Lettre d'information de l'association Sarajevo, Fondatrice Mirjana Dizdarevic mensuel 10F - n° 69 décvembre 1998

BONNE ET
HEUREUSE ANNÉE 1999 !

La déclaration adoptée par la Conférence de Madrid constitue tout à la fois un magnifique programmeme de reconstruction d'une Bosnie-Herzégovine démocratique et plurielle - à défaut d'être réunifiée -, une obligation, de la part des responsables politiques bosniens, de se conformer aux décisions qu'ils sont censés avoir approuvées, et l'engagement réitéré des puissances protectrices de faire appliquer cet ensemble de résolutions.
On retiendra d'abord que le retour des réfugiés et personnes déplacées dans leurs foyers est désigné comme le principal objectif à atteindre dans les deux prochaines années. Ce sera évidemment le test décisif, jusqu'ici à peine éprouvé, de la réalisation positive des accords de Dayton, la condition et la preuve de la "multi-ethnicité" retrouvée de la B-H, sans laquelle toute "démocratisation" ne serait que faux-semblant.
L'autre point tout aussi important de la déclaration porte sur le renforcement des pouvoirs du Haut-Commissaire, qui lui permettra, entre autres, de destituer les responsables qui s'opposeraient à l'application des accords de Dayton. C'est un vaste champ d'action qui s'ouvre ainsi à Carlos WESTENDORP tandis que le Président de la RS, Nikola POPLASEN, se trouve le premier exposé.
Plus généralement, aucune autorité politique de Bosnie-Herzégovine et des Etats voisins ne se trouverait à l'abri d'une sommation internationale de respecter le texte de Madrid, s'il venait à l'idée des inspirateurs de ce document de vouloir réellement faire entrer ses conclusions dans les faits. MILOSEVIC et TUDJMAN le savent bien, qui ne cessent de vitupérer contre les ingérences étrangères dont ils s'estiment être les injustes victimes.
On se heurte là à l'éternelle question de la volonté et des moyens à mettre en oeuvre, afin que les bonnes intentions affichées se traduisent dans la pratique politique. Pour ne parler que de la responsabilité française, on aimerait que les grands mots sur l'intolérable impunité dont jouissent les divers auteurs de crimes contre l'humanité qui courent dans le monde soient accompagnés de gestes, par exemple en Bosnie, où il n'est besoin d'aucune autorisation spéciale dit Conseil de Sécurité pour arrêter les prévenus qui figurent sur les listes du TPI. Faut-il rappeler, au risque de lasser, que KARADZIC reste très certainement à portée de fusil des soldats français de la SFOR?
Le rapport de la mission d'information sur le Rwanda a justement posé la question du contrôle parlementaire de la politique étrangère menée au nom du peuple français. Ce serait peut-être trop demander que de proposer au Parlement d'enquêter sur l'autre dossier insoutenable de la politique étrangère de la période MIITERRAND, celui de l'ex-Yougoslavie ... Dans la ligne des leçons de ce rapport et comme premier exercice pratique, pourquoi ne pas ouvrir un grand débat parlementaire sur la situation dans les Balkans, qui représente probablement le plus grave problème européen de cette fin de siècle? On chercherait en vain, en dehors de déplorations kypocrites, de pétitions de principe et de voeux pieux, l'ébauche d'une quelconque orientation globale et cohérente que la France pourrait proposer à ses partenaires de l'Union européenne, pour ouvrir une perspective d'avenir à des peuples qui sont partie intégrante de l'Europe.

 

