Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 91 octobre 2000

SERBIE:
DEVOIR DE VIGILANCE
Déclaration de l'Association Sarajevo et du Comité Kosovo

 Un pas nécessaire dans le processus de retour à la démocratie et à la paix dans les Balkans vient d'être accompli. Milosevic a été mis à l'écart. Il séjourne quelque part en Serbie, sans doute à Belgrade, où il tient des réunions avec les dirigeants de son parti (le SPS) et tire des ficelles. Son fidèle Milutinovic, inculpé comme lui de crimes contre l'humanité, demeure Président de la Serbie, tandis que les partis négocient le dosage des portefeuilles du gouvernement de transition qui doit, sous la conduite d'un membre du SPS, gérer les affaires de la Serbie par consensus, jusqu'aux élections du 23 décembre. C'est un Monténégrin du SNP (affilié au SPS) qui dirigera un gouvernement "fédéral" de cohabitation.
Cette procédure de passation des pouvoirs, même si elle ne va pas sans de sérieux accrochages, reflète la manière dont a été obtenu le retrait de Milosevic, combinaison d'action électorale, de pression populaire et d'ententes d'états-majors (au sens propre). La plupart des institutions de ce que l'on ne peut pas encore appeler l'ancien régime sont restées en place. Qu'il ne s'agisse pas (encore?) d'une véritable rupture avec un passé et un régime en principe condamnés, ne regarde après tout que les citoyens de Serbie qui règlent comme ils l'entendent leurs problèmes intérieurs. Ce qui est par contre grave et inquiétant, c'est que la même continuité se retrouve dans l'approche des problèmes touchant aux relations de la Serbie avec les peuples voisins. Là-dessus, les 4 points énoncés dans notre déclaration publiée dans "Le Monde" du 16/10 (voir ci-contre) rappellent les principales questions qui exigent des réponses claires.
Le moins qu'on puisse dire est qu'on est très loin du compte. Il suffit d'évoquer la provocation que constitue la participation de Kostunica à la manifestation nationaliste serbe de Trebinje (voir p. 6). Les incidents de Brcko (voir p. 6), les nouvelles revendications du HDZ croate interviennent alors que le nationalisme est présenté comme respectable s'il est démocratique. De nombreux exemples, actuels et passés, devraient pourtant montrer que la démocratie ne règle pas par elle-même les conflits nationaux, et qu'un Etat démocratique peut très bien se comporter de façon non démocratique vis-à-vis de ses voisins, en méconnaissant leurs aspirations et leurs droits. On ne rappellera jamais assez que le programme national que Milosevic entendait réaliser avec la brutalité et les moyens que l'on sait, avait été fabriqué dans les milieux de l'intelligentsia de Belgrade dont sont issus non pas tous, mais la plupart des nouveaux dirigeants de Belgrade. Kostunica, qui s'était élevé contre le statut d'autonomie du Kosovo et de la Vojvodine en 1974, avait pour cela été exclu de l'Université. Cela fait honneur à son courage et à son intégrité, mais pas à sa lucidité politique.
On doit de même s'interroger sur la lucidité politique des dirigeants occidentaux et particulièrement français, avec une mention spéciale pour notre ministre des Affaires étrangères qui semble avoir soudain rajeuni de dix ans, quand ils ne posent aucune condition à la pleine adhésion de la Serbie au pacte de stabilité du Sud-est européen. Comment envisager que le gouvernement de Belgrade prenne part à la coopération interrégionale, l'un des principes de base de ce pacte, sans avoir reconnu que la Serbie porte la responsabilité majeure des guerres et des massacres qui ont ruiné la région? Une information diffusée ce jour (24/10), selon laquelle Kostunica s'apprêterait à reconnaître le génocide commis au Kosovo, constituerait si elle se confirme un fait nouveau de première importance.

Sommaire
EDITORIAL

SERBIE: DEVOIR DE VIGILANCE 
Déclaration de l'Association Sarajevo et du Comité Kosovo

Serbie
Lettre ouverte de Sonja Biserko à Vojislav Kostunica
Une affaire serbo-serbe?
Accusation publique contre l'ancien président de la RFY, son épouse et son fils
L'APRÈS-MILOSEVIC: ILS ONT DIT...

International
REACTIONS A L'ELECTION DE KOSTUNICA
    En Bosnie-Herzégovine
    Petrisch s'adresse à Kostunica
    En Croatie
    En Macédoine
DEVELOPPEMENT LOCAL BALKANS

Bosnie
EXIT IZETBEGOVIC
Les élections en B-H
Kostunica "Visite privée" en Bosnie
Activités du Cercle 99
La fuite des cerveaux
Tensions à Brcko
Pour Srebrenica

La vie du TPIY
KRSTIC: "C'EST MLADIC!"
UNE MORT PEU GLORIEUSE

Point de vue sur "Milosevic, une Epitaphe", de Vidosav Stevanovic

Macédoine

Calendrier 
RENCONTRE EUROPEENNE DU LIVRE A SARAJEVO

A lire:
Débats et colloques:

SERBIE: DEVOIR DE VIGILANCE
Déclaration de l'Association Sarajevo et du Comité Kosovo

