Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 102 octobre novembre 2001

LA VERITE SUR SREBRENICA

Les médias ont donné, ces temps-ci, une large publicité aux dangers de la présence d'agents de Ben Laden dans des refuges de Bosnie ou du Kosovo. Sans revendiquer une quelconque compétence en matière de police, on ose penser qu'ils ont été plus faciles à répéter à Sarajevo qu'à Londres, Hambourg ou Paris. On comparera la place accordée à ces "informations" à la couverture de presse de la visite de Lagumdzija à Paris, et plus généralement à la présentation des problèmes lancinants qui minent le présent et l'avenir de la Bosnie-Herzégovine et qui n'ont pas grand-chose à voir avec le terrorisme "islamiste", qu'il faudrait à ce compte évaluer à l'aune de son pendant "pan-orthodoxe". On se contentera de rappeler une énième fois que les plus grands terroristes de la récente histoire de l'Europe, identifiés et recherchés par la justice internationale, sont à portée de fusil des forces militaires qui stationnent, en nombre, dans cette région des Balkans. Ils sont bien connus sous leurs vrais noms de Mladic et Karadzic. Le premier émarge peut-être toujours au budget des armées de la RFY - mais ce n'est qu'une hypothèse sûrement malveillante - le second demeure l'inspirateur du SDS, principal appui du gouvernement de la R. S.
c'est précisément ce parti auquel le Haut-Représentant Petrisch impute la responsabilité principale du blocage de la situation en Bosnie-Herzégovine et, par voie de conséquence, de la détérioration continue des conditions de vie de ses habitants, plus accentuée encore en R.S que dans la Fédération. Ce sont les dirigeants de la RS, ainsi que ceux du HDZ que le Haut-Représentant accuse de s'opposer systématiquement et sur tous les plans aux réformes nécessaires au fonctionnement des institutions de la Bosnie-Herzégovine et au redémarrage de son économie.
Cyniquement parlant, les puissances occidentales pourraient abandonner le pays à son sort  comme c'est le cas dans le monde chaque fois qu'elles estiment que leurs intérêts fondamentaux ne sont pas en jeu. Mais l'actualité la plus brûlante prouve qu'il s'avère contre-productif de ne réagir qu'au coup par coup, et sans vision d'ensemble, aux situations de crise, qui ne restent pas confinées dans des espaces clos.
L'éloignement des Américains impose un plus grand engagement des Européens pou aider à la résolution des multiples conflits du Sud-Est du continent qui, de toute évidence, finissent par les concerner directement. Leur intervention en Macédoine a permis de poser les bases d'un règlement aussi équilibré que possible, sans qu'il soit encore raisonnable d'envisager l'avenir avec sérénité. Chaque fois que l'accord d'Ohrid semble sur le point d'être définitivement entériné, surgit un empêchement de dernière minute, suscité le plus souvent par l'aile extrémiste du parti du Président de la République et du Premier Ministre.
En Bosnie-Herzégovine, la complexité des choses, si souvent invoquée pour justifier les erreurs commises, n'est pas telle qu'on la dit. Les défauts et les incohérences du mauvais compromis de Dayton ne pourront être surmontés que par l'application jusqu'au bout des principes et des clauses de l'accord qui poussent au rétablissement de l'unité du pays et au fonctionnement de ses institutions communes, en levant tous les obstacles accumulés. Cette tâche incombe spécifiquement au Haut-Représentant. Celle de mettre en oeuvre une politique de reconstruction du pays revient aux organes régulièrement élus par les citoyens qui au niveau de l'Etat, ont donné une courte mais réelle majorité aux forces non nationalistes. Il est, de ce point de vue, plus que regrettable que le Président de la République et le Premier Ministre n'aient pas cru bon de recevoir Zlatko Lagumdzija, qui cumule les fonctions de Premier-Ministre et de Ministre des Affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine, lors de son récent séjour à Paris.

Sommaire

APPEL À NOS LECTEURS

EDITORIAL

BOSNIE
LA VERITE SUR SREBRENICA
CONTRE LE PRIX NOBEL A KOFI ANAN
LAGUMDZIJA A PARIS
LES NATIONALISTES DE BOSNIE SORTENT DE LEURS TERRIERS
LE SALAIRE DU MAL : CONFRONTATION AVEC LA REPUBLIKA SRPSKA
RECOMMANDATIONS
RETOUR DE BOSNIE
UNE UNIVERSITÉ D'AUTOMNE DE LA COMMUNICATION À SARAJEVO
L'ATMOSPHÈRE A SARAJEVO
LA CULTURE: LA LANGUE COMMUNE DE L'EUROPE?

SERBIE
VOJISLAV KOSTUNICA: COMMENT VOIT-IL LE MONDE ?
LES IMPASSES DE LA POLITIQUE SERBE

Quelques livres récents en anglais

LA VIE DU TPIY
DES JUGEMENTS POUR UNE "INFERNALE ORGIE DE PERSÉCUTIONS"
L'AFFAIRE DES "AHMINCI 5"
UN PROCÈS EN CIVIL

Compte-rendu du C.A. du 7 octobre 2001

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Bosnie


LA VERITE SUR SREBRENICA

En attendant la publication du rapport de la mission parlementaire sur le rôle de la France dans les évènements de Srebrenica (à venir fin novembre), nous avons demandé au président du Forum des citoyens de Srebrenica (récemment créé) de nous informer sur la situation là-bas:

"Celle-ci est catastrophique. 
C'est d'ailleurs pourquoi nous avons créé ce Forum, car il était grand temps que la voix des citoyens ordinaires de Srebrenica se fasse entendre; jusqu'à présent personne ne les a consultés (exception faite des candidats aux élections qui promettent tout et ne font rien), personne ne leur a demandé comment ils envisageaient l'avenir de leur ville. Le pouvoir y est actuellement représenté par une coalition regroupant
d'une part le SDA, de l'autre 5 partis serbes parmi lesquels - croyez-le ou non - un Parti pour le roi et la patrie. Ce qui les unit, ce sont leurs intérêts personnels, quant à la population, ils s'en désintéressent complètement. Malheureusement les représentants des organisations internationales (OHR et OSCE) qui occupent des bureaux à Srebrenica ne valent guère mieux et ne font rien, à part toucher de gros salaires. Est-ce exprès ou par hasard, on envoie ici des fonctionnaires de troisième rang incapables de comprendre les problèmes spécifiques de Srebrenica.
L'économie de la région, autrefois parmi les 5 les plus florissantes de B-H, a été pratiquement anéantie. Toutes les entreprises réalisant le moindre profit (Sumarija, Rudnik, la station thermale Guber)
sont gérées directement par Banja Luka, par les cadres les plus radicaux du SDS. Dans la ville même, en-dehors de quelques épiceries et cafés, il n'y a plus rien (ni boucheries, ni appareils ménagers, ni meubles, ni librairies, etc.). Quant aux événements culturels, mieux vaut ne pas en parler. L'unique station de radio locale ne peut être entendue à plus de 500 m. et la RTV de RS reste notre seule source d'information. Dans l'ensemble, la population vit au bord de la misère (avec un revenu mensuel de 80F par habitant), si bien qu'on a plutôt tendance à quitter Srebrenica qu'à y revenir. Une vingtaine de familles boshniaques sont rentrées dans la ville même, des retraités surtout, car les jeunes n'ont aucune chance de trouver un emploi et donc des moyens d'existence. 35 maisons ont été reconstruites dans le village de Suceska (à 20 km de la ville en empruntant une vieille route), il y a un dispensaire et une école mais peu de réfugiés y sont revenus, parce qu'ils n'ont pas de quoi vivre. Dans d'autres endroits aussi (Bajramovic, Pale, Bacuta, Gornji Potocari) des «centres de retour» ont été créés, où les réfugiés viennent à tour de rôle passer une semaine. Dans la collectivité locale la plus éloignée, Luka, 70 personnes environ ont passé l'été sous la tente mais ils repartiront avant l'hiver. On a expédié il y a quelques jours du matériel pour construite 30 maisons, mais les travaux n'ont pas commencé alors qu'il neige déjà. Luka est à 5 km de Srebrenica ou de la première agglomération, il faut pour y parvenir traverser une petite route forestière près du ravin de la Drina qui est généralement impraticable I'hiver. Même avant la guerre, les villages autour de Srebrenica étaient dans l'ensemble mal alimentés en eau, si bien qu'il n'y a pratiquement rien à réparer. Rappelons que l'eau potable est un grave problème pour Srebrenica, qui n'en a toujours pas. Les conduites à peu près remises en état apportent une eau industrielle qui se trouble dès qu'il pleut. Il y a eu ces derniers temps des tentatives pour résoudre ce problème, mais sans résultat... J'ai entendu parler de l'action entreprise par cette mission parlementaire française, j'ai suivi leur séjour cet été à Srebrenica et ai donné des interviews à DW et à RFI avec M. François Loncle. Le Comité directeur du Forum des citoyens de Srebrenica et moi-même, à titre personnel, recommandons chaleureusement que Mme Fatima Husejnovic soit appelée à y témoigner de la tragédie de Srebrenica. C'est elle qui a fondé pendant la guerre l'Association des femmes de Srebrenica (en mai 1992), qui a lutté pour défendre la ville jusqu'au dernier jour. Rares sont ceux qui savent que c'est elle précisément qui a été à l'origine du rassemblement «spontané» de la population de Srebrenica, lorsqu'elle a contraint le général Morillon à s'engager à transformer Srebrenjica en zone de sécurité. Depuis la fin de la guerre, Mme Husejnovic a aussi beaucoup fait pour Srebrenica en travaillant dans des ONG, malgré son mauvais état de santé. Nous estimons que c'est une femme admirable, chez qui l'on ne retrouve pas la moindre trace de «haine», chose rare chez ceux - et ils sont nombreux - qui profitent du malheur de Srebrenica. Elle a réussi, malgré sa tragédie personnelle (elle a perdu son mari, son frère et d'autres membres de sa famille), à échapper au piège du nationalisme et du chauvinisme, aussi est-elle tout aussi respectée par les Serbes de Srebrenica. Nous estimons qu'elle devrait faire partie de ceux qui assisteront à votre réunion, en tant que témoin des événements de Srebrenica et bon connaisseur des conditions actuelles."
Marinko Sekulic Kokez

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CONTRE LE PRIX NOBEL A KOFI ANAN

Plusieurs organisations non-gouvemementales de BH ont exprimé leur mécontentement suite à l'attribution du prix Nobel à Kofi ANAN, secrétaire général des Nations unies. Après les Mères de Srebrenica c'est le CERCLE 99 qui s'est élevé contre l'attribution du prix Nobel à Anan. On a souligné que les Nations unies ont reconnu dans un rapport de Koffi Anan lui-même avoir commis des grosses erreurs à l'époque des massacres de Srebrenica. Par ailleurs, le Cercle 99, ayant rapellé que le prix Nobel était annuel, a demandé ce que Koffi Anan a fait pour Srebrenica durant l'année envisagée?
...Nous apprenons que le rapport de la mission parlementaire française serait publié fin novembre prochain. A cette occasion nous reviendrons sur l'affaire de Srebrenica.

 

 

APPEL À NOS LECTEURS

Le retard de parution de ce numéro 102 de la lettre "Sarajevo" n'est pas accidentel. Il est dû à la décision du bureau de l'Association, en accord avec le comité de rédaction du bulletin, de réduire le rythme de notre publication pour le dernier trimestre de l'année. Ceci pour des raisons financières maintes fois rappelées aux adhérents de l'Association. Il serait malhonnête de cacher que, sauf effort exceptionnel de nos lecteurs ou miracle d'une subvention inattendue, la situation ne s'améliorera pas en 2002, bien au contraire.
C'est donc à ce soutien que nous vous invitons à participer, pour nous permettre de continuer aussi longtemps que possible de fournir des informations et de donner notre point de vue sur l'évolution de la situation en Bosnie-Herzégovine et dans les pays voisins. C'est à chacun des destinataires de ce bulletin de juger si celui-ci mérite d'exister ou pas et de le manifester en répondant, ou non, à cet appel, sans que nous puissions garantir un avenir assuré. Nous vous tiendrons informés des échos rencontrés par cet appel dans notre prochain numéro, de fin décembre-début janvier.

Le comité de rédaction.

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LAGUMDZIJA A PARIS
"LA BOSNIE A BESOIN D'AIDE POUR REMETTRE DE L'ORDRE"

Tous ses interlocuteurs français, parmi lesquels quatre ministres et le président du Sénat attendaient le premier ministre et ministre des affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine Zlatko Lagumdzija avec des questions sur le terrorisme. Sans chercher à éviter ce thème, celui-ci a pourtant tenu à souligner les autres problèmes auxquels est confronté son pays. «Si les attentats du 11 septembre avaient eu lieu l'année dernière, lorsque notre pays était dirigé par les nationalistes, la Bosnie aurait pu être associée à ce problème. Mais aujourd'hui elle ne peut être associée qu'à sa solution », a-t-il déclaré après avoir rencontré le chef de la diplomatie française Hubert Védrine. Et d'ajouter : « La Bosnie-Herzégovine n'est pas et ne sera pas un lieu de rencontre pour les terroristes, mais pour des gens intègres et honorables. (..) Le lieu de rencontre des terroristes, des assassins et des criminels de guerre. c'est la cour de la prison de Scheveningen ». Rappelant que la BH était restée pendant dix ans prisonnière des nationalistes, qui se sont profondément implantés dans le système et les organes du pouvoir, il a déclaré : « Il nous faudra beaucoup de temps pour changer cet état de choses et nous avons besoin d'aide pour remettre de l'ordre. » Aussi a-t-il tenu, avant toutes ses autres obligations officielles, à s'entretenir avec une quinzaine de représentants des grandes compagnies françaises. Au terme de ses entretiens avec Lagumdzija, Hubert Védrine s'est pour sa part engagé à signaler aux hommes d'affaires français « qu'il est temps pour eux de se rendre en Bosnie-Herzégovine parce qu'elle dispose désormais d'un gouvernement orienté vers l'Europe, lequel a actuellement besoin d'aide et saura un jour rendre la pareille ». Les discussions avec le ministre de la défense, Alain Richard, le ministre des services publics, Michel Sapin et le ministre de l'intérieur, Daniel Vaillant ont porté sur les « trois piliers de base d'une véritable Bosnie-Herzégovine » que sont « le renforcement des institutions de l'Etat, la lutte contre le crime organisé - notamment la corruption - et la relance de l'économie » . Et Z. Lagumdzija a pu conclure : «J'ai trouvé chez tous mes interlocuteurs, y compris le président du Sénat Christian Poncelet, une totale compréhension et des promesses particulièrement encourageantes».
(D. Sabljakovic, correspondant de l'Agence SENSE et membre du CA de l'AS)

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LES NATIONALISTES DE BOSNIE SORTENT DE LEURS TERRIERS

Janez Kovac à Sarajevo et Gordana Katana à Banja Luka analysent dans un article du Rapport sur la crise des Balkans (No. 292 du 31 Octobre 01) la façon dont les nationalistes de tous bord en Bosnie ont profité du relâchement de l'attention de la communauté internationale sur la Bosnie, suite aux attentats du 11 septembre 2001. (extraits)
" Pendant que l'Occident a les yeux rivés sur l'Afghanistan, les nationalistes sortent de leurs terriers pour mettre un frein aux réformes politiques, institutionnelles et économiques si durement gagnées. Ils cherchent à réduire à néant les timides avancées obtenues par les responsables modérés qui ont gagné les dernières élections.
Résultat : les experts locaux et internationaux prédisent à la Bosnie une crise économique et sociale majeure cet hiver. Les obstructions les plus fortes ont lieu en RS. Plus de 12000 personnels de santé se sont mis en grève le 22/10 et les employés du ministère de la Défense menacent d'en faire bientôt autant. Leur mécontentement tient surtout à ce que les retraites et salaires en RS sont notoirement inférieurs à ceux de la Fédération croato-bosniaque. À l'origine de ces obstructions, on trouve le SDS, membre de la coalition issue des élections.
Dans l'assemblée d'Etat, le SDS a ainsi bloqué plusieurs lois dont Patrick Wolf, porte-parole de Wolfgang Petrisch, a dit qu'elles "étaient des pièces cruciales pour construire une économie viable en BiH et qu'à ce titre, elles auraient un impact direct sur le niveau de vie de tous les citoyens de ce pays". C'est également ce qu'a dénoncé Petrisch dans une lettre ouverte au président de l'assemblée de la RS Dragan Kalinic.
Ce sont principalement les lois de privatisation qui sont visées par les extrémistes de la RS, et ce parce qu'ils sont nombreux dans leurs rangs à profiter de situations lucratives dans les compagnies étatiques, comme Telecom RS ou la raffinerie de Modrica. Cet argent va autant dans les caisses du parti que dans les poches de ses dirigeants. Cette obstruction a causé la démission de Damir Miljevic, conseiller pour les privatisations du Premier ministre Mladen Ivanic et du ministre de l'Agriculture Rajko Latinovic qui a dénoncé le fait "que le SDS n'était pas intéressé par le développement de la RS et ne songeait qu'à satisfaire les intérêts du parti." Selon des sources proches du gouvernement, le Ministre de Finances, Milenko Vracar pourrait bientôt en faire de même, et a dénoncé le fait que certaines entreprises, appartenant à des membres du SDS, ne payaient pas leurs impôts.
Le SDS bloque également la coopération de la RS avec le tribunal de La Haye et s'oppose à tout ce qui pourrait amener à arrêter Radovan Karadzic et Ratko Mladic, qui sont très populaires chez les Serbes de Bosnie. Ainsi après avoir voté une loi sur la coopération avec le TPIY, le SDS en bloque la publication au Journal Officiel, publication obligatoire pour l'application de la loi. Les experts pensent que le gouvernement d'Ivanovic est condamné s'il ne prend pas rapidement ses distances avec le SDS. Certains, dont l'ICG, suggèrent de bloquer toute aide financière aux Bosno-Serbes tant qu'ils ne s'engagent pas clairement dans la voie des réformes : « Il faut faire une pression encore plus forte sur la RS, afin de renforcer la position de ceux qui comprennent parfaitement que la Bosnie ne peut pas avoir un pied dans le tiers-monde et un pied en Europe. »
Mais la RS n'est pas la seule à pâtir de ces obstructions. Des phénomènes semblables se déroulent dans la fédération, en particulier dans les territoires contrôlés par les extrémistes du HDZ, où les autorités de la Fédération n'ont qu'un très faible pouvoir sur l'administration, les finances publiques, la justice et la police. Ils tentent également de provoquer le départ de Neven Tommic, maire de Mostar, chassé en raison de ses prises de position modérées. En outre, le congrès du HDZ a réélu à sa tête Ante Jelavic, alors qu'il avait été démis de toutes fonctions officielles par Petritsch dont on ignore encore la réaction.
Enfin, il y a une semaine, le SDA précédemment au pouvoir, a également élu son dirigeant. Comme le HDZ, le SDA a voté pour des représentants de la ligne dure comme l'ancien Premier ministre fédéral accusé de fraude et d'abus de pouvoir. Loin de la réunion, le président Alija Izetbegovic. s'est retiré de ses fonctions. Il occupait le devant de la scène depuis la création du parti. L'assemblé lui a accordé le titre à vie de membre honoraire du SDA, et l'a élu président d'une commission consultative. Cela signifie qu'Izetbegovic continuera à peser sur les décisions clefs du parti. Cela semble une bonne chose pour ceux qui pensent que seul Izetbegovic peut contenir les extrémistes de son parti. qui pourrait chercher à s'assurer le contrôle du parti.

