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Le langage de vérité de Doris Pack

mercredi 29 avril 2009


Doris Pack, députée européenne, présidente de la délégation du Parlement européen pour les relations avec le Sud-est européen, à l’origine de la résolution adoptée par l’Assemblée de Strasbourg le 24 avril, est venue faire sur place l’explication de ce texte devant les responsables politiques et l’opinion publique bosniens.

Loin du flou artistique qui entoure les discours convenus des représentants de la Communauté internationale chargés du dossier, qui fut tout récemment celui entretenu par la troïka européenne passée à Sarajevo, elle a clairement exposé à ses interlocuteurs ce qui, selon elle, devait changer pour que la Bosnie-Herzégovine se redresse et s’engage réellement sur la voie de son intégration à l’Union européenne.

Elle a critiqué le fait qu’après avoir signé l’Accord de stabilisation et d’association avec Bruxelles il y a près d’un an, la BH n’ait toujours pas procédé aux nominations nécessaires aux postes de direction d’institutions tels que l’office pour l’intégration européenne, l’agence de régulation des communications ou l’administration de la fiscalité indirecte, du fait de différends portant sur la nationalité de leurs titulaires, ce qui ne devrait pas jouer. Elle a relevé, comme une honte, que les fonds de pré-adhésion alloués à la BH par l’UE pour l’année 2007, n’aient pas pu être employés, faute de coordinateur. Plus généralement, elle a mis en évidence l’incapacité chronique des instances gouvernementales centrales à élaborer et mettre en œuvre les réformes indispensables à l’accession aux structures européennes et d’abord à la libéralisation du régime des visas qui importe en premier chef aux citoyens bosniens.

Pour faire face à la crise financière, la députée européenne a appelé la Fédération à déployer un effort particulier en vue de réduire le poids de ses dépenses publiques, anormalement lourd du fait de l’administration de ses 137 ministères cantonaux [dus aux accords de Washington de 1994], mais elle a lancé ses flèches les plus acérées aux dirigeants de la RS, accusés d’être les principaux responsables des blocages observés. Elle a dénoncé leur volonté d’ériger leur entité en Etat et remarqué que le maintien du bureau du Haut-Représentant, dont ils demandent la fermeture, était la conséquence de leur refus de considérer la Bosnie-Herzégovine comme leur pays. Elle a, entre autres, critiqué les attaques des politiciens de la RS contre les institutions judiciaires comme la Haute Cour ou le Conseil des Procureurs, dont l’impartialité est mise en doute chaque fois que l’un des leurs est soupçonné ou impliqué dans une affaire, ce qui est actuellement le cas de Milorad Dodik, Premier ministre de l’entité serbe, comme d’un autre côté, celui de l’ancien et de l’actuel Premiers ministres de la Fédération, Edhem Bicakcic et Nedzad Brankovic.

Milorad Dodik a immédiatement répliqué à Doris Pack par le leitmotiv de ses déclarations quotidiennes selon lequel il ne fait que parler et agir dans le cadre des accords de Dayton. Pour lui, "il n’y a pas de voie qui pourrait mener la RS à sacrifier son intérêt vital et sa position constitutionnelle en BH, même au prix de l’UE", répétition d’une formule maintes fois déclinée sur tous les tons. Dans une très récente interview à Radio Free Europe, il a relancé sa menace de séparation de la BH, ce qui le place pourtant hors du cadre de Dayton. Tout en déclarant qu’il respectait les accords de Dayton, il y affirmait que le RS serait toujours tournée vers la Serbie car c’était la patrie des Serbes de Bosnie alors que la Bosnie-Herzégovine leur avait été imposée. Il y exprimait aussi sa conviction que la RS suivrait un jour l’exemple du Kosovo, par des moyens légaux et démocratiques, sans préciser lesquels.

Entre la conception d’une Bosnie-Herzégovine européenne développée par Parlement européen et celle défendue à tous crins par Milorad Dodik, il y a, à l’évidence, un fossé et une incompatibilité. Si Doris Pack a tenu en Bosnie un langage de vérité, ce n’est malheureusement pas celui des gouvernements européens, de la Commission et du Conseil européens, qui ne veulent pas voir et dire où se situe le principal obstacle à l’instauration d’un véritable Etat de BH. S’il est vrai que tous les partis bosniens qui se partagent le pouvoir ou ses miettes , avec les intérêts économiques qui y sont attachés, n’ont pas une réelle volonté de sortir du statu quo, il n’en est pas moins clair, et les propos de Milorad Dodik en témoignent, que ce sont les dirigeants de la RS qui refusent ouvertement que l’Etat central soit doté des compétences nécessaires pour qu’il fonctionne et puisse définir une politique globale pour le pays. Sur ce point crucial, les instances européennes exécutives sont muettes. Appeler à l’entente des parties, toutes mises sur le même plan,relève de la fiction, fiction qui ne profite qu’à ceux qui se satisfont de l’inexistence de la Bosnie, en attendant sa déconfiture finale qui permettrait la reconstitution d’une petite Grande-Serbie, à défaut de la Grande, bien morte. Mais à quel prix pour la région et pour l’Europe tout entière ?

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PS- Dans un communiqué du 23 avril, le "Cercle 99", de Sarajevo, a dénoncé l’injustice et l’absurdité du procès intenté à Florence Hartmann par le TPIY.


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