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En Bosnie-Herzégovine, les années passent et se ressemblent

vendredi 2 janvier 2009


En Bosnie-Herzégovine, les années se suivent et se ressemblent, avec la circonstance aggravante qu’avec la crise mondiale qui durcira encore plus les difficultés économiques et sociales du pays, s’ajoutent les fractures dues à un système politico-institutionnel qui l’empêche d’accéder à une situation "normale".

Le mot d’ordre qui rassemble tous les acteurs locaux et internationaux de la scène bosnienne est que la solution des problèmes doit être recherchée dans le processus d’intégration à l’Union européenne, mais ceci admis, le point positif marqué par la signature, en juin dernier, de l’Accord de stabilisation et d’association avec Bruxelles ne s’est pas concrétisé par les réformes attendues, ce qui place la Bosnie-Herzégovine en queue de tous les pays de la région.

Devant ce blocage persistant depuis l’entrée en vigueur des accords de Dayton, c’est-à-dire depuis 13 ans, les autorités internationales qui ont imposé ce carcan répètent qu’il tient aux dirigeants bosniens, et à eux seuls, de procéder aux aménagements nécessaires pour que les institutions fonctionnent, ce qui suppose qu’ils parviennent à des compromis. C’est le langage aussi bien du Conseil de mise en œuvre des accords (PIC), émanation de la"Communauté internationale" que des instances de l’UE, repris par leur Haut-Représentant en Bosnie, actuellement le diplomate slovaque Miroslav Lajcak, réduit au rôle d’intermédiaire et de donneur de leçons, alternant réprimandes et bons points selon les actes ou les propos dérangeants ou inflammatoires des uns et des autres.

Après le projet de réforme constitutionnelle de 2006 qui a échoué du fait de l’opposition du SBiH dirigé par Haris Silajdzic, celui sur la police qui a été conclu en avril 2008 grâce au même Silajdzic, mais qui n’a, en fait, rien changé à la réalité des choses en maintenant des polices séparées selon le désir des dirigeants de la RS, le dernier accord, dit de Prud, intervenu entre les trois partis nationalistes majoritaires ( SNSD serbe de Milorad Dodik, SDA bosniaque de Sulejman Tihic et HDZ-BIH croate de Dragan Covic) a été accueilli par les partenaires eux-mêmes et par les tuteurs internationaux de la BH comme la preuve que les dirigeants bosniens pouvaient finalement, avec un peu de bonne volonté, s’entendre. Il reste néanmoins, pour que cet accord se réalise, qu’il soit adopté par une majorité qualifiée du Parlement, alors que le SBiH et le HDZ-1990 (deuxième parti nationaliste bosniaque et deuxième parti nationaliste croate), membres de la coalition gouvernementale, ainsi que le SPD (parti social-démocrate, extérieur à la coalition gouvernementale) s’y opposent. Les critiques du texte de Prud observent que l’inscription dans le recensement des mentions de religion, de langue et de nationalité entérinera la purification ethnique sans que soit assurés les retours promis, que la dévolution des biens publics telle qu’elle est prévue profitera aux entités au détriment des institutions communes et que la réforme constitutionnelle projetée sera sans signification face à la réaffirmation maintes fois exprimée par les dirigeants de la RS que l’entité serbe n’acceptera aucune restriction de ses compétences, voire reviendra sur celles qui sont actuellement détenues par l’Etat central. Milorad Dodik vient encore de renouveler sa détermination de ne rien céder sur ce point.

Le seule nouveauté dans le paysage politique bosnien vient du changement d’attitude du SDA,du moins de son président Sulejman Tihic qui a, semble-t-il, décidé de jouer la carte de l’entente avec Milorad Dodik, vraisemblablement pour s’attirer les bonnes grâces des autorités de Bruxelles, sans doute aussi parce que l’alliance formelle des deux branches du nationalisme bosniaque, qui bat de l’aile depuis longtemps, ne pouvait plus durer dans le redoublement des rivalités personnelles et des conflits qui opposent le SDA et le SBiH d’Haris Silajdzic pour le partage des grandes entreprises sources de profits, comme celles des télécommunications ou de l’énergie. C’est la cohésion de la Fédération qui est mise en pièces dans cette confrontation, l’entité étant par ailleurs minée par sa fragmentation en dix cantons et les revendications des deux formations HDZ, elles aussi en compétition pour la primauté dans la représentation croate, le SDP jouant sa partie en voulant se poser au-dessus de ces considérations "ethniques" ou d’intérêts économiques.

Face à cette extrême division de la Fédération, Milorad Dodik a beau jeu de se présenter comme le dirigeant incontesté de son entité, qu’il définit comme quasi indépendante au sein d’une Bosnie-Herzégovine de fait inexistante, car telle est son interprétation des accords de Dayton, approuvée comme il se doit par la Serbie et la Russie. Si la Communauté internationale et l’Union européenne condamnent verbalement cette posture, elles l’avalisent pratiquement en soutenant, au nom des compromis nécessaires, tous les accords qui enregistrent progressivement le renforcement de la partition de la Bosnie-Herzégovine. Au moment où la République tchèque prend la présidence de l’Union européenne, on peut noter qu’un expert du Sud-est européen de ce pays, Jan Pelikan, avance l’idée, dans un article du quotidien croate "Jutarnji list", qu’il serait peut-être bon de remplacer le concept d’unité de la BH par celui de sa "division contrôlée".

Négligence, résignation, absence d’imagination, ou bien désir d’apaiser à tout prix le camp serbe considéré de nouveau comme le principal facteur de stabilité dans les Balkans, la tendance à laisser tomber la Bosnie-Herzégovine ne laisse rien augurer de bon pour l’avenir européen de la région, d’autant plus que Belgrade s’engage de plus en plus dans l’alliance russe, illustrée par l’accord énergétique avec la Russie et l’influence grandissante du SPS (parti de Milosevic) au sein du gouvernement serbe. Que Dodik déclare préférer la RS à l’UE et Tadic dire de même en ce qui concerne le Kosovo, cela n’ébranle apparemment pas la confiance des dirigeants européens dans la profession de foi européenne des gouvernements de Belgrade et de Banja Luka. Il y aurait pourtant là matière à interrogation, par exemple à propos d’une interview donnée au journal Vecernje Novosti, de Belgrade, du 27 décembre, par le ministre SPS de l’énergie du gouvernement serbe Petar Skundric pour qui " la Serbie n’a pas de meilleur ami que la Russie, tandis que l’Union européenne est pour nous d’une importance stratégique".

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