Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 76/77 juillet/août 1999

 

En dépit des immenses difficultés qui attendent ses habitants et les responsables internationaux en charge du pays, le Kosovo a de sérieuses chances de s'engager rapidement sur la voie d'une reconstruction générale de sa société, de son économie et de ses institutions, dans un environnement international sûr. Celle situation est due au premier chef au caractère total de la défaite essuyée par le régime de Belgrade.

C'est la différence fondamentale entre l'état actuel du Kosovo et celui clé la Bosnie, où les grandes puissances ont imposé une solution de compromis pour mettre fin à la guerre, ménageant aussi bien Milosevic que les groupes au pouvoir en Bosnie. Le maintien en liberté de Mladic et Karadzic symbolise tristement l'ambiguïté de la paix de Dayton, dont l'une des clauses principales, celle concernant le retour des expulsés dans leurs foyers, reste toujours lettre morte, à quelques exceptions près.

S'il est vain d'attendre des tuteurs internationaux de la Bosnie une révision des accords de Dayton, la nouvelle donne qui résulte des conséquences de la défaite serbe au Kosovo peut ouvrir des perspectives réelles de changements dans toute la région, et peut-être en Bosnie.

Pour peu que la "Communauté internationale" s'en tienne à sa ligne de non-coopération avec Milosevic pour cause de crimes contre l'humanité, il est probable qu'il ne pourra pas rester bien longtemps au pouvoir à Belgrade. Sa chute affaiblirait ses amis, mais aussi ses frères ennemis, partout où se trouvent les uns et les autres.

Par ailleurs, et l'essentiel est là,, tout dépend de la prise de conscience des peuples européens de l'importance d'une solution démocratique à long terme des crises des Balkans, non seulement pour les habitants de ceux-ci, mais pour l'Europe elle-même. L'édification d'une zone de paix et de prospérité dans une région longtemps associée aux images de troubles, de conflits, d'intolérance et de pauvreté constituerait un enjeu économique, politique et moral de première importance pour la relance de la construction européenne, à court de vision et de projets concrets.

C'est en cela que les réunions de fin juillet, à Bruxelles pour la Conférence des donateurs et à Sarajevo pour celle du Pacte de stabilité du Sud-Est européen, revêtiront une très grande importance. On saura enfin si les pays riches sont capables de consacrer autant de volonté et de moyens à des entreprises pacifiques et à long terme qu'aux 78 jours de frappes aériennes qui ont mobilisé l'opinion et les médias, bien plus que les huit années de ruines et d'atrocités qui les ont précédées.

 

LE PACTE DE STABILITE DU SUD-EST EUROPEEN

Le Conseil des ministres de l'UE a décidé que le premier sommet du Pacte de stabilité de l'Europe du Sud-Est aura lieu à Sarajevo le 30 juillet 1999. On attend une trentaine de chefs d'Etat, dont Clinton, Eltsine, les chefs d'Etat de l'E et ceux de 6 pays du Sud-Est: Albanie, B-H, Bulgarie, Croatie, Macédoine. Ces derniers tiendront un sommet spécial la veille, présidé par le chancelier allemand Schroeder. Le but de ce premier sommet est de définir un programme à long terme qui permettrait aux pays de la région un développement économique et social et une intégration positive dans l'Europe. Un programme dans ce sens devrait être préparé par la Commission européenne et la Banque mondiale et adopté par le sommet de Sarajevo. Il est certain que le Kosovo sera l'un des thèmes dominants des réunions. La RFY n'est pas invitée, les pays occidentaux demandant comme préalable l'éviction de Slobodan Milosevic et la démocratisation du pays. Par contre une place d'observateur est réservée au Monténégro. Notons aussi la création d'une Alternative démocratique du Sud-Est européen, avec son siège à Sarajevo, demandant que ses représentants et en général les ONG soient admis comme observateurs au sommet. M. Hombach, un Allemand, a été nommé par l'UE coordinateur spécial du Pacte de stabilité. Nous informerons nos lecteurs dans notre n' 78 des résultats de ce sommet, qui a suscité une vague d'espoir dans les pays concernés.


L'ALTERNATIVE DÉMOCRATIQUE EN EUROPE DU SUD-EST

Le Forum des Citoyens de Tuzla a organisé, les 9 et 10 juillet, une Conférence sur le thème: "Comment assurer la stabilité en Europe du Sud-Est". Des représentants de l'alternative démocratique de B-H, Croatie, RFY et Slovénie y ont participé. Ils ont salué la décision de la communauté internationale de lancer un Pacte de stabilité et ont été unanimes à inviter l'Alternative démocratique à participer activement à ce processus. A la fin de ses travaux. la Conférence a publié le communiqué suivant: "La réalisation des principaux objectifs du Pacte de stabilité ne pourra se faire uniquement avec les représentants des pouvoirs actuels et sans une participation active et institutionnelle de l'initiative démocratique. Il a donc été décidé de former un Conseil de l'initiative démocratique pour la stabilité en Europe du Sud-Est. dont le siège sera à Sarajevo. et qui sera chargé d'organiser de nouvelles rencontres dans d'autres pays membres du pacte. Les participants à la conférence lancent un appel à toutes les autres forces démocratiques de l'Europe du Sud-Est pour qu'elles s'associent à cette initiative".


