Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 101 septembre 2001

LES REACTIONS EN BOSNIE

La vague d'attentats-suicides contre les Etats-Unis ne souffre pas la moindre justification. Parmi la masse d'interrogations et de réflexions qu'elle suscite, on n'évoquera ici que quelques points qui concernent directement la situation des pays de l'ex-Yougoslavie. Il y a, d'une part, les interprétations falsifiées des conflits qui ont déchiré cet espace et qui s'y poursuivent. Il y a, d'autre par~ les incidences régionales du bouleversement de la scène internationale qui se prépare, dont il est difficile de prévoir les formes, l'étendue et les conséquences.
La thèse du "choc des civilisations" et, plus précisément, celle de l'affrontement de l'Islam et de l'Occident a trouvé, ces dernières années, un terrain d'élection dans les Balkans. Elle a été au cœur de l'argumentaire des nationalismes serbe et croate pour légitimer leurs guerres contre les Bosniaques ou les Albanais du Kosovo. L'amalgame produit par les glissements sémantiques constitutifs de la chaîne "Musulmans islam - islamisme -terrorisme"est couramment brandi dans la région, comme explication de la violence qui l'a ravagée.
Cette vision de l'Histoire est contredite par les chercheurs les moins engagés dans des "causes" à défendre, à l'exemple des auteurs" d'un ouvrage qui vient de paraître : "Le nouvel islam balkanique : les musulmans, acteurs du post-communisme, 1990-2000", sous la direction de Xavier Bougarel et Nathalie Clayer.- Ed, Maisonneuve et Larose.
S'il n'est pas niable que des groupes islamistes radicaux, bosniaques et étrangers, ont voulu tirer profit de l'état de guerre en Bosnie, il est avéré que leur entreprise a avorté. X. Bougarel conclut à un échec de la tentative de ré-islamisation de la société bosniaque.
S'agissant du Kosovo et de la Macédoine, N. Clayer affirme que "l'islam n'est pas au centre des conflits ou des tensions entre Albanais et Serbes au Kosovo, ou entre Albanais et Macédoniens en Macédoine." (p.177) Elle considère (p. 176) que dans la région " ce serait même le danger d'une solidarité orthodoxe plutôt qu'islamique qui pose problème".
Il n'en reste pas moins que l'image de la Bosnie, du Kosovo et de la Macédoine comme foyers de contagion islamiste en Europe est présente dans bien des esprits et exploitée par des commentateurs orientés et des balkanologues d'occasion qui trouvent une écoute auprès d'une opinion et de milieux politiques généralement peu informés de ces questions. C'est ainsi que le ministre de l'intérieur de Serbie "révèle" à point nommé l'existence de six bases terroristes relevant de Ben Laden, deux en Bosnie-Herzégovine, deux au Kosovo et deux en Albanie. Nejbosa Covic, chargé de la question du Kosovo dans le gouvernement de Djindjic, établit pour sa part un lien entre la "violence contre New-York et celle qui se manifeste quotidiennement au Kosovo et en Macédoine". Vojislav Kostunica ne manque pas de renchérir, dans une veine qui lui est familière. Il y a de quoi réhabiliter la politique de Milosevic et, pourquoi pas, extraire celui-ci de sa cellule pour le ranger, auprès de Poutine et de Sharon, parmi les conseillers les plus experts en matière de lutte anti-terroriste....
Sans aller aussi loin, l'idée d'une recomposition des alliances est dans l'air, qui pourrait aboutir dans les Balkans à de singuliers effets avec, au bout, le risque de renouvellement d'un cycle de violences plutôt que leur apaisement. C'est le danger que provoquerait par exemple une politique qui réinstallerait la Serbie dans le rôle de gardien de l'ordre local.
Mais le pire n'est pas toujours sûr. Si l'Union européenne et l'OTAN s'engagent suffisamment pour maintenir et consolider le processus de règlement du conflit en Macédoine, la preuve sera faite qu'il est possible de surmonter les problèmes existants par des solutions pacifiques, prenant en compte les aspirations légitimes de tous les citoyens et peuples de la région. Le chef de l'UNMIK (la mission de l'ONU au Kosovo) vient, par ailleurs, de doucher les espoirs des autorités de Belgrade de voir leur police reprendre bientôt pied au Kosovo.
La réalité inéluctable de l'imbrication planétaire des périls et des responsabilités s'impose peut-être comme l'un des principaux enseignements de ce 11 septembre, à l'adresse de tous les citoyens de ce monde. L'épouvante qui les a saisis, pas tous il est vrai, au spectacle de l'effondrement, en direct, des tours de Manhattan les incitera-telle à se représenter ce qu'ont été d'autres destructions et massacres de masse récents, non ou peu filmés ? L'opération lancée contre les instigateurs de la catastrophe du 11 septembre rappellera-t-elle que des inculpés de crimes contre l'humanité se promènent en toute impunité, sans avoir besoin de s'abriter dans d'inaccessibles repaires afghans? L'un d'entre eux occupe même une résidence officielle à Belgrade, au titre de Président de la République de Serbie.

 

Sommaire

EDITORIAL

BOSNIE
LES REACTIONS EN BOSNIE
PARTENARIAT B-H- COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
LA SITUATION ÉCONOMIQUE EN BOSNIE
LA BOSNIE A ENFIN UNE LOI ÉLECTORALE !
GRAND REMANIEMENT DIPLOMATIQUE EN BOSNIE
JUMELAGE SARAJEVO - SERRE-CHEVALIER
' NO MANS LAND '
LE RETOUR
UN PAS EN AVANT
LE LONG CALVAIRE DES SURVIVANTS DE SREBRENICA
TOUJOURS LE SILENCE ABSOLU

"LE PRÉSIDENT KOSTUNICA, PILIER DU FASCISME"

IN MEMORIAM

VIE DES COLLECTIFS

Calendrier
A lire
Cinéma
Danis Tanovic : Chevalier des Arts et lettres
Un squat pour la paix

 

