Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 78 septembre 1999

 

L'histoire se répète. Après Kosovo, c'est au Timor Oriental que la "Communauté internationale" représentée par le Conseil de Sécurité des
Nations-Unies s'est décidée à intervenir, mais trop tard pour empêcher le désastre programmé, comme auparavant déjà en Bosnie. On peut légitimement soutenir, sans faire preuve de naïveté excessive quant à la ferveur des États à protéger les Droits de l'homme, que l'action au Kosovo imposait celle au Timor. Dans un contexte mondial où les rapports de force et les froids intérêts continuent de jouer un rôle prépondérant, il est indéniable qu'apparaissent les signes d'une nouvelle approche des relations internationales dans les domaines du. droit et de la politique, ce qui n'apportera bien sûr qu'une. mince consolation aux victimes des idéologies et des pratiques qui ont prévalu ait cours, du siècle.
Ceux qui, invoquant les violences intolérables exercées sur les non-Albanais au Kosovo pour nous resservir le vieux refrain du "il n'y a rien à faire, ils sont tous pareils, occupons nous de nos oignons", oublient que la non-résolution des conflits en temps utile conduit à des situations extrêmement difficiles, sinon inextricables. La Serbie, pour n'avoir pas voulu saisir la dernière chance offerte à Rambouillet de sortir pacifiquement du Kosovo en y ménageant les droits et la sécurité de toits ses habitants, paye la culpabilité générale de ses dirigeants ait pouvoir ou dans l'op position. Feindre de croire que la société kosovare pouvait sortir indemne de l'enfer dans lequel l'a plongée l'apartheid, puis la folie meurtrière du régime de Belgrade est pure hypocrisie. La libération du Kosovo de la tutelle de l'Etat serbe était le préalable indispensable à la réédification du pays dans un climat démocratique.
La Bosnie, quant à elle, ne parvient pas à sortir de la stagnation qui résulte du boiteux compromis de Dayton. Les équipes ait pouvoir voient des avantages évidents à ce que rien ne change, et les tuteurs inter nationaux se contentent de limiter les excès trop voyants du statu quo actuel. Il faut certes miser sur la capacité de la société bosnienne à se renouveler elle-même, niais les séquelles de la guerre sont trop vives et ses acteurs les plus coupables trop présents pour qu'elle suffise à provoquer des effets rapides. C'est à ceux qui ont dicté les conditions de la paix qu'il incombe au premier chef d'assurer des mesures telles que l'arrestation des criminels de guerre et le retour en sécurité des réfugiés et expulsés, qui inaugureraient un bouleverse ment des comportements et des mentalités. Les faibles réactions suscitées en RS par l'envoi à La Haye du général Talic montrent que des actions énergiques de la SFOR n'y rencontreraient probablement pas de grandes résistances. L'idée a fini par s'imposer qu? la constitution d'une zone de paix, de prospérité et de démocratie dans les Balkans n'était pas simplement une nouvelle version du vieux projet internationaliste de "Fédération balkanique", mais que c'est seulement dans son cadre que pourraient se résoudre les multiples conflits régionaux, qui sont autant de menaces pour l'Union européenne en voie d'élargissement. De grands pro jets, comme celui du Pacte de stabilité pour le Sud-Est européen, existent déjà sur le papier et à travers leurs responsables dotés de bureaux et de secrétaires. Mais vit s'exprime la conviction qu'il s'agit là d'un objectif de première grandeur pour l'Europe, où est le grand souffle qui devrait animer tout cela, quels sont les moyens à mettre en oeuvre?

