Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic
mensuel 10F - n° 6
6 septembre 1998


EDITORIAL

Nous nous efforçons d'écarter de ce bulletin les réflexions générales sur l'état du monde. De la débâcle russe à la tragi-comédie américaine, en passant par les diverses catastrophes africaines, pour ne citer que quelques exemples parmi les plus spectaculaires, elles seraient forcément très désabusées. Nous rejetons de même toute idée de déchiffrer ce tableau de désolation à l'aide d'une grille d'explication mono-causale et, a fortiori, de proposer une quelconque recette de solution globale à tous les maux de la terre. Malgré le découragement qui saisit nombre de nos amis, que ne peut qu'accentuer ce déferlement de folie à l'échelle de la planète, nous continuons de nous intéresser à la BosnieHerzégovine, aux pays voisins, et au Kosovo où les atrocités commises nous rappellent les sinistres scénarios que nous avons connus, hier encore, dans la région.
Dans cette optique, les bouleversements de la conjoncture internationale, que leur origine soit dérisoire ou historique, influencent directement la situation dans les Balkans. Que le pouvoir soit paralysé à Washington, qu'il passe à Moscou entre les mains d'un pourfendeur patenté de l'intervention militaire internationale contre Milosevic, ne peut que renforcer la main de celui-ci, à moins que n'interviennent contre lui d'autres facteurs de pression et de combat.
C'est là que se pose et se repose le problème de l'Europe. On entend célébrer de toutes parts le rôle que joue sa puissance économique, grâce au bouclier que représenterait l'Euro dans la tempête financière internationale. Mais assisterons-nous a son éveil politique, par exemple à propos des Balkans,dont le poids dans l'histoire européenne de ce siècle ne peut être oublié ? L'actuel Président slovène du Conseil de sécurité, faisait gentiment remarquer, à propos de l'inertie de la diplomatie européenne à l'égard du Kosovo, que l'Europe prenait ses vacances l'été. L'ambassadeur américain en Macédoine a plus carrément mis les pieds dans le plat en accusant les Européens de se désintéresser de la question, ce qui lui a valu une réplique outragée de Klaus Kinkel, les Allemands étant effectivement préoccupés par leurs problèmes de réfugiés et le Chancelier Kohl se servant du rique d'extension de la guerre au Kosovo comme d'un argument électoral. Depuis, l'Union européenne a eu un sursaut d'énergie : elle a débloqué 5 milions d'écus pour les personnes "déplacées" au Kosovo et interdit aux avions de la JAT d'utiliser ses aéroports...
La France se distingue toujours par la discrétion de sa diplomatie. Le Ministre de la Coopération et de la Francophonie a été envoyé faire une petite visite en Bosnie, surtout pour remercier Madame Plavsic de sa modération - mais lui a-t-il rappelé que les accords de Dayton exigeaient le retour des réfugiés ? - et, en ce qui concerne le Kosovo, aussi bien l'Elysée que le Quai d'Orsay subordonnent toute intervention de l'OTAN à l'autorisation du Conseil de Sécurité, c'est à dire aujourd'hui, de Monsieur Primakov. Il paraît qu'il ne faut surtout pas humilier la Russie...
Alors que les droits de l'homme, dont la défense est une spécialité nationale, sont bafoués sur le sol européen, que la sécurité européenne s'en trouve menacée, les milieux politiques français sont muets.
Il est symptomatique que Lionel Jospin, dans son discours du 30 août à La Rochelle, qualifié par lui-même d'"important moment de réflexion politique", n'ait accordé que quelques lignes très vagues à la politique étrangère pour en relever, dans la continuité assurée, une "nouvelle coloration", de "nouveaux accents" et une "avancée dans la promotion des droits de l'homme". Aucun pays, aucune région ne sont nommées. Il serait cruel de comparer ce silence à l'activité débordante de Jean Jaurès au temps des guerres balkaniques de 1912-1913. Plus curieux encore, alors qu'il en appelle à la politique et à L'Europe pour réguler la crise économique internationale en citant l'Asie, la Russie et l'Amérique latine, il n'évoque à aucun moment l'idée d'une intervention pour juguler une violence armée qui met en cause le "modèle de civilisation européenne" dont il se réclame.

Serait-il plus difiricile de vaincre Milosevic que le chaos économique ?


A QUAND LE RETOUR ?

