Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/ fr SPIP - www.spip.net Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/IMG/siteon0.jpg http://www.association-sarajevo.org/ 253 581 Un point de vue de Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article5 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article5 2002-12-03T23:00:00Z text/html fr Le parti social-démocrate n'a pas eu la force d'analyser les causes de sa débâcle électorale et de procéder, sur cette base, à sa propre démocratisation en revenant à ses sources, c'est-à-dire à son programme originel. <br />Le triomphe de Lagumdzija au congrès extraordinaire du Parti social-démocrate de B-H a été marqué par le départ mouvementé du premier président de ce parti, Nijaz Durakovic, lequel porte - avec le nouvel-ancien leader Zlatko Lagumdzija - l'entière responsabilité de l'échec (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique10" rel="directory">élections 2002</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Le parti social-démocrate n'a pas eu la force d'analyser les causes de sa débâcle électorale et de procéder, sur cette base, à sa propre démocratisation en revenant à ses sources, c'est-à-dire à son programme originel.</p> <p class="spip">Le triomphe de Lagumdzija au congrès extraordinaire du Parti social-démocrate de B-H a été marqué par le départ mouvementé du premier président de ce parti, Nijaz Durakovic, lequel porte - avec le nouvel-ancien leader Zlatko Lagumdzija - l'entière responsabilité de l'échec électoral du SDP. Le groupe des opposants et membres de la présidence du SDP n'a pas su imposer l'analyse critique des causes de l'échec électoral, ni un changement des statuts, ce qui aurait permis de réduire les pouvoirs du président et de démocratiser le mouvement. Ce groupe a d'ailleurs sa part de responsabilité dans le déroulement des événements et la situation où s'est retrouvé le SDP, car il s'est conduit de manière conformiste et opportuniste et n'a pas su réagir à temps, alors qu'il était devenu évident que Lagumdzija se comportait comme le propriétaire de ce parti, faisant preuve d'un véritable autoritarisme tant au sein du parti lui-même que dans l'exercice du pouvoir.</p> <p class="spip">Durakovic, en s'inscrivant sur la liste d'un autre parti, le Parti pour la Bosnie, a entraîné avec lui certains des membres et sympathisants du SDP. Si bien qu'un grand nombre de citoyens de gauche à orientation citoyenne se sont abstenus, écœurés par ce qui se passait au sein du SDP, de l'Alliance démocratique pour le changement et, d'une manière générale, par la façon dont s'était déroulée la campagne électorale. Tout ce qui a favorisé la victoire des partis nationalistes et, surtout du SDA. Certains médias de la presse écrite, avant tout Dnevni Avaz et Walter, ont usé de tous les moyens pour contrecarrer Lagumdzija, mais des moyens qui n'étaient pas conformes à l'éthique journalistique. Si bien que cette campagne sans scrupules, surtout dans le cas de Dnevi Avaz, a eu un effet contraire, renforçant la solidarité à l'intérieur du parti et donc la position de Lagumdzija.</p> <p class="spip">Ce dernier a fait preuve, au cours des préparatifs du Congrès extraordinaire, d'un véritable savoir-faire autocratique. Il a su, grâce à la négligence des autres membres de la direction, créer à temps sa propre infrastructure de cadres au sein du SDP, des cadres qui agissaient exclusivement sous ses ordres et non dans l'intérêt du parti. Conscients que Lagumdzija s'était assuré une importante majorité, ses opposants se sont retirés. L'attitude de Bogdan Bogicevic et d'Ivo Komsic qui ont renoncé, à la dernière minute, à présenter leur candidature au poste de président, a été d'une évidente lâcheté.</p> <p class="spip">L'érosion du SDP se poursuit après la tenue du Congrès extraordinaire.