Lettre
d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice
Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 75 juin 1999![]() |
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a peine à célébrer la capitulation de Milosevic comme
une victoire tant sont immenses les pertes en vies
humaines, les blessures et les ruines accumulées pendant
les huit années de guerres et de crimes de masse
délibérément provoqués par le régime de Belgrade.
C'est pourtant bien une défaite politique et
militaire décisive que celui-ci vient d'essuyer en
ayant été contraint d'accepter l'occupation du Kosovo
par des forces armées composées, sous le commandement
d'un général britannique, de troupes provenant à 90 %
de pays de l'OTAN. Cette présence internationale,
maintenue aussi longtemps qu'il le faudra, mettra fin à
l'emprise de Etat serbe sur le Kosovo et autorisera le
retour des Kosovars expulsés de leurs foyers, à moins
que les dirigeants de la coalition qui a, en fin de
compte, chassé les forces serbes du Kosovo,
n'entérinent le coup de force des Russes visant à
obtenir une zone d'occupation exclusive en dehors du
commandement unifié de l'OTAN. Ce serait assurément un
sérieux danger d'inexécution du plan de paix et de
partition de fait du Kosovo. Cette incertitude
levée, restera à accomplir l'essentiel, c'est à dire
la reconstruction, non seulement du Kosovo, mais de
l'ensemble des pays de la région, tous plus ou moins
fortement atteints et dévastés par les guerres, le but
devant être, dans la paix retrouvée, de créer les
conditions d'une liberté effective pour tous les
habitants et peuples du Sud-Est européen. La violence de
la commotion et l'ampleur du désastre auront au moins eu
pour mérite de forcer les responsables internationaux à
reconnaître qu'ils ne pouvaient plus longtemps éluder
deux problèmes dont la non résolution empêche toute
stabilisation durable de la région: - le premier est que la complexité des relations qu'entretiennent entre eux les peuples, les nations et les Etats des Balkans impose un règlement global des crises latentes ou ouvertes qui les divisent et les opposent. L'affirmation de principes tels que la démocratie, l'autodétermination nationale, le droit des minorités ou l'économie de marché ne suffit pas par elle-même à combattre l'exploitation politique des frustrations de toutes sortes entretenues par des mythologies fallacieuses et des misères bien réelles. l'Union européenne pourrait offre des perspectives concrètes aux pays de la région si elle s'engageait dans une action de grande envergure en vue de surmonter leurs handicaps dans un espace élargi qui permettrait à leurs habitants de respirer un air délivré des miasmes qui l'infectent. Le projet de Pacte pour la stabilité du Sud-est européen répond à ce besoin mais tout dépendra des moyens et de la manière de le mettre en oeuvre. Cela sera très onéreux, mais moins que la guerre, et devra tenir compte de la volonté librement exprimée des citoyens et des peuples directement intéressés. - le second problème est celui, non tant de Milosevic lui-même, que de l'ultra nationalisme serbe, qui tant qu'il n'aura pas définitivement rendu les armes empêchera le retour à une situation de paix dans les Balkans. C'est aux Serbes de choisir leur avenir S'ils estiment que leurs dirigeants, auteurs de crimes contre l'humanité, n! ont pas failli en détruisant les pays de l'ex-Yougoslavie, y compris le leur, et en causant des centaines de milliers de victimes, ils peuvent les conserver, mais avec la certitude de rester enfermés dans leur espace clos, de plus en plus réduit. Nous osons faire le pari, au risque de le perdre, qu'il n'en sera pas ainsi et que les Serbes finiront par se débarrasser, avec les responsables de leur mine, des illusions et des fantasmes qui les ont si longtemps aveuglés. |
LOUISE ARBOUR FRAPPE PRÉVENTIVE
Milosevic inculpé pour barrer la route à des accords
diplomatiques.
Par Mirko Klarin , correspondant pour l'IWPR à la Haye.
Depuis près de trois ans, le procureur du TPI Louise Arbour
doit répondre à la même agaçante question à chaque
conférence de presse et à chaque interview: pourquoi le
président Milosevic n' est-il toujours pas inculpé, et quand
compte-t-elle le faire? L'annonce, jeudi 27 mai, de l'inculpation
de Milosevic et de quatre autres officiels serbes importants pour
crimes contre l'humanité et violations des lois et des coutumes
de guerre a amené la même question sur les lèvres de tous les
journalistes : pourquoi aujourd'hui? Arbour a répondu simplement
que ce jour-là, le Bureau du procureur avait accumulé
suffisamment de preuves pour présenter l'affaire au Tribunal
quand les inculpés arriveraient à La Haye.
