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L’exemption des visas pour les Bosniens,et après ?

mardi 9 novembre 2010


En décidant d’exempter de visas d’entrée dans l’espace Schengen les citoyens de l’Albanie et de Bosnie-Herzégovine, les ministres de l’intérieur des 27 réunis à Bruxelles le 8 novembre, ont aligné le statut de ces deux pays sur le régime commun des Balkans occidentaux, à l’exception du Kosovo, dont la situation est particulière, en raison notamment de sa non reconnaissance par cinq des membres de l’UE. La décision a été prise à l’unanimité, mais après de vives discussions dues aux réserves soulevées par l’Allemagne, la France, le Danemark et les Pays-Bas, qui ont obtenu que soit exercé un strict contrôle des droits accordés, pouvant aller jusqu’à la remise en cause de la libéralisation des visas pour toute la région.

La mesure, qui doit entrer en application le 15 décembre, a été accueillie par des félicitations internationales et à la satisfaction générale de l’opinion et des milieux politiques bosniens, avec des interprétations différentes des causes du retard de la BH par rapport à ses voisins, chaque camp ayant la sienne pour rejeter sur l’autre la responsabilité de la prolongation de l’attente. Saluée comme un pas en avant marquant vers l’intégration européenne de la BH, cette libéralisation a été annoncée juste avant la publication du rapport annuel de la Commission de Bruxelles sur la situation du pays, extrêmement négatif quant aux progrès réalisés dans ce sens. Si la réparation, tardive, de l’injustice faite aux citoyens bosniens est la bienvenue, elle ne règle rien sur le fond du problème qui est celui, signalé une nouvelle fois par ce rapport, de "l’absence d’une vision partagée de la direction du pays par ses dirigeants politiques", de la persistance de la "rhétorique nationaliste" et du comportement de la direction la Republika Srpska,, dénoncé en ce qu’il porte atteinte à l’intégrité territoriale de la BH et à la négation de la gravité des massacres commis pendant la guerre.

Les discussions entamées entre les partis politiques bosniens en vue de la formation des coalitions gouvernementales à tous les niveaux (Etat, entités, cantons de la Fédération) laissent pour le moment ouvertes toutes sortes de solutions, de celle qui prolongerait le système actuel de partage mathématique des fonctions et d’immobilisme dévastateur à celle qui permettrait une révision efficiente de ce système bloqué, en passant par un rafistolage réduit à quelques changements limités. En concluant un accord avec le principal parti de son opposition en RS, le SDS (parti fondé par Karadzic), le SNSD de Milorad Dodik, a rassemblé la majorité du camp serbe pour s’opposer à toute réforme du fonctionnement des institutions de la BH. Cet accord a été scellé avec le soutien du ministre des Affaires étrangères de Serbie Vuk Jeremic, venu spécialement à cette occasion à Banja Luka. On relèvera que le rapport de la Commission de Bruxelles sur la Serbie, par ailleurs très critique, félicite la Serbie pour ses progrès en matière de coopération avec la BH, ignorant ainsi les encouragements de Belgrade à la politique de Dodik, mise pourtant en cause par cette même Commission. Cette discordance est peut-être due à ce que l’auteur du rapport sur la Serbie n’a pas lu le rapport de son collègue sur la Bosnie-Herzégovine, signe du mal qu’ont les autorités européennes à appréhender la situation dans la région.

C’est sans doute pour aider les responsables de l’UE à y voir un peu plus clair, que le Premier ministre slovène, Bohut Pahor, a nommé l’ancien Président de la Slovénie, Milan Kucan, envoyé spécial en Bosnie-Herzégovine. Milan Kucan a accepté cette mission, conçue comme une assistance aux dirigeants bosniens dans la recherche d’une solution au problème constitutionnel de la BH. Bien que rejetée d’emblée par Milorad Dodik, cette intervention pourrait aboutir à un rapport qui serait remis aux autorités de Bruxelles et en particulier à Catherine Ashton qui a , dès son entrée en fonction, affiché son intention de promouvoir une nouvelle politique en direction de la Bosnie-Herzégovine. Pour autant que l’exemption des visas est une bonne nouvelle, elle devra être suivie d’autres actes de rupture, de la part des responsables bosniens et internationaux, pour que la Bosnie-Herzégovine et ses citoyens prennent leur place normale dans l’espace européen.

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