Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 68 novembre 1998

La question de l'ex-Yougoslavie a occupé une large place dans les premières déclarations du nouveau Ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer. Les commentateurs ont souligné à quel point les guerres yougoslaves avaient influencé la vision internationale de certains des dirigeants politiques maintenant au pouvoir en Allemagne. J. Fischer s'est clairement exprimé sur la nécessité de considérer l'établissement d'une paix juste et démocratique dans les Balkans comme un problème européen. La nomination comme conseiller diplomatique auprès de Gerhard Schrôder de Michaël Steiner, qui a occupé d'importantes fonctions en Bosnie à la plus grande satisfaction des démocrates bosniaques, est un autre signe de ce qui pourrait être une avancée vers la définition et l'application d'une politique d'intervention européenne dans les pays de l'ex-Yougoslavie allant au-delà de la production de textes qui, aussi bons soient-ils, sont dépourvus d'effets. (Quelles suites donnera par exemple le Conseil européen des affaires générales à ses exigences adressées le 9 novembre à Belgrade de "coopérer pleinement avec le T.P.I. à propos du Kosovo" et de "mettre sa législation relative aux médias en conformité avec les normes du Conseil de l'Europe "?
Les communiqués publiés à l'issue des rencontres des nouveaux dirigeants allemands avec leurs homologues britanniques ont désigné l'ex-Yougoslavie, exaequo avec la Russie, comme souci prioritaire de l'Europe. Tony Blair et Robin Cook s'étaient, de leur côté, déjà distingués dans la condamnation du régime de Milosevic.
On veut espérer que les récentes démarches et prises de position françaises, telles que la visite de Lionel Jospin au T.P.I. ou la revendication par la France d'un rôle directeur dans la conduite de la mission de protection des "vérificateurs" au Kosovo, S'inscrivent dans la même perspective. La réponse du Ministre de la Défense à une question qui lui a été posée sur France 2 le 4 novembre (voir ci-contre), prendrait alors le sens d'une rupture franche avec la politique de l'ère mitterrandienne. Faudrait-il encore que cette orientation soit ouvertement assumée par l'ensemble des autorités qui déterminent et appliquent la politique de la France - ce qui reste encore à prouver - et qu'elle se traduise dans les faits.

Alain Richard:
Miterrand était pro-serbe...

Entretien du Ministre de la Défense avec France 2
(Bulletin d'information du
M. A. E.)

Q - Je répète la question, on avait dit que le président Mitterrand était plutôt pro-serbe...
R.- Je pense qu'on n'a pas eu tort de le dire. Mais ce n'est pas le moment de faire une étude historique de la question.
Les positions qui ont été prises par les autorités françaises depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années même, sur les crises des Balkans, montrent bien, vous allez voir, que les positions qui vont être prises par les Alliés, pour assurer la sécurité de la mission des vérificateurs de la paix au Kosovo, seront la manifestation que nous sommes bien solidaires, et que la France est bien considérée comme un pays digne de confiance. 5-11-98

... Patrick Besson l'est toujours !

L'écrivain français et collaborateur du journal Blic de Belgrade :

"Personne n'a encore noté la ressemblance entre Clinton, Blair et Schrôder; et surtout pas le fait que si nous les observons de plus près, ils ont des têtes de cochons. Comme je passe mon temps à les voir défiler sur mon écran j'ai pu remarquer qu'ils ont des museaux, et non des visages. Et j'ai clairement constaté que Clinton, Blair, Schrôder (cochon volage, cochon joyeux et cochon délirant) sont, en fait, la réincarnation furibonde de tous les cochons que les Serbes ont fait rôtir des centaines d'années durant. Ils sont sur cette terre pour venger la race des porcs, maltraitée par les orthodoxes des Balkans. Clinton est un porc rose bonbon; Blair un porc rose pâle et Schrôder un porc plutôt brun, car il adore se vautrer dans la boue. Il existe contre les Serbes un complot de cochons, qui atteint aujourd'hui sa tragique apogée. Ces quelques lignes ont aiguisé mon appétit et je m'en vais de ce pas acheter un beau rôti de porc d'un ou deux kilos dans une boutique spécialisée. Globus, à Bagnolet."
Rapporté par l'hebdomadaire Vreme du 24-10-98.

