Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > La Bosnie-Herzégovine, les Etats-Unis et la Cour Pénale Internationale

La Bosnie-Herzégovine, les Etats-Unis et la Cour Pénale Internationale

mercredi 14 mai 2003


Les pourparlers avec l’Etat américain, qui insiste pour signer avec la Bosnie-Herzégovine un accord bilatéral garantissant que les citoyens américains ne seront pas soumis à la juridiction de la Cour Pénale Internationale, donnent lieu à un véritable chantage. La condition imposée est la suivante : ou vous signez cet accord ou nous cessons notre aide militaire... L’Amérique a le droit d’accorder de l’aide à qui elle veut, celui aussi de la lui refuser. Mais si l’on est la première superpuissance militaire et politique et que l’on prétend contrôler le monde, on ne devrait pas perdre le sens de la mesure mais au contraire se montrer, dans tous les domaines, supérieur aux autres. Néanmoins, depuis un certain temps déjà, l’Amérique ne semble guère se soucier de ce que les autres peuvent penser d’elle. Malgré l’accord de Dayton et le programme d’armement et d’entraînement qui s’est prolongé pendant plusieurs années, l’aide militaire octroyée à la Bosnie-Herzégovine est en fait identique à celle que les Etats-Unis ont offert, ou offrent, aux autres pays européens en transition. Dans l’ensemble, tous les pays faisant ou ayant fait partie du programme du Partenariat pour la paix (PfP), ont bénéficié de cette aide, y compris ceux qui ne sont devenus que plus tard membres de l’OTAN. Il s’agit d’un échange d’expériences dont le but est de permettre à ces pays d’adopter le plus rapidement possible les normes démocratiques en vigueur aux Etats-Unis et observées par l’OTAN, permettant à la société civile de contrôler l’armée professionnelle. L’Amérique élargit ainsi le cercle de ses alliés et le pays "partenaire" voir s’ouvrir des perspectives d’intégration militaire et politique. D’autant plus qu’au sein de l’OTAN, la voix de l’Amérique se fait certainement un peu plus "entendre" que celle des autres membres.

L’un de ces programmes typiques est le programme de préparation et d’entraînement militaire (IMET) qui permet à certains officiers étrangers de suivre des cours ou des stages spécialisés. J’ai rencontré des officiers croates, slovènes et bosniaques qui ont ainsi eu l’occasion de se connaître, se sont fait des amis et gardent de bons souvenirs d’Amérique, qu’ils évoquent une fois rentrés chez eux. Exemple parfait de la façon dont les Américains savent nouer des amitiés et faire bonne impression. Un autre programme (JCTP), qui consiste à mettre des équipes directement en contact, se révèle encore plus ambitieux et plus concret. Cela consiste à établir des liens entre différentes unités, dont les membres visitent ensemble des installations et institutions militaires, assistent à des conférences et procèdent à des échanges de cadres et d’officiers. Le gouvernement américain se met généralement d’accord avec l’un des Etats alliés pour mettre sur pied une coopération entre ses troupes nationales et les pays partenaires. C’est ainsi que la Slovénie a été "jumelée" avec les troupes nationales du Colorado, la Croatie avec celles du Minnesota et la Macédoine avec celles du Vermont. Les forces armées de Bosnie-Herzégovine sont censées être jumelées à celles du Maryland, qui ont déjà acquis une certaine expérience dans ce domaine avec l’un des pays baltes. Le problème, dans ce cas concret, est évidemment le fait que, pour le moment du moins, il existe deux armées en B-H, ce qui risque de compliquer un peu les choses avec le Maryland, mais devrait pourtant favoriser un certain rapprochement entre l’armée de la Republika Srpska et celle de la Fédération, ainsi que l’harmonisation de leurs standards en matière d’équipement et d’entraînement. Non seulement ceci est l’une des conditions posées par l’OTAN pour faire partie du PfP, mais cela influera aussi très certainement sur la stabilisation de la paix en B-H. D’autres pays, tels que la Turquie, la France et la Grèce accordent également une aide militaire à la B-H et à ses entités. Mais celle-ci est surtout orientée vers l’apprentissage des langues étrangères et l’organisation de stages dans les différentes académies. Aucun de ces programmes n’est aussi global et approfondi que le programme américain. La B-H et ses forces armées pourraient évidemment se passer de cette aide américaine, mais j’estime que dans ce cas elle prendrait au moins cinq ans de retard avant d’être en mesure d’adopter les normes garantissant le contrôle démocratique des forces armées par la société.

C’est aux militaires, aux pouvoirs et à la population de Bosnie-Herzégovine qu’il revient de décider de leur future armée et si ce retard est justifié. Il est malheureusement plus que probable que la décision finale sera prise dans une atmosphère de conflits politiques permanents et sans la participation des véritables experts et de l’opinion publique...

Antonio PRLENDA Journaliste à Oslobodjenje article paru dans ce journal le 3.05.2003

(traduction : Nicole Philip-Dizdarevic)


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP