n° 71 - Février1998
RETOUR À SARAJEVO
Une conférence internationale intitulée "Retour à Sarajevo", s'est tenue dans cette ville le 3 février dernier. Organisée par la communauté internationale, et présidée par son représentant Carlos WESTENDORP, la conférence a adopté une déclaration axée sur le principe que la capitale de BH doit (re)devenir multiethnique et garantir un traitement égal à toutes les nations et tous les groupes. WESTENDORP a déclaré : "Revenir aujourd'hui à Sarajevo, c'est revenir demain à Banjaluka, Brcko, Drvar... Dans la mesure où les pouvoirs publics ne seraient pas prêts a répondre à leurs présentes obligations, nous cesserions toute aide politique et économique."
Le président IZETBEGOVIC, dans son intervention, a soutenu le principe du retour des "autres" à Sarajevo, mais a exigé une réciproque immédiate en Republika srpska. Milorad DODIK, premier ministre de la "Republika srpska", a soutenu ce projet, soulignant qu'il fallait encourager ce processus tant dans la Fédération BH qu'en "Republika srpska".
Selon les observateurs sur place, les pouvoirs actuels, dirigés par le parti SDA d'IZETBEGOVIC, freinent, et continueront à freiner, le retour (les Sarajeviens exilés dont les logements ont été occupés par d'autres. A ce sujet le premier ministre de l'AMV (Gouvernement de l'ombre) TOKIC, a déclaré que 20% seulement des logements dits "vacants" à Sarajevo sont occupés par des réfugiés, le reste ayant été attribué aux fidèles du régime actuel, plus particulièrement du SDA.
Selon IZETBEGOVIC il y a actuellement à Sarajevo 308 000 Bosniaques (ou Musulmans) et 46 000 "autres". On estime à une dizaine de milliers les Serbes et Croates qui sont revenus à Sarajevo. Les principaux obstacles au retour des réfugiés sont comme partout ailleurs : plus de logement, plus de travail, aucune véritable sécurité...

LA FUITE DES CERVEAUX
Le Pen Club de Bosnie-Herzégovine vient de demander aux autorités bosniaques de stimuler et faciliter le retour des intellectuels actuellement éparpillés de par le monde. "Nous savons que beaucoup d'entre eux aimeraient rentrer, mais ils ont le sentiment d'être indésirables, ou alors ils ne disposent pas des moyens leur permettant de revenir dans des conditions normales", déclare le Pen club, qui estime que les intellectuels exilés pourraient contribuer, de manière substantielle, à la construction d'une société saine et démocratique.
Cet appel a eu un assez large écho dans les milieux intellectuels de Sarajevo, où l'on souligne tout d'abord que cette fuite des cerveaux a provoqué "une baisse des normes intellectuelles et culturelles", deuxièmement, qu'il leur sera très difficile de trouver du travail et un logement. On note également une certaine méfiance à leur égard. Le quotidiens Oslobodjenje, qui vient d'ouvrir une rubrique spéciale à ce sujet, va encore plus loin : il accuse directement les autorités publiques de ne rien faire dans ce sens, la grande majorité des intellectuels exilés n'étant pas en faveur des partis nationalistes (au pouvoir); par ailleurs leurs postes et appartements ont été repris par ceux qui ont juré fidélité aux oligarchies au pouvoir.
Rappelons qu'un appel similaire avait déjà été lancé pendant la guerre par le Cercle 99, relayé en France par l'Association Sarajevo.

SOUTENIR DODIK
Dans un message adressé à l'Association Sarajevo, le Cercle 99 de Sarajevo (Association des intellectuels indépendants) estime que les derniers développements en Bosnie-Herzégovine, et notamment la constitution du gouvernement DODIK en RS, vont dans le sens de ses orientations fondamentales, c'est à dire d'une Bosnie-Herzégovine démocratique, un Etat des droits de l'homme.
De son côté, Zeljko IVANKOVIC, vice-président de ]'Alternative démocratique (AMV), a déclaré que Milorad DODIK, nouveau premier ministre en RS, mais toujours ministre du développement au sein de l'AMV, continuera à soutenir le gouvernement et l'Alternative démocratique. Selon lui, avec le gouvernement DODIK, le processus de démocratisation progressera en RS, à un rythme plus rapide que dans la Fédération de BH.
Enfin l'organisation INTERNATIONAL CRISIS GROUP (ICG), connue pour ses analyses critiques sur la situation en Bosnie et dans la région, estime que la formation du gouvernement DODIK en RS "constitue le plus grand progrès depuis la signature des accords de Dayton". L'ICG souligne toutefois que DODIK est le leader dont ont besoin la RS et la Bosnie-Herzégovine", mais qu'il ne pourra réussir que dans la mesure où la communauté internationale lui accordera les moyens de relancer le processus de reconstruction et de développement, de déférer les personnes accusées de crimes de guerre devant le TPI, et de veiller à ce que les réfugiés puissent regagner leurs foyers.