LA CONFERENCE
DE MADRID

après la consolidation la démocratisation

Le retour des réfugiés et des peronnes déplacées, des réformes économiques, administratives et judiciaires, le renforcement des institutions communes, la démocratisation et la promotion d'une société civile, ainsi que l'intégration de la B-H en Europe, telles sont les grandes orientations pour les deux années à venir, qui viennent d'être adoptées par la Troisième conférence du Conseil pour la mise en oeuvre des Accords de paix de Dayton, réunie à Madrid les 15 et 16 décembre derniers. Les participants, 43 pays et 15 organisations internationales, ont adopté à l'unanimité (hauts fonctionnaires de la B-H compris) une Déclaration définissant le programme de la Communauté internationale et les devoirs et obligations des autorités locales au cours de la période 1999-2000. Cette Déclaration comporte également plusieurs annexes. En voici le résumé :
" ... Certains résultats (de l'année passée) sont encourageants, mais la structure de la B-H demeure fragile et s'effondrerait sans le soutien de la communauté internationale. Il est essentiel, pour pouvoir créer un Etat autosuffisant, de promouvoir la tolérance interethnique et la réconciliation, développer des institutions communes réelles et instaurer une société ouverte et pluraliste. Après cette première "période de consolidation", les deux prochaines années seront vitales pour le renforcement du processus de paix, l'établissement d'institutions démocratiques et l'introduction rapide d'une économie de marché, ainsi que la prise en charge graduelle par les autorités de B-H des fonctions actuellement coordonnées et exercées par la communauté internationale." Ainsi :
- les réfugiés et personnes déplacées devront tous pouvoir retourner dans leurs foyers en 1999 et 2000. Leur retour sera facilité et contrôlé, entre autres, par des unités spéciales de la SFOR (Forces de reconstruction et de retour) ;

- les criminels de guerre devront être traduits devant le Tribunal de la Haye, toutes les autorités en B-H et tous les Etats concernés sont invités à coopérer dans ce sens avec le TPI ,
- concernant l'instauration d'un Etat de droit : une réforme judiciaire sera mise en oeuvre en 1999 en vue de constituer une "justice indépendante, impartiale et multiethnique au niveau de l'Etat", il faudra renforcer la Cour constitutionnelle et les institutions chargées de la protection des droits de l'homme, la police sera restructurée sur des bases professionnelles et multiethniques;
nouvelle loi électorale
- la démocratisation sera parachevée par l'adoption d'une nouvelle loi électorale favorisant l'abaissement des barrières "ethniques", une détermination claire des compétences et responsabilités respectives des diverses autorités politiques et administratives du pays, la poursuite de la réforme des médias en vue de favoriser l'échange des idées et des opinions, l'adaptation des constitutions des entités à celle de l'Etat de B-H;
- les institutions communes devront pleinement fonctionner parallèlement à la disparition définitive des pouvoirs de la République de B-H. et de la prétendue Herceg-Bosna, une police des frontières sera formée au niveau de l'Etat et chargée de contrôler les frontières de B-H et de lutter contre le trafic de drogue, en partenariat avec Europol et Interpol ;
économie de marché
- il est urgent que l'économie de B-H puisse se suffire à elle-même, afin d'être en mesure de survivre avec une assistance extérieure réduite. L'aide internationale diminuera inévitablement dans un avenir proche et la B-H doit se préparer à vivre sans être entièrement dépendante d'autrui. Il faudra, dans ce but, poursuivre la mise en oeuvre de la politique macro-économique élaborée dans le "stand-by arrangement" avec le FMI, accélérer la mise en oeuvre de l'économie de marché, développer la B-H en tant qu'Etat unifié et selon les standards de l'Union européenne, privatiser les industries, les banques, les petites entreprises et les services publics, créer des conditions propices au développement des petites et moyennes entreprises et encourager les investissements étrangers dans le pays
- la Croatie et la Serbie-Monténégro sont appelées à mettre en oeuvre dans leur totalité les accords de paix et à respecter l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine, les trois Etats nouant entre eux des relations diplomatiques normales après que les frontières auront été clairement démarquées ,
- l'accent est mis sur le renforcement des liens avec l'Europe et l'adhésion rapide au Conseil de l'Europe ;
- le Haut Représentant demeure l'autorité suprême dans l'interprétation du volet civil de l'Accord de paix. Ses compétences sont désormais élargies et l'autorisent à destituer tout fonctionnaire bosniaque violant ou bloquant les dits accords.
Notons que les représentants des trois parties au pouvoir en B-H se sont opposés à ce que les compétences de Carlos Westendorp soient renforcées, mais qu'ils ont néanmoins signé la Déclaration et ses annexes.