DÉCLARATION DU CERCLE 99

1. Les membres du "Cercle 99" appuient pleinement la décision de l'UE d'élaborer, par le biais d'un Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est, une stratégie globale et à long terme de stabilisation et de développement social, politique et économique pour les pays de cette région, partie intégrante de l'Europe et de la communauté mondiale. Particulièrement importante est la détermination de la communauté internationale, fermement décidée à rechercher une solution à la crise que traversent ces pays à travers une approche globale et un processus à long terme destiné à créer les conditions devant mener à la paix et au progrès.

2. Il ne sera possible de résoudre de manière durable la crise profonde et permanente qui secoue cette région - avec toutes ses conséquences tragiques - qu'avec l'aide et le soutien de la communauté internationale. mais aussi une ferme et évidente volonté politique de la part des Etats et nations de cette région, et de leurs dirigeants. Seuls de nouveaux leaders et partis politiques à orientation démocratique, tournés vers l'avenir et non vers le passé, prêts à assumer cette grande responsabilité devant leur peuple - et devant la communauté internationale - seront à même de mettre en œuvre une stratégie de paix et de stabilisation globale, de larges réformes et transformations sociales, politiques et économiques, s'attirant ainsi la confiance des peuples et de la communauté internationale, l'incitant à promouvoir ce processus grâce à différentes formes d'aide. économique ou autre.

3. L'ensemble des peuples de la région devront eux aussi faire preuve de bonne volonté et endosser leur part de responsabilité pour pouvoir répondre aux défis que posera le processus de transformation fondamentale de leurs pays. en élisant des chefs modérés, tolérants et progressistes et en exigeant leur totale allégeance à la promotion et la réalisation de véritables réformes démocratiques, basées sur les règles internationales et conformes aux standards les plus élevés.

4. Le "Cercle 99" estime que, dans les pays de la région, les ONG pourront et devront jouer un rôle crucial, particulièrement dans la solution des questions les plus délicates devant être débattues dans certains groupes de travail du Pacte de stabilité, entre autres ceux dévolus à la démocratisation et aux droits de l'homme à la reconstruction, au développement et à la coopération. Les ONG devraient donc édifier d'urgence une stratégie et un programme d'activités communs. dans le cadre d'une société civile. Elles devront s'imposer aux représentants de la communauté internationale en tant que partenaires incontournables, à force d'arguments et objectifs précis, et en exigeant. entre autres. une aide matérielle consistante.

5. Le "Cercle 99" estime que la décision de la communauté internationale de tenir la première conférence du Pacte de stabilité à Sarajevo représente une forme de reconnaissance, d'encouragement et de soutien aux citoyens et peuples de B-H. et plus particulièrement aux citoyens de Sarajevo. pour les encourager à procéder à une réforme complète et rapide du tissu politique et social, devant permettre l'intégration de l'Etat de B-H à la communauté européenne et mondiale. Pourtant cette décision ne peut pas et ne doit pas être interprétée, comme on s'efforce déjà de le faire ouvertement à la veille de cette grande rencontre internationale, comme une reconnaissance des leaders et partis nationalistes au pouvoir et de leur politique de guerre.

6. Le "Cercle 99" se considère, vu l'action générale et conséquente qui a été la sienne jusqu'à présent, comme une sorte de co-auteur du Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est et soutient entièrement les idées et objectifs contenus dans ce document. Le "Cercle 99" informera clairement les représentants de la communauté internationale qu'il entend participer pleinement à la mise en œuvre de ce Pacte, de manière indépendante mais aux côtés des autres ONG en B-H et dans l'ensemble de la région. Le "Cercle 99" élaborera très prochainement à cet effet sa propre stratégie et en informera toutes les institutions et représentants de la communauté internationale impliqués.

Sarajevo. le 5 juillet 1999


LA FIN DES ULTRA-NATIONALISMES

La communauté internationale a finalement mis un terme, par la force, à une décennie de sauvagerie chauviniste et hégémoniste. En s'attaquant à l'infrastructure de l'ultra-nationalisme serbe. elle a freiné toutes les autres visées nationalistes. Cela a d'ailleurs également mis fin aux prétentions grand-serbes et grand-croates en Bosnie-Herzégovine. Il serait par ailleurs absurde de prétendre que l'ambition internationale contre l'hégémonisme serbe a encouragé 1'ambition d'une Grande Albanie". Toute solution allant dans le sens de la création d'une Grande Albanie, rêve des chauvinistes albanais en Albanie. RFY, Macédoine et dans la diaspora, serait désastreuse. Il faut donc rechercher les moyens de résoudre le problème albanais à l'intérieur des frontières actuelles de l'Europe du Sud-Est. Egalement essentielle sera la solution apportée au problème des rapports entre les nations de la Bosnie-Herzégovine, dont l'essence même est tirée d'un modèle pluraliste et doit le rester à l'avenir. Le nationalisme reste prédominant dans tous les pays de l'ex-Yougoslavie et, d'une manière générale, dans les Balkans. En Slovénie, les passions nationalistes ont été immédiatement enrayées par le processus de démocratisation. Le chauvinisme macédonien, face à l'agressivité des chauvinismes albanais, bulgare, serbe et grec. semble être plus discret, bien que toujours très présent. Ne pas oublier que l'Occident. au cours de sa lutte idéologique contre les régimes staliniens. a utilisé et encouragé l'opposition nationaliste. Ce qui a contribué à la réapparition de mouvements nazis-fascistes dans ces régions. Les conséquences ont été désastreuses. surtout pour le peuple de Bosnie-Herzégovine, quelle que soit sa nation ou sa religion.