LE SOMMET DE SARAJEVO 30-31 JUILLET

Le sommet pour le Pacte de stabilité dans l'Europe du Sud-Est s'est tenu à Sarajevo les 30 et 31 juillet 1999. 17 chefs d'États, 2 chanceliers et 13 premiers ministres y ont participé. Tous les pays de l'ex-Yougoslavie y étaient représentés, la Serbie mise à part. Le président monténégrin, M. Djukanovic, y a assisté à titre d'observateur, de même que M. Avramovic, membre de l'opposition serbe. Les participants ont adopté une Déclaration confirmant leurs engagements et responsabilités collectifs et individuels pour la mise en oeuvre de mesures concrètes, destinées à promouvoir les réformes politiques et économiques, la démocratie et les droits de l'homme, ainsi que la coopération et la sécurité dans l'ensemble de la région. Chacune de ces quatre grandes priorités (réformes, démocratie, coopération, sécurité) ont été élaborées en détail dans ce texte; priorité étant donnée aux droits de l'homme et, dans ce cadre, au droit au retour dans leurs foyers, en toute sécurité, de l'ensemble des personnes déplacées; à la garantie des droits des minorités; la construction d'une société multinationale et multiethnique, ainsi que d'une identité ethnique, culturelle et linguistique protégée par tous les mécanismes dont dispose la communauté internationale, les conventions en vigueur y comprises. Les participants réaffirment leur volonté d'assumer leurs responsabilités en vue d'éliminer les séquelles des tragédies qui ont frappé l'Europe du Sud-Est durant la décennie écoulée. Ils continueront à prêter leur aide entière et concrète à la réalisation des accords de Dayton et au rétablissement de la paix au Kosovo. Profondément convaincus que la mise en oeuvre du Patte de stabilité facilitera et accélérera les processus d'intégration, les participants au sommet se déclarent prêts à oeuvrer ensemble et à prendre toutes les mesures nécessaires pour accélérer le processus d'intégration des pays du Sud-Est européen aux structures euroatlantiques. Ils soutiennent vigoureusement toutes les initiatives communes de ces pays pour améliorer leurs relations de bon voisinage et leur coopération avec les autres pays signataires du Pacte. Ils expriment leur ferme volonté de voir tous les pays de la région travaillent ensemble dans un esprit de commune solidarité, afin d'édifier, par le biais du Pacte de stabilité, une véritable communauté, économiquement prospère et dotée d'un avenir stable. La RFY sera accueillie favorablement au sein du Pacte de stabilité, en tant que partenaire de plein droit, mais uniquement dans le respect de tous les autres participants, est-il stipulé dans la Déclaration. Les participants ont fait appel aux citoyens de la RFY pour qu'ils s'attaquent résolument à des changements démocratiques et participent activement au processus de réconciliation et de coopération dans la région. En attendant, les pays participants au sommet s'engagent - tout en respectant la souveraineté et l'intégrité territoriale de la RFY - à poursuivre leur aide et soutien politique au Monténégro et au Kosovo, ainsi qu'à toutes les forces démocratiques dans ces parties constitutives de la RFY. Bodo Hombach, homme politique allemand proche du chancelier Schroeder, a été chargé de la mise en oeuvre du Pacte de stabilité. Rappelons qu'un grand nombre d'associations de citoyens de B-H ont adressé des recommandations et propositions au sommet de Sarajevo. Nous avons déjà publié (voir notre n'76-77) les réactions de l'Alternative Démocratique, qui prépare tout un programme d'activités dans le cadre de la mise en oeuvre du Pacte de stabilité.
Commentaire de Zlatko Lagumdziia:. "Le Pacte de stabilité n'influencera pas seulement notre avenir, il en décidera directement. Ce Pacte représente un cadre, tel le cadre d'un tableau, à l'intérieur duquel nous pouvons disposer les choses à notre gré et dessiner ce que nous voulons, mais sans oublier qu'il nous est impossible d'en sortir." (Feral tribune)

 

