Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 79 octobre 1999

 

La confusion n'est pas prête de s'achever au Kosovo. Un fonctionnaire bulgare de L'ONU a été assassiné à Pristina, vraisemblablement par de jeunes Albanais pour avoir été pris pour un Serbe. 370 Serbes auraient été tués depuis l'arrivée de la KFOR et environ 500 arrêtés ou kidnappés. Nous comprenons d'autant plus l'indignation de Veton Surroi directeur du quotidien de Pristina, Koha Ditore, qui affirmait récemment sa honte de découvrir que, pour la première fois dans notre histoire, nous, les Albanais du Kosovo, nous sommes également capables d'accomplir des actes aussi monstrueux, que dans ce bulletin, nous n'avons cessé, de dénoncer les crimes des ultra-nationalistes serbes tout au long des guerres d'agression et de purification ethnique à l'encontre des autres républiques de l'ex-Yougoslavie et des Albanais du Kosovo. Nous ne pouvons que condamner aujourd'hui les propos racistes de l'agence Kosovarpress, de Genève, porte-parole de l'UCK, armée de libération du Kosovo, qui affirme que Veton Surroi et son rédacteur en chef Baton Haxhiu sont des hommes qui puent le slave... et ... sont vendus aux Serbes. D'autant que Kosovarpress du 2 octobre ajoute: Nous ne serions pas surpris qu'ils soient victimes d'actes de vengeance tout à fait compréhensibles et prévisible ... Ils n'y ont pas leur place dans un Kosovo libre. De tels propos ressemblent à ceux des dirigeants nazis ou staliniens vis à vis de leurs adversaires respectifs en Europe dans les années 30. Les dirigeants de l'UCK devraient prendre garde à leur aile intégriste qui risque de leur aliéner la sympathie des démocrates européens qui ont défendu leur cause.

Au moment où de sordides marchandages ont lieu entre les dirigeants des ultra nationalistes serbes, croates et musulmans de Bosnie pour conserver chacuns leur férule sur les citoyens de leur petit territoire, et que le clan Milosevic (dont les avoirs en Suisse avoisinerait 1000 milliards de francs) tente de négocier, en sous-main, la Republika Srpska contre une partition du Kosovo, les diplomaties occidentales restent dans une dangereuse ambiguïté.

AVIS AUX LECTEURS

Certains d'entre vous ont reçu le précédent numéro avec un retard important dû à la Poste. Nous nous en excusons.


QU'EN EST-IL DE LA SUCCESSION ?