Selon elle, le moment a été choisi uniquement à cause de la
qualité des preuves acquises, et non pour de quelconques
motivations politiques. Arbour admet également que l'inculpation
est loin d'être exhaustive, parce qu' elle ne couvre que les
cinq derniers mois de cette année. Le procureur indique par
ailleurs ouvertement que certains des leaders inculpés
pourraient être tenus responsables de plusieurs faits passés,
non seulement au Kosovo mais aussi en Croatie et en
Bosnie-Herzégovine. Par conséquent, il est probable que la mise
en accusation prendra bientôt de l'ampleur, surtout si Arbour et
son équipe obtiennent l'accès aux sites des crimes commis au
Kosovo. Et, si la volonté actuelle des gouvernements occidentaux
d'ouvrir leurs dossiers secrets au Tribunal est maintenue,
l'enquête pourrait même se porter sur les guerres des Balkans
de la première moitié de la décennie. Mais pourquoi Arbour
n'a-t-elle pas attendu de clore l'enquête sur le pouvoir
militaire et politique de Serbie et de Yougoslavie? Pourquoi
a-t-elle lancé une inculpation à la hâte? Elle ne cache pas
que le Bureau du procureur a tenté de traiter l'information mise
à sa disposition aussi rapidement que possible. Mais pas dans le
but d'accroître la pression sur Milosevic, comme le suggère
Belgrade. Il est évident qu'Arbour essaye en fait de devancer
tout accord politique sur le Kosovo qui pourrait sacrifier les
intérêts de la justice sur l'autel de la Realpolitik. C'est
l'approche que l'envoyé américain Richard Holbrooke avait
adoptée dans son accord avec Milosevic en octobre dernier. Lors
de l'annonce de l'inculpation, Arbour a admis qu'elle avait été
extrêmement "inquiète que les accusés ne réussissent
(seuls ou avec de l'aide) à se mettre concrètement hors de
portée de la loi, à s'enfuir, à disparaître. Le bureau
chargé de cette enquête a dû faire des efforts
supplémentaires pour mettre au point l'inculpation dans de si
brefs délais."
On voit qu'Arbour a pris très au sérieux les rumeurs qui
couraient ces dernières semaines, selon lesquelles Milosevic
cherchait activement une garantie immunitaire contre toute
inculpation pénale internationale en échange d'un accord sur
une solution politique à la crise actuelle. C'est pourquoi elle
a demandé au juge David Hunt, qui a confirmé la mise en
accusation, de lancer un mandat d'arrêt international, et de
prendre une décision de justice exigeant que les Etats
recherchent et bloquent les avoirs financiers potentiels des
accusés, afin de les empêcher de les utiliser pour se
soustraire à la justice. Le juge Hunt a agréé à la demande
d'Arbour, et la décision de justice circule déjà au niveau
international. Depuis jeudi dernier, comme l'a remarqué Arbour,
le monde s'est rétréci pour Slobodan Milosevic et les quatre
hommes accusés avec lui. Quant aux politiciens qui s'imaginaient
peut-être passer outre la justice, il est clair qu'Arbour les a
mis devant le fait accompli, leur retirant ainsi une option pour
l'avenir.
The Institute for War & Peace Reporting
LA HAINE AU COEUR DU KOSOVO
La crise du Kosovo est au coeur du drame qui se joue depuis
dix ans dans ce défunt pays qu'on appelle la Yougoslavie.
L'incompréhension occidentale de ce destin trouve son expression
douloureusement symbolique dans les grands titres de CNN : «La
guerre en Yougoslavie». Mais de quelle Yougoslavie parle-t-on
aujourd'hui? On joue avec la mémoire des gens ou avec leur
amnésie, peut-être sans en avoir l'intention, mais on les
trompe malgré tout. Or la «Yougoslavie» dont parle CNN
correspond exactement à la «Yougoslavie fantôme» à laquelle
Milosevic veut nous faire croire. La «Yougoslavie» n'existe
plus. La Serbie et le Monténégro se sont proclainés
République fédérale de Yougoslavie en 1992, mais n'ont jamais
été reconnus par l'Organisation des Nations unies. Les
prétentions serbocentriques de Milosevic, qui se prétend le
seul véritable «héritier» de l'ex-Yougoslavie, sont lettre
morte puisque son siège à l'ONU reste vide. Qui plus est la
guerre actuelle n'est pas celle de cette République fédérale
autoproclamée, mais celle de la seule Serbie de Milosevic.
Ironiquement, le Monténégro est une victime civile
collatérale, à double titre : victime de Milosevic qui persiste
à lui imposer son statut de république fantoche, et victime de
l'OTAN qui bombarde les forces de Milosevic sur ses terres.