 

ASSOCIATION SARAJEVO - Service d'information
F.D. mercredi 16 décembre 1998 12:27



UN PATRIOTISME A CINQ MILLIONS DE DOLLARS

La Republika srpska (RS) serait un pays beaucoup plus prospère si son ancien président, Radovan Karadzic, ainsi que le général Ratko Mladic, consentaient à paraître devant le Tribunal de la Haye pour s'y défendre contre les accusations de crimes de guerre, a affirmé David Schaffer, envoyé spécial des Etats-Unis auprès de ce Tribunal. Selon Schaffer, ces derniers temps la coopération entre le Tribunal et les autorités de la RS s'était développée, l'accès à l'information ayant été facilité. Ce qui, a-t-il ajouté, est dû en grande partie aux rencontres organisées à La Haye au cours des quatre derniers mois avec des représentants de la RS.
Radislav Krstic arrêté
Au lendemain de la déclaration de Schaffer, le général Radislav Krstic a été arrêté et emmené à La Haye, accusé lui aussi de crimes de guerre, particulièrement à Srebrenica, en 1995. Cela se passait au moment même où le parlement de la RS était en session, et l'aile droite, nationaliste, a immédiatement accusé le gouvernement de Milorad Dodik d'avoir trop bien coopérer avec La Haye. Par ailleurs, le président de la RS, Nikola Poplasen, a accusé la SFOR d'avoir outrepassé son mandat, et ses droits.
criminels ou faucons?
Quelques jours plus tard, l'envoyé spécial américain dans les Balkans, Robert Gelbard, en visite à Banja Luka, a fait la leçon à Poplasen au point de lui faire monter le rouge au front. En bref, Gelbard a déclaré à Poplasen que depuis sa nomination au poste de président de la RS, il n'avait rien fait de bon, qu'il empêchait le gouvernement de Dodik de travailler et violait les Accords de Dayton. Gelbard a ainsi mis fin, pour un certain temps du moins, à la terminologie radicale et épique utilisée par le SDS et selon laquelle ceux qui sont envoyés à la Haye comptent parmi les "Serbes les plus vaillants- les faucons". Le problème des crimes de guerre commis par les Serbes en Bosnie au cours de la récente guerre est encore renforcé par le fait qu'il y a, en RS, un véritable blocus des médias chaque fois qu'il s'agit d'informations portant sur des crimes tels que ceux d'Omarska, Kozarac ou même Srebrenica. Les nouvelles sur les crimes commis se réduisent en général à constater les crimes "des autres". Il est donc inutile, dans ces conditions, de s'attendre à ce que ces crimes soient reconnus ou à une quelconque catharsis.
"Don't touch him!"
De même, la tactique poursuivie par le SDS au cours des dernières années et consistant à identifier les criminels de guerre à l'ensemble du peuple serbe, s'est révélée être un excellent atout. On se souvient que lorsque Karadzic a été contraint de se retirer de la vie publique, il y avait partout en RS des affiches avec l'inscription : "Don't touch him!". Mais les choses ont évolué et la photographie de Karadzic pourrait de nouveau être placardée dans les rues de la RS, mais cette-fois ci dans un tout autre but. En effet, le 30 octobre dernier, le Congrès américain a décidé de publier un avis de recherche promettant une récompense à tous ceux qui apporteraient des "informations susceptibles d'entraîner l'arrestation ou la condamnation de toute personne coupable de conspiration, terrorisme international, trafic de drogue ou violation grave du droit humanitaire en ex-Yougoslavie..." Se retrouvant ainsi aux côtés des trafiquants de drogue et des terroristes, Karadzic représente maintenant une affaire rentable. Et la RS, rappelons-le, est une entité extrêmement pauvre. Ce qui est particulièrement intéressant et pourrait se révéler fatal pour Karadzic, est le montant de la somme promise à ceux qui "coopéreraient" à sa capture - cinq millions de dollars. Par ailleurs, toujours selon l'acte adopté par le Congrès américain, l'échange d'information et la remise de la récompense se feraient dans le plus grand secret et par l'intermédiaire d'un Secrétaire d'Etat américain. Comme il est stipulé dans ce document, celui-ci serait habilité à remettre cette somme à tout individu qui aurait offert des renseignements ayant permis l'arrestation ou condamnation dans n'importe quel pays, ou devant le Tribunal de la Haye, de toute personne coupable d'avoir porté sérieusement atteinte au droit humanitaire international...
nouvel avis de recherche
Il est hors de doute, qu'après la parution du nouvel avis de recherche lancé contre Karadzic et Ratko Mladic, dont il a été confirmé qu'il était en préparation à Washington, que le "patriotisme", en RS, sera mis à l'épreuve. Celui-ci ayant été pour beaucoup une source importante de revenus pendant la guerre, il n'y a pas de
raisons qu'il n'en soit pas ainsi de nouveau.