Après sept ans de pourparlers infructueux et leur rupture houleuse à la fin du mois de janvier de cette année, plus personne, ni même, semble-t-il, le principal médiateur Arthur Watts, ne paraît savoir ce qu'il adviendra des biens communs de l'ancienne République Socialiste Fédérative de Yougoslavie. "L'avenir des négociations sur la succession dépend exclusivement de l'actuelle RFY Si dans un délai d'un mois et demi cet Etat ne répond pas à notre demande de nous remettre des renseignements concrets sur le gros de la succession et les lieux où elle se trouve, et de renoncer par écrit à certaines exigences qui empêchent le bon déroulement des négociations, la délégation croate proposera au gouvernement de Zagreb de considérer ces pourparlers comme n'ayant aucun fondement sérieux", annonce l'agence Sense. Telle est la teneur du message adressé fin janvier au principal médiateur Arthur Watts, ainsi qu'aux délégations des autres pays-successeurs, par le chef de la délégation croate. Ceci à la fin de la première et, jusqu'à présent, dernière réunion de l'année consacrée à ce problème. Bien qu'il ait alors été prévu que les pourparlers reprendraient d'ici un mois au plus tard, cela n'a pas été le cas. Il n'est pas facile d'en déceler les véritables raisons. En effet, au terme de la dernière réunion, les chefs des quatre délégations avaient déclaré qu'il serait inutile de se réunir à nouveau pour discuter de la nouvelle proposition de Watts, tant que Bruxelles n'aurait pas reçu "une réponse constructive de la part de Belgrade et que la dernière proposition de Watts, en date du mois de novembre de l'année dernière, n'aurait pas été radicalement modifiée". Évidemment, aucune réponse n'est arrivée de Belgrade et Watts n'est pas revenu sur sa dernière proposition, laquelle, de l'avis de la plupart des pays successeurs, "favorise à nouveau la RFY". La principale caractéristique du "nouveau modèle" présenté par le médiateur après la conférence de Madrid sur la mise en oeuvre du processus de paix en ex-Yougoslavie, est qu'il s'agit "d'une simplification et restriction des principaux éléments de la succession des anciens Etats communs". Toutes les délégations, hormis la délégation yougoslave, estiment que le médiateur s'efforce, par cette "approche réductrice", d'éluder la plupart des questions litigieuses ayant conduit la RFY à refuser l'Accord "général" de novembre 1997 que la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine et la Slovénie elles mêmes estiment "représenter jusqu'à présent la base la plus complète pour parvenir à un accord définitif sur la succession". La plupart des négociateurs affirment que Watts, avec cette dernière proposition, a cherché à éviter tout débat, y compris sur la définition même des biens de l'Etat - ce qui a d'ailleurs toujours été l'un des principaux points de dissension au cours des dernières années. Il y a aussi celui de la date censée marquer le début de la disparition définitive de l'ancien Etat commun, date sur laquelle les autres Républiques n'ont jamais pu se mettre d'accord avec la RFY. La majorité de ces pays estiment que Watts, à travers cette nouvelle proposition, se rapproche encore plus des positions de Belgrade. (Rappel: Arthur Watts est le seul médiateur resté en poste depuis 1992, mais - ou car? - il n'a rien accompli jusqu'à présent.)