Bosnie

LES REACTIONS EN BOSNIE

La Bosnie-Herzégovine a réagi aux bombardements à New-York et Washington à l'image de l'ensemble de l'Europe. Nous présentons ici le point de vue de Zlatko Lagumdzija, Premier ministre, ainsi qu'un commentaire du quotidien oslobodjenje.
" La lutte contre le terrorisme sert aussi les intérêts des citoyens et de l'Etat bosniaques. Nous partageons entièrement les sentiments des victimes innocentes de ces attaques terroristes ... La Bosnie-Herzégovine est prête et résolue à lutter contre les origines des actes terroristes et leurs réseaux dans le monde ... La B-H n'a jamais hébergé et n'hébergera jamais des personnes appartenant à des réseaux terroristes ... Nous nous joignons à la coalition internationale contre le terrorisme", a déclaré à Sarajevo Zlatko Lagumdzija, soulignant que les autorités bosniaques participent déjà à l'enquête en cours. il a enfin exprimé sa profonde conviction que les Etats-Unis d'Amérique ne changeront pas leur politique vis-à-vis de la Bosnie (NDLR : faisant ainsi allusion aux déclarations du chef de l'église catholique en Bosnie, le cardinal Puljic, qui a demandé aux Américains de renier les accords de Dayton et de créer une "entité croate" en Bosnie). Il a qualifie de mensongères et malveillantes les affirmations selon lesquelles la B-H aurait accordé l'asile à certains terroristes. Le point de vue exprimé par Lagumdzija s'est vu confirmé par Mme Janet Bogue, adjointe au Sous-secrétaire d'Etat américain, en visite à Sarajevo. Elle a déclaré que les polices américaine et bosniaque collaborent déjà et a par ailleurs assuré que les Américains resteraient en BH et que l'aide américaine ne serait pas détournée de la B-H, comme certains voudraient le laisser entendre. Par ailleurs, le gouvernement bosniaque a catégoriquement démenti les rumeurs selon lesquelles la Bosnie aurait accordé un passeport à Ben Laden en 1993.

Dans un commentaire intitulé "Radovan Ben Laden", le quotidien Oslobodjenje écrit: "Voilà une occasion de rappeler une vérité connue de tous, à savoir que deux bandits de gabarit mondial se cachent depuis des années en Bosnie, deux hommes dont la responsabilité n'est pas moindre que celle de Ben Laden ; elle est en fait plus grande. L'un s'appelle Radovan Karadzic, l'autre Ratko Mladic. Le Tribunal de La Haye les recherche pour crimes de guerre, mais tous deux ont réussi jusqu'ici à échapper à la justice grâce, en grande partie, aux Etats-Unis ( ... ) Hollbrooke (NDLR: considéré comme "le père des accords de Dayton") a annoncé à diverses reprises l'arrestation imminente de Karadzic ! Cette arrestation n'a évidemment jamais eu lieu et Radovan Ben Laden continue à diriger le SDS (Parti démocratique serbe, actuellement au pouvoir en Republika srpska, l'entité serbe de la BH)". Doutant que l'Occident se décide un jour à arrêter Karadzic et Mladic, le commentateur du journal Oslobodjenje conclut en se demandant ce que peuvent espérer les victimes de ces deux criminels : " Il ne leur reste qu'à attendre l'issue de la chasse américaine contre Ben Laden".

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PARTENARIAT B-H- COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Pour la première fois la "communauté internationale" (CI) a accepté le terme de partenariat dans ses rapports avec la Bosnie. Lors de la dernière réunion du Conseil d'administration pour la mise en oeuvre des accords de Dayton, mi-septembre, qui a réuni le Premier ministre de B-H Lagumdzija, les premiers ministres des deux entités, le président de la FB-H, plusieurs ministres et des représentants des puissances protectrices sous la présidence du Haut représentant Wolfgang Petritsch. Dans le communiqué publié ultérieurement, les participants ont réitéré "leur plein soutien" à l'idée du gouvernement bosniaque de développer la coopération entre les autorités de B-H et la CI sur la base d'un partenariat. Jusque là celles-ci se contentaient de donner des ordres et de qualifier les autorités de B-H de mauvais exécuteurs. Le Premier ministre Lagumdzija a déclaré au terme de cette réunion : "Nous sommes tous d'accord sur le fait qu'il s'agit là d'une nouvelle situation. S'il en est ainsi, alors la communauté internationale devra suivre le chemin que nous lui indiquerons ... Nous tenons à prouver que nous pouvons réussir par nous-mêmes. Nous attendons de la communauté internationale qu'elle nous soutienne et nous aide, et non qu'elle tienne le rôle principal et ait toujours le dernier mot". Le CI a particulièrement salué l'adoption de la loi électorale et a exhorté le gouvernement de B-H à créer les services professionnels de l'Etat correspondant. Le gouvernement bosniaque serait favorable à l'idée de regrouper, autour du Haut représentant, les fonctions politiques des institutions internationales (OHR, EU, OSCE, les banques internationales, etc.) dans le but d'harmoniser les positions de la CI et d'accélérer ses interventions.

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LA SITUATION ÉCONOMIQUE EN BOSNIE