Nous saluons les citoyens de Serbie, qui par leur vote et leur action dans la rue, ont arraché le départ de Milosevic. Il faut souligner le rôle décisif joué par le mouvement de jeunesse Otpor et celui de la pression populaire venue de la province, qui ont bousculé et poussé en avant les dirigeants traditionnels de l'opposition.
Cette première victoire de la démocratie ne doit cependant pas faire oublier que la Serbie ne souffrait pas seulement de l'autoritarisme d'un Etat qui bafouait les libertés publiques et se livrait à toutes sortes d'abus, de délits et de crimes contre ses propres citoyens. Cet Etat a aussi mené, à l'extérieur, une politique d'agression et de purification ethnique dont ont été victimes à une grande échelle tous les peuples de l'ex-Yougoslavie. De cette politique n'étaient pas exclusivement responsables Milosevic et son clan, mais aussi de très larges secteurs de la société serbe. Réduire la lutte qui vient de se conclure par l'élection de V. Kostunica à un simple affrontement entre "communistes" et "démocrates" revient à méconnaître les enjeux en cause et à absoudre à bon compte les tenants du nationalisme grand-serbe qui ont inspiré et soutenu la politique menée depuis 1987 par le pouvoir déchu. C'est cette politique qui a engendré les destructions, les guerres et les crimes de masse qui resteront attachés au nom de Milosevic. C'est à ce titre qu'elle a directement menacé la paix et la sécurité en Europe.
C'est pourquoi il faut exercer une grande vigilance à l'égard des nouvelles autorités de Belgrade pour qu'elles se prononcent clairement sur au moins quatre points, qui sont autant de tests du renversement de politique que l'on attend d'elles:
- qu'elles reconnaissent sans ambiguïté l'intégrité et l'unité de la B-H;
- qu'elles acceptent toutes les conséquences de la résolution 1244 du Conseil de sécurité et de ses annexes qui renvoient aux accords de Rambouillet, ouvrant la possibilité de l'indépendance du Kosovo;
- qu'elles renoncent à imposer leur tutelle au Monténégro;
- qu'elles coopèrent avec le TPI en vue d'arrêter et de faire juger par cette juridiction les inculpés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Il ne s'agit pas là d'une exigence purement morale, mais d'une condition politique majeure à la participation de la Serbie au concert des nations.
Les positions constantes du nouveau Président, les déclarations qu'il a faites pendant la campagne électorale et depuis son élection, les conditions mêmes dans lesquelles s'accomplit pour le moment la dévolution du pouvoir, vont toutes à l'encontre de ces attentes dont la satisfaction est pourtant essentielle à un règlement global des problèmes de la région. S'il convient de donner à la population serbe des signaux clairs indiquant que les changements intervenus en Serbie sont compris et soutenus par la communauté internationale, notamment par l'Union européenne, il serait dangereux de laisser croire que l'établissement de la démocratie suffirait à dispenser la Serbie de toute obligation au regard des règles internationales établies. Il est nécessaire que les chancelleries occidentales rappellent avec force que le Pacte de stabilité du Sud-est européen prévoit que l'aide internationale
promise est subordonnée au respect plein et entier de ces normes, où figurent expressément les résolutions du Conseil de Sécurité. Parmi les mesures urgentes que la diplomatie française devrait suggérer de prendre au Président Kostunica, il en est une qui s'impose sans discussion, c'est la libération immédiate des prisonniers albanais du Kosovo détenus en Serbie, demandée par Bernard Kouchner.
Pour l'Association Sarajevo: Faik Dizdarevic, Francis Jeanson, Maurice Lazar.
Pour le Comité Kosovo: Marie-Françoise Allain, Alain Joxe.

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Serbie

Lettre ouverte de Sonja Biserko à Vojislav Kostunica

Belgrade/Vienne, 9 octobre 2000
Monsieur le Président,
Au nom du Comité d'Helsinki pour les Droits de l'Homme en Serbie et au nom de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme d'Helsinki (IHF) qui comprend 39 organisations indépendantes dans l'OSCE, nous venons vous féliciter pour votre victoire aux dernières élections présidentielles.
Nous désirons obtenir votre soutien concernant certains engagements qui, à nos yeux, apporteraient à la communauté internationale l'assurance que la Serbie s'engage dans une nouvelle voie en ce qui concerne les droits de l'homme et ses relations avec les pays voisins.
Parmi ces engagements, nous proposons
les suivants:
- La reconnaissance de la B-H en tant qu'Etat indépendant et l'établissement immédiat de relations diplomatiques.
- La promesse de mettre fin aux conflits frontaliers avec la République de Macédoine.
- La libération des prisonniers albanais enlevés au cours des violences au Kosovo, tels que Flora Brovina et Albin Kurii.
- La libération des journalistes emprisonnés, Miroslav Filipovic (ndlr: c'est fait) et Zoran Lukovic.
- La promesse d'engager des recherches sur le sort de Ivan Stainbolic. 
- La promesse de renouer le dialogue politique avec les leaders albanais du Kosovo par la reconnaissance de la nouvelle réalité du pays.
- La mise en marche d'un processus de coopération avec le Tribunal Pénal International de La Haye concernant l'ex-Yougoslavie.
- La clarification quant à votre soutien aux accords de Dayton et à ceux de Kumanovo.
- L'accélération des démarches concernant le problème des réfugiés dans la Fédération, y compris l'accès à la citoyenneté et l'aide au retour des réfugiés dans tous les cas appropriés.
- La mise en marche d'un processus tendant à mettre en pratique l'exemple européen pour ce qui relève du droit des minorités.
- L'abandon de la discrimination dans les media et dans les règlements universitaires, et l'assurance du retour à leur poste des juges et professeurs licenciés par votre prédécesseur.
- La mise en route d'actions légales se rapportant à des actes criminels qui, jusqu'à ce jour, n'ont pas fait l'objet de réelles investigations par les autorités du moment selon les termes de la loi, ainsi que l'accélération des recherches au sujet de l'assassinat du journaliste Slavko Curuvija.
Nous vous sommes profondément reconnaissants pour la considération que vous nous manifestez et acceptons d'avance toute offre de rencontre afin de discuter de ces propositions. Notre organisation est vivement désireuse d'être à vos côtés pour vous aider à vous conformer aux conventions internationales des droits de l'homme.
Cordialement,
Sonja Biserko, Présidente du Comité d'Helsinki pour les Droits de l'Homme en Serbie,
Aaron Rhodes, Directeur exécutif de la Fédération Internationale d'Helsinki pour les Droits de l'Homme.


Une affaire serbo-serbe?

Le Haut-Représentant W. Petrisch a assuré M. Dodik de son soutien lors de sa récente visite à Banja Luka, en pleine campagne électorale, et l'a félicité pour sa "Lettre ouverte" à S. Milosevic, à la veille des élections en Yougoslavie, où il le sommait de renoncer au pouvoir, évoquant les souffrances des Serbes sous son règne, et l'accusant tout particulièrement d'avoir perdu le Kosovo. Dodik n'évoque à aucun moment les souffrances infligée par Milosevic aux autres peuples, ni le néofascisme serbe, pas un mot sur la B-H.
Quelques jours plus tôt, à télévision de RS, un leader du mouvement Otpor avait félicité Dodik pour sa contribution à l'élimination de Milosevic, citant la fameuse lettre qui, de fait, est une ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat étranger,
Les éloges adressés à Dodik suggèrent que toutes les régions où vivent des Serbes sont un seul et même espace politique, et que leur problème national transcende tous les autres. Le représentant d'Otpor a résumé le but de son organisation dans le message suivant: "Les Serbes seront de nouveau les leaders des Balkans, car ce rôle leur appartient". Ainsi, la politique tchetnik se voit remplacée par une variante sophistiquée d'une serbité personnifiée par Otpor, dont le noyau est composé de jeunes gens cultivés et particulièrement motivés. Son représentant s'est engagé publiquement à aider Dodik à réaliser son objectif électoral, sans préciser comment. Mentionnons enfin que la Télévision de RS diffuse un programme spécial destiné à la Yougoslavie. La journaliste qui interviewait le leader d'Otpor, violant toutes les normes déontologiques, l'a remercié à la fin de l'entretien de ce qu'avait fait Otpor pour les Serbes. Il semble donc que, pour cette journaliste aussi, ce qui prime avant tout est l'apologie de la serbité. Tous ces signes expliquent, en partie, les inquiétudes des Bosniaques face au nouveau pouvoir serbe.   (Oslobodenje)