QUATRE MOIS DU PACTE DE STABILITÉ

Le Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est, entré formellement en vigueur le 10 juin, le jour même - est-ce un hasard ? - où a pris fin la quatrième guerre des Balkans au cours de la dernière décennie du 20è siècle, a été défini comme " un processus à long terme, multinational et multidimensionnel " destiné, avec la participation de plus de trente Etats du monde, " à jeter les bases d'une nouvelle ère de stabilisation et de paix dans l'Europe du Sud-Est". Nombre de visionnaires occidentaux ont appelé ce projet - non sans raison - un "nouveau Plan Marshall", ou le "to be or not to be" de la sécurité et du développement économique et démocratique de cette région, dans laquelle des milliards d'Euros, de Marks et de Dollars ont été investis depuis 1990, dans le but d'éliminer les séquelles des conflits guerriers et des crises sociales.
S'agit-il à présent d'un programme de développement à long terme ? La guerre en Bosnie-Herzégovine, puis au Kosovo, ont eu une incidence décisive sur le changement de stratégie de l'Union européenne et de l'ensemble de la communauté internationale vis-à-vis des Etats de l'Europe du Sud-Est. Les constructeurs du nouvel ordre mondial ont enfin remplacé les interventions à court terme, basées sur l'humanitaire et les donations, destinées à "éteindre le feu", par des investissements à long terme pour la démilitarisation, la démocratisation et la reconstruction économique. Et, cette fois-ci, l'Europe est unanime.
Selon Bode Hombach, élu Président du Conseil d'administration du Pacte de stabilité par VUE (avec quelques difficultés) "chacun des pays de l'Europe du Sud-Est impliqué dans ce Pacte constitue un cas en soi, et il ne sera donc pas possible &appliquer le même modèle à l'ensemble de la région".
Pour lui, la Bosnie-Herzégovine représente "un cas planétaire spécifique", pour lequel la communauté internationale tout entière se bat depuis déjà sept ans. Le Kosovo est à l'heure actuelle le problème le plus aigu, étant confronté, outre à une crise politique, à une crise économique extrêmement grave : le taux d'inflation a atteint environ 1.000%, alors que jusqu'à présent plus de 45% du produit social brut dépendait des mines de charbon.
Il ne peut y avoir de stabilité à long terme dans la région sans la RS de Yougoslavie, mais tant que Milosevic restera au pouvoir en Serbie, elle ne sera pas admise au Pacte de stabilité.
La Macédoine est un Etat où se reflètent directement - sans qu'il y soit pour rien - tous les problèmes du Kosovo. Economiquement parlant, l'Albanie est le pays le plus pauvre d'Europe "avec une structure économique déplorable et aucune industrie". La Bulgarie et la Roumanie ont posé leur candidature pour faire partie de ME, mais doivent faire face, elles aussi, à d'importants problèmes économiques.
"Notre programme d'action n'est pas visionnaire, c'est la présentation d'un processus à long terme, dont la première phase ne permettra d'atteindre que quelques-uns des buts fixés : liberté de la presse, investissements étrangers, réduction de la criminalité et de la corruption, et coopération entre les Etats voisins", a déclaré Hombach. Le Conseil d'administration (composé de représentants des plus hautes instances politiques de tous les pays fondateurs ou utilisateurs du Pacte, ainsi que de délégués des plus importantes institutions et organisations internationales) a créé, pour assurer la mise en oeuvre du Plan de travail (pour une durée indéterminée et sans délais stricts), trois groupes de travail : l'un pour la démocratie, les droits de l'homme et les médias; le second pour la reconstruction économique, le développement et la coopération, et le dernier pour les questions de la sécurité, l'état de droit et les affaires intérieures.
La principale "priorité politique" de l'équipe d'Hombach, comme c'est stipulé dans le programme de travail des différents groupes, est la concrétisation du paragraphe 10 de la Déclaration de Sarajevo, lequel prévoit l'avènement d'une paix durable, la prospérité économique et la stabilité, comme préalables à toute coopération régionale réelle, sans laquelle il serait impossible de rapprocher ces pays des courants intégratifs euro-atlantiques. Au siège de l'UE, à Bruxelles, on estime qu'il faudra dépenser au moins cinq à six milliards d'Euros par an pour les besoins de cette région, le gros de cet investissement étant orienté vers le Kosovo, la B-H, le Monténégro, la Macédoine et l'Albanie. Mais aussi vers la Serbie, lorsque "à la place de Milosevic et de l'actuelle clique politique, des forces progressistes seront apparues sur la scène". Et c'est à peu près tout pour l'instant. Deux "tables rondes " ont été organisées à Bari et Segedin, où les principes présentés ci-dessus ont été élaborés. Rien de concret concernant les milliards de dollars censés être déversés sur les pays du Pacte de stabilité.

Dzevad Sabljakovic, correspondant de l'agence SENSE.

 

NOUVELLES COMPLICATIONS EN REPUBLIKA SRPSKA

la demande de Zivko Radisic, membre de la présidence de B-H et leader du SPS (Parti socialiste de la RS apparenté au parti de S. Milosevic), le Parlement de la Republika Srpska (lune des deux entités de B-H) réuni en session extraordinaire a adopté, le 10 octobre dernier, une résolution demandant le retrait de l'accusation déposée en 1993 par la B-H auprès de la Cour internationale de justice contre la RFY, pour génocide et crimes contre l'humanité. Radisic prétend qu'il n'y a pas eu d'agression contre la Bosnie et qu'il s'agissait là d'une guerre ethnique et religieuse, déclarant par ailleurs que cette plainte portait atteinte aux intérêts de la RS. Il faut souligner que deux jours auparavant Radisic, Nikola Poplasen (ancien président de la RS destitué par la communauté internationale) et Petar Djokic, président du Parlement de la RS, avaient rencontré Milosevic à Belgrade. Rencontre violemment critiquée par le premier ministre de la RS, Milorad Dodik, qui y voit une tentative pour briser l'alliance "SLOGA" (celle-ci étant composée des partis de Radisic, Plavsic et Dodik) et créer l'impression que l'avenir de la RS se joue à Belgrade. Mais, aux dires du journal "Vesti" (pro-Belgrade), Dodik aurait lui même soutenu la requête présentée par Radisic au Parlement de la RS. Mirko Sarovic, vice-président de la RS, aurait fait de même. L'action de Radisic, mise au point avec Milosevic, pose à nouveau la question de l'unité de la B-H et renforce les spéculations selon lesquelles Belgrade exigerait de récupérer la RS (ou une partie), pour compenser la "perte" du Kosovo.