Où en est l'économie bosniaque ? Pourquoi le capital étranger n'arrive-t-il pas? Et la privatisation ? Quel est le véritable rôle de la "communauté internationale ? Les réponses à ces questions, qui préoccupent surtout les Bosniaques, demeurent toujours partielles. En essayant d'y répondre, le très sérieux ICG (International Crisis Group), a constaté qu'il n'y avait toujours pas de véritable transition, alors que celle-ci aurait dû être entamée dès 1996, après la signature des accords de Dayton. Le rapport de l'ICG, intitulé "La Bosnie - une économie précaire", reste très critique par rapport à l'action de la communauté internationale. "Plutôt que de se concentrer sur les nombreuses réformes micro-économiques indispensables si l'on veut attirer les investisseurs, la communauté internationale s'est attachée à encourager la formation des institutions et augmenter les possibilités pour le gouvernement d'encaisser certains revenus. Cela est important, mais même un Etat puissant ne peut générer lui-même son propre développement économique. "Il faudrait s'attaquer, avant tout et avec plus de décision, à l'origine de la corruption et de la fraude, au problème des taxes et des réglementations irrationnelles, qui poussent l'activité économique dans l'underground" constate l'ICG, en soulignant qu'au cours des dernières années, les pouvoirs en B-H "n'ont jamais souhaité de véritables réformes, et ce surtout en Republika srpska et dans les régions contrôlées par les extrémistes croates". L'ICG estime que la Bosnie devrait procéder à d'importantes réformes et y inclure aussi les Bosniaques de l'étranger. Pour attirer le capital étranger, souligne-t-on en Bosnie, il faudrait d'abord garantir la stabilité. Or, ce n'est pas le cas et il serait difficile de se porter sérieusement garant des investissements, ce qui décourage le capital privé étranger. Il faudrait se tourner davantage vers le capital public... De plus, tout le monde est d'accord pour constater qu'il y a trop de réglementations et, surtout, des réglementations qui diffèrent selon les entités et même selon les dix cantons que compte la FB-H. Il y a aussi la corruption, qui n'est certainement pas le monopole des Bosniaques et reste très présente. Enfin, la Bosnie est toujours isolée sur le plan des transports : les chemins de fer ne marchent pas, les routes sont dans un état lamentable. Les relations avec les Etats voisins ne sont pas encore normalisées ; elles s'améliorent avec la Croatie, mais restent équivoques avec la Serbie et le Monténégro. La politique de la "communauté internationale" vis-à-vis de la B-H se répercute négativement sur la situation économique de ce pays. Il faut noter tout d'abord un malentendu fondamental. La CI répète sans cesse que les Bosniaques doivent prendre leur propre pays en main. Tout en maintenant par ailleurs les divisions imposées en 1995 et après avoir permis aux nationalistes, lorsque ceux-ci étaient au pouvoir, de régner comme ils voulaient dans ces pays. Ce jeu continue : la CI critique, mais laisse faire le pouvoir nationaliste en Republika srpska ; elle s'applique à ne pas trop provoquer les ultras croates. Actuellement, le Bureau du Haut représentant (OHR) est en conflit ouvert - au sujet de l'économie, des médias, etc. avec l'Alliance démocratique au pouvoir qui dirige les institutions centrales de la B-H et de la FB-H. Trois exemples dans le domaine économique.

Premier exemple:

C'est l'OHR qui a accordé à la firme Siemens le projet CIPS (protection des données personnelles des citoyens), projet d'une valeur de 42 millions de marks ! Le directeur du projet touchera 3.120 marks et le principal technicien 1.776 marks par jour !

Deuxième exemple 

Une agence de l'OHR a décide d'accorder pour seulement 2 millions de marks la licence nécessaire à la création du troisième réseau de la téléphonie mobile (GSM). Ce qui a provoqué une très violente protestation du Conseil des ministres de B-H. Résultat : l'OHR a dû battre en retraite. Quelques jours plus tard, Wolfgang Petritsch a déclaré qu'il voulait inaugurer une nouvelle phase dans les rapports "entre la communauté internationale et le Conseil des ministres, sur la base du partenariat et du respect mutuel". C'est exactement ce que l'Alliance démocratique réclame depuis des mois, mais, dans la réalité, l'OHR se comporte tout différemment. Comme le confirment les récentes déclarations de Mme Stieglmayer, porte-parole de l'OHR, qui a qualifié de "balkaniques" (terme considéré comme très péjoratif) les réactions du Conseil des ministres.

Le troisième exemple

Il est le plus dur pour la CI, parce qu'il évoque la corruption qui règne dans les hautes sphères internationales en Bosnie. En effet, l'OHR a décidé de "réexaminer" le rapport sur l'usine d'aluminium située près de Mostar et son projet de privatisation. La nouvelle version du rapport, selon la presse de Sarajevo, a été présentée de façon à protéger l'équipe qui dirige l'usine et qui est entièrement contrôlée par la mafia des ultras du HDZ. Le président de l'ONG Transparency International, Boris Divjak, a déclaré que ses collègues et lui-même avaient été l'objet de fortes pressions de la part "du sommet de la CI en Bosnie", pour qu'ils ne publient pas leur rapport sur la corruption qui sévit au sein des institutions internationales en B-H. Par ailleurs le Premier ministre de la FB-H, Alija Behmen, vient de menacer de démissionner au cas où le rapport sur l'usine d'aluminium "revu et corrigé" serait pris en considération. Quant au processus de privatisation, il se poursuit, plutôt dans la Fédération qu'en RS. Au terme du second tour de ce processus, dans la FB-H, 461 entreprises d'une valeur de plus de 7 milliards de francs ont été privatisées. Ainsi, près de 400.000 citoyens sont devenus actionnaires. Mais, I'Etat n'a encaissé que 2.000 francs environ, parce que les acheteurs ont payé avec des certificats de privatisation. En fait, dès après la guerre, l'Etat a décidé de payer ses dettes envers la population en délivrant des certificats couvrant les arriérés des pensions des soldats et retraités, l'épargne volatilisée, l'ancienneté, etc.). Ainsi le gouvernement a distribué des certificats d'une valeur totale de plus de 56 milliards de francs, utilisables pour le rachat des appartements ou l'achat de nouvelles actions ! Cette somme énorme a provoqué la chute de la valeur de ces certificats, que l'on a pu ensuite racheter pour l'équivalent de 3 % de leur valeur nominale ! Reste à privatiser encore la seconde moitié des entreprises de l'Etat. Mais les citoyens, même actionnaires, n'ont pas résolu leurs problèmes vitaux, les salaires n'arrivent pas régulièrement, le taux de chômage demeure très élevé et l'économie n'a toujours pas vraiment démarré. Le processus de privatisation est beaucoup plus lent en RS, où la classe au pouvoir maintient son emprise sur l'économie ; les firmes de l'Etat représentent actuellement la base matérielle du pouvoir. En fait, le pays vit dans la misère et le fossé entre ses deux entités se creuse tous les jours davantage. Ainsi, selon le quotidien Avaz de Sarajevo, la production industrielle en FB-H a augmenté de 14 % au cours de la première moitié de 2001, alors qu'elle a chuté de 9 % en RS. Le revenu mensuel par famille serait de 1.500 francs en FB-11 et 1.000 en RS. Or, pour qu'une famille de quatre membres puisse se nourrir, il faut compter près de 1.500 francs en FB-H et plus de 1.300 francs en RS

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LA BOSNIE A ENFIN UNE LOI ÉLECTORALE !