 

Interview de Yasushî Akashi

Yasushi Akashi, ex-Envoyé Spécial de l'ONU, parle de la Bosnie et de Sebrenica au journaliste hollandais Robert Van de Roer (interview diffusée sur Bosnet le 2-11-98, synthétisée et traduite) :
  Dans des propos souvent fascinants, Yasushi Akashi justifie son action en tant qu'Envoyé Spécial de l'ONU en Bosnie et déclare: "Je n'ai pas changé, je n'ai pas honte et je n'ai pas d'excuses à présenter. "
Lui qui symbolise l'échec de la politique de maintien de la paix de l'ONU en Bosnie de 1993 à 1995 et la défense d'une attitude de neutralité qui se refusait à dénoncer clairement les agresseurs, il a dû assumer la prise en otage de 400 Casques Bleus, la chute de Sebrenica et les massacres qui s'ensuivirent au cours de l'été 1995. Trois ans plus tard, dans cette interview, il déclare, à propos des négociations avec Karadzic : "Aujourd'hui, je referais exactement la même chose". Reprochant aux media d'avoir accrédité l'idée qu'il ne souhaitait pas avoir recours à la force contre les Serbes de Bosnie et donc qu'il était pro-Serbe, il reconnaît néanmoins que "le rôle des Japonais durant la deuxième guerre mondiale a convaincu ma génération du caractère injustifiable de la guerre". Mais il ne voit pas en quoi ce pacifisme viscéral pouvait être un handicap pour une mission de négociateur face aux Serbes de Bosnie, dont il n'admet qu'à regret qu'ils furent bien les premiers agresseurs, tout en ajoutant aussitot que "les Croates à Mostar furent aussi assez violents". Le vrai problème , selon Y. Akashi, venait de ce qu'il n'avait que "de mauvaises options" et qu'il ne pouvait donc "que choisir la moins mauvaise". Ayant pour mission de "maintenir" la paix et non de la "faire respecter", à la tête de troupes "qui devaient stabiliser la situation et faciliter les missions humanitaires", il était de son devoir de continuer à négocier avec les Serbes de Bosnie quoi qu'il ait pensé d'eux. C'est pourquoi il s'est parfois opposé aux frappes aériennes, même lorsque les Serbes de Bosnie violèrent l'ultimatum de l'ONU en avril 1994 à Gorazde. La non intervention lui permit de continuer à négocier à Belgrade et d'obtenir un retrait de Gorazde. Mais surtout, Y. Akashi voudrait qu'on lui reconnaisse le courage d'avoir continué à négocier envers et contre tout au lieu de démissionner, comme il le reproche à T. Mazowiecki. C'est à ce courage que l'on doit la survie de "quelque trois millions de personnes, à qui nous avons distribué nourriture, gaz et électricité, pour qui nous avons réparé des routes et des ponts, construit des écoles et des hôpitaux". Les Bosniaques apprécieront !

 

