Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 92 novembre 2000

RÉSULTATS COMPLETS DES ÉLECTIONS

 Les élections en Bosnie-Herzégovine n'ont pas marqué le progrès décisif dans la voie de la reconstruction démocratique du pays qu'on espérait.
La plupart des médias ont titré sur les succès des formations ultranationalistes serbes et croates, et il est vrai que le SDS et le HDZ ont réalisé des scores décourageants pour les partisans d'une Bosnie-Herzégovine unifiée et plurielle. Le succès des extrémistes croates apparaît d'ailleurs plus net que celui de leurs congénères serbes qui ne rallient "que" la moitié environ des suffrages en RS, ce qui représente à peu près le total cumulé des voix précédemment recueillies, en ordre dispersé, par des listes du même bord. On peut penser, c'est une première explication, que l'existence d'une "entité" serbe reconnue a stimulé et légitimé, auprès des électeurs croates, la relance de la demande d'institution d'une "Herceg-Bosna", selon le schéma bien connu du soutien mutuel des nationalismes en présence.
Le fait le plus notoire est que ce réflexe de repli sur l'identité "nationale" n'a pas joué en faveur du SDA, dont le déclin s'est accentué au profit du SB-H d'Haris Silajdzic et du SDP. Celui-ci n'a pas remporté le triomphe trop tôt annoncé, mais se trouve conforté dans sa place de premier parti à l'échelle du pays et de pivot vraisemblable du prochain gouvernement, ce qui ne manque pas de signification, s'agissant d'une formation qui revendique hautement son caractère "multiethnique" et met au premier rang de ses préoccupations la solution des problèmes sociaux et économiques de la Bosnie-Herzégovine.
L'avenir, pour préoccupant qu'il soit, n'apparaît donc pas aussi irrémédiablement compromis que nombre de commentateurs le prévoient, certains avec des arrière-pensées évidentes. S'il dépend d'abord des forces intérieures de la société bosniaque qui doivent se rassembler sur un projet commun attractif pour toute la population, les protecteurs internationaux ont leur responsabilité propre. Il s'agit pour eux de faire respecter des engagements et des principes qui ne souffrent aucune transgression, comme l'arrestation des criminels de guerre, le retour des expulsés ou réfugiés et le fonctionnement des institutions communes de l'Etat de Bosnie-Herzégovine.
Les puissances internationales ont un autre moyen d'influer sur l'évolution de la Bosnie-Herzégovine, c'est de rappeler aux pays voisins qu'il s'agit d'un pays indépendant dont l'intégrité ne doit pas seulement être reconnue du bout des lèvres. La Croatie, notamment par la voix de son Président Mesic, a pris une position tout à fait claire et c'est pourquoi les prétentions du HDZ sont, à long terme, vouées à l'échec. Ce n'est pas le cas de la Serbie et il faut relever, à cet égard, le contresens de l'observation couramment faite selon laquelle le vote -extrémiste- des Serbes de Bosnie était en contradiction avec celui -modéré- des Serbes de Serbie. C'est le contraire , Kostunica soutient bel et bien les courants ultranationalistes de la RS et il est certain que le rattachement de celle-ci à la Serbie est présente, à Belgrade, dans de nombreux esprits. Si cette idée était partagée dans d'autres capitales, disons à Paris, comme contre-partie de l'indépendance inéluctable du Kosovo, cela prouverait que l'incompréhension tragique des questions yougoslaves continuerait d'y faire ses ravages.

Sommaire
EDITORIAL

Bosnie
RÉSULTATS COMPLETS DES ÉLECTIONS
COMMISSION D'ENQUÊTE PARLEMENTAIRE SUR LES RESPONSABILITÉS FRANÇAISES LORS DU DRAME DE SREBRENICA
Un monument pour les victimes de Srebrenica
Monsieur le Président, ...

Serbie

LA SERBIE ET SES VOISINS
ILS ONT DIT...

Croatie
VERS UNE REPUBLIQUE PARLEMENTAIRE
TUDJMAN ACCUSE PAR LE TPI?
DJINDJIC ET LA PRESQU'ILE DE PREVLAKA
MESIC ET L'EUROPE

International
INTERNATIONAL LES ELECTIONS AMÉRICAINES
UN RAPPORT DE INTERNATIONAL CRISIS GROUP SUR LES CRIMINELS DE GUERRE EN REPUBLIKA SRPSKA

Brève : Medina

Brève
LA MINORITÉ BOSNIAQUE AU KOSOVO

Calendrier
Parution
Débats, rencontres
A saluer

Sommaire

Bosnie

RÉSULTATS COMPLETS DES ÉLECTIONS

Voici les principaux résultats complets annoncés par l'OSCE, qui a organisé et supervisé (pour la dernière fois, selon ses représentants) les élections en Bosnie.
Parlement républicain (B-H)-, Chambre des représentants, vote dans la FB-H:

SDP
SDA
HDZ BH
SB_H (Silajdzic)
27.3%
27.1%
19.3%
15.6%

Parlement républicain, Chambre des représentants, vote en Republika Srpska

SDS (Karadzic)
PDP (Ivanic)
SNSD (Dodik)
39.5%
15.3%
10.8%

Parlement de la Fédération B-H, Chambre des représentants

SDA
SDP
HDZ B-H
SB-H
26,8%
26,1%
17,5%
14,9%

Parlement de la Republika Srpska

SDS
SNSD
PDP
36.0%
13.0%
12.2%

Président et vice-président de la RS

SDS 
SNSD 
PDP 
36,0%
12,2%
13,0%

Assemblée municipale de Srebrenica

SDA 
SDS 
SB-H 
SNSD 
41,7%
20,1% 9,1%
6,0%
(La commission électorale a annulé la moitié des sièges obtenus par le SDS pour violation des règles.)