Après des années de débats, conflits et une série de votes, le Parlement de B-H a finalement adopté une loi électorale, fin août. Cette loi a été élaborée par les protecteurs internationaux, présentée par le gouvernement de la coalition "Alliance pour le changement" et adoptée par les deux chambres du Parlement central. La CI avait fait de cette loi une condition sine qua non à l'admission de la B-H aux institutions européennes, à commencer par le Conseil de l'Europe. Comme l'a prudemment déclaré le Premier Ministre Lagumdzija, si la Bosnie a désormais rempli l'une des conditions imposées, elle n'est toujours pas membre de ce Conseil. Beaucoup plus grave est le fait que cette loi maintient la division ethnique en B-H. Ainsi, l'année prochaine, l'élection de la présidence tricéphale se fera selon le principe suivant : chacun des "trois peuples constitutifs" (boshniaque, croate et serbe) élira son propre représentant. Or, cette disposition est contraire aux droits fondamentaux des citoyens, ainsi qu'à la décision du Tribunal constitutionnel de la B-H, selon laquelle tous les peuples de la B-H sont considérés égaux sur l'ensemble du territoire. En d'autres termes, la loi adoptée ne permet pas à tous les citoyens d'élire la présidence de leur pays. Ce qui laisse le champ libre aux camps nationalistes, qui pourront continuer à manipuler les différentes communautés du pays. On exprime l'espoir, à Sarajevo, que la nouvelle loi pourra être amendée à l'avenir. En attendant, le fait est que l'Alliance au pouvoir n'a toujours pas la force de résister à la pression des protecteurs internationaux lesquels, une fois de plus, ont favorisé la division.

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GRAND REMANIEMENT DIPLOMATIQUE EN BOSNIE

La présidence bosniaque a décidé de rappeler 32 ambassadeurs et un chargé d'affaires et de nommer 28 nouveaux chefs de mission. On trouve, sur la liste de ceux qui regagneront le pays cet automne, la plupart de ceux qui avaient été nommés par la Présidence tricéphale à l'époque où celle-ci était composée d'Alija Iztbegovic, Momcilo Krajisnik et Kresimir Zubak. Cette Présidence avait nommé ambassadeurs certaines personnes qui auraient pu aisément se retrouver à La Haye comme accusés de crimes de guerre. La Présidence actuelle ne compte qu'un seul membre nationaliste - Zivko Radisic, chef du parti SPS RS (branche "bosniaque" du parti de Slobodan Milosevic). Sur la liste des nouveaux ambassadeurs, on trouve aussi le nom de notre ami Zlatko Dizdarevic, ancien rédacteur en chef du quotidien "Oslobodjenje" et de la revue "Svijet". On ne connaîtra la destination des nouveaux ambassadeurs que lorsqu'ils auront obtenu l'agrément des pays concernés. Cet important remaniement diplomatique a été précédé de l'adoption d'une plate-forme sur la politique extérieure de la B-H. Cette plate-forme définit les grands axes de cette politique : intégration de la Bosnie à l'Europe, admission au Conseil de l'Europe, au Partenariat pour la paix, à l'Organisation mondiale du commerce, et développement des relations avec les pays voisins. Ce document a donné lieu à un débat publie dans toute la B-H. Ce mouvement diplomatique a aussi été précédé d'une sorte de "nettoyage" du Ministère des Affaires Etrangères, surtout pour cause de corruption et de détournements de fonds. Plusieurs hauts fonctionnaires ont été mis en cause, dont Muhamed Sacirbey, ancien représentant aux Nations Unies, actuellement en fuite. L'ambassadeur de BH en France n'a pas été touché par ce mouvement. Selon le Premier Ministre Lagumdzija, qui est aussi ministre des affaires étrangères, le mandat des ambassadeurs est d'environ trois ans et demi.

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JUMELAGE SARAJEVO - SERRE-CHEVALIER

Le maire de Sarajevo, dr.Muhidin Hamamdzic, a rendu visite le 14 juillet dernier, aux quatre communes de Serre-Chevalier. Au cours d'une réunion publique, organisée sur une place située près de la mairie de La Salle Les Alpes, le pacte de jumelage entre ces deux villes, signé au cours du siège de Sarajevo, le 10 janvier 1995, s'est vu solennellement confirmé. Le maire de Sarajevo a demandé et obtenu le soutien de Serre-Chevalier à la candidature de sa ville aux Jeux olympiques d'hiver 2010. Sarajevo avait déjà organisé des Jeux olympiques d'hiver en 1984.

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' NO MANS LAND '