Correspondance de Radmila Karlas,journaliste, Banja Luka (RS)  pour l'Association Sarajevo

Voici par ailleurs son commentaire sur la dernière Conférence de Madrid :
"Nombreux sont ceux que la Bosnie gêne et seul le ciel connaît toutes les combines autour d'elle. Il en va de même pour Dayton - il peut signifier la survie, mais aussi la disparition de la Bosnie. Il est vrai qu'on n'a pas accompli grand'chose ces trois années post-Dayton. Nous avons toujours des centres de pouvoir nationalistes très puissants, et si on y ajoute l'influence de Belgrade et Zagreb et les intérèts internationaux (blanchiment de l'argent, partage des zones d'intérêt entre l'Amérique et l'Europe, etc.), tout n'est qu'incertitude."

Visitez notre site internet http://perso.club-internet.fr/fudo


FORUM 2000 - B-H - UNION EUROPEENNE

Cinq partis politiques de l'opposition, des représentants d'organisations non gouvernementales des deux entités de la Bosnie-Herzégovine, ainsi que des intellectuels indépendants, viennent de fonder à Sarajevo (le 8 décembre dernier) le FORUM 2000 - BOSNIE HERZEGOVINE - UNION EUROPEENNE, association qui s'attachera à rapprocher les intérêts et positions des individus et organisations partageant une même vision : celle d'une Bosnie-Herzégovine nouvelle, d'une société civile basée sur l'égalité des citoyens et des peuples, dans la perspective d'une association au processus d'intégration européenne.
liens spéciaux avec l'UE
"Nos objectifs sont de changer le concept actuel du pouvoir, découvrir non seulement contre quoi nous combattons, mais pour quoi nous combattons, rétablir en B-H des conditions normales, disposer d'une organisation et de personnes capables de réaliser cette nouvelle vision de la B-H", a déclaré Zlatko Lagumdzija, premier président de ce nouveau Forum. Il a souligné que l'heure était venue de veiller à établir des liens spéciaux avec l'UE, de garantir la stabilité politique (institutionnelle), l'édification des institutions de l'Etat, un système bancaire intérieur puissant, le développement du secteur privé et des investissements étrangers, la mise en oeuvre des programmes de sécurité sociale, l'introduction de véritables mécanismes devant permettre de lutter contre la corruption. Z. Lagumdzija a rappelé qu'il y a six mois, jour pour jour, un document sur la B-H avait été adopté à Luxembourg par le Conseil des ministres des affaires étrangères de l'UE, déclarant "La B-H appartient à l'Europe". Pourtant les autorités locales n'ont rien fait jusqu'à présent pour aller dans le sens de cette déclaration. Aussi le but du Forum 2000 - B-H - UE est-il d'oeuvrer non seulement en faveur d'une consolidation de la B-H à l'intérieur et à l'extérieur, mais aussi pour un rapprochement entre la B-H et l'Europe, et son intégration plus rapide à la famille européenne des Etats, ainsi qu'à ses institutions. "L'avenir de la B-H est au sein de l'Europe", telle a été la conclusion du FORUM 2000, qui a défini différentes formes d'action pour assurer la mise en oeuvre conséquente des Accords de Dayton, l'égalité de tous les citoyens sur l'ensemble du territoire de la B-H, un Etat de droit, le respect de la constitution et des lois, la liberté de circulation, le retour des réfugiés, le développement de l'économie, la justice sociale.
relance de l'économie
Le FORUM 2000 insiste tout particulièrement sur la relance de l'économie, la transparence dans la gestion des biens publics, la création de nouveaux emplois, la révision de la politique sociale, la réforme de la sécurité sociale et du système des retraites, la réglementation des droits des victimes civiles et militaires de la guerre, la lutte contre la discrimination des femmes, la gratuité de l'enseignement élémentaire et secondaire et la liberté de la presse. "La B-H doit impérativement créer les conditions pour être admise aussi tôt que possible à l'UE, participer à tous les processus d'intégration à caractère régional et global, s'inclure au Partenariat pour la Paix et devenir membre de l'OTAN", est-il stipulé dans la plate-forme du FORUM.
Le FORUM 2000-B-H-UE est doté d'un Conseil, composé des chefs des partis parlementaires y ayant adhéré. Les dirigeants des ONG et partis n'ayant pas de représentants aux parlements participent également à ses réunions, en fonction de l'ordre du jour. Il comprend en outre plusieurs équipes d'experts. L'organisation logistique du FORUM a été confiée, jusqu'à nouvel ordre, au SDP.
fondateurs du forum
Ses fondateurs sont : le SDP (Parti socialdémocrate), les Sociaux-démocrates de 13H (ancien UBSD de Selim Beslagic), le SLP (Parti social-libéral de Hidajet Repovac), le DSP (Parti démocratique des retraités), le SPP (Parti pour la prospérité économique), le Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme en B-H, le Cercle 99, le Forum des citoyens de Tuzla, le Comité d'Helsinki pour les droits de l'homme en RS et l'HCA (Assemblée européenne des citoyens). Le Forum reste ouvert à tous les individus et organisations qui acceptent sa plate-forme.
Contact à Sarajevo : Emir IMAMOVIC, tél. 387 71 663 753, fax 387 71 213 675.


Dernière Minute - Dernière Minute - Dernière Minute

JUSTICE INTERNATIONALE SREBRENICA
L'association « Soutien aux survivants de la vallée de la Drina » annonce que, le 22 novembre 98, sept associations de quatre pays européens et de B-H, réunies aux Pays-Bas, ont créé une coordination internationale nommée « Justice international e- Srebrenica », dont le but est de soutenir les survivants, rompre leur isolement, leur apporter une aide d'urgence et les rendre autonomes. De plus, elle soutient les demandes formulées au nom des parents et amis des diparus, à savoir :
- établir toute la vérité sur les événements de Srebrenica
- faire appliquer les Accords de Dayton concernant le retour des réfugiés et déplacés chez eux ;
- identifier les disparus, s'informer du sort d'éventuels survivants et les faire libérer - exiger que tous les suspects de crimes de guerre et contre l'humanité soient traduits au TPI de La Haye et jugés.
La coordination, qui prépare une grande campagne en faveur de l'arrestation des criminels, invite toute association ou tout individu à la rejoindre sur la base de ces objectifs. Tél. 01 44 40 08 41 fax 01 45 74 22 84.

LES DROITS DE L'HOMME RENCONTRES A PULA
A l'occasion du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, une importante rencontre entre intellectuels démocrates s'est tenue à Pula (Istrie-Croatie) du 4 au 10 décembre dernier. Plus de 120 personnalités venues de Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Macédoine et Slovénie ont évoqué pendant une semaine les grands problèmes auxquels sont confrontées ces régions : le nationalisme, les droits des minorités, les réfugiés et personnes déplacées, l'intelligentsia et ses prises de position, la culture et les arts. Cette rencontre a été organisée par "Homo", association de Pula qui lutte pour la protection des droits de l'homme et la liberté es citoyens, et le Cercle 99 de Sarajevo. Les organisateurs voulaient mettre en lumière "la diversité des points de vue, sons, images et personnalités, pour prouver aux régimes en place qu'il existe une volonté sincère, une nécessité et un besoin réels de faire souffler un vent nouveau dans les Balkans", ainsi que resserrer les liens entre "ceux qui luttent contre les oligarchies nationalistes au pouvoir".