LA TOURNÉE DE HOLBROOKE

UN AVERTISSEMENT À TOUS LES ACTEURS DE LA CRISE DANS LES BALKANS

Le nouvel ambassadeur des États-Unis auprès de l'ONU, Richard Holbrooke, a donné une conférence de presse à Bruxelles au cours de laquelle il a fait le bilan de sa tournée d'une semaine dans la région des Balkans - de la Macédoine au Kosovo, de la Bosnie-Herzégovine à la Croatie. HoIbrooke a lancé à cette occasion certains avertissements, reflet évident des options à long terme des États-Unis et de leurs alliés de l'OTAN vis-à-vis de cette région et des principaux acteurs de la crise. L'ambassadeur a déclaré que le retour des réfugiés et personnes déplacées dans l'ensemble de l'ex-Yougoslavie restait pour les États-Unis la question principale. "Cela a été le thème essentiel de tous mes entretiens à Pristina, Sarajevo, Mostar, Banja Luka et Zagreb", a déclaré le diplomate américain, Il a prévenu les leaders militaires et politiques des Albanais du Kosovo "qu'il était tout à fait au courant des événements inadmissibles et inimaginables qui se sont déroulés ces derniers temps à Pristina, Prizren et Pec". Holbrooke a par ailleurs assuré Bernard Kouchner, Haut représentant de l'ONU au Kosovo, "qu'il pouvait compter sur le plein soutien des États-Unis et de l'OTAN dans ses efforts pour mettre en place un pouvoir civil démocratique". Il a conseillé au régime de Belgrade de ne pas s'imaginer que l'armée yougoslave et les forces de sécurité serbes pourraient rentrer au Kosovo. Le "père" des Accords de Dayton a déclaré aux dirigeants et aux peuples de Bosnie-Herzégovine qu'il était encouragé par les progrès enregistrés, mais restait extrêmement préoccupé par l'étendue et la gravité des problèmes encore en suspens. Il a averti les donateurs et décideurs politiques internationaux que nombreux sont ceux qui à Sarajevo, Mostar et Banja Luka déclarent publiquement être pour la mise en oeuvre des Accords de Dayton, tout en se faisant, dans la pratique quotidienne, l'incarnation des "forces du mal, du séparatisme, du racisme et de la corruption".
olbrooke a ensuite averti les extrémistes en RS que c'est en vain qu'ils espèrent obtenir le départ de l'actuel Premier ministre, Milorad Dodik, dont il a déclaré que "c'était l'un des leaders de cette génération les plus prometteurs pour la B-H". Il a rappelé aux séparatistes de tous bords qu'il n'y a pas d'autre alternative qu'une Bosnie-Herzégovine unifiée, multiethnique, démocratique et économiquement viable. L'ambassadeur a rappelé une fois de plus à tous les Serbes de l'ex-Yougoslavie, ceux de Croatie y compris, qu'ils ont été victimes avant tout de la politique nationaliste de leurs leaders", sans oublier pour autant le président Tudjman, soulignant "que le retour des minorités en toute sécurité servira de test pour assurer sa crédibilité morale et politique devant l'ensemble des institutions internationales". Holbrooke n'a pas non plus omis de rappeler à l'OTAN que "la stabilité du Kosovo et de la B-H était d'une extrême importance pour l'évolution de sa future stratégie", et qu'il fallait aussi suivre très attentivement les développements en Croatie, comme dans les autres régions de cette région en crise.

 

La CPI doit être ratifiée sans attendre !

Pierre BRANA, député de la Gironde (groupe socialiste), membre de la Commission des Affaires étrangères, rapporteur du budget Coopération et Développement - Président du groupe d'amitié France-Bosnie Herzégovine.

