Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 90 septembre 2000

Bosnie

LES ÉLECTIONS

 Qu'après  tant d'années de revers et de crimes accumulés, les citoyens de Serbie aient fini par signifier clairement leur rejet d'un homme qui personnifie la ruine de leur pays, ne devrait pas étonner. Il n'est pas d'exemples récents en Europe d'un régime qui ait aussi longtemps survécu à tant de défaites, celle du Kosovo ayant été, avec les bombardements qui l'ont marquée, la plus décisive par le traumatisme qu'elle a provoqué dans la population serbe. Il a été maintes fois répété dans ces colonnes que cette anomalie était d'abord due à l'inconsistance d'une opposition incapable de procéder à une analyse lucide des fautes commises et de s'unir pour proposer, avec de nouveaux dirigeants, une politique réellement alternative à celle du pouvoir.

Contrairement aux doutes ici même exprimés, cette opposition a cette fois, à la surprise générale, réalisé son unité autour de Vojislav Kostunica. Ce choix s'est révélé judicieux mais révélateur des difficultés qui attendent encore la Serbie, et avec elle tous les pays de la région, pour qu'ils sortent ensemble de l'abîme dans lequel les a précipités la politique de 'l'intérêt national serbe" soutenue par la grande majorité de ceux qui aujourd'hui s'opposent à Milosevic en lui reprochant surtout d'avoir trahi ses promesses. Le niveau de conscience actuel de la majeure partie du corps social serbe est tel, que seul un nationaliste "modéré" - mais non modérément nationaliste -, était en mesure de rallier à lui tous ceux qui veulent d'abord se débarrasser d'un homme et d'une équipe dont le maintien au pouvoir est l'obstacle majeur à toute tentative de règlement des problèmes internes et externes en suspens. L'onction donnée à Kostunica par Dobrica Cosic, inspirateur et chantre de la renaissance contemporaine de l'idéologie nationale serbe, en dit long sur l'orientation du nouveau Président légitime de la soi-disant Yougoslavie. On relèvera entre autres qu'un des thèmes récurrents de sa campagne électorale a été la condamnation du TPI, et que la déclaration suivante: "Combien de temps encore l'armée va­t-elle se battre avec honneur pour que Milosevic ensuite capitule sans scrupules?" a dû faire sursauter le journaliste Miroslav Filipovic qui, justement, croupit dans une prison de Nis pour avoir mis en cause "l'honneur" de cette même armée. Les partisans d'une orientation antinationaliste au sein de l'opposition devront soit continuer de "se boucher le nez et les oreilles" pour cheminer de concert avec Kostunica, soit rompre avec lui à un moment ou à un autre, à plus forte raison si, comme cela se dessine, l'ultranationaliste Seselj était appelé à participer à une union sacrée n'excluant que le couple Milosevic et son cercle le plus proche.

Mais, alors que Milosevic tente une dernière manœuvre désespérée pour se maintenir au pouvoir, ces considérations sont peut-être intempestives. En truquant les résultats des élections pour priver l'opposition d'une victoire bel et bien acquise dès le premier tour, en imposant un second tour le 8 octobre, le régime crée délibérément les conditions d'une épreuve de force aux conséquences imprévisibles au moment où ces lignes sont écrites (26/09). Il va de soi que les autorités internationales engagées dans la région devront peser de tout leur poids pour faire respecter la volonté clairement exprimée par les citoyens de Serbie d'en finir avec Milosevic, en attendant d'en finir avec sa politique.

Sommaire
EDITORIAL
Bosnie
LES ELECTIONS
A L'APPROCHE DES ELECTIONS GENERALES
PREMIERS INCIDENTS DE CAMPAGNE
DANS LE BLOC CROATE
La Mosquée Ferhadija
REACTIONS DE RACAN ET PRLIC AU SOMMET EURO-BALKANIQUE
PACTE DE STABILITE : UN BILAN NUANCE
Croatie
MESIC ET RACAN AUX USA
LA CROATIE ET LA BOSNIE
DES SIGNES ENCOURAGEANTS DU GOUVERNEMENT CROATE
LA CROATIE ET LA RFY
Serbie
UN LIVRE BLANC SUR LE REGNE DE MILOSEVIC
Macédoine
ELECTIONS CONTESTEES EN MACEDOINE
La vie du TPIY
MIROSLAV FILIPOVIC ET LA VERITE VICTIME DU REGIME
DEUX JURYS AMERICAINS CONDAMNENT KARADZIC A PLUS DE 5 MILLIARDS DE DOLLARS D'AMENDE


International
REACTIONS DE RACAN ET PRLIC AU SOMMET EURO-BALKANIQUE
PACTE DE STABILITE : UN BILAN NUANCE
REACTIONS DE LA BOSNIE
CLINTON SOUTIENT LAGUMDZIJA
En marge du pacte
L'ONU DEMANDE DES MOYENS POUR LA PAIX
Culture 