La guerre dans l'ancienne Yougoslavie a en fait commencé
lorsque, dans la plus pure tradition stalinienne, Milosevic s'est
emparé du pouvoir en prenant la tête du parti communiste serbe
en 1987 et a décidé d'ancrer ce pouvoir sur un principe très
simple : nourrir les antagonismes incessants entre Serbes,
Croates, Slovènes et Bosniaques - antagonismes culturels,
historiques, ethniques, nationaux et racistes, tout en
prétendant sans vergogne qu'il était le seul défenseur de
«l'idée yougoslave». «Racistes», car les notions de
«race/ethnie/nationalité» se confondent aujourd'hui dans la
même catégorie de «I'Autre absolu» avec lequel la vie en
commun n'est soi-disant plus possible. Le destin de la
Yougoslavie s'est orienté vers la guerre quand Milosevic a
commencé à attiser la haine des Serbes envers les Albanais en
leur faisant croire que c'était un sentiment «légitime» et
une part «fondamentale» de l'identité nationale serbe. Dès
qu'il a libéré cette haine immense, indéniable (puisque Serbes
et Albanais ne sont pas de la même «race»), les haines
«mineures» sont passées au premier plan, rendant possibles les
guerres de Slovénie, Croatie et Bosnie-Herzégovine. A présent,
le cercle vicieux des crimes est revenu à son point de départ.
Milosevic est passé maître dans l'art de manipuler les haines
pour atteindre son but - surtout chez les hommes. Plus
précisément, les guerres en ex-Yougoslavie sont le résultat
d'une série de «fraternités brisées», néfastes, ratées et
vengeresses. La Yougoslavie de Tito avait placé tous ses espoirs
dans une fédération multinationale, multiethnique et
multiconfessionnelle basée sur un principe typiquement mâle,
sous le slogan «fraternité et unité». Après une décennie de
«tueries fratricides», il est devenu évident que les anciens
«frères» yougoslaves représentaient un outil de destruction
politique extrêmement facile à utiliser. Milosevic a abusé du
«traumatisme» subi par les Serbes sous Tito pour le transformer
en instrument de mort contre les autres nations. Au lieu du lent
processus démocratique qui aurait consisté à se détacher de
cette illusion de fraternité et d'unité idéologiques, leur
réveil a tenu plutôt du delirium. tremens. Depuis 1987,
incapables de définir la «serbité» politique et culturelle,
ils l'ont cherchée dans la haine des autres ou une indifférence
absolue au sort de ceux-ci. C'est l'une des raisons pour
lesquelles en Serbie, il n'y a jamais eu d'alternative
démocratique réelle à la politique guerrière de Milosevic.
Même les soi-disant «leaders» de l'opposition n'ont pu
s'empêcher de prendre part, chacun selon ses attributions, à ce
petit jeu de «Je m'en fiche que vous subissiez une
purification».
Les seuls acteurs politiques qui, en Serbie, aient osé remettre
en question ce jeu mortel dès le début des guerres en 1991 ont
été des femmes politiques (à présent complètement
marginalisées) et des groupes féministes ou pacifistes. Les
Femmes en noir de Belgrade sont les seules qui depuis 1991
s'élèvent contre l'élimination haineuse de l'Autre. Elles sont
les seules à se sentir concernées et à s'opposer à la
politique de la haine en déclarant: «Les femmes bosniaques,
albanaises ou roms sont nos soeurs» Maintenant que la succession
de guerres commencée en 1991 a retrouvé dans le Kosovo son
«berceau», l'indifférence à la destruction de l'Autre est
plus prononcée que jamais. La nouvelle loi martiale, «trop
contente de juger les traîtres», les médias, et tous ceux qui
en public ou en privé légitiment l'indifférence aux violences
coinmises contre un grand nombre., l'interdiction omniprésente
de se souvenir et à plus forte raison de dire à haute voix que
les Albanais sont des êtres humains et qu'on purifie brutalement
le Kosovo, et le séduisant narcissisme que l'on développe à
être (enfin) la victime des bombardements de l'OTAN, tout cela
révèle clairement la vraie physionomie des guerres
précédentes, de celle du Kosovo et de la Serbie, telles
qu'elles sont sur le plan politique aujourd'hui.