Rencontre nationale du 25 octobre à Paris
La matinée, ouverte par Francis Jeanson, a été consacrée aux interventions des invités ~ Predrag Matvejevic, Zlatko Dizdarevic et Zoran Udovicic, qui ont dépeint la situation actuelle en Bosnie, Serbie, Croatie. Les nationalismes y sont toujours à l'oeuvre même s'ils régressent lentement en Bosnie -, les criminels de guerre et les mafieux aux commandes, l'économie au point mort, et les Accords de Dayton travaillent contre la coexistence pacifique. Un tableau plutôt sombre, on le voit.
Patrick Le Corre a présenté les résultats de l'enquête sur l'état des forces citoyennes pour la BH. 48 collectifs sont toujours en activité, regroupant environ 550 actifs et 1300 adhérents. 13 individus continuent de leur côté. Entre l'été 97 et l'automne 98, on recense 140 articles publiés dans la presse régionale, 57 pétitions adessées aux autorités, 47 manifestations avec en moyenne 80 personnes, 31 débats avec en moyenne 90 personnes, des spectacles et projections,et depuis juin 98, 5 manifestations, 11 débats, 18 pétitions et 8 manifestations pour le Kosovo.
Ont été organisés par ailleurs une trentaine de convois de matériel scolaire, médical, alimentaire, vestimentaire, et des échanges, parfois sous la forme de jumelages avec de petites villes. Une aide a été fournie aux réfugiés en France, administrative, matérielle, au retour, à l'insertion professionnelle,
L'après-midi a été consacré d'abord au Kosovo, avec les interventions de Paul Garde, Marie-Françoise Allain, Muhamedin Kullashi et Alain Joxe. Un tiers du territoire est déjà vidé de sa population. L'accord signé entre Holbrooke et Milosevic laisse à ce dernier une marge de manoeuvre, et il reprendra probablement l'agression au printemps. Les Kosovars quant à eux ne renonceront pas à l'indépendance, car ils ne supportent plus l'apartheid et la terreur. Le risque du partage du Kosovo est réel.
La proposition du CLE d'éditer une brochure intitulée "Résonances et sens du politique ici et en ex-Yougoslavie" a été présentée. Il s'agit d'interpeller les politiques sur l'ex-Yougoslavie lors de la campagne pour les élections européennes de juin 1999. Pour participer à la rédaction de cette brochure, contacter Boris Najman, qui coordonne le projet, à son adresse email : najman@delta.ens.fr .
Enfin, voici la synthèse des propositions de la journée : il faudra faire campagne pour l'intégration de la BH à l'Europe; Convergences publiera des informations pratiques sur les actions de solidarité sous forme d'une bourse aux initiatives, et fournira des outils comme supports à celles-ci; son site internet sera ouvert et nourri entre chaque numéro, une campagne nationale pour le Kosovo sera lancée, distincte de la demande d'inculpation de Milosevic; un convoi centralisera l'aide pour le Kosovo (contacter Franck Carrey à Bourges); la commémoration du cinquantenaire de la Déclaration des droits de l'homme (10 décembre) sera l'occasion d'alerter l'opinion au sujet du Kosovo; une aide sera apportée aux Kosovars réfugiés pour qu'ils obtiennent l'asile politique auprès de I'OFPRA; la situation dramatique des réfugiés de Srebrenica à Tuzla fera l'objet d'une pétition, que Convergences reproduira.

Les fausses transparences de l'affaire Bunel 

"L'arrnée tire sa puissance de sa vertu ".

Charles de Gaulle

Le 31 octobre 1998, le commandant Pierre-Henri Bunel, âgé de 46 ans dont 26 à servir le pays dans l'armée, ancien élève de la prestigieuse école d'officiers de Saint-Cyr, fils de militaire, décoré de la légion d'honneur, a été mis en examen aux motifs d'intelligence avec une puissance étrangère" par le juge d'instruction parisien Gilbert Thiel.
Chef de cabinet du général Pierre Wiroth qui commande la représentation française auprès de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), le commandant Bunel aurait rencontré à quatre reprises Jovan Milanovic, diplomate de la délégation yougoslave auprès de l'Union Européenne. Lors de ces entretiens, qui se sont déroulés entre juillet et octobre 1998, le commandant Bunel aurait livré des renseignements sur les plans d'opération militaire en Yougoslavie programmés par l'OTAN afin de tenter de mettre un coup d'arrêt au conflit au Kosovo en bombardant quelques sites stratégiques. Lors de la dernière de ces rencontres, le 1er octobre, le commandant Bunel serait allé jusqu'au domicile de Jovan Milanovic pour lui remettre des plans précis et les principes d'action de l'OTAN.
Alertés par les services de contre-espionnage américain, les militaires français passent à l'action. Pierre-Henri Bunel est arrêté et placé aux arrêts de rigueur au Mont-Valérien du 19 au 29 octobre, avant d'être gardé à vue et interrogé par la direction de la surveillance du territoire les 29 et 30 octobre, puis mis en examen. Voila les principaux faits, tels qu'ils ont été exposés dans la presse française et anglo-saxonne.
Mais, comme dans toutes les affaires d'espionnage, l'affaire Bunel comporte de larges zones d'ombre que les éléments rendus publics laissent entrevoir.