</p> <p class="spip">Un Groupe dirigé par Sead Avdic, Miro Lazovic ; Sefudin Tokic et Ivo Komsic s'apprête à former un nouveau parti social-démocrate. Ils semblent optimistes et annoncent l'adhésion de plusieurs importantes personnalités. Laissons de côté pour le moment le véritable poids politique que peuvent avoir Avdic, Tokic, Lazovic et Komsic. Il faut en effet, pour créer un véritable parti, outre du savoir-faire, du temps et de l'argent. La totalité de l'infrastructure du parti est restée entre les mains du SDP. Il semble par ailleurs logique de s'attendre à ce qu'à l'intérieur de ce parti se forme un véritable front d'opposition a l'autoritarisme de Lagumdzija. Au moment où les nouveaux pouvoirs doivent être constitués, la situation se voit en quelque sorte modifiée, le groupe des renégats du SDP ayant emporté avec lui une partie des mandats parlementaires.</p> <p class="spip">D'une manière générale, le parti social-démocrate n'a pas eu la force d'analyser les causes de sa débâcle aux élections et de procéder, sur cette base, à sa propre démocratisation en revenant à ses sources, c'est-à-dire à son programme originel.</p> <p class="spip">Ce n'est qu'après les élections que les opposants de Lagumdzija ont pris conscience du fait que le SDP s'était éloigné de sa base naturelle - la classe ouvrière, la paysannerie et autres groupes sociaux marginalisés. La question qui se pose maintenant est la suivante : cette nouvelle situation créera-t-elle les conditions permettant de motiver à nouveau ceux qui se sont abstenus ou va-t-elle au contraire les décourager. La seconde supposition semble pour le moment la plus probable. Les électeurs, les jeunes surtout, ont perdu tout espoir de voir apparaître dans ce pays des forces démocratiques capables d'offrir de véritables perspectives.</p> <p class="spip">La victoire éclatante de Lagumdzija au SDP lui a été acquise grâce au courant rigide et soumis de ce parti, ce qui est, en soi, plutôt déprimant. Il semble difficile que la nouvelle alternative social-démocrate puisse obtenir rapidement des résultats encourageants. La défaite électorale et post-électorale du SDP est due à l'égotisme politique et à la cupidité de ses principaux représentants. Si Lagumdzija devait être la personnification de l'orientation de la majorité du SDP, on pourrait alors douter des véritables perspectives démocratiques de ce parti - ce qui serait fatal pour la B-H, la scène politique et l'Etat même de Bosnie-Herzégovine.</p> <p class="spip">Article écrit par Zija D. (Oslobodjenje), pour l'Association Sarajevo.</p> <hr class="spip" /> <p class="spip">Traduction : Nicole Philip-Dizdarevic</p></div> Après les élections http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article13 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article13 2002-08-07T22:00:00Z text/html fr Les élections en Bosnie-Herzégovine ont marqué un incontestable succès des formations nationalistes, SDA,HDZ et SDS. Les commentaires à chaud de deux des correspondants de l'Association Sarajevo en Bosnie, Radenko Udovicic et Zija Dizdarevic présentent des éléments d'analyse, qui, sans atténuer le caractère décevant et inquiétant des résultats, tendent néanmoins à les nuancer et les relativiser. Il conviendrait peut-être aussi de les replacer dans le contexte de la situation politique (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique10" rel="directory">élections 2002</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Les élections en Bosnie-Herzégovine ont marqué un incontestable succès des formations nationalistes, SDA,HDZ et SDS. Les commentaires à chaud de deux des correspondants de l'Association Sarajevo en Bosnie, Radenko Udovicic et Zija Dizdarevic présentent des éléments d'analyse, qui, sans atténuer le caractère décevant et inquiétant des résultats, tendent néanmoins à les nuancer et les relativiser. Il conviendrait peut-être aussi de les replacer dans le contexte de la situation politique générale de la région telle qu'elle est révélée, entre autres éléments, par les consultations électorales que viennent de connaître la Macédoine, la Serbie, le Monténégro et le Kosovo.</p> <p class="spip">La première observation, déterminante, porte sur le faible taux de la participation électorale. Les 55% enregistrés en B.-H. sont à rapprocher des 52% du premier tour des présidentielles en Serbie est des chiffres analogues constatés au Kosovo. Dans ce dernier cas, il faut tenir compte de l'extrême faiblesse de la participation serbe, qui a valeur de boycott , l'abstention albanaise reflétant, pour sa part, une lassitude devant des scrutins à répétition qui ne bouleverse pas le rapport des forces politiques, toujours favorable à la LDK de Rugova.