Lettre
d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice
Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 100 juillet-août 2001 ![]() |
Mauricette Begic |
CE QUE NOUS AVONS ECRIT DEPUIS LE DEBUT DE LA GUERRE EN
BOSNIE-HERZEGOVINE
CONSTITUTION DE
L'ASSOCIATION SARAJEVO
PREMIERE DECLARATION
REQUIEM POUR LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE
A MIRJANA DIZDAREVIC
NON A L'ANEANTISSEMENT DES BOSNIAQUES,
NON AU DEMEMBREMENT DE LA
BOSNIE HERZEGOVINE
LA SITUATION A SREBRENICA
POUR L'INTEGRITE D'UNE BOSNIE-HERZEGOVINE DEMOCRATIQUE ET PLURIELLE
LES ACTIONS DE
SOLIDARITE
BRETAGNE-GORAZDE
Extraits de l'Editorial
LA CRISE
DU KOSOVO
ET MAINTENANT ?
DE LONGUES ET DOULOUREUSES ANNEES
MIRJANA DIZDAREVIC
ET LE BULLETIN DE SARAJEVO
A MI-PARCOURS ?
DIX ANNEES DE LIENS CONSTANTS
AVEC L'ASSOCIATION SARAJEVO
EN BOSNIE
LE TRAVAIL N'EST
TOUJOURS PAS TERMINE
SARAJEVO-SAFAX
VOUS ECOUTEZ RADIO-BOSNIE
SUR RADIO-MEDITERRANNEE
LETTRE AUX CANDIDATS ET CANDIDATES
AUX ELECTIONS EUROPEENNES
LA REPUBLIKA
SRPSKA, UN REPAIRE DU MAL
LA SUCCESSION - LE DEBUT DE LA FIN
SREBRENICA 6ème anniversaire
Lagumdzija :
nouveau président du conseil des ministres ?
brèves - brèves - brèves
Le rétablissement du trafic
ferroviaire de Sarajevo-Zagreb
DJINDJIC A SARAJEVO
UNE EQUIPE DE TELEVISION BELGE ATTAQUEE A PALE
PAS DE PAIX SANS RETOUR
OSLOBODJENJE a survécu
PROMOTION D'UNE HAUTE
ECOLE DE JOURNALISME A SARAJEVO
| Mauricette Begic Présidente d'honneur de l'Association Sarajevo |
Vingt années durant, Mirjana et moi avons été amies. Elle m'était particulièrement proche. Poussée par son insatiable besoin d'exprimer son trop plein de vie, par sa générosité et sa curiosité, son amour de la musique et de la poésie, sa compréhension et son besoin de l'autre, elle est venue, d'elle-même, me trouver en 1973, arrivant de Belgrade, sans qu'alors nous nous connaissions. Elle avait entendu parler du groupe d'étudiants que j'animais alors à la Faculté des Lettres de Sarajevo, et m'a demandé si elle pouvait se joindre à eux : c'étaient tous là des jeunes enthousiastes, étudiants non seulement de français mais aussi d'autres disciplines, attirés par la poésie française, ancienne et moderne, et la chanson spécifique française. Mirjana est vite devenue l'un des éléments moteurs, l'un des piliers de ce petit groupe. Aimée de tous, patiente et fougueuse à la fois dans sa volonté de toujours faire mieux, alliant humour, spontanéité, fantaisie et talent, Mirjana est jusqu'au bout demeurée au cœur de ce que nous appelions le "Club des romanistes", qui a rassemblé plusieurs générations d'étudiants, rapprochés par l'amour de cette poésie et de cette chanson cultivé au cœur de la Bosnie, par la joie de découvrir, travailler, se perfectionner, se distraire dans une émotion et un effort communs. Elle et moi avons, ensemble, souvent voyagé, partagé parfois le même toit, à Sarajevo comme à Paris. La différence d'âge s'était estompée. Elle ne comptait plus guère, puisque nous avions en commun bien des enthousiasmes, bien des choix. Le respect, peut-être de mise au début, avait laissé place à un profond attachement, une précieuse connivence, traces aujourd'hui douloureuses, mais très chères. J'étais du petit groupe de ceux qui, dès le début, aux côtés, entre autres, de Faik Dizdarevic et de Francis Jeanson, stimulés par l'élan et la ténacité de Miriana, ont conçu puis réalisé le projet de constituer l'Association "Sarajevo" , pour défendre de notre mieux la ville et le pays agressés qui, pour bien des raisons, nous tenaient tant au cœur. Mirjana n'est plus là pour poursuivre "sa croisade". Son nom est pourtant resté pour nous l'un des emblèmes de cette longue lutte.
CE QUE NOUS AVONS ECRIT
DEPUIS LE DEBUT
DE LA GUERRE EN
BOSNIE-HERZEGOVINE
| numéro 1, février 1991 |
|
CONSTITUTION DE L'ASSOCIATION SARAJEVO |
L'ASSOCIATION SARAJEVO, régie par la loi du ler juillet 190 1, a été
constituée officiellement le 31 août 1992. Statutairement, ]'Association Sarajevo a pour but de contribuer au
rétablissement de la paix et de la bonne entente dans l'Etat de Bosnie-Herzégovine. Dans ce but, l'Association se propose :
1. d'informer et de sensibiliser l'opinion publique sur le développement de la situation en
Bosnie-Herzégovine et ses répercussions en Europe et dans le monde;
2. de représenter et promouvoir ses buts auprès des médias;
3. d'assister les organismes humanitaires français (envoi de vivres, médicaments, instruments de travail), d'aider les enfants
blessés de Bosnie-Herzégovine en France avec leurs familles;
4. d'apporter une aide multiforme aux ressortissants de toutes nationalités de l'ex-Yougoslavie
réfugiés en France.
Il y a en Bosnie-Herzégovine plus de 4 millions d'habitants qui se côtoient et vivent en bonne entente depuis des siècles. Ils parlent la même langue, ont fréquenté les mêmes écoles, habitent les mêmes immeubles, les mêmes villages. Au fil de l'histoire, ils ont fait leurs les grandes cultures et civilisations qui se croisent et se mêlent dans cette région située au cœur de l'Europe. Nous n'admettons pas que soient bafouées les valeurs premières de notre civilisation, que la dignité humaine, les droits de l'homme soient méprisés avec autant de violence, de cynisme et de fanatisme. Nous nous élevons contre l'odieuse doctrine de la purification ethnique et appelons tous ceux qui partagent notre indignation et notre inquiétude à rejoindre 1 'Association Sarajevo.
| lettre n°1, février 1993 |
Le symbole de Sarajevo, son Livre monumental, sa parure séculaire, source
de connaissances des générations sont au bûcher. Ouvrages et manuscrits
rares se consument, c'est sans doute déjà le dernier acte, le plus vil, de
la folie barbare d'êtres insensés. Le mort tragique de la Bibliothèque,
source de lumière et d'esprit, annonce sinistrement les ténèbres
dernières. Andric et Krleza, presque contemporains de cet édifice, Jovan
Krsic et Branko Copic, Isak Samo kovlija et Hasan Kikic - proclamés
hérétiques, apôtres d'un enseignement interdit sur la lutte du bien
contre les forces du mal - sont jetés aux flammes ... La Bibliothèque
agonise, avec ses architectes, avec les livres de notre jeunesse que, jour
après jour, nous lisions dans la fièvre des examens. Et jamais plus nous
ne tiendrons en mains ces mêmes livres (car ce ne seront jamais plus les
mêmes) sans que nous étreigne l'angoisse profonde de la mort proche, sans
que nous ne respirions l'odeur du brûlé et de la suffocation, sans que
nous cherchions, à la dernière page, des caractères invisibles ; ceux de
l'épilogue tragique de l'histoire du livre.... La
Bibliothèque flambe, la ville s'écroule, la mort fauche. Et le cœur bat.