Sommaire

Bosnie

LES ELECTIONS

A L'APPROCHE DES ELECTIONS GENERALES

C'est le 11 novembre prochain que doivent se dérouler les élections 'générales en Bosnie-Herzégovine' , il s'agit d'élire les représentants aux parlements de l'Etat de B-H et des deux entités, ainsi qu'aux assemblées des dix cantons. 44 partis politiques ont été enregistrés, ainsi qu'une coalition et six candidats indépendants. Le nombre des partis inscrits a donc diminué par rapport aux dernières élections -  ils étaient alors plus de 60. Ces chiffres, assez impressionnants pour un pays de seulement 3,5 millions d'habitants, s'expliquent par la diversité des intérêts des trois peuples constitutifs de la B-H. Il existe de très grandes différences politiques, particulièrement entre les Boshniaques et les Serbes - des idées démocratiques libérales jusqu'aux options extrémistes et nationalistes. Mais ces par­tis n'exercent pas tous une égale influence. Il semble probable que seule une dizaine d'entre eux ont de véritables chances de voir leurs délégués siéger. On s'attend, dans la Fédération de B-H, à une lutte acharnée entre le SDA (parti de l'action démocratique) et le SDP (parti social social­démocrate), surtout au sein du corps électoral boshniaque. Quant aux Bosno­Croates, il faut s'attendre à un nouveau succès du HDZ (communauté démocratique croate) qui ne compte en fait aucun rival sérieux. Ces deux partis sont au pouvoir depuis déjà dix ans, donc de l'avant­guerre jusqu'à l'après-guerre, période de reconstruction et de réorganisation du pays. La communauté internationale estime qu'ils font obstacle au véritable développement de la Fédération de B-a mais aussi de la Bosnie tout entière, et considère le parti social-démocrate comme le seul parti libéral moderne, et de gauche. Bien que le SDP soit dans l'ensemble multinational, réunissant une partie des Serbes et des Croates vivant dans la région à majorité musulmane, il est évident que ce parti cherchera avant tout à s'attirer les voix des Boshniaques,, et qu'il est le seul à pouvoir concurrencer le SDA. En Republika Srpska, les Serbes rejettent les partis multinationaux et il en va de même sur les territoires où les Croates sont majoritaires. Bien que le SDP se soit présenté aux élections locales dans une trentaine de communes en RS, il n'a remporté que très peu de voix. Cela pourrait être dû au fait qu'un certain nombre de ses membres préconisent une révision des Accords de Dayton, et qu'il n'a j amais vraiment reconnu l'existence de la RS. On estime pourtant généralement que le SPD a de grandes chances d'obtenir de bons résultats dans la Fédération de B-H. Les partis croates de l'opposition ont essuyé un sérieux revers aux dernières élections et, selon les actuels sondages, leurs chances restent minimes. Cependant, certains signes laissent présager la fin d'une domination du HDZ. Jadranko Prlic, ministre des affaires étrangères de la B-H, vient de quitter le HDZ, et on s'attend à ce que Neven Tomic, ancien vice-président du gouvernement de B-H, fasse de même. Dans la Fédération, le parti pour la B-H d'Haris Silajdzic, vice-premier ministre, pourrait avoir un rôle à jouer. Après s'être coalisé avec le SDA, à ces nouvelles élections il se présentera seul. On lui donne pourtant peu de chances, car il est considéré comme "un cheval de Troie dans l'opposition". En RS, les élections de novembre seront l'occasion d'un règlement de comptes définitif entre deux différentes options - celle des modérés, réunis autour du premier ministre Milorad Dodik, et celle des natinalistes regroupés avant tout au sein du SDS (le parti démocratique serbe). La défaite de l'actuel premier ministre, Milorad Dodik, semble inévitable après la déroute de la coalition "Sloga". Il vient
d'être mis en minorité au parlement de la RS, mais gardera son poste de premier ministre jusqu'aux prochaines élections. Il  ne se maintient au pouvoir que grâce à la volonté de la communauté internationale désireuse d'éviter toute crise en RS. Le SDS avait remporté un grand succès aux dernières élections locales, et les sondages
semblent indiquer qu'il en sera de même prochainement. A la différence de la Fédération de B-H où les politiciens semblent s'orienter vers la gauche, en RS ceux-ci optent pour la droite. Pourtant l'actuel SDS a un peu évolué; une partie de ses dirigeants a choisi l'aile libérale, plus ou moins soutenue par la communauté internationale, qui semble décidée à exiger du SDS qu'il désavoue son fondateur, Radovan Karadzic, accusé de crimes de guerre, ainsi que son idéologie. En échange, le SDS se verrait reconnu par la communauté internationale. Les élections de novembre influenceront sans doute aussi l'éventuelle intégration de la B-H à l'Europe. La B-H demande depuis déjà longtemps à être admise au Conseil de l'Europe. Les conditions qui lui ont été imposées sont : la démocratisation du pays, le respect des droits de l'homme et l'adoption de lois fiscales et douanières, ainsi que d'une loi électorale permanente, ce qui n'a toujours pas été fait. Il est évident que dans la Fédération de B-H, l'Europe s'efforcera d'encourager l'arrivée au pouvoir de l'actuelle opposition de gauche, tout en cherchant à renforcer la coalition "Sloga" en RS. L'Union européenne a laissé entendre que pour le moment, seul un tel équilibre des forces politiques en B-H pourrait lui permettre de rejoindre le Conseil de l'Europe. 

R. UdovicicMedia 

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PREMIERS INCIDENTS DE CAMPAGNE

La campagne pour les élections générales et cantonales bat déjà son plein, Elle a malheureusement commencé par des incidents violents dans la petite ville de Janja, non loin de Bijeljina, en Republika Srpska. Sept personnes ont été blessées, 14 arrêtées, 3 maisons incendiées et 50 endommagées lorsque des réfugiés boshniaques qui
venaient de rentrer ont été attaqués par des Bosno-Serbes. Les violences ont duré trois jours et n'ont cessé que lorsqu'il fut annoncé qu'une force spéciale de l'OTAN allait prendre le contrôle de la ville. Pour Seifirdîn Tokic, vice-président du Parti social-démocrate, il s'agissait là d'une "campagne organisée visant à accroître les tensions
ethniques et la méfiance à la veille des  élections". Il pense que les partis nationalistes, SDS (serbe), HDZ (croate) et SDA (boshniaque), espèrent ainsi remporter un plus grand nombre de voix. Ces partis ont vu leur score baisser lors des élections en 1996, 1997 et 1998, ainsi qu'aux élections locales en avril dernier.

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DANS LE BLOC CROATE

Dans le bloc croate, malgré les apparences, la lutte entre les durs et les réformistes s'accentue. La déclaration adoptée lors du 6ème congrès du HDZ a paru modérée et acceptable aux protecteurs internationaux : une Bosnie forte, avec une armée et une police uniques, l'opération avec la communauté internationale, etc.. Bref, tout le contraire de la pratique du HDZ en B-H! Le véritable événement à ce congrès fut le discours de Jadranko Prlic, ministre des affaires étrangères de la B-H. Il a accusé les délégués de pratiquer une politique
destructrice suscitant la méfiance de la communauté internationale, et a plaidé en faveur de l'européanisation du parti". Ce qui créa un véritable choc. C'est le général croate responsable de la destruction du pont de Mostar qui lui a répondu, prétendant qu'on ne pouvait pas se fier à la communauté internationale. Résultat: Prlic n'a pas été élu à la présidence du parti, mais a pourtant été coopté à la direction. Considéré comme le chef de file des modérés et le favori des Occidentaux, il a réaffirmé que la Bosnie ne pourrait survivre qu'une fois intégrée à l'Europe. Pourtant, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas oublier le rôle majeur qu'il a joué au sein du HDZ, et
notamment au cours de la guerre menée par la Croatie contre la Bosnie. A ce propos, il s'est déclaré "prêt à évoquer son passé". A l'heure actuelle, les durs du HDZ sont concentrés en Herzégovine (Mostar) et les modérés en Bosnie (Sarajevo). La position du nouveau/ancien chef du parti, Ante Jelavic, membre de la présidence tricéphale de B-H reste équivoque. Il est fort probable que le HDZ perdra encore du terrain aux
élections de novembre, mais ne disparaîtra pas pour autant.

