Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic
mensuel 10F - n° 64-65 juillet 1998

Fin de l'exclusivisme des partis nationalistes ?

Le climat politique en Bosnie est aujourd'hui sensiblement différent de ce qu'il était pendant la guerre, et après les premières élections, tenues en automne 1996. La position incontestable des trois partis nationalistes est sérieusement ébranlée. Kresimir Zubak vient d'asséner un nouveau coup à l'exclusivisme nationaliste, le 27 juin dernier, se détachant définitivement de son parti, le HDZ, et créant le sien propre, la "Nouvelle initiative croate" (HNI). Tout semble indiquer que ce nouveau parti sera beaucoup plus bosniaque que ne l'est le HDZ. Ainsi, fait le plus important, il a été clairement souligné dans la déclaration publiée par le congrès constitutif, que "toute division de la B.-H. constituerait par ailleurs une violation de la souveraineté du peuple croate".

La base militaire du HDZ - le HVO (Conseil croate de défense) - demeure dans le sein de ce parti. Le nouveau parti de Kresimir Zubak (HNI) préconise donc une dépolitisation de l'armée. Notons néanmoins qu'un général, Ivo Zivkovic, avait assisté au congrès constitutif.

La scission au sein du HDZ rappelle inévitablement ce qui s'est passé il y a un an en Republika srpska, époque où Biljana Plavsic s'était éloignée, puis définitivement séparée - du SDS de Pale. Ce qui avait entraîné une sorte de dualité du pouvoir entre les partisans de Plavsic au nord-ouest de la RS et ceux de Krajisnik au sud-est. Les élections du mois de septembre révéleront si la Bosnie centrale et la Posavina, où le nouveau parti de Zubak possède de solides bases, échapperont au pouvoir du HDZ.

Il est évident que la communauté internationale a réussi en encourageant les scissions dans deux des partis nationalistes les plus puissants, dont l'action entravait la mise en oeuvre des accords de Dayton, de réduire au moins un peu les chances des options les plus dures aux nouvelles élections. Un autre revers pour le SDS est la défection du co-premier ministre de la B.-H., Boro Bosic, qui n'était pas d'accord avec la politique du parti, et celle d'Aleksa Buha (président du SDS), pour des raisons de rivalité. Buha est mécontent parce que le SDS a nommé Krajisnik comme candidat de RS pour la présidence bosniaque. Buha semble être encore plus dur que Krajisnik, mais il pourrait rejoindre le camp de Biljana Plavsic.

Pour le moment du moins, le troisième parti nationaliste, le SDA, lequel nie d'ailleurs être un parti nationaliste (sans rien faire pourtant pour le prouver), reste apparemment monolithe. Son candidat à la présidence de la B.-H. demeure Alija Izetbegovic (celui-ci avait déjà juré de quitter la scène politique mais a changé d'avis au vu des scissions dans les autres partis nationalistes). Mais lorsque celui-ci a lancé un ultimatum, à savoir "que les Bosniaques exigeraient le changement des accords de Dayton au cas où viendraient au pouvoir ceux qui ne sont pas pour la Bosnie", la communauté internationale lui a fait savoir que ce n'était pas à lui de décider qui était, ou n'était pas, pour la Bosnie et s'il convenait ou non de changer l'accord de paix. Les autres partis multinationaux et citoyens de la Fédération ont renoncé à présenter un candidat "bosniaque" à la présidence de la B- H, considérant sans doute que vu la loi électorale actuelle et le charisme d'lzetbegovic, leurs chances seraient minimes. Pourtant un important bloc de partis, ouvertement appuyé par les mentors internationaux, s'est constitué autour des deux partis sociaux-démocrates. Ils pourraient peut-être même mettre fin à la suprématie du SDA dans de nombreuses régions de la Bosnie.

(d'après SAFAX)

SREBRENICA
Trois ans après
(extraits de la Lettre ouverte des femmes de Srebrenica)

"Trois ans ont passé, avec notre tristesse, douleur, attente et l'espoir que quelqu'un nous aide à retrouver nos êtres les plus chers. Depuis trois ans, aucun homme n ' a été retrouvé vivant. Les corps de ceux tués dans les bois ne sont pas ramassés. Tous les charniers collectifs n'ont pas encore été ouverts. Les corps restent non identifiés. Nous avons frappé à toutes les portes...

