RETOUR
À SARAJEVO
Une
conférence internationale intitulée "Retour à
Sarajevo", s'est tenue dans cette ville le 3
février dernier. Organisée par la communauté
internationale, et présidée par son représentant
Carlos WESTENDORP, la conférence a adopté une
déclaration axée sur le principe que la capitale de BH
doit (re)devenir multiethnique et garantir un traitement
égal à toutes les nations et tous les groupes.
WESTENDORP a déclaré : "Revenir aujourd'hui à
Sarajevo, c'est revenir demain à Banjaluka, Brcko,
Drvar... Dans la mesure où les pouvoirs publics ne
seraient pas prêts a répondre à leurs présentes
obligations, nous cesserions toute aide politique et
économique."
Le président IZETBEGOVIC, dans son intervention, a
soutenu le principe du retour des "autres" à
Sarajevo, mais a exigé une réciproque immédiate en
Republika srpska. Milorad DODIK, premier ministre de la
"Republika srpska", a soutenu ce projet,
soulignant qu'il fallait encourager ce processus tant
dans la Fédération BH qu'en "Republika
srpska".
Selon les observateurs sur place, les pouvoirs actuels,
dirigés par le parti SDA d'IZETBEGOVIC, freinent, et
continueront à freiner, le retour (les Sarajeviens
exilés dont les logements ont été occupés par
d'autres. A ce sujet le premier ministre de l'AMV
(Gouvernement de l'ombre) TOKIC, a déclaré que 20%
seulement des logements dits "vacants" à
Sarajevo sont occupés par des réfugiés, le reste ayant
été attribué aux fidèles du régime actuel, plus
particulièrement du SDA.
Selon IZETBEGOVIC il y a actuellement à Sarajevo 308 000
Bosniaques (ou Musulmans) et 46 000 "autres".
On estime à une dizaine de milliers les Serbes et
Croates qui sont revenus à Sarajevo. Les principaux
obstacles au retour des réfugiés sont comme partout
ailleurs : plus de logement, plus de travail, aucune
véritable sécurité...LA
FUITE DES CERVEAUX
Le Pen Club de
Bosnie-Herzégovine vient de demander aux autorités
bosniaques de stimuler et faciliter le retour des
intellectuels actuellement éparpillés de par le monde.
"Nous savons que beaucoup d'entre eux aimeraient
rentrer, mais ils ont le sentiment d'être indésirables,
ou alors ils ne disposent pas des moyens leur permettant
de revenir dans des conditions normales", déclare
le Pen club, qui estime que les intellectuels exilés
pourraient contribuer, de manière substantielle, à la
construction d'une société saine et démocratique.
Cet appel a eu un assez large écho dans les milieux
intellectuels de Sarajevo, où l'on souligne tout d'abord
que cette fuite des cerveaux a provoqué "une baisse
des normes intellectuelles et culturelles",
deuxièmement, qu'il leur sera très difficile de trouver
du travail et un logement. On note également une
certaine méfiance à leur égard. Le quotidiens
Oslobodjenje, qui vient d'ouvrir une rubrique spéciale
à ce sujet, va encore plus loin : il accuse directement
les autorités publiques de ne rien faire dans ce sens,
la grande majorité des intellectuels exilés n'étant
pas en faveur des partis nationalistes (au pouvoir); par
ailleurs leurs postes et appartements ont été repris
par ceux qui ont juré fidélité aux oligarchies au
pouvoir.
Rappelons qu'un appel similaire avait déjà été lancé
pendant la guerre par le Cercle 99, relayé en France par
l'Association Sarajevo.
SOUTENIR DODIK
Dans un message
adressé à l'Association Sarajevo, le Cercle 99 de
Sarajevo (Association des intellectuels indépendants)
estime que les derniers développements en
Bosnie-Herzégovine, et notamment la constitution du
gouvernement DODIK en RS, vont dans le sens de ses
orientations fondamentales, c'est à dire d'une
Bosnie-Herzégovine démocratique, un Etat des droits de
l'homme.
De son côté, Zeljko IVANKOVIC, vice-président de
]'Alternative démocratique (AMV), a déclaré que
Milorad DODIK, nouveau premier ministre en RS, mais
toujours ministre du développement au sein de l'AMV,
continuera à soutenir le gouvernement et l'Alternative
démocratique. Selon lui, avec le gouvernement DODIK, le
processus de démocratisation progressera en RS, à un
rythme plus rapide que dans la Fédération de BH.
Enfin l'organisation INTERNATIONAL CRISIS GROUP (ICG),
connue pour ses analyses critiques sur la situation en
Bosnie et dans la région, estime que la formation du
gouvernement DODIK en RS "constitue le plus grand
progrès depuis la signature des accords de Dayton".
L'ICG souligne toutefois que DODIK est le leader dont ont
besoin la RS et la Bosnie-Herzégovine", mais qu'il
ne pourra réussir que dans la mesure où la communauté
internationale lui accordera les moyens de relancer le
processus de reconstruction et de développement, de
déférer les personnes accusées de crimes de guerre
devant le TPI, et de veiller à ce que les réfugiés
puissent regagner leurs foyers.
PROTECTEURS OU COLONISATEURS ?