PROTECTEURS OU COLONISATEURS ?
MICHAEL CHALLENGER, directeur de l'OBN (Open Broadcasting Network, autrefois appelée "TV Bildt") vient de licencier, sans aucune explication, deux journalistes bosniaques : Azra ALIMAJSTOROVIC et Konstantin JOVANOVIC. Ces deux se sont vu interdire l'accès aux locaux de L'OBN, et ne peuvent même pas y récupérer leurs affaires. Konstantin JOVANOVIC, qui était rédacteur en chef de l'OBN, est l'un des meilleurs journalistes de TV que la Bosnie ait jamais eu. Il a également fait partie de l'équipe du bateau "Droit de parole", qui émettait vers l'exYougoslavie, jusqu'à son extinction.
L'union indépendante des journalistes de BH a immédiatement protesté, réclamant l'intervention des instances internationales, y compris de la Fédération internationale des journalistes (FJI). Dans son communiqué, l'Union déclare que "ce n'est pas la première fois que des représentants des organisations étrangères chargés de patronner les médias en BH licencient des journalistes bosniaques, et cela pour des motifs et intérêts personnels". Nombreux sont ceux qui, en Bosnie, affirment qu'une grande partie des fonds internationaux accordés à la Bosnie finissent dans les poches d'intermédiaires ou des personnes chargées de diriger, en Bosnie, tel ou tel projet. Selon certaines estimations, près de 80% de l'aide accordée aux médias disparaît ainsi.
En ce qui concerne l'OBN, la nomination de M. CHALLENGER avait soulevé en son temps certaines protestations. Ainsi, le quotidien Oslobodjenje écrivait à l'époque qu'il y avait sur place des Bosniaques suffisamment compétents pour diriger cette chaîne. C'est d'ailleurs pour cette raison que la RTV 99 avait décidé de ne plus coopérer avec l'OBN.

ECHEC A L'UNIFICATION UBSD-SDP
Il n'y aura pas d'union entre l'Union des sociaux-démocrates bosniaques (UBSD, président Selim Beslagic) et le parti social-démocrate (SDP, président Zlatko Lagumdzija), union pourtant souhaitée par beaucoup de gens en BH et à l'extérieur. Les pourparlers en vue de l'unification et de la création d'un nouveau parti social-démocrate, qui constituerait un pôle d'attraction pour toutes les forces démocratiques de tendance sociale-démocrate en Bosnie, avaient été engagés depuis plusieurs mois. L'USBD proposait de sunir sur la base de l'égalité, tandis que le SDP avait fini par poser une sorte d'ultimatum, lui demandant de "rallier" le SDP. Nombre de personnalités sans attaches partisanes (notamment membres du cercle 99 et du Forum de Tuzla) ont déployé de grands efforts afin que les deux partis surmontent leurs divergences. En vain. Et le SDP a annoncé le 17 février dernier qu'il continuait seul, en "parti indépendant et souverain". L'échec de l'unification a provoqué une grande déception, surtout dans les rangs de ceux qui estimaient qu'elle aurait incité toutes les forces de gauche à se regrouper, avec de bonnes chances de succès aux élections de septembre prochain. La question qui se pose désormais, c'est de savoir si le SDP acceptera de coopérer avec les autres partis anti-nationalistes, ou bien s'il cherchera à les dominer, voire pactisera avec le SDA. On rappelle à ce sujet que, peu de temps avant les élections municipales de septembre 1997, le SDP avait quitté la coalition "Liste unifiée" (UBSD, HSS - Parti paysan croate, PR - Parti républicain, MBO - Organisation bosniaque musulmane) à laquelle il appartenait pour les élections générales de 1996. Les observateurs concluent que l'échec de l'unification UBSD-SDP renforcera les partis nationalistes.

APPEL DU CONSEIL INTERRELIGIEUX
Les dirigeants des quatre communautés religieuses de BH ont lancé un appel à la tolérance et à la compréhension mutuelles. Réunis en Conseil interreligieux, Mustafa Ceric (communauté musulmane), Jakov Finci (dirigeant de la communauté juive), le métropolite NikoIaj Mrdja (église orthodoxe) et le cardinal Vinko PuIjic (église catholique) soulignent dans leur appel du 19 février, l'importance de l'application des accords de Dayton. Les quatre leaders religieux se sont rendus ensemble à Bruxelles (9-11 février) où ils ont eu des entretiens avec l'Union européenne, le Pacte atlantique, le Parlement européen, etc. La délégation était présidée par Jakov Finci, qui est aussi à l'origine de la formation du Conseil interreligieux. Selon lui, la réconciliation en Bosnie est nécessaire et possible, mais ne pourra se faire que par « la vérité et la justice ».

MUSIQUE SANS FRONTIERES
Le centre musical Luciano Pavarotti de Mostar, dont nous avons annoncé l'inauguration, vient d'ouvrir une école de rock. Cette initiative a eu un très large écho parmi les jeunes. Rappelons que cette école est fréquentée par des jeunes venus des deux parties de la ville ("est" et"ouest'). Le rock a réussi là où les politiciens ont échoué.

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