</p> <p class="spip">Cette indifférence électorale massive traduit le total manque de confiance , éprouvé d'abord dans la jeunesse, à l'égard des partis politiques existants. Cette défiance, conjuguée à la désespérance qui atteint la grande majorité des populations, entraîne la conviction que les élections n'ont pas d'enjeu réel, ce qui n'est pas la marque, loin s'en faut, d'un comportement proprement local ... On peut, a contrario, expliquer la bonne participation électorale en Macédoine (77%) et au Monténégro (70%) par l'existence de cet enjeu. Dans l'un et l'autre cas, il s'agissait, sous des formes différentes, de la sauvegarde de l'existence de ces pays. En Macédoine, un réflexe de survie et de sagesse a écarté le danger d'une guerre ethnique imminente et a abouti à la constitution d'une large majorité parlementaire et gouvernementale associant le SDSM ( sociaux-démocrates) au nouveau parti albanais UDI ( Union démocratique pour l'intégration),issu de l'insurrection armée. Au Monténégro, les électeurs ont nettement confirmé leur volonté d ' achever l'indépendance de leur pays face à la Serbie, ce dont devront tenir compte les intervenants extérieurs, pris à revers.</p> <p class="spip">En Bosnie et surtout dans la Fédération, la grande victime du rejet des urnes a été le SDP, parti leader de l'Alliance pour le changement, qui n'a pas su ou pu donner l'impulsion nécessaire à ce changement attendu. Bénéficiant du soutien ostensible et encombrant des "protecteurs" internationaux, le SDP a offert une cible facile à ses adversaires et anciens alliés. La tendance aux replis identitaires, dont la persistance ne doit pas étonner dans les conditions qui sont celles de la Bosnie- alors qu'elle s'exerce dans des pays bien mieux lotis- a d'autant mieux joué qu'elle sert d'exutoire aux profondes misères, de tous ordres, léguées par la guerre. Dans ces circonstances, il faudrait parler, moins d'une avancée des forces nationalistes, que d'un recul des forces démocratiques, qui se sont montrées incapables de tenir leurs promesses d' ouvrir des perspectives d'avenir. On pourrait même discerner dans les bons résultats du SNS de Dodik en R.S. et du Parti pour la B-H. de Silajdzic dans la Fédération, un rééquilibrage des tendances nationalistes dans un sens plus "modéré", avec toutes les réserves qu'inspire ce terme. Du côté croate, le HDZ a confirmé son hégémonie mais il semble que ce ne soit plus exactement le même HDZ que jadis.</p> <p class="spip">Le résultat le plus clair des élections en Bosnie-Herzégovine est, en tout cas, que, tant l'Etat dans son ensemble que les deux "entités" apparaissent ingouvernables, ce qui tient tout à la fois à l'absurdité originelle des accords de Dayton, aux données de la consultation électorale et aux nouvelles obligations constitutionnelles imposant la représentation des trois peuples "constitutifs" à tous les niveaux des institutions. Tout cela ne peut qu'accroître les pouvoirs du Haut-Représentant, mais ne règle pas les problèmes de la Bosnie qui mêlent inextricablement incohérence institutionnelle, confusion politique, ruine économique, détresse sociale, absence de justice, désarroi moral, et on pourrait sans peine allonger la liste des maux qui frappent le pays.</p> <p class="spip">Paddy Ashdown s'est engagé, devant le Conseil de Sécurité, à préciser les tâches qui lui incombent en tant que Haut-Représentant. Une telle définition serait bien venue pour situer les responsabilités respectives des diverses autorités nationales et internationales en concurrence dans le pays, de même que serait très utile un audit de la répartition des crédits alloués aux uns et aux autres, pour essayer de faire la lumière sur les gâchis, les profits indus et les détournements engendrés par une gestion de l'aide internationale, dont les effets ne sont pas à la hauteur des sommes engagées. Pour prendre un exemple, qui doit certes être évoqué avec toutes les précautions de mise, l'Europe de 1945 n'étant pas la Bosnie d'aujourd'hui, on peut rappeler que l'aide du Plan Marshall, strictement contrôlée, a été le facteur décisif du relèvement d'après-guerre des pays de l ' Europe occidentale . Mais ces pays avaient des institutions en état de fonctionner et l'aide des Etats-Unis s'élevait à l'époque à 1,5% du PIB américain.