CARLOS WESTENDORP, le Haut Représentant de la communauté internationale en BH, a confirmé que le retour des réfugiés et personnes déplacées était très lent. Prenant la parole à la réunion Fondatrice du Conseil pour la mise en oeuvre des Mirjana Dizdarevic accords de Dayton (Bruxelles, fin juillet), il a déclaré que la coopération avec la Republika Srpska, dans ce domaine, était insatisfaisante, quant aux autorités de la FB-H, elles mettent peu d'empressement à mettre en oeuvre la Déclaration de Sarajevo, qui avait prévu le retour, en 1998, de 20.000 réfugiés non-bosniaques dans la capitale. Selon 1'0HR, il n'y a eu, dans la première moitié de 1998, que 650 retours. Ce qui a valu des sanctions éconorniques à la ville. (Bulletins de l'OHR, www.ohr.int).
Notons aussi le témoignage de nos amis de la coordination paloise, de retour de BH : "Que ce soit a Sanski Most ou à Sarajevo, même écho, personne n'est satisfait des conditions actuelles de retour. Rien n'est facilité, malgré les déclarations faites. Les réfugiés sont devenus réfugiés dans leur propre pays. Grâce à la politique des instances internationales qui ont accepté la "partition" sous la pression des partis nationalistes, les conditions de retour sont pratiquement impossibles, puisque l'on demande aux réfugiés de s'installer dans des régions où ils n'ont jamais vécu. L'idée des trois partis nationalistes est de regrouper la même "entité" dans un même endroit. Le résultat est que l'insécurité existe, que les jeunes et les cadres ne veulent pas revenir..." (Communiqué de la coordination paloise)
Par ailleurs, les Etats-unis ont ouvertement critiqué la précipitation de l'Allemagne à renvoyer au plus tôt - y compris par la force - les réfugiés bosniaques. Le représentant du State Department a déclaré, le 6 août demier, que l'Allemagne "jouait ainsi le jeu des ultras en Bosnie en rapatriant les réfugiés bosniaques dans les régions dont ils ne sont pas orignaires". Pour le State Department, cela est contraire à la politique arrêtée, à savoir que les réfugiés devaient pouvoir rentrer chez eux et récupérer leurs logements, dans l'esprit des accords de Dayton et dans le but de "créer une Bosnie-Herzégovine dotée de deux entités réellement multiethniques".
Ces déclarations ont provoqué la fureur de Bonn. M. Kinkel a déclaré - en pleine campagne électorale -, que l'Allemagne n'avait de leçons à recevoir de personne et qu'elle continuerait à rapatrier les réfugiés bosniaques. (Bosnet)
Toujours à propos du retour, Jacques Klein, adjoint de Carlos Westendorp, a déclaré qu'en 1997, 170 000 réfugiés ont réintégré la Bosnie-Herzégovine. Cependant Selim Beslagic, le maire de Tuzla, a souligné, lors d'une table ronde à Tuzla, que le général Klein avait oublié de préciser que la grande majorité d'entre eux étaient des vieillards et qu'au cours de cette même année, 150.000 Bosniaques entre 16 et 45 ans avaient pris le chemin de l'exil. (Bosnet et bulletins de l'OHR)


SUR SREBRENICA

Le nouveau gouvernement hollandais a ordonné une enquête sur le comportement du bataillon hollandais au moment de la tragédie de Srebrenica en juillet 1995, L'ancien gouvernement est accusé d'avoir caché la vérité et d'avoir intentionnellement détruit plusieurs preuves, dont un film du capitaine Ron RUTTEN contenant des images sur les évènements s'étant déroulés à Srebrenica le jour même de la prise de cette ville par les troupes de Mladic (juillet 1995) et où l'on voyait les soldats hollandais prêter main forte aux Serbes, qui mettaient les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre.
Les éditions PLON viennent de publier "Le grand massacre : Srebrenica juillet 1995" de David Rohde, à l'époque grand reporter du Christian Science Monitor en Bosnie. Rhode a obtenu le prix Pulitzer pour ses reportages sur Srebrenica. Son ouvrage offre la plus grande masse d'informations disponibles sur la tragédie de Srebrenica. (David Rohde, "Le Grand Massacre: Srebrenica, juillet 1995", Plon, Paris 1998, 364 pages, 169 francs).
L'HEBDOMADAIRE Globus de Zagreb écrit, à l'occasion du troisième anniversaire de la tragédie de Srebrenica, qu'un trafic lié aux disparus de Srebrenica est organisé au marché "Arizona" près de Brcko. Selon "Globus", il existe un réseau de criminels de différentes nationalités, spécialisés dans la recherche des disparus. Le prix à payer pour la découverte d'une personne disparue est de 10.000 DM. Le reporter de "Globus" affirme que des survivants de Srebreni'ca sont toujours retenus dans plusieurs villages de la Republika srpskd. Certains d'entre eux seraient contraints de travailler dans les mines de Sasi. Et lorsqu'il y a une inspection de la SFOR, on les oblige à se déclarer Serbes!