Les assemblées cantonales (dix cantons)
Le SDA a obtenu la majorité relative dans les cantons d'Una-Sana et de Gorazde, le SDP à Tuzla et Sarajevo, le HDZ dans les cinq autres cantons (Posavina, Bosnie centrale, Herzégovine-Neretva, avec une majorité absolue en Herzégovine-Ouest et à Livno)- (* La commission électorale a annulé les mandats de 13 élus HDZ, sur quoi Jelavic, chef du FIDZ et membre de la présidence tricéphale bosniaque, a posé un ultimatum à la communauté internationale : ou vous revenez sur cette décision, ou nous ne vous reconnaissons plus!). Enfin, le taux d'abstention a atteint les 30%! Notre correspondant à Tuzla nous a souligné: "Il y a eu 25.000 abstentionnistes et il s'agissait de personnes censées voter pour le SDP! ".

Quelques explications:
La question que l'on se pose, c'est comment les partis nationalistes ont pu obtenir un tel succès alors qu'on s'attendait à ce qu'ils perdent le pouvoir?
Les trois partis nationalistes -SDS, HDZ et SDA- avaient centré leur campagne électorale non pas sur les problèmes économiques et sociaux mais en s'efforçant de raviver la haine et la peur et en persuadant "leur communauté" qu'elle allait disparaître si elle ne votait pas pour son parti nationaliste. L'ennemi, c'était les deux autres peuples, mais aussi le SDP- parti multiethnique, et la "communauté internationale" On a la nette impression que la peur, l'incertitude et l'insécurité, restent encore les grandes dominantes en Bosnie, où les blessures de la guerre restent très profondes et sont loin d'avoir disparu,
Le clergé des trois églises s'était très activement aligné sur les partis nationalistes (de même qu'en 1990). Les églises et mosquées étaient le lieu de rendez-vous préféré des nationalistes. On a même vu le cardinal Puljic soutenir le HDZ. Il y a eu aussi une manipulation sans précédent avec les écoliers. Ainsi le SDS a organisé à Brcko (au vu et au su des protecteurs internationaux!) des manifestations de lycéens, qui satanisaient les non-serbes, exigeaient des écoles séparées et, pratiquement, réclamaient de nouveau la grande Serbie!

Elections en Bosnie
l'attitude du nouveau pouvoir à Belgrade
L'attitude de Belgrade a eu aussi une influence négative sur les élections.Tout d'abord, Kostunica a bien reçu Sarovic, mais pas Dodik. Il y a eu ensuite sa visite"privée" à Trebinje, où il a retrouvé Sarovic, il a ainsi soutenu clairement le séparatisme en RS. Par ailleurs le nouveau président serbe n'a fait aucun geste signifiant qu'il reconnaissait la souveraineté et l'intégrité territoriale de la B-H, Notons également que plusieurs dirigeants de la coalition DOS (Demokratska opozicija Srbije-Opposition démocratique de Serbie), arrivée nouvellement au pouvoir à Belgrade, ont participé à la campagne électorale en Bosnie! C'est ainsi que l'on a pu voir à Banjaluka (Bosnie), à un rassemblement organisé par le parti de Milorad Dodik, plusieurs dirigeants serbes: Vladan Batic, parti démocrate-chrétien, Vuk Obradovic, social-démocrate, Velimir Ilic, vice-président de la "Nouvelle" Serbie, Svetozar Krstic, vice-président de la "Nouvelle Démocratie", Milan Panic, ancien premier ministre de Milosevic et Vukasin Petrovic, représentant du mouvement "Otpor". Ils ont tous soutenu Dodik et Batic s'est écrié: "Voilà un Serbe authentique! ".

A Zagreb
A la différence de Kostunica, le président croate Mésie a insisté constamment et publiquement sur l'intégrité de la B-H. Il s'est opposé catégoriquement à soutenir le 1-IDZ-BH lors de l'organisation d'un "référendum" visant à recréer l'Etat fantoche "d'Herzeg-Bosna". Il a déclaré, entre autres:" L'erreur de la Republika srpska a été de s'imaginer que la communauté internationale allait se lasser et finir par accepter la création d'un Etat serbe en B-H; de l'autre côté de nombreux Croates bosniaques se sont eux aussi imaginé qu'ils pourraient créer leur para-Etat, que l'on finirait par reconnaître et qui serait ensuite incorporé à la Croatie".
Le gouvernement a adopté une position similaire. Il a toutefois envoyé une dépêche à l' OSCE-B-H portant sur certaines modalités électorales, ce qui a laisse croire qu' 11 soutenait implicitement le HDZ-BH- ceci a été démenti par Picula, le ministre des affaires étrangères de Croatie.

La "communauté internationale"
Son attitude a facilité le succès des nationalistes. En dehors des problèmes
qu'elle n'a pas résolus - le retour des réfugiés, l'arrestation des criminels de guerre, etc..., elle a essayé de faire passer le message: " Prenez votre destin en mains!", message souvent mal interprété, elle a par ailleurs changé certaines règles électorales au dernier moment, a demandé que le parti SDS soit interdit."Elle a commis l'erreur de ne jamais exprimer l'idée que l'accord de Dayton était évolutif -Elle a soutenu l'opposition verbalement"-a déclaré au "Monde" Nikola Kovac, professeur à l'université de Sarajevo.. Enfin, nombre de Bosniaques se demandent si la "communauté internationale" aspire vraiment à une B-H unie ou à son dépeçage ethnique! Pour James Lyon, qui dirige l'International Crisis Group en Bosnie:" En cinq ans nous n'avons rien accompli! Nous sommes revenus au point de départ! "

Quel avenir?
Les assemblées élues devraient se constituer et former leurs gouvernements d'ici un mois. Quels seront les nouveaux gouvernements? Les partis nationalistes se mettront-ils d'accord comme ils l'ont fait en 1990 juste avant la guerre? Une alliance SDA-IIDZ? Ou SDP (Lagumdzija) et SB-H (Silajdzic)? Ou encore SDA-SB-H? Quelle sera la politique des protecteurs internationaux? Abandonneront--ils la Bosnie à Kostunica et aux extrémistes croates? La Bosnie deviendra-t-elle le trou noir de l'Europe?