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Accusation publique contre l'ancien président de la RFY, son épouse et son fils

Existe-t-il une seule personne à ne pas savoir que Slobodan Milosevic, sa femme et ses plus proches collaborateurs ont tout fait pour usurper des voix et s'élever contre la volonté des électeurs? Existe-t-il le moindre doute concernant leur responsabilité dans la série des guerres menées par le régime de Milosevic? Avec quel argent les villas, Bambiland, Kosava ont-ils été achetés? D'où vient l'argent déposé sur des comptes à l'étranger? Qui dirige le commerce illégal des cigarettes, de l'essence et de la nourriture? Qui nous a volé notre argent grâce à l'inflation et à des manipulations bancaires? Les coupables seront-ils arrêtés, afin de prévenir de nouveaux crimes, les empêcher de s'enfuir? Si les nouveaux pouvoirs n'arrêtent pas immédiatement les présumés coupables et n'ordonnent pas une enquête, alors ils ne seront pas à la hauteur des tâches que le peuple soulevé leur a imposées. Les bases de l'ancien régime ne sont qu'ébranlées. Il est indispensable d'exclure de toute prise de décision concernant la levée d'immunité et l'arrestation des coupables, tous les membres de cet appareil qui, depuis longtemps, ont montré que leur seul but était de protéger le pouvoir personnel de celui qui les a nommés, en échange d'une miette de pouvoir et du droit à s'enrichir personnellement sans aucun contrôle public. Ne permettons pas qu'ils nous trompent une fois de plus en invoquant leur légitimité, ni qu'ils reprennent le pouvoir. Cet appareil doit être épuré pour pouvoir fonctionner. Quelle est cette Cour constitutionnelle qui annule un jour les élections, pour les reconnaître le lendemain? Quel est ce Parlement, qui depuis des années ferme les yeux devant les violences policières, le pillage général et l'abus de pouvoir? Que dire du gouvernement fédéral et du gouvernement de la république serbe? Doit-on s'attendre à ce que leurs membres lèvent eux-mêmes l'immunité parlementaire de leurs chefs, qu'ils s'accusent eux-mêmes et se laissent arrêter? Des décisions cruciales doivent être prises en dehors de ces institutions, pour empêcher qu'elles ne continuent à abuser du pouvoir et à entraver le cours de la justice, même s'il faut pour cela un décret personnel du chef de l'Etat, soutenu par les citoyens et l'opinion publique - résolument, et sur-le-champ. Aujourd'hui, il semblerait qu'il suffise d'exprimer ses regrets et d'émettre des déclarations de loyauté pour se maintenir au pouvoir et conserver son immunité. Le Fonds pour l'aide humanitaire a décidé d'engager une procédure judiciaire contre Slobodan Milosevic pour abus de pouvoir, atteinte à la vie des citoyens et à la sécurité générale, vol, oppression des médias et violation des libertés individuelles, et élections frauduleuses. Contre Mirjana Markovic, pour complicité, atteinte à la vie des citoyens et électionsf rauduleuses. Contre Marco Milosevic pour vol, commerce illégal, attaques et violences organisées.
Natasha Kandic,
Fondation pour le droit humanitaire.


L'APRÈS-MILOSEVIC: ILS ONT DIT...

"J'ai l'intention de me reposer un peu". S. Milosevic.
"Otpor va survivre au départ de Milosevic. Notre but n'était pas seulement de changer de régime, mais de changer de système politique." - S. Popovic, Otpor.
"Le président Kostunica et le peuple serbe viennent d'écrire ensemble une page magnifique de la légende démocratique de l'Europe." - H. Védrine (11 /10).
"Milosevic devra rendre compte de ses crimes." - J. Chirac (8/10).
"Le TPI est une institution politique et non juridique... C'est une cour américaine totalement contrôlée par le gouvernement américain, c'est un moyen de pression que le gouvernement américain utilise pour exercer son influence ici." -V. Kostunica.
"La vraie question est de savoir si nous sommes davantage intéressés par le sort personnel de M. Milosevic ou par l'avenir de millions de Serbes". - J. Dienstbier, rapporteur de l'ONU pour les droits de l'homme.
"L'un des principes vitaux du droit international est que personne n'est au-dessus de la loi." - Amnesty International.
"L'horreur de Vukovar, de Sarajevo, de Srebrenica doit-elle être attribuée uniquement au leader serbe et aux élites qui gravitent autour de lui, ou faut-il y voir la responsabilité collective du peuple serbe par qui il a été élu trois fois ?" - J. Goytisolo (8/10).
"La question de S. Milosevic ne représente pas une priorité pour les nouvelles autorités démocratiques du pays." - V. Kostanica (11/10).
"Quand le président déclare: "Je ne livrerai pas Milosevic, notre priorité est la démocratie", le monde répond, "D'accord, il n'y a pas d'urgence". Les nationalistes durs du nouveau gouvernement racontent aux diplomates étrangers que la question des procès pour crimes de guerre est "sensible" et pourrait "diviser la nation". Et les médias, censés être "libérés" de la censure et des reproches, continuent à écrire que "les glorieuses armée yougoslave et police serbe ont empêché l'occupation de notre pays"... Nous avons fait la guerre avec tous nos voisins, dévasté leurs pays, augmenté notre population de milliers de réfugiés, personnes déplacées et anciens combattants. Les Serbes du Kosovo, derniers de cette longue série, sont toujours persuadés qu'il suffit d'attendre pour retourner au Kosovo avec l'armée et la police, et en finir avec les Albanais." - N. Kandic.
"Bien que Kostunica n'ait pas joué de rôle dans les guerres de Bosnie, Croatie et Kosovo, il les a cautionnées et semble participer aujourd'hui au déni général... Le procès de Milosevic et de ses sbires mettra au jour des faits qui permettront aux Serbes ordinaires de faire face aux crimes commis en leur nom. Cela rendra possible la pleine réhabilitation de la Serbie et le processus de réconciliation indispensable pour une paix durable dans la région. En même temps, cela répondra aux inquiétudes des Boshniaques, Kosovars, Croates et autres qui pourraient croire, non sans raison, en écoutant l'actuel débat international, qu'ils ont tiré la plus courte paille dans l'ère post-Milosevic tout comme sous son règne." - C. Hodge.
 "Alors qu'il nous a fallu 5 ans pour vous convaincre que nous, Bosniaques, n'étions pas des intégristes musulmans mais un peuple pro-Européen, vous prétendez avoir cru en une nuit à la conversion de la Serbie." - N. Alicehic, Association des Survivants de la Drina.
"Tout contact entre les Kosovars albanais et Belgrade reste impossible tant qu'il n'y aura pas un aveu clair par la Serbie et le peuple serbe du génocide commis au Kosovo... Il faut de plus, une nouvelle définition de la prétendue Yougoslavie. Ce nom personnifie les massacres et le génocide." - B. Raxhiu, Prishtina.
"Ne pas contraindre Kostunica à livrer Milosevic et ses alliés, c'est enfermer le peuple serbe avec ses démons dans son passé meurtrier.. C'est surtout oublier les victimes." - FIDH, sommet de l'UE à Biarritz (13/10).