LA LEÇON DU KOSOVO
Lettre ouverte d'un groupe d'intellectuels de B-H, Croatie et Slovénie à
M. Wolfang Schussel, Président du Conseil ministériel de l'Union européenne

Nous vous adressons cette lettre pour vous exprimer toute notre inquiétude devant les événements tragiques qui se déroulent au Kosovo. Pour nous, dont les pays ont été les victimes des marches guerrières de Milosevic, chaque jour au Kosovo est une répétition insoutenable de ce que nous avons déjà vécu. C'est avec stupéfaction que nous constatons que les pays européens - bien qu'ayant publiquement déclaré qu'ils ne permettraient pas le déclenchement d'une
nouvelle guerre dans les Balkans, reconnaissant par là de manière indirecte les erreurs commises à l'occasion des dernières agressions de Belgrade - semblent renoncer chaque jour un peu plus à jouer un rôle actif et positif dans la solution du conflit au Kosovo.
Nous comptons sur votre compréhension, en tant que ministre d'un pays qui connaît particulièrement bien les événements s'étant déroulés dans les pays qui l'entourent et ayant fait preuve d'une grande solidarité avec les victimes de la guerre, ainsi que sur celle des autres membres du Conseil respects, ministériel, au moment où nous prenons la liberté de souligner les erreurs renouvelées de la politique européenne, qui ont déjà eu une influence négative sur le cours des événements déclenchés par la politique destructrice de Slobodan Milosevic. L'erreur fondamentale consiste pour nous à fermer les yeux devant l'évident et perpétuel coupable.
Toutes les guerres intervenues au cours de l'éclatement de la Yougoslavie ont été dues au refus de Milosevic d'accepter des solutions négociées. Le peuple albanais du Kosovo défend ses intérêts légitimes par des moyens pacifiques depuis déjà plus de dix ans, chose sans précédent dans la récente histoire. Il est prouvé que les représentants politiques des Albanais du Kosovo se sont toujours efforcés, malheureusement sans succès, de résoudre les conflits de manière pacifique et par la voie de la négociation. Notre appel a pour but de dénoncer qu'il est irréel de s'attendre à ce que le peuple albanais du Kosovo puisse entamer des pourparlers avec le menteur invétéré de Belgrade, auquel la communauté internationale a accordé le statut d'unique interlocuteur. Nous voudrions également souligner que pour nous, la seule véritable solution est d'accueillir les Albanais du Kosovo dans la famille des entités politiques européennes en tant que communauté égale en droit, hors de portée des dictateurs déclarés intouchables. Ce cas a également démontré, ce qui s'était révélé vrai dans notre cas, que.toute estimation réaliste d'une situation permet d'aboutir à des décisions moralement justes, les seules capables de résoudre avec succès les conflits. Nous nous permettons de le souligner, dans l'espoir que la politique de l'UE vis à vis du Kosovo sera rapidement et radicalement changée.

Avec l'expression de nos plus hauts respects.

Krsto Cvilic. publiciste, Londres
Bora Cosic. écrivain, BerlinjRovinj
Ales Debeljak, écrivain, Ljubljana
Slavenka Drakulic, écrivain, Zagreb
Heni Erceg, rédacteur-en-chef de Feral Tribune
Vfado Gotovac, écrivain, Zagreb
Zdravko Grebo, sociologue, Sarajevo
Dzevad Karahasan, écrivain, Gratz/Sarajevo
Ozren Kebo, écrivain, Sarajevo
Mirko Kovac, écrivain, Rov inj
lvan Lovrenovic, écrivain, Sarajevo
Luka Markesic, théologien, Sarajevo
Tomaz Mastnak, sociologue, Ljubljana
Dunja Melcic, publiciste, Francfort
Slobodan P. Novak-, comparatiste, Zagreb
Senad Pecanin, rédacteur-en-chef de Dani, Sarajevo
Nenad Popovic, publiciste, Zagreb
Abdulah Sidran, poète et dramaturge, Sarajevo