Malheureusement, nous n'avons trouvé aucune compréhension et aucune aide pour connaître la vérité sur nos disparus... Les familles de disparus commencent à faire preuve d'une véritable impatience. Ras-le-bol des paroles dans le vent... Nous vous prions de faire l'impossible afin de découvrir la vérité sur nos disparus... Faites quelque chose ... !

Union des Femmes de Srebrenica, Tuzla le 11 mai 1998.

P.S. Nous avons envoyé cette lettre à tous les médias de BH; T.V.T. Tuzla a été la seule à la publier.

"Il y a actuellement à Srebrenica plus de 15.000 Serbes, pour la plupart des réfugiés, en majorité de Sarajevo. Malgré la nostalgie exprimée dans les bistrots, personne ne parle du retour. Surtout pas aux journalistes "balije" (balija-péjoratif pour désigner un musulman). Pas un seul signe de bienvenue, pas l'ombre d'espoir ; il n'y a qu'une certaine curiosité mélangée à la haine pour tout ce qui vient de "l'autre côté"... Fidélité au parti SDS. Ils haïssent profondément Milorad Dodik..." (Extrait d'un reportage fait sur place par Faida Rahnianovic, journaliste de " Svijet").

brèves-brèves-brèves-brèves-brèves-brèves

La dernière étape de la défaite

Nous donnons ici quelques extraits de l'éditorial du mensuel "Helsinki Charter" (juin 1998. L'éditorial est écrit par Sonja BISERKO, présidente du Comité Helsinki pour les droits de l'homme en Serbie, association citoyenne actuellement la plus engagée en Serbie).

"Depuis que l'OTAN a mis le Kosovo sur son agenda et a fait preuve d'un intérêt certain pour les événements dans la région, la Serbie est entrée dans la dernière phase de sa défaite... Pas de réactions sérieuses... La nation est complètement tournée vers le Mondial et attend, avec une résignation fatale, la salvation... Le phénomène d'immaturité collective a poussé la nation encore une fois dans une illusion collective qui cache et couvre les crimes au Kosovo... Personne en Serbie ne se soucie des Albanais... Les partis d'opposition ne conçoivent ce problème que dans l'optique de la démocratisation de la Serbie et du renversement du régime. Personne ne parle d'un retour à l'autonomie, pas plus que du contexte politique nouveau dans lequel on devrait rechercher une solution au problème de Kosovo. Après un stress pluriannuel et les crimes commis au nom de la Grande Serbie, toute la nation est dans un état de régression. C'est la seule explication :de l'enfoncement et de l'irréversible éloignement de la civilisation. Il y a quelques jours on trouvait en Serbie un tract qui faisait appel aux " forces patriotiques" pour nettoyer Belgrade et la Serbie de "cette vermine afroasiatique" (Roms, Albanais et Musulmans)...

La communauté internationale a, malheureusement choisi, la défaite par étapes de la Serbie. On devrait espérer que Milosevic ne servira pas à la nation de bouc émissaire pour tout ce qui s'est passé. Car, la Serbie n'a de perspective que si les plus responsables font face aux crimes et toute la société affronte sa responsabilité. L'assistance de la communauté internationale y est indispensable".

Helsinki Charter no 7, Belgrade juin 1998


Epilogue tragique du Mondial 98 à Mostar

A Mostar une jeune femme a été tuée et un vieillard grièvement blessé au cours de la fusillade que les "fans" de l'équipe de Croatie ont ouverte traversant toute la ville après la victoire de la Croatie sur l'Allemagne.


A Nantes manifestation en faveur du Kosovo

A la veille du match USA-Yougoslavie, plusieurs dizaines de citoyens ont manifesté pour que "le Kosovo ne devienne pas une nouvelle Bosnie". La délégation "Yougoslave" a exprimé sa colère et son inquiétude à l'annonce de cette manifestation, en exigeant son interdiction. Le responsable français de la sécurité a répliqué que cette manifestation n'était ni autorisée ni interdite, mais qu'elle aurait lieu.