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LE SALAIRE DU MAL
CONFRONTATION AVEC LA REPUBLIKA SRPSKA

L'organisation non-gouvernementale INTERNATIONALE CRISIS GROUP suit et analyse assidûment la situation en BH et dans la région. Nous publions ici quelques extraits et les recommandations du dernier rapport de l'ICG concernant l'entité Republika srpska de BH

En reconnaissant la Republika Srpska (RS) comme entité politique légitime et constitutive de la nouvelle Bosnie. les Accords de Dayton de 1995 ont opté pour la contradiction. Car elle fut créée en tant que premier échelon pour accéder à la «Grande Serbie» et conditionnée par les atrocités commises contre les non-Serbes et leur expulsion massive.
Les particularités immanentes de la RS et de son élite politique restent les principaux obstacles à l'établissement d'un Etat bosniaque fonctionnel, stable et viable. L'actuel gouvernement de coalition de la RS, formé après les élections de novembre 2000 sous la direction de Mladen Ivanic, réformateur et modéré déclaré, semble devoir renouveler l'expérience des dernières années, avec cette différence que le SDS s'est en fait de nouveau emparé du pouvoir. Ce parti a obtenu la présidence et la vice-présidence de la RS, ainsi que la majorité des sièges à l'Assemblée nationale aux élections de novembre 2000. Craignant de devoir à nouveau affronter l'entêtement et les dérobades du SDS, les représentants internationaux ont menacé de s'opposer à tout octroi d'aide à la RS si des membres du SDS participaient au gouvernement. Mais devant l'insistance de son nouveau protégé, Ivanic, qui arguait qu'il ne pouvait former un gouvernement viable sans le SDS, la communauté internationale a fait marche arrière et autorisé certains membres du parti à occuper des portefeuilles à titre «d'experts indépendants». Institutionnalisé par Dayton et renforcé par l'élection d'un respectable nationaliste à la présidence yougoslave à Belgrade, le SDS se refuse toujours à définir «son Etat» comme la patrie des Bosniaques de toutes confessions. Les troubles organisés en mai 2001 pour empêcher la reconstruction des vieilles mosquées rasées pendant la guerre et le refus constant du gouvernement, même après le transfert de Milosevic à la Haye au mois de juin, de coopérer avec le Tribunal pénal international, auraient dû clairement démontrer que la RS restait fidèle à ce qu'elle avait été pendant la guerre. Les vagues menaces de représailles de la communauté internationale n'ont abouti qu'à de légères concessions accordées par les autorités. Les attaques, intimidations et discriminations contre les réfugiés non-serbes rapatriés en RS restent beaucoup plus fréquentes et beaucoup plus sérieuses que tout ce qui peut parfois se passer dans l'autre entité de la Bosnie, la Fédération. A l'est de la RS, là où les pires atrocités ont été commises pendant la guerre, ces attaques se répètent et sont particulièrement cruelles. La police, la justice et les autorités locales restent généralement indifférentes ou même complices. L'opposition à toute réintégration révèle aussi quelle est la politique d'un ministère des réfugiés qui s'attache à préserver les acquis de la guerre - c'est-à-dire du nettoyage ethnique.

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RECOMMANDATIONS

1. Les Etats et organisations faisant partie du Conseil de mise en oeuvre de la paix devraient suivre l'exemple de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) en associant tout octroi d'une aide ou assistance à la Republika Srpska à certaines conditions très strictes concernant l'adoption et la mise en oeuvre de réformes politiques spécifiques. Tout transfert monétaire vers la RS devrait être suspendu tant que les conditions posées pour chaque donation. subvention ou projet n'auront pas été remplies.
2. Les conditions imposées avant toute reprise d'une aide financière à la RS devraient inclure, au minimum: a. Une véritable coopération avec le TPI, y compris l'arrestation et le transfert à La Haye d'un certain nombre d'accusés. La SFOR, pour sa part, devrait donner l'exemple en arrêtant Radovan Karadzic et Ratko Mladic, car il est désormais illusoire de s'attendre à ce que les institutions de la RS coopèrent avec le TPI ou protègent les vies et les biens des non-Serbes, tant que leurs fondateurs et inspirateurs n'auront pas été chassés de la scène. b. Approuver véritablement et soutenir le retour des minorités dans des conditions normales. La 'Reconstruction and Return Task Force' devrait définir un ensemble de critères à l'intention du gouvernement de la RS et de son ministère des réfugiés et personnes déplacées, portant sur le respect des lois de propriété et le soutien tant aux non-Serbes revenant en RS qu'aux Serbes désireux de retourner dans la Fédération ou en Croatie. c. La révision de la législation sur la privatisation et des efforts sérieux pour éradiquer la corruption endémique et le contrôle politique du parti sur l'économie. Le Bureau du Haut Représentant en particulier, devrait imposer à la RS des standards au moins aussi élevés que ceux qu'il a imposés à la Fédération. d. La RS doit collaborer à l'établissement et la promotion des institutions bosniaques fondamentales et à l'adoption des lois devant permettre à la Bosnie de rejoindre les structures européennes.
3. Les donateurs et organisations internationales devraient procéder à un examen complet des comptes de toutes les aides budgétaires, financement de projets, dons, et prêts actuellement en cours ou destinés à la RS, de même qu'à l'Etat ou à la Fédération. Tant qu'il ne sera pas établi clairement qui reçoit quoi, la communauté internationale ne sera pas en mesure de servir au mieux ses objectifs.
4. La communauté des donateurs devrait s'efforcer de canaliser tout futur financement par le biais de l'Etat; si nécessaire, en allouant à l'Etat les fonds refusés à la RS, celle-ci n'ayant pas rempli les conditions imposées pour ce don ou ce prêt particulier.
5. L'aide internationale et l'assistance financière à la République fédérale de Yougoslavie (RFY) devraient être soumises, entre autres, aux conditions suivantes: que Belgrade cesse de financer les services secrets et la police de la RS; retire tous ses officiers des rangs de l'armée de la RS et cesse d'y soutenir les organisations politiques extrémistes, tel le Parti démocratique serbe (SDS).

Sarajevo/Bruxelles, octobre 2001

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RETOUR DE BOSNIE
TEMOIGNAGE PAR DANIELE STEWART

De retour récemment de quinze jours passés en Bosnie-Herzégovine, fin août-début septembre, j'aimerais décrire mon expérience qui fut très positive. J'étais là-bas en tant qu'enseignante (bénévole) d'anglais, hébergée et nourrie chez l'habitant. Cet arrangement a été conclu à l'amiable lors de ma rencontre à Paris avec Mme le docteur Kos, qui dirige une petite ONG basée en Slovénie, Slovenske Filantropije, qui s'occupe de l'aide aux personnes (enfants notamment) traumatisées par la guerre.
Je suis allée à Ljubljana en avion, puis on m'a ammenée en voiture jusque dans le nord de la Bosnie, en traversant la Croatie d'Ouest en Est par l'autoroute de Zagreb, puis la "République serbe" qui représente la partie frontalière de la Bosnie.

A GRACANICA

Je me suis retrouvée dans une petite ville de 60 000 habitants, Gracanica. , à une demi-heure environ de la ville de Tuzla, plus connue. Elle est assez typique avec son "corso", c'est à dire ce type de belle avenue piétonne où l'on passe beaucoup de temps à se promener en rencontrant des connaissances, et que l'on retrouve dans beaucoup de villes du monde méditerranéen et dans l'ex-empire ottoman. Une mosquée, une église orthodoxe, un marché, des boutiques et autour, des collines, des champs parsemés de meules de foin à l'ancienne ... Les gens sont généralement gais, rieurs, détendus, cela m'a frappée. Fatima, qui m'a nourrie plusieurs fois de sa délicieuse "pita", le plat national, est une petite bonne femme explosive et amusante, toujours le mot pour rire, même si nous ne nous comprennons pas, raison de plus d'ailleurs. A noter que pour l'habillement on se croirait en Italie ou en France, c'est beaucoup plus décontracté qu'en Turquie (on voit que le socialisme était passé par là): je n'ai vu des femmes en pantalon bouffants et fichus que dans la campagne.
Elle pousse quelques soupirs en évoquant la guerre: "on était comme cela en train de manger tranquillement (me traduit-on), et puis les obus nous arrivaient dessus..." Sa fille évoque un voisin "passé de l'autre côté", et une ancienne camarade de classe, serbe, lui parlant durement au téléphone ... Autrement je n'ai pas recueilli de témoignages de haine anti-serbe. Quand j'ai demandé prudemment au directeur de l'organisme où je travaillais s'il avait eu des amis serbes avant la guerre, il m'a répondu très nettement : "oui! avant, pendant et après!". La collaboration des deux communautés (serbe et musulmane) au sein des associations qu'il m'a été donné de rencontrer est l'un des aspects dont je veux particulièrement témoigner.

