolition de ce terme.
"A la limite, peu importe que cette langue s'appelle bosniaque, croate ou serbe, l'important est qu'il s'agit d'une seule et même langue", a déclaré le professeur A. Kasumovic
(NDLR : parlée également par les Montenégrins).

(Source : Front slobode, Tuzla).


Déclaration du Cercle 99 sur le Kosovo

"Tandis que nous regardons, au Kosovo, les images des civils tués, des villages incendiés et les colonnes de personnes déplacées, nous nous rappelons nos souffrances en Bosnie-Herzégovine, à Sarajevo. Tandis que nous écoutons les nouvelles sur des pourparlers de paix, nous nous rappelons les longues discussions concernant notre propre paix, au cours desquelles un grand nombre de nos concitoyens, des civils innocents, ont péri. Celui qui ne sait que détruire, apporter le malheur aux autres peuples par la répression policière et militaire - le régime totalitaire de Slobodan Milosevic - ne connaît d'autre langage que la force. Nous, membres de l'Association des intellectuels indépendants - Cercle 99, lançons un appel aux représentants des Etats et des peuples, européens surtout, pour qu'ils fassent preuve, cette fois-ci, de suffisamment d'esprit de solidarité et de décision pour empêcher l'extermination de la population albanaise au Kosovo, au coeur de l'Europe civilisée. Chaque jour de retard dans le rétablissement de la paix et dans la prévention par l'usage de la force militaire, entraîne de nouvelles victimes innocentes et accentue leurs souffrances. S'il est vrai que la seule véritable solution pour régler les conflits reste le dialogue démocratique, lorsque les maisons sont détruites et les civils en danger, la démocratie reste impuissante et le dialogue dérisoire".

12.06.1998. Le président, V. Dolocek.
Association des intellectuels indépendants - Cercle 99
71000 Sarajevo, Vrazova 1. Tél/Fax : 387 71 53 89 26

Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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