n° 72 - Mars1998
Les prochaines élections en Bosnie

Les élections parlementaires et présidentielles en Bosnie-Herzégovine auront lieu au mois de septembre prochain. L'intérêt est général, surtout suite aux changements intervenus en B-H depuis bientôt un an. Néanmoins, nombreux sont ceux qui estiment qu'il faut changer les règles électorales. Nous publions ici les propositions avancées par l'International Crisis Group (présidé par le sénateur américain George J. Mitchell) et qui compte, entre autres, parmi les membres de son conseil d'administration : José Maria Mendiluce, Michel Rocard, George Soros, Simone Veil...
"Nous estimons - est-il déclaré dans le rapport de l'ICG - qu'à moins que des changements fondamentaux ne soient opérés dans le système électoral en Bosnie, il y aura peu de chances qu'elle puisse sortir de l'impasse où elle se trouve actuellement. Tant que la politique demeurera polarisée le long de lignes ethniques, le processus de ré-intégration et de reconstruction du pays s'éternisera, et la date prévue pour le retrait de la mission du paix de l'OTAN se verra sans doute reportée à l'infini.
Le principal défaut de la loi électorale actuelle est que les candidats n'ont pas besoin des voix des autres groupes ethniques, hormis le leur pour être élus. Si bien que les partis nationalistes réduisent ceci aux seuls intérêts, de leur propre groupe ethnique. Chaque fois qu'un parti nationaliste obtient la majorité absolue les membres des autres groupes nationaux ne disposent en fait ni d'un droit de représentation, ni de droits politiques.
Nous estimons que la meilleure façon de relancer la vie politique multiethnique en Bosnie serait de modifier le système électoral de façon à ce que les candidats. pour être élus, soient obligés de rechercher et d'obtenir aussi les voix des autres groupes ethniques."
Le système électoral, selon les propositions d'ICG, devrait tendre, entre autres, a :
* Promouvoir la réconciliation en contraignant les politiciens et partis politiques à rechercher l'appui des autres peuples, et non seulement du leur.
* Assurer la représentation politique des personnes déplacées qui s'apprêtent à rentrer dans leurs foyers.
* Permettre aux Bosniaques de voter sur différents problèmes, et non pas uniquement selon leur appartenance ethnique.
* Mettre en place une structure pluripartite.
* Trouver des partenaires prêts à soutenir les efforts de reconstruction de la communauté internationale.
* Assurer une participation massive aux élections.
Ces propositions ont eu un large écho en Bosnie et sont soutenues surtout par les partis d'opposition et les diverses composantes de l'Alternative Démocratique. Le premier ministre du gouvernement alternatif (AMV), Selfudin TOKIC, tout en soutenant les propositions de l' ICG, demande aussi que soit assurée l'égalité de la représentation des sexes. C'est désormais à la Commission électorale, présidée par l'OSCE, qu'il revient de se prononcer sur les propositions de changement des règles électorales.
Une association culturelle serbe

Une association culturelle serbe s'est constituée à Sarajevo au début du mois de mars sous la présidence de Nikola KOVAC-, actuel ambassadeur de Bosnie en France. M. Kovac a déclaré que cette association non-gouvernementale aurait une double mission : premièrement, réaffirmer l'identité culturelle du peuple serbe dans le cadre de la mosaïque pluriculturelle de la Bosnie-Herzégovine; deuxièmement, promouvoir l'idée d'un dialogue et du respect mutuel de toutes les communautés culturelles en Bosnie, protéger leur patrimoine, favoriser le retour des réfugiés et exiger que les criminels de guerre soient traduits en Justice. Kovac a ajouté que la communauté culturelle serbe coopérerait avec les associations similaires en Bosnie, telles que : La Benevolencia (association Juive), Ivan Cankar (slovène), Napredak (croate) et Preporod (musulmane).
APPEL de l'Assemblée du Forum citoyens de Tuzla à l'occasion du cinquième anniversaire de sa fondation.