La loi constitutionnelle relative au Traité instituant la Cour pénale internationale (CPI) a été adoptée le 28 juin. 11 est bon que la France, qui n'a eu de cesse de contribuer à l'instauration d'une justice internationale, ait été l'un des tous premiers pays à s'engager. Ratifier ce texte constitue maintenant une des priorités de la rentrée parlementaire, car la procédure visant à la création de cette nouvelle juridiction est longue, trop longue.
La CPI, je le rappelle, ne pourra exercer ses prérogatives que deux mois après la ratification du soixantième Etat. A ce jour, des cent vingt signataires du statut approuvé à Rome en 1998, seuls San Marin, Sénégal, Trinidad et Tobago l'ont ratifié. Ce processus peut durer des années encore, et nuire à une Justice dont l'un des objectifs majeurs est la dissuasion. Comme un avertissement, les exactions perpétrées récemment au Kosovo doivent nous convaincre d'accélérer sans tarder l'installation de cette Cour. Pour espérer l'établir dès le début du prochain millénaire, la France, forte de sa tradition humaniste et de son influence internationale, doit continuer à s'affirmer comme le moteur de cette prise de conscience universelle.
Les laborieuses tractations de Rome et le vote de sept Etats contre le Traité, ont déjà tempéré l'optimisme entraîné par l'arrestation et les poursuites à l'encontre de Pinochet. Bien sûr, je me réjouis du progrès historique du texte fondateur de la CPI. Je le fais, au nom des victimes de l'holocauste, du génocide arménien, cambodgien Mais aussi en tant que co-rapporteur de mission d'information sur la tragédie rwandaise, en tant que rapporteur d'une mission au Kosovo en avril 1998, au retour de laquelle j'insistais sur le risque de guerre. Je le fais enfin au nom du combat contre les auteurs de violations des droits humains et les planificateurs d'atrocités.. « De l'Afrique des Grands lacs à la Bosnie j'ai rencontré des personnes déplacées, persécutées. J'ai vu des blessés et des estropiés, des villages détruits et des pays ravagés. Je me suis entretenu avec des victimes de sévices en tous genres, tous plus épouvantables les uns que les autres. J'ai vu des charniers. Depuis longtemps j'ai acquis la conviction qu'il n'est pas possible à la communauté internationale de laisser croire à l'impunité, fusse celle des chefs d'Etat ou celle des généraux. A la Conférence de paix pour l'ex-Yougoslavie de 1992 nous n'étions pas nombreux à réclamer un tribunal pénal international, à rappeler le caractère imprescriptible des poursuites à l'encontre des auteurs des crimes les plus graves, à vouloir l'instauration d'une Justice qui fasse valoir les droits des victimes. La suite est connue, création du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie puis TPI pour le Rwanda. Si le tribunal de la Haye a su s'affirmer, en particulier par l'inculpation de Milosevic pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, l'instance d'Arusha, malgré sa volonté manifeste de juger les criminels, souffre d'insuffisances de ressources humaines et matérielles.
Les défis ne manquent pas. Ils doivent stimuler nos efforts à accélérer le processus de ratification de la CPI dans les autres pays. En mobilisant d'abord ceux de l'Union européenne et les pays francophones. J'espère que nous nous exprimerons également sans ambiguïté sur certaines clauses très discutables du statut. J'attends notamment du Président de la République et du Gouvernement, que jamais nous n'ayons à nous prévaloir de la possibilité de refuser - pendant sept ans - à la CPI, la compétence de juger certains de nos ressortissants qui seraient accusés de crimes de guerre.
Par ailleurs, je regrette que les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, n'aient pas accepté l'acte final de la conférence de Rome. Alors qu'ils se présentent partout dans le monde comme des donneurs de leçons, les Américains, par leur refus, côtoient d'autres Etats (Chine, Irak-, Iran...) qui ne se signalent pas particulièrement par leur respect des Droits de l'Homme. Étonnante cohabitation, même s'il est vrai que les USA ont déjà refusé de signer la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel et n'ont pas ratifié la Convention aux droits de l'enfant interdisant la peine de mort pour les mineurs. Notre action dans ces domaines doit s'afficher lors de toutes nos relations économiques, politiques et diplomatiques.
Autre pays opposé à la CPI : Israël. Bien que sa situation soit particulière au milieu du monde arabe (qui, en dehors de la Jordanie, s'est globalement abstenu de voter le statut), on peut espérer qu'avec l'arrivée d'Ehud Barak- à la tête de l'exécutif, dans le fil de la relance des accords de paix de Wye Plantation, l'idée de la CPI fasse son chemin... Cette décision est évidemment liée à l'attitude des Américains.
Deux tendances s'exercent dorénavant dans les pays démocratiques. Si leur volonté est réellement de créer une grande Cour internationale, on imagine mal l'absence de ces deux nations. Raison de plus pour engager fermement le Parlement français à ratifier sans délai cet instrument de justice internationale.

 

VERS UNE RÉFORME ÉLECTORALE

Les délégués du Haut représentant en Bosnie de l'OSCE ont élaboré un projet de loi électorale pour la B-H, qui constituera une réforme importante. Le porte-parole de l'OSCE, Alexander Nitzsche, a déclaré, au cours d'une conférence de presse tenue à Sarajevo, que ce projet de loi, qui doit remplacer les règles et prescriptions de la Commission électorale provisoire, a pour but de promouvoir la réconciliation multiethnique et le compromis politique. Ce projet stipule que les candidats aux postes de membres de la Présidence de BiH devront disposer, avant de pouvoir se présenter, d'un certain pourcentage de signatures attestant du soutien d'électeurs séjournant dans l'autre entité, ou du soutien d'un conseil municipal de l'autre entité. Le système adopté pour l'élection des membres de la Présidence de B-H, ainsi que des président et vice-président de la RS, est préférentiel. Il obligera les candidats à rechercher, en-dehors de leurs partisan , l'appui de ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Les partis ou coalitions devront présenter, pour l'élection de toutes les assemblées, des listes de candidats ouvertes, afin que les électeurs soient en mesure de voter, outre pour des partis ou coalitions, pour des candidats de leur choix. Le système de la proportionnelle restera par ailleurs en vigueur. Mais, pour l'élection des représentants aux chambres de l'Assemblée de B-H, de l'Assemblée de la Fédération de B-H et du Parlement de la Republika Srpska, de nouveaux districts ont été formés, à plusieurs niveaux. La création d'un corps électoral plus restreint permettra de rapprocher les représentants de leurs électeurs. Un tiers au moins des candidats inscrits sur les listes électorales devront être des femmes. La loi contraint également les partis, coalitions ou candidats à faire des déclarations concernant leur situation financière et leurs biens. La nouvelle loi électorale maintient le droit des réfugiés et personnes déplacées de voter dans les communes où ils habitaient avant la guerre. Ce projet a été remis au Comité directeur du Conseil pour la mise en oeuvre des accords de paix, ainsi qu'au Conseil de l'Europe, pour qu'ils s'assurent qu'il correspond bien aux normes internationales. L'on s'attend à certaines réactions dès le mois de septembre. Puis la loi sera soumise à l'Assemblée de B-H pour y être examinée et éventuellement adoptée fin 1999.