Les livres de l'avenir diront la chronique héroïque de Sarajevo, et
celle-ci reposera sur le " seul acte que ne peut étouffer ni
l'indifférence des constellations ni le bruissement éternel des rivières
; 1 'acte par lequel l'homme arrache quelque chose à la mort "
| Lettre n°13, mars 1994 Sanja Haveric |
Le 8 mars 1994, Mirjana Dizdarevic a quitté notre réalité. Emportée, d'un seul coup, par un mal sournois, brutal, sans rémission, qui ne lui a laissé aucune possibilité de lutter, à elle, Mirjana, qui, avant tout, savait se battre. Dans des temps lointains, meilleurs, elle avait lutté pour son identité bosniaco-française; parfaitement bilingue, élevée dans les deux cultures, enrichie par les années vécues en Egypte et à Alger, elle a lutté en fusionnant les deux, le meilleur des deux, pour son propre accomplissement, l'épanouissement de sa pensée, de ses émotions. Ayant choisi de vivre à Sarajevo, elle était de là-bas, plus encore que nous; à distance du quotidien de la culture française, elle n'a voulu ne puiser qu'à ce qui était valable et durable. Au cœur de cette richesse, elle est parvenue à construire son propre monde, aussi imbriqué qu'il fut. Elle a lutte aussi pour sa profession. Attirée avant tout par la musique, elle a choisi de devenir musicologue, sans se douter que dans un domaine médiatisé, elle serait appelée à devenir journaliste. Il lui a fallu à nouveau chercher là son expression propre. Grâce à sa singulière intuition, à sa facilité à apprendre, à son aisance naturelle dans le monde des médias, elle a créé un espace nouveau pour la musique classique : une émission en direct, à la fois soigneusement documentée et spontanée, chaleureuse et pleine d'esprit. Puis la guerre a commencé en Bosnie et dans sa ville. Elle a aussitôt résisté. Dès le début, de toute sa force. Nuit au parlement bosniaque, manifestations dans les rues. Elle a rapidement compris qu'elle était plus utile à Paris qu'à Sarajevo : il fallait parler aux gens, leur expliquer, il fallait demander de l'aide. Témoignages sur Sarajevo, acheminement organisé des secours, diffusion des premiers documents sur les camps de concentration en Bosnie, tout cela Mirjana l'a fait, et infatigablement, elle n'a eu de cesse d'alerter la presse française. Elle a convaincu les autres autour d'elle, créé des réseaux entre ceux qui, partout, luttaient pour la Bosnie. Dans le désir de concrétiser cette action, elle a été la cheville ouvrière de 1'Association Sarajevo, notre Association. Inlassablement, elle est allée de ville en ville pour y parler de la Bosnie, de la vie en commun là-bas, elle a expliqué... Elle s'est battue pour Droit de parole, le bateau radio, pour La Voix de la Bosnie, émission de radio bosniaque à Paris. Tout cela en même temps, de toute son énergie, de toute sa sincérité. Elle a beaucoup accompli, elle a aidé bien des gens sans que l'occasion lui soit donné de lutter pour elle-même. L'injustice. C'est ce mot précisément qu'ont répété tous les amis de Mirjana, atterrés par sa disparition. Il teste à la famille de Mirjana, à ses amis proches, auxquels elle manque douloureusement, la consolation de se rappeler combien Mirjana aimait la vie, l'incroyable énergie dont elle resplendissait.... "
| lettre n°3, avril 1993 |
|
NON A L'ANEANTISSEMENT DES BOSNIAQUES, |
Résolution de l'Association SARAJEVO. Ce qu'on appelle la Communauté internationale a contraint le Président lzetbegovic à signer le plan Vance-Owen, qui est la négation de tous les principes qu'elle a invoqués et toutes les résolutions qu'elle a prises depuis le début de la guerre dans l'ex-Yougoslavie. C'est l'acceptation de la purification ethnique réalisée dans la terreur. Les adoucissements passagers lâchés au compte-gouttes au cours de négociations humiliantes pour les Nations-Unies ne changent rien à la réalité. La mise en oeuvre de ce projet aboutirait immanquablement au démembrement de la Bosnie-Herzégovine au profit des appétits partagés des maîtres de Belgrade et de Zagreb. Si ce prétendu réalisme ramenait au moins la paix, il trouverait peut-être quelques excuses, mais chacun sait que la violence qui nourrit le pouvoir de Milosevic ne tarderait pas, si elle n'est pas brisée, à submerger le Kosovo et porter l'incendie dans toute la région. L'anéantissement de la Bosnie-Herzégovine en tant qu'Etat et la liquidation des Bosniaques en tant que peuple créeraient plus de problèmes qu'ils n'en résoudraient, en ajoutant un facteur supplémentaire de conflit dans les Balkans. Vaincre l'agression du nationalisme grand-serbe, contraindre le pouvoir croate à respecter l'intégrité et l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine sont des préalables à la restauration de la paix. La Bosnie-Herzégovine, facteur nécessaire d'équilibre des Balkans, ne peut vivre que comme état démocratique, décentralisé et uni dans le respect des traditions multi-séculaires de cohabitation des peuples et des cultures.
| SAFAX Lettre n° 11, début juillet 1995 |
La FORPRONU (le bataillon néerlandais) a quitté Zeleni Jadar, poste-clé pour la protection de Srebrenica.
Résultat: les 3.000 réfugiés hébergés dans les baraques de Siapovici se sont enfuis vers le centre ville, c'est-à-dire vers
" l'enclave de Srebrenica, qui ... abrite 43.000 habitants dont la plupart sont sans logements. Srebrenica est
régulièrement pilonnée par l'armée de Milosevic et Karadzic. Elle n'est pas
"protégée" par la FORPRONU...
La situation alimentaire?
Au cours de la période avril-juin, les habitants ont pu disposer de 200 grammes
de farine, 47 grammes de sucre, 57 grammes de sel et 37 grammes de conserves par jour. Au cours de la semaine du 25 juin au 2 jullet, 13 personnes sont mortes de faim." Nous avons l'impression que les grands de ce monde permettent
délibérement à l'agresseur de nous laisser mourir de faim pour que nous nous en allions. Mais nous ne bougerons pas..." La population, et surtout ses 11.000 enfants, dont beaucoup souffrent d'infections diverses et de pneumonies, est dans l'ensemble totalement
anémique. En haillons.... beaucoup de cas d'apathie, d'immobilisme. Ce sont les
bébés de moins d'un an qui posent le plus grave problème: les mères épuisées ne peuvent pas les allaiter. Pour ce qui est
des médicaments la situation est catastrophique. Il n'y a plus aucune réserve, si bien que les malades meurent
même pour des cas généralement bénins. L'hôpital ne dispose plus que de cinq
médecins dont deux viennent d'être blessés... Pas de matériel scolaire, pas de cadres
spécialisés. La dernière aide scolaire (UNICEF) date de novembre 1994.
L'activité économique est en stagnation totale, mis à part l'agriculture qui, en raison de la guerre,
est retournée à un stade médiéval. Srebrenica est totalement isolée, sans
électricité, sans radio ni télévision, les radioamateurs restent ses seuls liens avec
l'extérieur".
"Oslobodjenje" du 1 juillet 1995, interview
avec Osman Suljic, maire de Srebrenica, par l'intermédiaire d'un
radioamateur.
Sommaire
|
lettre n°21 de décembre 1994 Résolution de l'assemblée générale de l'Association Sarajevo, |
|
POUR L'INTEGRITE D'UNE BOSNIE-HERZEGOVINE |
A l'heure où les grandes puissances laissent cyniquement le champ libre à l'agression
menée par le bloc
ultra-nationaliste serbe, les membres de ['Association Sarajevo, réunis à Paris le 10
décembre 1994, renouvellent leur entier soutien à la résistance du peuple bosniaque et à sa
volonté de restituer, par les moyens de son choix.
| Lettre n32, nov.1995 |
Le dimanche 5 novembre et après trois
années d'efforts, une délégation du
comité de Saint-Brieuc a atteint enfin
Gorazde avec un premier convoi et a pu y
rencontrer le maire, Smajo Bascelija, qui
a accueilli avec beaucoup d'émotion les
messages des maires de Lorient,
Quimper et Saint-Brieuc, que
environs de Gorazde. Et l'hiver est arrivé.
Un dénuement total : le manque de chaussures, en particulier, est criant: des
enfants
en tongs dans le froid de l'hiver et la boue,
d'autres en savates éculées et trouées.
L'aide la plus urgente : petites fournitures
(cahiers et crayons) suffiraient pour l'enseignement primaire et l'enseignement
général au lycée, les équipements scolaires font totalement défaut pour
l'enseignement professionnel et technique de
même que pour l'enseignement des
langues et des sciences. Besoins importants de matériel médical et surtout de
matériel dentaire.