Au vu de cette expérience, les crimes commis contre les Albanais ont servi d'argument idéologique décisif pour engager une action contre le pouvoir de Belgrade. L'heure est maintenant venue de mettre fin à toutes les exactions ultranationalistes. On dispose à présent, pour maîtriser le chauvinisme et l'hégémonisme dans les Balkans, de moyens militaires, politiques et économiques. L'installation de la SFOR et de la KFOR, sous les auspices de l'OTAN, représente un tournant historique, tant à l'échelle balkanique que globale. Il faudra par ailleurs poursuivre le processus tendant à assurer l'équilibre des forces militaires dans cet espace, dans l'espoir que cette région puisse un jour être démilitarisée, c'est-à-dire couverte et protégée par des alliances militaires (Otan, Partenariat pour la paix, future armée européenne...). Dans le cadre du Pacte de stabilité de l'Europe du Sud-Est, le nouveau "Plan Marshall" prévoit que le volet économique dépendra de l'évolution politique. On exige en effet le départ de Slobodan Milosevic et des régimes durs. une coopération politique pour engager la démocratisation selon le modèle européen, ce qui sous-entend aussi la création des cadres juridiques nécessaires à une réforme économique basée sur les principes de l'économie de marché et de la privatisation. C'est précisément sur le plan économique qu'il existe de véritables chances de voir se renouer les relations entre les Etats. les nations et les peuples de la région.

En renonçant à créer de grands Etats homogènes, nous entamons une phase de relativisation de la théorie et de la pratique de la souveraineté et de l'indépendance des pays balkaniques. La présence de forces militaires, politiques et économiques internationales, le développement d'organisations régionales et l'accès aux associations trans-continentales, tout cela stimulera l'ouverture des frontières. ainsi que le transfert de certains pouvoirs aux institutions communes. Cette relativisation de la notion de souveraineté contribuera à accroître l'efficacité dans la réalisation et la protection des libertés et droits de l'homme. Il n'y aura donc plus place à la création de grands Etats.

Pourtant l'élimination des hégémonismes locaux ne marquera pas pour autant la fin des partis nationalistes. Mais ils se retrouveront dans un environnement militaire, politique et économique différent. Il ne faut pas passer ici sous silence deux points importants : la possibilité d'un recours au terrorisme en tant qu'arme pour atteindre des objectifs nationalistes. et la nécessité pour les médias de jouer un rôle déterminant dans le déroulement d'un processus de démocratisation basé sur les principes de la liberté d'expression et de l'éthique professionnelle. Ici, en B-H. nous n'en sommes qu'aux débuts quant à la création d'une alternative qui puisse représenter les nouvelles tendances et aspirations vitales pour ce pays.

Zija D.. "0slobodjenje"


L'ACTION DU FMI ET DE LA BANQUE MONDIALE EN BOSNIE-HERZEGOVINE

Le FMI accroît de 23 millions de dollars ses prêts
Le Fonds Monétaire International a décidé le 28 juin d'accroître de 23 millions de dollars le crédit alloué à la Bosnie-Herzégovine, portant ainsi à 104 millions de dollars le total des crédits consentis à ce pays. Cette décision s'appuie, d'une part, sur la volonté du FMI de prendre en charge une partie des conséquences de la guerre au Kosovo et, d'autre part, sur une évaluation plutôt positive de la politique économique menée par Sarajevo. Stanley Fischer, numéro 2 du FMI, salue les "solides performances macro-économiques atteintes en 1998" par la Bosnie. L'inflation a été maîtrisée pour s'établir autour de 5 % par an, la production s'est accrue de près de 20 % en 1998, mais elle reste bien inférieure à son niveau d'avant guerre. La monnaie (Konvertibilna Marka) est stable. Le prêt du FMI vient donc récompenser ces efforts et encourager le mouvement de réformes entrepris. S. Fisher regrette toutefois le manque de transparence des comptes publics bosniaques. Certaines dépenses échappent à la comptabilité publique et certains impôts sont levés sur des critères par trop discrétionnaires. Ces réprimandes Accompagnent d'un encouragement à la libéralisation du pays et à l'accélération des privatisations. Dans le secteur bancaire, S. Fisher réclame ainsi la fermeture des banques insolvables. Toutes ces remarques sont classiques. Ce qui l'est moins apparaît tout à la fin de sa déclaration publique: "les difficultés politiques continuent de gêner l'application des réformes dans de nombreux domaines. Il est important que le gouvernement assume publiquement son programme."Dont acte.