RELATIONS SPECIALES BOSNIE-SERBIE ?
A la suite de la récente signature (cf. n'68) d'un accord sur l'établissement de "relations spéciales" entre la Croatie et la Fédération de B-H, l'éventualité d'un accord similaire entre la Republika srpska et la Serbie (RFY) semble de nouveau à l'ordre du jour. Selon l'hebdomadaire Svijet, qui cite des "sources dignes de foi", des discussions à ce sujet auraient déjà eu lieu à Zagreb (à l'occasion de la signature des accords avec la Croatie) entre Tudjman, Izetbegovic et Radisic (actuel président de la B-H). Les mêmes sources affirment qu'Izetbegovic serait d'accord pour retirer la plainte déposée par la Bosnie auprès de la Cour internationale de justice, accusant la Serbie et le Monténégro d'agression et de génocide contre la B-H et exigeant des réparations de guerre. Rappelons qu'Izetbegovic se voit systématiquement accusé, par divers médias et milieux politiques, de vouloir abandonner cette plainte, négocier avec Milosevic et, finalement, accepter le dépeçage de la B-H en trois parties. Cependant Mirza Hajric, conseiller d'lzetbegovic, l'a démenti de manière catégorique dans une déclaration à Svijet. Il a souligné qu'il ne saurait être question de "relations spéciales" entre la Republika srpska et la RFY avant l'établissement de relations diplomatiques entre Belgrade et Sarajevo et la totale normalisation des rapports entre les deux pays. Celle-ci a été dictée par Dayton, mais Milosevic s'y refuse, exigeant que la B-H retire au préalable sa plainte déposée à la Haye. Pour ce qui est d'éventuels accords sur des "relations spéciales" entre les entités bosniaques, la Croatie et la Serbie, la plupart des observateurs estiment que leur signature signifierait la mort légale de la B-H en tant qu'Etat uni.


A la librairie-galerie le lys
Le Lys, 12-14 rue St Louis en 1'lle 75004 Paris, tél. 01 46 33 22 79
, deux événements au programme:
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le 6 janvier à 19 h (sous réserve) rencontre avec le poète A. Vuletic, pour la sortie de son recueil SarqJe Lyo et le soleil se couche, aux éditions MEET;
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et le 12 janvier à 19h : rencontre avec Roger Cohen, autour de son livre Heart grown brutal, Sagas of Sarajevo, Random. House.
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Le 17 décembre, 32 jeunes Bosniaques ont participé à une rencontre à la BNF dans le cadre de l'opération "Eduquer pour vivre ensemble", organisée par Solidarité Laïque et parrainée par le Premier Ministre.
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Rappel: Le polar de Nila Kazar, Madame est serbie, est en vente à l'association Sarajevo et à la librairie le Lys.

Association Sarajevo
17 rue de l'Avre -75015 Paris
tél. : 01 45 79 38 66
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Président: Francis Jeanson
Directeur de la Publication: Francis Jeanson
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VERS L'UNIFICATION DU SDP ET DES SD DE B-H ?
D'après Slobodna Bosna du 14-11-98, les dirigeants des deux parfis sociaux-démocrates, SDP et SD, auraient trouvé un compromis pour réaliser l'unification de leurs formations lors dun congrès qui devrait prochainement se tenir.

UN NOUVEAU PARTI DE CENTRE ?
Le quotidien Dnevni avaz annonce la formation d'une nouvelle "Coalition du centre démocratique". Selon ce journal, Muhamed Filipovic, président de l'Organisation libérale boshniaque, aurait déclaré que celle-ci serait composée des parfis suivants : HSS (Parti paysan croate), HDZ (Communauté démocratique croate), BSS (Parti pour la prospérité économique), RS (Parti républicain), SLS (Parti social-libéral), SS RS (Parti paysan de RS) et LBO (Organisation libérale boshniaque). Ces partis ont signé, le 6 décembre dernier à Sarajevo, un mémorandum sur la formation de la nouvelle coalition. Filipovic a déclaré à cette occasion qu'il ne s'agissait pas de sauver certains petits partis, mais de créer une coalition du centre démocratique .tne représentant ni la gauche social-démocrate ni la droite nationaliste".

DECLARATION SUR LES DROITS DES CITOYENS DE BOSNIIE-HERZEGOVINE
" ...
Le pouvoir démocratique de Bosnie-Herzégovine garantit : l'égalité des Serbes, Musulmans et Croates de Bosnie-Herzégovine, qui est leur Etat commun et indivisible, la liberté de religion et de conscience, ainsi que l'égalité de toutes les confessions , la liberté de rassemblement, dexpression, &association, et la liberté de la presse; la sécurité des personnes et des biens des citoyens, ainsi que leur droit cfinifiative dans le secteur économique ; l'égalité des femmes et des hommes, tant dans la vie politique du pays que dans tous les domaines de l'action sociale; en Bosnie-Herzégovine démocratique, les électeurs exerceront leur droit de vote par scrutin secret en toute égalité de droits ; chaque citoyen a le droit de contester les décisions des organes dirigeants, ainsi que de poursuivre les différents organes de l'Etat ; nul ne peut être condamné avant davoir été jugé selon la procédure judiciaire habituelle; le pouvoir garantira, par voie législative, à tous les travailleurs, dans les villes et les villages, une vie conforme aux normes modernes de lajustice sociale et à la dignité de Momme ; dans le but de défendre l'ordre démocratique et de renforcer la fraternité entre les peuples de BosnieHerzégovine, toutes les organisations fascistes et profascistes seront interdites, et tous les individus exerçant une activité fasciste ou profasciste seront poursuivis..."
Cette déclaration, datée du ler juillet 1944 à Sanska Most, constitue le prerrrier acte législatif du ZAVNOBIH (Conseil antifasciste de libération nationale de la B-H, parlement bosniaque de l'époque).