Le. Forum des citoyens de Tuzla - première institution non-gouvernementale de Bosnie-Herzégovine -, réuni en Assemblée à l'occasion de la célébration du cinquième anniversaire de sa fondation adopte la présente déclaration, qui s'adresse aux citoyens de la Bosnie-Herzégovine, ainsi qu'au Bureau du Haut Représentant :
Nous invitons tous les citoyens de Bosnie-Herzégovine désireux de voir s'installer une paix durable et stable, la démocratisation et la prospérité économique dans leur pays. d'axer désormais leur action vers le rétablissement définitif du dialogue et de l'entente entre tous les citoyens de Bosnie-Herzégovine. Dans la perspective des nouvelles élections, l'activité politique, dans notre pays, devra tendre avant tout à démasquer les oligarchies nationalistes et à convaincre la population, arguments à l'appui, qu'au côté des nationalistes la Bosnie-Herzégovine n'a pas d'avenir.
Il est essentiel de démystifier la crainte de l'autre, parfaitement infondée et propagée de manière systématique par les partis nationalistes à des fins d'homogénéisation.
Il est essentiel que chacun de nos peuples comprenne qu'il à bien plus à craindre de ceux qui les manipulent et se servent d'eux que des voisins avec lesquels ils ont vécu pendant des siècles dans l'entente et la tolérance.
Il est essentiel de bien comprendre que le nationalisme est contraire à l'intérêt national de tous les peuples de B-H, et que leur unique et véritable intérêt national est de vivre côte à côte dans la paix et la fraternité, luttant ensemble en vue d'assurer leur bien-être économique et social.
Aujourd'hui, alors qu'il est devenu évident que la Bosnie-Herzégovine se maintiendra en tant qu'Etat, alors que la communauté internationale encourage résolument le retour des réfugiés dans leurs foyers, la poursuite des criminels de guerre et l'élimination de tous ceux qui bloquent la mise en oeuvre des accords de Dayton, alors que l'échec du projet politique de coalition tripartite est devenue évident, nous devons rassembler nos forces et des éliminer au plus vite le rebut totalitaire de toutes les contrées de notre pays.
Ce sont les citoyens qui prendront la décision finale aux futures élections générales. Il est vrai que dans l'ensemble le corps électoral en Bosnie se laisse toujours manipuler, que ses citoyens ont encore du mal à comprendre les causes de leurs malheurs, qu'il faut leur faire prendre conscience de la différence entre le progrès et la régression et cela exige, de la part de l'ensemble des forces progressistes, une action concrète en vue de changements démocratiques, ainsi que l'élimination de tous ceux qui ont abusé de la confiance des citoyens de Bosnie-Herzégovine.

Tuzla, 28 février 1998

Brcko : décision reportée

Les protecteurs internationaux de la Bosnie ont décidé de reporter jusqu'à l'année prochaine la décision sur le statut de la ville de Brcko, occupée au début de la guerre par les forces de Milosevic-Karadzic, puis après les accords de Dayton, gouvernée directement par la communauté internationale. M. Roberts OWEN, le principal arbitre, a annoncé le 15 mars dernier que la décision finale serait prise probablement après les élections de septembre 1998. Il a rappelé qu'il y avait trois possibilités : soit de remettre la ville à la Fédération B-H, soit à la Republika Srpska, soit d'en faire un district autonome dans le cadre de l'Etat de Bosnie. Concernant les deux premières possibilités, M. Owen a souligné que tout dépendrait de l'attitude concrète des autorités des deux entités par rapport à la mise en oeuvre des accords de Dayton.
La décision de la communauté internationale a provoqué la colère dans le clan Karadzic-Krajisnik, mais aussi dans les rangs du SDA d'lzetbegovic. Plavsic et Dodik ont réagi assez favorablement, se déclarant prêts à appliquer intégralement les accords de Dayton. L'opposition dans la Fédération a salué, la décision, estimant que la meilleure solution était d'accorder la ville aux gens de Brcko dans le cadre d'une Bosnie unie et plurielle.

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