Les programmes de la Banque Mondiale
Avec plus de 50 programmes d'aide et près de 1,3 milliard de dollars de prêts, la Banque Mondiale est la principale institution engagée dans la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine. Pilotées par la mission résidente de la Banque Mondiale à Sarajevo et depuis son siège à Washington, les activités de la Banque Mondiale s'articulent autour de trois axes principaux: la coordination de l'aide, les programmes de reconstruction et les conseils au gouvernement bosniaque sur les principales questions économiques. Si ces deux aspects sont très importants, le cœur de son action se situe dans les programmes qu'elle développe sur le terrain, en partenariat avec les entreprises et organisations bosniaques. Plus de 3 ans après la fin de la guerre, ils se sont transformés. Conçus à l'origine pour parer au plus urgent, ils s'orientent à présent vers le développement du pays. Réparer les infrastructures, les logements, assurer la bonne distribution de l'eau, de 1'électricité, du gaz, mais aussi fournir à tous une école et des soins de qualité, sont autant de priorités que cette organisation s'est fixées. Les progrès sont rapides. Ils s'accompagnent d'une revitalisation du tissu d'entreprises et du marché du travail. Sur ce point la marche est plus lente, les investisseurs réticents et les marges étroites. Mais la Banque Mondiale soutient toute une myriade d'entreprises locales grâce à un ambitieux programme de crédits et de commandes. Cette expérience concrète de l'activité économique bosniaque se double d'une réelle expertise en matière de réformes plus globales et de conduite économique du pays. En coopération avec le FMI, la Banque Mondiale fournit ainsi les conseils en matière de finance publique, de politique monétaire, pourvoit à la formation et à l'équipement de la police locale, combat la pauvreté et soutient les réformes économiques. Elle est la seule organisation qui couvre l'ensemble de l'activité économique du pays, depuis le travail de l'agriculteur jusqu'au programme du chef du gouvernement. Seule ombre au tableau, mais elle est d'importance, les actions de la Banque Mondiale évitent de s'attaquer de front au problème de la partition du pays, Pourtant c'est bien dans la volonté, affirmée avec clarté, de biser cette partition par des actions concrètes que réside la clef du développement économique du pays.

De notre correspondant à Washington,
Vladimir Najman


SREBRENICA, QUATRE ANS APRES

Les organisatrices de SSVDS et de Mères pour la paix nous avaient prévenus: le voyage risquait d'être pénible, avec pour seul programme de grandes lignes autour desquelles nous aurions parfois à improviser dans l'urgence. Mais nous savions que notre présence serait d'autant plus importante que des signes encourageants commencent à s'ébaucher : depuis janvier de cette année. les femmes de Srebrenica sont autorisées à revenir dans leur ville. deux heures durant, par groupes de dix personnes escortées de policiers serbes armés. sous supervision d'hélicoptères de la SFOR. Des signes qui nous rappelaient aussi combien. tout comme elles, nous dépendrions des autorités militaires durant ces journées de commémoration.

Nous, c'est-à-dire une soixantaine de personnes de tous âges et originaires de divers pays - France, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Belgique, Etats-Unis, Pakistan, Rwanda, ex-Yougoslavie -, adhérents d'une vingtaine d'ONG coordonnées par le réseau Justice International for Srebrenica.

Les conditions matérielles ont été difficiles et l'improvisation imposée par une situation politique tendue a parfois déconcerté certains d'entre nous. Mais pour l'essentiel, l'importance de notre présence a dépassé nos attentes. Il faudrait retrouver dans la presse les échos de la première manifestation publique des femmes de Srebrenica, en août 96, les relire attentivement et les méditer pour mesurer le chemin parcouru depuis lors. Cette année, quatre ans pile après ce que David Rhode a appelé "le grand massacre". les survivants réfugiés aux alentours de Tuzla ont pu se rassembler dans le souvenir de ces journées de crime et de terreur. Une commémoration accompagnée plusieurs jours durant par la diffusion de films, débats et documentaires sur la chaîne nationale et toutes les chaînes régionales de la télévision bosniaque.

Depuis le dépôt de gerbes, le dimanche 11, au monument des victimes du génocide à Tuzla, dont l'horaire fut par deux fois avancé à l'improviste, jusqu'au pèlerinage en territoire serbe du mardi 13, démarrant à 10 h au lieu de midi prévu au programme et aboutissant à Potocari au lieu de Srebrenica proprement dit, les contre-ordres de dernière minute n'ont certes pas manqué.

Quant aux cérémonies. elles ont été dominées par la prière : celle du dimanche 11 au centre sportif de Vogosca, qui a rassemblé le plus de monde - 1500 personnes -, était le moment le mieux organisé - camions-citernes pour les ablutions, distribution gratuite de bouteilles d'eau minérale et de repas rituels... Grande prière aussi durant la halte à Potocari du mardi 13.