Contact:Catherine Hervé, tél : (16) 96-78-27-34. fax : (16) 96-78-47-60.
| Lettre n' 35 de février 1996 |
La conclusion et l'entrée en vigueur des
accords de Dayton ouvrent une nouvelle
phase de l'histoire récente de la Bosnie,
ce qui impose à l'Association de
réexaminer le sens et les conditions de
son action. L'objectif d'une Bosnie-Herzégovine indépendante, unie,
démocratique et plurielle est-il encore
soutenable? Si oui, peut-il motiver un
mouvement de citoyens français, et si oui
encore, comment ce mouvement peut-il
agir? Force est de constater que l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine est lourdement obérée, que
le pays est pratiquement divisé en trois
parties, qu'il n'est semi-démocratique
que sur l'une d'elles et que son
pluralisme est éclaté, à l'opposé de celui
que nous souhaitons. A l'heure qu'il est,
nul ne sait vraiment si les Etats-Unis,
principale puissance tutélaire des
Balkans, ont une politique cohérente
pour la Bosnie, allant au-delà de la
séparation des forces militaires en
présence. Cette incertitude est en elle-même une première réponse à la
question de la pertinence du combat
pour la Bosnie, car elle laisse ouvertes
des issues différentes. L'analyse que
nous proposons est que, quelque soient
les dangers des accords de Dayton, il
n'est actuellement pas d'autre possibilité
de s'appuyer sur eux pour en faire des
instruments de la déstabilisation des
positions des extrémistes serbes et
croates et de la réunification progressive
du pays. La poursuite, J'arrestation et le
jugement des criminels de guerre, la
liberté de circulation, le respect des
droits de l'homme,
l'instauration des conditions d'élections
libres, tout cela sur l'ensemble du
territoire de l'Etat, sont autant de points
des accords dont les défenseurs de la
Bosnie doivent exiger l'application. La
phase militaire de la résistance
bosniaque étant provisoirement ? -
terminée, cette stratégie semble être
celle de la totalité des forces
démocratiques de Bosnie. Passé le
temps de la révolte devant l'horreur et de
l'indignation devant le crime, la poursuite
d'une action de soutien à la Bosnie
dépendra de la vigueur de la conviction
que le combat pour la réunification et la
reconstruction démocratiques du pays
est aussi important que la résistance
armée à sa destruction. Plus que
pendant les périodes les plus critiques
de la guerre, il faudra faire appel à une
conscience citoyenne à la hauteur de
l'enjeu multiple que représente la
victoire d'une Bosnie réunie,
respectueuse des droits individuels,
collectifs et nationaux de tous ses
habitants. La réaffirmation de la justesse
des principes que nous défendons ne
suffira pas à mobiliser au-delà de la
poignée des convaincus. Il faudra
démontrer qu'il y a de l'avenir et de l'idée
même d'une Europe civilisée, sachant
que cet argument ne peut toucher de
grandes foules en cette période de replis
catégoriels et nationaux. Si le
mouvement qui s'est constitué en France
pouvait continuer, il ne manquerait pas
de tâche à accomplir. Il aurait, d'une part,
à faire pression sur le gouvernement
français pour qu'il pousse - ce qui est
loin d'être acquis, bien au contraire, à
l'application des points positifs des
accords de Dayton. Il pourrait rechercher
tous les appuis possibles en France au
travail de reconstruction, dans tous les
domaines, de la Bosnie-Herzégovine,
pour mettre en relation interlocuteurs
français et bosniaques afin de répondre
aux demandes de ces derniers. Le
remaillage du tissu
social de la Bosnie-Herzégovine est la
condition de toute solution durable pour
le pays. Les acteurs principaux de ce
renouveau ne peuvent être que les
Bosniaques. L'Association Sarajevo n'a pas à
réorienter son action, mais à l'adapter. Grâce à
ses correspondants sur place, elle peut le faire
en s'efforçant de prendre des contacts sur tout
le territoire de la B-H, notamment pour aider
les médias indépendants - en repérant les
partenaires dont la pratique correspond
effectivement au pluralisme démocratique
affiché. Rien ne pourra être fait sans une base
financière solide. Celle-ci ne pourra être
assurée que par une relance de la solidarité qui
est très nettement retombée depuis la fin
déclarée des hostilités.
| Lettre n' 63 de juin 1998 |
Au vu de la situation qui ne cesse de s'aggraver et de la leçon des récentes guerre en ex-Yougoslavie, on peut, sans risque de trop se tromper, énoncer quelques propositions sur l'issue de la crise au Kosovo. Tout le monde sait, y compris les partisans les plus fanatiques ou les plus obtus du "Kosovo serbe" que les Kosovars obtiendront finalement la reconnaissance internationale et l'exercice de leur droit à l'auto-gouvernement, sauf à faire exploser toute la région, ce qui n'est l'intérêt d'aucune puissance responsable. Tout le monde sait aussi, y compris les gouvernements les plus complaisants à l'égard de Milosevic, que celui-ci n'arrêtera la répression sanglante au Kosovo et ne cédera sur le fond que sous la contrainte la plus extrême. C'est pourquoi tout report de l'intervention internationale, militaire puisqu'il n'en est pas d'autre efficace pour mettre fin à la terreur contre la population de Kosovo, est injustifié et criminel. Attendre pour agir l'accord formel dit Conseil de sécurité, c'est-à-dire le bon vouloir des dirigeants chinois et russes qui ont montre leur savoir-faire au Tibet et en Tchétché nie, revient à laisser les mains libres à Belgrade. Dans un autre ordre d'idées, attendre que la Serbie se débarrasse seule de son chef pour conclure une paix démocratique avec le Kosovo, est pour le moins aussi problématique. La Serbie aura du mal à régler ses comptes avec elle-même, de même qu'il faudra beaucoup de temps à la plupart des pays de l'ex-Yougoslavie, pour se remettre du traumatisme causé par les guerres qui ont accompagné la désintégration violente de la fédération. Chacun d'eux en souffre à sa façon, à la mesure des responsabilités encourues, des ressentiments remâchés, des ruines accumulées et des vies sacrifiées...
|
Francis Jeanson Président de l'Association Sarajevo |
Déclarée en août 92, notre Association s'est dotée, dès février 93,
d'une Lettre d'information. Intéressante coïncidence : le numéro 1
s'ouvrait sur un " Requiem pour la Bibliothèque nationale "; en
préparant ce centième numéro, nous venons tout juste d'assister à une
grande émission culturelle, télévisée au cœur même de cette
Bibliothèque en reconstruction. Sur ce plan, et sur quelques autres aussi,
il s'est passé des choses. il y a eu du chemin parcouru. Mais la liste
serait longue
des obstacles de tous ordres qui s'interposent encore sur la voie de
l'unification, du développement et de la démocratisation en
Bosnie-Herzégovine. Nous avons d'emblée mis l'accent sur l'urgente ~,citoyennisation
d'une société gravement déstabilisée par les tenants d'un nationalisme
suicidaire~ en termes de solidarité, bien sûr, et dans la perspective
d'une certaine Europe à construire. Une relative prise de conscience s'est
un moment manifestée, mais force est de constater qu'elle n'a guère
survécu aux successives polarisations des esprits sur le Kosovo, sur les
Albanais de
l'UCK, sur le Monténégro, sur la Macédoine... Or le fait est que chacun
des conflits en cause a son importance propre, et que leur coexistence pose
de redoutables problèmes pour l'ensemble de la région. Reste à nous
interroger sur les moyens dont nous disposons pour contribuer à tenter de
les résoudre ou de les désamorcer; sous peine de nous condamner à quelque
irresponsable zapping, Durant ces dernières années, nous avons de plus en
plus clairement situé le centre de gravité de notre démarche sur le
registre de l'information. Peut-être nous faut-il aujourd'hui définir plus
précisément notre essentielle priorité : en tenant précisément notre
essentielle priorité : en tenant compte à la fois de l'enjeu que constitue
à différents titres l'avenir de la Bosnie-Herzégovine, de l'actuelle
indifférence de l'opinion à cet égard, et des moyens exceptionnels dont
nous disposons encore pour rassembler et diffuser, sur la vie même de ce
pays, une information réellement pertinente. Citons seulement le réseau
constitué dès 1992 grâce aux courageuses actions de soutien des
collectifs; le Bureau que nous entretenons à Sarajevo; notre partenariat
avec Media Plan; les fréquentes allées et venues de nos différents
membres entre ici et là-bas ' et, déjà, la composition même de notre
Conseil d'administration ... Et comme il ne s'agit évidemment pas de nous
désintéresser des évolutions en cours dans les pays voisins, il importe
que notre lecture de la réalité bosniaque demeure soucieuse de s'y
référer; dans la mesure, en tout cas, où nous pouvons donner sens aux
informations proposées en les mettant systématiquement en rapport les uns
avec les autres, et selon la perspective centrale qui demeure la nôtre.
Nous ressources matérielles sont sévèrement limitées, mais nous pouvons
encore en cibler l'utilisation. Et tout d'abord cesser de tenir pour fatale
la prodigieuse indifférence de la grande majorité de nos représentants à
l'égard de l'enjeu que constitue l'avenir bosniaque, ne serait-ce qu'en
termes de citoyenneté européenne. Or il s'agit là, avant tout, d'un
énorme déficit d'information. D'où l'urgence d'organiser un véritable
siège de la classe politique, par la production d'informations
irréprochables et d'analyses propres à leur donner sens par la
mise en cohérence des données recueillies. Exclusivement composée de
volontaires, notre équipe centrale est tout à fait consciente des
objectifs prioritaires qui sont plus que jamais les nôtres, mais aussi de
l'extrême difficulté d'en tenir compte dans une publication mensuelle
réduite à six pages. Pourquoi suis-je aujourd'hui convaincu de l'imminence
d'une réponse positive aux appels que nous ne cessons de lancer?