</p> <p class="spip">On est bien loin de cette approche de la solution pour la Bosnie, alors que le coût de l'élargissement de l' Union européenne aux pays candidats est déjà ressenti comme difficile à supporter par les membres attitrés du Club, qui n'ont que faire des populations de troisième zone des "Balkans occidentaux". On sent au contraire que la tentation du lâchage pur et simple, sous la forme du retour du projet toujours sous-jacent de disparition de la Bosnie-Herzégovine, risque de revenir en force, fondée sur l'argument simple que " puisqu'ils ne veulent pas vivre ensemble, il faut les séparer ". Un article de William Pfaff dans l' " International Herald Tribune " du 10-2-2002", qui allait expressément dans ce sens, a été très remarqué et commenté.</p> <p class="spip">Outre que les résultats mêmes des élections en B.-H. indiquent que cette évidence n'est pas si évidente pour au moins la moitié da la population du pays, outre qu'une telle décision, c'est-à-dire l'acceptation définitive de la "purification ethnique" alors que ses auteurs sont en passe d'être condamnés pour crimes de génocide, marquerait le triomphe cynique de la force sur la justice, faut-il dire une nouvelle fois qu'une telle solution ne ramènerait pas la paix dans la région, mais la déstabiliserait encore plus en renforçant les tendances autoritaires et bellicistes dans une Serbie et une Croatie illégitimement agrandies et une Bosnie réduite à l'état de moignon.</p> <p class="spip">Alors que l'affaire Bobetko montre que la Croatie risque de retomber dans ses fièvres de l'époque Tudjman , que les récentes élections indiquent que le nationalisme, sans fard de Kostunica ou délirant de Seselj, reste dominant en Serbie, que l'affaire des livraisons d'armes à Saddam Hussein comme le refus persistant des autorités serbes de collaborer avec le TPI révèlent l'empreinte persistante de la politique et des méthodes de Milosevic, dépecer la Bosnie-Herzégovine donnerait un coup mortel aux forces démocratiques qui avaient progressé en Croatie, qui subsistent à l'état virtuel en Serbie, sans parler de la Bosnie elle-même, où elles seraient liquidées. C'est pourquoi il semble peu plausible que la diplomatie internationale, sauf aberration de ses représentants, se rallie officiellement à la formule du partage formel de la Bosnie-Herzégovine, qui signifierait une replongée de la région dans des convulsions incontrôlables.</p> <p class="spip">Le danger le plus réel pour la Bosnie est plutôt celui d'une continuation de la "politique du chien crevé au fil de l'eau", que la "Communauté internationale" y mène, sous divers avatars, depuis plus de dix ans et qui ne fait que maintenir le pays dans une stagnation sans issue, ôtant tout sens à une quelconque action civique. A moins que sous l'action conjointe d'une Europe éveillée à ses responsabilités et des forces citoyennes bosniennes devenues conscientes de leurs devoirs, ne s'opère un renversement de ce désespérant cours des choses.</p> <p class="spip">Association. Sarajevo</p> <p class="spip">.</p></div> Les élections générales en Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article14 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article14 2002-08-06T22:00:00Z text/html fr Ashdown l'emporte lui aussi aux élections <br />Pour la première fois depuis la guerre, l'Etat de Bosnie-Herzégovine a organisé lui-même des élections, avec l'aide discrète, il faut l'avouer, de la mission de paix internationale. Cela devait être le signe de sa consolidation et de sa capacité à prendre lui-même son destin en mains. Cependant ces élections n'ont été que la confirmation de la suprématie des trois partis nationalistes - le Parti démocratique serbe (SDS), la Communauté démocratique (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique10" rel="directory">élections 2002</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Ashdown l'emporte lui aussi aux élections</p> <p class="spip">Pour