Les incohérences du scénario officiel

Tel qu'il a été exposé par le ministre de la défense, le scénario officiel présente le commandant Bunel comme un sentimental qui aurait agit en suivant ses "sympathies pro-serbes" et de manière tout à fait indépendante de sa hiérarchie. Mais comment imaginer qu'un militaire chevronné, officier des renseignements, baigné de culture militaire et du respect de la patrie, comment imaginer que cet homme ait pu trahir ainsi et de si maladroite façon ? Hantise de tous les services de renseignements, la trahison d'un agent, l'agent double, incite tous les Etats à surveiller très étroitement leur personnel, surtout lorsqu'ils occupent des postes sensibles et à l'étranger. Comment expliquer alors que le commandant Bunel ait été assez inconscient pour se rendre au domicile même de Jovan Milanovic ? Pourquoi les services de renseignements américains ont-ils été les premiers à découvrir les agissements de Bunel ? Autant de questions qui restent des énigmes.

Vers un procès impossible

Mis en accusation pour trahison, le commandant Bunel, comme d'autres avant lui et après lui, aurait dû être jugé par une cour militaire qui est la seule efficace pour instruire des dossiers sensibles et préserver les intérêts stratégiques du pays et la cohésion de l'armée. On approuve ou l'on désapprouve ces pratiques, mais c'est ainsi que ce type d'affaire est habituellement traité, dans la plus grande discrétion. Faire appel à la justice civile relève moins d'une attitude civique comme nous l'a martelé Alain Richard, ou d'une volonté de "transparence" comme le prétend le premier ministre, que d'objectifs stratégiques.
Cela permet tout d'abord de gagner du temps. La cour d'assise qui aura à juger le commandant Bunel se réunira au plus tôt dans deux ans. D'ici là les uns et les autres auront le temps de voir venir. Mais ensuite, et c'est plus grave, quels seront les marges de manoeuvre du juge Thiel dans une affaire qui implique un diplomate couvert par l'immunité, qui s'est déroulée à l'étranger et dont la plus grande partie des pièces est classée secret défense par la France et par l'OTAN ? L'instruction et le procès risquent de se transformer en un dialogue policé entre le tribunal et le commandant Bunel, et de se solder par un non-lieu faute de preuves.
Mais ce procès risque de passer l'essentiel sous silence. Loin d'être un cas isolé, Pierre-Henri Bunel est le reflet des relations interlopes qu'entretiennent une partie de l'armée et du personnel politique français avec leurs homologues serbes. Ce sont ces relations qui ont produit le "traître" Bunel.
Après les conflits en Croatie et en Bosnie, le conflit du Kosovo que l'Occident et la France voudraient bien confiner pour en éviter la contagion, à l'image de ces lépreux que jadis on enfermait sans les soigner, ce conflit a déjà et depuis longtemps débordé de son espace géographique pour parvenir jusqu'en France, sous une forme il est vrai différente de la violence armée. Et ce commandant Bunel, s'il n'est certes pas un saint, est aussi une victime de l'engagement de certains dirigeants français au côté du pouvoir serbe. S'il n'a pas obéi à des ordres explicites et dans le cadre d'une mission, ce qui reste à prouver, il a agi selon des ordres implicites donnés dans un contexte clair et sinistre. La trahison du Commandant Bunel ne doit pas masquer ces plus graves trahisons encore.



Dernière Minute - Dernière Minute - Dernière Minute

Exit - "Equilibre"

Le Tribunal de grande instance de Lyon a prononcé, mardi 3 novembre, la liquidation de l'entreprise humanitaire "Equilibre". Créée en 1984 par Alain Michel, cette organisation était spécialisée dans les missions urgentes auprès des populations victimes des conflits armés (en ex-Yougoslavie notamment). Elle était financée avant tout par l'Union européenne. Mais selon le journal Le Monde ,
elle ne pouvait plus faire face aux "frais de structure" ayant accompagné son expansion. En juin dernier, "Equilibre" avant déposé son bilan, avait été placé sous le contrôle d'un administrateur judiciaire. Il pourrait s'agir d'un déficit de 25 millions de francs. "Equilibre" devait, entre autres, 1,5 million de francs à un groupe de petits entrepreneurs bosniaques. Ils n'ont pu en récupérer que la moitié, et ceci peu avant la liquidation de l'entreprise. Nous apprenons qu'ils s'apprêtent à intervenir de nouveau auprès du gouvernement français. (Voir aussi la Lettre n"64-65 de juillet 98, ainsi que l'enquête de Christian Lecomte dans Le Monde du 13 novembre 98).