MICHAEL
CHALLENGER, directeur de l'OBN (Open Broadcasting
Network, autrefois appelée "TV Bildt") vient
de licencier, sans aucune explication, deux journalistes
bosniaques : Azra ALIMAJSTOROVIC et Konstantin JOVANOVIC.
Ces deux se sont vu interdire l'accès aux locaux de
L'OBN, et ne peuvent même pas y récupérer leurs
affaires. Konstantin JOVANOVIC, qui était rédacteur en
chef de l'OBN, est l'un des meilleurs journalistes de TV
que la Bosnie ait jamais eu. Il a également fait partie
de l'équipe du bateau "Droit de parole", qui
émettait vers l'exYougoslavie, jusqu'à son extinction.
L'union indépendante des journalistes de BH a
immédiatement protesté, réclamant l'intervention des
instances internationales, y compris de la Fédération
internationale des journalistes (FJI). Dans son
communiqué, l'Union déclare que "ce n'est pas la
première fois que des représentants des organisations
étrangères chargés de patronner les médias en BH
licencient des journalistes bosniaques, et cela pour des
motifs et intérêts personnels". Nombreux sont ceux
qui, en Bosnie, affirment qu'une grande partie des fonds
internationaux accordés à la Bosnie finissent dans les
poches d'intermédiaires ou des personnes chargées de
diriger, en Bosnie, tel ou tel projet. Selon certaines
estimations, près de 80% de l'aide accordée aux médias
disparaît ainsi.
En ce qui concerne l'OBN, la nomination de M. CHALLENGER
avait soulevé en son temps certaines protestations.
Ainsi, le quotidien Oslobodjenje écrivait à l'époque
qu'il y avait sur place des Bosniaques suffisamment
compétents pour diriger cette chaîne. C'est d'ailleurs
pour cette raison que la RTV 99 avait décidé de ne plus
coopérer avec l'OBN.
ECHEC A L'UNIFICATION UBSD-SDP
Il n'y aura pas
d'union entre l'Union des sociaux-démocrates bosniaques
(UBSD, président Selim Beslagic) et le parti
social-démocrate (SDP, président Zlatko Lagumdzija),
union pourtant souhaitée par beaucoup de gens en BH et
à l'extérieur. Les pourparlers en vue de l'unification
et de la création d'un nouveau parti social-démocrate,
qui constituerait un pôle d'attraction pour toutes les
forces démocratiques de tendance sociale-démocrate en
Bosnie, avaient été engagés depuis plusieurs mois.
L'USBD proposait de sunir sur la base de l'égalité,
tandis que le SDP avait fini par poser une sorte
d'ultimatum, lui demandant de "rallier" le SDP.
Nombre de personnalités sans attaches partisanes
(notamment membres du cercle 99 et du Forum de Tuzla) ont
déployé de grands efforts afin que les deux partis
surmontent leurs divergences. En vain. Et le SDP a
annoncé le 17 février dernier qu'il continuait seul, en
"parti indépendant et souverain". L'échec de
l'unification a provoqué une grande déception, surtout
dans les rangs de ceux qui estimaient qu'elle aurait
incité toutes les forces de gauche à se regrouper, avec
de bonnes chances de succès aux élections de septembre
prochain. La question qui se pose désormais, c'est de
savoir si le SDP acceptera de coopérer avec les autres
partis anti-nationalistes, ou bien s'il cherchera à les
dominer, voire pactisera avec le SDA. On rappelle à ce
sujet que, peu de temps avant les élections municipales
de septembre 1997, le SDP avait quitté la coalition
"Liste unifiée" (UBSD, HSS - Parti paysan
croate, PR - Parti républicain, MBO - Organisation
bosniaque musulmane) à laquelle il appartenait pour les
élections générales de 1996. Les observateurs
concluent que l'échec de l'unification UBSD-SDP
renforcera les partis nationalistes.
APPEL DU CONSEIL INTERRELIGIEUX
Les dirigeants des
quatre communautés religieuses de BH ont lancé un appel
à la tolérance et à la compréhension mutuelles.
Réunis en Conseil interreligieux, Mustafa Ceric
(communauté musulmane), Jakov Finci (dirigeant de la
communauté juive), le métropolite NikoIaj Mrdja
(église orthodoxe) et le cardinal Vinko PuIjic (église
catholique) soulignent dans leur appel du 19 février,
l'importance de l'application des accords de Dayton. Les
quatre leaders religieux se sont rendus ensemble à
Bruxelles (9-11 février) où ils ont eu des entretiens
avec l'Union européenne, le Pacte atlantique, le
Parlement européen, etc. La délégation était
présidée par Jakov Finci, qui est aussi à l'origine de
la formation du Conseil interreligieux. Selon lui, la
réconciliation en Bosnie est nécessaire et possible,
mais ne pourra se faire que par « la vérité et la
justice ».
MUSIQUE SANS FRONTIERES
Le centre musical
Luciano Pavarotti de Mostar, dont nous avons annoncé
l'inauguration, vient d'ouvrir une école de rock. Cette
initiative a eu un très large écho parmi les jeunes.
Rappelons que cette école est fréquentée par des
jeunes venus des deux parties de la ville
("est" et"ouest'). Le rock a réussi là
où les politiciens ont échoué.
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