 

Calendrier du mois d'octobre

A la galerie Le Lys (12-14 rue Saint Louis en l'Isle - Paris 4e, tél. 0146 33 22 79):

0 Jusqu'au 2 octobre, suite et fin de l'exposition du peintre Edin Numankadic, "Pensées peintes".

0 Le 29 septembre à 19h, rencontre autour du livre de Vidosav Stevanovic, "La même chose" (éd. Mercure de France, traduit par Mauricette Begic et Nicole Dizdarevic). Présentation de Carol Mann et Laurand Kovacs, animée par Vera Deparis.

0 Le 5 octobre à 19h, vernissage de l'exposition de photos de Milomir Kovacevic, "Bienvenue à Sarajevo". Jusqu'au 30 octobre.

0 Le 14 octobre à 19h, rencontre autour du livre de Florence HartMann, "Milosevic - La diagonale du fou" (éd. Denoël). Présentation de Véronique Nahoum-Grappe, Pascal Bruckner, Pierre Hassner, animée par Marc Semo. Livre disponible au Lys dès le 5 octobre.

0 Egalement prévu au Lys en octobre: rencontres avec Brina Svit, auteur de "Cambrio" (éd. Gallimard, traduit par Zdenka Stimac), et avec Izet Saralic.

0 Le Comité Kosovo reprend ses réunions au siège de la revue "Esprit", le mardi 5 octobre à 18h3O (212 rue Saint Martin - Paris 3e, tél. 01 42 76 00 53).

0 Parution : 'Temps barbares, de l'Albanie au Kosovo", entretiens de Ismaïl Kadaré avec Denis-Fernandez Recatala (éd. UArchipel).

 

Ivan DIURIC
GLOSSAIRE DE L'ESPACE YOUGOSLAVE
L'Esprit des Péninsules éditeur

Sorti à la mi-juin, le Glossaire de l'espace yougoslave laisse à ses lecteurs un seul regret: que la parution de cet ouvrage de référence sobre, précis, exempt de ces passions qui ont nourri les commentaires de la crise yougoslave, ait été aussi tardive. Que de fausses interprétations auraient pu être évitées si ce livre, élaboré dans les années 90-91, avait été disponible à temps. Parfaitement conscient des exigences qu'impliquait un tel projet, soucieux de refuser tout usage polémique des réalités historiques et géographiques de l'espace yougoslave, Ivan Djuric, harcelé par ailleurs par ses tâches universitaires et politiques, relisait, rectifiait, complétait et actualisait... découvrant hélas par ailleurs qu'un texte de fond trouve moins facilement preneur qu'un ouvrage polémique.
En revanche, comme tout autre ouvrage de fond, près de dix ans après la première rédaction, le Glossaire de l'espace yougoslave demeure d'une étonnante actualité, éclairant les situations nouvelles que nous vivons de rapports avec un passé présenté de manière vivante, concrète, avec le souci d'aller à l'essentiel, sans passion, sans parti pris, mais n'omettant pas le détail qui donne sa coloration, son sens au récit, ni le trait à la fois triste et ironique, s'agissant surtout des événements les plus récents et des acteurs du drame actuel; qui suffit à dire clairement ses réserves, ses refus, concernant par exemple les comportements d'une opposition qui n'ose pas rompre avec les fantasmes dont se nourrit le national-socialisme de Milosevic, ou les pièges qui ont détruit et défiguré la diaspora serbe. Soixante entrées qui alternent portraits, paysages, noms de lieux avec leur poids affectif, suffisent pour immerger le lecteur dans un espace yougoslave concret, vivant, et lui faire découvrir une autre vision. Celle d'une perspective démocratique qui, nourrie d'une longue quête de liberté, s'inscrit dans une réalité géographique et doit, à la faveur d'une ouverture européenne, offrir le cadre de coopération dans lequel les républiques nouvellement indépendantes s'arracheront à la pratique des exclusivismes, au culte des fantasmes guerriers, pour mettre enfin en valeur des ressources qu'elles ne cessent de gaspiller.
A l'heure où s'impose l'exigence d'un dialogue, notamment entre les habitants du Kosovo, l'on aurait aimé réentendre cette voix qui, il y a trois ans, appelait à un relecture sérieuse du mythe du "Champ des Merles", ne serait-ce que pour reconnaître l'importante participation albanaise à la bataille des Serbes aux côtés du Prince Lazar. Le Glossaire de l'espace yougoslave est l'écho de cette voix.