Pourquoi sommes-nous aussi fascinés par le film de Danis Tanovic et quel est son message ? Peut-être l'impossibilité pour nous de réussir un jour, ici, dans le pays où nous sommes nés ? Ou notre admiration pour l'un « des nôtres », dont l'œuvre, le talent et les efforts ont trouvé leur récompense au niveau mondial ? Le titre symbolique du film de Tanovic, No man's land, répond à toutes ces questions. A qui appartient ce pays dans lequel aujourd'hui nous vivons ? Est-ce vraiment là notre pays ? C'est une question que je me pose chaque fois que j'emprunte la rue Tito. Je dois me faufiler sur le trottoir entre les jeeps et (surtout) les limousines rutilantes des diplomates. Pour eux, le code de la route n'existe pas. Pour eux, la police n'existe pas. Pour eux, la loi n'existe pas. Ils peuvent se garer où ils veulent, juste devant la porte. Sommes-nous vraiment ici dans notre pays ? Question que je me pose lorsque je lis dans les petites annonces que de superbes maisons, de magnifiques et grands appartements sont à louer, au cœur même de la ville, mais "uniquement à des étrangers". Je n'ai ni la possibilité, ni l'argent pour me mesurer à l'un de ces fonctionnaires étrangers, qui dans leur pays vivent en banlieue, et dans mon pays veulent vivre au centre de Sarajevo. Est-ce vraiment là notre pays ? Je me le demande à nouveau en lisant la déclaration du porte-parole du Bureau du Haut représentant, Aleksandra Stiglmayer, qui, manquant de tact, pour ne pas dire de respect, traite mes, nos, hommes politiques de "Balkaniques". Qui s'occupent d'affaires "balkaniques". Est-il donc honteux d'appartenir aux Balkans ? On croirait ici qu'il s'agit d'un juron. Le Conseil des ministres a demandé à Mlle Stiglmayer des excuses pour avoir déclaré que "le Bureau du Haut représentant estime catastrophique que l'ancien appel d'offres (pour le troisième réseau GSM de Télécom) ait été annulé" et que "l'Ouest considère cela comme un comportement typiquement balkanique ». Etrange, cet Occident. Pour nous, les 'Balkaniques', tout particulièrement. Alors que nous regardions avec envie ce qui se passait dans ce même occident, d'où nous sont venus le Coca-Cola et d'innombrables autres produits symboliques, utiles ou inutiles, tout était parfait, d'accord hors de portée, impensable. Maintenant que ce même Occident s'est installé dans notre basse-cour des Balkans, je dois avouer que je ne suis guère impressionnée. Peut-être parce que je ne sais pas si Ml le Stiglmayer dans son pays, son pays occidental, situé naturellement aux antipodes des Balkans, aurait là-bas osé (ou pu ? ou voulu ?), en sa qualité de porte-parole, offenser l'un des fonctionnaires de son Etat comme elle l'a fait en Bosnie. "Notre" Alexandra n'a pas sourcillé. Elle, s'excuser ? Et à qui ? D'ailleurs elle n'est pas payée pour cela. Le but du communiqué incompréhensible qu'elle a diffusé, était de démentir ce qu'avait écrit Oslobodjenje sur l'affaire du troisième opérateur GSM, laquelle affaire ne s'apaise pas. Melle Stigmayer a essayé de nous expliquer que le journaliste l'a mal interprétée, qu'il devait avoir des problèmes d'audition. Elle n'a jamais dit que la valeur des actions GSM était en baisse dans l'ensemble du monde, elle a dit "que la valeur des actions de la firme Telécom avait baissé dans l'ensemble du monde". Je n'arrive pas à y croire. Je lis et ne comprends rien. Qu'a-t-on dit et que fallait-il dire ? Personne ne me convaincra que Mlle Stiglmayer a raison. Et personne ne pourrait me convaincre que cette personne accepterait de s'excuser auprès des autorités de "mon pays". Qui ont d'ailleurs battu en retraite et déclaré que la déclaration de Mlle Stiglmayer ne partait pas "d'une mauvaise intention", mais n'était que "le résultat d'un manque de connaissance de l'essence des affaires balkaniques dans l'auberge balkanique ". Où l'on ne sait plus qui fait quoi et pourquoi.
On essaye de convaincre l'opinion publique bosniaque que tous ceux qui viennent de l'Ouest sont des gens bien, et que les gens du pays sont un peu moins bien. Nous convaincre aussi que Jerker Tomgreen est ce qui pouvait nous arriver de mieux, que John Shearer est un magicien de la télé, que les nombreux conseillers, experts, professionnels venus de ces contrées, qui ne font pas partie des Balkans, sont, tous autant qu'ils sont, ce qu'il y a de mieux pour la Bosnie. Nous n'en doutons pas, peut-être est-ce vrai pour certains. Mais pas pour tous. S'ils l'étaient, nous ne serions pas confrontés à cette avalanche de problèmes... dont nous sommes en partie responsables. Mais "nos" étrangers le sont eux aussi. Plus vite ils le comprendront, plus il nous sera facile de cohabiter. Reconstruire l'avenir de la Bosnie, tel qu'eux l'ont planifié. Dans notre No man's land.
(Senka Kurtovic - rédactrice en chef d'Oslobodjenje)

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LE RETOUR

Faisant récemment le bilan de son mandat, Wolfgang Petritsch, Haut représentant de la communauté internationale en B-H, a déclaré, entre autres, que les retours des réfugiés, dans les régions en B-H où ils sont "minoritaires", avaient augmenté de 55 % au cours de la première moitié de 2001. Or, cette évaluation positive se voit contredite par d'autres déclarations et analyses.
C'est ainsi que les autorités de Sarajevo ont publié un rapport selon lequel il y a eu 3.493 retours d'originaires de la RS dans le canton de Sarajevo, mais que 309 seulement étaient retournés en RS. La majorité de ceux qui reviennent à Sarajevo rachètent leurs anciens appartements avec des certificats de privatisation (que l'on peut se procurer à 3 % de leur valeur nominale !) et les revendent à bon prix pour acheter des biens immobiliers dans leur "nouvelle patrie" (RS ou RFY), Par contre les réfugiés boshniaques et croates revenant en RS ne disposent pas des mêmes conditions. Selon la Ligue internationale de l'humanisme, réunie début août à Sarajevo, l'année 2001 a été " l'une des plus décevantes en ce qui concerne le retour". La Ligue estime que seules quelques organisations humanitaires et non-gouvernementales s'occupent encore de ce problème, alors que les autorités et la communauté internationale n'accordent qu'un soutien relatif aux réfugiés et personnes déplacées. "Nous considérez-vous toujours comme des êtres humains ? Et quand aurons-nous à nouveau droit à une vie digne de l'homme ?" Telle est la question posée par l'évêque catholique de Banjaluka, Franjo Komarica, vice-président de la Ligue, aux gouvernements de la région et à la communauté internationale. Komarica a rappelé qu'il y avait toujours 500.000 réfugiés et personnes déplacées en Bosnie même (la population globale s'élève à 3,5 millions !), ajoutant que l'on s'efforçait d'accumuler "toutes sortes de barrières" pour empêcher ces retours". 