 

COMMISSION D'ENQUÊTE PARLEMENTAIRE SUR LES RESPONSABILITÉS FRANÇAISES LORS DU DRAME DE SREBRENICA

La campagne lancée il y a plusieurs années par le "Mouvement Citoyen s-Citoyen n es pour la Bosnie" en vue de la formation d'une commission d'enquête parlementaire sur les responsabilités de la France dans le massacre de masse de Srebrenica a été très efficacement relayée, l'été dernier, par l'intervention dans le même sens de " Médecins sans frontières", au point que le très influent mais aussi très réticent Président de la Commission de la Défense de l'Assemblée Nationale Paul Quilès s'est vu contraint d'annoncer un geste, concrétisé le 9 novembre par une décision de la Commission des Affaires étrangère de confier un rapport d'information à François Léotard, Ministre de la Défense au moment des massacres, avec comme coauteur un membre de la Commission de la Défense.
Ce choix a évidemment provoqué de vives protestations, de même que celui de se limiter à un simple rapport d'information rédigé par deux députés. Francis Jeanson s'est fait l'interprète de l'A.S. dans le fax ci-dessous adressé le 14 novembre au Président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée, François Loncle, dont l'attachement à la politique mitterrandienne est connu à l'égal de celui de Paul Quilès. Il faut croire que cette première décision a été mal reçue puisque les deux commissions ont sensiblement rectifié le tir, en se prononçant, comme moyen terme entre la commission d'enquête et le simple rapport, pour une mission d'information composée de dix députés, dont les rapporteurs seront François Léotard, dont la nomination a été maintenue, et François Lamy, député socialiste de l'Essonne.
Handicapée au départ par la désignation du responsable des armées de l'époque, la mission est de plus limitée dans ses pouvoirs d'investigation par les dispositions réglementaires qui lui interdisent d'auditionner les témoins sur les "sujets de caractère secret et concernant la défense nationale, les affaires étrangères, la sécurité intérieure ou extérieure de l'Etat...." Tout dépendra donc de la volonté des membres de la mission d'obtenir les moyens nécessaires pour aller jusqu'au bout de leurs recherches en dépit des obstacles qu'ils ne manqueront pas de rencontrer, à l'Assemblée et ailleurs. L'expérience de la mission sur le Rwanda n'est guère encourageante.

Un monument pour les victimes de Srebrenica

Enfin, les morts de Srebrenica auront leur cimetière! Le 25 octobre, le Haut Représentant Wolfgang Petritsch a donné son feu vert à la construction d'un cimetière et d'un mémorial pour les victimes du massacre. Le site choisi est à Potocari, en face de la tristement célèbre usine de batteries 
où, en juillet 1995, les hommes ont été séparés de leur famille avant d'être expédiés à la mort. Le projet, cher aux familles des disparus, était depuis longtemps bloqué par les élus de la RS  mais aussi par le Général Morillon, qui affirmait qu'un tel cime tière devrait être "multiethnique"! Un groupe international de conseil aidera les familles à planifier la réalisation du cimetière et du monument et à 
récolter des fonds pour le projet. 

Monsieur le Président,

Je voudrais vous exprimer ma satisfaction de voir, qu'avec la décision qui a été prise par la Commission que vous présidez, de lancer la préparation d'un rapport sur les "événements" de Srebrenica, un premier pas semble avoir été franchi dans la voie d'une élucidation par les autorités de notre pays des responsabilités françaises dans ce qui a été un crime de masse reconnu par les instances internationales, notamment par le Conseil de Sécurité des Nations Unies et le Tribunal pénal international de La Haye.
Cette satisfaction est néanmoins très contrariée par la nomination surprenante comme auteur du rapport à venir, du Ministre de la Défense en exercice à l'époque des faits, et à ce titre susceptible d'avoir eu des responsabilités dans le déroulement des dits "événements".
C'est pourquoi je me permets de vous suggérer de bien vouloir faire reconsidérer la position adoptée par la Commission des Affaires étrangères lors de sa séance du 9 novembre, d'une part pour proposer qu'il soit créé une véritable Commission d'enquête parlementaire en mesure de faire toute la lumière sur ce qui s'est passé en Bosnie, d'autre part pour nommer des enquêteurs aussi impartiaux que possible et doter l'éventuelle mission d'information, si la demande de commission d'enquête était rejetée, de moyens au moins aussi importants que ceux qui ont été déployés pour le rapport sur le Rwanda.
Une enquête bâclée sur Srebrenica serait encore plus grave pour la France et son Parlement que l'absence totale d'enquête, en renforçant les soupçons existants.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute considération.