LE SOURIRE

L'association OSMIJE (c'est à dire "SOURIRE")," c'est tout ce qu'il nous reste!" m'a dit le directeur) s'occupe plus particulièrement d'enfants handicapés physiquement et mentalement. Cela n'est pas dû directement à la guerre, mais celle-ci, de par sa durée (1991-95). a touché durement les familles et les structures d'aide sociale qui existaient auparavant. OSMIJE offre des services thérapeutiques et éducatifs, gratuits parce que bénévoles, par des professionnelles de santé, pour ces enfants. (J'ai été très touchée qu'à mon départ on m'offre un collage confectionnés par le petit groupe que je saluais en arrivant tous les matins). Mais OSMIJE représente aussi, au-delà de sa mission, un lien de rencontre et d'animation pour des adolescents, des étudiants. et des mères de famille qui ont besoin de contact et peuvent leur offrir un peu de leur temps.
Le rayonnement de cette association sur toute la région lui a permis de rassembler deux petits groupes interessés par ma venue : d'une part des étudiants, de l'autre des enseignants. J'ai donc appris en arrivant que les personnes qui enseignent l'anglais au niveau du collège, qui fait encore partie, chez eux, de l'école primaire, ne sont pas des diplômés d'anglais; ceux-ci ont de façon générale semble-t-il, déserté l'enseignement pour devenir interprètes et traducteurs dans les différentes ING, emplois nettement plus lucratifs. Le but principal de mes cours d'expression et de compréhension (je suis venue avec mes cassettes, et Dieu merci, le mégnétophone marchait! j'ai eu par contre des problèmes avec la photocopieuse...) était donc d'améliorer le niveau oral de ces personnes de bonne volonté (instituteurs/trices, professeurs de mathématiques etc ... ) dont les connaissances en anglais étaient surtout livresques. OSMIJE est directement liée à Slovenske Filantropije dont la présence au sein d'organismes internationaux et le dévouement sans relâche permettent de recevoir quelques dons, par exemple pour la construction de locaux plus appropriés, plus spacieux et mieux équipés. (On m'a fait visiter le chantier où des jeunes travaillent sous la direction d'un seul "homme de l'art").
Une de mes sympathiques élèves m'a fait connaître une autre association "Women Power" à Tuzla, soutenue par une association allemande de Dortmund, VIVE ZENE, depuis deux ans. Son but consiste à aider les femmes et les enfants de tous âges et de toutes confessions, L'association comprend des médecins, des enseignants, des psychologues, des avocats ... La directrice ( un médecin) m'a expliqué à quels traumatismes elles se trouvent confrontées tous les jours, avec les séquelles de la guerre. Les modes de coopération ancestraux, au sein des villages, ont souvent disparu, puisqu'il y a beaucoup de réfugiés et de personnes déplacées. Des femmes qui n'avaient jamais travaillé à l'extérieur doivent tout à coup se trouver des moyens de subsister. L'association offre une assistance psychologique, la possibilité de parler des traumatismes, de façon à prendre un nouveau départ.

UN CAMP DE RÉFUGIÉS

On m'a emmenée visiter un camp de réfugiés. Il y a environ 500 personnes, soit une centaine de familles, installées dans ce qui étaient des logements d'ouvriers, un petit immeuble de trois étages, il y ... avait une pièce par famille, y compris le coin cuisine, et une seule salle de bain (très délabrée) par étage. Certaines familles insistent pour faire visiter leur "home", généralement très propre et bien rangé, elles en sont fières. Il y a beaucoup d'enfants de tous âges, y compris des tout- petits qui sont nés ici! Les gens qui vivent ici ne peuvent pas être rapatriés chez eux: il y a tout un contingent de Srebrenica qui ne peut ou ne veut pas rentrer, vu ce qui s'est passé (massacre); il y a aussi une assez grande proportion de malades mentaux, qu'on a orientés sur ce camp. Autrefois les villages s'occupaient eux-mêmes de leurs habitants à problèmes, maintenant ce n'est plus possible.

LA PREMIÈRE RÉCOLTE

L'ambiance est à la passivité, à la "mentalité d'assistés", ce qui explique que la cohabitation de tant de gens se passe, somme toute, sans violence. Le tiers le plus dynamique, cependant s'implique dans un projet agricole intéressant patronné par l'Eglise luthérienne de Genève : la culture de fraises selon des techniques d'irrigation importées d'Israël, permettant une récolte en une quarantaine de jours. La première récolte devrait avoir lieu fin septembre. Je rencontre un représentant de cet organisme suisse, un agronome local et brièvement celui qui a un rôle de leader dans le camp, un jeune homme blond qui s'appelle Mohammed ! L'idée m'explique-t-on. est non seulement de développer une production rémunératrice, mais aussi de sortir les gens de leur résignation et de les encourager à agir. La propriété du camp n'étant pas collective (il est loué par la municipalité voisine), chacun s'occupe des deux ou trois "raies" qui lui ont été attribuées. De même pour les tomates qui poussent sous de grandes bâches de plastique, et que nous achetons
J'assiste également à la consultation médicale - type dispensaire - que donne l'une des deux personnes (médecin) avec qui je suis venue : maladie ou affections de tous genres, souvent chroniques (coeur, poumons... ) Le docteur distribue des médicaments qu'elle a apportés dans deux énormes caisses en provenance de Dortmund. Mon amie l'institutrice, pendant ce temps s'occupe des enfants (principalement des 8-10 ans) et m'apprend qu'un certain nombre de petites filles vont arrêté d'aller à l'école (au village voisin) car les familles estiment que quatre ans de scolarité leur suffisent amplement... Elles ont l'air pourtant très fières de pouvoir me chanter quelques chansons en anglais...
Au retour à Tuzla, nous allons dîner dans une maison d'accueil où habitent trois veuves qui essaient de développer un petit élevage de poulets. Elles nous offrent gentiment la "pita", des haricots, du café: c'est la première fois qu'elles le font pour les "dames de l'organisation", et c'est donc encourageant
Le lendemain après-midi, nous repartons, cette fois plus au sud-est, sur la route de Zvordic et Srebrenica, en pleine zone de guerre il y a quelques années. Cela fait maintenant partie de la "République serbe" ( qui avait sa capitale à Pale, maintenant à Banya-Luka - attention, ce n'est pas la Serbie). Sur le panneau qui indique "Bienvenue en République Serbe" quelqu'un a jeté de la peinture rouge ... Nous arrivons à un "village de rapatriement". Il s'agit d'aider les femmes musulmanes qui avaient fui à se réinstaller. Avant la guerre, elles s'entendaient bien avec leurs voisines serbes et la réinstallation se fait sans trop de mal (dans quel état ont-elles retrouvé leurs maisons? Il y a des reconstructions).
L'association a imaginé de lancer un cours de couture : comme pour la production de fraises. Cela sera à la fois une source de revenus et une occasion de ressouder les deux communautés. Une trentaines de femmes du village sont là, on sent que l'atmosphère est détendue, même si l'on reconnaît facilement les deux groupes à leur habillement différent. On nous offre des prunes. Tout le monde a les yeux fixés sur la jeune animatrice qui démontre sur une femme serbe l'art de prendre des mensurations correctement. La salle de réunion est un petit bâtiment qui vient d'être repeint; les réunions précédentes ont eu lieu à la mosquée reconstruite récemment (beaucoup de mosquées avaient été bombardées).
Partout effectivement on reconstruit, et je sais frappée du nombre de maisons neuves à Gracanica : on les occupent alors qu'elles sont encore inachevées. Qui les fait construire. Ce sont ceux qui rentrent de l'étranger depuis la fin de la guerre. Les paysans aussi ont réussi à s'enrichir pendant la guerre. Par contre la population de la ville, qui avait un très bon niveau de vie autrefois, est maintenant très appauvrie. L'entreprise métallurgique Fering qui employait 2000 personnes ne fonctionne plus qu'au ralenti. Gracanica. située dans une cuvette, a été énormément bombardée depuis les collines (1200 morts. 3600 blessés). Le directeur a été blessés de plusieurs éclats d'obus dans le dos : il est maintenant invalide, mais sa pension est dérisoire. Une de mes petites élève aussi a été blessée au ventre (j'apprends tout ceci par hasard, dans le cours de la conversation...)

LES TRACES DE LA GUERRE

En pleine ville, le long du Corso, un pâté de maisons entier a sauté : c'était le supermarché. Peut-être était-ce la mosquée toute proche qui était visée? Car très souvent les tirs se faisaient au hasard, à l'aveuglette. Ainsi, à Tuzla, ce tir en pleine ville où 71 jeunes ( de 6 à 25 ans) ont été tués et une centaine d'autres personnes blessées. Ils ont été enterrés à flanc de colline, très sobrement chaque tombe avec un portrait souriant, Serbes et Musulmans côte à côte. Le lieu inondé de soleil est très émouvant C'est vrai que les cimetières ne manquent pas, ici et là dans les villes. A Sarajevo, ce sont des plaques de marbre apposées fréquemment sur les murs : il est facile de deviner qu'il s'agit de personnes tuées à cet endroit. Le long de la rivière, les beaux bâtiments de style turc sont terriblement endommagés; on m'explique qu'il fallait traverser en courant le pont, qui n'était plus que d'un mètre de largeur... C'était là, Snyper Alley"
Les traces de la guerre sont là, physiquement et plus encore peut-être, intérieurement. Pourquoi a-t-elle eu lieu? Qui l'a voulue? Les gens semblent regretter l'ex-Yougoslavie, et déplorer les extrémismes qui se sont affrontés. Je voulais simplement témoigner de la grande qualité, du grand dévouement des personnes que j'ai rencontrées. qui travaillent dans ces associations humanitaires bosniaques, pour qu'on se rende bien compte que ces hommes et ces femmes sont là très proches de nous, très européens en fait et qu'on ne les oublie pas, maintenant qu'on ne parle plus d'eux dans les journaux....