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LA MOSQUEE FERHADIJA

A Banla Luka, la mosquée Ferhadija représentait l'un des plus beaux menuments de l'époque ottomane en Europe. Elle a été entièrement rasée en 1993 par l'armée de la RS dont les autorités refusent sa reconstruction, de crainte d'encourager le retour de réfugiés et de personnes déplacées. Cette possibilité, a déclaré Dodik, premier ministre de la RS, ne pourrait être envisagée qu'après les élections de novembre prochain. Si le Haut représentant W. Petrisch soutient la demande de reconstruction de la mosquée, n'en n'a encore été fait pour permettre le début des travaux. Quant à la communauté islamique de B-H, elle est décidée à agir avec ou sans autorisation.

LE RETOUR DES REFUGIES TOUJOURS PROBLEMATIQUE

Sacir Halilovic (87 ans) et sa femme Mevlida (81 ans) se sont réinstallés à Srebrenica. Ils souhaitent finir leurs jours là où est enterré leur fils, un médecin qui a donné sa vie en évacuant des blessés de guerre. Srebrenica tolère enfin la présence de ce vieux couple de Boshniaques.
Mais 1,1 million d'autres réfugiés (soit un quart de la population originelle) sont toujours dans l'attente de regagner leur foyer en B-H. Ce nombre comprend 800.000 personnes déplacées à l'intérieur du pays. Et s'il est vrai que presque 20.000 retours minoritaires ont eu lieu au cours des six premiers mois de cette année (par rapport à 7.709 dans la même période de 1999), il est clair qu'à ce rythme, la défaite de la "purification ethnique" n'est pas pour demain. L'évêque catholique de Banja-Luka, Franjo Komarica, a déclaré que seuls 1.090 Croates étaient revenus dans la région depuis la fin de la guerre. Et de nombreux acteurs nationaux ou internationaux pensent que, faute d'une amélioration significative cette année, les retours, tels que prévus à Dayton, pourraient ne pas avoir lieu du tout. 
Les principaux obstacles au retour en RS sont le manque de bonne volonté des autorités locales, les menaces de violences et l'impunité accordée à leurs auteurs, et la difficulté pour les personnes qui reviennent de jouir de leurs droits sociaux et économiques. Pour de nombreuses femmes, devenues chefs de famille en raison de la perte de leur époux pendant la guerre, la décision du retour est liée aux problèmes de sécurité des personnes et des biens. La crainte que leurs enfants ne soient l'objet d'intimidations ou de discrimination dans les écoles, le manque d'emplois et de financement pour leur création sont autant d'obstacles supplémentaires aux retours de ceux qui sont devenus "minoritaires" chez eux. 
Les bureaux municipaux chargés de la restitution des biens (les OMI) retardent souvent le traitement des requêtes, les refusent sous divers prétextes, ou encore donnent de fausses informations. De janvier à août 2000, sur 80.000 requêtes pour restitution déposées, seules 6000 ont permis aux familles concernées de récupérer leur propriété en RS. Les décisions positives portent en général sur des maisons endommagées, détruites ou inhabitées.
Autre facteur décourageant : le manque de financement pour la reconstruction. La perspective de vivre dans une tente près des ruines de sa maison, sans eau ni électricité, et sans les fonds nécessaires à sa reconstruction, a découragé plus d'un candidat au retour. Et, malgré le Pacte de Stabilité, l'intérêt des gouvernements donateurs à respecter leurs engagements paraît sur le déclin. Fin août, quelques 28.000 réfugiés vivaient sous des tentes dans l'espoir que leurs maisons seraient reconstruites avant l'hiver. 
 Si un candidat au retour n'obtient pas le financement dont il a besoin pour reconstruire sa maison, il arrive souvent qu'il retourne vivre illégalement dans le logement d'un autre réfugié absent, empêchant le retour de celui-ci. Beaucoup de "retours spontanés" (non-assistés) sont ainsi motivés par des avis d'expulsion. Environ 50 évictions ont lieu chaque semaine.
Les retours en masse de populations boshniaques se font le plus souvent vers des villages vides et dévastés. A Kopace près de Gorazde, des centaines de réfugiés ont vécu plusieurs mois dans des tentes sur la ligne de démarcation, pour faire pression sur les autorités de RS. Certains découragent les retours "sauvages", d'autres les encouragent car rien ne changera sans la pleine implication des réfugiés eux-mêmes.
Fin juillet, quelques jours après les incidents à Janja, plusieurs milliers de réfugiés - de la vallée de Drina notamment - ont manifesté à Tuzla, demandant à récupérer leurs foyers. Tous les orateurs ont souligné que l'Annexe 7 de Dayton (clause traitant du problème des réfugiés) n'était pas appliquée. Ils ont tous déclaré
n'avoir plus confiance ni en la "communauté internationale", ni en les hommes politiques au pouvoir. Ne pouvant rentrer chez eux, les gens cherchent à partir outre-mer. Il y a pourtant de la place pour tout le monde en Bosnie.
Les ONG accusent le gouvernement de Dodik de faire obstacle à ces retours. De son côté, Doris Pack, présidente de la mission du Parlement européen pour la région, a exigé des autorités de la RS qu'elles "accélèrent le processus de retour".
Dans cette situation ' quatre ONG bosniaques viennent de lancer un projet qui devrait permettre de promouvoir ce processus, Il s'agit de créer un groupe d'experts chargé d'informer les réfugiés sur ce que sera leur situation au moment du retour. Ces ONG ont critiqué publiquement les autorités locales et étrangères, ainsi que les agences humanitaires internationales, les taxant d'hypocrisie, et les prévenant contre la validation définitive des résultats de l'épuration ethnique. En Bosnie, l'opinion générale est que sans le retour des réfugiés et personnes déplacées, il n'y aura pas de paix stable et durable.
Miladin Dragicevic, ministre pour les affaires des réfugiés dans le gouvernement de Dodik, a démissionné en août. Il a expliqué ce geste par "l'immense pression" exercée sur lui dans le cadre de la restitution des biens des réfugiés et personnes déplacées. Les autorités internationales en Bosnie exigent en effet de manière catégorique que les biens détournés entre 1992 et 1995 lors de l'épuration ethnique soient restitués. Cela concerne plus particulièrement les maisons et appartements des Bosno-croates et des Boshniaques et il est clair que si leurs
biens ne leur sont pas restitués, les réfugiés ne reviendront pas. Les autorités de RS ont toujours été opposées à la restitution de ces biens, c'est-à-dire opposées au retour.
1.Rapport dAmnesty International, "Sur le pas de la porte : le retour des minorités dans l'est de la Republika Srpska"

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UN INSTITUT DE RECHERCHE SUR LES PERSONNES DISPARUES

Bob Dole, ancien sénateur américain et président de la Commission Internationale pour les personnes disparues (ICMP-International Commission for Missing persons) a inauguré, fin août à Sarajevo, un Institut dédié à la recherche des personnes disparues au cours de la guerre 1992-1995. A cette occasion, Bob Dole déclara que ce projet était "essentiel pour la réconciliation et la paix, et devrait permettre d'apporter un certain réconfort aux milliers de familles qui ne peuvent oublier les horreurs du passé", ne sachant toujours pas ce qui est arrivé à leurs proches.

