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On a aussi voté en Serbie

 

Il y a aussi eu, le 6 mai, des élections en Serbie, regroupant le même jour celles concernant le Président de la République, l’Assemblée nationale et les municipalités.

Boris Tadic, Président sortant et dirigeant du Parti démocrate (DS) retrouvera le 20 mai, pour un deuxième tour, le leader du Parti progressiste serbe (SPS, issu d’une scission du parti radical de Seselj) Tomislav Nikolic, chacun ayant recueilli environ un quart des suffrages, avec une légère avance pour le premier. Avec ses jolis score de 15 % aux présidentielles et plus de 16% aux législatives, le vice-président et ministre de l’intérieur Ivica Dacic, chef du Parti socialiste de Serbie (SPS) fondé Milosevic, dont il fut le porte-parole pendant les années 90, désignera le vainqueur de la course. Il a indiqué qu’il se prononcera en faveur de celui qui lui aura promis le poste de Premier ministre, sa préférence allant d’abord à Boris Tadic avec lequel il a conclu l’accord qui a permis à la coalition actuelle de gouverner le pays depuis les dernières élections.

Le résultat des élections législatives met l’homme fort du gouvernement sortant en position de choisir n’importe laquelle des combinaisons politiques possibles, à condition qu’elle lui offre la direction du gouvernement. L’européisme affiché par toutes les formations représentées à l’Assemblée, à l’exception du Parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica, et le nationalisme plus ou moins tempéré de toutes, à l’exception du Parti libéral-démocrate (LDP) de Cedomir Jovanovic (20 sièges de députés sur 250) autorisent en effet de constituer des majorités très diverses axées, à des degrés variables, sur l’entrée dans l’UE et la préservation des « intérêts du peuple serbe », c’est-à-dire le refus de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo et la défense de la « Republika Srpska » et de ses dirigeants, avec tout ce que cela représente comme menaces sur l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Ivica Dacic s’est, sur ces sujets, montré le plus explicite en se prononçant clairement pour la partition du Kosovo et la réunion, à terme, de la RS à la Serbie.

Ces considérations n’ont pas empêché le chef de la délégation de l’UE pour la Serbie, Vincent Degert, de se féliciter des bons résultats obtenus par les partis pro-européens. Formellement, il n’ pas tort puisque, sauf le DSS de Vojislav Kostunica et de ses 21 députés, tous les partis représentés à l’Assemblée se disent pro-européens. Le parti radical ultra-nationaliste de Seselj n’a même pas pu atteindre la barre des 5%. Mais que penser de l’attachement aux « valeurs européennes » d’un parlement et d’un gouvernement qui dépendraient de partis et de dirigeants qui n’ont jamais remis fondamentalement en cause la politique qui a mené aux désastres des guerres yougoslaves et dont les positions actuelles sont grosses de tous les dangers pour la région ? Le successeur non repenti de Milosevic à la tête du gouvernement serbe, cela n’aurait aucune signification et aucune importance ?

Association Sarajevo