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UNE UNIVERSITÉ D'AUTOMNE DE LA COMMUNICATION À SARAJEVO

Cinq cents personnes au total, plus de 40 ateliers-rencontres, 3 pleines journées de discussions entre toutes les composantes du Sud-Est européen...
Notre partenaire MédiaPlan a brillamment organisé, en collaboration avec le RIUC (Réseau International des Universités de Communication, basé à Bordeaux), une rencontre pour toute l'Europe du Sud-Est sur les communications et les média. C'était une première dans cette zone géographique. Cette «Université» avait trois objectifs:
- Développer des rencontres et des ateliers techniques entre professionnels de toute la région.
- Offrir des forums de discussion sur des thèmes médiatiques et d'actualité.
- Etre un lieu d'échange entre participants d'horizons divers et qui n'ont pas sur place beaucoup de raisons, ou de volonté de se rencontrer.
Faik Dizdarevic et Louis de La Roncière ont suivi les travaux pour l'AS, qui se sont déroulés au «Dom policije» de Sarajevo.
Cet événement a été largement soutenu par la partie française: aide financière (Ministère des Affaires étrangères), organisation conjointe avec le RIUC, présence fidèle à côté de MédiaPlan de l'Ecole de journalisme de Lille, présence aussi d'une quarantaine de Français à ces journées. Mais cela n'en restait pas moins un véritable pari pour MédiaPlan:
- Pari d'organisation: pendant trois jours plus de 200 visiteurs de l'extérieur à loger et nourrir, locaux à trouver. traduction simultanée français et anglais/bosniaque à organiser, mettre en place la partie technique, assurer les bulletins journaliers, etc.
- Pari financier: trouver les partenaires-sponsors nécessaires pour boucler le budget. Malgré les efforts, peu de sociétés privées étaient présentes pour ce lancement. RFI, l'Agence Universitaire de la francophonie et Arte ont permis le bouclage du budget de justesse, avec les télécoms de RS. de Slovénie et la Poste bosniaque.. .
- Pari politique: c'était le premier évènement du genre, dans un espace politique difficile et avec des moyens d'accès souvent compliqués. Mais le rassemblement, c'est une des forces de MédiaPlan.
Pari réussi pour une première. Beaucoup de rencontres, d'abord. Nombreuses personnalités sarajéviennes. Beaucoup de responsables de média et de journalistes de Belgrade, de Banja Luka et de Mostar, des Slovènes, Croates, Albanais, et présence de tous les pays avoisinants. Il y avait notamment une participation officielle remarquée: 4 ministres de B-H et, pour la France, le Ministère des Affaires Etrangères, l'Ambassadeur, les conseillers culturels de la région, etc. Ce fut d'ailleurs l'occasion de la première sortie officielle de la RS, et ceci dans le cadre de la Maison de la Police à Sarajevo: savoureux!
Beaucoup de forums de discussion également avec en particulier quelques sujets chauds: «Communauté internationale et Europe du Sud-Est: partenariat ou protectorat?», «Média et terrorisme», «Qu'est-ce que c'est que l'Europe du Sud-est?», où les représentants de la communauté internationale ont essayé de justifier leurs objectifs. Enfin de nombreuses rencontres techniques pour les professionnels (TV numérique, nouvelles technologies, logiciels de communication, développement Internet). Le grand nombre de thèmes a parfois un peu clairsemé l'assistance, mais ce sont eux qui ont attiré les société locales. Que retenir de cet événement? Que l'appétit de discussions d'une frange éclairée de ce secteur des média et de la communication est au cœur de l'évolution de la région. En même temps, dans tous ces débats, les vraies confrontations, débats d'idées, ont été rares et les interventions. bien structurées mais souvent longues et générales, trahissaient peut-être de la réserve ou de la prudence dans la manifestation d'opinions. Il y a une lassitude en Bosnie, face à une situation politique qui n'évolue que lentement, et que l'on retrouve, voilée mais réelle, dans les propos des représentants de la communauté internationale.
La ville est animée et sûre. Les rencontres sont Plus faciles qu'avant. Mais malgré l'avènement progressif d'une nouvelle génération d'hommes politiques, le poids du passé est toujours lourd: poches nationalistes persistantes et entretenues, corruption difficile à éteindre, économie qui ne décolle pas. Mais la société civile est toujours en mouvement et MédiaPlan y participe pleinement: cette Université réussie en appelle une autre, et la prochaine édition est prévue en juin 2003. L'accent sera à mettre sur une participation européenne et la présence du secteur privé, en particulier des entreprises, pour faire de ces rencontres le vrai événement économique et professionnel qu'il doit devenir pour la région.

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L'ATMOSPHÈRE A SARAJEVO

Dans les rues de Sarajevo, en conversant avec les gens: chauffeurs de taxis, policiers, ménagères ... on se rend compte qu'ils craignent toujours pour leur avenir Cette incertitude s'est renforcée après le 11 septembre. Les gens de Sarajevo sont aussi outrés par les accusations selon lesquelle la Bosnie serait l'un des foyers du terrorisme. La maladresse dont font preuve les Occidentaux y contribue également. Par exemple la fermeture pendant quelques jours des ambassades américaines et anglaises, sans explication aucune ("par mesure de sécurité"); les arrestations opérées par la SFOR, sans que les autorités bosniaques en aient été informées au préalable; mais aussi la passivité absolue de la "communauté internationale"(CI) en ce qui concerne l'arrestation des terroristes Karadzic et Mladic. De telle sorte que le président de la Chambre des peuples du parlement bosniaque, Sejfudin Tokic, en a été réduit à déclarer, dans une lettre ouverte envoyée aux représentants de la CI et aux leaders de Republika srpska: "Nous nous demandons si la CI ne poursuit pas deux politiques différentes quand il s'agit de punir des criminels. Osama Ben Laden est actuellement la personne la plus recherchée au monde. Alors que Radovan Karadzic et Ratko Mladic, inspirateurs et organisateurs de massacres en masse, de viols. de tortures et de déportations, restent en liberté. Le manque de volonté évident de les arrêter éveille des soupçons sur la position des autorités de la RS et de la CI vis à vis de la Bosnie". Les ultra- nationalistes serbes et croates s'efforcent sans cesse de convaincre les Occidentaux que la guerre contre la BH équivalait à celle qui vient d'être déclarée à Ben Laden. Le nouveau gouvernement a du mal à faire comprendre que la BH n'a rien à voir avec les groupes de Ben Laden, qu'elle fait partie de l'alliance anti-terroriste, qu'elle a pris des mesures de sécurité exceptionnelles... mais que la vraie lutte contre les terroristes consisterait à arrêter ceux qui circulent toujours en BH et dans la région - à commencer par Karadzic et Mladic. On ne comprend toujours pas à Sarajevo, pourquoi la communauté internationale se refuse à arrêter Karadzic et Mladic. Dans l'entourage du Haut représentant le bruit circule que ces deux criminels en sauraient  trop sur le rôle joué par les pays occidentaux pendant la guerre de Bosnie. Tout dernièrement un journal de Bijeljina, "Extra magasin" a cité un diplomate occidental qui aurait affirmé que les Américains avaient promis à Karadzic qu'il ne serait pas arrêté s'il acceptait de renoncer à son poste de président de l'entité RS (ce qu'il a fait), et que les Russes protégeaient Mladic! Le général Klein, représentant des Nations-Unies en BH, veillerait à ce que la promesse américaine soit respectée.

LES PARTIS POLITIQUES

Les partis nationalistes ne changent pas: ils continuent d'attaquer le nouveau pouvoir de l'Alliance pour les changements, dirigée par Zlatko Lagumdzija. Le parti SDA (Parti de l'Action Démocratique) vient de tenir son congrès. Alija Izetbegovic est devenu président d'honneur mais dirige le nouveau Conseil politique, ce qui lui permet de continuer à contrôler le parti. Il a par ailleurs proposé que le SDA rejoigne à l'avenir le centre et soit ouvert à tous les citoyens (pas uniquement aux musulmans!).
Le parti HDZ ( Communauté démocratique croate) a réélu Anton Jelavic à la présidence au cours d'un congrès extraordinaire. Or Jelavic avait été destitué de toutes ses fonctions publiques par le Haut représentant Wolfgang Petritsch. On se demande quelle sera la réaction de Petritsch. Le HDZ a annoncé qu'il renoncerait à boycotter les institutions communes, reconnaissant ainsi l'échec de sa politique de confrontation directe avec les institutions établies par Dayton. Mais ce parti persiste à demander la constitution en BH d'un entité croate, exigence soutenue par le sommet de l'église catholique, le cardinal Ptiljic en tête. Dans la pratique, le HDZ continue à saboter l'application des accords de Dayton et reste en conflit permanent avec la CI.
Le SQDS ( Parti démocratique serbe de Karadzic) a renforcé son emprise sur l'entité serbe, considérant la RS comme un état à part entière et demandant son unification avec la Serbie. Il refuse de coopérer avec le TPI tout en faisant face à une situation économique et sociale catastrophique. En ce qui concerne la situation en RS et les problèmes que cela pose, voir les extraits du rapport de l'ICG. Les partis HDZ et SDS restent repliés sur eux-mêmes et tournés vers le passé, freinant l'intégration de la BH et son rapprochement de l'Europe.

LA SITUATION ECONOMIQUE

Elle reste catastrophique, sans laisser présager une quelconque amélioration. Ainsi, le produit national brut ne représente que 50% de celui d'avant-guerre, le produit industriel 25%. Les investisseurs étrangers ne semblent pas intéressés et la situation a encore empiré depuis le 11  septembre. En FB-H, le taux de chômage a atteint 40%, le salaire moyen est de 445 mark et le coût de la vie (pour 4 personnes) revient à 435 marks. Les exportations ne couvrent que 36% des importations. Il faudrait 10 ans au moins pour que la BH retrouve le niveau économique de 1990! La privatisation se poursuit à une allure d'escargot, surtout en Republika srpska. Si le gouvernement de l'Alliance pour les changements procédait aux réformes économiques recommandées par le FMI, le chômage monterait en flèche et la situation deviendrait proprement insoutenable.

LE RETOUR

Rares sont sont les réfugiés et les personnes déplacées qui se décident à rentrer. Les chiffres communiqués par la communauté internationale doivent être pris avec réserve. Ainsi selon l'UNHCR, 778 000 réfugiés seraient revenus au pays (sur un total de plus de 2 millions!). La même source indique qu'au cours des huit premiers mois de 2001, il y a eu 50 000 retours en FB-H et 17 000 en RS. L'(évêque de Banja-luka, Franjo Komarica, a déclaré que les autorités de la RS faisaient obstruction au retour des réfugiés et demandaient même que l'on cesse d'en parler. Il n'y aura pas de retour tant qu'il n'y aura pas de sécurité. Et il n'y aura pas de sécurité tant que les criminels de guerre seront en liberté.
L'actuelle présence internationale - à l'exception de la SFOR - est de plus en plus considérée comme une forme de colonisation. les gens sont exaspérés par le fait que les problèmes les plus graves n'ont pas été résolus et que les étrangers mènent une vie semblable à celle des grands colons. Le gouvernement de l'Alliance pour les changements a proposé d'instituer un partenariat avec la CI et suggéré un regroupement des institutions internationales autour du Haut représentant (HR).Wolfgang Petritsch a salué cette initiative, mais il n'est pas suivi par le corps des fonctionnaires internationaux. Ceux-ci prétendent que les Bosniaques sont incapables de gérer eux-mêmes les affaires de leur pays. Ils défendent en fait leur position privilégiée et leurs énormes salaires. De sorte que le général Klein. représentant des Nations Unies, a eu raison de déclarer, il y a quelques jours au Cercle 99 que six ans après Dayton en Bosnie-Herzégovine la situation n'a pas évolué. En outre, on considère à Sarajevo que rares sont les fonctionnaires internationaux capable de mener à bien les tâches qui leur ont été confiées.. Ce qui nous a été confirmé par certains de ces fonctionnaires eux-mêmes. Interrogé sur les intentions de la CI, le général Klein a répondu dans une interview à la BBC: "Nous n'avons pas de véritable stratégie vis à vis de la B-H et des Balkans"! Un autre représentant international ajoutant alors que chacun des pays (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Russie, etc.) avait sa propre politique et qu'il n'y avait ni coordination, ni vision réelle ... La Bosnie réussira-telle à s'en sortir en puisant sur ses propres forces? Cela reste un mystère.

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LA CULTURE: LA LANGUE COMMUNE DE L'EUROPE?

Tel était le thème de la 2ème Rencontre européenne du livre qui s'est tenue à Sarajevo du 27 septembre au 3 octobre dernier Organisée de nouveau par le Centre André Malraux, cette Rencontre a réuni près de 200 hommes de lettre, traducteurs littéraires, éditeurs, acteurs, musiciens, philosophes et journalistes de l'Europe tout entière, mais plus particulièrement de l'Europe du Sud-Est. Elle a été inaugurée par une session animée par l'écrivain espagnol Juan Goytisolo et s'est terminée par une admirable conférence d'Edgar Morin, intitulée "Nul ne connaît le jour qui naîtra". Dans le cadre de cette 2ème Rencontre, la « Fondation Balkanika » a aussi tenu sa première réunion, consacrée aux "Littératures balkaniques et la guerre". Par ailleurs une session spéciale, animée par Paul Garde, a eu pour thème "Les guerres yougoslaves ont 10 ans". Dix ans se sont aussi écoulés depuis la parution du « Bréviaire méditerranéen » de Predrag Matvejevic, jubilé qui a été tout spécialement commémoré. L'idée d'une prochaine publication de "Cahiers de Sarajevo" a été approuvée et deviendra bientôt réalité. De même que l'année passée, une Rencontre des traducteurs littéraires européens s'est déroulée parallèlement. Une excursion à Mostar avait été aussi planifiée et les participants ont eu pour guides Zdravko Grebo et Predrag Matvejevic. tous deux nés à Mostar. Plusieurs expositions ont été organisées à l'occasion de ces Rencontres. Notons en particulier celle du photographe André Zucca, intitulée " Carnet de voyage d'un grand hibou", composée par l'artiste sur la base d'anciennes photographies prises en Yougoslavie au cours des années 1935-36. Cette Rencontre, encore plus riche et mieux conçue que celle de l'an passé, a été très suivie par le public sarajévien.

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Serbie

VOJISLAV KOSTUNICA: COMMENT VOIT-IL LE MONDE ?

Norman Cigar, auteur de "Genocide in Bosnia: the politics of ethnic cleansing". vient de publier un livre* dont le but est d'examiner le "paradigme - modèle du monde - de celui qui a pris la place de Milosevic à la tête de la RFY. En analysant ses paroles et ses actes, avant et après son ascension au pouvoir, Cigar cherche la réponse aux questions : en quoi Kostunica diffère-t-il de Milosevic ? A-t-il changé depuis son ascension au pouvoir ? Changera-t-il ? Et surtout, que pouvons-nous espérer pour le futur de la Serbie et de la région concernant la résolution des conflits ?
L' analyse de sa carrière révèle que Kostunica a toujours privilégié un but poursuivi par les Serbes nationalistes depuis le 19ème siècle : l'inclusion du plus grand nombre de Serbes possible dans un même Etat. Malheureusement l'objectif d'une "Grande Serbie", qui implique l'absorbtion des terres et l'élimination des populations non-serbes par la violence, est incompatible avec la stabilité et la paix.
Dans l'opposition, Kostunica soulignait son engagement pour la préservation des territoires et des valeurs nationales et considérait que le régime de Milosevic, insuffisamment nationaliste, menaçait l'identité nationale des Serbes. « Sur les deux rives de la Drina vit une même nation qui, "naturellement", vise la création d'un seul Etat », déclarait-il. Cet objectif était également la doctrine centrale de son parti, le DSS (Parti démocratique de la Serbie). Kostunica reprochait à Milosevic, mais aussi à l'opposition démocratique, de promouvoir une Serbie civile, multi-nationale. Pour lui en effet, le nationalisme est une composante nécessaire de la démocratie. Dans le conflit entre Milosevic et Karadzic, Kostunica soutenait le second en tant que bon nationaliste, estimant que Milosevic avait "trahit les Serbes de l'autre rive de la Drina". Quand il devint clair que l'union de la Serbie et de la RS ne se réaliserait pas par des moyens militaires, Kostunica n'abandonna pas l'espoir d'y arriver par la diplomatie.
En ce qui concerne la BiH, Kostunica considérait comme une évidence l'impossibilité pour les Serbes bosniaques de "cohabiter avec des Musulmans et des Croates" dans un même Etat. Il accusait d'ailleurs les Bosniaques de vouloir créer "un Etat musulman sur tout le territoire de la BiH". Tout en respectant les Accords de Dayton comme un fait (bien qu'injuste), le DSS visait à faciliter la séparation de la RS autant que possible et à créer des relations fortes entre elle et la Serbie et cela sans abandonner "l'objectif national" de réaliser leur union quand ce serait possible. Il blâmait Milosevic d'avoir tenté d'éloigner la RS de la Serbie pour la réintégrer dans la BiH.

Kosturiica a toujours voulu que le Kosovo reste dans la Serbie avec son statut de 1989 (quand son autonomie fut supprimée par Milosevic). Il n'a jamais rien trouvé à redire pendant les dix ans de répression de la population albanaise par Belgrade.
A présent que Kostunica est au pouvoir, comment diffère-t-il de Milosevic ? Si Kostunica semble plus disposé à négocier avec la communauté internationale et avec ses voisins régionaux, il reste à voir s'il s'agit de véritables efforts pour la résolution de conflits, ou au contraire de tentatives de promouvoir ses objectifs nationalistes par la persuasion, Il est vrai que Kostunica paraît répugner aux méthodes manuelles (assassinats, etc.) si chères à Milosevic, et il a certainement moins de goût pour l'utilisation de la force. Réaliste, il a su tirer les leçons du passé. Moins réaliste, il semble avoir une vision exagérée de l'importance de son pays.
Son nationalisme traditionaliste - ses "principes" comme il dit - paraissent sincères. Il n'a jamais renoncé à ses idées nationalistes, et notamment pas en ce qui concerne la "Grande Serbie". En mars 2001, il a signé un accord établissant des "relations spéciales" économiques, politiques et militaires entre Belgrade et Banjaluka. Cigar note que ces objectifs nationalistes serbes - la partition de la Bosnie ou du Kosovo, par exemple - seraient aussi graves qu'ils soient accomplis par la négociation ou par la force.
Au Kosovo, Kostunica a soutenu les "observateurs du pont", des voyous qui empêchaient le retour des Albanais dans la zone nord de Mitrovica (où, rappelons le, ils avaient constitué 80% de la population avant le "nettoyage ethnique" de 1999). Aujourd'hui, il semble s'opposer à la partition du Kosovo. Mais l'idée de la création de deux "entités" au Kosovo fait son chemin, les Serbes récupérant la partie nord avec ses ressources minières. Cette "solution" pourrait laisser le Kosovo ingérable et pourrait résulter soit en sa division. soit en sa réincorporation dans la Serbie. C'est ce dernier résultat que Kostunica semble espérer.
Face à ce "paradigme" nationaliste, la communauté internationale doit s'engager activement plutôt que de chercher des options à court terme, qui pourraient mener à des concessions irrévocables. Kostunica a déjà réussi à intégrer la RFY dans de nombreuses instances internationales, politiques et financières, ce qui réduit la marge de manœuvre de la communauté internationale. Si Kostunica menait à bien ses projets nationalistes, cela ne ferait que l'encourager dans ses perceptions, hausser sa position politique chez lui, et rendre encore plus problématique la résolution des conflits régionaux.

