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Vers une résolution du Parlement serbe sur Srebrenica ?

mardi 19 janvier 2010


Le souhait exprimé le 9 janvier à Banja Luka par le Président de Serbie Boris Tadic que le parlement de son pays adopte une résolution sur Srebrenica, en conformité de la recommandation du Parlement européen du 15 janvier 2009 de faire du 11 juillet jour de commémoration du génocide, a suscité de nombreuses réactions en Serbie et en Bosnie-Herzégovine.

En Serbie , le refus catégorique d’une telle démarche n’est affiché que dans les milieux ultra-nationalistes. A l’opposé, une frange très minoritaire de l’opinion ( plusieurs ONG et sur le plan politique le LDP,parti libéral démocrate), plaide depuis toujours pour une reconnaissance sans équivoque de la responsabilité principale de la Serbie dans les guerres et leurs atrocités passées. Entre les deux, si l’idée du Président est plus ou moins bien acceptée, elle soulève des interrogations de fond et de forme. Sur le fond, il est objecté que Srebrenica ne doit pas occulter les crimes commis contre les Serbes et plus généralement ceux de tous bords et contre toutes les nationalités, qui ont marqué les années 90. Sur la forme, on se demande s’il faut adopter une résolution unique englobant Srebrenica dans une condamnation générale des crimes de la période, ou s’il est préférable d’en prévoir deux, votées séparément, l’une sur Srebrenica, l’autre sur tout le reste. Dans les deux cas, il s’agit d’égaliser les torts et les crimes et de relativiser le génocide perpétré dans la région de Srebrenica.

En RS, le débat se pose dans les mêmes termes, mais avec une opposition encore plus virulente à toute résolution, notamment de la part d’associations de victimes et d’anciens combattants qui ont appelé à une manifestation devant le consulat de Serbie à Banja Luka, pour protester contre la proposition de Boris Tadic. Tandis que le Premier ministre de RS Milorad Dodik n" accepte pas que l’on marque un seul crime en lui donnant une importance historique", le Président de Assemblée de l’entité serbe, Igor Radojicic, ajoute qu’il ne faudrait pas oublier les crimes dont été victimes les Serbes pendant la 2° guerre mondiale, entre autres au camp de Jasenovac. Le quotidien "Nezavisne Novine", de Banja Luka approuve au contraire l’initiative de Boris Tadic, présentée comme l’un des événements politiques les plus importants de l’après-guerre dans la région, bénéfique aussi bien pour la BH afin de la sortir de la politique de la haine, que pour la Serbie, délivrée ainsi de son image de noirceur et de désespoir et engagée sur la voie de l’intégration européenne.

Il n’échappera à personne que ce dernier aspect de la démarche de Boris Tadic, qui touche à l’image de la Serbie dans le contexte de ses relations avec l’Union européenne, est essentiel aux dires mêmes de son auteur qui, conscient des réticences d’une grande partie de la société serbe, explique que la reconnaissance du génocide de Srebrenica, nécessaire d’un point de vue moral, l’est également d’un point de vue politique, pour donner un crédit international à la Serbie, notamment après le dépôt de sa demande d’adhésion à l’UE. Celle-ci, apparemment bien accueillie à Bruxelles et dans les capitales européennes, risque cependant de se heurter à quelques difficultés, notamment celle posée par le Kosovo. Alors que la bienséance diplomatique tendait à dissocier le processus d’adhésion de la Serbie à l’UE de la question des relations entre la Serbie et le Kosovo, ce dernier point commence à être explicitement soulevé par des voix autorisées. C’est le nouveau commissaire de Bruxelles à l’élargissement, Stefan Füle, qui a déclaré lors de son audition par la Commission des affaires étrangères du Parlement européen qu’il ne pousserait pas l’UE à intégrer des pays engagés dans un conflit non résolu avec leur voisin. C’est l’ambassadeur de France en Serbie, Jean-François Terral, qui a confirmé que si la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo n’était pas une condition de l’association de la Serbie à l’UE, il devra y avoir un accord entre le Kosovo et la Serbie, autrement dit, à un moment ou à un autre, une reconnaissance de fait. On sait fort bien à Belgrade que quels que soient les termes de l’arrêt que rendra dans les mois qui viennent la Cour internationale de justice sur la conformité au droit international de la déclaration d’indépendance du Kosovo, la normalisation des rapports entre Belgrade et Pristina constituera en fin de compte un obstacle à l’adhésion de la Serbie à l’UE ,difficile à surmonter. D’où la nécessité de redoubler de zèle dans l’accomplissement des obligations internationales de la Serbie afin d’avancer aussi vite que possible dans un engagement européen irréversible.