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International


RÉACTIONS A L'ELECTION DE KOSTUNICA

En Bosnie-Herzégovine

Le ministère des affaires étrangères de B-H a exprimé le soutien du gouvernement bosniaque au nouveau président de la RFY, tout en soulignant que l'avenir des rapports entre les deux Etats dépendrait de "l'attitude concrète adoptée envers la B-H. Le gouvernement bosniaque espère que Kostunica respectera les accords de Dayton et se dit prêt a établir "immédiatement et sans conditions des relations diplomatiques". Rappelons que le régime de Milosevic avait posé, comme condition préalable à l'établissement de relations diplomatiques, le retrait de la plainte déposée par la B-H auprès de la Cour internationale de justice, accusant la RFY d'agression et de génocide et demandant des réparations, ce qui était contraire aux accords de Dayton. La Bosnie a proposé de convoquer un sommet des pays ex-yougoslaves pour soutenir la nouvelle équipe dirigeante de Belgrade, mais aussi pour essayer de régler la succession de l'ex-Yougoslavie. Belgrade a toujours soutenu jusqu'à présent que la Serbie et le Monténégro en étaient les seuls successeurs légitimes. Les récentes déclarations de V Kostunica laissent entrevoir la possibilité de résoudre ce problème. Dans un message adressé à la Table Il du Pacte de stabilité au cours d'une réunion à Istanbul, à laquelle la RFY était admise pour la première fois, Kostunica affirme avoir l'intention de demander l'admission de la RFY à toutes les organisations internationales, y compris les Nations-unies. On annonce par ailleurs qu'une conférence informelle des chefs d'Etat et de gouvernement de Bulgarie, Grèce, Turquie, Roumanie et RFY, se réunira le 25 octobre à Skopje, la B-H et la Croatie devant y assister à titre d'observateurs.

Petrisch s'adresse à Kostunica

Le Haut Représentant de la communauté internationale en B-H, Wolfgang Petrisch, dans le "Financial
Times", pose des questions capitales à Kostunica: "Quand pensez-vous reconnaître la B-H et établir avec elle des relations diplomatiques? - Ceux qui ont été accusés de crimes de guerre doivent être traduits en justice. Pour la Bosnie, il s'agit avant tout de Radovan Karadzic et de Ratko Mladic; tant qu'ils ne seront pas arrêtés, il n'y aura pas de réconciliation. - Le peuple serbe a soutenu le projet "nationaliste" de Mîlosevic en Bosnie. Je demande à M. Kostunica d'y mettre fin et de se comporter avec les extrémistes de la même manière qu'en Croatie. - L'avenir des Serbes en Bosnie réside dans la construction d'un espace unique pour l'ensemble de la B-H. - Plus il y aura de Boshniaques et de Croates qui retourneront en B-H, plus il y aura de chances de voir les Serbes réfugiés en RFY rentrer dans leurs foyers en B-H, en Croatie et au Kosovo. Ce sont là les conditions de la paix dans les Balkans. Lorsque la Yougoslavie se sera engagée dans cette voie, la communauté internationale fera tout son possible pour que se réalise l'espoir de Kostunica - que son pays redevienne un pays normal, européen". Petrisch a demandé à rencontrer Kostunica.

En Croatie

Dans une déclaration du 12 octobre, le gouvernement croate a salué les changements en RFY, mais a souligné que toute amélioration des relations entre les deux pays dépendrait de l'attitude des nouveaux dirigeants de Belgrade concernant "les criminels de guerre, la politique agressive de Slobodan Milosevic, les minorités, le retour des réfugiés et la question de la presqu'île de Prevlaka (sur la côte adriatique)". Le président Mesic a déclaré par ailleurs qu'il était inévitable que la Serbie passe par un processus de catharsis. Le premier ministre Racan, pour sa part, a remarqué qu'il y avait au sein de l'Union européenne des gens prêts à céder à la Serbie sans exiger qu'elle remplisse certaines conditions, comme par exemple. de s'engager à collaborer avec le TPI de la Haye ("C'est le cadet de mes soucis," aurait dit Kostunica). Les médias croates critiquent ouvertement les Etats-unis et l'Union européenne pour la même raison, se demandant quelle aurait été leur réaction si Mesic et Racan, après leur victoire aux dernières élections, avaient adopté la même attitude que Kostunica, et se montrant déçus que ce dernier n'ait pas présenté ses excuses à la Croatie pour l'agression de 1991. Ils expriment enfin leur appréhension de voir la Serbie devenir le favori de l'Occident dans la région, à leur détriment. A ce propos, Javier Solana a déclaré à l'agence SENSE: "Ce serait une erreur terrible que d'imaginer que nous pourrions abandonner les autres nations, à cause de notre changement d'attitude vis-à-vis de la Serbie". L'un de ses collaborateurs a expliqué qu'il fallait "laisser du temps à Kostunica. Nous espérons qu'il évoluera et cessera de faire des déclarations du genre 'nous serons le pilier de la paix dans la région'. Nous ne pensons pas que la Serbie ait un rôle spécifique à jouer, et estimons que Kostunica s'en rendra compte avec le temps".

En Macédoine

Le gouvernement macédonien a salué, lui aussi, les changements survenus à Belgrade. La Macédoine espère que le problème de ses frontières avec la Serbie pourra être bientôt réglé (la Serbie de Milosevic a toujours évité de les définir). L'occasion de clarifier les relations entre les deux pays se présentera dès le 25 octobre à Skopje (voir ci-dessus). Par ailleurs, l'agence SENSE annonce que les autorités ont commencé à enquêter sur les agissements des entreprises macédoniennes contrôlées par Milosevic, surtout pendant la période des sanctions. Il semblerait que l'Union européenne ait suggéré et offert son appui logistique pour déclencher cette action. Le premier ministre macédonien, M. Georgijevski, a déclaré qu'il soutenait entièrement le processus de coopération et d'intégration dans le sud-est européen, mais était tout à fait hostile à une confédération des pays de l'ex-Yougoslavie. Il commentait le rapport publié dans "Slobodna Dalmacija" de Split, où Carl Bildt aurait proposé de (re)créer une union entre les ex-républiques yougoslaves. Georgijevski estime qu'il s'agit d'une lubie chère à M. Bildt.

