n° 70 - Janvrier1998
CLINTON FAIT LA LEÇON

Lors de sa récente visite à Sarajevo, le président Clinton est resté une heure et demie en tête-à-tête avec les trois membres de la présidence tricéphale de BH. Selon le quotidien Oslobodjenje, cette entrevue s'est déroulée comme une leçon adressée par Clinton à Krajisnik, Zubak et lzetbegovic. C'est à Krajisnik que Clinton aurait fait les reproches les plus durs, l'accusant de s'opposer au retour des réfugiés et d'empêcher le bon fonctionnement des institutions communes de BH. Il aurait déclaré entre autre: "Je ne peux vous aider, parce que vous ne respectez pas les accords de Dayton. Le Congrès américain refusera de vous accorder de l'aide tant que vous n'aurez pas arrêté les criminels de guerre". Il aurait par ailleurs suggéré à Kresimir Zubak d'en finir avec toutes les institutions de l'Herceg-Bosna, "Etat" créé en Herzégovine par Tudjman, et de mettre fin au règne des "durs" et aux institutions "parallèles" à Mostar. Clinton aurait enfin demandé à Izetbegovic de ne pas chercher à imposer "une domination bosniaque" en BH. Il aurait exigé des "trois présidents" qu'ils coopèrent en vue de permettre l'arrestation des criminels de guerre. "C'est votre devoir, et si vous ne le faites pas, nous nous en chargerons".

PRESTATION DE SERMENT SOUS EMBLEMES ORTHODOXES

A l'inauguration, le 27 décembre dernier, du nouveau parlement de la "Republika srpska",- l'une des deux entités de BH - les nouveaux députés ont été invités à prêter serment en présence d'un pope orthodoxe, sous les emblèmes orthodoxes et sur l'évangile orthodoxe. Les députés de SDP (Parti social démocrate dont le siège est à Sarajevo) et du SDA (d'Izetbegovic) ont alors quitté la salle. Au moment de la prestation de serment les diplomates étrangers (dont plusieurs ambassadeurs accrédités à Sarajevo) sont demeurés assis. Si bien que le président en exercice du parlement, D.KALINIC, les a priés, eux aussi, de quitter la salle. Ce qu'ils ont fait !

UN SUJET DELICAT

La "compensation substantielle réclamée par Izethegovic à Milosevic

Il y a un sujet délicat qu'Izetbegovic évite volontiers : il s'agit de la plainte déposée par la Bosnie auprès de la Cour de Justice internationale contre la "République fédérale de Yougoslavie", accusant cette-ci «avoir organisé et mené une guerre d'agression contre le BH et de s'être rendue coupable de génocide. La Cour s'est déclarée compétente et a demandé à Belgrade de répondre à ces accusations. Ce que Belgrade a fait, tout en demandant à la Bosnîe de retirer sa plainte, comme condition préalable à toute normalisation des relations entre les deux Etats. Depuis lors il n'avait plus été question de cette affaire. Jusqu'à la conférence de presse annuelle du SDA du 28 décembre dernier. En réponse à des demandes d'explication des journalistes lzetbegovic a déclaré qu'il n'était pas question de retirer cette plainte, à moins que Milosevic n'offre à la Bosnie une "compensation substantielle". En quoi consiste-t-elle? lzetbegovic a répondu que la Serbie devrait reconnaître avoir agressé la Bosnie et offrir une compensation pour les "dommages occasionnés" ... Ceci est essentiel, tout d'abord pour des raisons historiques et parce qu'il faut qu'il soit établi qui a déclenché la guerre, qui a agressé la Bosnie". Sarajevo attend donc que Belgrade prenne l'initiative, comme l'exige d'ailleurs la "communauté internationale". Belgrade - pour sa part - attend que Sarajevo retire ses accusations. Rappelons que lors de leur rencontre à Paris l'année dernière, lzetbegovic et Milosevic s'étaient mis d'accord pour éviter tout "obstacle juridique" à la normalisation entre les deux Etats. On n'a jamais su exactement ce que ça voulait dire, mais nombre de commentateurs estiment qu'à ce moment-là Izetbegovic était près à passer l'éponge.