 

Livre

Fighting for peace de Michael Rose
compte rendu par Carole Hodge

carole Hodge, de l'Université de Glasgow, a publié dans la revue « Sociological Imagination » (vol. 36) une analyse des Mémoires du général Michael Rose « Fighting for peace » (London, Harvill Press, 1998). Bien que Rose reconnaisse dès le début que la purification ethnique ne faisait pas partie de la politique officielle du gouvernement bosniaque de la même façon que chez les Serbes, il considère que les Nations unies et l'OTAN devaient se montrer impartiales, par exemple en bombardant les Croates de Bosnie. En même temps que sa mission militaire, Rose a assumé, au cours de sa présence en B-H en 1994 comme commandant de la Forpronu, le rôle d'émissaire de la communauté internationale, et a tenté à ce titre d'influencer ses décisions. Pendant tout ce temps, il a été très proche de son « inséparable ami et collègue » Viktor Andreev, conseiller civil russe pour les Nations unies, et très éloigné de l'autre Victor (Jackovitch), l'ambassadeur des Etats-unis en Bosnie, dont il désapprouvait la « politique erronée ». Ses deux interprètes étaient d'origine serbe - l'un d'eux a par la suite été mis en examen par le Ministère de la Défense britannique pour intelligence militaire pendant ses fonctions en Bosnie -. Faisant montre d'innombrables préjugés et imprécisions, Rose use dans ses Mémoires d'épithètes choisies pour décrire ce qu'il considère clairement comme une culture inférieure (la culture bosniaque). Entre autres amabilités, le général Jovan Divjak est présenté comme un « Serbe vieillissant combattant aux côtés des Musulmans bosniaques »... Lors du premier ultimatum lancé aux Serbes en février 94, Rose, Andreev et Akashi ont mené des négociations parallèles pour imposer un cessez-le-feu au commandement bosniaque, le menaçant de révéler aux médias que les Rappel Bosniaques avaient eux-mêmes tiré l'obus du marché de Markalé (68 morts) - ce qui n'a jamais été prouvé. Principal résultat de ces initiatives: ce sont les Russes qui ont été chargés de contrôler le retrait des armes lourdes à 20 km autour de Sarajevo, jamais appliqué en totalité et de très courte durée. Andreev, à cette occasion, a déclaré à Rose : « J'aime la diplomatie britannique , ça me rappelle la façon dont nous procédions d'habitude en Union soviétique » (humour involontaire). Lors de l'assaut de la poche de Bihac en novembre 94, les Etats-Unis ont demandé l'autorisation de détruire le nouveau système de défense aérienne serbe. Rose s'y est oppose, ce qui a occasionné la mort de nombreux civils de l'enclave, et a empêché que le HCR puisse y pénétrer pour apporter des vivres aux 180.000 habitants, qui n'avaient rien reçu depuis 6 mois. Rose a pourtant affirmé que presque toute l'aide parvenait désormais à destination. Au même moment, le HCR signalait les premiers morts de faim dans l'enclave. A la fin de sa mission, en prenant congé de Alija lzetbegovic, Rose remarque que celui-ci « est l'un des principaux responsables de la prolongation inutile de la guerre », alors qu'il déjeune avec Ratko Mladic en acceptant un cadeau de sa part. Ces Mémoires illustrent bien les discordes entre les acteurs internationaux en Bosnie, particulièrement entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, bien que « la G-B et la France aient présenté un front uni ». Rose glorifie l'action humanitaire et rabaisse les options américaines, qui ont pourtant mené aux Accords de Dayton. Pour le général, il n'y avait pas de « good guys » en Bosnie. Jamais il ne soulève la question de la purification ethnique, des sièges ou du génocide. Au contraire, il incite les agresseurs à poursuivre en toute impunité leurs pratiques,
pourtant diamétralement opposées aux principes de ses employeurs, les Nations unies