Gabriel Beis

 

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CHANGEMENTS AU PROTECTORAT

Wolfgang Petrisch, 53 ans, diplomate autrichien, a pris officiellement ses fonctions en tant que Haut représentant de la communauté internationale en B-H. C'est le troisième fonctionnaire chargé de surveiller la mise en oeuvre des Accords de Dayton, après le Suédois Carl Bildt et lEspagnol Carlos Westendorp. On note chez ces trois diplomates d'énormes différences dans leur approche du problème de la Bosnie.
Bildt est arrivé à Sarajevo avec la réputation d'un bon connaisseur des affaires bosniaques, ayant été médiateur des Nations-Unies pendant la guerre de Bosnie. Pourtant les Américains se sont efforcés par tous les moyens de limiter l'importance de sa nouvelle mission. Nommé à Sarajevo en tant que représentant civil, disposant de peu de fonds et d'un mandat imprécis, n'ayant pas vraiment accès aux informations sur la tâche des forces internationales de la SFOR, Bildt s'est retrouvé confronté aux ambiguïtés de Dayton et à d'énormes tensions politiques sur le terrain. Il a pourtant réussi, en un an à peine, à frayer de nouvelles voies en Bosnie et, tant bien que mal, à créer les conditions pour la convocation de nouvelles élections.
Carlos Westendorp n'est arrivé qu'après que l'Europe et l'Amérique sont parvenues à un compromis. Quant à la répartition des tâches, les Américains se sont réservé le contrôle des forces de la SFOR et la supervision des élections, l'Europe étant chargée du volet civil. Westendorp n'avait aucune expérience en ex-Yougoslavie, mais en tant que méditerranéen, citoyen d'un pays lui-même confronté à des problèmes ethniques, il lui était facile de s'adapter à ce genre de situation. Il ne s'est pourtant pas passé grand-chose en Bosnie au cours des premiers mois de son séjour, ce qui lui valut même, à un moment donné, de se faire rabrouer par les Américains. Ses adjoints, l'Allemand Michael Steiner et le général américain Jacques f0ein, plus connu pour avoir dirigé l'intervention des Nations-Unies en Croatie, l'ont vite incité à adopter une attitude plus énergique. Mais ce qui l'a surtout encouragé, ce sont les pouvoim exceptionnels qui lui ont été conférés par le Conseil pour la mise en oeuvre des accords de paix en Bosnie, aux réunions de Sintra et de Bonn. Pouvoirs relcvant en fait d'un protectorat, bien que la communauté internationale n'ait jamais reconnu que la Bosnie était placée sous protectorat. Au cours de son mandat, Westendorp a édicté trente lois, sur lesquelles les pouvoirs nationalistes n'avaient pas réussi à s'entendre; il a limogé seize hauts fonctionnaires bosniaques, introduit une monnaie unique, de nouveaux drapeau, emblème, hymne et plaques d'immatriculation. Il a même envoyé les forces de la SFOR s'emparer des émetteurs de la TV serbe de Pale, celle-ci ayant dépassé les bornes dans ses attaques contre la communauté internationale. Il a fait adopter une dernière loi, à la veille de son départ de Sarajevo, sur l'établissement d'un service TV couvrant l'ensemble du pays, ainsi que sur l'élimination de certaines clauses de la loi pénale relatives aux procès en diffamation intentés aux journalistes.
Le diplomate autrichien, Petrisch, est arrivé à Sarajevo avec un retard d'une ou deux semaines, ayant pris le temps de faire ses adieux à Belgrade, où il occupait le poste d'ambassadeur. Petrisch jouit d'un énorme avantage sur ses prédécesseurs: il parle bien la langue du pays. Il a surtout été choisi grâce à son rôle de médiateur au cours de la crise du Kosovo. Car le problème bosniaque, comme d'ailleurs le problème serbe ou celui du Kosovo, ne pourront plus être considérés ou résolus de façon isolée. L'approche "régionale" représentera un élément important dans l'activité du nouveau Haut représentant international en B-H.
Westendorp a quitté Sarajevo accompagné de divers commentaires: les uns faisant son éloge pour tout ce qu'il a entrepris, d'autres émettant un jugement négatif. Les critiques portent sur ceci: le retour des réfugiés n'a pas été réalisé; les principaux responsables de crimes de guerre n'ont pas été arrêtés; il a toléré l'inertie et le blocus des organes collectifs de l'Etat, et n'a pas su comment réagir lorsque le président de la RS Nikola Poplasen - qu'il avait limogé - a refusé d'obéir. Le nouveau Haut représentant, Wolfgang Petrisch, s'engage pourtant sur une voie déjà bien déblayée.