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UN PAS EN AVANT

La condamnation du général Krstic représente un grand pas en avant, car c'est la première fois que le Tribunal qualifie un crime de génocide. Mais un pas beaucoup moins important pour Srebrenica. Les anciens habitants de cette commune n'ont obtenu jusqu'à présent que le droit de se rendre à Potocari pour la pose d'une première pierre, protégés par des centaines de soldats. Nombreuses sont les familles qui ne pourraient d'ailleurs plus retourner sur leurs terres, car elles sont restées sans hommes. D'autres ne veulent plus y revenir, sachant qu'elles ne pourront étouffer les mauvais souvenirs. Nombreuses sont aussi celles qui ne peuvent pas rentrer car elles ne disposent pas de l'argent nécessaire pour faire réparer leurs maisons. Une partie de l'aide destinée aux anciens habitants de Srebrenica a été engloutie dans la corruption. Des centaines de familles se sont exilées de par le monde, conscientes qu'il n'y avait pour elles aucun avenir, ni à Srebrenica ni en Bosnie. Srebrenica est en voie de disparition. Malgré les louables efforts du Tribunal, la purification ethnique et le génocide ont donc atteint leur but. La sentence imposée au général Krstic - 46 années de prison - peut-elle effacer ce crime ? Sa participation à la prise de décision et à son exécution est indiscutable, en tant que commandant-adjoint, puis commandant du corps d'armée. Lorsqu'une armée change de commandant au cours d'une opération, c'est pour choisir un officier capable de mener à bien cette opération. Son nom Srebrenica, celui du commandant - Radislav Krstic. Juste après la chute de Srebrenica, c'est-à-dire au moment où Krstic était déjà commandant, le rythme des exécutions s'élevait à 1.000 par jour. Ce qui nécessite une bonne organisation - il n'y avait pas de chambres à gaz comme dans les camps de concentration, il fallait tout faire soi-même. Je cite mon collègue Emir Suljagic, lequel au moment de la chute de Srebrenica était employé comme traducteur par le bataillon hollandais, ce qui lui a d'ailleurs sauvé la vie : "S'il est vrai que Krstic a été jugé, je trouve particulièrement inquiétant le fait qu'un grand nombre d'individus cent ou deux cents au moins - exécuteurs directs de ses ordres, vivent actuellement à Zvornik, où ils sont considérés comme d'éminents et honorables citoyens de la Republika srpska." Ceux qui ont participé à ces crimes tout en sachant pertinemment ce qu'ils faisaient sont très nombreux, et toute cette opération a exigé une préparation minutieuse, morale et idéologique. D'après ce qui a été déclaré à La Haye, une fontaine a été érigée devant la Maison de la Culture de Pilic, où des centaines de personnes ont été exécutées, "à la mèmoire des héros serbes qui ont donne leur vie pour la cause serbe". Quelqu'un a fait construire cette fontaine après la guerre, un parti en a soufflé l'idée. Le SDS, naturellement, qui est aussi derrière les manifestations de nationalisme, organisées il y a trois mois à Trebinje et Banja Luka à l'occasion de la pose des premières pierres des mosquées détruites pendant la guerre. Ce qui prouve que nombreux sont ceux qui viendront encore boire l'eau de la fontaine de Pilic. La règle générale est la suivante : les crimes - ce sont les autres qui les ont commis. Comme ils reconnaissent pourtant plus ou moins, d'une manière générale, qu'il y a eu aussi des crimes de leur côté, La Haye leur sert de soupape. Les crimes et les criminels sont jugés, l'union nationale n'est pas remise en question, le caractère sacré de la guerre demeure sacré, les maîtres de la guerre peuvent demeurer maîtres de la paix ou maîtres que l'on laisse en paix. Tant que les tribunaux nationaux ne seront pas à même de poursuivre les criminels de guerre, reconnus comme tels mais pas suffisamment impliques pour être jugés à La Haye, la Bosnie-Herzégovine ne sera pas un Etat, même si elle devait devenir membre du Conseil de sécurité et non du Conseil de l'Europe, où elle essaye de se faire accepter. La condamnation de Krstic est en fait une condamnation à vie. Certains pensent que le Tribunal réserve les condamnations à vie de jure pour Karadzie et Mladic. Cela paraîtrait logique si ces deux personnages se trouvaient dans l'une des cellules du Tribunal. Rien ne laisse prévoir qu'ils puissent être arrêtés. Quant aux rumeurs des mois derniers annonçant une arrestation imminente, elles couraient déjà il y a un an, il y a trois ans. Il n'y a eu jusqu'ici aucune tentative dans ce sens. Pourquoi y en aurait-il maintenant,? Si oui, a-t-elle des chances de réussir ? Karadzic et Mladic sont-ils prêts à se laisser prendre vivants ? Mladic, par exemple, ne préférera t-il pas la mort ? Le lièvre pour lequel une trappe se prépare à La Haye court toujours dans la forêt, personne ne sait dans laquelle ; il s'enfuira peut-être bientôt dans une autre. (Hamza Baksic - Oslobodjenje)

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LE LONG CALVAIRE DES SURVIVANTS DE SREBRENICA

Quand Radislav Krstic fut comdamné~ le 2 août, à 46 ans de prison pour génocide, c'était la 49me tentative du TPIY de prouver ce crime en ex-Yougoslavie. Il fallait démontrer "l'intention de détruire en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel". Désormais, c'est chose faite.

L'opération "Krivaja 95" de la corps Drina de la VRS avait pour but, dans un premier temps, d'isoler la ville de Srebrenica. En l'absence de toute résistance, la capture de la ville devint le nouvel objectif. Il fut alors décidé de "purifier" la ville en chassant tous les musulmans. Plus tard ' la décision fut prise d'en détruire la population mâle. C'est cette décision qui a rendu possible le jugement pour génocide, car le nombre de victimes - plus de 7500 - ajouté aux 25 000 femmes et enfants expulsés de force, constitue une partie "substantielle" d'un groupe national, à savoir la population musulmane de Srebrenica.
Les survivants de Srebrenica ont calculé que, si Krstic survit à son terme, il aura passé 2 jours et six heures en prison pour chaque Bosniaque tué. Néanmoins, ils accueillent le jugement avec soulagement, car c'est un pas vers la justice. Mais l'addition n'est pas réglée. Combien de participants au massacre - sans parler de Karadzic et Mladic - restent en liberté ? Il a fallu de la main-d'œuvre pour lier les mains des victimes, les conduire aux lieux de rassemblement puis aux champs de la mort, actionner les fusils, faire fonctionner les bulldozers, .... Tant que les "petits" comme les grands criminels se promènent la tête haute dans les rues de Srebrenica et dans la partie de la Bosnie nommé "Republika, Srpska", les survivants ne pourront y retourner. A ce jour, seule une quinzaine de Bosniaques a pu se réinstaller à Srebrenica, et parmi eux il n'y a aucune famille avec enfants. La majorité des habitants de la ville sont des Bosno-Serbes, originaires de ce qui est aujourd'hui la Fédération. Un responsable du Conseil Danois des Réfugiés estime qu'ils ont choisi de rester à Srebrenica pour ne pas vivre à côté des musulmans.

