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La Serbie toujours à la porte de l’UE,la Bosnie-Herzégovine invisible

samedi 10 décembre 2011


La tourmente de la crise financière et monétaire qui ébranle l’Union européenne a quand même laissé une place à la question de son élargissement aux Balkans occidentaux dans les délibérations et les conclusions du Conseil des chefs d’Etats et de gouvernements du 9 décembre. A entendre les dirigeants de l’Union et ceux des pays candidats ou qui aspirent à le devenir, le pouvoir d’attraction de l’Union demeure malgré tout élevé, au moins dans les sphères officielles.

La signature du traité d’adhésion avec la Croatie était acquise. Il reste à ce traité d’être approuvé par un référendum interne et ratifié par tous les pays de l’Union avant d’entrer en application en juillet 2013. Le Monténégro s’est vu promettre une ouverture des négociations d’adhésion en juin 2012 sous condition de progrès à accomplir.

La décision la plus attendue était celle concernant la Serbie. Les dirigeants de Belgrade avaient fait le forcing pour obtenir une réponse positive à leur demande de candidature, notamment en concluant in extremis un accord sur le contrôle des passages des frontières (reconnues seulement comme limites administratives par les autorités serbes) entre la Serbie et le Kosovo. Ils avaient reçu l’appui de la grande majorité des pays de l’Union dont celui, marqué, de la France, qui veulent sans doute voir en Tadic le meilleur rempart contre le nationalisme. Mais un petit groupe d’entre eux s’y opposait, les Pays-Bas, le Royaume Uni et surtout l’Autriche et encore plus l’Allemagne, dont les soldats de la KFOR se trouvent aux prises avec les Serbes du Nord du Kosovo qui dressent les barricades. C’est finalement l’hostilité et l’intransigeance allemande qui l’ont emporté, le retour à une situation normale dans le Nord du Kosovo étant exigé, de même qu’un accord sur la représentation du Kosovo dans les forums régionaux dans les conditions non discriminatoires qu’implique la coopération régionale, ce que le Conseil a formulé comme suit :

« …..Il [le Conseil européen] se félicite que Belgrade ait repris le dialogue avec Pristina et que la Serbie mette en oeuvre de bonne foi les accords conclus, et salue l’accord intervenu sur la gestion intégrée des frontières. En vue d’octroyer à la Serbie le statut de pays candidat, le Conseil européen charge le Conseil de vérifier et de confirmer que la Serbie a continué de faire preuve d’un engagement crédible et de progresser dans la mise en oeuvre de bonne foi des accords conclus dans le cadre du dialogue, y compris sur la gestion intégrée des frontières, qu’elle est parvenue à un accord concernant une coopération régionale ouverte à tous et qu’elle a activement coopéré avec la mission EULEX et la KFOR afin de leur permettre d’exécuter leurs mandats. A la lumière de cet examen, le Conseil prendra en février 2012 la décision d’octroyer à la Serbie le statut de pays candidat, une confirmation devant intervenir à cet égard lors de la réunion du Conseil européen de mars ».

Il ressort de ce texte comme de nombreuses déclarations antérieures et postérieures à ce Conseil, émanant de personnalités européennes responsables, qu’il est demandé à la Serbie de reconnaître de fait, sinon de droit, l’indépendance du Kosovo admise par 22 pays de l’UE sur 27, et bientôt 23 sur 28. Ceci, quelle que soit la date de l’acceptation de la candidature de la Serbie. Or, et c’est toute la contradiction de la politique de Belgrade, le Président Boris Tadic prétend vouloir rejoindre l’Union européenne tout en refusant la reconnaissance explicite ou implicite, directe ou indirecte d’une réalité incontournable, contradiction dénoncée par l’opposition serbe, aussi bien ultra-nationaliste qu’européiste.

La Bosnie-Herzégovine n’a, par contre, eu droit à aucune mention dans les conclusions de ce Conseil européen. Son sort avait été réglé par le Conseil des ministres des Affaires étrangères du 5 décembre, qui lui avait infligé la plus mauvaise note depuis les années que les diverses autorités européennes égrènent leurs jugements à son sujet : pas de gouvernement [depuis 14 mois] et rien des réformes nécessaires à la candidature à l’UE, appel réitéré au sens des responsabilités des dirigeants bosniens pour y remédier, nécessité d’un Etat efficient par des réformes constitutionnelles, etc…Les ministres ont néanmoins réaffirmé leur engagement en faveur de la perspective européenne de la BH, faisant confiance pour la renforcer au représentant de l’UE, Peter Sorensen, qu’ils ont nommé pour ce faire. Ils ont aussi posé la question de la « reconfiguration » de la présence internationale en BH, avec la possible « délocalisation » du Haut-Représentant Valentin Inzko. On en parlera certainement à la prochaine réunion du PIC (Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton).

Comme d’habitude, rien n’a été dit du problème fondamental de la BH, qui est celui du système politique non viable issu des accords de Dayton et de la manière de le réformer ou plutôt de le refonder, car cela exigerait que les responsables européens sortent du ronron de leur discours sur l’appel aux bons sentiments des dirigeants bosniens et spécialement de ceux des dirigeants de la RS et du principal d’entre eux, le président de l’entité serbe, Milorad Dodik qui, jour après jour, prône la dissolution de la Bosnie-Hertzégovine dont l’UE prétend défendre l’intégrité. Faut-il rappeler que l’UE s’est dotée en mars dernier de moyens de sanctionner les personnes qui portent atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la BH ?

Faut-il aussi rappeler que la « coopération régionale », justement invoquée par l’Union européenne à propos des rapports entre la Serbie et le Kosovo, pourrait et devrait aussi l’être à propos des rapports entre la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, comme l’argumentait la lettre adressée en mai dernier par plusieurs associations et personnalités à Alain Juppé ? ( Voir le site de l’Association Sarajevo, en date du 4 mai 2011). Sous d’autres formes, et plus insidieusement que vis-à-vis du Kosovo, en soutenant inconditionnellement l’action de Milorad Dodik, Boris Tadic et son gouvernement sapent l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine, ce qui constitue une grave menace pour les Balkans occidentaux.

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