Simplement, peut-être, parce que tout concourt désormais à nous
inquiéter pour la destinée européenne de la France, et pour une Europe
où l'éventuelle pacification des Balkans passerait par la destruction
programmée du type de société le plus exemplaire au cour de la région.
Allons, nous avons encore bien du travail à faire ensemble, bien des
exigences de sens à opposer aux dépréciateurs de tous ordres. Je compte
bien que notre Lettre d'information sera toujours là pour soutenir et
alimenter cette indispensable résistance.
| Predrag Matvejevic (Rome juillet 2001) |
Les années que nous avons passées à l'étranger
pendant la guerre ont été, dans notre pays, des
années longues et douloureuses. Nombreux
sont les événements que nous voudrions oublier. Ce n'est guère facile. Le dénouement
se fait attendre. Nous ne pouvons oublier ceux qui ont été à nos côtés, qui nous ont tendu la
main, qui nous ont aidés. Rien n'a autant contribuer à alléger notre tragédie que lent
compréhension. L'Association Sarajevo occupe une place de choix dans mes souvenirs.
La façon dont nous nous réunissions et joignions nos efforts, nous les citoyens de ce
qui était déjà l'ex-Yougoslavie et nos amis français. Nous ne disposions que d'un
minimum de moyens, avions de multiples besoins, mais un désir avant tout celui de
faire éclater la vérité sur ce qui se passait à
Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, dans l'ensemble de la Yougoslavie. Nous avons
eu souvent l'impression de ne plus pouvoir avancer, d'avoir épuiser et nos ressources et
nos forces. Mais chaque fois, presque par miracle, cette entreprise a pu être poursuivie.
Certains venaient, d'autres partaient.
L'Association Sarajevo existe aujourd'hui
encore. Comme toujours, et non sans
difficultés, ses membres se réunissent, ce Bulletin continue à sortir. Nous écrivons là
peut-être l'une des plus belles pages de nos liens avec la France. Ceux auxquels nous
sommes les plus redevables pour la survie de
notre association ont réussi, en fait - l'impossible. Je voulais, à travers ces quelques
lignes leur exprimer ma reconnaissance.
| Fadil Ekmecic. |
I1 faudrait, à l'occasion du centième
numéro du Bulletin de Sarajevo, dire
quelques mots sur son histoire. Tout en
étant conscients de la complexité de la
dissolution de la Yougoslavie depuis
l'instant fatal où le tabou a été levé, lorsqu'en Slovénie tout a commencé,
pour très vite se terminer, nous n'aurions jamais pu penser que cela allait
continuer ainsi dans l'ordre - du Nord au
Sud du pays. Aucun d'entre nous,
citoyens ordinaires, ne pouvait même
imaginer qu'il y avait chez nous de tels
monstres et de tels criminels, qui iraient
jusqu'à se rendre coupables de crimes
contre l'humanité; nous ne pouvions
imaginer que nous allions voir se
renouveler la forme la plus abjecte de la
purification ethnique, si violemment
condamnée au cours des années 45.
Dès 1990, les membres des clubs
yougoslaves en France commencent à
s'organiser en organisations "
nationales ", suivant les appellations
moyenâgeuses attribuées à leurs pays,
couverts par l'ombre de ]'Autriche-Hongrie après la chute de l'empire
ottoman et qui devaient de nouveau,
après la Guerre mondiale, tomber dans
l'obscur du Royaume des Slovènes, des
Croates et des Serbes créé à Versailles.
Ce n'est qu'après la seconde guerre
mondiale que la Yougoslavie de Tito
redonne espoir aux républiques
socialistes qui la composent. Au rythme
des événements se déroulant dans notre
pays, nous nous sommes, en France,
séparés en " pour " et " contre ";
néanmoins, après tout ce que nous
avions vécu, nous croyions en une solution démocratique et non à la guerre.
C'est ainsi que nous autres citoyens de Bosnie avons, pour la première fois dans
notre histoire, créé nos propres organisations qui poursuivaient différents objectifs: établissement de services de
l'Etat; soutien aux partis politiques, aux sociétés religieuses, manifestations
culturelles, etc.. Ces associations réunissaient Boshniaques, Serbes et Croates de Bosnie. Nous pensions qu'en
dépit des quelques tensions, tout se
passerait bien. Mais ce naïf espoir s'est vite effondré, alors qu'en Bosnie, régnait
le chaos. Les représentants du peuple venus au pouvoir au cours de la première, puis de la seconde
Yougoslavie, ont décidé de défendre leur hégémonie par la force et sont devenus
des agresseurs. Ici Serbes et Croates
abandonnent les organisations
bosniaques pour rejoindre " leur "
organisation " nationale " et à l'image de
ce qui se passe dans le pays, ils se
tournent vers Belgrade et vers Zagreb et ne reconnaissent pas le pouvoir
bosniaque. Les Bosniaques sont donc
restés seuls. La plupart s'occupe de
l'hum nitaire, accueillent les réfugiés,
procèdent à un échange d'informations.
Entre-temps les moyens d'information
français annoncent sur un ton plutôt
triomphai les nouvelles de la dissolution
de la Yougoslavie et de l'effondrement du
communisme, le tout étant accompagné
de conflits tribaux dont tous sont
apparemment également responsables.
Nul ne sait qui est l'agresseur, qui est la
victime! Malheureusement, ici la société
boshniaque n'a pas réussi à se frayer un
chemin vers les moyens d'information
français. Aucune de nos organisations
n'était en mesure d'offrir à la large
opinion publique française des
informations fiables sur ce qui se passait véritablement en Bosnie. Jusqu'au
moment où Mirjana Dizdarevic est arrivée
de Bosnie, porteuse de la première, de
l'effrayante documentation sur la
purification ethnique, les déportations,
massacres, viols, destruction des
monuments sacraux et culturels des
populations boshniaque et croate. Mirjana s'est immédiatement attelée à la
tâche, sans hésiter et de toute sa force
de journaliste expérimentée - aidée de
son entourage le plus proche, sa famille
et un petit nombre d'amis - pour faire
connaître la vérité à travers les collectifs
d'étudiants et organisations
humanitaires, ce dont nous avons trouvé
des échos dans nombre de journaux
français. Ces premiers " journaux oraux
" ont été les précurseurs du bulletin "
Sarajevo ", un catalyseur d'information
pour la large opinion publique française,
rendant compte de la terrible vérité, de
cette réalité - la technologie de guerre
conçue et mise au point par l'agresseur
dans notre pays. C'est ainsi que fut créé,
grâce à son énergie et à un groupe
restreint de collaborateurs, un premier
noyau franco-bosniaque au sein de
l'Association " Sarajevo, marquant un
nouveau tournant et apportant une
nouvelle qualité à l'engagement, de
l'intelligentsia française surtout, vis-à-vis
de la guerre en Bosnie. Au cours de cette
lutte, Mirjana a oublié sa santé et nous avons appris un
jour subitement que notre Mirjana nous avait
quittes pour toujours, en pleine jeunesse, mi-mars 1994. Pour moi, elle a été, elle aussi,
victime de cette guerre, elle n'a pas pu
supporter cette destruction impitoyable
devant la cynique indifférence du monde
entier. Je suis heureux de penser que sa pureté
morale et son éthique ont survécu grâce au
bulletin " Sarajevo " - du premier numéro paru
il y a neuf ans jusqu'au centième que nous
faisons paraître aujourd'hui. Ce bulletin a été,
et est resté, le moyen d'information le plus
fiable sur les événements se déroulant en
Bosnie et dans les pays de l'ex-Yougoslavie.