Faudrait-il pour autant conclure à une "récupération" par les imams ? Alors que les assassins courent toujours dans l'impunité et la prospérité, alors que les traces des crimes s'effacent, que l'identification des victimes sans sépulture piétine et s'enlise, alors que les rescapés de ces journées d'horreur survivent dans des conditions déplorables et, surtout, dans un deuil impossible, en exil forcé à quelques kilomètres d'un chez eux dont ils sont irrémédiablement privés. un peu par la lassitude résignée de leurs compatriotes, beaucoup par la négligence dédaigneuse des puissances internationales.

En fait, nous avons surtout été frappés par I'abandon dans lequel se trouvent ces femmes, ces enfants, ces hommes âgés. dont les revendications ne sont entendues par aucune instance, nationale ou internationale, ni soutenues par aucun parti ni ONG en dehors de celles du réseau Justice International, depuis novembre 1998. À l'instar de l'helléniste Nicole L'oraux, on voudrait plutôt demander: "Dans le deuil féminin, que redoute donc la cité?"

Un abandon, en tout cas, qui n'a guère atténué leur lucidité. Durant la manifestation à Sarajevo le 11 juillet. en route sur Sniper Alley pour le bâtiment de l'ONU, un petit garçon portait un écriteau où était écrit "Si nous oublions, ça se reproduira". En deçà même de l'oubli, ladite communauté internationale a refusé d'admettre la gravité de ce qui s'est produit à Srebrenica autour du 11 juillet 1995. Quatre ans plus tard, cela s'est effectivement reproduit au Kosovo.

Reste à rappeler inlassablement les revendications des parents et amis des disparus :
- inculpation, arrestation et jugement de tous les criminels de guerre et auteurs de crimes contre l'humanité,
- respect des accords de Dayton concernant le retour dans leurs foyers des personnes déplacées!
- exhumation et identification des disparus avant leur sépulture,
- établissement de la vérité sur ce qui s'est passé à Srebrenica. y compris l'abandon par 1'ONU de la "zone de sécurité".

De retour dans nos chez nous. de ce côté-ci du monde. il devient difficile de raconter ce voyage, tant nous sommes déjà projetés vers celui de l'an prochain. déterminés à recommencer autant d'années qu'il le faudra. Plus nombreux et plus cosmopolites. mieux préparés. forts des liens tissés et maintenus entre nous et avec l'association Union des citoyens - Femmes de Srebrenica qui regroupe les rescapés dans la région de Tuzla.

Pour qu'un jour enfin ce qui ne serait plus un "territoire serbe" puisse être traversé par mille cars bariolés transportant des enfants joyeux.


LA SERBIE RESPONSABLE

La partie la plus significative du jugement rendu mi-juillet par la Cour d'appel du TPI de La Haye dans le cas Dusko Tadic a trait au caractère de la guerre qui s'est déroulée en Bosnie entre 92 et 95. La Cour est en effet parvenue à la conclusion qu'il s'agissait là d'une guerre internationale, étant donné que les forces politiques et militaires de Belgrade même après le retrait formel de la JNA (Armée populaire yougoslave). exerçaient un "contrôle total sur l'Armée de la Republika Srpska". Ce contrôle, est-il souligné dans le jugement. ne se réduisait pas uniquement à une aide financière. logistique ou autre. mais comprenait également une "participation" de Belgrade de l'Armée "yougoslave" à l'ensemble de la gestion. coordination et organisation des actions et opérations de l'Armée de la RS. Le résultat étant "que même après mai 1992. les liens entre l'Armée des Serbes de Bosnie. les unités paramilitaires et la JNA - devenue plus tard l'Armée "yougoslave" étaient très étroits". En fait, au moment de la création d'une armée de RS au mois de mai 1992 on n'a fait que changer le nom et les signes, tout en utilisant les mêmes armes, équipements, officiers, commandants, centres logistiques, infrastructure. sources de financement. missions. tactiques et opérations. Comme l'Armée de la RS agissait sous le contrôle général de la RFY et pour son compte", et que Tadic était "de facto au service d'un autre Etat", les juges ont conclu que les victimes du conflit en Bosnie relevaient des Conventions de Genève. Déclarant que cette décision revêtait "une importance exceptionnelle". le procureur-adjoint Blewitt a exprimé sa conviction qu'elle aurait une incidence directe sur les autres jugements à venir. et faciliterait les futures inculpations des leaders politiques et militaires yougoslaves coupables de crimes de guerre en Bosnie.

Rappel: la Bosnie avait déposé, il y a 4 ans déjà, auprès de la Cour Internationale de justice à la Haye (ne pas confondre avec le TPI) une demande d'inculpation de la RFY pour génocide et crimes de guerre en Bosnie. La Croatie a fait tout récemment. une demande similaire auprès de la même institution. Pour la demande bosniaque. la Cour s'est déclarée compétente: on attend sa réponse à la demande croate.