Zarana Papic, Centre d'études féministes de Belgrade, mai 1999. Traduction: F. Brodsky
CONFERENCE DES DONATEURS
POUR LA RECONSTRUCTION DE LA BOSNIE
IMPORTANTES PROMESSES
Cette conférence s'est terminée dans un nouvel
élan d'enthousiasme et la prise de conscience que la guerre en
B-H avait été en fait une crise régio nale, qui culmine
actuellement au Kosovo.
e chef de la délégation de B-H, Haris Silajdzic, a conclu à
cette occasion qu'outre tous les efforts déployés par les
autorités de Sarajevo, après l'escalade de la crise au Kosovo,
pour que l'attention de la communauté internationale ne se
détourne pas de la Bosnie, c'était aussi au président
yougoslave Milosevic que l'on devait le succès de cette
conférence. "Le monde s'est enfin rendu compte que la
guerre en Croatie et en Bosnie n'était pas une fatalité
historique, mais le fait de tensions régionales, du retard
économique et du totalitarisme. C'est pourquoi aucune solution
définitive ne pourra être trouvée pour la Bosnie avant qu'il
ne soit procédé à la démilitarisation, à la démocratisation
et à l'accélération du développement économique de
l'ensemble de la région", a déclaré Silajdzic à Vagence
SENSE.
Quoi qu'il en soit, la nombreuse délégation de B-H (80 membres
environ) est revenue à Sarajevo satisfaite. Au lieu des 850
millions de dollars US prévus pour la réalisation du plan
quinquennal de reconstruction de la BH, un milliard et 52
millions de dollars ont été accordés. Le directeur de la
banque mondiale et l'un des deux coprésidents de la conférence,
Christian Portman, semblait visiblement heureux de pouvoir
annoncer, au moment de conclure les débats, que le résultat
obtenu était exceptionnel. "La nouvelle crise dans les
Balkans aurait pu faire dévier certains fonds destinés à la
Bosnie dans une autre direction. Cette conférence est donc une
nouvelle preuve que la communauté internationale est toujours
décidée à demeurer en Bosnic". C. Portman a également
promis que cette cinquième conférence des donateurs pour la B-H
ne serait pas la dernière. "Nous étudions à l'heure
actuelle plusieurs options en vue d'assurer la transition de la
phase de reconstruction à celle de l'économie de marché et de
la préparation de la B-H à une existence autonome", a-t-il
déclaré. Le deuxième co-président, l'un des directeurs du
département financier de la Commission européenne, Fabrizio
Barbaso, s'est lui aussi montré particulièrement satisfait :
"Nous nous réjouissons de ce que l'ensemble des
participants à la conférence ait été d'accord pour éviter
que la crise du Kosovo ne se répercute sur la Bosnie, bien que
nous soyons par ailleurs conscients qu'il est inévitable que
cette situation ait certaines conséquences directes ou
indirectes. Il y a déjà en Bosnie environ 60.000 réfugiés
venus de la RFY, ses échanges commerciaux ont pratiquement
cessé avec ses pays voisins". Selon lui, l'une des grandes
avancées enregistrées ces dernières années en B-H est
"l'unité et la volonté absolues" de toutes les
structures politiques d'inclure dès à présent la
Bosnie-Herzégovine aux courants intégratifs du sud-est de
l'Europe et, plus tard, de l'Union européenne. "Nous
mettons au point l'élaboration d'un projet pour une nouvelle
approche des processus d'intégration, basée sur la
stabilisation de la région et sur la coopération, en premier
lieu au niveau de la région, puis avec les membres actuels de
l'Union européenne", a ajouté Fabricio Barbaso.
Néanmoins, sur les 4 milliards alloués jusqu'à présent, la
moitié seulement a été versée, et ce n'est un secret pour
personne qu'une grande partie du figâteau" est
"englouti" par les institutions internationales et ONG
chargées de la mise en oeuvre du volet civil de Dayton. Au cours
de cette conférence, un débat spécial a été consacré à la
rénovation politique et économique du district de Brcko, la
reconstruction du vieux Pont de Mostar et la démocratisation des
médias en B-H. A en croire les discours et promesses des
donateurs, de larges chantiers pourraient s'ouvrir sur ces trois
points dès cet été, tant sur le plan matériel que sur le plan
idéologique et politique.