Le Président
Francis JEANSON

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Serbie

LA SERBIE ET SES VOISINS

La "République fédérale de Yougoslavie" a retrouvé son siège à l'ONU, réintégré l'OSCE, été accueillie comme membre de plein droit du "Pacte de stabilité du Sud-est européen", déposé sa candidature au Conseil de l'Europe et annoncé qu'elle souhaitait se joindre à l'Union européenne.
Toutes les instances internationales se pressent au chevet du pays miraculé des Balkans tandis que les réunions de bienvenue et de travail se multiplient, de Skopje à Bruxelles, de Bucarest à Paris, en passant par Strasbourg. L'Union Européenne et le G8 préparent des plans d'assistance urgente et à plus long terme. Les pays voisins de la Serbie, véritable nom de la "RFY", assistent éberlués à l'avalanche de compliments, de promesses et d'engagements entraînée par le retrait de Milosevic, certains se demandant si un peu moins de retenue de leur part ne leur aurait pas valu plus de considération internationale.
Il ne faut certes pas sous-estimer le changement qui est intervenu en Serbie. Il est considérable car le ressort de la politique agressive et criminelle menée depuis 10 ans par le régime de Milosevic paraît cassé. La possibilité de recourir à la violence et à la guerre pour résoudre les problèmes réels de l'ex-Yougoslavie a été brisée, au moins provisoirement. Mais ces problèmes demeurent et les premiers signaux donnés par les nouvelles autorités de Belgrade n'indiquent aucune modification de fond de la vision de la politique serbe dans les Balkans, qui est précisément à la racine de tous les maux qui se sont abattus sur la région.
VoJislav Kostunica et la coalition DOS qui l'a porté à la présidence, se trouvent confrontés à une multitude de questions qui concernent l'avenir de la Serbie. Beaucoup d'entre elles ne concernent que l'organisation intérieure du pays et n'intéressent que celui-ci, mais il en est une qui est capitale pour l'ensemble du Sud-est européen et par conséquent pour l'Europe tout entière, c'est celle de la continuité entre 1"'ancien" et le "nouveau" régime, aussi bien sur le plan des personnes que sur celui de la politique suivie. Une observation faite récemment par Kostunica est de ce point de vue significative. Interrogé sur la pertinence actuelle de l'autonomie du Kosovo selon le modèle de la constitution de 1974, il a catégoriquement rejeté celle-ci comme oeuvre d'un "dictateur communiste", alors qu'il s'applique à respecter scrupuleusement la Constitution de 1992, oeuvre de Milosevic. Cette continuité institutionnelle est accompagnée de la continuité des personnes, illustrée par l'affaire Rade Markovic, du nom du chef des services secrets, maintenu en place par Kostunica, ainsi d'ailleurs que la quasi-totalité de l'appareil répressif de Milosevic, contre l'avis de ses propres amis de la DOS. La plupart des médias qui ont été les soutiens et les instruments de Milosevic se sont rangés, sans états d'âme, derrière le nouveau pouvoir. Kostunica et ses supporters nationaux et internationaux demandent de la patience jusqu'aux élections du 23 décembre, mais on peut, sans attendre cette date, constater qu'il est deux points essentiels qui marquent une continuité de la politique serbe, de Milosevic à Kostunica. Il s'agit du TPI et des rapports entre la Serbie et les pays issus de la désintégration de la Yougoslavie.
Kostunica a dû rapidement revenir sur sa condamnation catégorique e la légitimité du TPI. Elu président, il a relu les accords de Dayton et s'est aperçu que les Etats signataires devaient collaborer avec le Tribunal de La Haye, oubliant d'ailleurs que le texte fondateur de l'obligation de coopérer avec le TPI n'est pas l'accord de Dayton signé par Milosevic, mais la résolution du Conseil de Sécurité 827, de 1993, que la "RFY" est tenue d'appliquer, comme tous les Etats. Il s'est donc déclaré disposé à permettre l'ouverture d'un bureau du TPI à Belgrade, opposant néanmoins des réponses embarrassées et dilatoires aux questions trop précises de journalistes étrangers. L'opinion qui prévaut en Serbie est qu'il faut juger Milosevic à Belgrade pour les torts causés aux Serbes, notamment par ses prévarications et ses fraudes électorales. Pour ce qui concerne les crimes commis au cours des guerres yougoslaves , on parle de commissions vérités sur le modèle sud-africain et de responsabilités largement partagées. Dans le personnel politique de Serbie, seuls Nenad Canak, Président de l'Assemblée de Vdivodine et Zarko Korac, Président de l'Union social-démocrate, tiennent un langage de vérité sur le nécessaire jugement des inculpés pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, selon les règles édictées par le TPI.
Cette incompréhension persistante de l'origine et des conséquences de la désintégration de la Yougoslavie, ce refus d'affronter les faits, se retrouvent dans les positions de la grande majorité des dirigeants serbes sur le Kosovo, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine. Hostiles à l'autonomie "substantielle" du Kosovo lorsqu'elle existait jusqu'à son abolition en 1989-90, ils s'y déclarent maintenant favorables parce qu'elle figure dans la résolution 1244 dont ils ne retiennent en fait que les lignes qui proclament le territoire partie intégrante de la "RFY", en omettant ses renvois aux accords de Rambouillet, qu'ils continuent de récuser. Dans ce contexte juridique compliqué, la réalité est pourtant claire : après tout ce qui s'est passé, l'idée d'une souveraineté serbe ou "yougoslave" sur le Kosovo est tout simplement inepte. Le net succès de la LDK de Rugova aux élections municipales fait même perdre à Belgrade son argument de l'emprise des "terroristes extrémistes" de WCK sur le Kosovo.
Belgrade ne pourra non plus toujours ignorer la volonté grandissante des Monténégrins de sortir d'une fédération, fictive en raison des disproportions de tous ordres qui la minent, En rejetant le dinar au profit du mark, les Monténégrins ont déjà largué les amarres. V Kostunica tient un double langage qui consiste à dire à l'étranger que le Monténégro sera libre de choisir son destin et à l'intérieur qu'il dépendra de l'accord des deux parties, c'est-à-dire, de la bonne volonté de la Serbie.
En ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine, la reconnaissance affichée des accords de Dayton recouvre la volonté non déguisée d'intégrer la RS dans une aire serbe alors que les relations spéciales admises entre les l'entités" et les Etats voisins doivent l'être dans le "respect de la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine". A l'opposé de Stipe Mesic, qui condamne fermement les revendications du HDZ de Croatie, Vojislav Kostunica entretient les relations les plus amicales avec le SDS de Karadzic, Cela montre parfaitement la nature de la politique que mènerait le nouveau pouvoir de Belgrade si les responsables internationaux se contentaient de le féliciter d'avoir envoyé Milosevic à la retraite, sans lui demander de réviser de fond en comble sa conception de la place de la Serbie dans son environnement géopolitique.

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ILS ONT DIT...

Milosevic à La Haye
« Je pense que nous mettrons bientôt à l'ordre du jour de l'Assemblée de Voïvodine la question de la responsabilité juridique de Slobodan Milosevic, car il faut que les députés s'expliquent. En ce qui concerne la Ligue des sociaux-démocrates de Voïvodine, la situation est claire. Nous avons toujours dit que Slobodan Milosevie devait être livré au Tribunal de La Haye, car si nous voulons devenir membre de l'Organisation des Nations Unies, (et voilà, c'est chose faite), nous devons respecter ses décisions. Si les Nations Unies ont institué le Conseil de Sécurité, qui a créé à son tour le Tribunal de La Haye, et si nous voulons faire véritablement partie de la communauté internationale et de cette organisation, nous devons déférer les personnes inculpées de crimes de guerre devant ce Tribunal. Ceci paraît tellement évident, qu'invoquer tout autre argument relève pour moi du pur amateurisme, ou alors cela cache quelque chose que je n'arrive pas à comprendre», a déclaré Nenad CANAK, nouveau président de l'assemblée nationale de Voïvodine, dans une interview au quotidien Danas