RENCONTRE AVEC SONJA BISERKO

Invitée par le Comité Kosovo et l'Association Sarajevo, Sonja Biserko, présidente du Comite Helsinki pour les droits de l'homme en Serbie, a séjourné brièvement à Paris où elle a rencontré des fonctionnaires de l'Elysée et du Quai d'Orsay. Elle s'est exprimée lors d'un débat sur la situation actuelle en Serbie, au Kosovo et en Bosnie, avec Srdjan Dizdarevic (président du Comité Helsinki pour la B-H) et les membres des deux associations.

Interviewée par Dz. Sabljakovic. S. Biserko a déclaré que les changements en Serbie devraient commencer par une prise de conscience des crimes commis au Kosovo au nom du peuple serbe. "Les gens savent ce qui s'est passé et doivent le reconnaître publiquement, pour eux-mêmes, pour leur peuple et pour les Albanais, créant ainsi les conditions qui permettront la reprise de la vie commune au Kosovo. Il est essentiel que les Serbes avouent devant le monde entier: "Nous nous sommes rendus coupables de terribles crimes contre les Albanais", sans pour autant occulter ou minimiser les crimes dont ont été victimes des Serbes."

S. Biserko affirme que la destruction du tissu social des Albanais kosovars a été programmée et que l'exode de l'élite serbe du Kosovo s'explique par son sentiment de culpabilité. En témoigne le fait que des réfugiés serbes venus du Kosovo commencent à parler de ces crimes. Certains membres du Comité Helsinki ont recueilli de nombreux témoignages allant en ce sens à Kragujevac.

Selon elle, les hommes politiques actuellement en scène en Serbie ne sont pas à même d'offrir une nouvelle vision en partant de la révolte actuelle. "La société tout entière est confrontée à ces crimes, mais est incapable d'en parler. Je ne suis pas persuadée que les récentes manifestations provoqueront un changement du régime, ni même l'élimination de Milosevic. L'inculpation de ce dernier et de quatre de ses proches représente un cadre moral auquel il faut réfléchir, mais le problème concerne toute la société, qui a rendu possible l'arrivée au pouvoir et les agissements de ces individus"'. Quant à l'église orthodoxe, elle joue un rôle positif pour le moment, car elle plaide pour la vie en commun, "mais elle n'a jamais évoqué sa propre responsabilité au cours des deux décennies écoulées. Elle se contente d'accuser Milosevic et son régime d'avoir perdu le Kosovo et d'autres territoires".


 

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QUI SOMMES-NOUS, QUE SOMMES-NOUS, OU EN SOMMES-NOUS?

Une enquête de l'Independant bureau for humanitarian issues
Superficie de la Bosnie-Herzégovine : 51.197 km2 (FB-H: 25.989, RS: 25.208). Nombre d'habitants (selon des estimations datant de 1997): 3.600.000, dont 2.208.143 en B-H et 1.391.593 en RS. Langues officielles: bosniaque, croate et serbe. Ce que nous étions: la B-H faisait partie des pays européens moyennement développés, avec 4,4 millions d'habitants et un revenu national brut per capita approchant les 2.400 $US. Où en sommes-nous à l'heure actuelle? 258.000 tués ou disparus; en 1995 le nombre de personnes déplacées atteignait 1.282.000, pour tomber, en 1998, à 816.000. Il y avait, à la fin de la guerre, 1.200.000 réfugiés, dont 712.555 se sont installés définitivement à l'étranger 611.969 devraient rentrer. Presque la moitié de l'ensemble de la population de B-H de 91 a changé de domicile. Les dégâts économiques matériels sont évalués entre 50 et 60 milliards $US. Le nombre d'émigrés entre 96-98 s'élève à 42.000; il s'agit dans presque tous les cas de cadres hautement qualifiés, et cette fuite des cerveaux est particulièrement inquiétante pour l'avenir du pays.
Human development report-Bosnia Herzegovina (UNDP, Marsala Tita 48, 71000 Sarajevo tél. 387 71 665 695 fax 665 681, e-mail
fo.bih@undp.org , site internet http://www.undp.com.ba ).


LES OUBLIES DE SREBRENICA

Selon Amnesty International, chaque jour qui passe sans que la communauté internationale ne recherche activement ou n'arrête Karadzic et Mladic représente une nouvelle défaite de la justice, qui ne fait que prolonger les tourments subis par les familles des milliers de disparus de Srebrenica. En décembre dernier, Amnesty s'est félicitée de l'arrestation et du transfert par la SFOR de Radislav Krtic vers le TPI pour répondre à des accusations de conspiration de génocide et de violations des lois et des coutumes de guerre pendant et après la chute de Srebrenica. Mais le destin des milliers d'hommes disparus restera probablement un mystère tant que Karadzic et Mladic ne seront pas traduits en justice. L'angoisse des survivants qui ignorent ce qui est arrivé à leurs proches s'ajoute aux difficultés d'identification des dépouilles mortelles qu'on a pu récupérer. Aujourd'hui, seules 58 personnes disparues après la chute de l'enclave ont été identifiées avec certitude. Des milliers de corps découverts ces dernières années restent non identifiés. Amnesty demande à la communauté internationale de rendre prioritaire l'allocation d'un fonds qui permette de poursuivre exhumations et identifications.
Amnesty International, 9.07.1999, traduit par Emmanuelle Rivière, (C) Le Courrier des Balkans
N.B.: Deux officiers supérieurs hollandais du renseignement militaire viennent d'être limogés par le ministre de la Défense, accusés d'avoir caché des informations sur le "comportement raciste" de certains soldats hollandais de la FORPRONU à l'égard des Bosniaques qu'ils étaient censés protéger à Srebrenica, en juillet 1995.


