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La Bosnie-Herzégovine se rapproche de l’OTAN. Les Présidents de BH, de Serbie et de Turquie se rencontrent à Istanbul

mardi 27 avril 2010


Deux rencontres diplomatiques viennent d’apporter des éléments nouveaux dans le paysage des relations interrégionales des Balkans, qui pourraient avoir des répercussions sur la situation en Bosnie-Herzégovine, si l’évolution qui se profile devait se confirmer.

La première a été la réunion le 22 avril à Tallin, des ministres des affaires étrangères de l’OTAN qui ont invité la Bosnie-Herzégovine à rejoindre le plan d’action d’adhésion à l’Alliance atlantique ( MAP, pour "Membership action plan" ), sous conditions, la principale étant que soit réglée la question de la propriété des biens militaires, qui devrait revenir à l’Etat central. Cette décision, un peu inattendue, aurait été prise notamment à la demande de la Turquie et à la satisfaction des Etats-Unis. Saluée par l’unanimité des partis de la Fédération qui y voient un progrès de la BH dans son intégration aux structures euro-atlantiques, elle a provoqué des réactions mitigées en RS. Cette invitation, si elle n’ y est pas frontalement attaquée , va en effet à l’encontre de l’ orientation générale des politiques de l’entité serbe..Elle contredit leur hostilité à l’adhésion à l’OTAN, dont Milorad Dodik aussi bien que la plupart de ses opposants, voudrait qu’elle soit soumise à un référendum en RS, elle risque d’éloigner l’entité serbe de la Serbie qui souhaite pour sa part rester en dehors de l’alliance, elle les soumet à une pression accrue pour accepter les réformes dont la BH a besoin pour se constituer en un Etat viable et stable, condition d’adhésion posée par l’organisation atlantique. Le membre serbe de la présidence collégiale Nebojsa Radmanovic, s’il remercie l’OTAN de sa prise de position positive, n’en estime pas moins que le ministre des affaires étrangères de BH, Sven Alkalaj n’avait pas de mandat pour participer à la réunion de Tallin.Milorad Dodik et les autres dirigeants de la RS préviennent qu’ils n’accepteront pas d’attribution de propriété militaire contraire à leur conception de la répartition des biens publics entre l’Etat et les entités, celles-ci étant tenues par eux comme propriétaires de premier rang.

La seconde marque encore plus nettement le poids que prend la Turquie dans la région. La diplomatie de ce pays a en effet réussi à réunir le 24 avril à Istanbul autour du président turc Abdullah Gul, le président serbe Boris Tadic et l’actuel président de la présidence collégiale bosnienne, Haris Silajdzic, celui qui avait durement critiqué il y a quelques jours à Mostar son collègue de Belgrade. Les trois dirigeants se sont mis d’accord sur une déclaration qui pose, selon les termes repris par la radio nationale serbe, que "la politique régionale devrait être basée à l’avenir sur l’assurance de la sécurité, le dialogue politique permanent et la préservation des spécificités multiethniques, multiculturelles et multiconfessionnelles de la région". La déclaration annonce aussi une prochaine visite à Belgrade des trois membres de la présidence bosnienne et il a été indiqué que les présidents serbe et turc seraient présents à la cérémonie de la 15° commémoration du massacre de Srebrenica. Si les intentions affichées étaient suivies d’effets, il ne serait pas abusif de considérer qu’il s’agirait d’un événement de première importance, sinon d’un tournant historique comme l’estiment certains commentateurs.

Après les entretiens répétés entre les présidents de Croatie et de Serbie, qui ont abouti à un réchauffement des relations entre ces deux pays, après le vote par le parlement serbe de sa déclaration sur Srebrenica généralement accueillie, malgré ses insuffisances, comme un pas en avant, après cette dernière rencontre d’Istanbul, il est évident que Boris Tadic s’est lancé dans un forcing pour convaincre ses interlocuteurs européens et américains de sa bonne foi pacifique et proeuropéenne, pour faire accepter au plus vite sa candidature à l’Union européenne. Les dirigeants européens ne lui ménagent pas les éloges, de même que ceux des Etats-Unis où le Sénat a voté une résolution en faveur de la Serbie.