UNE NOUVELLE CHASSE AUX SORCIERES

Le premier ministre fédéral E. Bicakcic, par ailleurs vice-président du SDA (le parti d'lzetbegovic), a demandé à ses services d'élaborer d'urgence un projet de loi prévoyant "la réhabilitation des victimes du régime communiste". Selon Bicakcic, cette loi devrait permettre de réhabiliter tous ceux qui ont été poursuivis en justice - entre le 15 mai 1945 (date de la libération du pays) et le 30 décembre 1990 (date de la prise du pouvoir en Bosnie-Herzégovine par les partis nationalistes) - "pour avoir défendu leurs sentiments religieux, et leurs "droits nationaux". Procédure d'urgence, car le SDA tient à ce que cette loi soit votée par le parlement actuel où les partis nationalistes sont encore dominants. Cette initiative soulève une véritable tempête de protestations dans les médias démocratiques et dans les rangs de l'opposition, qui soulignent - que cette-loi équivaudrait à réhabiliter l'ensemble des criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale et tous ceux qui ont collaboré avec l'occupant nazi. Par contre, les média nationalistes et
notamment l'hebdomadaire Ljiljan, porte-parole du parti d'lzetbegovic, ont salué l'initiative de Bicakcic, suggérant de déclencher une chasse aux sorcières contre certains membres de l'ancienne Ligue des communistes.
Dans l'un de ses éditoriaux du mois d'août, le quotidien Oslobodjenje rappelle que du temps du régime dit "communiste", on avait jugé des criminels de guerre, collaborateurs et individus cherchant à renverser l'ordre constitutionnel, mais que jamais personne n'avait été poursuivi en raison de son appartenance nationale ou religieuse.
Selon Oslobodjenje, le SDA a lancé cette action pour deux motifs. Premièrement, donner satisfaction juridiquement parlant, à Alija lzetbegovic et à son groupe, poursuivis en justice et condamnés au lendemain de la IIe guerre mondiale et en 1983. Deuxièmement, pour disqualifier, voire rayer toute une période de l'histoire, même au prix d'une réhabilitation du nazisme et du fascisme. Et essayer d'oculter tout ce qui s'est passé durant ces huit dernières années de "démocratie".
Muhamed Filipovic, président de l'Organisation libérale bosniaque (parti d'opposition) a déclaré au journal Oslobodjenje que "le régime actuel, ne pouvant guère prouver qu'il agit pour le bien du pays et du peuple, cherche à réhabiliter et récompenser les tchetniks, les oustachis, ceux qui ont fait la guerre à notre peuple... C'est une incitation au chaos!" '
Pour l'hebdomadaire Svijet, Bicakcic voudrait, dans un esprit de revanchisme, obtenir une "condamnation officielle du demi-siècle de pouvoir socialiste dans ce pays... Ceci à un moment où le mystère entourant Srebrenica et d'autres tragédies bosniaques n'a pas encore été levé, où l'on ne sait toujours pas qui est responsable des dizaines de milliers de morts, centaines de milliers de personnes déplacées, exilées...
La revue Slobodna Bosna titre avec ironie: "Lagumdzija au tribunal, une compensation pour Seselj". On a interrogé, sur ce point précis, Dzemaludin Latic, idéologue du SDA et chef de file des extrémistes de ce parti, qui a confirmé (selon Feral Tribune) qu'il conviendrait de récompenser Seselj pour ses attaques contre l'ancien régime, passant sous silence le fait qu'il défend les tchetniks!
Face à ces réactions, Alija lzetbegovic a déclaré, début septembre, que l'initiative du premier ministre fédéral était une initiative personnelle, qui ne tirait pas sa source du SDA. Ce que personne ne croit!


LE KOSOVO : UNE OCCASIONMANQUÉE

Il était évident, dès le mois de mars, que si l'Occident avait brandi de façon crédible la menace de la force, imposé d'importantes sanctions économiques, mené des négociations discrètes et surveillé de plus près la situation, on aurait pu empêcher la tragédie du Kosovo d'échapper à tout contrôle. Pourtant la réaction de l'Ouest aux agissements de la Serbie a été de crier haut et fort, d'agiter le doigt d'un air énergique et menaçant, de faire survoler les pays environnants par l'OTAN et de décréter l'introduction de sanctions - qu'il a levées aussitôt. En d'autres termes, l'occasion a été manquée.
Nombreux sont les observateurs qui s'imaginent qu'un conflit n'ayant pas une très grande ampleur, tel celui du Kosovo, ne saurait durer éternellement. Mais il le peut. Cela est déjà arrivé - au Cachemire, au Guatemala, au Cambodge, en Irlande du Nord. Vu l'improbabilité que soit les Serbes soit les Kosovars remportent une victoire militaire décisive, ou que l'on puisse en imposer une de l'extérieur par la force, l'accent doit être mis sur les négociations. Mais il faut préalablement que les Albanais du Kosovo s'unissent et délèguent une personnalité ou un groupe susceptibles de représenter leurs intérêts aux pourparlers avec Belgrade. Ce qui offrirait les meilleures chances de parvenir à un modus vivendi permettant de mettre fin à l'effusion de sang. Sinon le conflit du Kosovo risque de durer pendant de longues années encore".