DERNIERES NOUVELLES DE BANJA LUKA

En Republika Srpska, la septième session du Parlement vient de se terminer en l'absence des radicaux (Seselj-Poplasen) et des membres du SDS (Karazdic-Kalinic). Ces partis avaient exigé que l'on mette à l'ordre du jour l'élection d'un nouveau gouvernement, ce qui n'a pas été accepté. Ils ont alors quitté démonstrativement la salle. Par la suite le président du SDS, Dragan Kalinic, a déclaré qu'il chercherait conseil auprès de la Cour constitutionnelle pour vérifier la validité de la décision prise par les députés restants. L'adjoint de Kalinic, Dragan Cavic, a menacé d'exiger la convocation d'élections extraordinaires. Le premier ministre de la RS, Milorad Dodik, ne semble pas être top inquiété de cette obstruction parlementaire du bloc de droite. Comme il l'a déclaré, la coalition Sloga, à laquelle appartiennent également Zivko Radisic et Biljana Plavsic, avait offert au SDS cinq postes de ministre, dans l'espoir de venir à bout de cette crise qui se prolonge depuis déjà plusieurs mois. Proposition rejetée par le SDS. De toutes manières, au cours de cette session de deux jours, le Parlement a déclaré nulle la décision, prise le 7 mars, de refuser la destitution par le Haut représentant pour la B-H, Carlos Westendorp, du président de la RS, Nikola Poplasen. Ce dernier ressemble de plus en plus à une pauvre marionnette, qui se montre pour la forme à diverses réunions et manifestations locales. D'ailleurs, à en croire les informations provenant du Bureau du Haut Représentant, celui-ci aurait l'intention de nommer par décret l'actuel vice-président de la RS, Mirko Sarovic, à la place de Poplasen. Ainsi les radicaux de la RS, dont Poplasen est président, perdent encore des points dans cette entité. La seule forme d'action politique de ce parti se réduit maintenant à organiser des conférences de presse au cours desquelles, dans l'ensemble, on se borne à traiter les membres du gouvernement de Dodik de traîtres et à faire d'innombrables commentaires particulièrement vulgaires - surtout après l'intervention de l'OTAN sur le président américain qualifié, entre autres, de maniaque sexuel et d'homosexuel. Les membres du SDS réagissent eux aussi de manière similaire, rappelant sans cesse la thèse du "complot international contre les Serbes. Quant à la population elle-même, elle se contente d'observer les événements "de l'autre côté de la Drina" et, à toutes les histoires venues de Serbie, n'a qu'un seul commentaire: "Du déjà vu". En ce moment où il semble que le Monténégro, au sein de la RFY, ait tendance à ruer dans les brancards, ici les Serbes n'ont plus l'impression d'être sans cesse dans la ligne de mire de Milosevic. Les médias regorgent d'informations laissant entrevoir son prochain départ, rappelant par la même occasion combien de fois, au cours des dix dernières années, Slobo "a laissé tomber ses Serbes", où qu'ils puissent se trouver dans l'ex-Yougoslavie. Ici, l'attention des gens est attirée par les nombreuses et récentes initiatives de certaines institutions bosno-herzégoviniennes qui - que cela leur plaise ou non - sont de fait orientées vers la B-H. C'est avec une attention particulière qu'on a noté que l'actuel président de la Présidence de B-H, Ante Jelavic, lors d'un séjour à Banja Luka le 17 juillet dernier, a déclaré qu'il s'attendait à ce que la B-H soit admise au Conseil de l'Europe dès le début de l'année prochaine, soulignant qu'il suffisait pour cela de respecter le droit des réfugiés à rentrer chez eux, de lutter contre la criminalité par le biais d'un tribunal indépendant et d'une police professionnelle, etc. Les milieux bien informés sont conscients qu'il existe dans ce domaine une multitude de problèmes, depuis l'idée d'Alija lzetbegovic, membre de la Présidence de B-H, de faire de la Bosnie un Etat exclusivement boshniaque, jusqu'au lobby dur d'Herzégovine qui, lui, ne veut entendre parler que de l'Herceg-Bosna, en passant par les extrémistes du SDS, lesquels rêvent encore d'un rattachement à "la mère Serbie". Peu encourageant, hélas.

