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Qui sont les responsables ?

Antagonismes complices en Bosnie-Herzégovine

vendredi 19 mars 2004


Le récent projet de loi sur le système de radiodiffusion publique vient d’être rejeté par le Haut Représentant, qui a déclaré que le Ministre des transports et des communications, Branko Dokic, n’avait pas su assurer l’unité de ce service, laissant la voie libre à diverses pressions politiques. Ce n’est là que l’une des sévères critiques adressées par les autorités internationales aux gouvernants bosniens. Cela a débuté par la visite du Haut Représentant à New York puis en Europe de l’Ouest, où il a qualifié les SDS, SDA et HDZ de partis nationalistes. Paddy Ashdown a maintenu la pression dès son retour, accusant le trio au pouvoir de freiner le processus de réforme. Il y a eu aussi la lettre signée par le Haut Représentant, le Commandant de la SFOR, le chef de la mission de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine et le Président de la Commission chargée de réformer le système de défense, dans laquelle ils soulignaient que la participation au partenariat pour la paix était menacée et remise en question.

Une pression toute particulière a été exercée contre la Republika Srpska, contre le SDS et son dirigeant Dragan Kalinic, qui ont été accusés d’avoir proposé des candidats "grotesques" pour le poste de ministre de la défense. Paddy Ashdown a aussi critiqué l’activité de la Commission sur Srebrenica, ainsi que son président Marko Arsovic, lequel aurait déclaré qu’à Srebrenica il y avait eu des morts des deux côtés. Le Haut Représentant tient les dirigeants de la RS directement responsables de la stagnation des travaux de la Commission. Les exigences concernant l’arrestation des criminels de guerre se sont aussi renforcées. Pourtant la RS continue à vanter l’héroïsme de Radovan Karadzic et de Ratko Mladic et à afficher des slogans tels que "Couteaux, Barbelés, Srebrenica", sans que cela soit sanctionné.

Le SDA a également été accusé d’exercer des pressions sur les procureurs, juges, et principaux policiers et de s’opposer à toute réforme du système judiciaire. Par ailleurs le HDZ avance de nouveau des thèses basées sur l’ethnicité et ses leaders affirment que les Croates constituent le plus large groupe ethnique. Le HDZ a exigé du SDA la signature d’un accord garantissant le droit au veto national, à tous les niveaux du pouvoir.

Les autorités internationales condamnent tout spécialement l’opposition du HDZ à l’unification du système de l’éducation. Le chef de la mission de l’OSCE, Robert Beecroft, a déclaré que la Bosnie-Herzégovine pourrait se voir supprimer une somme de plusieurs millions d’euros par la Banque mondiale en raison des obstructions intervenues dans ce domaine. Beecrof a demandé aux étudiants pourquoi ils regardaient passivement les politiciens se jouer de leur destin.

En Bosnie-Herzégovine, la situation politique est toujours caractérisée par l’imposition d’idéologies cléro-nationalistes et la soi-disant menace qui pèse sur les différents peuples, politique qui rapporte, sur le plan financier également. Si les réformes sont freinées, c’est parce qu’elles mettent en cause les intérêts des SDS, SDA et HDZ , tout comme ceux de la nouvelle classe politique bosnienne, qui exige des revenus élevés, que ce soit de manière légale ou illégale. La Commission européenne a arrêté le projet de réforme des acquisitions publiques et retiré 2 millions d’euros en raison du refus du gouvernement de la RS d’adopter un projet de loi dans ce domaine. D’importantes sommes d’argent circulent dans cette sphère et l’establishment, en RS, n’aimerait pas les voir lui échapper. Une enquête menée par Research International a montré que les gens les plus corrompus du pays étaient les politiciens, les inspecteurs des douanes et les officiers de police. Selon cette même enquête, les partis les plus corrompus sont les SDS, SDA ,HDZ et SNSD.

La situation dans le domaine des réformes révèle toute l’incapacité de la mission de paix en Bosnie-Herzégovine. Les autorités internationales, objectivement et subjectivement, ont soutenu les partis nationalistes. Mais, en Bosnie, le principal paradoxe est que malgré tout ce qui s’est passé depuis 1990, la majorité des Bosniaques votant pour le SDA votent en fait aussi pour le SDS et le HDZ, de même que les Croates votant pour le HDZ votent pour le SDS et le SDA et que les voix des Serbes confortent ipso facto le SDA et le HDZ. Ce trio permanent est élu aussi bien par le corps électoral actif que passif, principal responsable de la situation qui prévaut dans le pays.

Zija Dizdarevic


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