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Rencontre des chefs d’Etat bosniens, croate et serbe à Brioni.

mardi 19 juillet 2011


L’échec de la candidature de Slavo Kukic pour le poste de Premier ministre du gouvernement de la Bosnie-Herzégovine, soutenue par la coalition des quatre partis au pouvoir dans la Fédération, a prouvé s’il en était besoin, que sous l’emprise de la Constitution de Dayton, il ne suffisait pas de disposer d’une majorité parlementaire pour gouverner le pays, mais qu’il fallait aussi recueillir un minimum d’accord dans chacune des entités qui forment l’Etat. Le mince espoir des initiateurs de cette candidature, d’abord les dirigeants du SDP ( parti social-démocrate dirigé par Zlatko Lagumdzija), de fissurer le bloc serbe de la RS, au moins par l’abstention du tiers de ses députés à la Chambre des représentants, ne s’est pas accompli. Il faudra donc, pour constituer un semblant de gouvernement central, s’en retourner à la pratique établie de la répartition des portefeuilles sur des critères principalement ethniques, entre partis que tout oppose, ce qui exclut toute action cohérente pour réaliser les réformes nécessaires au rapprochement de la BH de l’UE, objectif verbalement souhaité par tous, sans qu’ils se donnent les moyens de l’atteindre. Si le principe d’un Premier ministre de nationalité croate est acquis, tout le reste est en discussion. Il n’y a, pour le moment, pas d’accord sur la personne du titulaire de ce poste. Le HDZ-BiH de Dragan Covic, principal allié de Milorad Dodik, tient à ce que ce soit Borjana Kristo, récusée catégoriquement par le SDP, le SDA et leurs partenaires croates, qui préféreraient un membre du HDZ-1990, plus réticent à trop s’engager au côté du Président de la RS. Le SDP maintient l’exigence de recevoir un des ministères dévolus à un Croate, et dans le marchandage sur la répartition des portefeuilles, Milorad Dodik refuse que celui des Affaires étrangères revienne à Zlatko Lagumdzija, accusé en RS de tous les maux, y compris celui de poursuivre la politique de…Milosevic. Les tractations pour surmonter ces difficultés peuvent durer encore longtemps à moins que la pression internationale qui s’exerce sur les dirigeants bosniens ne les amène à les abréger pour parvenir au rafistolage dont le seul mérite serait d’exister.

Cette vacance prolongée de ce que l’on n’ose appeler le « pouvoir » n’a pas empêché les trois membres de la Présidence de BH de participer à la réunion tripartite, la première du genre, des chefs d’Etat de BH, de Croatie et de Serbie, qui s’est tenue le 18 juillet à Brioni, sur invitation du Président de Croatie Ivo Josipovic. Le thème dominant de cette rencontre informelle a été le processus de l’intégration européenne des trois pays, dans lequel ils connaissent des situations très dissemblables, la Croatie sur le point d’arriver au port, la Serbie dans l’attente du statut de candidat qu’elle espère décrocher avant la fin de l’année, la Bosnie-Herzégovine très loin derrière. Des informations de presse font état du vif mécontentement qu’auraient exprimé Ivo Josipovic et Boris Tadic à l’encontre de leur collègue, président en exercice de la Présidence bosnienne, Zeljko Komsic, en raison de ses critiques des interventions de Belgrade et de Zagreb dans les affaires intérieures de la BH. Il n’en est rien apparu publiquement. Tous les participants se sont déclarés satisfaits de leurs entretiens qui ont porté sur la réconciliation, la coopération régionale, l’aide mutuelle dans leur progression vers l’UE. Les présidents de Croatie et de Serbie ont exclu toute immixtion dans les affaires intérieures de la BH et Boris Tadic toute volonté de donner à la Serbie un rôle dominant dans la région. Dans ce flot de paroles apaisantes et rassurantes, on remarquera toutefois celles de Boris Tadic concernant les affaires de justice, qui ont été elles aussi évoquées : « Comme président serbe, je n’interviens pas dans les procédures judiciaires, mais mon travail est d’assurer que tous les suspects comparaissent devant la justice ». Pour le dire clairement, cela signifie que, dans l’esprit de Boris Tadic, le « suspect » Jovan Divjak doit comparaître devant un tribunal de Belgrade comme le « suspect » Ratko Mladic devant le TPI à La Haye.

C’est contre cette scandaleuse assimilation qui ruine la sincérité des voeux de « réconciliation » de Boris Tadic, qu’après la série d’actions menées à l’initiative de nombreuses personnalités et associations pour sommer les autorités autrichiennes de libérer Jovan Divjak de son assignation à résidence (voir les lettres et communiqués publiés sur le site de l’Association Sarajevo) se sont élevés d’éminents artistes et intellectuels de Sarajevo, à l’appel du cinéaste Haris Pasovic. Ils ont interpellé les autorités autrichiennes coupables d’avoir suivi la « justice » serbe sur un dossier vide, mais aussi celles de leur propre pays qui ne font rien, bien au contraire, pour délivrer Jovan Divjak de sa cage viennoise. Mais comment pourrait-il en être autrement puisqu’il n’y a pas, à proprement parler, d’autorité gouvernementale en Bosnie-Herzégovine et que le Premier ministre et son ministre de la justice, qui règlent les affaires courantes, sont le premier, membre du parti SNSD de Milorad Dodik et le second celui du HDZ-BiH, principal allié ce même Milorad Dodik qui veut arrêter Jovan Divjak pour l’envoyer à Belgrade, s’il met le pied en RS ? Parfait exemple de l’absurdité et de la nocivité d’un système politique, imposé en dépit du bon sens, où c’est la minorité qui est en mesure d’imposer sa loi à la majorité, quitte à détruire le pays.

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