Anna Husarska, analyste politique à l'International Crisis group.
Article paru dans The Wall Street Journal,


PETITION INTERNATIONALE POUR
L'ARRESTATION DE KARADZIC-MLADIC
ET L'INCULPATION DE MILOSEVIC

C'est le 28 juillet dernier devant le Capitole, à Washington, qu'a été remise aux représentants du Président Clinton la pétition exigeant l'arrestation de Radovan Karadzic et de Ratko Mladic, ainsi que l'inculpation de Slobodan Milosevic, exigeant également que soit mis fin à l'agression contre le Kosovo.
La pétition demandant l'arrestation de Karadzic et de Mladic avait été lancée il y a plus d'un an par le réseau Bosnet et les collectifs du mouvement "Citoyens/citoyens pour la Bosnie". Elle a recueilli 18 000 signatures sur tous les continents et le soutien de plusieurs dizaines d'associations, dont l'Association Sarajevo. Au cours d'une conférence de presse tenue à Washington le 28 juillet dernier, un représentant des signataires a déclaré qu'il n'y avait pas d'explication valable pour le refus de l'OTAN d'arrêter Karadzic et Mladic.
La lettre ouverte de 85 membres du Congrès américain demandant à leur gouvernement de faire en sorte que Slobodan Milosevic soit inculpé par le Tribunal pénal de la Haye pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, a également été présentée à cette occasion. Le Sénat américain a d'ailleurs adopté une résolution en ce sens. D'autre part, la Chambre des représentants du Congrès a voté une résolution soutenant le droit du Kosovo à l'auto-détermination, et même à l'indépendance, et a demandé au gouvernement américain d'agir en ce sens.


LES ELECTIONS DES 12 - 13 SEPTEMBRE
premières estimations

L'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) qui a organisé et supervisé les élections générales des 12 - 13 septembre derniers a renoncé a en publier les résultats partiels. "Nous ne disposons pas d'informations cohérentes permettant de faire apparaître clairement les tendances", a déclaré son représentant, ajoutant : "Personne n'a suffisamment de bases pour pouvoir clamer victoire". Nous sommes néanmoins en mesure, grâce à nos correspondants en Bosnie, de présenter les permières estimations des résultats. Soulignons tout d'abord qu'elles n'ont pas entraîné de changements majeurs dans les rapports de forces. Les partis nationalistes maintiennent leur emprise sur le pays ils ont savamment manipulé les sentiments nationaux et religieux et entretenu une ambiance de peur et de haine de l'autre. Les forces démocratiques ont enregistré quelques progrès, mais pas autant que l'on s'y attendait; elles n'ont pas su constituer un front commun. Le SDA (le Parti d'action démocratique d'lzetbegovic) reste la force politique dominante dans la Fédération, Izetbegovic est réélu à la présidence tricéphale. Du côté croate, ce serait, de nouveau le HDZ (communauté croate démocratique) qui l'aurait emporté, et son président Anto Jelavic aurait accédé a la présidence de BH en battant Kresimir Zubak, leader du nouveau parti la "Nouvelle initiative croate" : victoire donc de Tudjman. Du côté du bloc serbe, notons une lutte acharnée entre Krajisnik et Radisic (celui-ci préside le Parti socialiste de RS et est en coalition avec Biljana Plavsic et le premier ministre - Milorad Dodik) pour le siège "serbe" de la présidence bosniaque, l'avantage semblant revenir à Radisic, et entre Plavsic et Poplasen, président du Parti radical serbe (de Seselj) pour la présidence de la RS. Il semblerait que Plavsic soit perdante : victoire donc de Milosevic. Ce dernier est déjà intervenu pour préconiser une coalition post-électorale entre le SDS (Karadzic-Krajisnik, le SRS (Seselj-Poplasen) et le SPS (Radisic). La situation au Kosovo a certainement joué en faveur des nationalistes (serrons les rangs).
E n conclusion : La Bosnie post-électorale devra faire face aux mêmes problèmes qu'avant, et la "communauté internationale" aura encore beaucoup à faire, et pour longtemps. Mais à moyen et long terme, les blocs nationalistes en BH sont voués à l'échec : une division très nette est déjà visible au sein des blocs croates et serbes; l'émiettement du SDA semble aussi à l'ordre du jour, surtout si les protecteurs internationaux persévèrent dans leur opposition aux partis nationalistes. Le taux de participation aurait été de plus de 70%. Nous reviendrons longuement sur ces élections dans; notre prochain numéro.