Un vrai nationaliste
"En Serbie, pour d'étranges raisons que je suis incapable d'élucider, il faut être nationaliste pour réussir dans la politique et Kostunica, naturellement, est un vrai nationaliste serbe. Reste à savoir s'il sera un nationaliste modéré ou dur, rationnel ou irrationnel, ou encore un nationaliste effréné. Sa biographie n'est pas vraiment mauvaise et aujourd'hui il semble convenir à la Serbie, mais le problème, c'est son soutien irrationnel et son apologie de Radovan Karadzic, que je n'arrive pas à comprendre car, en vérité, je ne vois pas ce qu'il y a là à défendre". Vladimir ARSENIJEVIC, écrivain de Belgrade.(485 signes)

Ni vu ni connu!
Doit-on vraiment s'attendre à ce que Milosevic ne soit jugé que pour fraude électorale et -éventuellement- pour corruption ?
« Le destin de Milosevic rappelle celui d'Al Capone. Celui-ci, en effet, ne fut pas traduit en justice pour assassinat et actes criminels, mais seulement pour fraude fiscale. Milosevic ne devra-t-il donc répondre que de ses crimes les plus insignifiants ? A l'heure actuelle, en Serbie, la presque totalité des gens s'obstine à se comporter comme si rien d'extraordinaire ni de mal ne s'était passé au-delà de leurs frontières. Qu'en est-il donc des crimes éminemment plus graves perpétrés par Milosevic envers les autres peuples ? Qu'en est-il donc de Vukovar, du siège de Sarajevo, de Srebrenica, de l'expulsion des Albanais du Kosovo ? «Ce n'est pas une priorité», déclare Kostunica, tout en précisant qu'il n'est pas question de livrer Milosevic au Tribunal de la Haye, que d'ailleurs il ne reconnaît pas. J'ajouterais qu'à la base même, l'attitude vis-à-vis de ces guerres ne change pas. Le réalisateur Goran Radovanovic, par exemple, déclare sans sourciller, au cours d'une interview à Blic, «avoir suivi la guerre en Bosnie comme la guerre au Vietnam», tout en s'élevant contre «une soi-disant élite citoyenne, qui voudrait en faire porter la responsabilité à l'ensemble de la nation, à l'église elle-même, et à Dobrica Cosic, le plus grand des écrivains serbes».
Dans la situation actuelle, si Milosevic est jugé, il ne le sera que pour fraude électorale, éventuellement pour corruption. Il semble que ce soit sur la question des crimes de guerre que la Serbie atteindra enfin à cette unité tant désirée. Il ne s'est rien passé, et s'il s'est passé quelque chose, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Mais les guerres, les morts ? demandera peut-être un empêcheur de danser en rond, dans le seul but de troubler l'allégresse générale. «Oui, il y a peut-être eu des guerres, mais Milosevic, c'était Superman, il a conduit les tanks tout seul, tout en faisant le fou tout autour. Il a écrit le mémorandum tout seul, il a écrit tout seul toutes ces répugnantes «informations», c'est lui qui les a lues, qui les a enregistrées, il s'est même chargé de l'éclairage du studio. C'est tout seul qu'il a récolté 2 millions et demi de voix au moment même où il bombardait les villes de Bosnie et massacrait ses habitants» Il n'est pas étonnant que ce pauvre homme soit épuisé et ne pense plus qu'à s'amuser avec son petit-fils. Etant donné la vitesse à laquelle les gens retournent leur veste, ils prétendront bientôt n'avoir jamais n'en eu à faire à lui. Je m'attends même à ce que l'un de ces jours, ils se souviennent soudain qu'il s'agit d'un Monténégrin et soutiennent qu'il n'a donc rien à voir avec les Serbes. Milosevic n'a-t-il donc pas bénéficié, dans sa longue course vers la folie et le mal, du soutien -direct ou indirect et plus ou moins grand- d'une grande partie de la population ? Je me souviens que plus de la moitié de l'ancienne opposition soutenait son sanglant et ridicule projet de grande Serbie, de même que les nouveaux dirigeants (ce qu'ils aimeraient bien oublier), et aussi une grande partie de «l'intelligentsia», des académiciens et des prêtres. Les journalistes de la Radiotélévision de Serbie ont-ils oublié leur chansonnette sur « les Croates, génétiquement programmés pour le génocide» ? Les popes ont-ils oublié qu'ils accordaient leur bénédiction à des individus plus que douteux qui partaient à la guerre ? Quand il a décidé de rejoindre le mouvement «Otpor» Dobrica Cosic s'est-il souvenu avoir convenu avec Tudjman de la nécessité d'un «déplacement humain des populations» ? La responsabilité de ces crimes -les dizaines de milliers de morts, les infirmes, les exilés, cette incroyable accumulation de souffrance et de terreur- est avant tout affaire de justice. Mais il ne s'agit pas uniquement de justice, uniquement de notre passé, il s'agit de notre avenir. Si tout ce qui est arrivé au cours des dix dernières années devait retomber dans l'oubli, être refoulé sous les tapis, si les gens continuent à se persuader que «tous portent la même part de responsabilité» et que les sanctions «étaient totalement injustifiées », si l'on ne déclare pas ouvertement que Milosevic et ses acolytes ont tout fait en notre nom, la Serbie sera de nouveau la proie facile d'un démagogue amoral qui l'entraînera dans de nouvelles guerres. Si nous nous comportons comme si les récentes horreurs, survenues dans notre voisinage, ne représentaient qu'un événement lointain, qui nous est étranger, il y aura encore plus de risques que nous revivions tout cela un jour. Après la deuxième guerre mondiale, l'Allemagne a fait face à son passé et a réussi, dans l'ensemble, à se « dénazifier » avec la collaboration des vainqueurs. Mais pas l'Autriche, qui a prétendu avoir été victime d'Hitler. C'est là la principale raison pour laquelle l'Autriche est aujourd'hui gouvernée par Heider, ce qui n'est pas le cas, et de loin, de l'Allemagne.
Extraits d'un article de Véselin MARKOVIC paru dans le quotidien Belgradois Danas

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Croatie

VERS UNE REPUBLIQUE PARLEMENTAIRE

Le parlement croate a adopté des amendements à la constitution qui réduisent les compétences du Président et font de la Croatie une république parlementaire. La constitution croate avait été établie par Tudjman, auquel elle assurait des pouvoirs quasi dictatoriaux. Selon les amendements, le président ne peut dissoudre le parlement que sur la demande du gouvernement, qui désormais n'est responsable que devant le parlement. Le président de la république reste commandant en chef des forces armées. Il nomme, après consultations avec le gouvernement, les ambassadeurs et chefs des services de renseignements. Les amendements ont obtenu plus de deux tiers des voix, seul le HDZ (parti de Tudjman) s'est prononcé contre eux. Le président Mesic et le premier ministre avaient promis, avant d'arriver au pouvoir, de réduire les pouvoirs présidentiels.