A visiter

"Un voyage pas comme les autres - vivre et comprendre la situation du réfugié"

Dix associations humanitaires et le Parc de la Villette ont organisé une exposition sur le chemin de l'exil et la situation de milliers d'exilés dans le monde. Douze réfugiés de douze pays différents vous feront vivre une expérience unique et intime à travers leur histoire et celle de leur pays. Guidés par des comédiens, à travers cet immense jeu de rôles, vous partagerez les souffrances et l'espoir d'un demandeur d'asile. Inaugurée le 12 novembre, l'exposition dure jusqu'au 4 avril 1999.

Accords croato-bosniaques

La Bosnie-Herzeaovine et la Croatie viennent de signer (dimanche 22 novembre) trois différents accords. Le premier, signé par Alija lzetbegovic et Franjo Tudjman, établit une zone franche pour la Bosnie dans le port croate de Ploce situé sur la côte adriatique, pour une durée de 30 ans. Le second, également paraphé par Tudjamn et lzetbegovic, prévoit le passace libre et sans formalités douanières pour la Croatie à travers la petite localité bosniaque de Neum sur les rives de l'Adriatique.
Enfin, le troisième accord, celui-ci signé par le président croate Tudjman et Ejup Ganic, président de la Fédération de BH, porte sur l'établissement de "relations spéciales" entre la Croatie et la F-BH. Un Conseil conjoint a été formé, chargé de superviser la coopération dans 14 secteurs, dont les affaires intérieures et militaires.Cet accord avait été prévu par Dayton, qui permettait aussi à la Republika srpska de nouer des relations privilégiées avec la Serbie (République fédérale de Yougoslavie). Nombreux sont ceux qui, à Sarajevo, craignent que l'accord avec la Croatie, qui sera probablement suivi d'un accord similaire entre la RS et la Serbie, ne mène directement au partage (légal cette fois-ci) de la Bosnie-Herzégovine. "C'est là l'avant-dernière étape avant la partition de la Bosnie", a déclaré notamment Stjepan Kljujic, président du Parti républicain de l'opposition.
Vient de paraître :
La Croix d'Adem, de Alice Mead, traduit de l'américain par Hélène Misserly, éd. l'Ecole des loisirs, coll. Medium (14 ans), 196 p., 54 F Un bon livre pour adolescents sur le drame bosniaque.
 
 

calendrier de décembre

Galerie le lys
Le 4 décembre à 19 h, vernissage de l'exposition "Des Artistes pour Le Lys". Des artistes ayant déjà exposé au Lys lui donnent des oeuvres pour que l'association puisse poursuivre ses activités. Venez nombreux, pour vos cadeaux de fin d'année !
Le 16 décembre à 19 h, événement autour du livre "Madame est serbie", de Nila Kazar.
In memoriam ~ le 23 novembre, les amis de Ivan Djuric se sont réunis pour commémorer le premier anniversaire de sa disparition. Ont pris la parole : Gilles Hertzog, Predrag Matvejevic, Muhamedin Kullashi et Faïk Dizdarevic.

Le Lys, 12-14 rue St Louis en 1'lle 75004 Paris, tél. 01 46 33 22 79


Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
fax: 01 44 23 76 79

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Président: Francis Jeanson
Directeur de la Publication: Francis Jeanson
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La reproduction de ce numéro a été faite pour vous inciter à vous abonner - AEC Nantes