JOVAN DIVJAK RENONCE A SON GRADE DE GENERAL

Héro de la résistance bosniaque, Jovan Divjak a renoncé à son grade de général. Il vient en effet d'adresser le 2-12-1997, une lettre au président Izetbegovic où il s'exprime dans les termes suivants : "J'ai l'honneur de vous restituer le grade de brigadier-général auquel vous m'avez promu en décembre 1993." Divjak a évoqué plusieurs raisons, qui l'ont incité à prendre cette décision, notamment les crimes commis contre la population civile par certains membres de l'armée bosniaque (crimes restés voilés jusqu'à une époque encore récente), ainsi que la promotion ces jours-ci, au rang de général de plusieurs officiers qui, à son avis ne le méritent pas. Il rappelle qu'Izetbegovic ne l'a consulté qu'à deux reprises au cours de la guerre, et il lui reproche finalement son récent discours devant les intellectuels boshniaques dans lequel, contrairement à ce qu'on attendait de lui, il n'a pas lancé d'appel à la bonne entente entre toutes les nations, groupes ethniques et religions en Bosnie-Herzégovine. C'est en lisant la presse que Jovan Divjak avait appris, il y a environ un an, qu'Izethegovic l'avait mis à la retraite. Il termine sa lettre en ces termes: "Je resterai jusqu'à la fin de ma vie, fidèle à moi-même et à la Bosnie-Herzégovine" '

Le texte de cette lettre et la dernière interview du général Divjak sont publiés dans l'hebdomadaire Svijet, n'86, en vente à la librairie Le Lys, 12-14 rue St Louis en l'île, 75004, Paris

AVIS AUX ABONNÉS

Comme annoncé dans le n"68 de Sarajevo Far, nous cessons l'envoi bimensuel de notre bulletin. Celui-ci sera désormais join mensuellement à la Lettre de Sarajevo. Nous rembourserons le montant de réabonnement qui reste à courir à nos lecteurs qui en feront la demande.
La Rédaction
Nous vous rappelons que les informations de SAFAX seront bientôt sur Internet

LA DERNIERE INTERVIEW DIVAN DJURIC (extrait)

Ivan Djuric qui vient de nous quitter, a accordé sa dernière interview au journal belgradois Demokratija en octobre 1997. Ivan évoquait surtout l'avenir de la Serbie et déclarait, entre autre : " Je suis en faveur d'un vaste front populaire ... qui rallierait tous ceux qui veulent aider à la démocratisation de la Serbie sans pour autant, peut-être, vouloir se joindre à un parti politique ... Ce front est la dernière chance de la Serbie, car il n'y a jamais eu ici de coalitions fructueuses entre les partis. En outre, il est impossible d'instaurer la démocratie en Serbie si l' on ne tient pas compte du fait que 35% de ses habitants ne sont pas Serbes ... Le premier pas dans ce sens serait de persuader les Albanais de participer aux élections ... Il est par ailleurs effarant de constater qu'en Serbie 30% des électeurs votent pour les fascistes. Si nous n'intervenons pas, et tout de suite, demain ils seront 50%. Seselj ne constitue pas une menace pour l'Amérique, il ne menace même pas la Bosnie-Herzégovine, c'est nous-même qu'il menace ... Entre le ler janvier et le mois de juin de cette année,- époque où j'ai commencé à avoir des problèmes de santé - j'ai passé beaucoup de temps à Kragujevac, Cacak, Senta, Novi Pazar, Subotica et dans les villages de Serbie, plus que ne l'a fait aucun autre homme politique de Serbie ... Mener une action politique à partir de la diaspora peut être justifié pendant un certain moment, mais ensuite cela ne l'est plus. Mon intention est de retourner en Serbie et d'y poursuivre mes activités ..... La Serbie doit être régionalisée et décentralisée Certaines régions l'exigent, et il faut tenir compte de cette réalité politique. Une Voïvodine qui aurait obtenu satisfaction serait plus utile à la Serbie qu'une Voïvodine pleine de tensions..." Se référant au Kosovo, Ivan a déclaré : "Entre l'exigence d'une sécession et la répression pratiquée par les dirigeants serbes, il y a une place pour un consensus...Le Kosovo restera en Serbie, mais ne sera pas uniquement serbe... Je plaide pour un dialogue albano-serbe... "
(Ivan Djuric in "Demokratija", Beograd 14-10-1997)