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TUDJMAN ACCUSE PAR LE TPI?

Graham BLEWITT, procureur du TPI, a déclaré que feu le président croate TUDJMAN, s'il était vivant, aurait figuré sur la liste des accusés. Blewitt n'a pas donné de précisions, mais a souligné que le véritable rôle de Tudjman dans les récentes guerres de la région sera mis en évidence au cours des procès en cours.

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DJINDJIC ET LA PRESQU'ILE DE PREVLAKA

Zoran DJINDJIC, un des leaders de la coalition au pouvoir à Belgrade, a demandé à la Croatie ni plus ni moins que de fai re cadeau à la Yougoslavie tronquée de la presqu'île de PREVLAKA, à l'embouchure du Kotor. C'est un territoire croate dont la valeur est purement stratégique; de cet te presqu'île, on peut contrôler le golfe de Kotor, seule et unique base navale de Serbie. Récemment, les ministres des affaires étrangères de Croatie et du Monténégro se sont mis d'accord pour construire à Prevlaka un grand centre touristique. La  demande de Djindjic a provoqué une violente réaction dans l'opinion publique croate, qui craint que les puissances occidentales, très favorables au nouveau pouvoir à Belgrade, ne soutiennent les revendications territoriales de la Serbie. Actuellement, PREVLAKA est sous le contrôle des Nations Unies.

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MESIC ET L'EUROPE

Quelques jours avant le "sommet Chirac" à Zagreb, le président croate MESIC a déclaré que l'Union européenne a finalement adopté le principe de l'adhésion individuelle des pays du Sud-est européen à l'UE. Tout récemment, certains fonctionnaires de l'UE soutenaient que la Croatie ne saurait être admise avant ou sans la Serbie. Mesic a reçu des assurances de Romano PRODI lui-même que l'admission de chaque pays se fera après qu'il aura satisfait aux conditions posées. "On n'a plus à redouter une adhésion collective, ou la formation de quelque union balkanique... C'en est fini de la crainte paranoïaque qu'on veuille recréer une Yougoslavie", a déclaré Mesic, qui estime qu*il faudra attendre les élections du 24 décembre pour savoir où va vraiment la Serbie.- "On verra alors si le nouveau pouvoir a choisi une autre voie que celle de Milosevic."

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International

INTERNATIONAL LES ELECTIONS AMÉRICAINES

Quelque soit le résultat de cette élection, il n'y a pas grand chose à en attendre, du point de vue du Sud Est Européen en tous cas. En effet, une vraie victoire de l'un ou de l'autre aurait sans nul doute eu des effets très concrets : un retrait programmé des troupes américaines en cas de victoire de Georges W Bush et une continuation de la politique actuelle, cette fois-ci dirigée par Richard Hollbroke qui devait être le successeur de Madeleine Albright, si le Vice président Gore l'avait emporté. La pression est forte en effet sur les républicains pour ramener les « boys » à la maison et cesser de les envoyer « jouer les travailleurs sociaux aux quatre coins du globe » comme l'a demandé le président d'un des comités de soutien locaux au gouverneur Bush. Lequel confirmait qu'il avait bien compris le message en indiquant qu' « il souhaitait désengager l'armée américaine des Balkans le plus tôt possible » tout en reconnaissant que « le moment n'était pas encore venu ».
Mais la tragi-comédie de Floride a remis tout cela en question. Quelque soit le vainqueur désormais, ce sera un Président assez affaibli qui prêtera serment en Janvier prochain. Confronté à un congrès ingouvernable -50 républicains 49 démocrates et un indécis au Sénat, 221 représentants républicains, 211 démocrates, deux indépendants et un siège encore indécis à La Chambre- il est clair que le Président, même si c'est le gouverneur Bush, n'aura pas de vraie majorité sur laquelle s'appuyer pour mener « sa » politique. E sera condamné à la recherche perpétuelle de majorités, ce qui l'amènera à privilégier les sujets consensuels. Ainsi tous les commentateurs s'accordent à dire que Bush élu ne pourrait pas lancer sa campagne de réduction d'impôts, pas plus que Gore ne serait en mesure de réformer le système de retraite ou le système scolaire. Il leur faudra naviguer au plus près, négocier chaque vote, et ne rien faire qui « fâche » pendant au moins les deux ans à venir, en attendant, en Novembre 2002, les prochaines élections de la Chambre des Représentants,
Néanmoins, au-delà des logiques partisanes, les américains sont avant tout pragmatiques. L'histoire récente montre que pour les Présidents des Etats Unis, nécessité fait loi. Ainsi Clinton n'a-t-il pas hésité à poursuivre, à son profit, la politique initiée par Bush père à l'égard de l'Irak.
Vue l'importance que revêt la politique extérieure pour l'opinion américaine (quasi nulle, sauf lorsqu'il s'agit du sort des militaires expatriés), il y a fort à parier qu'aucun des deux candidats ne prendra le risque d'un coup d'éclat dans ce domaine. Compte tenu des tractations qui se révèleront nécessaires pour faire passer les lois nécessaires à la gestion quotidienne de l'Etat, on peut même penser que l'activité principale de la Maison Blanche va se recentrer sur la politique intérieure. Et ce d'autant plus si la croissance économique ralentit au point d'inquiéter durablement, auquel cas les Etats Unis se replieront sur eux-mêmes quelque soit leur Président.
En étant résolument optimiste, on pourrait imaginer que ce quasi-immobilisme laisse la voie libre à une politique européenne si elle osait enfin sortir du virtuel.