 

LA SITUATION ECONOMIQUE 

UN AUTOMNE DIFFICILE

En Bosnie, la situation économique et sociale se détériore et le mécontentement monte, souligne le dernier rapport de l'Institute for War and Peace Reporting (IWPR) de Londres. "Tout est trop lent, les structures économiques n'évoluent pas, la dépendance vis à vis de l'aide étrangère (qui sera bientôt diminuée de moitié) est trop importante". La production industrielle ne représente qu'un tiers de celle de 1991, et le revenu par tête d'habitant a été réduit de moitié. Cinquante pour cent de la population active est au
chômage, les faillites se multiplient, les exportations ne couvrent qu'un quart des importations et la dette extérieure est en hausse. Selon le rapport d'IWR, cette situation économique est à l'origine de la grogne sociale, qui risque de se traduire, cet automne, par une série de conflits sociaux. C'est surtout le cas du bassin de Tuzla, premier centre industriel et minier où le chômage atteint son maximum - 70% - et le versement des salaires a pris 40 mois de retard! Pour Suleiman Hrle, dirigeant syndical de B-H, la situation sociale des ouvriers est critique "du fait que l'économie est au bord de la faillite". La situation ne vaut guère mieux en Republika srpska, où les retraités, qui touchent entre 50 et 150 marks par mois, alors qu'il faut compter 468 marks pour nourrir une famille de quatre personnes pendant un mois, ont récemment manifesté. Les syndicats estiment que les directeurs des firmes d'Etat profitent de la privatisation pour faire baisser les prix de ces entreprises et les racheter ensuite eux-mêmes, à des prix très avantageux. En Bosnie, les accusations de corruption ne manquent pas. Le rapport de 11WPR conclut: "La guerre, la destruction du système économique de l'ancienne Yougoslavie, l'absence de véritables autorités et de la démocratie, font que la région occidentale des Balkans devient le principal pivot du crime organisé". Joseph Ingram, directeur de la mission de la Banque Mondiale en B-H a déclaré pour sa part: "La Bosnie-Herzégovine traverse une grave crise financière. B est urgent de prendre des mesures : le déficit budgétaire des deux entités les rapproche de plus en plus de la banqueroute". Un espoir pour les habitants de la B-H: on s'attend à un changement radical après les élections de novembre prochain.

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REGARD SUR LES MEDIAS

LE SOUTIEN DE LA FRANCE À MÉDIA PLAN

Le gouvernement français a décidé d'accorder une aide financière au projet "Un réseau pour le journalisme indépendant et professionnel", élaboré et réalisé par notre partenaire Media Plan, de Sarajevo. Ce projet fait maintenant partie du programme "Démarrage rapide" du Pacte de stabilité. Il a été au centre des entretiens que Zoran Udovicic, directeur général de Media Plan a eu fin juin, au Quai d'Orsay, avec M. Jean-Pierre Farjon, chef du département pour la coopération audiovisuelle et le journalisme. Une convention sera bientôt signée
entre le Quai d'Orsay et Media Plan en vue de préciser les obligations et engagements respectifs, Le "Réseau pour un journalisme indépendant et professionnel dans l'Europe du Sud-Est" comprend des organisations professionnelles de B-H, Slovénie, Croatie, Albanie, Macédoine, Serbie et du Monténégro. L'Ecole de journalisme franco-bosniaque de Sarajevo, qui entame sa troisième année d'existence et se transforme progressivement en une institution régionale, constitue le pivot de ce Réseau. Elle est co-financée par la France et dispose du concours précieux de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille. Les objectifs essentiels du Réseau sont la formation des journalistes, l'analyse régulière du paysage médiatique et l'édition d'un j oumal spécialisé sur les médias de la région.

(Pour plus d'informations: http://www.mp-institut.com )

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UNE CHARTE SUR LA LIBERTÉ DES MÉDIAS

Une "Charte sur la liberté des médias" a été adoptée fin juin der nier par la Table régionale pour la démocratie et les droits de l'homme du Pacte de stabilité, Donald Kursch, adjoint de Hombach, a déclaré à cette occasion
que la promotion de l'indépendance et du pluralisme des médias professionnels représentait l'une des grandes priorités du Pacte. La Charte servira de base aux groupes de travail déjà formés dans tous les pays concernés afin étudier la position des différents médias et de proposer des solutions pour résoudre les questions en suspens.

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RADIO YOUGOSLAVIE N'ÉMET PLUS DE B.H.

Le Haut représentant en B-H a ordonné la fermeture de l'émetteur de Radio Yougoslavie, situé près de Bijeljina et contrôlé par le régime de Belgrade. Selon le porte parole de la Commission internationale pour les médias (IMC), cette station n'avait pas la licence nécessaire pour émettre et a donc été fermée le 19 août dernier. L'émetteur de Radio Yougoslavie, dont le siège est à Belgrade, avait été installé il y a de cela 16 ans. Il émettait des programmes en 14 langues et constituait le plus important outil de propagande du régime de Milosevic. Il est étonnant de constater que la communauté internationale" ait laissé si longtemps cette arme à la disposition de Milosevic, jusqu'à cinq ans après Dayton!

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A L'ATTENTION DF R S F
Reporters sans Frontières s'est publiquement indigné de la fermeture de l'émetteur de Radio Yougoslavie.. Nous leur avons écrit:
Nous sommes choqués par votre protestation suite à, la fermeture de radio Yougoslavie. Cette radio est aux mains du régime de Milosevic, il est tout à fait courageux de la part de Petrisch de refuser les médias appelant à la haine raciale et aux crimes. Il n'y a aucune tolérance à avoir avec les criminels, la tolérance vis à vis du régime de Milosevic a assez duré. Une "presse" qui manipule les sentiments nationalistes et pousse aux crimes doit être responsable devant la loi de tels crimes. Vous devriez au contraire demander la fermeture des médias appelant au crime, On connatt la responsabilité de la presse dans certaines formes de violence politique.( ... ) Le moment est mal venu pour toutes les formes de collaboration avec le régime de Milosevic. Ces positions datent d'une autre époque: celle de Mitterrand. Merci de rectifier votre appel, ou du moins de vous expliquer sur votre position.

