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Des images de haine

Le Kosovo vu de Bosnie-Herzégovine

lundi 22 mars 2004


Les lieux de culte en flamme et une foule en délire appâtée par l’odeur du sang, telles sont les images qui nous arrivent ces jours-ci du Kosovo et de Serbie. Les images d’une haine religieuse et nationale couvée et entretenue sous l’aile d’une politique que nous connaissons tous. Ces scènes de destruction sont pour les citoyens de Bosnie-Herzégovine synonymes d’appréhension et - pour beaucoup - de peur. Réaction normale pour des gens qui ont eux-mêmes ressenti toute l’horreur des débordements et de la violence nationaliste.

Une éventuelle guerre au Kosovo mettrait le feu aux poudres dans toute la région. Mais même si l’on exclut cette possibilité, les troubles au Kosovo ne laissent rien présager de bon pour la stabilité de notre pays. Sachant qu’ils ont perdu le Kosovo, les politiciens serbes radicaux de Belgrade, parmi lesquels le Premier ministre Vojislav Kostunica, conditionnent l’indépendance du Kosovo à l’annexion de la Republika Srpska par la Serbie. Si l’on tient compte de l’état d’esprit qui règne actuellement de l’autre côté de la Drina, on ne peut que louer les réactions modérées des hommes politiques les plus responsables de la RS, en premier lieu de son président Dragan Cavic, qui a lancé l’appel suivant à ses concitoyens : "Nous n’avons pas le droit de laisser nos émotions nous entraîner dans la voie de la destruction".

Je ne pense pas que ce soit là l’expression d’un amour particulier de Cavic pour la Bosnie-Herzégovine, car ce qui l’intéresse avant tout c’est le sort de la Republika Srpska, mais au vu de la situation, cette prise de position mérite d’être relevée. Il serait naturellement ridicule d’affirmer que Serbes, Croates et Bosniaques interprètent ces événements de la même façon. Chacun se laisse guider par ses propres émotions. Il en a toujours été ainsi en Bosnie. Mais tant que les émotions resteront sous le contrôle de la raison et de politiciens clairvoyants, la vie en Bosnie-Herzégovine restera possible. Ce qui se passe actuellement - la mise à feu d’églises au Kosovo et de mosquées à Belgrade et à Nis, ainsi que le début d’incendie dans l’église orthodoxe de Bugojno - ne peut que nous ouvrir, pour la énième fois, les portes de l’enfer.

Gojko Beric (Editorial d’ « Oslobodjenje », 20 mars 2004)


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