VERITE ET RECONCILIATION
L'affaire des manuels scolaires

Les recommandations d'un groupe de travail de l'UNESCO, composé d'experts bosniaques et internationaux, portant sur la révision de certains manuels scolaires, ont soulevé une véritable tempête en BH. Or ce groupe de travail s'était adressé avant tout aux enseignants, leur recommandant d'exclure de ces manuels tout ce qui pourrait inciter à l'intolérance et à la haine. Le groupe partait du principe (adopté en Bosnie dès 1994 et réitéré lors de la Conférence de Laktasi en 1997 réunissant des représentants de l'OSCE, du Cercle 99 et du Forum des citovens de Banjaluka), qu'il fallait, pour le moment, traiter uniquement, dans les manuels d'histoire de la Bosnie-Herzégovine, la période ayant précédé la proclamation de son indépendance et son admission à l'ONU; ceci dans l'attente que la lumière soit faite sur la période 1991-95. Pourtant ce principe n'a pas été respecté et l'on trouve, dans les manuels utilisés dans l'ensemble de la BH, différentes interprétations de la "vérité", surtout lorsqu'il s'agit de la période 1991-95. Certains ont critiqué le groupe de travail de l'UNESCO, l'accusant de vouloir passer volontairement sous silence l'agression et les crimes de guerre. Le Groupe a également souligné que ces manuels, élaborés dans l'ensemble au cours de la guerre, devraient être révisés en temps de paix, afin de refléter la multiethnicité. Il semblerait pourtant que le groupe ait décidé de retirer ses suggestions, du moins provisoirement. Le "gouvernement de l'ombre" (AMV) a lui aussi réagi. Son ministre de l'éducation, Juraj Martinovic, a déclaré que "l'histoire la plus récente de BH ne devrait être inclue dans les manuels scolaires qu'une fois que l'on aura établi la vérité". Sinon, on risque d'élever une autre génération prête à faire la guerre. Martinovic a reproché au groupe de travail de l'UNESCO de n'être intervenu qu'après la rentrée scolaire. Il a réitéré le soutien de l'AMV à l'initiative tendant à créer une commission chargée d'établir la vérité sur la guerre en BH, soulignant qu'il n'y aurait pas de réconciliation tant que cette vérité n aurait pas été établie, laquelle devra englober, aussi, le problème des crimes de guerre. Ajoutons que cette idée vient d'être vigoureusement soutenue par Richard GOLDSTONE, l'ancien (et premier) procureur du Tribunal international pour les crimes de guerre commis en exYougoslavie, qui a déclaré : "La réconciliation ethnique nécessite l'aide d'une commission pour la vérité". La formation (ou non) de cette commission est du ressort de la présidence tricéphale bosniaque.

LES ELECTIONS EN BH ET LES FEMMES

En Bosnie, les femmes ont obtenu un plus grand succès aux élections générales de septembre dernier qu'à celles de 1916. Elles sont désormais représentées dans toutes les assemblées : les parlements des deux entités et les assemblées cantonales de l'ensemble de la BH. Elles occupent désormais 10 des 42 sièges à la Chambre des représentants du Parlement de BH (avant les élections, 2%); 21 des 140 sièges au Parlement de la Fédération (7 avant les élections), et elles disposent de 19 des 83 sièges au Parlement de la Republika srpska (2 avant les élections).Ceci est dù, en partie, aux nouvelles règles électorales qui exigeaient que sur chaque liste 3 femmes au moins soient portées candidates. Mais le mérite en revient surtout au succès de la campagne menée sous le slogan "Les femmes et les élections de 1998", et dirigée par un groupe d'associations de femmes soutenu par l'OSCE. Voici la liste des associations avant pris part à cette campagne:
"Les femmes pour les femmes", Sarajevo (+ 387 71) 534 353
"La Femme associée", Banjaluka (+387-58) 36 328
"Forme F", Posusje (+ 387-88) 680 863
"Les larmes de Krajina", Sanski most (+387 79) 85 516
"L'avenir", Modrica (+387 54) 880 200
"Centre de consultation juridique", Zenica (+387 72) 22 049
"Un Nouvel Horizon", Prijedor (+387 59) Il 388
"Ligue des femmes votant dans la Fédération et en Republika srpska, Tuzla et Banjaluka (+387 75) 222 479 et (+387 58) 36 328
"Les femmes de l'Una", Bihac (+ 387 77) 223 729
"Espoir Bijeljina", Bijeljina (+ 387 56) 401 419
"Association des femmes de Tuzia", Tuzla (+387 75) 252 533
"LI Woman", Livno (+ 387 80) 202 166.

APPEL DES REFUGIES KOSOVARS EN BOSNIE

Une (nouvelle) association humanitaire "Kosovo", dont le siège se trouve à Sarajevo, nous a envoyé un appel, réclamant une aide humanitaire en faveur des Albanais du Kosovo réfugiés en Bosnie. Selon son directeur, Fadil KRASNICI, il
aurait en BH 19.000 réfugiés du Kosovo. L'UNHCR en héberge 8.500, les autres se débrouillent comme ils peuvent. Ils sont pratiquement sans ressources. Ils ont besoin de:
nourriture, vêtements, chaussures, médicaments, argent, etc.
Adresse : Humanitarna organizacija "Kosovo", Livanjska 3, 71000 Sarajevo, Bosnie-Herzégovine, fax: (+387 71) 206 611.