| Gabriel Beis |
A ceux qui depuis plus d'un an se heurtaient à une désinformation systématique, aux schémas obsolètes émanant des chancelleries et véhiculés par les médias, la naissance à l'été 1992 de ]'Association Sarajevo, née de la prise de conscience suscitée notamment par le témoignage de Mirjana Dizdarevic, décrivant en direct la destruction systématique, sélective et méthodique d'une Bosnie-Herzégovine victime d'une soldatesque inculte et lâche, offrait enfin l'instrument efficace de la réaction que l'aggravation de la situation exigeait : une information faisant directement écho aux péripéties d'une guerre inégale jalonnée de massacres et de génocides, le contact direct avec ceux qui défendaient la notion d'une Bosnie-Herzégovine multiculturelle et récusaient tout partage ethnique, l'évocation du courage de la population refusant de plier en dépit du froid, de la faim et du sang versé. Certes il reste beaucoup à faire, mais dans la mobilisation dont l'humble feuille mensuelle " Sarajevo " a été un instrument majeur, l'essentiel n'aurait sans doute pas été sauvé. Et la relecture de ces cent numéros sera un passage obligé pour qui voudra comprendre une histoire compliquée à plaisir par l'entrecroisement des pressions contradictoires de la Communauté internationale et des conflits internes ... et ce en dépit de moyens dérisoires, dont on voudrait espérer qu'ils ne feront pas défaut parce que l'Europe du Sud-Est reste à reconstruire.
| Patrick Le Corre de l'AEC Nantes |
Dans un peu plus d'un an, notre association aura elle-même à franchir dix années d'existence. Dix années de liens constants et de plus en plus forts avec l'Association Sarajevo, qui déterminèrent pour beaucoup le sens de notre action. J'ai gardé un souvenir marquant d'une première rencontre en 1993 avec Faïk Dizdarevic lors d'une conférence à Nantes. A beaucoup de mes questions, Faïk s'était contenté de répondre sans aucun développement : "La Bosnie c'est votre problème". Je dois avouer qu'il me fallut quelque temps pour comprendre la portée du propos et pouvoir par moi-même en décliner toutes les implications. Oui, la Bosnie c'était "notre problème", et non l'objet de notre seule compassion. Ce qui se jouait là-bas, ce qui se jouait ici, formaient une "tout" politique qui ne pouvait se résumer aux responsabilités morales de citoyens et d'une communauté internationale face à des massacres exercés à ses portes. Par son engagement diplomatique et sa présence sur le terrain, la France d'un Mitterrand au proserbisme cynique était partie prenante et partisane du drame bosniaque. Derrière le propos lacunaire de Faïk, je sentais également à quel point le combat des Bosniaques pour défendre leur société se déroulait aux avant-postes d'une ligne de front qui nous incluait comme citoyens solidaires face aux forces de haine, de destruction et de séparation qui là-bas tuaient et ici s'agitaient et se préparaient * Jamais sans doute je n'ai senti autant le sens profond de la solidarité, c'est-à-dire d'un destin solidaire et commun entre nous et les Bosniaques. Enfin "notre problème" c'était notre propre responsabilité à s'engager, réfléchir et agir. Résister ici face aux mensonges, au cynisme et à la dénaturation d'une société, les aider là-bas à résister à la destruction, c'est ce qui a été au cœur de notre action pour affirmer une résistance citoyenne face à la passivité, à la résignation et au doute dans la démocratie. Il faut aussi dire ici en quelques mots la place irremplaçable de ]'Association Sarajevo dans le mouvement citoyen pour la Bosnie, Pour les collectifs les plus actifs, l'association était et reste une source irremplaçable d'information, de conseil et de pertinence politique. Combien d'erreurs avons-nous pu éviter dans l'analyse et l'action grâce à PAS, car regroupant des citoyens de France et d'ex-Yougoslavie, elle nous apportait une richesse introuvable ailleurs. Dans un mouvement citoyen hétérogène, à l'organisation souvent chaotique, PAS s'est peu à peu imposée comme une référence indispensable; tout en étant volontairement en retrait, elle a été ressentie par beaucoup comme l'âme de la conscience du mouvement. Lors de nos rencontres, j'ai toujours constaté à quel point les dirigeants de l'AS étaient respectueux de l'autonomie et de l'indépendance du mouvement. Régulièrement, les collectifs et surtout les réunions nationales ont failli succomber au radicalisme verbal de façade ou à l'activisme sans fond politique: les liens favorisés par l'AS avec les démocrates bosniaques auront régulièrement permis de faire face à ces dérives. Mais l'Association Sarajevo a su également nous aider à approfondir le sens profond de ces actions, à expliciter un peu plus cette "responsabilité citoyenne" de l'individu dans sa société. A Nantes, tout en poursuivant une activité tournée vers le sud-est européen, nous avons concrétisé cette responsabilité en créant la Maison des Citoyens du Monde où 42 associations s'essayent à agir ensemble. C'est là aussi un moyen pour nous d'inscrire dans la durée notre riche expérience commune avec l'AS. Enfin, comment ne pas évoquer ici les liens d'amitié, d'affection et de respect. A Nicole, Faïk, Francis, Jean-René, Zoran et les autres que je ne peux tous nommer, je veux exprimer toute notre reconnaissance et notre attachement à l'Association Sarajevo.
| Zoran Udovicic |
Au début du printemps 1992, lorsque les liaisons avec Sarajevo n'étaient pas encore interrompues, nous entretenions une sorte de pont téléphonique avec nos amis à Paris. Nous envoyions par téléphone et par fax des informations et analyses sur la situation en Bosnie et recevions, de l'autre côté, des paroles d'encouragement et de soutien. Je me souviens de la vision enthousiaste de Mirjana Dizdarevic d'un large mouvement de citoyens européen, ou même mondial, qui défendrait Sarajevo et la Bosnie. Ou de Jasna Romon, naturalisée française, qui me disait avec fierté : " Je suis originaire du cœur de la Bosnie, de Zepca! " Faik Dizdarevic, mon collègue journaliste, et plus tard diplomate, a été le premier a me parler de l'idée de créer à Paris une association commune entre citoyens français et bosniaques, qui s'efforcerait d'animer l'opinion publique française sur la nécessité de soutenir une Bosnie-Herzégovine multinationale. Lorsqu'au mois de mai les liens avec Sarajevo furent rompus, je réussis à trouver un courageux et dévoué radio amateur qui nous aura permis de maintenir le contact avec Paris A la fin de l'été ou au début de l'automne, j'ai appris la constitution de l'Association et aussi qu'un large mouvement de solidarité citoyenne avec Sarajevo était en voie d'être créé dans ce pays. La vision de la fondatrice de l'Association de Sarajevo commençait à devenir réalité; puis il y eut un peu plus tard, en 1993, la fameuse Déclaration sur Sarajevo qui, par l'intermédiaire, entre autres, de l'Association Sarajevo, réussit à rassembler un million de signatures dans le monde entier, En tant que journaliste professionnel, j'ai toujours considéré que l'information pouvait avoir un impact aussi puissant que les armes, la diplomatie ou l'aide humanitaire. J'ai fondé à Sarajevo l'agence de presse SAFAX, qui est devenue le premier informateur régulier des collectifs de citoyens soutenant la Bosnie et dont les informations - mais ......cela je ne devais l'apprendre qu'après la guerre - remplissaient les pages du Bulletin et représentaient une source d'information sûre et précieuse en France. Je me dois, en cette occasion d'exprimer ma reconnaissance à mes pre miers collaborateurs de l'époque, Silvia Vujovic, Jasna Korda, Mirko Houdek et Zija Dizdarevic pour J'aide qu'ils ont apportée à cette agence, leur attachement à la coopération avec 1 'Association Sara jevo et le courage dont ils ont fait preuve pour rassembler les informations et les envoyer à temps à Paris. Cinq ans après la fin de la guerre, le bulletin a dû être reconçu et réadapté. Le fait qu'il soit dés ormais plutôt orienté vers l'ensemble de la région, soumise à une véritable interdépendance, est particulièrement positif.. Mais, j'aimerais envoyer un message à la rédaction. En Bosnie. le travail n'est tou jours pas terminé! Pour ceux qui s'effor cent de propager des informations sûres et véridiques, la construction d'une B-H pacifique et stable reste un défi a long ter me.
Mise à part la Lettre d'information mensuelle,
l'Association Sarajevo et Mediaplan ont
publié, pendant plus de deux ans (mars 1995 - décembre l997), SARAJEVO-FAX, un bulletin
bimensuel que l'on envoyait à quelques 150
adresses. Il s'agissait d'une publication
s'adressant uniquement au publie français.
L'arrangement était le suivant: Mediapian (en
l'occurrence Zoran Udovicic) nous faisait
parvenir régulièrement des informations et
commentaires que nous traduisions et
synthétisions pour les retransmettre deux fois
par mois à des collectifs et citoyens en France,
leur demandant de faire parvenir
SARAJEVOFAX aux personnes intéressées
dans leur région, Faik et Nicole Dizdarevic
s'occupaient de la traduction, de la rédaction et de la diffusion de SARAJEVO-FAX. Par
ailleurs, Fadil Ekmecic s'est chargé de faire
paraître plusieurs numéros en langue
bosniaque. SAFAX sortait régulièrement,
même aux moments où il n'y avait aucune
liaison téléphonique entre Sarajevo et Paris.