LES MEDIAS EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

D'importants changements sont en cours dans le monde des médias en BH, avec la communauté internationale comme principal acteur.
1. Il s'agit, en premier lieu, de la transformation de la Radiotélévision de BH (RTV/BH), le plus puissant des médias en BH. Le Haut représentant Carlos Westendorp a nommé en juillet dernier un nouveau conseil d'administration, assisté d'un "conseiller international" et d'un nouveau directeur général. Le nouveau conseil d'administration comprend 11 membres, dont plusieurs journalistes connus (Hamza Baksic, Boro Kontic, Duaja Blazevic ... ), ainsi que Tomaz PEROVIC, "conseiller international" mais qui est en fait le véritable patron de la RTV/BH. Tomaz Perovic est un journaliste slovène qui a fait sa carrière à la RTV de Ljubljana.
Le conseil d'administration a nommé Miro Purivatra au poste de directeur général. Il remplace Amila Omersoftic, démissionnaire. Miro Purivatra dirigeait le Centre artistique "Obala" et a coordonné, pendant la guerre, l'ensemble des activités de la Fondation Soros en BH.
2. Plus important encore pour l'ensemble des médias en BH est la nomination, par le Haut représentant, d'une "Commission indépendante pour les médias- (CIM), dont les membres les plus importants sont des étrangers et dont le directeur général est Krister Thelin. La compétence de cette commission s'étend à tout ce qui touche aux médias, depuis leur création (délivrance des permis), le code de déontologie, jusqu'à l'attribution des fréquences radiophoniques et télévisuelles.
3. Plus de 50 candidats se sont présentés au concours d'admission à l'Ecole de journalisme de Sarajevo, projet lancé par Mediaplan avec l'assistance de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille et le soutien, entre autre, de l'Association Sarajevo. La première génération de cette école comptera 20 étudiants, venus de toutes les réaions de la BH et travaillant actuellement dans différents médias. Les enseignants ont été choisis parmi des spécialistes bosniaques et français.
L'école devrait être inaugurée en octobre prochain . Le projet est soutenu par la commission. européenne et le gouvernement français. Le mouvement "Citoyens-citoyennes pour la Bosme" et l'Association Sarajevo continuent leur campagne de soutien à ce projet.
Depuis début juillet, Mediaplan fonctionne en tant que "Groupe Mediaplan", composé de Mediaplan Sarajevo et Mediaplan-Banjaluka. Zoran Udovicic est président du Groupe, celui-ci étant divisé en trois secteurs: Institut Mediaplan (développement des médias et formation), Mediaplan Prima (services commerciaux) et Safax (agence de presse).
4. Radio Free Europe (dont le siège est à Prague) a lancé, au mois de juin dernier, un projet intitulé "Radio 27". Ce projet permet à 27 stations de radio de toutes les régions de BH non seulement de retransmettre pendant deux heures le programme de Radio Free Europe, mais aussi de placer leurs informations sur ses fréquences.
5. Le gouvernement de Milorad Dodik (RS) a décidé de limoger les directeurs/rédacteurs en chef de seize stations de radio/TV en Republika srpska. Le Bureau du Haut Représentant a exprimé un certain mécontentement à ce sujet, arguant qu'il n'avait pas été consulté. Milorad Dodik a certainement voulu par là s'assurer le contrôle de ces médias, encore assez souvent influencés par le SDS de Karadzic-Krajisnik. En outre, Dodik a décidé de transférer le siège de la très malfamée agence de presse SRNA de Pale à Banjaluka.
(Safax, bulletin "Nouvelles des médias" et communiqués de l'OHR)



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"POUR LA VERITE"