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UN RAPPORT DE INTERNATIONAL CRISIS GROUP SUR LES CRIMINELS DE GUERRE EN REPUBLIKA SRPSKA

Pour la grande majorité des citoyens vivant en Republika Srpksa, le 1fnettoyage ethnique" de la population non-Serbe est un mythe - ou bien si, çà et là, il s'est peut-être produit, c'est qu'il était justifié. Il n'y a là rien d'étonnant quand on sait que, dans toutes les communautés de RS, de nombreux individus responsables de la conception et la mise en pratique des crimes de guerre, conservent des positions d'autorité et d'influence. Ils jouissent du respect de leurs concitoyens mais, souvent aussi, de la communauté internationale.
Un nouveau rapport de l'ICG cite 75 personnes qui, bien que soupçonnées d'être responsables des atrocités commises entre 1992 et 1995, mènent une vie tranquille en RS ou à Brcko. La plupart d'entre eux continuent à exercer un pouvoir militaire, politique ou économique. Ils sont maires, policiers, conseilleurs municipaux, entrepreneurs. Certains sont inculpés, publiquement ou secrètement, par le TPIY ou par les autorités locales. La police de la RS n'a pas arrêté un seul des inculpés. Au contraire, elle les protège -probablement parce qu'elle en a dans ses propres rangs. Plus surprenant, de nombreux officiels internationaux, tout en connaissant le passé de ces individus, continuent à les fréquenter et à travailler avec eux.
Certains anciens "nettoyeurs" ont des liens avec des groupes paramilitaires de Bosnie ou de Serbie. D'autres ont fait fortune avec l'argent et les biens volés à population expulsée, dont ils ne souhaitent surtout pas le retour. Plusieurs incidents violents ont été organisés cette année à l'encontre de réfugiés qui cherchaient à revenir à Zvomik, à Bratunac, à Srebrenica ou à Janje. Ces attaques systématiques montrent la persistance de groupes paramilitaires visant à maintenir l'instabilité et à décourager les retours, Souvent, ceux qui ont le devoir de protéger le retour des minorités sont les mêmes qui les ont expulsées.
Pourquoi les criminels ne sont-ils pas à la Haye ? A cette bonne question, le ICG propose plusieurs réponses. La communauté internationale ferme les yeux par crainte de confronter ses propres contradictions (justice et Etat de droit ? ou convenance politique ?). C'est dans les secteurs sous contrôle français et américain que les criminels sont le plus tranquilles : la politique américaine du "zéro mort" entraîne une prudence extraordinaire. Quant aux Français, leur disposition à arrêter les inculpés a souvent été mise cause. Ainsi, certaines sources affirment que les soldats français, qui ont tué le suspect Dragan Gagovic en janvier 1999, l'auraient fait délibérément afin d'empêcher son apparition devant le TPIY. Gagovic, qui était en contact avec le TPIY pour négocier sa reddition, aurait reçu des menaces de mort au cas où il se rendrait au Tribunal. Les autorités françaises refusent toujours de rendre publique une cassette vidéo montrant sa mort.
1 faut souligner aussi le manque de coopération des gouvernements de l'OTAN qui hésitent, voire refusent, de mettre leurs informations - écoutes téléphoniques, photos satellites - à la disposition du TPIY Enfin, le Tribunal manque tristement de ressources. Il a trois chambres pour juger les 64 inculpés publics en cours -alors que le nombre des inculpations devrait se compter par centaines. Les autorités bosniaques ont livré 4000 dossiers : qui pourra les traiter ?
La non arrestation de Karadzic à envoyé un message clair à ses anciens collègues de guerre : ils sont libres d'obstruer les retours et de travailler contre Dayton tout en restant intouchables. Pour eux, la purification ethnique a réussi. La SFOR - pas plus que l'équipe ICG d'ailleurs ! - n'est pas dépourvue de renseignements permettant à trouver Karadzic. C'est la volonté politique, visiblement qui fait défaut. Les gouvernements du monde libre craignent-ils de rendre publiques des informations gênantes ? Depuis les années que la communauté internationale clame sa détermination d'arrêter Karadzic et Mladic sans le faire, ces hommes sont devenus pour les Serbes bosniaques des symboles de la résistance -et pour les autres Bosniaques, une cause de cynisme et de désespoir.
L'ICG a recommandé la dissolution du SDS avant les élections du Il novembre, Karadzic contrôle toujours le fonctionnement quotidien de "son" parti, bourré de criminels suspectés et dont le seul but depuis sa formation en 1990 n'a cessé d'être une Grande Serbie ethniquement pure. (Dans ce contexte, notons que Robert Holbrooke, l'ambassadeur américain à l'ONU, a déclaré que le SDS devrait être interdit en tant qu'organisation criminelle-, pourtant le HCR et l'OSCE s'y sont opposés.) En effet, l'OSCE a déjà interdit la participation du SRS dans les élections municipales d'avril 2000 parce que son dirigeant Nikola Poplasen obstruait les accords de paix; ce précédent doit -ou aurait dû- être suivi.
Autres recommandations : les gouvernements français et américain doivent ordonner l'arrestation immédiate de Karadzic, suivie de l'arrestation de tous les autres, avant fin 2000 de préférence. Une augmentation des moyens financiers du TIPY est d'une urgente nécessité, car l'insuffisance de son budget actuel lui interdit de traiter tous les dossiers et explique le nombre restreint de ses inculpations. Le Tribunal devrait mener une partie de ses procédures en Bosnie avec traduction en langue locale et visibilité médiatique. Enfin, l'OSCE, le HCR, l'UNNEBH et les autorités de la RS doivent user de tous leurs pouvoirs pour exclure de la vie publique les individus dont les activités pendant la guerre sont suspectes.