DEVELOPPEMENT LOCAL BALKANS 
Un instrument au service des collectivités territoriales

Doté au départ de 10 millions de francs à parité entre le Ministère de la Coopération et de la Francophonie et la Caisse des Dépôts et Consignations, DLB a pour vocation d'aider les collectivités à la mise en oeuvre de projets adaptés à leur capacité de financement, permettant d'améliorer les conditions de vie, de créer des emplois, de former des élus et des cadres locaux dans la région des Balkans particulièrement déstabilisée par la guerre au Kosovo: Monténégro, Albanie, Kosovo et, à terme, Serbie.
La restauration des infrastructures locales et le renforcement de la démocratie, données fondamentales pour assurer la paix et la stabilité, passent par des réalisations et des interventions concrètes telle que la remise en état des écoles, hôpitaux, bibliothèques, voirie rurale et urbaine, des outils de formation et d'information.
L'exécution de ces projets, rendue possible par DLB, et les échanges obligatoires entre responsables locaux d'ici et de là-bas, concourent à fonder une coopération et des relations à long terme ainsi qu'à développer des partenariats durables. Pour une collectivité désirant manifester sa solidarité, deux approches seront envisageables: soit proposer son propre projet que les équipes de DLB assisteront à tous
les niveaux de sa réalisation; soit choisir l'un des projets élaborés par DLB présentés par catalogue, régulièrement mis à jour et consultable sur le site Internet.
La réalisation du projet commence dès le versement de la subvention de la collectivité sur le compte ouvert par DLB auprès de la Caisse des Dépôts (CDC). Sur place, elle est prise en charge par le partenaire local avec l'appui des équipes de DLB. Des PME locales, sélectionnées, sont chargées des travaux.
Cette initiative conjuguée, lancée par M. Charles Josselin (Ministère de la Coopération et de la Francophonie) et M. Daniel Lebègue (directeur général de la CDC), rejoints par l'Association des maires de France, l'Assemblée des départements de France, l'Association des régions de France et Cités unies France, permet enfin de réaliser des actions solidaires et efficaces que jusqu'à présent les collectivités avaient du mal à mener à terme.
Pour toute précision, contacter: DLB, 27 rue Louis Vicat, 75738 PARIS cedex 15. Tél: 01 46 48 58 09 - E-mail: balkans@decl.caissedesdepots.fr - Web : www.cdc-mercure.fr/balkans

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Bosnie


EXIT IZETBEGOVIC

Alija Izetbegovic vient de quitter, de son propre gré, la présidence tricéphale bosniaque où il a siégé pendant dix années. Selon Bernard-Henry Lévy (voir Le Monde du 14 octobre), il est heureux d'avoir assisté au départ de Tudjinan (décédé) et de Milosevic (qui reste encore à confirmer ... ). Il sera remplacé à titre temporaire (jusqu'aux nouvelles élections présidentielles), par Halid Genjac, l'un des dirigeants du SDA. Néanmoins, Izetbegovic a promis de ne pas quitter définitivement la scène politique: il reste à la tête du SDA.
Sa politique et son action ont été très souvent critiquées par l'opinion publique bosniaque. Comme l'écrit le quotidien Oslobodjenje: «C'est là un homme d'Etat qui laisse la Bosnie dans une situation qu'il qualifie lui-même d'insatisfaisante. Les diplomates l'ont applaudi, mais ils sont impatients de le voir partir.. Il a reçu les éloges du monde entier en tant qu'homme d'Etat. Pourtant, au cours de ces dix dernières années, la Bosnie n'a pas vraiment été un Etat, ni lui un chef d'Etat.»
Le départ d'Izetbegovic relance l'idée d'élections présidentielles anticipées. On parle du printemps 2001 ... L'actuelle présidence (Radisic-Jelavic-Genjac), dont le mandat devrait s'achever en 2002, défend uniquement les intérêts des trois blocs nationalistes. Les protecteurs internationaux la considèrent comme une entrave à toute stabilisation ou développement de la B-H. D'autre part, les changements en Croatie et, éventuellement, en Serbie, auront aussi des conséquences sur le sommet de l'Etat en B-H. Tout dépendra, en fin de compte, des décisions des protecteurs occidentaux.

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Les élections en B-H

Le 11 novembre, les citoyens de la B-H éliront leurs députés et représentants aux parlements régionaux (dans les 2 entités) et cantonaux (dans la Fédération, composée de 10 cantons). Ils éliront par ailleurs le président et les vice-présidents de la RS, ainsi que les conseillers municipaux de Srebrenica (qui n'ont pas été élus lors des élections municipales en avril). On estime que sur les 54 partis enregistrés, 6 auraient un rôle à jouer. Il s'agit des trois partis au pouvoir, SDA (Parti de l'action démocratique d'Izetbegovic), HDZ (Communauté démocratique croate de Jelavic) et SDS (Parti démocratique serbe de Karadzic-Kalinic), et du SDP (Parti social-démocrate de Lagumdzija), des sociaux-démocrates indépendants de Dodik (premier ministre de la RS) et du PDP (Parti démocratique pour le progrès d'Ivanic). Contrairement aux dernières élections, où la priorité pour les électeurs semblait être «l'intérêt national», les citoyens bosniaques sont aujourd'hui plus concernés par des problèmes tels que le retour des réfugiés et personnes déplacées (1,4 million), l'emploi, la sécurité et l'enseignement. Personne ne semble satisfait du pouvoir en place. La communauté internationale aussi serait favorable à un changement. Le Haut Représentant, W. Petrisch, critique ouvertement les instances dirigeantes en Bosnie. L'OSCE couvre le pays d'affiches avec un seul message: «Votez pour le changement, mettez fin à la corruption».
La commission électorale, présidée par R. Barry, a décidé que la Chambre des peuples du Parlement de la FB-H qui sera formée après les élections, sera composée de 30 délégués du peuple boshniaque, 30 du peuple croate et 20 «des autres», à choisir au sein des assemblées cantonales. La nouveauté est que tous les membres des assemblées cantonales pourront voter pour l'ensemble des délégués proposés. On applique ainsi la récente décision de la Cour constitutionnelle, garantissant l'égalité des 3 peuples constitutifs (Boshniaques, Croates et Serbes) sur l'ensemble du territoire de la B-H. Barry y a ajouté un «quota ethnique», pour obtenir une répartition 30-30-20. La B-H n'a pas encore adopté de loi électorale, alors que c'est la condition préalable à toute admission au Conseil de l'Europe.