Zakarieh Smajic, pour SENSE
Un nouveau modèle de rapports
La Commission européenne a proposé, et le Conseil européen adopté, un nouveau modèle de rapports, nommé Accords de stabilisation et d'association, pour cinq des pays inclus dans l'Approche régionale de FUE aux Etats de l'Europe du sud-est. Ces Etats sont : la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la RFY, la Macédoine et l'Albanie. Les Accords de stabilisation et d'association tiendront compte de la spécificité de chacun de ces pays, et l'ouverture des négociations en vue de leur réalisation dépendra de la mesure dans laquelle le pays-candidat aura rempli les conditions imposées, à savoir : état de droit, démocratie, respect des droits de l'homme et des minorités, liberté de la presse, élections libres et régulières, élimination de toute forme de discrimination, introduction de réformes économiques, volonté évidente de développer des apports de bon voisinage, réalisation des engagements découlant des accords de Dayton, y compris la coopération avec le Tribunal pénal et le retour des réfugiés. La Commission européenne préparera un rapport sur la façon dont les pays-candidats remplissent ces conditions, indispensables à toute éventuelle négociation. Vu l'évaluation positive de son développement jusqu'à présent, la Macédoine sera sans doute le premier pays désigné. Il est précisé dans le communiqué que "les conditions n'existent toujours pas dans le cas de la BH et de la Croatie". La prochaine évaluation est prévue pour le mois de novembre, et tant la B-H que la Croatie ont été informées que, dans la mesure où des progrès seraient enregistrés dans ces différents domaines, la Commission pourrait préparer un rapport technique sur l'opportunité d'entamer ces négociations. Quant à la RFY, il est déclaré "qu'une fois qu'elle aura rempli toutes ces conditions, elle jouira des mêmes perspectives que les autres pays mais que pour le moment, vu leur évidente violation, il n'en était pas question. Les Accords de stabilisation et d'association remplaceront les actuels Accords de coopération que certains pays n'ont d'ailleurs toujours pas conclus, tels la B-H, la RFY et la Croatie. La Macédoine et l'Albanie l'ayant déjà fait, les nouveaux Accords marqueront pour elles le début d'une nouvelle phase, à un niveau supérieur, de leurs relations avec l'Union Européenne. Ce nouveau modèle de rapports, proposé aux cinq pays en question, représentera une contribution substantielle de FUE au Pacte de l'Europe du sud-est, faisant miroiter à ces pays "la perspective de leur pleine intégration aux processus intégratifs européens
Agence SENSE
LU SUR BOSNET
Ce texte publié par "The Institute for War & Peace
reporting" et écrit par Sonja Biserko, directrice du
Comité Helsinki pour les droits de l'Homme en Serbie, et Anthony
Borden, directeur administratif de l'Institute, dresse les
scénarios de l'après-guerre pour la Serbie.
Les auteurs considèrent l'inculpation de Milosevic par le TPI
comme une opportunité pour le peuple serbe, en ce sens qu'elle
va l'obliger à affronter sa responsabilité dans l'histoire
récente des Balkans. La politique nationaliste extrémiste
développée en Serbie a entraîné non seulement les agressions
de ces 10 dernières années, mais aussi l'exacerbation des
nationalismes régionaux et la faillite économique des pays
concernés.
Rappelant que l'opposition n'a jamais remis en cause les
principes nationalistes ni les atrocités commises en leur nom,
et que trois élections ont maintenu Milosevic au pouvoir, les
auteurs en appellent donc à l'examen de conscience collectif.
Ils prédisent qu'on assistera à un rejet de cette mise en
accusation assimilée à un ultime avatar de l'hostilité du
monde en général et de l'OTAN en particulier, thèse soutenue
par le pouvoir, mais aussi par l'opposition. En outre, les
intérêts économiques des profiteurs de guerre, l'implication
des institutions morales et civiles dans le régime actuel
représentent un frein à la remise en cause du régime.
Si tel est bien le cas, on peut redouter que la prise de
conscience des Serbes ne soit repoussée, ce qui constituera une
menace pour la paix, mais surtout un risque réel de guerre
civile contre ceux qui chercheront à se rapprocher de
l'Occident, soit parce qu'ils sont des opposants de toujours,
soit par opportunisme.
Quant à l'Occident, les auteurs soulignent son entrée tardive
en scène, ses hésitations passées sur Milosevic, sa
responsabilité dans la confusion intérieure serbe. C'est
pourquoi ils en appellent à la création d'une conférence
internationale pour les Balkans qui reflèterait les intérêts
des différents acteurs locaux. Celle-ci garantirait
l'implication à long terme des Occidentaux dans la région,
notamment par une aide au développement de la démocratie et de
l'économie, et l'arrestation des criminels de guerre. Seuls
l'arrestation et le jugement de Milosevic par le TPI permettra
que s'ouvre une vraie réflexion sur la responsabilité des
Serbes et de la Serbie, qui en retour permettrait la fin de leur
isolement et leur intégration dans la communauté européenne et
internationale.
A la galerie Le Lys, 12-14 rue St
Louis en l'Isle - Paris 4e, tél. 0146 33 22 79 - Du 17 juin au
17 juillet, le peintre Alen Ozbolt expose ses tableaux fluides et
dessins oniriques : "avant et après".
- Le samedi 19 juin à l7h, rencontre avec six écrivains
slovènes : Dane Zajc, Tomaz Salamun, Drago Jancar, Feri
Laincsek, Brina Svit et Marko Sosic. Avec Alain Finkielkraut,
présenté par Liza Japelj-Eliad.