VoJislav Kostunica and Serbia's Future, 
ed. Saqui Books en association avec The Bosnian Institute (Londres), juillet 2001
Avant-propos par Sonja Biserko.

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LES IMPASSES DE LA POLITIQUE SERBE

Après maints refus, protestations et tergiversations, les autorités serbes ont finalement appelé les Serbes du Kosovo à participer aux élections parlementaires du 17 novembre. Vojislav Kostunica n'a pas manqué, en annonçant la nouvelle, d'exprimer ses réticences.
La participation effective des 170 000 électeurs non albanais inscrits sur les listes reste pourtant très indécise, tant sont grands leur désarroi, leurs insatisfactions et leurs divisions. La prise de position à laquelle s'est résigné Kostunica est contestée dans son propre parti. La majorité des Kosovars serbes se résoudra-t-elle à n'admettre que la seule possibilité de prendre leur place au Kosovo est d'accepter la nouvelle donne, dont les conditions dramatiques de création n'ont été que la conséquence de décennies d'erreurs et d'injustices commises par le pouvoir de Belgrade?
Accompli sous la pression internationale, ce pas important dans la prise en compte par les dirigeants de la Serbie de la réalité du changement d'époque intervenu depuis la défaite de Milosevic, en entraînera d'autres. Si l'indépendance demeure un mot tabou pour les Serbes, comme pour les représentants officiels des instances internationales, la réalité de la séparation d'avec la Serbie ne pourra longtemps être niée. Le baroud d'honneur mené par le gouvernement de Belgrade pour présenter l'accord signé avec l'UNMIK comme une victoire de la Serbie et le prélude de son retour au Kosovo, alors qu'il ne fait que confirmer les termes de la résolution 1244, ne peut masquer cette vérité. Cet accord est vraiment critiqué par les partis albanais, pris dans le jeu des surenchères électorales.
L'évolution des esprits semble plus vite s'accélérer pour ce qui concerne le Monténégro où les complications sont d'un autre ordre, et l'idée gagne en Serbie que la fédération avec une république quinze fois moins peuplée qu'elle, la désavantage à tous points de vue . Si les dirigeants serbes et la diplomatie internationale rejettent encore la dissolution de la fédération, c'est qu'avec elle disparaîtrait le fondement juridique du refus de l'indépendance du Kosovo rattaché, dans la résolution 1244 du Conseil de Sécurité, à la Yougoslavie et non à la Serbie. Après l'échec d'un dernier entretien entre dirigeants serbes et monténégrins, la tenue d'un référendum sur l'indépendance est devenue inévitable. La consultation devrait se tenir au printemps prochain sous réserve que soient fixées les conditions de quorum et de majorité pour que ses résultats soient validés par l'OSCE. L'accord sur ces conditions reste toutefois loin d'être acquis.
Dans la population serbe, ces questions s'effacent derrière ses préoccupations concernant l'aggravation accélérée de la situation économique et sociale. C'est pourquoi, face à l'affrontement permanent entre le clan de Djindjic et celui de Kostunica. qui s'accusent mutuellement de tous les maux, voire de tous les crimes, l'espoir réside dans l'émergence de forces politiques et sociales non compromises dans les errements d'un passé qui ne passe pas. Parmi elles, les jeunes économistes du G7, Dinkic, Djelic, Labus, ont actuellement le vent en poupe, mais le redressement de la Serbie demandera des remises en cause allant bien au-delà du seul accès aux responsabilités gouvernementales de nouvelles équipes, aussi attrayantes qu'elles paraissent si même elles parviennent à trouver dans le pays l'appui populaire qui leur manque toujours.

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Quelques livres récents en anglais

LOVRENOVIC (Ivan), Bosnia, a Cuburai History. Décembre 2001, ed. Saqui Books en association avec The Bosnian Institute. Contient 8 pages illustrées couleurs, 39 illustrations noir-et-blanc, 8 cartes.

The War in Croatia and Bosnia-Herzegovina 1991-1995. Collections d'essais basée sur un colloque organisé à Budapest en septembre 1998 par The Bosnian Institute, analysant l'origine et le déroulement des guerres in Croatie et en Bosnie comme résultat des politiques menées par Milosevic et Tudjman. Rassemblé par Branka Magas et Ivo Zanic, avant-propos par Noel Malcolm, contributions de Dusan Bilandzic, Norman Cigar, Jovan Divjak, Attila Hoare, Rusmir Mahmutechajic, Stjepan Mesic, Warren Switzer, Martin Spegelj, Anton Tus, Paul Williams et Ozren Zunec. Ed. Frank Cass. Existe aussi en bosniaque (Rat u Hrvatskoj i Bosni i Ilercegovini 1991-1995).

Unfinest Hour. H~ Britain Helped to Destroy Bosnia par Brendan Simms. Ed. Penguin Press.
Simms compare le mal fait à la Bosnie par le gouvernement conservateur de la Grande-Bretagne aux désastres de Munich et de Suez.

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La vie du TPIY

DES JUGEMENTS POUR UNE "INFERNALE ORGIE DE PERSÉCUTIONS"

Des crimes commis à Omarska, Keraterm et Trnopolje en 1992 ont valu à cinq Serbes bosniaques des peines allant de 5 à 25 ans de prison. Après la chute de Prijedor, la plupart des hommes non-serbes de la région, ainsi que quelques femmes, ont été confinés dans des conditions inhumaines, dans ces trois "camps de la mort" , où ils étaient soumis à tortures, sévices corporels, violences psychologiques, traitements humiliants, violences sexuelles et viols. Beaucoup y ont perdu leur vie. En prononçant le jugement le 2 novembre dernier, le juge Almiro Rodrigues a évoqué des images tournées par une équipe de télévision britannique montrant des hommes "émaciés, au visage marqué, à l'air souvent résigné sinon abattu". Le juge a rappelé le rôle de ces images dans la création du TPIY.
Zoran Zigic, un chauffeur de taxi et policier réserviste qui visitait régulièrement le camp pour torturer les prisonniers, a été condamné à 25 ans, vu le "plaisir sadique" qu'il prenait à cette activité. Mlado Radic, inculpé, en plus des actes de violence sexuelle, en sa qualité de responsable hiérarchique, a écopé de 20 ans; Miroslav Kvocka, "le bras droit du commandant du camp", de 7 ans, et Milojica Kos et Dragoljub Prcac, chefs d'équipes, respectivement de 6 et 5 ans. Trois autres inculpés pour crimes commis à Omarska restent libres ainsi que les grands responsables de la conception des camps et de leur raison d'être.
Pour plus d'informations : www.diplomatiejudiciaire.com/Tpy/Zigic.htm .

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L'AFFAIRE DES "AHMINCI 5"

En janvier 2000, les frères Mirjan et Zoran Kupreskic et leur cousin Vlatko Kupreskic sont condamnés à 6 et 10 ans de prison pour leur participation dans un massacre commis en avril 1993 par les forces du HVO dans le village d'Ahmici. Mais le 23 octobre, la Chambre d'appel leur rend leur liberté. Raisons : vice de forme dans la conduite du procès, plus le fait que leur identification n'a été confirmée que par un seul témoin. En même temps, la peine de deux co-accusés, Drago Josipovic et Vladimir Santic a été réduite.
De retour à Ahmici, Vlatko a parlé de la nécessité de réconciliation. "La coexistence est possible ici et elle le sera toujours. Il ne peut y avoir une Bosnie sans l'égalité des trois nationalités", a-t-il déclaré. Pour leur part, Zoran et Mirjan croient que le TPIY est indispensable car les cours nationales ne sont pas encore en mesure de poursuivre les crimes de guerre. Ils suggèrent cependant quelques réformes, comme la possibilité d'une compensation pour les innocentés. A Ahmici, Croates et Bosniaques s'évitent toujours.

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UN PROCÈS EN CIVIL

Quand les Serbes ont pris Bosanski Samac en Avril 1992, de nombreux Bosniaques ont été capturés, détenus et torturés. Leurs maisons et autres propriétés ont été saisies, leurs familles contraintes à fuir. Plus tard, Kemal Mehinovic a trouvé l'asile politique aux Etats-Unis et l'un de ses tortionnaires aussi. Assisté par l'ONG américaine Center for Justice & Accountability (CJA), Mehinovic et trois autres Bosniaks ont porté plainte contre ce Serbe bosniaque, Nikola Vukovic. Un ancien garde du corps de Stevan Todorovic (condamné par le TPIY pour crimes contre l'humanité). Vukovic est accusé, entre autres, d'avoir frappé les hommes avec des objets durs, d'avoir dessiné le symbole de la lune sur le front de l'un des requérants avec un couteau, de jouer à la .roulette russe" avec les prisonniers et de les contraindre à assister à des tueries, tortures, viols et autres atrocités. Vukovic était absent à son procès, ayant apparemment fui le pays. Il pourrait être condamné à verser plusieurs millions de dollars aux victimes, et il pourrait perdre son droit d'asile.
Mehinovic se dit satisfait du procès, qu'il a mené à cause de l'obligation qu'il ressent envers tous ceux qui ont trouvé la mort ou qui ont souffert par l'extrême cruauté de Vukovic. "Il faut que les gens sachent ce qui est arrivé ... et que nous n'avons rien fait rien du tout, pour provoquer ces actes." Sandra Coliver, directrice du CJA, estime que le procès démontre que "les USA ne sont pas un refuge pour les tortionnaires et les criminels de guerre." Le jugement sera connu dans quelques semaines.