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KOSTUNICA: "VISITE PRIVEE" EN BOSNIE

Vojislav Kostunica, le nouveau président de la RFY tronquée, s'est rendu en Bosnie-Herzégovine... Mais sur l'invitation de Sarovic, dirigeant du SDS créé par Karadzic! Le prétexte? Le rapatriement des cendres de Jovan Ducic, poète nationaliste serbe, mort en Amérique il y a 57 ans, qui a été enterré le 22 octobre dans sa ville natale de Trebinje (Herzégovine).
Jadranko Prlic, ministère des affaires étrangères de B-H lui avait fait savoir que cette visite ne pouvait être organisée que par l'intermédiaire des autorités centrales de B-H, les entités n'étant pas compétentes dans ce domaine. Kostunica a alors prétendu qu'il s'agissait uniquement d'une visite privée! Il a reconnu qu'il y avait "beaucoup de problèmes en suspens" entre les deux pays, mais que "le moment n'était pas encore venu de les régler", et qu'on en reparlerait "bientôt". J. Prlic a répondu: "Vos explications n'ont pas levé toutes les ambiguïtés créées par votre visite, et les problèmes en suspens pourraient justement s'aggraver et provoquer de nouvelles tensions. Il n'en irait pas de même si vous vous rendiez d'abord à Sarajevo ou, à défaut, engagiez des contacts en vue de résoudre ces problèmes, ce qui encouragerait le processus de stabilisation dans la région". M. Hajiic, conseiller à la présidence bosniaque, a commenté: "Nous sommes profondément déçus; le geste de Kostunica n'est pas bien reçu à Sarajevo, Nous avions espéré qu'avec son arrivée au pouvoir, nous nous dirigerions vers l'établissement de relations diplomatiques, vers un partenariat avec la RFY dans les efforts d'intégration régionale et européenne. Kostunica aurait dû commencer par venir à Sarajevo, pour montrer qu'il y a une différence entre le régime de Milosevic et le sien".
Le 20 octobre, Wolfgang Petrisch, le Haut Représentant en B-H, lui a également fait part des inquiétudes de la communauté internationale concernant sa visite à Trebinje. Selon l'agence Reuters, les occidentaux estiment que cela pourrait compromettre les efforts tendant à reconstruire la B-H en tant qu'Etat multiethnique et accroître les tensions à la veille des élections générales.
Finalement, Kostunica a quand même fait un saut à Sarajevo, mais seulement à l'aéroport où il a rencontré Z. Radisic, président de la présidence bosniaque (ex-supporter de Milosevic et désormais de Kostunica) et J. Prlic. Kostunica n'a pas manqué de confirmer son attitude nationaliste vis-à-vis de la B-H en s'élevant contre un éventuel réajustement des accords de Dayton à la nouvelle situation, et contre l'unification de la Bosnie.
La visite "privée" de Kostunica est un cadeau extraordinaire offert aux nationalistes serbes de Bosnie!

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Activités du Cercle 99

L'Association des intellectuels indépendants de Bosnie, le Cercle 99, reste très impliquée dans la vie politique et culturelle. Le Cercle soutient entre autres la décision du Haut Représentant W. Petrisch, concernant la loi sur les passeports bosniaques. Il n'y aura plus en B-H qu'un seul et unique passeport, ceux à caractère ethnique votés par le Parlement de B-H seront supprimés; ce qui garantira l'égalité de tous les citoyens et leur permettra de circuler librement. Le Cercle a critiqué ledit Parlement pour son manque de volonté politique d'assurer le bon fonctionnement de l'Etat commun. Il a aussi vigoureusement protesté contre la décision du gouvernement de la FB-H de taxer les livres, alors que 30% de la population est illettrée, et que les sciences, l'éducation et la culture sont dans une situation peu enviable. Cette mesure déshonorante a révolté l'opinion publique, les écrivains et les éditeurs, qui ont demandé au Haut Représentant de l'annuler.

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La fuite des cerveaux

Selon un rapport de l'ONG Information bureau for humanitarian actions in Sarajevo, 62% des jeunes bosniaques seraient prêts à s'expatrier. Les raisons les plus couramment avancées sont le chômage, la précarité du niveau de vie, les déficiences dans le domaine de l'éducation (presque la moitié des candidats au départ sont étudiants ou collégiens), la situation instable, l'absence de perspectives. Les conclusions du rapport sont d'autant plus catastrophiques que les jeunes représentent plus d'un quart de la population globale (1 million), et que 42.000 d'entre eux ont quitté la Bosnie après Dayton (95-98).
La plupart cherchent à s'installer aux Etats-unis, en Allemagne, en Australie ou au Canada. Ajoutons tous ceux qui ont quitté le pays au cours de la guerre 92-95. Cela pose un grave problème: qui va reconstruire le pays? La question est d'autant plus vitale que les jeunes réfugiés à l'étranger n'ont pas l'intention de revenir. Des ONG bosniaques ont lancé des appels au retour, mais les circonstances actuelles ne s'y prêtent guère et il faudrait un changement radical pour que la situation s'améliore.

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Tensions à Brcko

Un millier de lycéens ont manifesté pendant 4 jours à Brcko, Serbes d'un côté et Boshniaques de l'autre. Le 17 octobre, les Boshniaques ont réagi à une attaque contre l'un d'eux par un groupe de Serbes. Le lendemain, ce sont les Serbes qui dominaient la rue: défilant avec des drapeaux noirs frappés d'une tête de mort, lançant des oeufs et des tomates, ils exigeaient des écoles séparées de celles des Musulmans. Tous se partagent actuellement sept écoles dans trois immeubles, mais les classes sont ségréguées. Après que les protestataires ont cassé vitres et voitures, les classes ont été suspendues et une dizaine de manifestants arrêtés. On suppose qu'à l'approche des élections, les jeunes ont été manipulés. Brcko, quasiment vidé de sa population non-serbe pendant la guerre, est aujourd'hui un district neutre (n'appartenant à aucune des entités),- son conseil municipal et sa police sont multiethniques.

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Pour Srebrenica

Le 13 octobre, la pétition "Srebrenica, 5 ans déjà" portant 23 000 signatures a été remise au Haut Commissariat pour les Droits de l'homme de l'ONU. Les signatures ont été collectées par la section française d'Amnesty International, l'Action des Chrétiens pour l'Abolitîon de la Torture, Soutien aux Survivants de la Vallée de la Drina-Srebrenica, Mères pour la paix (Lille) et l'Association des Survivants de Podrinje Srebrenica (Genève). Lancée à l'occasion du 5ème anniversaire de la chute de Srebrenica, la pétition exige des actions "sérieuses, urgentes et efficaces pour instaurer des mesures permettant le retour des personnes déplacées et pour mettre fin à l'impunité des auteurs des crimes contre l'humanité". Une délégation de 8 personnes dont 4 Boshniaques a été reçue au Palais Wilson à Genève.

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La vie du TPIY

KRSTIC: "CEST MLADIC!"