Tout un mouvement se dessine dans l'opinion publique bosniaque en faveur de la création d'une Commission nationale pour la vérité et la réconciliation. La tâche primordiale de cette commission serait d'établir la'vérité sur la dernière guerre et de proposer des mesures afin que ce mal ne se reproduise plus jamais. La Commission (qui rappelle celle de la République sud-africaine présidée par Desmond Tutu) devrait pouvoir définir les bases de l'histoire commune et permettre de dépasser ainsi les trois actuelles et différentes versions de la "vérité" répandues par les trois camps nationalistes et qui empoisonnent les jeunes générations. "Si nous continuons ainsi, dans cinquante ans nos enfants feront la guerre pour savoir quelle est la vraie vérité", a-t-il été déclaré au cours de l'une des nombreuses conférences organisées sur ce thème en Bosnie.
L'idée a été lancée par l'Institut pour la paix de Washington (USA). Elle est soutenue par un grand nombre de personnalités et associations (dont le Parlement de l'alternative citoyenne et ses 16 associations membres), et même par des dirigeants aussi nationalistes que Biljana Plavsic ou Ante Jelavic (président du HDZ de BH).
La Commission devrait être nomrnée par la Présidence tricéphale après les élections du mois de septembre. La liste des candidats serait fixée, à la suite d'un débat public, par les représentants des organisations internationales telles que le Conseil de l'Europe, l'OSCE, etc. La Commission serait composée de quatre membres bosniaques et d'un président international. Les candidats devront être réputés pour leur intégrité morale, objectivité, impartialité. Les membres bosniaques de la commission ne seraient pas des représentants des nationalités (ni des "trois peuples constitutifs"), ce qui explique en partie le très large soutien de l'opinion publique.
Vehid Sehic, le président du Parlement de l'Alternative citoyenne, a proposé que les associations membres de ce parlement coordonnent toutes les initiatives citoyennes concernant la création de la Commission. Quant aux experts, ils seraient recrutés auprès de l'Institut américain pour la paix, qui a une grande expérience en la matière.
Si la nouvelle présidence de BH approuve cette commission, elle pourrait commencer ses travaux au printemps 1999. On estime qu'il lui faudrait un an pour préparer son rapport, lequel serait alors publié en l'an 2000, avant les élections générales.
L'hebdomadaire Svijet a publié une série de déclarations sur cette commission. La conclusion générale qui s'en dégage est la suivante: il ne peut y avoir qu'une seule véritée sur ce qui s'est passé en Bosnie-Herzégovine et c'est cette vérité que doivent connaître les jeunes. Rappelons aussi les mots de Jakob Finci, président de la communauté juive et animateur du Conseil inter-religieux de Bosnie, qui réunit les dirigeants des communautés catholique, juive, musulmane et orthodoxe: "La réconciliation passe par la vérité et la justice". (Svijet)


UN MORT SANS SEPULTURE

IBRAHIM HALILOVIC, mufti de Banjaluka, âgé d'une cinquantaine d'années, est mort subitement d'un arrêt cardiaque le 20 juillet dernier à Banjaluka. Halilovic était connu comme un homme d'une grande tolérance, un homme de dialogue, malgré tout ce qu'il avait enduré pendant la guerre à Banjaluka. Il devait être enterré dans l'ancien cimetière de la fameuse mosquée Ferhadija, détruite pendant la guerre. Mais le maire de Banjaluka l'a interdit, déclarant que cela serait un "outrage au peuple serbe". Biljana Plavsic, présidente de la RS et Milorad Dodik, premier ministre, n'ont pas réagi. Les ultras ont même organisé une manifestation "pour empêcher la souillure de la terre serbe" et ont battu les musulmans qui s'étaient réunis pour prier. Ils ont ensuite planté un drapeau serbe à l'endroit même où Halilovic devait être enterré. La police locale n'est pas intervenue, pas plus que la SFOR. Plus tard, le Haut représentant a décidé de rayer de la liste des candidats aux élections de septembre les deux principaux organisateurs de la manifestation, Predrag Lazarevic, président du SKK (Parti serbe de Krajina) et Slavko Zupljanin, président du SPAS (Parti patriotique serbe).
Cet évènement a provoqué un véritable choc dans l'opinion publique et dans les rangs des organisations internationales en BH. Ainsi, l'hebdomadaire Svijet écrit dans son éditorial du 2 août : "Nous ne pouvons toujours pas mettre un point final à la folie qui nous a amené là où nous sommes... Ne pas permettre à un homme d'être enterré là où il voulait, et devait l'être, est un crime de la pire espèce. Ce geste situe ceux qui en sont responsables au dessous de la ligne à partir de laquelle il est possible d'être reconnu en tant qu'être humain... Cela relève de la sociobiologie. C'est elle qui peut expliquer l'action d'un groupe représentant tout un peuple et qui agit selon la volonté de ce peuple. Et ceci s'est passé en RS, dans un milieu (Banjaluka - NDLR) considéré comme le plus avancé du point de vue politique et sociologique. Si tel est l'état d'esprit à Banjaluka, on peut aisément imaginer comment doivent se passer les choses à Pale, Foca, Zvornik", conclut Svijet.