Exit le général

Selon le quotidien "Libération" du 3 juillet dernier, le général Jean Heinrich, ancien patron de la Direction du renseignement militaire (DRM) a démissionné de l'armée pour exprimer son mécontentement à propos des critiques dont lui-même ou ses services ont fait l'objet dans l'affaire Yann Piat, puis dans celle de l'officier français soupçonné d'avoir fait échouer l'arrestation de Karadzic.


Une nouvelle monnaie en
Bosnie-Herzégovine depuis le 22 juin

La Bosnie-Herzégovine a finalement obtenu sa monnaie: c'est la KM (konvertibilna marka - mark convertible). Elle a cours sur

l'ensemble du territoire de B.-H. La KM est en circulation depuis le 22 juin dernier et l'opération d'échange contre les anciennes monnaies en circulation s'est terminée avec succès le 8 juillet dernier. Jusqu'à cette date, cinq monnaies étaient en circulation en B.H. : dinar B.-H., dinar RS, kuna (Croate), dinar de Serbie et le mark allemand.


Foca :
criminels en liberté

Selon le dernier rapport de Human Rights Watch six individus accusés de crimes de guerre se promènent librement dans la ville de Foca (RS B.H.) alors qu'aucun non-serbe n'est retourné dans cette ville où ils étaient 20.000 avant la guerre. "Les architectes de la "purification ethnique" ont été promus plutôt que poursuivis", constate le rapport.


Timide retour des réfugiés en B.-H.

L'organisation internationale non-gouvernementale I.C.G. (International Crisis Group) indique dans un de ses derniers rapports que sur 1,3 million de réfugiés bosniaques à l'étranger seuls 208.000 sont retournés en B.-H., mais le plus souvent ailleurs que dans leurs foyers. D'autre part, sur 1 million de personnes déplacées en Bosnie même, 153.000 sont de retour mais pour la plupart dans les régions dominées par leur groupe ethnique. 45.000 autres sont retournées dans les régions où ils sont minoritaires. Selon le même rapport, il n'y a eu que 2.200 retours en Republika srpska. Le rapport note que 504.000 réfugiés ont régularisé durablement leur séjour dans les pays d'accueil et, donc, n'ont probablement pas l'intention de revenir en B.-H. Enfin, l'exode des Bosniaques vers l'étranger se poursuit deux ans et demi après Dayton.

LE KOSOVO ET LA BOSNIE

(Note de la rédaction: Nous publions ici des extraits de l'éditorial de Zlatko Dizdarevic dans l'hebdomadaire "Svijet" du 21 juin 1998 comme un point de vue à prendre en compte dans le contexte bosniaque en précisant que "République du Kosovo" signifie pour l'auteur " République du Kosovo" indépendante).
Parlant de "la vision que se font l'Etat et les institutions de B.-H. de ce que devrait être la solution au Kosovo, et de l'atmosphère qu'il convient de créer à cet égard dans l'opinion publique bosniaque" Z.D. écrit: " La thèse que l'on s'efforce de répandre, et qui paraît déjà évidente, est que la solution pour le Kosovo s'inscrit nécessairement dans le cadre d'une "grande Albanie". Nous nous retrouvons ici soit en pleine amnésie politique, soit sur la voie d'une stratégie politique menant, lentement mais sûrement, vers un bouleversement de la géographie des Balkans fondé sur une fraternité basée sur la religion et le sang.

Face aux projets d'une "Grande Serbie" et d'une "Grande Croatie", nous avions tous déclaré, il n'y a pas si longtemps, qu'il ne fallait plus permettre cela dans nos espaces. Si nous nous en tenons aux frontières établies par l'AVNOJ (Conseil antifasciste de libération populaire de la Yougoslavie) une république du Kosovo serait contraire à ce PRINCIPE, aussi douloureux et cruel cela puisse-t-il paraître pour la population albanaise, chassée de ses foyers et terrorisée. Respecter le principe de l'interdiction de toute modification des frontières par la force, c'est défendre la Bosnie-Herzégovine dans ses frontières, celles qui furent tracées par l'AVNOJ et confirmées par Dayton. C'est là un fait, que l'on ne pourrait contester que pour deux raisons: l'aveuglement politique total qu'a entraîné la "défense des frères de même couleurs", ces "frères" ne reconnaissant pas les frontières d'Etat ni les principes politiques de notre planète comme quelque chose d'essentiel et de vital, ou l'élaboration de plans qui, essentiellement n'ont pas grand chose à voir avec le Kosovo et ne servent qu'à des fins individuelles. Pour simplifier, disons que les personnes qui condamnent ceux qui ne soutiennent pas la constitution de Kosovo en République, le font dans l'espoir de créer ainsi un précédent devant permettre plus tard d'autres actes similaires.