Le procès du Général Radislav Krstic, ancien commandant du Corps de la Drina de l'armée de Republika Srpska, a commencé le 13 mars 2000. Ayant présenté 60 témoignages et 1000 pièces à conviction, le procureur a conclu sa mise en accusation fin juillet. Dans une cassette enregistrée en février et rendue publique le 28 juillet, Krstic a avoué que des crimes de masse ont bien été commis à Srebrenica en juillet 95. Mais il nie avoir participé aux massacres, affirmant qu'immédiatement après la prise de Srebrenica, à l'aube du 11 juillet, il a mené ses troupes vers Zepa, suivant l'ordre donné par le Général Mladic. De ce qui s'est passé ensuite, Krstic ne sait absolument rien. "Le général Mladic et ses adjoints sont responsables des évènements entre le 11 juillet au soir et le 20 juillet 95 sur le territoire de Srebrenica, Bratunac, Zvornik, Milici et Vlasenica", affirme-t-il. Pourtant, certaines preuves présentées au Tribunal semblent contredire cette affirmation: par ex., des images vidéo montrant Krstic à Bratunac le 12 juillet, et d'autres à Potocari. Le 13 juillet, Krstic a été promu au grade de commandant. Il prétend par ailleurs que Karadzic avait donné l'ordre secret aux officiers de protéger la vie des soldats de la Forpronu ainsi que de tous les civils. Le procès de Krstic se poursuit le 25 octobre.

UNE MORT PEU GLORIEUSE

Vendredi 13 octobre, à Foca, Janko V Janjic s'est suicidé en faisant exploser une grenade à main lorsque des soldats allemands de la SFOR ont tenté de l'arrêter. Sous-commandant de la police militaire et chef paramilitaire de la région de Foca, il était inculpé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre pour de nombreux viols et tortures commis sur des femmes non-Serbes en 92. Il s'était fait tatouer les mots "J'étais mort avant de naître" sur le front. En 97, il avait proposé à une équipe de télévision américaine de raconter pour 5000 DM "tout : comment je les ai égorgés et ai arraché leurs yeux... ". Le procès de trois autres inculpés pour crimes commis à Foca - D. Kunarac, R. Kovac and Z. Vukovic - est en cours, tandis que trois autres - G. Jankovic, D. Zelenovic et R. Stankovic - sont toujours en liberté.

Point de vue sur "Milosevic,, une epitaphe", de Vidosav Stevanovic

Milosevic, une épitaphe, de V Stevanovic*, sorti en librairie juste avant la chute de Milosevic, a été accueilli par un exceptionnel concert d'éloges. S'il s'agit de saluer un texte qui apparaît comme une critique dévastatrice du dirigeant déchu, son épouse, sa famille, ses proches, des milieux dirigeants et des élites serbes, de leurs guerres, crimes et tout ce qui s'ensuit, on s'en félicitera chaudement. Mais, au risque de paraître grincheux, on se permettra de remarquer que ce livre n'est pas que cela et qu'il contient, disséminées dans une masse d'imprécations antimiloseviciennes, nombre de notations qui relèvent de l'argumentaire grand-serbe le plus classique, notamment sur la Bosnie et le Kosovo, mais aussi sur bien d'autres sujets abordés au détour d'une phrase ou d'un paragraphe. Cela va, en vrac, de la responsabilité de l'Allemagne dans le déclenchement de la guerre (p.159), à l'outrancière médiatisation du siège de Sarajevo sous la houlette de CNN (p. 170), des Slovènes qui sortent de la Yougoslavie pour ne pas avoir à payer leur écot (p. 124) à la vénalité et l'irresponsabilité des "intellectuels de service" occidentaux (pp.323 sq). La critique du TPI fait aussi partie de la panoplie (p.286).
Sur la Bosnie, le second paragraphe de la p.163 mériterait d'être cité tout entier comme morceau d'anthologie. Pour VS., seuls les "musulmans" ont voté pour l'indépendance, ce à quoi il ajoute: "Si l'on en croit la Déclaration Islamique (d'lzetbegovic), ce vote a marqué l'avènement du premier État islamique en Europe depuis l'effondrement de l'Empire ottoman". Le lecteur français moyen croira évidemment que l'État islamique bosniaque a été proclamé le 3 avril 92. Aucune autre ligne du livre ne l'informera sur l'évolution politique de la Bosnie, ni ne lui apprendra, par ex., que l'actuel maire de Sarajevo-centre est un Serbe, apparemment non converti à l'islam, VS. l'a certainement rencontré lors de sa récente visite à Sarajevo.
S'agissant du Kosovo, le spectre n'est pas le pan-islamisme mais la menace, soit de la Grande Albanie (p.270), soit d'un "État neutre orienté vers l'Albanie et la Serbie", dont la création porterait le risque de "déclencher une nouvelle guerre balkanique" (p.273). Le reproche habituellement adressé aux Albanais d'avoir favorisé le maintien de Milosevic au pouvoir en boycottant les élections est repris par l'auteur (p.270), et c'est contradictoire avec sa critique de l'ensemble de l'opposition serbe pour sa participation à tous les scrutins organisés par le pouvoir (p. 263, note 1 - les notes de l'ouvrage sont toujours très instructives). On passera sur les gracieusetés adressées à toutes les personnalités ou formations albanaises du Kosovo, mais on retiendra l'une des phrases finales du livre, dont le sens est assez clair si on la rapproche des observations précédentes, mais obscur dans toutes ses implications: "Après avoir traversé un feu purificateur et recouvré leurs esprits, les Serbes auront le droit d'avoir leur propre pays: il ne gênera ni ne menacera personne. Ce pays ne doit pas pour autant être amputé: ses contrées ne doivent pas être partagées au profit d'autres nationalismes des Balkans..." (p.383). Quelles sont ces mystérieuses contrées, quel est en fin de compte le pays des Serbes?
Deux des principaux points de fixation de l'idéologie nationaliste serbe se retrouvent ainsi parmi les obsessions de l'auteur, non pas, dira-t-il, parce qu'il est nationaliste, mais parce qu'il combat tous les nationalismes, ce qui le place au-dessus de la mêlée. Cette position lui permet de feindre d'ignorer que les bouleversements provoqués par le régime de Belgrade ont créé une nouvelle réalité dans les Balkans. Campant sur ses nuages, il se condamne du coup au rôle de témoin tonitruant, mais aveugle et sourd. On ne peut, en effet, qu'être frappé par le démenti cinglant que les événements actuels infligent aux prévisions apocalyptiques de VS. (pp.336-338). Comme beaucoup d'observateurs serbes et étrangers, il ne voyait pas de fin au règne de Milosevic, alors que la défaite que celui-ci avait subie au Kosovo, advenue après trois autres, portait en elle son élimination à plus ou moins long terme. Les sanctions et les bombardements, que V S. et la quasi-unanimité des Serbes ne pouvaient pas approuver, ont joué leur rôle dans la prise de conscience de la population serbe. Elle a compris, contre toutes les balivernes sur le prétendu renforcement du pouvoir dû à "l'agression de l'OTAN", que c'était finalement le régime de Milosevic qu'il fallait incriminer et abattre pour que la Serbie sorte de l'isolement et de la ruine. Ce sentiment s'est répandu jusque dans les bastions du pouvoir, dans l'armée et même dans la police. La personne de Milosevic était devenue trop gênante.
VS. reste figé dans une critique de la politique occidentale qu'il estime immuable depuis 91, alors qu'elle a radicalement changé lorsque les dirigeants américains et européens ont dû reconnaître, bien tardivement hélas, que la politique de Milosevic au Kosovo conduisait inévitablement à l'embrasement des Balkans et qu'elle devait être arrêtée par la force. Il se montre aussi rigide dans son regard sur la société serbe qu'il ne ménage pas, le plus souvent à juste titre. Mais il n'a pas remarqué l'émergence de forces nouvelles, dans la jeunesse et en province, qui ont fini par imposer à l'opposition officielle de s'unir et d'aller de l'avant. Ces erreurs d'analyse, si elles sont loin de lui être propres, ont néanmoins un rapport avec la vision du monde, systématiquement noire, du romancier. Rien n'échappe à ses dénigrements et à ses sarcasmes, aucun individu, aucun groupe, aucune nation. On notera son attaque globale contre les "profiteurs d'anti-guerre", à savoir ces ONG qui vivraient grassement de leur "lutte contre le régime et en faveur de la démocratisation" (pp.209-210). Le rôle capital de certaines d'entre elles vient pourtant d'être relevé dans la mise en mouvement de toute une partie de la société serbe. Mais pour VS., la suspicion est générale et indistincte, les Balkans sont bien ce bourbier fangeux qui infectera l'Europe tout entière, lieu commun des conversations de salon et de bistrot.
Son parti pris d'écrire l'histoire et de décrire la société comme il écrit ses romans a ses avantages, mais il ne permet pas de réellement comprendre ce qui s'est passé ces dernières décades en ex-Yougoslavie, sinon de montrer que la confusion habite parfois les esprits réputés les plus éclairés, Les allusions répétées à l'importance du lit conjugal chez les Milosevic, l'insistance sur l'effet corrupteur de l'argent, le recours à des considérations d'ordre psychologique, voire ethnopsychologique, ne suffisent pas à donner au lecteur les clés explicatives de l'ère Milosevic.Mais tel qu'il est, le livre présente un tableau impressionnant des turpitudes et de l'abjection des personnages et du milieu dépeints. De ce point de vue, c'est une réussite totale. 
Maurice Lazar 
* éd. Fayard, 393 p., 139 F
Note: VS. prétend que presque tous les ouvrages publiés en France sur les guerres yougoslaves sont contaminés par les propagandes concurrentes. Pourquoi ne guide-t-il pas le lecteur dans son choix?