Rappel:
La rencontre biennale « MittelEuropa » a eu lieu à Schiltigheim, près de Strasbourg, du 16 au 24 octobre, avec des participants de 15 pays. Lors du débat « Dissidence 1989-99 », Izet Sarajlic, poète de Sarajevo, a refusé de se définir comme dissident. Il a même accusé certains anciens dissidents d'Europe orientale d'avoir participé au chaos qui s'est installé dans la région à la chute des régimes communistes. Ainsi, les écrivains dissidents ex-yougoslaves ont contribué, par leurs idées nationalistes, a la décomposition sanglante de la Yougoslavie. Des écrivains kosovars ont participé a un autre débat sur le Kosovo. L7exposition de Roger Dale « Pocitelj en Bosnie » était présentée, et plusieurs films projetés (entre autres « Before the rain » de Milcho Manchevski).

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LE NOUVEAU HAUT REPRÉSENTANT CRITIQUÉ À SARAJEVO

On attendait beaucoup, à Sarajevo, du nouveau Haut représentant de la communauté internationale, Wolfgang Petrisch. Mais le bilan de ses trois premiers mois apparaît négatif. C'est ce qui ressort de la déclaration de Salih Foco, vice-président du LBO (Organisation libérale bosniaque), qui l'accuse de négligence, et même de porter atteinte à la bonne application de Dayton. Il devrait se montrer beaucoup plus ferme vis-à-vis des hommes politiques au pouvoir, a souligné Foco, rappelant que son prédécesseur, Carlos Westendorp, s'était montré plus efficace, plus résolu et que d'ailleurs, sans lui, la Bosnie n'existerait plus. Le quotidien « Oslobodjenje » s'attaque tout d'abord à la thèse de Petrisch, selon laquelle les hommes politiques de B-H sont les premiers appelés à reprendre en main la situation et à mettre en oeuvre les Accords de Dayton. Dans son édition du ler octobre, « Oslobodjenje » affirme que cet argument n'est pas valable, car il n'y a rien à attendre des pouvoirs actuels et il est à craindre que les élections de l'an 2000 n'apporteront rien de nouveau. Les membres de la présidence tricéphale s'en tiennent toujours à leur propre vision de la B-H, rejettent l'idée d'une Bosnie unie, plurielle et démocratique. Radisic rêve toujours d'une Republika Srpska liée à une grande Serbie, Jelavic à l'Herceg-Bosna et lzetbegovic à une Bosnie féodale, partagée en trois parties selon des critères nationalistes et religieux. D'après « Oslobodjenje », les choses ne pourront changer que si le Haut représentant use des pouvoirs légitimes dont il dispose, en suivant une ligne dure et en renonçant à tout compromis avec les oligarchies nationalistes au pouvoir en Bosnie.

 