L'association Paris-Sarajevo-Europe a fixé sa cotisation annuelle à 250 F (100 F pour les étudiants). Chèques à adresser au : 26 rue de Saintonge, 75003 Paris, tél. 01 48 87 2161.
Parutions
"Glossaire de l'espace yougoslave", de Ivan Djuric (UEsprit des péninsules, 154 p., 110 F) : ouvrage attendu depuis 5 ans... Nous en reparlerons !
Ex-Yougoslavie : les Seigneurs de la guerre", de Predrag Matvejevic, Vidosav Stevanovic, Zlatko Dizdarevic (L'Esprit des péninsules, 154 p., 140 F) : biographies des trois leaders nationalistes de Bosnie-Herzégovine.
"Les Ombres de la nuit et autres récits du Kosovo", de Eqrem Basha (Fayard, 98 F), traduit de l'albanais par Chritiane Montécot et Alexandre Zotos : douze récits écrits entre 1971 et 1995 par un auteur kosovar né en 1948, journaliste, critique &art, scénariste et dramaturge, traducteur du français vers r albanais.
"Kosovo dans la nuit", recueil de textes de romanciers kosovars (Editions de l'Aube, 80 F), préfacé par Jean-Yves Potel.
Président:
Francis Jeanson |
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Abonnement simple |
| Imprimerie
: 1000 Copies Beaubourg 5, passage des Ménestriers - Paris 3e Tél: 01 48 87 45 72 |
DES MILLIONS DE DOLLARS DISPARUS DE LA BANQUE CENTRALE DE BOSNIE
Le Bureau du Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie a publié un communiqué, le 3 juin dernier, à Sarajevo, déclarant : "Des millions de dollars déposés à la Banque centrale de Bosnie à Sarajevo, comprenant des fonds pour les projets de reconstruction, ont été détournés et ceux qui les ont déposés ou en sont bénéficiaires ne peuvent pas en disposer". Le communiqué souligne également que plusieurs organisations internationales et personnes privées, dont le nom n'a pas été révélé, avaient porté plainte contre la Banque et qu'une enquête était en cours. Le Bureau de Westendorp a précisé que les fonds manquant s'élèvent au moins à 11 millions de dollars. Fikret Pita, directeur nouvellement nommé de la Banque, a déclaré à Reuter's. "Il s'agit uniquement d'un problème de liquidités, problème que l'on retrouve dans l'ensemble du pays".
L'EUROPE DU SUD-EST : DE MEILLEURES PERSPECTIVES D'AVENIR POUR LA B-H
L'intervention de l'OTAN en République fédérale de
Yougoslavie et le fait que ses troupes constitueront le gros des
forces d'interposition des Nations Unies (KFOR) représentent des
événements qui auront à terme d'importantes répercussions. Un
cadre militaire et politique a été créé, laissant espérer
l'instauration d'un nouvel ordre en RFY et dans l'ensemble de
lEurope du Sud-Est. L'armée yougoslave a été défaite et
l'infrastructure du pays détruite, mais cela n'est pas
suffisant. Milosevic doit dispar2Cître. Si Slobodan Milosevic,
accusé de crimes de guerre par la Tribunal de la Haye, devait
rester au pouvoir, nous nous retrouverions dans une situation
absurde où ce seraient en fait les forces de l'OTAN qui
protégeraient son régime. La Bosnie-Herzégovine est désormais
dans une position beaucoup plus favorable. Le danger de se voir
agressée par ses voisins est définitivement écarté, son
statut dEtat unifié
confirmé. Pourtant les nationalistes ne renoncent toujours pas
à leur principal objectif : le partage de la B-H en trois
parties, même si celle-ci devait demeurer, formellement du
moins, un seul et même Etat. Les extrémistes, Croates et Serbes
principalement, entretiennent les tensions politiques. Ce qui
s'est traduit par le refus les députés croates et serbes à l'
Assemblée d'adopter les lois devant déterminer l'identité de
la B-H (lois sur la nationalité, le drapeau et les armoiries),
lesquelles ont été adoptées provisoirement par le
Haut-représentant de I'UE, Carlos Westendorp. Outre
l'élimination de Milosevic, deux facteurs seront déterminants
pour l'avenir de la Bosnie. Premièrement, la démocratisation de
la Croatie, où la chute de l'influence et du prestige du HDZ de
Franjo Tudjman s'accompagne d'un renforcement de la droite
néo-fasciste, encouragée par Tudjman lui-même, qui craint de
voir lui échapper le pouvoir aux prochaines élections.
