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La Serbie-Monténégro sur la route de l’Europe, la Bosnie-Herzégovine au bord du chemin

vendredi 30 septembre 2005


On s’attend à ce que les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne approuvent le 3 octobre la position du Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, en faveur de l’ouverture de négociations avec la Serbie-Monténégro en vue de la conclusion de l’accord de stabilisation et d’association nécessaire à la poursuite du processus d’adhésion à l’Union européenne de cet Etat. Le commissaire à l’élargissement Olli Rehn pourrait engager les pourparlers dès le 10 octobre, à Belgrade.

Les dirigeants européens passeront ainsi outre aux objections antérieures de la procureure en chef du TPI, Carla Del Ponte, qui demandait l’arrestation préalable, par la autorités serbes, de Ratko Mladic. Face à ce désaveu, elle semble toutefois faire contre mauvaise fortune bon cœur, estimant que cette arrestation conditionnera la signature finale de l’accord mis en discussion, et que la Serbie se trouvera contrainte au bout du compte de respecter ses obligations envers la justice internationale. Dans un propos tenu au « Daily Telegraph », de Londres, elle a déclaré qu’elle pensait que Karadzic se trouve maintenant en Serbie, ce qui alourdit encore la responsabilité de Belgrade dans la traque des criminels de guerre.

Dans un commentaire du 28 septembre, le correspondant à Belgrade de l’agence Reuters explique la décision européenne par la nécessité de disposer d’une « carotte » pour inciter la Serbie à accepter pour le Kosovo la solution qui sortira des discussions qu’engagera prochainement l’ONU sur le statut définitif de ce territoire. Selon Javier Solana, cité par Reuters, « Maintenir la perspective d’adhésion européenne est la seule manière pour nous de disposer d’un vrai levier sur les dirigeants locaux pour qu’ils prennent les difficiles décisions nécessaires au règlement (de la question) du Kosovo ».

En ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine, l’arrestation de Karadzic semble avoir aussi disparu de l’agenda de l’ouverture de la négociation de l’accord de stabilisation et d’association, mais la réforme de la police conforme aux principes posés par Bruxelles est demeurée l’obstacle rédhibitoire qui maintient le pays à la porte de l’Union européenne, un dernier délai de quelques jours ayant été accordé par le Haut-Commissaire Paddy Ashdown au parti au pouvoir en RS, le SDS, sous le coup de sanctions financières qui menacent son existence. Ce parti, divisé entre jusqu’au-boutistes emmenés par le Premier ministre de l’entité serbe Bukejlovic et les partisans d’un compromis groupés autour du Président Cavic, joue la crise, qui se propagerait de RS à la Bosnie-Herzégovine toute entière, la majorité parlementaire et gouvernementale étant composée, au niveau central, des partis partenaires et antagonistes SDA, SDS et HDZ.

Il est de plus en plus question d’élections anticipées, les appréciations variant sur les conséquences de la pression exercée sur les dirigeants de la RS quant aux réactions des électeurs de l’entité. La « carotte », sous forme de « plus d’investissements, plus d’emplois, plus de retraite et des visas de sortie », brandie par le Haut-Commissaire pour engager les Serbes de Bosnie à prendre le chemin de l’Europe se montrera -t-elle efficace face aux surenchères nationalistes qui continuent de parier sur les frustrations, les peurs, les ressentiments et autres sentiments mêlés d’une population enfoncée dans sa misère ?

Milorad Dodik, dirigeant du SNSD (sociaux-démocrates indépendants),principal part de l’opposition réputé « modéré », qui a le vent en poupe en RS, vient en tout cas de défendre une nouvelle fois l’existence de l’entité serbe, envisageant même l’hypothèse d’une « séparation » si la B.-H. ne se maintenait pas comme organisation fédérale comprenant trois unités, ce qui apporte de l’eau au moulin du HDZ, mais a suscité de vives réactions de la part des partis de la Fédération les plus enclins à collaborer avec lui dans le cadre d’une alternative à la coalition des trois partis nationalistes.

A l’approche du dixième anniversaire de la signature des accords de Dayton, la question de l’avenir institutionnel de la Bosnie-Herzégovine est plus que jamais posée. Pour Richard Holbrooke, principal artisan de ces accords, et Wolfgang Petritsch, ancien Haut-Représentant, les institutions de Dayton sont incompatibles avec l’appartenance à l’Union européenne. Beriz Belkic, député à la Chambre des représentants de B.-H. et membre du Parti pour la B.-H. ( SBiH), annonce de son côté que des conversations sont en cours entre représentants de presque tous les partis du pays. Il pense qu’ « une combinaison constitutionnelle respectant une conception civique et le fait que trois peuples constituants vivent en B.-H. sera probablement élaborée. Nous aurons toujours une dose de fédéralisme dans cette solution. »

La diplomatie européenne, quant à elle, si elle pense pouvoir se servir du levier de l’adhésion pour pousser la Serbie sur la voie de la raison en ce qui concerne le Kosovo, devrait aussi prendre en considération les relations entre dirigeants de Belgrade et de Banja Luka pour faire savoir aux uns et aux autres que l’avenir des Serbes de Bosnie ne se définira pas ailleurs qu’en Bosnie-Herzégovine, dont la capitale est Sarajevo.

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