LES ACTIVITÉS DU CERCLE 99

Depuis la rentrée, le Cercle 99 a tenu plusieurs réunions consacrées aux grands thèmes de l'actualité. L'une de ces séances a été dédiée à l'attitude des pouvoirs locaux face à l'application des Accords de Dayton. Il a été constaté que la communauté européenne avait investi d'importantes sommes dans leur mise en oeuvre, mais qu'elle avait été confrontée à "une opposition systématique et parfaitement organisée des pouvoirs locaux", ce qui a eu pour résultat la réduction des fonds alloués par les donateurs. Ceci menace d'aggraver encore la situation et de réduire le potentiel économique, déjà modeste, de la B-H, ont conclu les membres du Cercle 99. Débattant du thème "La B-H et la communauté européenne", les intellectuels ont conclu que l'attitude de la B-H vis-à-vis de la communauté internationale était particulièrement versatile. "On déclare, au début de la matinée, que l'on ne saurait survivre sans la communauté européenne; à midi. on traite cet hôte avec mépris". C'est dans ce contexte que les différentes options de la communauté internationale en B-H ont été examinées. La première option est qu'elle décide de s'en aller. Il lui est aussi possible de poursuivre sa politique actuelle, d'exiger la révision des Accords, ou encore d'assurer leur mise en oeuvre en ayant recours aux mesures de coercition prévues par l'annexe 1. Un autre débat a eu pour thème les perspectives de l'Alternative démocratique dans les pays de l'ex-Yougoslavie. Un invité de choix, Bogdan Denic, universitaire américain, a évoqué l'opposition en Serbie et en Croatie. Celle-ci est divisée, fractionnée et instable. En Serbie, elle tombe sans cesse dans les mêmes pièges (tendus par Milosevic), a déclaré Denic, qui estime que la Serbie aura à traverser une période encore plus sombre et que le régime s'appuiera davantage encore sur la police et l'armée. Quant à l'opposition démocratique en Croatie, Denic pense que le nationalisme ne compte pas parmi ses principales préoccupations. Il estime cependant que les dirigeants du HDZ (au pouvoir) sont au bord d'une véritable catastrophe économique, dont l'opposition va hériter. Il prévoit une montée des tensions au cours de l'hiver prochain. Seifudin Tokic, président du Forum de l'Alternative démocratique de B-H, a déclaré pour sa part que l'Alternative devrait s'engager davantage dans la transition politique et démocratique du pays, le processus de paix et l'inclusion accélérée de la Bosnie aux courants intégratifs internationaux. Une troisième réunion a été dédiée à l'avenir de la région à la lumière du Pacte de stabilité, à laquelle ont participé William Stuebner et Joseph Klaits, représentants de l'Institut américain pour la paix (Washington). Les experts américains ont estimé que la communauté internationale sera de moins en moins présente en Bosnie et qu'il appartient aux Bosniaques de prendre leur propre destin en main. Ils considèrent que les élections de l'an 2000 devraient décider de l'avenir du pays. Pour eux la mise en oeuvre du Pacte de stabilité en Bosnie dépendra de la volonté des pouvoirs locaux. Or ceux-ci ne semblent pas intéressés à s'intégrer à l'Europe. Ils devraient toutefois sortir de leur torpeur en cas d'indépendance du Kosovo. Pour les représentants américains, il semble évident que la Serbie compte réclamer une partie de la Republika Srpska pour compenser la perte du Kosovo. Les intellectuels bosniaques ont exprimé leur désaccord avec la politique américaine vis-àvis de la Bosnie. L'écrivain Sead Fetahagic a déclaré qu'en Bosnie, tout avait été divisé, et que les États-Unis soutenaient les partis nationalistes: "Il semblerait que l'être humain, en soi, n'existe pas en Bosnie, qu'il n'y ait que des Bosniaques, des Croates ou des Serbes". Pour le poète Izet Sarajlic, les oligarchies nationalistes ne seraient plus au pouvoir à l'heure actuelle si elles n'avaient été soutenues par la communauté internationale. Celle-ci a donc le devoir de les renverser, d'arrêter les criminels de guerre et d'assurer le retour des réfugiés.

LETTRE D'UNE AMIE DE BELGRADE

Réfléchissant à toutes les options qui s'offrent à nous (des gouvernements provisoires, une équipe d'experts, avec ou sans l'accord du régime, l'église, les généraux, l'opposition, les étudiants, les indépendants, etc.), je me demande quel est notre rôle dans tout cela. Quand Djindjic a été interviewé à la radio B92, j'ai essayé en vain d'obtenir la liaison; je voulais lui poser une seule et unique question: compte-t-il aussi sur nous, les femmes, qui représentons plus de la moitié de la population et disposons du droit de vote? Je n'ai pas réussi à poser ma question, mais je connais la réponse. Ils me dégoûtent. Je crains qu'à la prochaine manifestation, il ne se passe la même chose. On nous présentera un communiqué préparé à l'avance, avec lequel nous serons d'accord ou non. Est-ce donc la seule chose que l'on attende de nous - un soutien? Essayons d'intéresser un peu les femmes à la politique, qu'elles cherchent leur place dans la gestion de la société. Est-ce encore possible actuellement? La politique a une incidence tellement négative sur nos vies que j'estime que notre participation est absolument essentielle.