REFUGIES : RETOUR FORCE?
Une lettre d'Allemagne

Octobre 1998

"Salut les Mackic,
Ici la situation est très tendue, comme en Bosnie. Ici on t'expulse de force, là-bas on ne veut pas de toi. Ici tu es obligé de partir, là-bas dès que tu arrives on te passe à tabac. Ici tu n'as plus droit à l'aide sociale, les soins médicaux, la scolari té pour tes enfants; ils te refusent le droit d'asile... Tous ceux qui partent en Bosnie se font casser la figure, alors ils reviennent ici, à Berlin, et de là, à n'importe quel prix, partent pour les Etats-Unis, le Canada... Celui qui retourne en Bosnie - à Livno, Travnik- Bugojno, Vakuf, Zenica (etc) en prend plein la patate et alors il vaut mieux pour lui partir n'importe où.... Ici il y a tous les jours 10 autobus remplis de réfugiés bosniaques qui sont rapatriés de force, obligés de quitter Berlin. Les adultes sont regroupés dans des prisons, les enfants dans une quelconque maison d'accueil, puis on les embarque tous dans un avion... ici tu ne peux pas sortir tranquillement et librement dans la rue car tu peux t'attendre à chaque instant à être pris et emmené par la police. Et quand ils viennent te chercher dans ton appartement, ils commencent par te taper dessus, puis si tu as de l'argent ou quelques objets en or ils te les prennent, ensuite ils te placent en garde à vue. Tu as 5 à 10 minutes pour faire ta valise ... Ici on vit dans la crainte, ça rend fou... Il y en a qui se suicident quand on leur dit de quitter l'Allemagne - car ils ne savent pas où aller. Ce sera tout pour le moment. Salut!" (N.B.: La rédaction connaît le nom de l'auteur de cette lettre).

NOUVELLES DES MEDIAS
Soutenir l'Ecole de journalisme franco-bosniaque

Répondant à notre appel pour accorder un soutien matériel à l'Ecole de journalisme franco-bosniaque de Sarajevo, TF1 nous a offert à titre gracieux un lot d'équipement vidéo : magnétoscopes, tables de mixage, démodulateur satellite, etc. Cet équipement est déjà arrivé à Sarajevo. Nous remercions vivement TF1 et renouvelons notre appel pour aider cette Ecole sous différentes formes : équipement audiovisuel, abonnement à différents services de presse, bourses pour les étudiants, séjours de spécialisation en France. Nous rappelons que l'Ecole de journalisme franco-bosniaque a ouvert ses portes le 5 octobre dernier (comme prévu) et que les cours se déroulent normalement. Par ailleurs, MEDIAPLAN organise une "Ecole du week-end", destinée aux administrateurs des médias (directeurs, juristes, économistes ... ), qui pourront suivre des cours en fin de semaine.

LA DETTE EXTERIEURE BOSNIAQUE

Un accord sur la dette extérieure de la BH a été conclu fin octobre à Paris entre le gouvernement central de BH et le "Club de Paris". Les 17 pays membres du "Club de Paris" ont décidé de rayer 67% de cette dette de 1,7 milliards de dollars. Le reliquat (environ 500 millions) pourra être réinvesti en BH par les créditeurs; ceci dans le cadre, par exemple, de projets communs (joint ventures). Rappelons que le "Club de Londres", qui réunit 300 banques commerciales, avait décidé, en 1997, d'annuler 62% de la dette bosniaque (qui s'élevait à 400 millions de dollars).