D'où vient cette idée hérétique? Tout simplement parce qu'il existe déjà suffisamment de preuves pour affirmer que TOUTES les structures politiques au pouvoir en B.-H. semblent estimer qu'il "vaudrait mieux que tous puissent créer leur propre république puisque nous ne pouvons pas vivre ensemble". Ce que préconisent naturellement, uniquement et exclusivement, ceux qui prétendent que nous ne pouvons pas vivre ensemble.

Pourquoi?
Parce qu'il ne leur est pas possible, dans un Etat commun, de régner sur les hommes et leurs destins autant qu'ils le voudraient. Reste le sincère espoir que ceux qui se plaignent à hauts cris du "manque de compassion" envers le Kosovo, le font véritablement parce qu'ils partagent les souffrances de ce peuple, et que s'ils se prononcent en faveur d'une République du Kosovo, cela n'est dû qu'à l'absence d'une véritable vision politique quant à notre propre situation, et non pas à d'autres raisons"

Dans un texte resté confidentiel

LE GROUPE DE CONTACT
RENOUVELLE SES APPELS AU CESSER LE FEU
GÉNÉRAL AU KOSOVO

La réunion du groupe de contact sur la situation au Kosovo s'est achevée le 8 juillet à Bonn avec l'adoption d'un texte commun mais qui ne sera pas rendu public. D'après des informations qui auraient tout de même filtré de cette réunion, les membres du groupe de contact (EtatsUnis, Royaume-Uni, Russie, France, Allemagne, Italie, Espagne) auraient réaffirmé leur opposition à une indépendance du Kosovo tout en prescrivant une large autonomie pour cette région au sein de la "Yougoslavie". Dans le cadre ainsi fixé par le groupe de contact, les diplomates russes et occidentaux appellent à une reprise du dialogue et à un cessez le feu immédiat. Comme l'a souligné, à l'issue de la rencontre, Klaus Kinkel, ministre allemand des affaires étrangères, "il faut que cesse la spirale de la violence et de la contreviolence".

De son côté, Bronislav Geremek, ministre des affaires étrangères de Pologne et actuel président de l'OSCE a déclaré à l'assemblée parlementaire de cette organisation (le 6 juillet) que "les moyens pacifiques pourraient ne pas être suffisants pour arrêter la violence et le bain de sang au Kosovo". Il a ajouté qu'une solution pacifique devait être recherchée mais que la communauté internationale ne saurait accepter "une position d'impuissance".

Pour Christopher Hill, ambassadeur américain en Macédoine, la crise au Kosovo doit se terminer en deux semaines, sans préciser ce qui arriverait si cela n'était pas le cas.

DIALOGUE ENTRE
B. HORVAT (CROATIE) ET G. SEKULIC (B.-H.)

Les Professeurs Branko Horvat de Zagreb et Gajo Sekulic de Sarajevo ont débattu récemment dans une émission de Radio Free Europe des différences entre les conflits de Bosnie et de Kosovo. Horvat a souligné que le Kosovo, à la différence de la Bosnie, n'a jamais été indépendant. Gajo Sekulic ajoutait que Sarajevo a enduré un long siège ce qui n'est pas le cas au Kosovo. Sekulic considère que l'UCK (armée de libération de Kosovo) était mieux préparé pour la guerre que ne l'était l'armée bosniaque. Pour Horvat il y a un lien fort entre les deux crises parce que les deux ont démontré que la communauté internationale n'a rien appris pour gérer les conflits de ce genre dans les Balkans. Les deux professeurs ont conclu que la communauté internationale se verra obligée d'intervenir militairement et que cela accélérera une solution négociée. Horvat estime que le Kosovo sera soumis à un protectorat international tandis que Gajo Sekulic croit que cette région sera autonome dans le cadre de la R.F.Y.