SREBRENICA, POINT NÉVRALGIQUE DE DAYTON

Munib Hasanovic, maire-adjoint de Srebrenica, a été attaqué, battu et poignardé par trois hommes cagoulés, le mercredi 6 octobre. Hasanovic, dont la vie n'est plus en danger, avait reçu plusieurs menaces avant cet attentat. Aucune trace des agresseurs. Lors des dernières élections municipales, les partis bosniaques avaient obtenu la majorité. Mais les extrémistes sur place ont rendu impossible tout processus de stabilisation. Avant la guerre, Srebrenica comptait 35.000 habitants, ils ne sont plus que 13.000 aujourd'hui, presque tous des "réfugiés" de Sarajevo. Ils s'opposent farouchement au retour des non-Serbes. Le représentant de la communauté internationale, Bent Jensen, a été accusé par les ONG bosniaques et internationales d'être lui-même opposé au retour chez eux des réfugiés et demandé à ce qu'il soit révoqué. Jensen a déclaré au « New York Times »: "Srebrenica est un lieu où n'importe quoi peut arriver à n'importe qui, à n'importe quel moment". Avec ses 8.000 disparus et l'impossibilité pour ses anciens habitants d'y retourner, Srebrenica reste le point névralgique du processus de paix.

L'ÉCOLE DE JOURNALISME, ACTE II

L'École de journalisme franco-bosniaque de Sarajevo est entrée, début octobre, dans sa seconde année. On y retrouve 21 étudiants-journalistes (contre 20 l'année dernière) venus de Sarajevo, Banja Luka, Mostar, Bihac, Gorazde, etc. Le projet a été mis en oeuvre par MediaPlan, avec le soutien de la France et, plus particulièrement, de l'École supérieure de journalisme de Lille. L'École de Sarajevo ambitionne de devenir, dès l'an 2001, un centre régional de formation journalistique pour le sud-est européen, projet qui vient d'obtenir un soutien financier de l'Unesco.

LE MAIRE DE GORAZDE À SAINT-BRIEUC

Le maire de Gorazde, Elvedin Hrelja, a séjourné à Saint-Brieuc du ler au 5 octobre dernier, sur l'invitation du sénateur-maire de cette ville, Claude Saunier. Au cours de sa visite, le maire de Gorazde a rencontré M. Josselin, secrétaire d'État à la Coopération, plusieurs membres du Conseil municipal et du Conseil général, des responsables de l'économie locale et, bien entendu, des réfugiés bosniaques. La délégation de Gorazde a assisté à l'avant-première du film "Gorazde-psychogéographie d'une frontière", de Robin Hunzinger et Bruno Florentin. L'initiative de cette visite revient au Collectif Bretaane-Gorazde, qui entretient des contacts très suivis avec Gorazde depuis 1993. Au cours de la guerre, il a joué un rôle d'information (communication par radioamateurs) et apporté sa solidarité. La guerre terminée, les membres du Collectif ont organisé plusieurs voyages humanitaires, et il s'efforce toujours de briser l'isolement de Gorazde. C'est ,grâce à lui que les Côtes d'Armor et la ville de Saint-Brieuc ont décidé de parrainer officiellement Gorazde.

VINGT ANS DE PRISON POUR SAKIC

Accusé de crime contre l'humanité, l'ancien "oustachi" Dinko Sakic, commandant du camp de concentration de Jasenovac (Croatie) durant la Seconde Guerre mondiale, a été condamné par un tribunal croate à la peine maximale - vingt ans de réclusion criminelle. C'était le premier procès, depuis l'indépendance de la Croatie en 1991, organisé contre un ancien responsable du régime nazi d'Ante Pavelic. Sakic a été jugé responsable de la mort de 2000 prisonniers à Jasenovac, où plusieurs centaines de milliers de résistants ont trouvé la mort, entre 1941 et 1945. Il avait été extradé d'Argentine en 1998. Ce procès aura été jusqu'au bout celui d'un homme sans remords, clamant son innocence. Le verdict a étonné grand nombre de gens qui croyaient que le ,gouvernement de Tudjman s'opposerait à ce que le Tribunal prononce une condamnation exemplaire. Mais reste la Cour d'appel!


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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