Zoran Udovicic

VALSE DES PORTEFEUILLES

- Robert Gelbard, envoyé spécial pour la mise en oeuvre des Accords de Dayton depuis 1997, vient d'être nommé ambassadeur américain en Indonésie. Il a été remplacé par James F. Dobbins, également nommé conseiller du Président des Etats-unis et envoyé spécial au Kosovo. Dobbins a derrière lui une longue expérience. Il a été entre autres, de 1982 à 1985, secrétaire d'Etat-adjoint aux Affaires européennes.
- Le général Jacques Klein, qui était le premier adjoint du Haut représentant, est devenu représentant des NationsUnies en remplacement de Mme Ren.
- L'ambassadeur de France en B-H, Yves Gaudeul, vient d'être remplacé à ce poste par Bernard Bajolet, auparavant ambassadeur en Jordanie.
- A la Canadienne Louise Arbour, qui dirigeait le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie à La Haye, succède la Suissesse Carla del Ponte.

CORRUPTION EN B-H

Le plus influent des journaux américains, New York Times, a récemment publié un article de son correspondant dans les Balkans, Chris Hedges, sous le titre: "Les pouvoirs bosniaques ont détourné un milliard de dollars". Il prétend qu'au terme d'une longue enquête, une équipe chargée de combattre la corruption, présidée par des Américains, aurait conclu qu'un milliard environ de $US auraient disparu des fonds publics où était versée l'aide internationale, prélevé par les leaders nationalistes musulmans, croates et serbes, qui maintiennent la Bosnie fermement divisée en trois enclaves ethniques.
Pour étayer ces allégations, Hedges a rappelé les affaires évoquées ces dernières années par les hebdomadaires indépendants de Sarajevo Dana et Slobodna Bosna, tel le cas de la Banque nationale de B-H, où dix ambassades étrangères et agences internationales avaient perdu environ 20 millions de dollars. Tuzla, que Hedges qualifie de "ville musulmane" (en fait, il s'agit du canton de Tuzla, dirigé par le SDA), est citée comme une municipalité corrompue, qui aurait détourné sur son budget de cette année 200 millions de dollars, sans compter les 300 millions des deux dernières années.
Le journaliste affirme par ailleurs que l'on trouve sur le marché automobile de Stolac, contrôlé par les Croates, la plus grande collection de voitures volées en Europe, et que le Bureau du Haut représentant a récemment déclaré ce marché illicite et exigé l'arrestation de son directeur, Jozo Perie. Mais le tribunal croate de Stolac l'a libéré au bout de quelques jours, rejetant cette inculpation. Depuis, Peric est en fuite. Voici l'exemple sans doute le plus frappant des pertes infligées au budget fédéral par les dirigeants des partis au pouvoir. "L'année dernière, le Parlement bosniaque a adopté une loi selon laquelle le gouvernement devait prélever des taxes sur l'importation d'essence et de gaz de Croatie. Les revenus auraient dû s'élever à des millions de dollars. Pourtant, lorsque cette loi a été publiée au Journal officiel, les articles portant sur l'imposition avaient, étrangement, disparu. La mafia croate qui exporte l'essence et le gaz en Bosnie ne verse toujours pas de taxes. Bien que l'affaire ait été portée devant le Tribunal de Sarajevo, les diplomates prétendent que les juges, craignant des représailles, hésitent à entamer la procédure", conclut Hedges.
Au fond, il n'a rien révélé qui ne soit déjà connu de l'opinion publique bosniaque et des diplomates à Sarajevo, excepté une chose: Hedges déclare en effet avoir été en possession d'un rapport de 4000 pages préparé par le Bureau du Haut représentant et citant 220 cas de corruption en B-H. Dès le lendemain, le porte-parole du Haut représentant publiait un démenti très peu convaincant, niant l'existence d'un tel rapport, mais confirmant qu'il y avait beaucoup de corruption en B-H. Comme la pression exercée par Alija et Bakir lzetbegovic sur le nouveau Haut représentant se faisait de plus en plus forte pour exiger que ce dernier soit publie le rapport, soit démente explicitement son existence, le diplomate autrichien s'est résigné à annoncer publiquement que celui-ci n'existait pas. Ce qui n'a pas convaincu Hedges, qui a de nouveau affirmé, au cours de diverses interviews à des médias américains et bosniaques, que ce rapport existait bien et qu'il l'avait eu entre les mains avant d'écrire son article.
L'affaire a divisé les citoyens de Sarajevo. Les uns parlent des voleurs au pouvoir, tandis que les autres condamnent la communauté internationale. Rappelons enfin que celle-ci accuse de corruption le sommet du pouvoir en Bosnie depuis 1997.