LE VIEUX PONT DE MOSTAR

Enfin! Cinq ans après la destruction du fameux pont de Mostar par l'armée de la Croatie, quelqu'un a osé porter plainte devant la justice. Il s'agit de Josip Silic, employé par l'administration gouvernementale pour la protection des monuments culturels à Zagreb, un homme qui a compté parmi les organisateurs de la défense de Zagreb au cours de la guerre 1991-95. Il a réuni toute la documentation nécessaire, y compris les noms des membres du corps d'armée qui ont détruit le pont à coups de canons. Josip Silic a déclaré qu'il était fondamental que ce crime soit puni. Il en a saisi le tribunal de la région de Zagreb. On attend la suite. Par ailleurs, les travaux préparatoires pour la reconstruction de ce pont ont déjà commencé. (Svijet)


LE TUNNEL - UN MUSEE

Le fameux tunnel creusé en 1993 pendant la guerre en Bosnie sous la piste de l'aéroport de Sarajevo a été transformé en musée. Le mérite n'en revient pas aux autorités de la Bosnie, mais à Baïro Kolar, dont la maison se trouve juste à l'entrée du tunnel, actuellement délaissé et mal entretenu. Baïro Kolar a réuni dans sa maison des objets et des photographies racontant l'histoire du tunnel, seule voie de communication terrestre qui, entre 1993 et 1996, a permis de relier la ville de Sarajevo assiégée au reste du monde, de la ravitailler et d'assurer sa défense. Combien de morts et de blessés y a-t-il eu autour du tunnel, on ne le saura probablement jamais. Pas plus que le nombre de victimes qui, avant l'existence du tunnel, sortaient ou rentraient en empruntant de nuit la piste de l'aéroport, soumise en permanence aux tirs des troupes de Karadzic. L'aéroport et sa piste étaient alors "protégés" par les légionnaires français. (Svijet)


PRIVATISATION

CARLOS WESTENDORP, Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie- Herzégovine, a dû imposer, le 22 juillet dernier, une loi-cadre sur la privatisation. Cette loi constitue la base légale autorisant les deux entités (FB-H et RS) à privatiser les entreprises et les banques qui ne l'ont pas encore été. Cette loi, attendue depuis plus de deux ans, était prête en février dernier. Elle a été adoptée par la Chambre de représentants du Parlement de BH, mais rejetée par les membres serbes (de RS) de la Chambre des peuples de ce même Parlement. Considérant cette opposition inadmissible, Westendorp a donc promulgué lui-même une loi sur la privatisation, à effet immédiat. Une commission, formée par le HR, doit veiller à l'application de cette loi et surtout de ses clauses relatives à la non-discrimi nation et plus spécialement aux droits des réfugiés et personnes déplacées. Sur ce point, la loi prévoit une révision des changements opérés en matière de propriété depuis 1991. Enfin, elle oblige les deux entités à coopérer à l'application de cette loi. (Bulletins de l'OHR)


A LA MEMOIRE D'UN URBICIDE

Le gouvernement du canton de Sarajevo a décidé de laisser tel quel le bâtiment en ruines du journal Oslobodjenje, en tant que monument commémorant l'urbicide. Ce bâtiment a été bombardé et incendié à plusieurs reprises par les troupes de Karadzic-Mladic, si bien qu'il était déjà totalement détruit au cours de l'été 1992. Ce qui n'a pas empêché le célèbre quotidien de paraître tous les jours pendant toute la guerre. Les journalistes et techniciens travaillaient dans les sous-sols dans des conditions inimaginables.


UNE NOUVELLE VOLKSWAGEN MADE IN BOSNIA

C'est le 31 août, et en présence de Klaus Kinkel, ministre des affaires étrangères allemand, qu'a été inaugurée la chaîne de montage de l'usine Volkswagen à Vogosca (quartier de Sarajevo). Les 20 premières voitures, dénommées "Felicia", sont déjà dans les rues."Felicia" est fabriquée dans les usines tchèques de "Skoda" qui appartiennent à Volkswagen. L'usine de Vogosca produira 2000 "Felicia" jusqu'à la fin de cette année. Sa production devrait être écoulée dans les pays voisins et ceux du Moyen-Orient.
Les usines de Vogosca ont été occupées dès le début de la guerre et entièrement pillées par les représentants de Milosevic-Karadzic-Mladic, La Serbie et la Republika srpska se sont appropriées l'équipement entier. La réouverture de l'usine-automobile de Vogosca est l'un des rares signes annonciateurs d'un semblant de relance économique en BH. (Safax)


QUESTION DE SURVIE

The Bosnian Institute de Londres a organisé au printemps dernier à Sarajevo un séminaire sur le thème "Les programmes d'éducation, pour la Bosnie-Herzégovine - une question de survie" avec la participation d'un grand nombre de spécialistes de la région et de l'Europe occidentale. Pour plus d'informations s'adresser à : The Bosnian Institute, 14/16 St Mark's Road, London W11 IRQ , Royaume Uni, tel : 0171 243 2900, email: bosinst@blobalnet.co.uk


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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