LE RETOUR
Novka Agic, ministre pour les réfugiés dans le gouvernement alternatif (AMV), a déclaré à l'agence de presse Safoec que, depuis la signature des accords de Dayton, 500.000 réfugiés étaient revenus en B-H, mais 50.000 seulement là où ils sont "minoritaires" (boshniaques et croates en RS, Serbes dans la Fédération de B-H). Signe inquiétant: il y a eu en 1998 beaucoup moins de retours que ne l'avait prévu et planifié la communauté internationale. C'est pourquoi l'AMV estime qu'il faudrait prendre des mesures plus sévères contre ceux qui s'opposent à ce retour, les sanctions économiques s'étant révélées insuffisantes. Ajoutons que le Bureau du Haut représentant en B-H (l'OHR), estime lui aussi que les résultats de la campagne " 1998 - l'année du retour" ont été décevants. On préconise pour 1999 des sanctions plus dures au niveau local contre ceux qui bloquent le retour, ainsi que la professionnalisation de la police et la dépolitisation des tribunaux.

CHOMAGE ET MISÈRE
Selon l'Institut pour l'emploi de Bosnie-Herzégovine, le chômage touche actuellement 65% de la population active (estimée à 2,2 millions), et constitue le plus grand problème économique et social du pays. Dans la Fédération de B-H, 361.000 habitants ont un emploi, mais ce chifFre comprend aussi les 71.000 qui figurent sur les listes crattente de leurs entreprises. En Republika sipska, le taux de chômage est encore plus élevé (mais on ne dispose pas de chiffres précis). Toute une armée de chômeurs est apparue fin 1995 début 1996, au lendemain de la guerre et suite à la démobilisation. La reprise économique est trop faible pour parer à un chômage encore sans précédent. Le taux de développement économique a tendance à régresser, ceci pour des raisons &insécurité, absence de réformes et défaut (fintérêt de la part des invesfisseurs étrangers. Dautre pam les charges sociales étant très élevées, le travail au noir prédomine. On estime que plus de 150.000 personnes travaillent au noir à Sarajevo. Selon les experts de la Banque mondiale, le problème de l'emploi pourrait être résolu à long terme si le taux annuel de croissance atteignait les 25% ! Cela ne saurait se faire sans un afflux de capitaux étrangers (il faut aussi prendre en compte le fait que les dons ont tendance à diminuer). Il faudrait pour cela plus de sécurité, des réformes économiques - privatisations comprises -, une législation du travail plus flexible et une baisse des charges grevant les salaires et les entreprises. Selon le quotidien Araz, plus &l.560.000 habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, 42% en FB-H et 46% en RS, sans compter les chômeurs. Les plus pauvres sont généralement les personnes déplacées.

LE SIÈGE DE SARAJEVO MEMOIRE COLLECTIVE
Un exploit remarquable vient dêtre réalisé à Sarajevo : le ler décembre, en effet, a eu lieu la promotion d'un programme vidéo "Le siège", l'histoire complète, en quelque sorte, de l'agression dont a été victime la capitale, soit 30 heures d'enregistrement. Ce projet a été conçu et réalisé par la compagnie bosniaque FAMA International, dirigée par l'actrice Suada Kapic. L'équipe, composée de 85 journalistes et 450 témoins du siège de Sarajevo, a mis deux ans pour tourner 'CO épisodes de 55 minutes chacun. Cette série a utilisé des archives dune valeur inestimable présentant tous les différents aspects du siège : existentiel, humanitaire, médiatique, militaire, politique, éducatif, sociologique, sanitaire... Le siège a été levé, mais les conséquences, malheureusement sont toujours là.
Pour plus d'informations, contacter : FAMA International, tél 387 71 469 973, e-mail:
fama@bih.net.ba.