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Compte-rendu du C.A. du 7 octobre 2001

Situation en B-H: Malgré l'échec des nationalistes, le redémarrage ne se fait pas. La division de la B-H et la crispation de la RS contribuent à la stagnation. La situation économique et sociale est difficile. Le statut de semi-protectorat dilue les responsabilités et ralentit le développement. Le retour des réfugiés reste lent, mais non négligeable. Le Kosovo: Les élections auront lieu ce mois. Une question se pose  :comment faire participer les Serbes qui restent divisés et s'opposent à l'indépendance du pays ? La reconstruction et en bonne voie, Les Kosovars refusent le retour de l'autorité serbe. Le nord de Mitrovica reste occupé par les Serbes seuls. L'incertitude demeure quant au futur statut du pays dont la CI ne veut pas envisager l'indépendance. La Macédoine: Selon l'accord conclu par l'UE et l'OTAN, un même statut est reconnu pour les Albanais et les Slavo-macédoniens, qui refusent son application. La peur de l'Albanais perdure, comme la crainte d'une croissance démographique plus forte chez les Albanais. La situation reste mal maîtrisée et pose la question de l'indépendance de ces petits pays. La Serbie: L'assassinat de Gabrilovic (membre des services secrets) provoque une rupture au sein de la coalition. Eclatement du gouvernement dont les deux têtes sont impliquées dans des affaires mafieuses qui laissent la population indifférente, écrasée par les problèmes matériels, Si, un certain sentiment de culpabilité est né, aucune responsabilité politique n'est vraiment admise. Un éclatement du DOS est prévisible, le parti démocrate fera alliance avec le PS et les radicaux. Il y aura des affrontements entre les partis de Kostunica et de Djindic, et une alliance de Kostunica avec Seselj. Kostunic a financé l'armée de la RS et les Serbes du nord du Kosovo par le trafic de cigarettes. La CI hésite à apporter une aide qui se volatilise dans des trafics mafieux. Les liens entre l'armée de RFY et celle de la RS paraissent évidents. Le Monténégro: C'est la même situation qu'en Serbie: rupture politique entre le président et son premier ministre sous-tendue par des affaires mafieuses. Grâce aux accords passés avec la Croatie, il y a une affluence touristique. Le processus d'indépendance se poursuit. Si l'U. E. faisait de vraies propositions, l'amélioration de la situation serait rapide. Situation de l'association: La survie de l'AS fut possible grâce aux 200 000F versés via MediaPlan. Le fonds restant pour les dépenses courantes diminue avec les cotisations. La publication du bulletin est mise en danger. Sauf subvention de la Mairie de Paris, on ne pourra publier plus de trois numéros. Par ailleurs l'AIB-H propose de verser à l'AS le reliquat de son compte, ce que l'AS accepte. Il est proposé d'espacer la publication du bulletin à raison d'un numéro tous les mois et demi selon les rentrées de cotisations (cf. p. 2.) Il privilégiera l'analyse des évènements sur l'actualité. La proposition est adoptée à l'unanimité.

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En librairie

Compte rendu de la soirée organisée à la librairie des PUF pour la sortie du livre de Marie-Pierre ULLOA, Un intellectuel en dissidence, de la Résistance à la guerre d'Algérie. Francis JEANSON.

La vérité sur la guerre d'indépendance de l'Algérie fait irrisiblement son chemin dans l'opinion publique française. Le 17 octobre dernier, quarantième anniversaire du massacre des pacifiques manifestants algériens par les forces de police parisiennes sous les ordre du préfet Papon, de Gaulle régnant, a été l'occasion de diverses manifestations. La nouvelle municipalité présidée par Bertrand Delanoe a fait apposer une plaque commémorative à l'angle du Pont Saint Michel et de la Préfecture de Police. Un film et des conférences ont rappelé l'événement criminel. La célèbre librairie des PUF au 59 du boulevard Saint Michel avait organisé le soir du 10 octobre dernier une réunion pour la sortie du livre de Marie-Pierre ULLOA, Un intellectuel en dissidence, de la Résistance à la guerre d'Algérie: Francis JENSON. Présidée pu Robert Belot, historien et directeur de la collection "Ecriture de l'Histoire", avec la participation de l'auteur et de notre ami Francis, la réunion fut l'occasion de retrouvailles chaleureuses entre anciens du réseau de soutien, et d'un débat fraternel. Débat au cours duquel Francis Jeanson devait préciser qu'il ne s'agissait pas de lutter seulement contre la torture, mais fondamentalement contre la guerre coloniale qui en était la cause.

JEANSON (Francis) Notre guerre Editions Berg international.
En ces temps de relecture des "événements" que, le 10 juin 1999, l'Assemblée nationale a officiellement nommés "guerre d'Algérie", les éditions Berg international republient Notre guerre, en même temps qu' me biographie de son auteur (cf. La lettre de Sarajevo no 101). Ce texte, courageusement édité en juin 1960 par Jérôme Lindau, n'était alors resté disponible qu'une semaine, avant d'être saisi pour "provocation à la désobéissance". Début avril de la même année, un mandat d'arrêt avait été lancé contre son auteur, poour "atteinte à la sûreté de l'État". Voilà qui suffirait à en faire un texte historique, indispensable, mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle ces quatre-vingt-dix pages se dévorent d'un trait.
En plus de la clarté de pensée, du courage, de l'intégrité, ce qui frappe dans l'engagement de Francis Jeanson, c'est l'humour désarmant avec lequel il interpelle la gauche française dans son ensemble, s'amusant de ce que "Les gens qui ne font rien se soucient toujours beaucoup de ceux qui s'efforcent de faire quelque chose".
Du coup, ce livre incisif se lit aussi comme un roman palpitant, ponctué de savoureux rebondissements. Tels ces policiers bernés qui annoncent le démantèlement du réseau alors qu'ils n'ont réussi à saisir que le trentième de la somme collectée chaque mois par ledit réseau. Tout en offrant une publicité inespérée à l'entreprise que Francis Jeanson et ses amis menaient à bien depuis trois ans déjà. Sur la quatrième de couverture, on peut lire "chef-d'œuvre de la littérature de résistance". Voilà qui ne ménage guère l'authentique modestie de Francis, mais tant pis, c'est écrit. Et c'est indéniable.

TARDY (Thierry). La France et la gestion des conflits yougoslaves (1991-1995). Bruxelles. Bruylant. 1999. 504p. 500 F. 76,22 Euros.
Il est dommage que cet ouvrage, issu d'une thèse de doctorat soutenue en 1997, n'ait pas bénéficié de la publicité qu'il mérite. Tel qu'il se présente, avec son appareillage de notes, bibliographie, index et chronologie, ce livre constitue une référence en matière d'infomation sur la politique menée par les gouvernements de la France sur le sujet, pendant la période considérée.
Dénué de toute intention polémique et ne cherchant pas à découvrir les intentions profondes, cachées ou sous-entendues de la politique initiée par François Mitterrand, l'auteur n'en démontre pas moins, avec rigueur et finesse, pourquoi et comment l'échec de cette politique était inscrit, dès le départ, dans l'inadéquation entre une situation de guerre déclenchée par un agresseur identifié et une réplique internationale conçue uniquement comme aide humanitaire pilotée par l'ONU. Observant, à juste à titre, que la France n'a pas été la seule responsable de ce fiasco, T. Tardy met néanmoins en évidence qu'elle a revendiqué et effectivement eu un rôle majeur dans l'élaboration et la conduite de l'opération des Nations-Unies, quitte à se mettre ensuite à l'abri des carences de l'organisation internationale pour excuser les siennes propres.
Il montre aussi que, de Mitterrand à Chirac, il n'y a pas eu rupture de politique mais sursaut de fermeté, dû essentiellement à l'humiliation infligée par les Serbes de Mladic aux "casques bleus" français,
Le seul regret que suscite la lecture du livre serait peut-être que l'auteur ne se soit pas attaché à analyser le fond des positions défendues par la France, caractérisées en général par un parti pris pro-serbe, seulement évoqué, et en ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine, par la proposition de tri-partition "ethnique", considérée comme seule solution valable. De ce point de vue, il rappelle justement que l'accord de Dayton na fait que reprendre le schéma du projet Juppé-Kinkel. Mais il aurait fallu, pont cela, déborder le cadre de l'étude qui porte sur le choix de la méthode de résolution du conflit yougoslave, passant exclusivement, après l'échec de la tentative de médiation européenne, par la voie du "maintien de la paix" à la sauce onusienne. D'où le sous-titre de l'ouvrage : "Enjeux et leçons d'une opération de maintien de la paix de l'ONU". On ne saurait reprocher à l'auteur d'avoir délimité son sujet, alors qu'il l'a si bien et amplement traité.

HUBRECHT (Joël). Kosovo, 1981-1989-1999-2001 Etablir les faits. Paris. Editions Esprit,2001, 176 p. 20 Euros.
D'un volume réduit, le livre de J.H. n'en apporte pas moins une masse dinformations et de documents sur le déroulement du conflit, clairement retracé, entre la Serbie et les Albanais du Kosovo depuis 1981, ainsi que sur la situation actuelle du pays. Totalement engagé dans l'action du Comité Kosovo, l'auteur s'efforce de justifier le sous-titre de l'ouvrage en livrant le maximum de textes, de chiffres et d'indications avèrés, de même que les opinions qu'il ne partage pas et qu'il combat. Comme quoi, de "petits" livres, comme celui-ci et, autre exemple, celui de Michel Roux, paru en 1999, écrits par des gens qui savent de quoi ils parlent, peuvent être beaucoup plus utiles que bien des pamphlets, dont la véhémence égale l'ignorance.

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