Croatie

MESIC ET RACAN AUX U.S.A.

Le président de la Croatie, S. Mesic, et son premier ministre I. Racan se sont rendus aux Etats-Unis au mois
d'août dernier. Ils ont été reçus par le président Clinton, la Secrétaire d'Etat Albright, l'ambassadeur Holbrooke. L'entretien à la Maison Blanche a été pour le président américain l'occasion de réaffirmer le soutien de l'Amérique à la nouvelle direction croate. Selon Mme Albright, "la Croatie est devenue, en quelques mois
seulement, l'une des principales forces de stabilisation et de démocratisation dans la région"; ce que les Etats-Unis encouragent ouvertement. 
Au cours de ces entretiens, il a été question de la mise en oeuvre des accords de Dayton, dont la Croatie est signataire, pour conclure, selon la presse de Zagreb, que le problème majeur à l'heure actuelle était l'unification des trois armées en B-H. L'Amérique ne serait pas favorable à la révision des accords, tout en se déclarant prête à accepter certains amendements, si cela devait permettre d'en accélérer la mise en oeuvre. 
La rencontre qui a suivi avec un important groupe d'hommes d'affaires est le prélude à une nouvelle visite de Racan à Washington au cours de l'automne prochain. Il sera alors accompagné d'une délégation d'experts économiques croates. 

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LA CROATIE ET LA BOSNIE

Le Premier ministre croate Racan a effectué une visite de travail en Bosnie fin juillet, au cours de laquelle furent signés des accords portant sur la coopération douanière et sur l'extradition des personnes ayant franchi illégalement les frontières entre les deux pays.
Un accord commercial devrait être signé avant la fin 2000. La partie bosniaque aurait insisté pour que le parlement croate ratifie l'accord, déjà conclu, sur l'utilisation par la B-H du port de Ploce (sur l'Adriatique), La presse de Sarajevo estime que la visite de Racan "a constitué un bon début pour la recherche des solutions aux graves problèmes économiques entre les deux pays". Racan a réitéré le soutien de la Croatie "à une Bosnie stable, démocratique et soucieuse de respecter l'égalité de ses trois peuples constitutifs" (boshniaque, croate et serbe).
Par ailleurs, Jozo Rados, ministre de la défense, a déclaré que la Croatie verserait cette année 300 millions de Kunas (environ 70 millions de Francs) pour aider au financement des unités croates faisant partie de l'armée de la Fédération de B-H. Cela devrait permettre le versement régulier des salaires. Le ministre a pourtant précisé: "C'est au parlement et au gouvernement qu'il appartiendra de décider s'il faut diminuer ou même stopper cette aide. La clause constitutionnelle traitant de l'aide aux Bosno-croates devrait se limiter aux seuls domaines économique, culturel et scientifique". Il a finalement déclaré que "chaque pays devrait être en mesure de financer sa propre armée". C'est la première fois qu'un haut fonctionnaire fait une telle déclaration.
Signalons enfin que le gouvernement a décidé de rappeler 35 des ambassadeurs et consuls nommés par Tudjman. La liste n'est pas encore connue, mais la presse de Zagreb rapporte que les ambassadeur et consul croates en B-H ont déjà été rappelés.

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DES SIGNES ENCOURAGEANTS DU GOUVERNEMENT CROATE

Une action sans précédent de la police croate a abouti à l'arrestation de dizaines de personnes suspectées de crimes de guerre en Croatie et Bosnie.
Parmi eux, certains extrémistes comme Ignac Kostroman et Ivan Andabak,, accusés d'avoir commis des atrocités en BH en 1993, Tihomir Oreskovic, lui, est accusé d'avoir participé au récent assassinat à Gospic de Mladen Levar, considéré comme un témoin clé dans l'affaire de l'extermination des Serbes à Gospic en 1995.
Les arrestations ont eu lieu quelques jours après la visite à Zagreb de Carla del Ponte, procureur du TPI.
En outre, on apprend que le gouvernement croate va rappeler 35 ambassadeurs et consuls croates. La liste n'en est pas encore publiée mais on sait que l'ambassadeur et tous les consuls croates en Bosnie sont déjà rappelés.

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LA CROATIE ET LA R.F.Y.

Le ministre de la défense croate, Jozo Rados, a déclaré que la Croatie serait prête à accepter un "statut spécial" pour la presqu'île de Prevlaka, qui contrôle l'accès au golfe de Kotor, la grande base navale de la RFY. Des représentants des Nations Unies y sont actuellement déployés et la Croatie aimerait régler rapidement ce problème. Elle serait prête à accepter l'idée d'une zone démilitarisée, mais la Serbie ne semble pas intéressée. L'agence SENSE nous apprend que les présidents Mesic et Djukanovic se sont mis d'accord à New York pour faire de Prevlaka une zone de coopération touristique, ouverte aux investisseurs étrangers.

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Serbie

UN LIVRE BLANC SUR LE REGNE DE MILOSEVIC

 Le groupe 17 de Belgrade, regroupant les meilleurs économistes de Serbie, a publié un Livre blanc sur le règne de Milosevic, analyse des avatars économiques et sociaux catastrophiques depuis l'arrivée de Milosevic au pouvoir. En 1999, la production serbe ne représentait plus que 33% de celle de 1989. L'industrie fut pratiquement détruite par la politique néfaste du gouvernement, la destruction de la Yougoslavie, l'hyper-inflation, les guerres contre ses voisins, les sanctions économiques internationales et les bombardements de 1999. Des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers d'invalides, d'innombrables réfugies, un niveau de vie se situant à peine au seuil de pauvreté, tout cela fait aussi partie du bilan de Milosevic.
A moins d'un prochain changement politique, il faudra presque 40 ans pour que la Serbie retrouve le niveau de production de 1987, estime le Groupe 17. Le taux de chômage est de 32%, le plus élevé en Europe. A la fin des années 80, il y avait trois employés pour un retraité, le rapport actuel est de 1,5 employé pour 1 retraité, La Serbie occupe la première place en Europe pour ce qui est de la corruption !