Visites en Bosnie

Clinton, Kohl et Juan Carlos, ces trois importants hommes d'Etat occidentaux se sont rendus en Bosnie-Herzégovine en l'espace de dix jours. Bill Clinton, s'est rendu à Sarajevo le 22 décembre ( pour la première fois), ainsi qu'à Tuzla (pour la seconde fois) où il a été reçu par les habitants en véritable sauveur. La population des deux villes lui a réservé spontanément un accueil sans précédent. Son message: " Nous restons ici pour appliquer les accords de Dayton", a été reçu avec un immense sentiment de gratitude. Mais Clinton a aussi déclaré:" Le monde continue, en votre nom à investir dans la paix, et a droit à vous demander que vous fassiez votre part". Le lendemain, 23 décembre c'était Helmuth KOHL qui déclarait: "Les Américains restent ici, nous aussi". Finalement, le roi JUAN CARLOS a rendu visite, le 5 janvier 1998, aux troupes espagnoles (1200) à Mostar. La visite de ces trois hommes dEtat est perçue en Bosnie comme une preuve que l'Occident considère sa présencxe en Bosnie comme étant de son propre intérêt et qu'elle témoigne de l'unité de vue des Occidentaux à l'égard de la Bosnie.

L'ESPOIR CE SONT LES JEUNES

Il est non seulement possible mais nécessaire de vivre ensemble," affirme Mehemed Smajic, un des participants de la première rencontre du "Réseau Jeunesse de Bosnie-Herzégovine". Cette manifestation organisée par l'Assemblée des citoyens (Helsinki Citizens Assembly), a eu lieu à Laktasi, à proximité de Banjaluka, du 17 au 19 octobre 1997 et a rassemblé des jeunes de toute la BH. Vingt villes dont Mostar, Sarajevo, Banjaluka, Prijedor, Bijeljina, Tuzla, Velika Kladusa étaient représentées. La rencontre a été une occasion pour les jeunes artistes, journalistes, membres de différentes associations d'établk le contact et de jeter les bases d'un dialogue durable. Sans nier leurs différences - dues essentiellement à la diversité de leurs milieux socio-culturels - les participants ont conclu qu'elles éWent insignifiantes comparées à leurs points communs. En effet, les jeunes de la BH partagent les mêmes préoccupations et le même besoin de prendre des responsabilités dans la société, de décider eux-mêmes de leur avenir. Ils jugent artificielles les barrières crées par la guerre et affirment qu'elles ne peuvent convenir qu'aux hommes politiques dont robjectif est le partage du pays.
Lors des prochaines journées du "Réseau jeunesse" qui auront lieu à Tuzla, les premiers résultats des entretiens de Laktasi seront déjà visibles sous la forme du magazine "Contact". Cette publication au nom symbolique paraîtra bientôt à 5000 exemplaires et s'adressera à toute la jeunesse de Bosnie-Herzégovine. («après le revue Ogledalo n"8)

OGLEDALO

La revue Ogledalo (Miroir), éditée par quatre journaux, indépendants: Front slobode de Tuzla, Novi Prelom de Banjaluka, Extra magazin de Bijeljina et Vecernie novine de Sarajevo est unique dans son genre. Dans son numéro 8, tiré à 20 500 exemplaires on peut y lire des rapports, interviews et dossiers sur les relations économiques entre la Bosnie et la Serbie, sur l'état d'esprit des extrémistes en "Republika srpska", sur les procès devant le TPI à la Haye, sur le problème du port de PLOCE, sur les efforts des jeunes pour rétablir la confiance en BH, ainsi qu'un dossier intitulé "La paix inachevée". Ogledalo est soutenu financièrement par la fondation Soros et par USAID.
Adresse: OGLEDALO c/o Front slobode, 15 Dzafer mahala, 75000 Tuzla.
tél:( +387-75)251 520, Fax: 251 520,
E-mail S.ALIC@ZAMIR-TZ.ZTN.APC.ORG

Page sommaire AEC Nantes