Radmila Karlas, Banja Luka


WESTENDORP, UNE TACHE INACHEVEE

Son départ a suscité en RS diverses réactions. "Je regrette son départ, a déclaré le premier ministre M. Dodik. B. Plavsic, présidente de l'Alliance populaire serbe estime que Westendorp a promu et soutenu "une série de changements démocratiques dans l'entité serbe, et que, malgré les larges pouvoirs dont il disposait, il s'est efforcé de ne les utiliser qu'en dernier recours". Le président du Parlement de la RS, P. Djokic, a estimé pour sa part que la coopération entre le Haut représentant et les autorités avait toujours été correcte, surtout sur le plan de l'affirmation de la RS à l'échelle internationale. M. Sarovic, vice-président de la RS et l'un des principaux dirigeants du SDS, a souligné que coopérer avec Westendorp s'était révélé utile". Quant aux radicaux serbes, il était devenu pour eux, suite à sa décision de retirer son mandat au président de la RS N. Poplasen, "persona non grata, un vulgaire occupant....". Mais l'opinion générale est que le Haut représentant a laissé derrière lui une tâche inachevée. Les représentants des ONG se montrent peu enthousiastes lorsqu'ils commentent son action. Selon des données du Forum des citoyens de Banja Luka, 140.000 de ses anciens habitants sont revenus en B-H, mais seulement 40.000 dans leurs foyers d'origine. La responsabilité en revient, outre aux dirigeants des deux entités, au Haut représentant lui-même, qui a souvent hésité à utiliser l'intégralité de ses pouvoirs. "Nous avons ainsi en B-H un petit protectorat irresponsable", a déclaré le président du gouvernement de l'Altemative, M. Zivanovic. Néanmoins, Westendorp a réussi à faire entérinner par le Parlement de la RS la destitution de Poplasen et le maintien de Dodik.

Gordana Katana, Banja Luka


LE COUT DE LA GUERRE

La France a consacré 0.7% du budget de la Défense à la guerre au Kosovo. Sa participation aux frappes aériennes de l'Otan (opération Trident) a coûté 1,3 milliard de francs au contribuable, somme très "modique" à en croire le rapport du député Jean-Michel Boucheron intitulé "le prix de la paix". Le surcoût provient en premier lieu des rémunérations des militaires (32,5%), en moyenne 15.000 F par mois et par homme lorsqu'ils sont en "opérations extérieures" (ils ne prenaient pourtant aucun risque particulier, puisqu'ils étaient le plus souvent sur un bateau français dans les eaux internationales); en second lieu, il provient de l'usage des munitions et du matériel (40%): 980 bombes et 8 missiles ont été tirés, mais 49 bombes ont été larguées en mer sans être utilisées (soit 13 millions de francs). Aucun missile air-air n'a été tiré, mais leur faible durée de vie coûte quand même 125 millions de francs. Les pertes en matériel sont minimes, seulement trois drônes (engins de reconnaissance sans pilote), soit environ 15 millions de francs (un seul Mirage D2000 aurait représenté une perte de 200 millions). Le déploiement de la brigade Leclerc dans la KFOR devrait coûter 2,25 milliards cette année, "surcoût largement à la mesure de la France", conclut le rapporteur. Saluons la rapidité et l'exhaustivité de ce rapport. Voici peut-être l'occasion de présenter les comptes français pour la Bosnie-Herzégovine...

D'après Libération du 7.07.99


BRDJANIN, TRENTE-ET-UNIEME INCULPE

Une patrouille britannique de la SFOR a arrêté le 6 juillet, dans le sud-ouest de la Bosnie, un député serbe, Radoslav Brdjanin, inculpé par le TPI, mais figurant sur la liste officieuse. Il est accusé de crimes contre l'humanité commis entre avril et juillet 92, en particulier, d'avoir organisé et dirigé l'épuration ethnique dans la région de Sanski Most et Prijedor (où se trouvaient les pires camps). Il a été vice-Premier ministre de la RS, puis, après les accords de Dayton, s'est rallié aux modérés. Soulignons que, dans la région contrôlée par la France, qui concentre le plus grand nombre de criminels de guerrre, seule une embuscade a été tendue à l'un d'eux, alors qu'il suffisait d'aller l'arrêter chez lui. La plupart de ces criminels ont récemment repris du service au Kosovo. On est en droit, une fois de plus, de s'interroger sur la politique réelle de la France vis-à-vis du TPI.


ARS AEVI

Une exposition d'art contemporain se tient dans le centre Skenderija de Sarajevo jusqu'au 7 septembre. Elle est l'embryon du futur musée d'art contemporain, projet conçu par Enver Hadziomerspahic juste après l'incendie du musée olympique au printemps 92. L'idée de réunir, à partir de donations collectives, le fonds permanent du futur musée, a été soutenue au départ par des directeurs artistiques italiens, puis autrichiens. La collection est destinée à circuler en Europe et en Amérique, en attendant la construction du musée définitif - peut-être par l'architecte du Centre Georges Pompidou, Renzo Piano. De grands artistes ont déjà fait preuve de générosité (Boltanski, Buren, Beuys, etc.), on attend maintenant que les institutions, françaises en particulier, prennent le relais.


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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