Les tests de certification de cette bonne volonté sont connus. Le premier concerne la Bosnie-Herzégovine et la question est de savoir si la Serbie est prête à retirer son soutien à Dodik et aux dirigeants de la RS qui se refusent à procéder aux réformes nécessaires, en premier lieu constitutionnelles, pour assurer la survie du pays. Si l’on se rappelle que ce ne serait la première fois que les politiciens de Belgrade lâchent leurs acolytes en dehors des frontières de la Serbie, il n’ y a là rien d’impossible encore que la manoeuvre soit délicate de la part de dirigeants qui ont constamment défendu une politique opposée. Après la désapprobation de la déclaration du parlement serbe sur Srebrenica par les autorités de Banja Luka, celles-ci ont réagi de la même manière à l’égard du communiqué tripartite d’Istanbul. Le membre serbe de la présidence bosnienne Nebojsa Radmanovic a proclamé que cette déclaration ne contribuerait pas à la stabilité de la BH ni à ses relations de bon voisinage avec la Serbie et que le président en exercice de la BH, Haris Silajdzic avait violé la constitution en signant un texte sans l’autorisation des autres membres de la présidence. Les représentants de presque tous les partis de la RS sont sur la même ligne, déniant la représentativité d’Haris Silajdzic et s’inquiétant de l’intrusion de la Turquie dans les affaires balkaniques, particulièrement celles de la BH. Dans une interview au journal "Vecernje novosti", de Belgrade, Milorad Dodik met directement en cause la politique de Belgrade, s’étonnant que la Serbie accepte ce rôle grandissant de la Turquie et revenant sur la nocivité de la déclaration du parlement serbe sur Srebrenica. Il y renouvelle son opposition à l’adoption d’un tel texte par le parlement de BH. et précise :" Ma position était et demeure claire : si quelqu’un vient et offre l’Europe en échange de la reconnaissance du génocide de Srebrenica, je dirai : merci pour l’Europe. Mes actions ne seront pas guidées par quelque Jelko Jacin [euro-député slovène] qui a mis le feu aux Balkans et désire maintenant en finir avec le peuple serbe et la Serbie. C’est cet homme qui a proposé la résolution du Parlement européen sur Srebrenica". Le Premier ministre de la RS réexpose dans la même interview ses vues sur le caractère difficilement viable de la BH, qui ne pourrait exister que comme une "très, très lâche union de deux Etats dans leur structure actuelle, l’un étant la RS". Une faille s’est ainsi manifestement ouverte entre Belgrade et Banja Luka, sans que l’on sache encore si elle se résorbera ou au contraire s’élargira. Cela dépendra grandement des futurs gestes des dirigeants de la Serbie pour prouver qu’ils sont bien décidés à réorienter leur politique à l’égard de la Bosnie-Herzégovine. Ce signe pourrait être lancé à propos des cas d’ Ilija Jurisic (en prison en Serbie) et d’Ejup Ganic (en liberté conditionnelle à Londres) pour des actes de guerre en BH qui ne justifient pas la compétence des tribunaux serbes. Mais le ministre des affaires étrangères de Serbie, Vuk Jeremic, vient de déclarer que la Serbie maintenait sa demande d’extradition de l’ancien membre de la présidence de BH, toujours en cours d’examen par la justice britannique. C’est cette position que soutient aussi Milorad Dodik.

Le deuxième de ces tests concerne le Kosovo et s’il semble que la direction serbe soit encline à lâcher du lest à propos de la BH, elle n’entend pas encore le faire pour reconnaître que sa "province méridionale" a définitivement échappé à la domination de Belgrade. D’où les affirmations réitérées de Boris Tadic, de son ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic et des autres responsables serbes, sur le double impératif de la politique de la Serbie : l’adhésion à l’Union européenne et la préservation simultanée de l’intégrité territoriale du pays, Kosovo inclus, ce qui relève à l’évidence de la quadrature du cercle.

Mais tout ne pouvant pas venir en même temps, on s’attachera à suivre l’évolution des relations interrégionales à la suite de la déclaration d’Istanbul. Un premier obstacle de taille à l’amélioration promise pourrait se dresser à propos de la représentation kosovare à la conférence prévue en juin à Sarajevo, à moins que l’entregent turc permette de trouver la formule qui satisferait tout le monde.

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