Deuxièmement, la réalisation complète et rapide du Pacte de
stabilité de lEurope du Sud-Est. Ce projet est essentiel pour la
B-H. Le volet militaire est une garantie de sa sécurité.
Politiquement, cela encouragera les forces démocratiques et
déstabilisera les projets nationalistes et l'hégémonisme serbe
et croate. Economiquement parlant, cela augmentera les chances
d'une véritable transformation économique et sociale. Il
faudrait donc voir confirmer le plus vite possible la volonté de
IVE et des Etats-unis de préparer l'Europe du Sud-Est à une
pleine intégration continentale. Les diplomates bosniaques ont
lancé une initiative pour que Sarajevo soit choisi en tant que
centre de coordination du futur Pacte de stabilité pour l'Europe
du Sud-Est. Ce qui serait une excellente chose.
(Pour l'association Sarajevo - Zija D.)
NOEL MALCOLM DANS LE DAILY TELEGRAPH
"Si l'occident veut véritablement mettre fin aux options stratégiques de Milosevic, il devrait maintenant sauter sur l'occasion et éliminer les politiciens et chefs de la police extrémistes en Republika srpska, cette partie de la Bosnie gouvernée par les Serbes, qui font obstacle au retour des réfugiés. En ce qui concerne l'avenir du Kosovo, Milosevic doit tirer aujourd'hui un grand réconfort de ce qui s'est passé au cours des dernières années en Bosnie. Les derniers vestiges de sa stratégie ne tomberont en poussière que lorsque l'Ouest aura prouvé son véritable attachement à l'intégrité (et ultérieurement à l'autodétermination) de chacune des anciennes unités fédérales de la Yougoslavie la Bosnie-Herzégovine y compris."
Dr. Malcolm est l'auteur de "Kosovo, une brève histoire" "La Bosnie, une brève histoire".
APRES L'ARRESTATION DE KOLUNDZIJA
Le Tribunal Pénal International de La Haye a annoncé hier avoir emprisonné un Bosno-serbe, ancien commandant d'un camp de prisonniers, arrêté avant-hier en B-H par les troupes de l'OTAN, précisant qu'il comparaîtrait prochainement devant ce tribunal. Kolundzija, 32 ans, est accusé de crimes contre l'humanité, violation grave de la Convention de Genève et des lois et coutumes de la guerre, pour avoir persécuté des Boshniaques et des Croates dans le camp de Keraterm, au nord-ouest de la Bosnie au cours de la dernière guerre (1992-1995). Les Forces de stabilisation (SFOR) commandées par l'OTAN, ont annoncé que l'une de leurs divisions avait procédé à l'arrestation de Kolundzija à proximité de Prijedor, sans effusion de sang. Kolundzija était commandant du camp de Keraterm; où les prisonniers ont été violés, torturés, battus et, dans certains cas, assassinés.
LES RÉACTIONS À BANJA LUKA
Conscient que chaque défaite politique du
président yougoslave Slobodan Milosevic ne fait que souligner le
bien-fondé de sa propre politique, le premier ministre de la RS,
Milorad Dodik, a récemment ouvertement critiqué dans les
médias Milosevic et le chef des radicaux serbes, Vojislav
Seselj, les accusant d'avoir mal évalué la situation et de
s'être laissés entraîner dans un conflit dont les
conséquences se feront ressentir pendant cent ans encore en
Serbie et en Yougoslavie. Ce n'est un secret pour personne que
Milosevic, pour se maintenir au pouvoir, a cherché à conserver
son autorité sur la RS. Ce n'est pas non plus un secret qu'il
exige depuis déjà plus d'un an la tête de Dodik, car celui-ci,
depuis son entrée en fonction, a toujours refusé de le prendre
pour conseiller et a mis fin au règne souverain des membres du
SDS sur cette partie de la Bosnie. Lorsque, il y a quelques
jours, Slavko Mitrovic, membre du Comité directeur des
sociaux-démocrates de Dodik a accusé Milosevic de vouloir
détruire la RS ainsi que la B-H, en ayant l'intention de
déplacer les Serbes de Banja Luka à Pristina et ceux de
Prijedor à Kosovska Mitrovica; etc, il est devenu évident que
l'autorité qu'exerçait Milosevic jusqu'alors n'était plus
qu'un souvenir. Ici les médias n'ont pas cessé récemment de
rappeler à quel point la politique de Milosevic au cours des
dernières années a été fatale pour la nation serbe, en
Bosnie, en Croatie, et ailleurs.. Les Serbes ont finalement
réalisé qu'ils avaient été l'objet d'une grossière
manipulation, qu'ils s'étaient laissés tuer pour rien, que
Milosevic, dans les anciennes républiques, s'était en fait
servi d'eux sous prétexte de les protéger, dans le but de
créer sa "Grande Serbie", où il régnerait en
maître. On rappelle que ce grand chef d'Etat ne s'est jamais
adressé publiquement aux Serbes de Croatie réfugiés en Serbie,
mais les a au contraire attaqués dans ses médias, les traitant
de lâches, qui n'avaient pas voulu défendre leurs foyers. Les
sociaux démocrates et partis réunis autour de Dodik au sein de
la coalition SLOGA, ont félicité l'actuel gouvernement et son
premier ministre pour avoir su sauvegarder la RS et enrayer les
diverses actions entreprises par Belgrade, depuis le début de
l'intervention de l'OTAN, à Banja Luka en particulier,
consistant à faire obstruction à l'activité des organisations
internationales, organiser différentes démonstrations
orchestrées par le SDS et les Radicaux, qui se terminaient
généralement par des actes de vandalisme et la destruction des
bâtiments abritant les membres de la communauté internationale.