LES BOSNIAQUES TROIS ANS APRÈS DAYTON
" ... Les divisions restent présentes. Néanmoins les factions nationalistes sont moins accusées qu'il y a trois ans. Une guerre aussi sanglante et ayant fait tant de victimes aurait pu susciter une haine beaucoup plus profonde que celle dont nous retrouvons aujourd'hui les traces. Les plus acharnés sont les profiteurs de guerre ; leur haine s'étale au grandjour, mais elle ne sert quà camoufler leur unique et éternel amour pour l'argent. La division entre les cultures urbaine et rui-dle s~est approfondie. La population urbaine reste persuadée que les racines du crime sont à rechercher dans cette culture primitive et tribale, peu importe si ses propagateurs vivent désormais dans des HLM ou dans leurs foyers séculaires. Le chauvinisme urbain, devenu à la mode, prend figure de légitime défense. Le fossé reste profond entre la diaspora et la population restée ici pendant toute la durée de la guerre; à risque de se creuser davantage car le pain à partager est insuffisant. La population est toujours convaincue que les exilés ont vécu dans de meilleures conditions. Mais le véritable fossé se situe au plan individuel : à la roulette de la guerre, les uns ont perdu relativement peu et ont eu la vie sauve, &autres ont beaucoup, ou tout perdu. La profondeur du fossé ne se reconnaît que dans la solitude de ces nuits interrminables et glaciales... Comment, donc, vivent les Bosniaques trois ans après les accords de paix ? Disons avant tout qu'ils ne vivent pas longtemps. Les faire-part dans les journaux démontrent que la mort fauche et,~ise bas - au mieux la quarantaine ou la cinquantaine."
Hamza BAKSIC,journaliste, sur Radio Free Europe.

LES CIMETIÈRES DE SARAJEVO
Sur demande de la Commission pour la recherche des personnes disparues de la Republika srpska, et après approbation du Bureau du Haut représentant de l'UE, 55 corps - des Serbes - ont été déterrés aux cimetières "Lav" et "Stadion", en présence de nombreux journalistes et équipes de télévision. Certains noms sont connus, dautres non, les familles n'étant pas présentes. Cette exhumation a eu heu parce qu'on soupçonnait qu'il s'agissait de charniers où auraient été inhumés les civils serbes tués à Sarajevo au cours de l'agression. On a retrouvé parmi ces corps ceux d'un groupe de Serbes tués à Trebevic par des membres de la 10 ème brigade commandés par le rebelle Musan Topamovic Caco, qui ont ensuite tous été condamnés.
Il est évident vu la façon dont les corps ont été enterrés, qu'il ne s'agit pas ici d'un charnier, mais de tombes distinctes marquées par des croix en bois. Les experts ont déclaré qu'elles ne pouvaient en aucun cas être comparées aux chamiers découverts à proximité de Bihac et de Zvornik, où les civils boshniaques avaient été jetés en masse, sans qu'il en reste la moindre trace. Il est essentiel que tous les événements liés à cette guerre soient mis à jour, et il faut reconnaître que certains membres de l'Armée de B-H ont eux aussi violé le droit humanitaire. Il s'agit là néanmoins de cas isolés, qui ne peuvent être comparés à l'exécution massive et systématique des non-Serbes en RS aux fins de purification ethnique.
Trois ans après le rétablissement de la paix en B-H il est clair que l'on s'efforce de "prouver" qu'au cours de cette guerre, tous se sont rendus coupables des mêmes crimes, que tous se sont conduits de la même manière, et quen fait il n'y a pas eu d'agresseur - et donc pas de victime. C'est sur cette "logique" que repose le concept de Dayton. Il faut regretter que certains représentants de la communauté internationale se soient associés à cet effort. Ils s'imaginent sans doute que, si l'on répartit les fautes, la réconciliation entre les peuples de ces contrées se fera plus rapidement. Quelle illusion...
Svijet, 6 décembre 98


Lettres d'information
de l'Association Sarajevo

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