Avant l'éclatement de de l'Ex-Yougoslavie, en Serbie, le produit brut était deux fois supérieur à celui de la Slovénie. Actuellement, le produit brut slovène est dix fois supérieur à celui de la Serbie. Le salaire mensuel moyen en Slovénie est de 1000 DM, contre 90 DM. en Serbie, alors qu'il se situait à 752 DM en 1990, lorsque le gouvernement yougoslave était présidé par Ante Markovic. Il faudrait à un citoyen serbe l'équivalent de 70 mois de salaire mensuels pour pouvoir s'offrir une Yougo, la voiture la plus populaire de ce pays. Cette année, la valeur de la dette extérieure dépassera celle du produit intérieur. La dette intérieure atteint 7 milliards de DM. Le Groupe 17 conclut son analyse en soulignant la responsabilité de la  "communauté internationale" dans cette situation catastrophique, qui a souvent favorisé Milosevic et son establishment, tout en ayant conscience que cela n'était pas dans l'intérêt de la population.

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Macédoine

ELECTIONS CONTESTEES EN MACEDOINE

L'opposition menée par le parti social-démocrate de Macédoine revendique la victoire pour le premier tour des élections municipales du 10 Septembre. Elle affirme l'avoir emporté à Skopje comme dans d'autres grandes villes du pays et demande en conséquence des élections parlementaires anticipées. La coalition gouvernementale composée du VMRO-DPMNE, de l'Alternative démocratique et du Parti démocratique des Albanais, qui prétend de son côté avoir fait jeu égal avec l'opposition en nombre de suffrages exprimés, a rejeté cette revendication. Le Premier ministre Georgievski s'était engagé à provoquer de nouvelles élections si l'opposition devançait la majorité de plus de 10% des voix. Les observateurs internationaux ont relevé de nombreuses irrégularités. Des incidents ont eu lieu, notamment en Macédoine occidentale où des heurts ont opposé les formations rivales albanophones. L'opposition menée par Branko Crvenkovski avait mené une grande partie de sa campagne électorale sur le thème, très porteur en Macédoine, de la menace de l'indépendance du Kosovo et
de la Grande Albanie.

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La vie du TPIY

MIROSLAV FILIPOVIC ET LA VÉRITÉ VICTIMES DU RÉGIME

"Un réserviste a aligné environ 30 femmes et enfants albanais contre un mur... Il a appuyé sur la gâchette. Les
balles de 1.3 cm ont déchiqueté leurs corps. "
"[Des villageois albanais expulsés] se tenaient en rang le long de la route. Un réserviste surnommé Crni s'est approché d'un vieil homme qui portait un enfant âgé de trois ou quatre ans. Il a arraché le bambin des bras de  l'homme et réclamé une rançon de 20.000 deutschemarks.
L' Albanais n'en possédait que 5000. Crni a attrapé l'enfant par les cheveux, sorti un couteau et lui a tranché la tête".
Si la campagne de "purification ethnique" était rythmée au Kosovo, comme en Bosnie, par des horreurs pareilles, ce qui peut surprendre c!est que les citations ci-dessus viennent des officiers serbes. Ils répondaient à une enquête de l'armée pour évaluer leur moral. "Je ne sais pas comment je vais pouvoir vivre avec ces souvenirs," commente l'un d'eux. Selon les témoignages de ces officiers, la JNA a été responsable de la mort d'au moins 800 enfants albanais âgés de moins de cinq ans.
Basés sur un rapport des services de Renseignements de l'armée yougoslave, ces propos ont été rapportés par Miroslav Filipovic dans le bulletin du IWPR (Institute for War & Peace Reporting) le 4 avril 2000. Le 26 juillet, Filipovic a été condamné par un tribunal militaire à 7 ans de prison pour "espionnage" et "diffusion de fausses informations".
Filipovic, journaliste pour Danas et correspondant pour le IWPR (Londres) et pour l'AFP, souffre d'une maladie cardiaque. Il a perdu 20 kg depuis sa détention en mai, et il risque de mourir s'il ne reçoit pas de soins adéquats.

Pour mieux s'informer sur Filipovic et pour signer une pétition pour sa libération, voir le site http://www.iwpr.net/

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DEUX JURYS AMÉRICAINS CONDAMNENT KARAZIC A PLUS DE 5 MILLIARDS DE DOLLARS D'AMENDE

Le 15 avril 1992, S. Kadic, une citoyenne croato-musulmane de BiH, rentre chez elle tenant dans ses bras l'un de ses fils jumeaux, âgé de 3 mois, quand elle rencontre 4 soldats serbes qui, bloquant son chemin, exigent on enfant. Devant son refus, de le leur livrer, les soldats assassinent sauvagement le bébé dans les bras de sa mère., Quelques jours plus tard, en essayant de fuir avec le jumeau survivant, Mme Kadic est capturée et emmenée, avec l'enfant, dans un camp souterrain, où, pendant 21 jours, elle est violée au moins dix fois par jour, ne
recevant rien à manger pendant ce temps. Plus tard, elle apprendra qu'elle est enceinte suite à ces viols.
En mars 1993, Mme Kadic, avec d'autres femmes également victimes de viols et tortures infligés dans le cadre de la politique génocidaire de Radovan Karadzic, portent plainte contre celui-ci pour dommages corporels. La possibilité de cette action est fondée dans deux lois américaines. Le Alien Tort Claims Act permet aux non-citoyens des Etats-Unis à porter plainte pour dommages résultant des violations du droit international, tandis que la Torture Victim Protection Act prévoit de porter plainte contre les auteurs de tortures ou de meurtres commis sous l'autorité d'une puissance étrangère.
La plainte et la citation à comparaître ont été signifiées à Karadzic lors d'une visite à New York en 1993. Karadzic a refusé de participer au procès, ce qui a permis au juge de trancher pour la partie plaignante par défaut.
Le 10 août 2000, le jury a accordé $745 millions aux victimes. "Nous allons faire tout notre possible pour savoir où  [Karadzic] tient ses actifs" a déclaré l'avocate Maria Vullo. Le procès, intenté par 12 individus et 3 associations de survivants, a eu lieu dans un tribunal fédéral à New York.

Une deuxième action contre Karadzic portée par 22 autres victimes a donné lieu le 26 septembre à une condamnation à payer 4,5 milliards de dollars aux survivants et descendants des victimes du génocide.
A chaque fois c'est en sa qualité de président que Karazic a été jugé responsable des forces militaires bosno-serbes qui commirent ces crimes.