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TOUJOURS LE SILENCE ABSOLU

Cela fait six ans que s'est déroulé à Srebrenica le crime le plus odieux jamais commis en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale. Tout le monde en parle aujourd'hui. Sept mille personnes, des hommes en pleine force de l'âge, des adolescents, des vieillards, ont été massacrés. Sept mille vies individuelles, irremplaçables. Et combien d'autres encore, qui continuent à vivre par la force des choses, pâtissent et exigent la vérité car ils gardent en eux un vague espoir. Un torrent de sang a emporté ceux qu'ils aimaient, des gens nobles et simples, et avec eux leurs maisons, leurs cours et leurs rosiers. Face à ce monde brisé par ce mal planétaire, il y a le monde des assassins, des imposteurs, des cyniques instigateurs de grands projets et leurs cruels exécuteurs, qui s'imaginent toujours pouvoir passer inaperçus après avoir accompli leur crime, car voilà les "autres" doivent tous disparaître; et nous, ici, nous sommes unis à eux dans le crime. C'est pour cela qu'ils ne permettent pas à la Serbie de repartir sur un nouveau pied. Grâce à la terreur et à la torture, en semant la peur, ils veulent prouver que le réveil de la Serbie n'était qu'un leurre, qu'ici la normalité est impossible. Parcourant la Serbie désertée, dont ceux qui ont exécuté des milliers de Musulmans à Srebrenica ont détruit l'âme, je n'arrive pas à imaginer qu'un acte aussi barbare ait pu être commis, et commis par des Serbes. Je me heurte à une incapacité, au refus absolu, suscité peut-être par le désespoir, d'accepter cette vérité brutalement exposée ; je me rends compte que les démons qui ont généré le mal et le crime sont toujours présents - une arrogance insoutenable, l'autisme et la xénophobie. Nombre de gens en Serbie ne savaient rien des crimes commis en Bosnie, Croatie, au Kosovo. Mais qu'auraient-ils fait s'ils l'avaient su, que font-ils aujourd'hui qu'ils le savent ? Le silence reste de mise, car la Serbie est depuis longtemps la proie d'un horrible cauchemar. On a parfois l'impression qu'elle n'a plus assez de forces pour essayer même d'y échapper. Mais cela ne peut que prolonger l'agonie, individuelle et collective. Les adeptes de la real politik prétendent qu'il faut faire preuve de prudence et maintenir l'équilibre entre la Serbie moderne et la Serbie traditionaliste. Mais il s'agit ici d'un crime qui n'est immanent à aucune de ces deux Serbies. Il ne s'est agi ici que d'une arme, utilisée par une politique réactionnaire et brutale.... Chaque fois que j'essaye de prévoir l'issue de notre confrontation avec les criminels qui ont inscrit nos noms dans le livre noir, je pense à ce qu'a dit Ernest Renan : "Bien qu'ayant eu tendance autrefois à envier ces heureuses natures qui sont toujours et facilement satisfaites, j'avoue qu'après réflexion, je commence à être fier de mon pessimisme, et lorsque j'ai l'impression qu'il fléchit je me mets à chercher quelle est la corde qui a failli dans mon cœur". Mon espoir, à moi, s'est nourri de ce que j'ai vécu au cours de nombreuses rencontres en Serbie. On sent percer à travers ce cloaque du silence, fait d'incrédulité, de désespoir et de dégoût, mais aussi d'obstination, de défi, d'arrogance et de rage - la prochaine, la première phase. Lorsque les gens commencent à se mettre à la place des victimes, ils se retournent contre les sanguinaires. Ce qui veut dire que, même après Srebrenica, Sarajevo, Vukovar, et ce gouffre qui a englouti Belgrade, les ens de l'humanité en nous n'est pas mort, ni la pitié, ni le sentiment de culpabilité. Tous ceux qui cherchent à étouffer ces sentiments, quel que soit l'habit qu'ils portent - sceptre, plume, toge ou uniforme - ne défendent ni nos citoyens, ni notre honneur national. Ils ne sont les représentants ni de la Serbie moderne, ni de la Serbie traditionnelle, mais de ce qui a toujours été considéré au cours de l'histoire comme étant réactionnaire, et arriéré. Srebrenica est pour nous une blessure profonde dont la guérison exige de multiples efforts. Cette tâche reviendra aux sciences et aux arts. Mais chacun d'entre nous, contemporains de cette tragédie biblique, doit accepter le châtiment des crimes comme une obligation morale. Cela ne pourra certes pas compenser les vies perdues, mais pourrait constituer un important jalon dans notre marche vers l'avenir.
(Latinka Perovic)
Latinka Perovic, historienne, allocution prononcée lors de (la seule» commémoration des massacres de Srebrenica organisée à Belgrade. La commémoration était organisée, comme chaque année depuis 1996, par quelques ONG au Centre pour la décontamination culturelle.

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"LE PRÉSIDENT KOSTUNICA, PILIER DU FASCISME"

Dans une interview accordée à Nedeljni Telegraf de Belgrade, Nenad Canak, président de l'Assemblée de Voïvodine, a accusé la communauté internationale de faire preuve d'irresponsabilité vis-à-vis de la Serbie, tout en accusant le président de la RF de Yougoslavie, Vojislav Kostunica, d'être le pilier du fascisme dans ce pays. "La communauté internationale fait preuve d'une telle irresponsabilité vis-à-vis de la Serbie que cela devient proprement fascinant." "Tant qu'elle utilisait Milo Djukanovic pour faire pression sur Milosevic, la communauté internationale allouait au Monténégro d'énormes sommes, sans aucun critère. Nous assistons actuellement, après le départ de Milosevic, à l'image honteuse qu'offrent les conférences de donateurs où il s'agit uniquement d'annuler les dettes et non d'investir le moindre capital ... Il s'agit là d'une véritable hypocrisie", a souligné Canak.