Déclaration publique des "femmes en noir"
de Belgrade contre la guerre au Kosovo

L'appel des "femmes en noir" de Belgrade, que nous reproduisons ici, a peu d'impact en Serbie, il n'en a que plus de prix. La clarté avec laquelle ces femmes exposent leur engagement contre cette guerre inspire tout à la fois le respect et la réflexion.

La guerre au Kosovo connaît une escalade. Les populations civiles en souffrent de plus en plus. Le nombre des morts, des blessés, des réfugiés, des personnes kidnappées et expulsées croilt de jour en jour.

Nous demandons:
- qu'il soit mis fin sans délais à toutes les opérations militaires, à toutes les offensives, au "nettoyage du territoire", aux actions politiques de terreur à l'égard des populations civiles (sans distinction ethnique) ;
- que les forces spéciales de police serbe se retirent sans condition,;
- que les unités militaires yougoslaves cessent tout engagement dans les actions conduites par le ministère serbe de l'intérieur;
- que tous les soldats et réservistes retournent dans leur caserne d'origine;
- que soient désarmées toutes les forces paramilitaires, notamment celles de Seselj et d'Arkan, qui participent au pillage et au massacre des populations civiles.

Nous soutenons :
- Les soldats et les réservistes qui refusent de servir au Kosovo, qui fuient de leur caserne ou évitent la mobilisation ;
- les parents qui réclament le retour de leurs fils, qui se trouvent dans des unités militaires déployées au Kosovo
- toutes les personnes et toutes les forces politiques qui réclament et agissent pour imposer une solution pacifique et non-violente à la question du Kosovo;
- le parlement monténégrin qui demandent que les soldats monténégrin reviennent du Kosovo;
- Les membres du ministère serbe de l'intérieur qui, quels que soient leurs motivations, refusent de participer aux actions que leurs unités mènent au Kosovo ;
- tous ceux qui de part le monde combattent, comme ils le peuvent, pour éviter la répétition d'une tragédie semblable à celle qu'a connue la Bosnie.

Notre engagement pour la paix, la non-violence, la tolérance, le dialogue, contre la guerre, le nettoyage ethnique, les brutalités policières et le militarisme sera visible le mercredi 24 juin, de 15h30 à 16h30, sur la Place de la République à Belgrade.


EQUILIBRE ? DESEQUILIBRE ?

L'entreprise "humanitaire" lyonnaise "Equilibre", a déposé 'son bilan en juin dernier et a été placée sous le contrôle d'un administrateur judiciaire, qui est en train de vérifier le montant de déficit qui serait de 25 millions de francs.

Cette entreprise, engagée aussi en Bosnie, doit 1,5 million de francs à un groupe de petits entrepreneurs bosniaques qui avaient construit 150 maisons pour des,réfugiés dans la région de Sarajevo pour le compte de l'entreprise "Equilibre". Ils n'ont pas été payés depuis décembre dernier. Cinq patrons représentant huit entreprises bosniaques sont à Lyon depuis deux mois déjà. Ils ont occupé les locaux d"'Equilibre" et demandent en vain jusqu'à présent - qu'on leur payent leur dû. Coincé, le directeur de l'entreprise Alain Michel prétend que c'était la faute de l'Union européenne "qui nous doit plus de 10 millions de francs". Or, selon d'autres sources dignes de fois, l'UE a payé ce qu'elle avait promis à "Equilibre". Alain Michel et la Confédération générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME) de Rhône-Alpes ont alors lancé un appel financier de 1,5 million de francs en faveur de chefs d'entreprises bosniaques qui sont au bord de faillite et dont les salariés n'ont pas de quoi nourrir leurs familles. Au moment où nous écrivons l'appel n'a pas eu beaucoup de succès.

Nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur le fonctionnement de cette "entreprise humanitaire". Ainsi, la revue "Diagonales Est- Ouest" avait publié, en septembre 1994, un dossier sur "Equilibre". En réaction, Alain Michel avait déposé un recours auprès du Tribunal de Grande Instance de Lyon pour injure, mais en avait été débouté. Selon la même revue, "un certain bailleur de fonds s'interroge sur le fonctionnement de cette structure" au Rwanda aussi. Plusieurs réfugiés bosniaques, expatriés en France par "Equilibre" se sont plaints à l'Association Sarajevo affirmant que "Equilibre" les décourageait de régulariser durablement leur séjour en France.

Nikola Kovac, ambassadeur de B.-H. en France a fait des démarches auprès du Quai d'Orsay, du ministère des finances et de Matignon, demandant l'intervention du gouvernement français afin que les contrats conclus par l'entreprise "Equilibre" avec les petits entrepreneurs bosniaques soient respectés.


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Les élections de septembre 1998
COALITIONS , ALLIANCES ET CANDIDATS

Sur fond de modification des règles électorales, les scrutins de septembre en Bosnie-Herzégovine donnent lieu à d'intenses négociations pour la formation de coalitions et d'alliances. A tous les niveaux, République de B.-H., Fédération, République serbe, de grands groupes de partis se dessinent, Si la victoire, des partis nationalistes semble acquise, elle devrait être moins franche que prévue et, sait-on jamais, une bonne surprise qui viendrait du résultat des forces démocratiques n'est pas à écarter.


TROIS NOUVELLES REGLES ÉLECTORALES

La Commission électorale temporaire (PIK) a apporté trois changements aux règles électorales en vigueur. Premièrement, tous les candidats sont tenus de présenter leur plate-forme électorale et de répondre à quatre questions concernant : le retour des réfugiés, les droits des minorités, la reconstruction et le développement économiques, l'éducation et les services sociaux. Deuxièmement, trois femmes au moins devront se trouver sur chaque liste de 10 candidats. Enfin, le mandat des élus, à l'exception des trois membres de la présidence de B-H, ne durera que deux ans. Une loi électorale définitive devrait être adoptée avant les élections déjà prévues pour l'an 2000.


LES PRINCIPALES COALITIONS ET ALLIANCES ÉLECTORALES

Plus de 70 partis ont été enregistrés. Pour Hans Schumacher, adjoint du Haut Représentant, ce fait démontre que l'opposition n'a pas réussi à créer un bloc puissant. Il estime néanmoins qu'au sein de la Fédération de B-H l'opposition est suffisamment forte pour qu'à l'avenir, les partis SDA et HDZ actuellement au pouvoir, ne puissent plus prendre de décisions importantes sans concertations.

Plusieurs coalitions et alliances électorales sont déjà annoncées. C'est ainsi que six des partis d'opposition dans la Fédération de B-H ont décidé de constituer une "Alliance de l'alternative démocratique" (ADA). Il s'agit des Sociauxdémocrates (Beslagic), du HSS BH (Parti paysan croate de Komsic), du MBO (Organisation musulmane bosniaque), du RP (Parti républicain), du Parti de la prospérité de BH, ainsi que du Parti patriotique de BH. L'Alliance est ouverte aux autres partis et coalitions, ainsi qu'aux candidats indépendants. Il est intéressant de noter que quelques petits partis de la RS (dont celui de Marceta, maire de Drvar) viennent de rejoindre cette Alliance. Le président du conseil de l'Alliance, Selim BESLAGIC, a déclaré que les six partis en question ont également convenu de ne pas constituer de coalition ou de bloc avec les partis nationalistes, même après les élections.

Pour sa part, le SDP (Parti social démocrate) de Zlatko LAGUMDZIJA a confirmé qu'il comptait se présenter seul aux élections de septembre, ceci à tous les niveaux où joue la proportionnelle. Ce qui laisse entrevoir une possibilité d'entente avec d'autres partis pour les élections présidentielles, où est appliqué le scrutin majoritaire, Le SDP a décidé de présenter la candidature de Gradimir GOJER (vice-président du SDP, un Croate) à la Présidence tricéphale. ( NDLR: Nous venons d'apprendre que le nouveau Parti socio-libéral de HIDAJET REPOVAC - membre du Cercle 99 - a décidé de se joindre au SDP dans le cadre des élections de septembre).


