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Rapport du Haut-Représentant Valentin Inzko sur la Bosnie-Herzégovine

 

Le Haut-Représentant de la Communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko, a présenté le 15 mai au Conseil de Sécurité des Nations-Unies son rapport semestriel. Réduit de fait au rôle d’observateur d’une situation sur laquelle il n’a aucune prise, ce diplomate qui connaît bien le pays en dresse un tableau réaliste.

Dans le domaine politique, les progrès constatés depuis le rapport de novembre 2011 ont vite été énumérés : un gouvernement a enfin été formé, le budget pour l’année 2011 (il s’agit bien de 2011, car celui pour 2012 est toujours en attente) a enfin été adopté, les lois relatives à l’aide de l’Etat et au recensement ont enfin été votées, après des années de mise en demeure par l’UE ; le règlement de la question de la propriété des biens militaires et des biens, qui traîne lui aussi depuis longtemps, a fait l’objet d’un accord entre les 6 partis gouvernementaux, mais cet accord reste à formaliser.

Pour ce qui est de la mission spécifique du Haut-Représentant, qui est de veiller à l’exécution des accords de Dayton par le bon fonctionnement des institutions dans le respect de l’intégrité et de la souveraineté du pays, on peut citer quelques lignes du rapport, qui sont autant d’accusations transparentes contre les dirigeants de la « Republika Srpska », les deux partis croates nationalistes ,HDZ-BiH et HDZ-199O étant seulement mentionnés pour « toujours contester la légalité et la légitimité du gouvernement au pouvoir dans la Fédération croato-bosniaque » :

« Les développements positifs ont fait oublier plusieurs menaces qui ont continué de peser sur l’Accord cadre général pour la paix, notamment les efforts déployés par certains pour remettre en cause l’intégrité territoriale du pays et pour revenir sur les réformes liées à l’application de l’Accord. …............................................................................................................................................................ De hauts responsables ont admis publiquement qu’ils cherchaient délibérément à entraver le fonctionnement des institutions de Dayton. …............................................................................................................................................................, Ces déclarations jettent un doute sur l’attachement des hauts dirigeants concernés à l’ordre constitutionnel de la BH, notamment à la souveraineté et l’intégrité territoriale de ce pays, et par extension, à l’accord de paix. …............................................................................................................................................................ Je reste préoccupé par le fait que de hauts responsables de la RS continuent de contester qu’un génocide a été commis à Srebrenica en 1995 comme l’ont confirmé la CIJ et le TPIY ».

Ces appréciations sont accompagnées de citations appropriées de déclarations de Milorad Dodik, qui en a produit d’autres après la publication du document, toutes dans le sens d’une dissolution de la BH.

Il serait souhaitable que les responsables de l’UE et des capitales européennes tiennent compte de ce rapport pour évaluer et modifier leurs relations avec les dirigeants de la RS, alors qu’ils disposent d’un dispositif de sanctions parfaitement applicables aux manquements relevés par le Haut-représentant Valentin Inzko.

Ce rapport devrait aussi avoir des répercussions sur l’attitude des gouvernements européens à l’égard de la Serbie, dont les nouvelles autorités ne ménageront certainement pas un appui moindre à Milorad Dodik que le président battu Boris Tadic qui a, avec constance, manifesté son plein soutien aux dirigeants de la RS. De ce point de vue, l’élection surprise de Tomislav Nikolic, le « nationaliste », au détriment de Boris Tadic, l’ « européen », ne changera pas grand-chose , l’un et l’autre partageant les mêmes valeurs de la « serbité » et de l’ « européanisme ». Il est certes regrettable pour les démocrates de Serbie de voir réapparaître au premier plan un ancien partisan de Seselj, mais ils avaient déjà en bonne place, au pouvoir, en la personne d’Ivica Dacic, un ancien fidèle de Milosevic, qu’ils garderont quelle que soit la combinaison gouvernementale qui sortira des tractations post-électorales, car c’est le SPS (parti socialiste serbe) fondé par Milosevic, qui en détient les clés, pouvant s’allier, au gré de ses intérêts, aux démocrates de Tadic ou aux radicaux de Nikolic.

Association Sarajevo