"De son côté, Vojislav Kostunica soutient et encourage ouvertement le fascisme dans ce pays. (..) Il n'y a pas de nationalisme modéré de même qu'il n'y a pas de crocodile végétarien. Aussi prétendre qu'il s'agit ici d'un nationaliste modéré n'a aucun sens, quant au soi-disant lëgalisme et esprit démocratique de ce monsieur, c'est là une véritable invention".
Canak affirme également que si l'Etat fédéral a été maintenu, c'est "uniquement pour que Djindjic et Kostunica ne se retrouvent pas sur le même terrain car, si l'Etat fédéral venait à disparaître, Kostunica devrait retrouver sa place au soleil en Serbie et se confronter directement à Djindjic. Ils se sont pour le moment partagé les ressorts, à Kostunica l'armée et les affaires étrangères, à Djindjic le reste. Et tout ce qui se passe aujourd'hui entre ces deux individus se fait sous forme d'ingérence. S'ils devaient s'opposer directement sur le territoire de la Serbie, cette confrontation n'arrangerait, ni l'un ni l'autre, les deux ayant déjà obtenu beaucoup plus qu'ils n'auraient pu l'imaginer dans leurs rêves les plus fous. C'est là le fin mot de l'histoire".

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IN MEMORIAM

Avdo Romic, membre de notre Association, nous a quitté en juillet dernier. Avdo avait soutenu les activités de l'Association dès le début et comptait parmi ses importants donateurs.

Le Dr. Francine Gaza nous a quittés le 30.06.2001 à l'âge de 42 ans.
Francine a beaucoup fait Pour la Bosnie, y compris pendant la guerre, dans le cadre de la coopération médicale franco-bosniaque. Cette triste nouvelle nous a été communiquée par le Dr Évelyne Dromer de Périgueux, membre de notre Association.

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VIE DES COLLECTIFS

Notre association de Vendée et Sud Loire-Atlantique, qui fonctionne depuis 1993 continue à se sentir solidaire de la Bosnie (et du Kosovo). Actuellement, après une rencontre avec des Bosniaques de Konjic, nous avons commencé à soutenir financièrement leur entreprise familiale de cueillette de plantes médicinales et champignons séchés.
En Juillet, trois membres se sont rendus sur place et ont apporté la somme nécessaire à l'achat d'une machine à découper ou hacher les plantes (9.000 F). D'autres besoins, modestes mais urgents, se font sentir pour aider ces quelques familles qui se mobilisent pour s'en sortir : petits motoculteurs, une machine à ensacher, etc. Ainsi ces familles pourraient valoriser leurs petites entreprises, alors que la situation économique est terrible.
Nous devons trouver des aides financières plus conséquentes que ne permettent nos moyens locaux et c'est pour cela que nous nous adressons à vous, Vous serait-il possible de nous informer et de nous passer l'information sur les adresses auxquelles on peut demander des aides financières et sur quels critères ?
(..)
Amitiés solidaires

Echanges et solidarité
4, rue Communauté
85600 Montaigu
tél : 02 4002 0329 fax 02 4026 5062
email : bonhomme.p.m@wanadoo.fr

Calendrier

A lire: 

ULLOA ( Marie-Pierre ).- Francis Jeanson: un intellectuel en dissidence, de la Résistance à la guerre d'Algérie.- Paris, Berg International Editeurs, 2001, 286 p. Ce livre, très documenté, retrace l'itinéraire intellectuel et politique du président de l'Association Sarajevo, de 1940 à 1968, et traite, du même coup, nombre des débats importants de la période. Il sera présenté, en présence de Francis Jeanson et de l'auteur, à la librairie des PUF, 49 bd St-Michel, le 10 octobre à 18 h.
Rappel : JEANSON (Francis) et PHILIP (Christiane).- Entre-deux: conversations privées 1974-1999.- Paris, Le Bord de l'Eau, 2000, 270 p.

Cinéma:

La sortie en salles de "No Man's land", de Denis Tanovic, a été saluée par un exceptionnel, mais mérité, concert de louanges, contrastant avec la tiédeur de certaines critiques émises lors de sa présentation à Cannes. Autant que les qualités proprement cinématographiques du film, on a souligné la justesse du regard projeté sur les protagonistes du drame et l'absence de tout manichéisme dans la représentation des personnages.
Il semble toutefois que certains critiques aient interprété l'humour distancié de l'auteur et son honnêteté intellectuelle, comme un refus de prendre position sur l'origine et la responsabilité de la guerre. Outre certaines répliques qui ne trompent pas, 1, insertion dans le film de bandes d'actualité significatives (dis- cours menaçant de Karadzic, voyage de Mitterrand à Sarajevo), prouve le contraire. Tanovic montre certes l'absurdité de la guerre à laquelle il a lui-même participé ; il n'en désigne pas moins clairement et distinctement ceux qui l'ont déclenchée, ceux qui l'ont tolérée et ceux qui ont dû y faire face. C'est en cela que son oeuvre diffère de la plupart des films jusqu'ici produits en Serbie sur le sujet, par exemple ceux diffusés récemment , sur Arte, qui présentent les guerres de l'ex-Yougoslavie comme des phénomènes monstrueux mais incomprëhensibles, relevant de quelque malédiction fatale, inexplicable septembre 200

Danis Tanovic : Chevalier des Arts et des Lettres

Danis Tanovic, réalisateur de Sarajevo, grand prix du scénario au Festival de Cannes 2001, a été sacré Chevalier des Arts et des Lettres. Cette décoration française lui a été remise au Centre culturel André Malraux de Sarajevo, à la veille de l'inauguration du Neuvième festival du film, à la mi-août. Le film No man's land pour lequel Tanovic a obtenu le grand prix du scénario à Cannes, a ouvert le Festival de Sarajevo.

Un squat pour la paix

L'association ACAT a organisé à Sarajevo, du 4 au 18 août, un camp de jeunes dans le but de sensibiliser les jeunes Européens à la thématique des droits de l'homme et de la paix. Le camp a réuni 50 jeunes, dont 25 venus de Slovénie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Kosovo, et Croatie - et 25 de France, du Luxembourg, de la Belgique et de la Suisse. Le programme comprenait également des tables rondes sur des thèmes comme la compréhension de ces conflits, la question de la mémoire, la prise de conscience des problèmes de notre temps...

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Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
fax: 01 44 23 76 79

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Directeur de la Publication: Francis Jeanson
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Adhésion à l'Association,
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Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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