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Macédoine

Les récentes élections, marquées par un taux de participation au scrutin de moins de 25 %, ont montré que la très grande majorité des citoyens du Monténégro ne souhaitait pas participer à la vie politique de la Serbie. La seule question qui se pose, en dehors du jeu imposé par le légalisme de Kostunica sur la participation aux institutions "fédérales" du SNP (filiale du SPS), qui a subi un désastre électoral encore plus grand que celui de la maison-mère, est celle de la forme que prendra la séparation, qui existe déjà, mais qui devra être formalisée et reconnue par la Communauté internationale. Une "fédération" entre partenaires si inégaux ne signifiant rien d'autre que la subordination du Monténégro à la Serbie, restent soit une union d'Etats souverains avec des liens et un partage de compétences à déterminer, soit l'indépendance pure et simple. Celle-ci est envisagée avec beaucoup de réticence par les Occidentaux, sous le charme de Kostunica, mais aussi à cause de ses conséquences possibles sur le Kosovo. Des négociations devront être engagées entre Kostunica et les Monténégrins ' ceux-ci ne reconnaissant à leur interlocuteur que la qualité de dirigeant de la Serbie démocratique et non celle de Président d'une fédération qu'ils récusent.

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Calendrier

RENCONTRE EUROPÉENNE DU LIVRE À SARAJEVO

A l'initiative de Michel Le Bris, créateur du festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, et de Francis Bueb, directeur du centre André Malraux, une rencontre d'écrivains, de traducteurs et d'éditeurs bosniaques et européens s'est tenue à Sarajevo du 25/09 au 2/10. Inaugurée par Bernard Bajolet, ambassadeur de France en B-H, Misrad. Kebo, gouverneur du canton de Sarajevo, et en présence Mme Esma Hadzagic, ministre de la culture, et de JMG Le Clézio, la rencontre réunit environ deux cents participants. De nombreux thèmes furent abordés: la situation du livre après la guerre, rencontre avec les éditeurs de B-H, la traduction littéraire et universitaire, le statut des traducteurs dans les pays de l'Europe du sud-est, la traduction de récits de voyage dans les Balkans aux 19e et 20e siècles, traduction et témoignage, retraduire des textes anciens (Cervantès avec Aline Schulman, Esad Durakovic pour les Mille et une nuits), relations culturelles entre l'Union européenne et l'Europe du sud-est, projet d'ouverture par le CITL et le centre Malraux d'une maison des traducteurs littéraires à Sarajevo. Parmi les rencontres avec les écrivains, citons Prédrag Matvejevic sur la Méditerranée et l'Europe, Olivier Mongin de la revue Esprit, Claude Lefort sur l'analyse du communisme, Juan Goytisolo, Dzevad Karahasan, lauréat du prix Bruno Kreisky pour Tagebuch der Aussiedlung, Vidosav Stevanovic, Jorge Semprun, mais aussi Enki Bilal, auteur de bandes dessinées, et les auteurs de théâtre de Mappa Mundi 2000. Nous nous excusons de ne pouvoir citer tous ceux et toutes celles qui, pour quelques jours, firent de Sarajevo la capitale culturelle de l'Europe.

A lire :
L'Innommé, suivi de Abel et Caïn, d'Ante Popovski, choix de poèmes traduit du macédonien par Jasmina Sopova, L'Esprit des Péninsules éd.

Débats et colloques
Le Théâtre du Radeau du Mans organise 2 débats à l'occasion de représentations de la pièce d'Olivier Py «Requiem pour Srebrenica». Le premier aura lieu au Centre culturel de l'Espal du Mans le 10 décembre, le second au théâtre d'Orléans le 17 décembre. Renseignements: M. Communier - Tél. 02 43 24 93 60.

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