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RÉACTIONS DE RACAN ET PRLIC AU SOMMET EURO-BALKANIQUE

Le premier ministre croate, Ivica Racan, espère que le sommet eurobalkanique aboutira à quelque chose "de concret".
Commentant pour la télévision croate l'initiative de Chirac (cf le n' 88-89), il a insisté pour que les participants viennent à ce sommet "en sachant ce qu'ils veulent", qu'il soit procédé à une analyse de la situation dans la région et que l'on propose de vraies solutions aux problèmes. 
Racan a fortement souligné l'opposition de la Croatie à toute intégration "yougoslave" ou balkanique. Selon l'IMTR (Iristitute for War and Peace Reporting), Racan redoute en effet que ce sommet puisse servir à une "réintégration" de la Serbie, surtout si l'opposition devait remporter les élections de septembre en Serbie. La communauté internationale s'empresserait alors de "récupérer" Belgrade. 
Auquel cas les nationalistes croates s'en prendraient violemment au nouveau régime ce qui lui ferait courir un risque à la veille des élections municipales en Croatie, prévues pour le début 2001.
Mais I'IWPR note également que le président Mesic et le ministre des affaires étrangères Picula ont salué l'initiative de Chirac, estimant que ce sommet pourrait contribuer à accélérer le processus d'intégration de la Croatie l'Europe. 
De son côté, Jadranko Prlic, ministre des affaires étrangères de B-H, estime que le sommet euro-balkanique doit étudier les problèmes liés au développement de la région. Dans une déclaration exclusive à l'agence SENSE, il a présenté plusieurs suggestions concrètes : avoir une vision globale de l'européanisation de la région, préciser les facilités à accorder aux produits de la région sur les marchés de l'UE, revoir les modèles d'association -associa-
tion asymétrique, ou même confédération - étudier l'idée de créer une "Commission pour les Balkans occidentaux" composée de représentants de ces pays et ayant à sa tête une personnalité qui aurait rang de commissaire.

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International

PACTE DE STABILITÉ : UN BILAN NUANCÉ

Un an après la création du Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud Est (signé à Sarajevo en juillet 1999), un premier bilan en a été dressé par l'Union Européenne et les pays de la région. Bodo Hombach, coordonnateur spécial du Pacte, a déclaré : "Nous sommes sur la bonne voie. Le Pacte de stabilité est devenu un véritable catalyseur et une force motrice, particulièrement comme cadre de coopération à moyen et long terme entre tous ses partenaires, dont les objectifs sont la paix, la prospérité et la coopération régionale dans l'Europe du Sud-Est, ainsi que son inclusion dans les structures euro-atlantiques".
Hombach estime que les réalisations ont été "rapides et visibles" : 2,4 milliards d'euros ont été assurés pour les projets de "démarrage rapide" (200), qui seront mis en oeuvre d'ici avril 2001. Il estime tout aussi important de développer les institutions démocratiques, d'assurer la liberté des médias, de créer un climat favorable aux investissements et d'encourager la coopération frontalière ; 50 projets sur ces projets ont été déjà lancés. Hombach a également souligné la nécessité de mettre fin aux propos pessimistes et négatifs 
"Une bonne nouvelle ne fait jamais la une", a -t-il déclaré, tout en précisant que rien ne pourrait être accompli sans un engagement plus poussé des pays de la région en faveur de la démocratie et des droits de l'homme, de l'économie et de la sécurité.
Un bilan plus réservé a été présenté par le réseau SEEPIN (South East European Polîcy Institutes Network) lors d'une réunion en juin dernier à Ohrid (Macédoine). Les participants ont confirmé leur appui au Pacte de Stabilité, le considérant comme "une initiative cruciale pour accélérer et parachever l'intégration politique et économique de la région à l'Europe plus développée". Ils ont pourtant exprimé leur déception devant la "lenteur et le développement inadéquat des initiatives du Pacte de stabilité, dus au manque d'engagement et d'efficacité, tant des bénéficiaires que des donateurs".

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RÉACTIONS DE LA BOSNIE

Bisera Turkovic, ministre de l'intégration européenne du gouvernement central de B-H, a déclaré que la Bosnie pouvait se féliciter des résultats de la première année du Pacte, puisqu'elle s'est vue attribuer 511 millions de DM pour réaliser ses projets. La Bosnie devrait recevoir, l'année prochaine, plus de 620 millions de DM. Pourtant la ministre a souligné que la B-H devrait s'engager plus encore pour renforcer la coordination entre les deux entités, créer un marché commun, permettre le retour des réfugiés, le respect de la démocratie et des droits de l'homme, oeuvrer aussi pour promouvoir la coopération avec les pays de la région. "Il nous faut être conscients du fait que si quelque chose ne fonctionne pas, la faute nous en revient", a souligné Mme Turkovic. Pour le ministre des affaires étrangères Jadranko Prlic, la situation s'est améliorée par rapport à l'année dernière, mais ne répond toujours pas aux espoirs. L'afflux des capitaux a doublé, l'action engagée pour prévenir la corruption se poursuit, plusieurs initiatives visent à accélérer le processus de démocratisation, mais le Sud-Est reste la région la plus pauvre de l'Europe, estime Prlic, qui réclame l'ouverture des marchés de l'Union européenne aux produits de la région du Sud-Est. (N.D.L.R. Une décision en ce sens vient d'être prise par les Ministres des Affàires étrangères de l'Union européenne)

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CLINTON SOUTIENT LAGUMDZIJA

Zlatko Lagumdzija, président du SDP B-H comptait parmi les quelques centaines de personnalités étrangères invitées à la récente Convention Démocrate à Los Angeles. Dans une allocution prononcée au cours du déjeuner offert aux hôtes étrangers, le Président Clinton a rendu hommage à Z. Lagumdzija, le désignant comme "l'éminent leader du plus important des partis multiethniques, un parti d'avenir". La plate-forme adoptée par la Convention stipule que l'objectif, en Bosnie, est "de maintenir une paix durable et d'appliquer les accords de Dayton".

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EN MARGE DU PACTE
Afin de contribuer à la mise en oeuvre du Pacte de stabilité, le gouvernement américain et la Fondation Soros ont signé un accord sur la constitution d'un Fonds pour l'Europe du Sud-Est (SEEF), dont le capital (150 millions de $) sera utilisé pour soutenir les projets de privatisation dans cette région. Le porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que le SEEF pourrait constituer "un outil idéal pour nouer des liens entre le capital américain et les hommes d'affaires du Sud-Est européen. Le fonds est ouvert à tous les pays de la région, à l'exception de la Serbie, qui pourra s'y joindre après le départ de Milosevic.