Pour les journalistes de MEDIAPLAN, Safax
a constitué une nouvelle et grande expérience
et souvent, sur le plan
professionnel, un véritable exploit. Ses
collaborateurs espéraient que les informations
envoyées de Sarajevo pourraient aider leurs
amis français à mieux comprendre ce qui se
passait en Bosnie. L'année 1995 a été cruciale,
lors de événements de Srebrenica, les accords
de Dayton, etc ... Le dernier numéro de
SARAJEVO-FAX est paru le 19 décembre
1997. Et dès l'année 1998, les informations de
SAFAX étaient incorporées à la Lettre
d'information SARAJEVO. SAFAX est
désormais disponible sur Internet http://www.mediaplan.ba
VOUS ECOUTEZ RADIO-BOSNIE SUR RADIO-MEDITERRANNEE
C'est par ces mots qu'a débuté, le 20 septembre 1993, le nouveau programme radiophonique émis à l'intention des réfugiés bosniaques, mais aussi du public français de Paris et des environs s'intéressant aux événements en Bosnie-Herzégovine. Le programme était présenté en deux langues, français et bosniaque, et constituait une sorte de pont-radio entre la Bosnie et Paris. Les informations étaient réunies par l'intermédiaire de radio-amateurs, d'un réseau de correspondants dans les autres Etats européens où les réfugiés bosniaques avaient trouvé asile, et grâce à d'autres contacts directs avec différentes associations. Ce programme était un service-radio rassemblant des informations d'ordre pratique destinées à aider les réfugiés dans leur adaptation à de nouvelles conditions de vie ... L'accueil fraternel de Radio-Méditerranée a permis la réalisation de ce projet. Le programme était assuré par une équipe dirigée par Nedim Loncarevic, journaliste, membre de l'Association Sarajevo (la première équipe était composée de Duska Micic et de Mirjana Dizdarevic) ... ( Lettre n° 8, septembre 1993). Ce fut là le résultat des efforts exceptionnels déployés par quelques Bosniaques à Paris, avant tout Nedim Loncarevic et Mirjana Dizdarevic. Grâce au soutien permanent de l'Association Sarajevo et à l'extraordinaire compréhension et bienveillance de M.Tewfik Mathlouti, président de Radio-Méditerranée, le désir des Bosniaques réfugiés en Ile de France d'être bien informés était devenu réalité... Radio-Bosnie s'est développé peu à peu en un petit centre réunissant de nombreux intellectuels bosniaques, elle a établi une coupe ration avec la radio indépendante de Sarajevo, Studio 99, avec les diverses associations bosniaques à Paris, ainsi qu'avec l'ambassade, et a réussi à organiser un réseau de correspondants en Serbie, Croatie, Slovénie, Macédoine, Allemagne et Grande-Bretagne ... tout cela étant basé sur un travail bénévole et ... une aide symbolique ... (tiré de la Lettre n° 18). Au début, Radio-Bosnie sur Radio-Méditerranée émettait sur 88,6 MHz. Nedim Loncarevic en fui le premier rédacteur en chef, puis se sont succédés : Mirjana Dizdarevic, Nermin Hadziomerovic (les membres de la rédaction étaient à ce moment-là Zdenka Brajovic, Amira Sebic, Jasna Husanovic, Drino Galicic et Kenan Doric), ainsi que Dzevad Sabijakovic et Samir Travijanin. Nos remerciements à tous ces gens merveilleux, ainsi qu'à tous ceux qui apporté leur contribution à Radio-Bosnie!
Radio-Bosnie. hélas, s'est tue.
"Fin mars (1996 ) nous avons entendu pour la
dernière fois la voix de RadioBosnie ... Notre
modeste station n'a pu continuer, faute de
moyens financiers et techniques, faute de
cadres. Nos nombreux appels n'ont pas été
entendus. D'ailleurs, au cours des derniers
mois, elle n'émettait plus que deux fois par
semaine au lieu de cinq. M.Samir Travljanin se
chargeait à lui seul de tout le travail de
rédaction et Mme Sadija Ombasic, du
secrétariat... Un grand merci à M.Mathlouti!"
( Lettre n' 36 - mars 1996).
Radio-Bosnie sur Radio-Méditerranée a
diffusé ses programmes pendant presque trois
ans.
LETTRE AUX CANDIDATS ET CANDIDATES
AUX ELECTIONS EUROPEENNES
Texte adopté à l'unanimité par l'Assemblée générale de l'Association
le 13 mars 1999 et publiée dans la lettre n' 72
L'Union européenne et les Etats qui la
composent ont été incapables de
prévenir et d'arrêter les guerres, les
expulsions et les massacres de masse
qui ont accompagné la désintégration de
la Yougoslavie. Quelle que soit l'opinion
que chaque citoyen peut avoir sur le sens
de la construction européenne, celle-ci
se trouve gravement affectée par celle
défaillance collective, dont la France, par
le rôle actif qu'elle a constamment
revendiqué dans les négociations
internationales, porte une responsabilité
particulière. Tant pour ce qui regarde la
paix et la sécurité en Europe, directement
menacées par les conflits meurtriers de l'ex-Yougoslavie, que pour ce qui
concerne les principes de défense des
droits de l'homme, de justice
internationale et d'interdiction des crimes
contre l'humanité, violés sur le sol
européen. le silence presque général qui
pèse sur ces questions dans le débat politique français, paraît aussi
incompréhensible que stupéfiant. La
campagne des élections européennes
vous donnera l'occasion, en tant que candidats et candidates, de rompre
ce silence, à l'égard au moins des
électeurs qui s'intéressent à l'avenir des
Balkans, partie intégrante de l'Europe, et au-delà d'eux, de ceux qui prennent au
sérieux les grands principes défendus, avec plus ou moins d'éclat, par l'ensemble
des formations politiques
françaises à l'exception des deux
branches du front national, allié naturel
et avoué des ultra-nationalistes serbes.
Aussi ne vous demandons-nous pas de réaffirmer des principes auxquels nous
savons que vous êtes attachés, mais de
nous indiquer quelle politique globale
vous préconisez pour instaurer une paix
démocratique dans les pays de l'ex-Yougoslavie, notamment dans et par
leurs relations avec l'Union européenne. Pour le très court terme, nous aimerions
connaître votre avis sur les moyens qui
vous paraissent nécessaires pour :
- faire respecter les accords de Dayton
par tous leurs signataires et en premier
lieu par Milosevic, Tudjman et leurs comparses locaux.
- contraindre le gouvernement de Belgrade à se conformer à un plan de paix sur
le Kosovo dans le but de mettre fin à la
situation d'apartheid et aux massacres
subis par les populations kosovares et
de garantir leur droit à l'auto-gouvernement,
- assurer l'arrestation des individus
recherches par le TPI ainsi que la liberté
d'investigation de celui-ci. jusqu'aux plus
hauts niveaux des pouvoirs en place. En
conclusion, nous souhaiterions aussi
savoir si vous approuvez la position
constante de la diplomatie française qui
consiste, à propos des guerres de l'ex-Yougoslavie, à tenir une balance
strictement égale entre les " parties "
aux conflits, alors qu'il est avéré que le
responsable initial de ces destructions
en chaîne a été le régime de Milosevic et qu'il
le demeure.
A l'occasion de ce centième numéro je tiens à remercier les
camarades qui ont toujours bénévolement participé à sa confection :
Béatrice Faveur, Duska Micic, Sanja Haveric, Mérima Sabo, Nicole et
Faïk Dizdarevic, Boris et Vladimir Najmarin, Maurice Lazar,
Dominique Dupuy, Anne de Seynes, Julie Wornan, Sophie Kepes,
Marie-Françoise Alain et surtout, je pense à notre regretté camarade
Ivan Djuric.
J-R.