EN REPUBLIKA SRPSKA

En Republika srpska, l'Union serbe populaire (le SNS de Biljana PLAVSIC), les Sociaux-démocrates indépendants (le NSD du premier ministre DODIK) et le Parti socialiste de RS (le SP-RS de Z.RADISIC - pro-Milosevic à l'origine), ont décidé de former une coalition appelée "Entente" qui, en Republika srpska, pourrait sortir victorieuse des élections de septembre. Les trois partis se seraient mis d'accord pour former un gouvernement commun en RS après les élections. D'autre part, le SDS (Parti serbe démocratique) de KARADZIC-KRAJISNIK et le SRRS (Parti radical de SESELJ) ont eux aussi formé une coalition et promettent de tout faire pour renverser le tandem PLAVSIC-DODIK. Ils se déclarent même prêts, s'il le faut, à proclamer leur propre "Etat" dans la partie Est de la RS.

On vient par ailleurs d'annoncer la constitution d'un "Bloc des parfis croates en BH" composé du HSS (de KOMSIC), du HNZ (Communauté populaire croate de Miljenko BRKIC), du HSLS (Parti socio-libéral croate, filiale du HSLS de Zagreb). La Nouvelle Initiative Croate de ZUBAK annonce sa coalition avec HKDU ( Union chrétienne démocrate d'Ante KOVACEVIC,
Selon les dernières informations, le groupe de SLISKOVIC (le nouveau parti du HSS, qui n'a pas été reconnu par l'OSCE) se joindrait à Kresimir ZUBAK. Le HDZ de JELAVIC (Tudjman) se présentera seul.
Il existe aussi une " Coalition du centre", composée du LBO (Parti bosniaque libéral de Muhamed FILIPOVIC), du RS (Parti républicain de Stjepan KLJUJIC), du BPS (Parti bosniaque patriotique du général Sefer HALILOVIC) et du SPP (Stranka Pravog puta-Parti du droit chemin).


LES CANDIDATS À LA PRÉSIDENCE TRICÉPHALE

Quant aux candidats à la Présidence tricéphale, on cite, du côté des Bosniaques, les noms suivants : Alija IZETBEGOVIC (SDA et sa coalition), Sefer HALILOVC (ancien général, Parti patriotique bosniaque), Fikret ABDIC (tristement célèbre "autonomiste" de la région de Bihac, candidat présenté par son parti, le DNZ-Communauté démocratique populaire), Hajrija RAHMANOVIC (Parti bosniaque) et Ibrahim MUSTAFIC (candidats des Verts de BH). Les grandes figures de l'opposition, Selim BESLAGIC et Zlatko LAGUMDZIJA ne sont pas candidats. Le premier parce qu'il considère que les électeurs de toutes les nationalités en BH devraient pouvoir voter pour l'ensemble des candidats à la présidence, quelque soit leur origine ethnique. Le second parce qu'il estime n'avoir aucune chance face à IZETBEGOVIC.

Du côté croate les candidatures présentées sont les suivantes: Ante JELAVIC (par le HDZ - Communauté démocratique croate, parti affilié à Tudjman et qu'il préside depuis quelques semaines); Kresimir ZUBAK, membre de l'actuelle Présidence, par son nouveau parti le NHI (Nouvelle Initiative Croate); Mme Senka NOZICA (ministre dans le gouvernement de l'ombre) par le Parti républicain et Gradimir GOJER par le SDP. On estime que la vraie bataille sera menée entre JELAVIC et ZUBAK.

Deux candidats sont à retenir en Republika Srpska: Krajlsnik, candidat de SDS (Parti démocratique serbe de Krajisnik et Karadzic) et du SDS (Parti radical serbe de Seselj) et Zivko RADISIC, candidat de la coalition "Entente", qui regroupe le SNS (Alliance populaire serbe de Biljana PLAVSIC), le SPS (Parti socialiste présidé par RADISIC) et le NSD (Sociaux-démocrates indépendants de Milorad DODIK). Les observateurs estiment que Zivko RADISIC a de bonnes chance de battre KRAJISNIK.