Les journalistes, reporters des journaux étrangers, tels que la
Voix de l'Amérique, Deutsche Welle, BBC, etc. étaient eux aussi
visés.
L'éventuelle chute du régime de Milosevic marquerait ici le
départ à la retraite d'un grand nombre de politiciens. Pour les
socialistes de la RS, le danger qui menace Milosevic constitue un
véritable choc qui, cela est certain, contribuera au
dépérissement de ce parti. Sa scission est déjà prévisible.
Quant aux Radicaux serbes, leur courant politique ne pourrait
survivre que si la guerre entre l'OTAN et la RFY durait
indéfiniment. Tout autre éventualité serait fatale à ce
parti, dont le chef, Nikola Poplasen, a été limogé de ses
fonctions de président de la RS et dont la communauté
internationale aimerait être au plus vite débarrassée. Pour
les Radicaux de RS, la paix équivaut à une véritable
capitulation. Par ailleurs, le conflit ouvert entre Milosevic et
Seseli entraînera également la désintégration de l'union
entre les Radicaux et le SDS en RS, ainsi que le rapprochement
des anciens membres de ces partis de la coalition SLOGA, celle de
leurs anciens opposants. Car le SDS, conscient que Milosevic va
manoeuvrer pour essayer de se maintenir sur la scène politique
en RS, se montre désormais beaucoup plus tolérant à l'égard
de la communauté internationale. Pour les habitants de la RS,
les notions de serbité et de mère-Serbie ne représentent plus
que des mythes confus dont le prix a été trop élevé. La
mère-Serbie ne représente plus pour eux qu'une vulgaire
marâtre.
CA COMMENCE À BOUGER À SREBRENICA
A Srebrenica, ville martyre située à l'est de
la Bosnie, Nesib Mandzic, un Boshniaque, vient d'être élu
maire. Cela s'est passé le lundi 7 juin, un an et demi après
les dernières élections municipales, au cours desquelles les
partis non-serbes avaient obtenu la majorité absolue des voix.
C'est grâce aux voix des personnes déportées, qui ne sont
toujours pas rentrées, que les partis bosniaques avaient obtenu
la majorité au conseil municipal. Srebrenica avait été
"ethniquement purifiée" en 1995 et 12.000 de ses
habitants sont toujours portés disparus. La ville a été
repeuplée par des réfugiés serbes venus d'autres régions de
Bosnie, de Sarajevo surtout.
Depuis 1955, la ville était interdite aux non-serbes et les
réfugiés ne pouvaient pas regagner leurs foyers. La communauté
internationale a alors imposé des sanctions à la ville, qui vit
dans une grande misère. Les choses commencent à évoluer et, à
en croire l'agence FrancePresse, les habitants serbes semblent
attendre le retour de ceux qu'ils avaient chassés...
UNE "ALLIANCE POUR LA SÉCURITÉ"
Une nouvelle ONG vient d'être formée à Sarajevo sous le nom d' "Alliance pour la sécurité de la BosnieHerzégovine". Son objectif est la création des conditions à une paix stable et durable en Bosnie et dans la région. Selon le président de son conseil d'administration, Scifuddine TOKIC, cette association fait partie des efforts pour intégrer la Bosnie dans l'ensemble euroatlantique. Des associations similaires existent déjà dans les pays membres de l'OTAN et du Partenariat pour la paix. Elles sont toutes regroupées dans une association internationale : l' "Atlantic Treaty Association". Selon Tokic, plusieurs personnalités bosniaques (telles ~vfiodrag Zivanovic, Senad Pecanin,Vehid Sehic, Sead Fetahagic, Kresimir Zubak, etc ... ) font partie de la nouvelle association.