Président:
Francis Jeanson |
|||
Abonnement simple,
Adhésion à l'Association, |
|
Copy Laser |
| Zija D. Sarajevo |
Le transfert de Slobodan Milosevic, ancien président de la Serbie et de la République fédérale de Yougoslavie (RFY) à La Haye devant le Tribunal international, a attiré l'attention sur l'une des deux entités de la Bosnie-Herzégovine - la Republika Srpska (RS). Le Haut représentant de la communauté internationale en B-H, Volfgang Petrisch, a qualifié de scandaleuse l'attitude des autorités de la RS qui refusent toute coopération avec le Tribunal de la Haye. Il a exigé de ces pouvoirs qu'ils vérifient où se trouvent les principaux criminels de guerre et prennent les mesures nécessaires. Le fait que Milosevic soit à la Haye, alors que Radovan Karadzic, l'ancien président de la RS et du Parti démocrate serbe (SDS) et Ratko Mladic, ancien commandant de l'armée de la RS, accusés de crimes de guerre sont toujours en liberté, semble indiquer que la RS demeure un repaire de criminels. Ses dirigeants affirment que Karadzic et Mladic ne se trouvent pas en RS, mais tout le monde sait qu'ils circulent constamment entre la RFY et la RS et sont en fait protégés par la police et l'armée de la Republika Srpska. Karadzic et Mladic sont accusés de génocide et de crimes de guerre, l'accusation la plus lourde étant liée au massacre de milliers de Boshniaques à Srebrenica, au mois de juillet 1995. lis sont toujours considérés comme des héros par la majorité des Serbes, et ceci pas seulement en RS, et le fait même qu'ils soient toujours en liberté empoisonne l'atmosphère, déjà délétère, qui règne dans cette entité. Le SDS y reste le parti dirigeant et depuis que certains de ses membres sont de nouveau au gouvernement les cadres pro-karadzic reprennent le dessus. Le SDS adopte une politique d'obstruction au sein du parlement de B-H, plus particuliérement lorsqu'il s'agit du processus de retour. Nous avons assisté récemment à une nouvelle recrudescence de la violence en RS, ceci à l'occasion de la pose, début mai, des premières pierres destinées à la reconstruction des mosquées de Trebinje et de Banja Luka, détruites pendant la guerre par les extrémistes serbes. La cible des ultranationalistes, menés par des tchetniks nazis et fascistes étaient avant tout les musulmans boshniaques, mais aussi les représentants internationaux en B-H et les journalistes. Un Boshniaque est décédé suite à ses blessures. Le gouvernement n'a rien fait pour empêcher la violence et punir les responsables. Le retour en RS a un peu repris, mais il s'agit surtout de personnes âgées qui reviennent dans leurs villages. Des milliers d'entre eux vivent sous la tente en attendant la reconstruction de leurs maisons; ils souffrent de la faim, ne disposent même pas des conditions minimums permettant une existence normale. Ils sont sans cesse exposés à des attaques, de la part surtout de Serbes déplacés ou des réfugiés serbes venus de Croatie. La création d'une entité " serbe " en B-H, qui s'étend sur 49% du territoire de l'Etat, n'a aucune justification démographique ou historique. Vivaient là avant la guerre, outre les membres des trois peuples constitutifs (Serbes, Boshniaques. Croates), des ressortissants d'une quinzaine de minorités nationales. Les Boshniaques et les Croates étaient, ensemble, plus nombreux que les Serbes. La RS est le fruit d'une agression et d'un génocide et fonctionne selon la logique de la ségrégation et de l'apartheid. Seul un retour massif et organisé des Boshniaques, Croates et autres citoyens en RS et la restitution de leurs biens pourrait assurer en B-H une paix stable et un véritable processus de démocratisation. Telle qu'elle est à l'heure actuelle, la RS représente le plus grand succès de Milosevic dans sa tentative génocidaire pour créer une " grande Serbie ", un abri pour les criminels les plus endurcis, un repaire du mal.
Les anciennes républiques yougoslaves - Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, RFY et Slovénie, se sont finalement entendues sur les modalités de partage des biens de l'ex République socialiste fédérative de Yougoslavie. Un accord a été paraphé à Vienne le 25 mai dernier, sous la pression de la ..communauté internationale" représentée par le médiateur Arthur Watts et le Haut représentant en B-H Wolfgang Petritsch. L'accord prévoit tout d'abord la répartition des 40 tonnes d'or déposées dans les banques de Bâle, et ce de la manière suivante : B-H 13,20%, Croatie 28,49%, Macédoine 5,40%, RFY 36,52% et Slovénie 16,j9%. Les autres avoirs financiers seront partagés comme suit : B-H 160 millions de dollars US, Croatie 237 millions, Macédoine 77 millions, Slovénie 165 millions et RFY 392 millions. Pour ce qui est des biens immobiliers, ils appartiendront aux Etats sur les territoires desquels ils se trouvent. Belgrade est sensée accorder deux résidences aux autres Frais successeurs. Le même principe sera appliqué pour les biens mobiliers, à l'exception des oeuvres d'art, manuscrits, livres, collections, archives. Quant aux biens diplomatiques, ils seront partagés selon le modèle du FMI, après sa réadaptation. Pratiquement, l'accord prévoit que la B-H se voit attribuer l'ambassade de Londres, la Slovénie celle de Washington et la Macédoine le Consulat général à Paris. Tous les autres détails restent à régler, mais ce processus devra être terminé d'ici le 30 novembre 2001. Un comité permanent a été institué pour veiller à l'application de l'accord, qui doit être ratifié par les gouvernements des cinq Etats (la B-H quant à elle l'a déjà ratifié). On estimait au départ que la valeur de la succession se chiffrerait à environ 200 milliards de dollars. Mais vu que le gros de la succession était constitué par les avoirs militaires, dont un grand nombre a été détruit au cours des récentes guerres, leur valeur réelle se limite en fait à 20 ou 30 milliards de dollars. Ajoutons que le Monténégro était inclus dans la délégation de la RFY. Il n'y a pas eu d'accord sur le calendrier de la succession. Ou, pour mieux dire, il y en a plusieurs, selon le caractère des biens à partager. D'une manière générale, il a été tenu compte de la conclusion de la Commission Badinter selon laquelle la disparition de l'ancienne Yougoslavie (la RSFY) n'est pas le résultat d'une sécession, mais d'une dissolution. De ce fait, la succession n'inclut pas les dommages de guerre (1991-1995). Rappelons à ce sujet que la B-H et la Croatie ont exigé à la Serbie-Monténégro des dédommagements. Ces demandes ont été déposées auprès de la Cour internationale dejustice. Les négociations sur la succession avaient été bloquées dès le début par la Yougoslavie tronquée de Milosevic, qui se considérait comme étant l'unique successeur de la RSFY. Cet accord a été signe par les ministres des affaires étrangères des cinq pays, le 28 juin 200 1, le jour même de l'arrivée de Milosevic dans la prison du TPY à la Haye
|
SREBRENICA |
|
(de notre envoyé spécial) |
KLADANJ 11 juillet, 9 heures du matin : à la
sortie de la ville, au carrefour de la route menant
vers Srebrenica, un énorme convoi se tonne :
102 autocars, dont certains venant de France,
d'Allemagne ou de Turquie, un nombre encore
plus important de voitures de police, de la
SFOR ou de l'IPTF. Vers dix heures, le convoi
se met en route, direction POTOCARI, ex-
base de l'ONU où les disparus de Srebrenica
ont été vus vivants pour la dernière fois. Sur le
parcours bosniaque des encouragements de la
population, puis arrivée en Republika srpska -
des renforts de la SFOR prennent place dans
le convoi et nous redémarrons sous le
vrombissement des hélicoptères alors que sur
la route, il y a environ un policier serbe tous
les cinquante mètres, certains tournant le dos
au convoi en signe d'hostilité. Dans chaque
village la population est sur le bord de la route.
Je scrute les regards, j'y vois en majorité la
haine, parfois une indifférence résignée et
quelquefois une interrogation, chez des gens
qui peut-être se disent :" Pour que tout ce
monde soit là, il a quand même bien dû se
passer quelque chose à Srebrenica, il y a six
ans." Des enfants bien dressés lèvent les trois
doigts en guise de provocation, ceci en
remplacement des adultes à qui l'on a interdit
de le faire. Par endroits, lorsque les maisons
ont l'air plus délabrées, les gens nous font des
grands signes d'amitié - ce sont des bosniaques
revenu dans leur ancien village où les Serbes
les tolèrent tout en les traitant comme des
citoyens de deuxième zone. Vers 13 heures : Potocari, au carrefour situé à quelques
kilomètres du lieu où aura lieu la pose de la
première pierre, l'hostilité des manifestants
serbes est maintenue au-delà des barrières par
la police anti-émeute,
équipée de casques et de boucliers, alors que les véhicules munis de canons d'eau sont prêts
à intervenir ; puis vient un no man's land d'environ deux kilomètres jusqu'au lieu de la
cérémonie ; nous quittons les bus pour nous rendre dans un champs où devant les
ambassadeurs des différents pays de la "Communauté internationale" a lieu une
cérémonie religieuse avant le moment, fort émouvant, où des veuves de Srebrenica lèvent
le drap qui voile la première pierre du futur mémorial. Les policiers serbes profitent d'un
instant où ils
peuvent faire preuve d'autorité pour bousculer les photographes et nous repartons dans nos bus, où sous la même protection et sous les mêmes regards, nous regagnons le territoire bosniaque_ Quelques heures plus tard, les Serbes tuent une jeune fille de 14 ans!!