WAR CRIMINALS IN BOSNIA'S REPUBLIKA SRPSKA:
Who are the people in your neighbourhood ? ICG Balkans Report N' 103, 2-11-2000. Disponible sur le site de l'ICG,
http://www.crisisweb.org/

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Brève
Medina

Le 31 octobre dernier, Medina, une jeune fille de 18 ans originaire de Gorazde, décédait à Marseille. Le collectif de Saint Brieuc l'avait fait venir en France pour y subir une greffe de moëlle osseuse. Opérée le 13 octobre, une embolie pulmonaire l'emportait deux semaines plus tard. Afin de pouvoir rapatrier le corps et permettre à sa famille d'organiser les funérailles, le collectif Bretagne Bosnie-Gorazde demande que des dons soient versés à la Ligue contre le cancer en précisant "pour Medina".

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Brève

LA MINORITÉ BOSNIAQUE AU KOSOVO

Considérée par les Serbes comme ennemie, confrontée à la discrimination et aux intimidations de toutes sortes, la minorité bosniaque du Kosovo, environ 60.000 personnes avant la guerre, espère qu'après tant d'années de souffrance les nouveaux administrateurs locaux vont enfin améliorer sa situation. Emprisonnés, expulsés par les Serbes au début de la guerre en B-H, maltraités par les Albanais durant la guerre (le serbo-croate parlé tant par les Bosniaques que par les Serbes provoquant une confusion), les Bosniaques ne sont plus que 10.000 aujourd'hui au Kosovo. Passablement délaissée par la communauté internationale et par les autorités internationales, pour qui les minorités au Kosovo sont avant tout représentées par les Serbes et les Roms, la communauté bosniaque souhaite que les nouvelles administrations locales reconnaissent leur désir de vivre en paix avec les Albanais. Début octobre, un rassemblement pour la tolérance réunissait à Pristina quelques milliers de personnes, les orateurs bosniaques et albanais s'exprimant dans leur langue respective pour affirmer publiquement la coexistence des langues minoritaires avec la langue majoritaire.

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Calendrier

Parution

«De l'esprit chez les abrutis», roman d'Alcksandar Hemon, écrivain de Sarajevo émigré en 1992 aux Etats-Unis vient de paraître aux éd. Laffont, coll. Pavillons (262 p., 129F). De facture post-moderne, truffé de fausses références, de photos de famille et de notes en bas de page, ce livre se rapproche nettement de ce que l'écrivain hongrois Péter Esterhazy écrivait déjà au tout début des années quatre-vingts... Mais il semble que les éditeurs américain et français l'ait pris pour (le l'avant-garde - bénéfice secondaire de la traduction, sans doute! Or, comme disait ma tante, «l'avant-garde est la seule chose qui ne change pas depuis les années vingt». Bref, le roman risque de déconcerter le lecteur soucieux d'y trouver matière à réfléchir sur les Balkans, la guerre, ou tout simplement la vie.

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Débats, rencontres

- Rappel : le Théâtre du Radeau-la Fonderie du Mans et le Centre Dramatique National d'Orléans organisent, à l'occasion des représentations de la pièce d'Olivier Py «Requiem pour Srebrenica», deux débats «Srebrenica, saisir, ressaisir», avec des témoins de la guerre et des personnalités engagées. Temps de mémoire et de réflexion, ces rencontres donneront la parole aux gens de Sarajevo, de Srebrenica, de Belgrade, du TPI. Avec entre autres A. Joxe, V Nahoum-Grappe, F. Jeanson ' F. et S. Dizdarevic, 0. Py, G. et V Dapic. Ouvert au public sur réservation: dimanche 10 décembre de 13h à 19h à la Fonderie du Mans (tél. 02 43 24 93 60), et samedi 16 décembre de 16h à 19h au CDN d'Orléans (tél, 02 38 8101 00).
Une exposition de la plasticienne Marie Ponchelet, «Sabaheta-Potocaii, Il juillet 1995», sera présentée parallèlement à la Fonderie.
- Le «Courrier des Balkans» organise, les 22 et 23 novembre à l'Ecole supérieure de journalisme de Lille, un colloque «Ex-Yougoslavie : l'indépendance de l'information et le rôle de la communauté internationale», avec Reporters sans frontières. De nombreux intervenants venus de partout sont prévus. Renseignements sur une publication des actes ou un enregistrement des débats: tél. de RSF 01 44 83 84 84, ou mail du «Courrier des Balkans»: cdb@bok.net.
- La librairie-galerie «Le Lys» (12-14 rue St Louis en l'Ile, Paris 4e), outre des expositions artistiques, organise de nombreux débats sur l'Ex-Yougoslavie. Par ex., le 23 novembre, présentation par Pierre Hazan de son remarquable livre «La justice face à la guerre» (Stock), et le 24 novembre, débat sur «La Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Serbie, le Kosovo vus par les médias indépendants», avec Z. Dizdarevic, N. Durrno et Z. Udovicic, de Sarajevo, N. Santic, de Rijeka, N. Cekic et A. Marj anovic, de Belgrade, C. Moisy, président de la Media Task force du Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est (UE).
Ces événements sont souvent programmés une dizaine de jours seulement avant d'avoir lieu. Aussi, pour être informé à temps, il est conseillé d'adhérer à l'association qui anime Le Lys, «La Démocratie des cultures», tél. 01 46 33 22 79.
- Flora Brovina, invitée par le Comité Kosovo, a participé à deux réunions, l'une à la Maison de la Magistrature et l'autre à la FNAC, puis s'est rendue au siège de l'Association Sarajevo pour un pot de l'amitié.
- Un colloque intitulé «La tragédie de Srebrenica : l'indispensable enquête parlementaire sur la responsabilité de la France» se tiendra à Paris le 20 décembre 2000. Pour le programme détaillé et le lieu exact, contactez la FIDH, 14 passage Dubail 75010 Paris.
- Jovan Divjak, ancien n'2 de l'armée bosniaque, actuellement président de la Fondation pour la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine par l'éducation, est actuellement à Grenoble. Invité par le Forum pour la Démocratie dans les Balkans, Divjak tiendra plusieurs réunions publiques. Nous espérons le voir à Paris début décembre.

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A saluer

Predrag Matvejevic, écrivain, professeur à l'université Sapienza de Rome et co-fondateur de l'Association Sarajevo, a été promu doctor honoris causa de l'université de Perpignan. La cérémonie a eu lieu en septembre, à l'occasion du 600e anniversaire de la fondation de cette université.

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Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
fax: 01 44 23 76 79

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