D'une manière générale, on considère à Sarajevo que les élections de septembre prochain pourraient entraîner un nouveau recul des trois partis nationalistes, SDS de KRAJISNIK, HDZ de JELAVIC et SDA d'IZETBEGOVIC. Par ailleurs et grâce surtout aux mentors internationaux, le monopole de ces trois partis sur l'utilisation des grands médias est en train de s'effriter. C'est pourquoi ces partis s'efforcent de s'assurer le contrôle des médias cantonaux.

LE PRONOSTIC DE WESTENDORP
Le Haut commissaire Carlos Westendorp a déclaré à l'hebdomadaire "Feral Tribune de Split que les élections de septembre en Bosnie-Herzégovine "ne résoudront pas les problèmes mais renforceront les options politiques alternatives".

PAS D'AIDE À SARAJEVO
Carlos Westendorp, le haut commissaire de la communauté internationale a déclaré que celle-ci a décidé de suspendre toute aide à Sarajevo parce que les autorités locales n'ont pas mis en oeuvre la déclaration sur le retour des réfugiés
Simon Haselock, porte parole a déclaré à Sarajevo que le Haut représentant de la communauté internationale en B-H a demandé aux autorités bosniaques d'accélérer la mise en oeuvre des accords de Dayton et notamment la mise en place des institutions communes. Il a souligné qu'il n'y aura pas de nouveau Dayton et que la B-H restera un pays avec deux entités et trois "peuples constitutifs".

Milan KOVACEVIC DEVANT LE TPI
Milan Kovacevic, ancien maire de la ville de Prijedor (région de Banjaluka en B-H) est la première personne a être jugée pour les crimes de génocide. Son procès vient de commencer devant le TPI de la Haye. Selon l'acte d'accusation Kovacevic est un des organisateurs des camps, de concen 1 tiation à Omarska et Keraterm, où des milliers de Bosniaques ont été exécutés.

RÉOUVERTURE DE L'AÉROPORT DE
MOSTAR
L'Aéroport de Mostar vient d'être réouvert aux civils, après une interruption de plus de six ans. Les travaux de reconstruction ont été financés essentiellement par l'Union européenne. Tout récemment, l'aéroport de Banjaluka a été aussi réouvert aux vols civils. Reste l'aéroport de Tuzla qui devrait être ouvert prochainement

AIDE DU JAPON À LA REPUBLIKA SRPSKA (BH)
.Le gouvernement du Japon vient d'accorder un prêt de $ US 60 millions à la Republika Srpska (BH) pour la reconstruction d'une centrale hydraulique, les services de santé, l'agriculture. L'accord a été signé à Tokio durant la visite de Milorad DODIK premier ministre de l'entité serbe en BH.

Coalition pour le retour:
"NON AUX PARTIS AU POUVOIR"
"Ne votez pas pour les partis nationalistes", telle est la teneur de l'appel lancé par la "Coalition pour le retour" à tous les réfugiés, exilés et personnes déplacées. Le vote des centaines de milliers de réfugiés pourrait, en effet, être décisif lors des élections bosniaques de septembre.

Cet appel intervient alors que (selon AIM agence de presse indépendante couvrant l'ensemble de l'ancienne Yougoslavie) Radenko POPIC, représentant de cette coalition constate que la présidence et le gouvernement de BH, ainsi que les gouvernements des deux entités et ceux des cantons ne sont pas prêts à agir pour que l'année 1998 soit celle de retour. "Coalition pour le retour" a déjà fait savoir que les résultats de la mise en oeuvre de la Déclaration de Sarajevo (NDLR: pour le retour de Serbes et Croates dans cette ville) sont minimes et que l'application de la Déclaration de Banjaluka (NDLR: retour des non Serbes dans cette ville) n'a même pas commencé. Cette influente coalition demande, en conséquence, aux réfugiés de refuser que les partis nationalistes au pouvoir les manipulent.
"Coalition pour le retour" regroupe plusieurs associations et fédérations de réfugiés de toute la Bosnie-Herzégovine mais aussi de Croatie et de Serbie.
 

Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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