L'ONU DEMANDE DES MOYENS POUR LA PAIX

Si l'ONU a été fondée pour "préserver les générations futures du fléau de la guerre", selon sa Charte, elle n'aura pas les moyens de relever ce défi sans un engagement renouvelé de la part de ses membres, des changements institutionnels importants et un appui financier plus solide. Tel est le message du Rapport du Groupe d'étude sur les opérations de paix de l'ONU commandé par Kofi Annan et publié fin août 2001.
L'ambassadeur algérien Lakhdar Brahimi, président du Groupe d'étude, trouve "scandaleux" le fait que l'ONU, qui appartient à toute l'humanité, n'arrive pas à se payer le personnel suffisant pour établir la paix et la sécurité, tandis que les Etats membres dépensent près de $800 milliards sur leurs forces armées. 
Quelques extraits du rapport:
- Les meilleures intentions du monde ne sauraient remplacer l'élément essentiel à leur succès : la crédibilité que donne la capacité d'agir.
- Les recommandations du rapport n'auront un impact durable que si les Etats Membres mobilisent la volonté politique d'appuyer l'ONU sur les plans politique, financier et opérationnel afin de lui permettre de devenir une force de paix véritablement crédible.
- Rien n'a été plus préjudiciable à la réputation et à la crédibilité de l'ONU en matière de maintien de la paix au fil des années 1990 que sa réticence à distinguer entre la victime et son agresseur. 
- Les mandats devraient préciser qu'une opération donnée est autorisée à employer la force.
- Les soldats de la paix de l'ONU - militaires ou policiers - qui sont témoins de violences à l'égard de civils devraient jouir d'une autorisation implicite de faire cesser ces violences. 
- Lorsque le Secrétariat formule des recommandations concernant les effectifs et autres moyens nécessités par une mission nouvelle, il doit dire au Conseil de sécurité ce que ce dernier doit savoir plutôt que ce qu'il veut entendre, et il doit estimer ces effectifs et autres moyens sur la base de scénarios réalistes. 
- Le Conseil devrait différer l'adoption de son projet de résolution jusqu'à ce que le Secrétaire général confirme qu'il a reçu des Etats Membres suffisamment de promesses de contribuer des troupes et autres moyens.
Le rapport termine sur 20 recommandations précises en matière de restructuration et de financement. A voir si les Etats membres auront le courage de donner suite.
Le rapport peut être consulté sur le sîte del'ONU, < http://www.un.org >

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Culture

A voir:
Seize artistes de Mitrovica-Kosovo à la galerie Le Lys (12-14, rue St Louis en l'lie, Paris 4e) : exposition sous le haut parainnage de Jack Lang, ministre de l'Education nationale, et du Département des actions civilo-militaires du ministère de la Défense. Vernissage le 28 septembre à 19h, jusqu'au 28 octobre.
Un documentaire sur Srebrenica passe actuellement au cinéma MK 2 à Beaubourg, tous les jours 12.00. Il semble têts intéressant. 

A lire:
Abel et Lise, roman de Vidosav Stevanovic, paraît aux éditions Fayard en septembre. C'est l'histoire d'un amour impossible, entre Tirana et Belgrade. Chez le même éditeur, en octobre, est annoncé un essai du même auteur : Milosevic, une épitaphe. De Predrag Matvejevitch, toujours chez Fayard, vient de sortir un essai : Séminaire européen (ballades méditerranéennes). 
Pour cet automne, on annonce aux éditions Laffont l'Age du sable, un conte à tiroirs de Dzevad Karahasan, auteur bosniaque.

A visiter :
Le site www.amnistia.net , journal quotidien illustré, se présente comme une île sans Etat où s'est réfugiée une rédaction évadée. Ce site met en ligne des articles documentés avec des points de vue alternatifs. A consulter son dossier spécial Balkans (seul reproche, il n'est plus très à jour), avec en particulier les articles « Le Monde Diplo et les amis de Slobo » de Patrick Farrel, et « L'extrême-droite française et la guerre dans les Balkans, engagés pour le pire » de Didier Daeninckx, où nous retrouvons nos habituels défenseurs de la grande Serbie avec tout leur parcours idéologique en prime. On n'est pas toujours d'accord avec les positions de la rédaction, mais elle a le mérite rare de donner des infos qu'on ne trouve nulle part ailleurs - sauf dans notre Lettre, évidemment, mais chez anu-iistia.net, elles sont davantage orientées sur ce qui crapote au fond des marécages de notre doulce France. C'est une sorte de who's who d'antisémites, négationnistes, fascistes et nazis de tout poil, avec textes originaux à l'appui et liens vers d'autres sites que nous connaissons bien. Une bouffée d'air frais par rapport aux médias institutionnels, soufflée par des gens sérieux, compétents et, ce qui ne gâte rien, militants. 

UN FESTIVAL DU FILM A SARAJEVO
Le Sixième Festival du film de Sarajevo s'est tenu du 19 au 27 août. 115 films produits dans 35 pays du monde y ont été présentés. Les organisateurs soulignent avec satisfaction le grand nombre de productions "indépendantes", ainsi que les nombreuses oeuvres provenant du Sud-Est de l'Europe. Pour la première fois, un
Festival de télévision s'est tenu parallèlement dans le cadre du Festival. Toutes les télévisions publiques des Etat voisins y étaient représentées. La grande surprise fat la participation de la Radiotélévision officielle de Serbie. Sarajevo a ainsi apporté sa contribution, dans le domaine cinématographique, au concept d'association régionale, auquel on est ici très attaché.
Le premier Festival du Fihn de Sarajevo avait eu lieu en 1995, organisé par des bénévoles du "Centre d'art Opale'.' La guerre durait encore, les films étaient acheminés à Sarajevo par le fameux tunnel sous la piste de l'aéroport, et les spectateurs venaient assister aux projections sous une pluie de grenades, visés par les snipers. Comble de l'absurde, aucun d'eux ne savait s'il pourrait rentrer vivant chez lui. Les personnalités suivantes ont assisté cette année au Festival du film à Sarajevo: l'acteur américain William Defoele réalisateur anglais Mike Leigh et Steve Buscemi, de New York. La plus grande vedette a sans aucun doute été le leader du groupe U2, Bono Vox, dont c'était la troisième visite dans la capitale bosniaque, où il avait donné un concert en 1997, devant 40.000 spectateurs. Bono assurait la promotion de son filin "Un hôtel d'un million de dollars", dont il a écrit la musique et le scénario. 

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