Le mea culpa proposé par Boris Tadic apparaît dès lors, en dehors d’une vaine discussion sur sa sincérité, comme l’une des preuves de la volonté serbe d’intégrer l’Union européenne dans le respect de ses valeurs et de ses institutions, l’application de la recommandation du Parlement européen sur Srebrenica s’imposant de ce fait sans échappatoire.

Une autre série de déclarations récentes du Président Tadic et de son ministre des affaires étrangères, Vuk Jeremic, s’inscrivent dans les mêmes perspectives, qui incluent les règles d’un bon comportement international et la présentation du Kosovo comme partie intégrante de la Serbie. Elles concernent la Bosnie-Herzégovine dont la Serbie entend défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale, conformément aux accords de Dayton, mais aussi dans le but d’établir le faux parallèle, cher aux autorités serbes de Serbie et de Bosnie, entre le Kosovo et la RS, l’un et l’autre non séparables respectivement de la Serbie et de la BH.

Ces réaffirmations solennelles de l’intangibilité de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la BH sont néanmoins toujours accompagnées de la défense de la RS dans la plénitude de ses droits sous l’autorité de ses dirigeants démocratiquement élus, y compris du premier d’entre eux, Milorad Dodik, considéré comme un ami dont les bonnes dispositions ne peuvent être mises en doute, même si une déclaration comme celle de Tadic selon laquelle "la Serbie ne soutiendra aucun acte ou référendum qui mèneraient à l’éclatement de la BH" est directement à l’opposé de certains propos du Premier ministre de la RS qui prévoit qu’un jour ou l’autre cette question se posera. Cela fait sans doute partie des bisbilles courantes entre les meilleurs des amis.

Ce que l’initiative de Boris Tadic sur Srebrenica recèle d’opportunisme ne doit pas empêcher d’en apprécier l’importance, à condition bien sûr qu’elle aboutisse à un résultat probant, ce qui exigera une grande faculté d’oubli de la part de certains hommes politiques serbes qui se déclarent aujourd’hui en accord avec leur président. On pense en particulier aux ministres et députés du SPS, impliqués jusqu’au cou dans la politique de Milosevic tout au long des années 90, mais aussi à tous ceux, qui pour ne pas avoir fait partie des cadres du régime, n’en ont pas moins soutenu les thèses grand-serbes qui ont conduit au désastre. Au delà de ces problèmes de conscience, une résolution sans ambiguïté du Parlement serbe sur Srebrenica marquerait néanmoins un moment important dans le travail de mémoire qui s’impose à la société serbe. Mais elle ne remplacera pas l’arrestation effective de Ratko Mladic, quelque peu mise ces temps-ci sous le boisseau après le témoignage de satisfecit rendu aux autorités de Belgrade par le procureur du TPI Serge Brammertz. Il est vrai que le ministre de l’intérieur de Serbie, Ivica Dacic, chef du SPS (parti socialiste serbe) fondé par Slobodan Milosevic, estime que l’essentiel est de continuer de rechercher le fugitif, son arrestation elle-même étant une question secondaire. Il a probablement plusieurs bonnes raisons de penser ainsi.

Les développements de ces derniers jours, quelles que soient les interrogations qu’ils suscitent, indiquent au moins que le meilleur moyen de faire avancer les choses dans les Balkans occidentaux est de passer par l’incitation à prendre le chemin de l’intégration à l’Union européenne, aussi bien pour permettre aux populations de la région de sortir de leur enfermement, par l’exemption des visas dont devra bientôt bénéficier aussi la BH, que par l’aide économique plus que jamais nécessaire en ces temps de crise générale.

S’agissant de la Bosnie-Herzégovine, il ne suffira pas d’écarter la menace peu crédible des référendums brandis et chaque fois remisés par Milorad Dodik, mais bien de réorganiser en profondeur le système politique et institutionnel bosnien, ce qui est à l’opposé du statu quo défendu avec acharnement par les dirigeants de la RS. Sur ce point, comme sur d’autres et notamment le Kosovo, Boris Tadic et les autorités de Belgrade auront encore bien des preuves à donner de leur volonté de rétablir un climat pacifié dans la région en vue de son intégration globale dans l’Union européenne.

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