Agences SAFAX et SENSE

S'IL N'Y A PAS DE PAIN, IL Y A DES JEUX (PANEM ET CIRCENSES)

En RS, l'arrestation du général Momir Talic a semé la panique parmi les anciens membres de la cellule de crise de la région autonome de Krajina (dont l'ex-président, Radoslav Brdjanin, se trouve déjà à La Haye). L'opinion publique s'était plus ou moins émue au moment des autres arrestations, mais celle d'un général faisant partie de l'actuel état-major de la RS, et ce à Vienne, où il séjournait en tant que représentant légal de l'establishment militaire, a fait l'effet d'une bombe. Effet qui s'est néanmoins estompé pour la plupart des citoyens, mais dont le sombre présage retentit encore pour certains qui, apparemment du moins, n'ont rien à voir avec les criminels de guerre. Dont le président de la Cour constitutionnelle de la RS, Rajko Kuzmanovic, qui n'a jamais fait partie de la cellule de crise de 19912. Kuzmanovic était alors doyen de l'Université de Banja Luka et a été renvoyé précisément après avoir refusé de s'y associer; il s'est même vu interdire l'accès à l'Université pendant deux ans. Aussi Kuzmanovic a-t-il été considérablement troublé lorsqu'il a aperçu son nom sur la liste des candidats pour La Haye, publiée par les médias en RS. Quant à ces cellules de crise, pour le président du gouvernement de l'Alternative de B-H, Miodrag Zivanovic, elles avaient été créées indûment, tant sur le territoire contrôlé par les Serbes, que sur ceux contrôlés pas le HVO ou le SDA. Zivanovic est persuadé qu'il y aura des listes secrètes à La Haye tant que ceux qui se trouvent sur la liste officielle resteront en liberté.
Un événement a eu lui aussi un large retentissement, à savoir la décision du gouvernement de Milorad Dodik de retirer au président de la RS, Nikola Poplasen (limogé par Carlos Wesdentorp), tous ses privilèges, gardes-du-corps et voitures y compris. Enfin, un autre thème a agité l'opinion publique: la réunion de la coalition pour une B-H unifiée et démocratique avec la principale coalition de RS, SLOGA, portant sur la constitution d'un nouveau gouvernement en RS. Rappelons que l'actuel gouvernement est resté en fonction parce qu'aucun des candidats proposés par Poplasen n'a obtenu la majorité à l'Assemblée. Les partis politiques extérieurs à SLOGA ont qualifié cette réunion de trahison, d'autres ont déclaré que Dodik cherchait à gagner du temps. Quoi qu'il en soit, les pourparlers entre les deux coalitions se poursuivent et l'on chuchote dans les couloirs que le vice-président de la RS pourrait être un Boshniaque.
Presqu'au même moment Alija lzetbegovic, membre de la présidence tricéphale, a défié la communauté internationale en déclarant qu'il ne permettrait pas, dans la Fédération, que des réfugiés boshniaques soient délogés des appartements qui appartiennent à des non boshniaques. Atteinte directe à l'annexe 7 des Accords de Dayton, saluée comme une aubaine par la droite de la RS, qui en a profité pour déclarer que le même principe serait appliqué en RS dans le cas des appartements occupés par des Serbes et appartenant à des non-serbes. Pourquoi la communauté internationale n'a pas répondu à ce défi, cela reste à voir, mais il est évident que la mission post-Dayton continue à tolérer les excès nationalistes, qui mettent en pratique le droit du sol et du sang. Alors que tant de sang a déjà été versé.
Et après tant de pillage. Car, après la publication de la liste des gros bonnets de la finance dans la Fédération, certains médias en RS se sont mis à publier aussi les noms des grands financiers serbes. Le peuple, déjà suffisamment escroqué, n'a plus qu'à attendre la fin du pillage, la fin aussi de l'affrontement politique; on saura alors qui a procédé au détournement du siècle, ou à la privatisation. En attendant, il y aura toujours du pain et des Jeux. Des Jeux surtout, et peu de pain - mais on a l'habitude.

Radmila Karlas, Banja Luka


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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