CONFUSION ET DETERIORATION

Après les élections générales en septembre dernier, la situation politique en Bosnie-Herzégovine est très confuse, tandis que les rapports entre les partis au pouvoir et la communauté internationale (CI) semble de plus en plus tendus.
Les assemblées élues en septembre (cantonales, celles des entités et de BH) viennent d'être constituées. Les postes-clés y sont revenus, encore une fois, aux blocs nationalistes (SNS-SDS et SRS en Republika srpska, et SDA et HDZ en Fédération BH). La demande du SDP (Parti social-démocrate) de respecter la proportionnelle dans la constitution des organes des assemblées n'a pas été retenue. Par ailleurs, le SDP a décidé de ne pas prendre part au pouvoir exécutif à quelque niveau que ce soit. Ce qui conforte sa position auprès des électeurs, ainsi que les autres partis et groupes d'opposition, mais laisse, pour ce qui est du pouvoir exécutif, le champ libre en F-BiH au tandem bien rôdé: SDA-HDZ. De sorte que la CI reste le seul élément correctif par rapport aux nouveaux-anciens pouvoirs totalitaires jusqu'aux élections de l'an 2000. Rapellons que la nouvelle présidence tricéphale (Z. Radisic, A. Jelavic et A. lzetbegovic) se réunit regulièrement à Sarajevo au palais du gouvernement et non au musée, mais ses trois membres n'ont pas changé de position : pour Radisic, la Republika srpska est un Etat et non une entité, Jelavic défend la ligne de Tudjman de partager la Bosnie en trois, tandis que Izetbegovic est systématiquement accusé de vouloir retirer la plainte auprès de la Cour intemationale de justice accusant la République fédérale de Yougoslavie d'avor agressé la BH et commis un génocide. D'ailleurs, il est vrai que lors de leur rencontre à Paris, il y a deux ans, lzetbegovic et Milosevic se sont mis d'accord de ne pas poser "d'obstacles juridiques" dans les relations entre les deux pays, ce que beaucoup d'observateurs ont interprété comme une renonciation à la plainte mentionnée.
L'élection de Nikola POPLASEN (ultranationaliste du parti de Seselj) au poste de président de Republika srpska (RS) a bien compliqué la situation pour la CI, d'autant plus que c'est lui qui désigne le nouveau premier ministre. Et malgré les avertissements clairs et répétés, il n'a pas voulu confirmer M. Dodik au poste de premier ministre, mais a confié le mandat à Dragan Kalinic, un autre ultra, président du SDS (parti de Karadzic, Krajisnik et Milosevic) qui, selon tous les calculs, n'obtiendra pas la confiance du parlement de RS (malgré le fait que Kalinic a déjà proposé à Izetbegovic trois postes ministériels au gouvemement RS si la Coalition du SDA votait pour lui). Poplasen a-t-il désigné Kalinic, sachant qu'il ne passera pas, et quitte donc à confier ce mandat à Dodik dans la seconde mi-temps? Ou bien, cherche-t-il à ouvrir délibérément la crise parlementaire, à provoquer de nouvelles élections et à "casser" la coalition "Sloga" (Entente, composée du SNS parti de Biljana Plavsic, SPS - de Zivko Radisic, actuel président de BH -,et NSD de Milorad Dodik), accusant celle-ci de comploter avec la colition d'Izetbegovic "contre les intérêts du peuple serbe"? Dans cette option Poplasen, téléguidé par Milosevic et Seselj, pourait compter sur les dilemnes au sein du parti SPS-RS (Parti socialiste de RS, dirigé par Radisie), tiraillé entre les fidèles à Milosevic et les "émancipateurs". Il semble certain que cette option serait soutenue par Milosevic, qui voudrait détourner l'attention de l'affaire du Kosovo et réaffirmer sa position de "premier interlocuteur" en BH! Ou encore, finira-t-on par s'entendre sur une troisième personnalité, comme Mladen Ivanic qui était désigné au poste de premier ministre de RS, mais a dû laisser tomber à cause des ultras? Toujours est-il que les choses se compliquent davantage quand on sait que Kalinic dispose d'un mois pour former ou non son gouvernement. Ce serait après la très attendue conférence ministérielle du Groupe de contact pour l'ex-Yougoslavie (les 14-15 décembre à Madrid). Or, le Haut représentant de la CI Carlos Westendorp doit voir la situation clarifiée avant cette date. Et son porte-parole a déclaré que les priorités de la CI à Madrid étaient : l'intégration des deux entités dans une Bosnie unie, le retour des réfugiés (l'année 1998 était déclarée "l'année du retour"; elle a été celle du non-retour), la création d'une police multiethnique et la réforme de la justice. Pour ce qui est du développement économique, la BH devrait elle-même faire un plus grand effort. Etant donné l'obstruction systématique de l'application intégrale des accords de Dayton de la part des partis ethnocratiques au pouvoir, on s'attend à un durcissement net de la CI vis-à-vis des pouvoirs locaux en Bosnie. C'est d'ailleurs ce que souhaitent les forces de l'opposition et plus généralement celles de l'alternative démocratique.

Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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