Conclusion: 1) il faut continuer ces convois tous les ans pour amener les Serbes à se poser des
questions. 2) Il faut tirer son chapeau aux "Mères pour la paix" qui organisaient ce voyage pour la troisième année consécutive, et profitent pour faire un travail magnifique dans
les camps de réfugiés.
(Jean Philip , Associations AREB et Sarajevo)
La présidence tripartite bosniaque a proposé que Zlatko Lagumdzija, actuel ministre des affaires étrangères, devienne président du conseil des ministres de la B-H. Ce conseil était présidé jusqu'à présent par Bozidar Matic, qui a démissionné suite au refus du parlement de B-H d'adopter une loi électorale. Lagumdzija se trouvait aux Etats-Unis au moment de la proposition faite par la Présidence. On estime, à Sarajevo, que Laguindzija acceptera ce nouveau poste et qu'il pourra compter sur la majorité nécessaire au parlement, Jusqu'à présent Lagumdzija a toujours refusé le poste de "premier ministre" de B-H. La raison en est évidente : l'actuel conseil des ministres a très peu de compétences dans les domaines des affaires intérieures, de la défense, de l'éducation, de la justice, de la police, etc. Les gouvernements des entités disposent de pouvoirs beaucoup plus larges. Aussi l'Alliance démocratique, coalition de 10 partis dirigée par Lagumdzija, a proposé d'adopter une loi qui permettrait à la B-H de se doter d'un gouvernement normal, dont le premier ministre ne serait pas obligé (comme il l'est actuellement) d'abandonner son poste au bout de huit mois. Les partis nationalistes y sont opposés, et le Haut représentant Petristch ne réagit pas. Au cours de sa visite à Washington, Lagumdzija a posé le problème des rapports entre la "communauté internationale" et la B-H et a demandé que cet Etat soit traité comme un sujet et non pas comme un objet, dont la communauté internationale ne serait pas le patron mais le partenaire. D'ailleurs, la "communauté internationale" s'est déclarée à plusieurs reprises favorable au renforcement des "institutions communes" en B-H, mais jusqu'à présent ces déclarations sont restées lettre morte.
| Un événement de taille: |
A près plus de neuf ans d'interruption, le trafic ferroviaire entre Sarajevo et Zagreb a été rétabli le 10 juin dernier. Il avait été interrompu le 3 avril 1992, le jour même du déclenchement de l'agression contre la Bosnie. Les principaux ponts sur la Sava et l'Una qui reliaient la Croatie et la Bosnie et avaient été détruits pendant la guerre, ont été reconstruits. Le premier train venant de Zagreb est passé par Sisak, Banja-luka et Doboj. Une véritable fête a été organisée à Doboj, où des fleurs et des rafraîchissements ont été offerts aux cheminots et aux passagers. Le train est arrivé à Sarajevo dans une gare réaménagée et inaugurée à cette occasion. La seule autre ligne de chemin de fer fonctionnant actuellement est celle qui relie Sarajevo au port de Ploce, sur la côte adriatique. On prévoit déjà de rouvrir les lignes vers la Slovénie, la Hongrie et la Serbie Une étude intitulée "Transport Master Plan in B-H" vient d'être présentée à Sarajevo par le gouvernement japonais, qui doit financer ce projet. La normalisation du réseau ferroviaire a ses adversaires, notamment les compagnies d'autobus qui réalisent de gros bénéfices et craignent que le train ne leur fasse concurrence, étant meilleur marché. La reprise du transport ferroviaire entre la Bosnie et la Croatie est considérée par le quotidien "Oslobodjenje" comme "un signe de normalisation et de restauration des communications entre les hommes et les territoires". Pour les citoyens bosniaques, cela représente un événement extraordinaire: auquel ils ne croyaient plus.
Zoran Djindjic, premier ministre de Serbie, s'est rendu à Sarajevo en juin dernier. Les négociations ont porté sur la future coopération entre la B-11 et la Serbie, Le premier ministre serbe a écarté toute idée de demander pardon à la Bosnie pour l'agression et le génocide dont elle a été victime, Par contre, son vice-premier ministre Zarko Korac a déclaré que la Serbie "avait une grande dette morale vis-à-vis de la Bosnie".
UNE EQUIPE DE TELEVISION BELGE ATTAQUEE A PALE
Une équipe de T V Belge (RTBF) a été attaquée par des inconnus, aux environs de Pale, L'attaque a eu lieu dans un tunnel entre Pale et Sarajevo. Les agresseurs ont saisi les cameras de cette équipe, ainsi qu'une cassette contenant des photos de Radovan Karadzic.
Wolfgang Petritsch a (re)déclaré, à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, que la paix ne pourrait être véritablement rétablie sans que le retour des réfugiés ait été assuré. Selon les dernières statistiques, il y a encore 613.000 réfugiés bosniaques de par le monde. En Bosnie même, il y a 55.000 réfugiés et 518.000 personnes déplacées,
La grève des journalistes du quotidien OSLOBODJENJE a porté ses fruits: la direction a démissionné et le plus célèbre journal bosniaque poursuit sa route (voir notre n'98).
PROMOTION D'UNE HAUTE ECOLE DE JOURNALISME A SARAJEVO
Premières études pratiques et spécialisées de journalisme dans la région du Sud-Est de l'Europe.
La promotion de la Haute Ecole de journalisme de Media Plan vient d'avoir lieu 'a Sarajevo. Il s'agit du premier centre d'études spécialisées ouvert
aux journalistes de l'Europe du Sud-Est. Les conférenciers seront des professionnels, experts et universitaires de grande renommée de plusieurs pays de la région et d'Europe. La durée des études sera de un an et c'est à la fin du premier trimestre que les étudiants choisiront leur spécialisation - presse, radio ou télévision. L'Ecole adoptera chaque année un thème de spécialisation spécifique. Le thème de l'année prochaine portera sur les relations internationales et l'intégration européenne.
Les étudiants disposeront, pour leurs travaux
pratiques, d'ordinateurs avec accès permanent à l'internet, ainsi que de
studios de production télévisuelle et radiophonique modernes.
L'Ecole de journalisme de Media Plan a été inaugurée en 1998 et 64 jeunes
journalistes titulaires d'un diplôme travaillent déjà dans les médias de
Bosnie-Herzégovine, Yougoslavie, Croatie et Macédoine.
La Haute Ecole a été créée sur la base des expériences positives du projet
de formation pratique des jeunes journalistes dans les rédactions de
Bosnie-Herzégovine, mis en oeuvre par l'institut Media Plan. L'Ecole
supérieure de journalisme de Lille, école dejournalisme pratique la plus
prestigieuse en France a contribué à la transformation de l'Ecole de
journalisme de Media Plan en une Haute Ecole.
Comme l'a déclaré Zoran Udovicic, président de l'Institut Media Plan,
l'Ecole de Sarajevo s'est inspirée des normes du programme d'études de son
partenaire fran‡ais, d'ailleurs les diplômes de fin d'études des étudiants
seront distribués à la fois par l'Ecole de Sarajevo et par l'Ecole de Lille.
Z. Udovicic espère que la communauté médiatique apportera son soutien à ce
genre de formation et de spécialisation et que les élèves diplômés
trouveront facilement un poste intéressant dans les rédactions aspirant à
améliorer le niveau du journalisme professionnel.
Mehmed Halilovic, adjoint de l'Ombudsmen chargé des médias en B-H et membre du Conseil de cette Haute Ecole, a souligné que le besoin de journalistes spécialisés se faisait de plus en plus ressentir chez les médias. Ceci marque un important pas en avant dans l'organisation de la formation des journalistes, formation dont nous autres, de la vieille généralion, n'avons pas pu profiter, a souligné Halilovic.
Zlatko Dizdarevic, éminent journaliste bosniaque, a évoqué l'importance de la formation des journalistes. " Le diplôme de notre Ecole représentera pour les rédactions la garantie de pouvoir disposer d'un journaliste bien formé et bien préparé - susceptible de se voir immédiatement confier les tâches les plus complexes et de s'en acquitter au mieux. L'introduction d'une spécialisation en matière de relations internationales contribuera à rompre la claustrophobie politique prévalant dans ces contrées, a déclaré Dizdarevic.
22 étudiants en possession d'un diplôme universitaire et n'ayant pas plus de 30 ans seront admis à la prochaine année scolaire. Tous les citoyens des pays de l'Europe du Sud-Est connaissant bien le bosniaque, le croate ou le serbe peuvent s'inscrire. L'année scolaire débutera le 22 octobre et se terminera fin juin de l'année prochaine.
Le concours est ouvert jusqu'au 30 juillet de l'année en cours.
Pour plus d'information,
consultez http://wwww.mediaplan.ba (MPI Ecole de
Journalisme).