la première fois depuis la guerre, l'Etat de Bosnie-Herzégovine a organisé lui-même des élections, avec l'aide discrète, il faut l'avouer, de la mission de paix internationale. Cela devait être le signe de sa consolidation et de sa capacité à prendre lui-même son destin en mains. Cependant ces élections n'ont été que la confirmation de la suprématie des trois partis nationalistes - le Parti démocratique serbe (SDS), la Communauté démocratique croate (HDZ) et le Parti boshniaque de l'action démocratique (SDA). Le SDA est d'ailleurs le seul de ces partis a avoir progressé et ce au détriment du Parti Social-démocrate, qui occupait la première place avant ces élections et se retrouve désormais en cinquième position.</p> <p class="spip">55,54% de la population a voté, ce qui, à l'Occident, constituerait un excellent taux de participation, mais ne l'est pas pour un pays à peine sorti de la guerre. Par ailleurs, ce sont surtout les jeunes, les intellectuels et certains groupes de réfugiés et personnes déplacées qui se sont abstenus. Le fait qu'ils ne se soient pas rendus aux urnes a directement influé sur la victoire des partis nationaux et nationalistes. Quelles sont les raisons de cet échec ? D'une manière générale, les habitants n'ont plus aucune illusion sur la possibilité pour une quelconque option politique locale de procéder à un véritable revirement, de les sortir de cet environnement encore grevé par la guerre et leur offrir des perspectives de vie meilleure et d'intégration à l'Union européenne. La mission de paix internationale en B-H est directement responsable de cet état de choses : Radovan Karadzic et Ratko Mladic, les principaux fauteurs de guerre et responsables du génocide et des massacres n'ont jamais été arrêtés, ce qui ne peut que conforter les forces de l'hégémonisme national et de l'apartheid ; la communauté internationale ne s'est pas non plus suffisamment engagée pour garantir le retour massif et permanent des réfugiés et des exilés en toute sécurité, si bien que désormais la Republika Srpska est pratiquement entièrement serbe, alors qu'avant la guerre il y avait là à peu près le même nombre de Serbes, Croates et Boshniaques ; les citoyens estiment de plus en plus que les forces internationales en B-H ne sont ici que pour leur propre bien et non pour le leur, qu'elles dépensent elles-mêmes les sommes que l'on accuse les Bosno-Herzégoviniens d'avoir dilapidé ; les autorités internationales se sont contentées de déclarations de principe sur la consolidation du statut d'Etat de la Bosnie-Herzégovine, sans rien faire pour la renforcer et lui ouvrir les portes de l'Europe. Ce climat a de nouveau favorisé l'homogénéisation nationale, dans la crainte de nouvelles confrontations, ceci dans le cadre de plus larges manœuvres de la communauté internationale.</p> <p class="spip">Malgré leur victoire, les trois partis nationalistes n'ont pas récolté suffisamment de suffrages pour accéder facilement au pouvoir au niveau de l'Etat et des entités. D'un autre côté, il ne leur sera pas non plus facile de former une véritable alternative démocratique La situation s'est encore compliquée après l'attribution par les parlements de mandats compensatoires à une série de petits partis n'ayant pas dépassé la barre des 3%, ce qui a entraîné la fragmentation de ces assemblées. Plusieurs partis ont d'ailleurs porté plainte auprès de la commission électorale.</p> <p class="spip">Au Parlement de la Republika Srpska, si une Alliance devait être formée entre les Social-démocrates indépendants et le Parti pour le progrès démocratique et rejointe éventuellement par d'autres petits partis, elle pourrait facilement devancer le Parti démocratique serbe (SDS).. Mais les SNSD et PDP sont des partis à orientation uniquement serbe et c'est dans cet esprit qu'ils ont abordé les élections. En Fédération de B-H, la position adoptée par le Parti pour la B-H - parti formé par les dissidents du SDA à l'époque d'Alija Izetbegovic et présidé par Haris Silajdzic - sera décisive. C'est le Parti pour la B-H, (et le SDP) qui a freiné l'ascension de l'Action démocratique pour les changements, créée il y a deux ans après les élections. Si le Parti pour la B-H forme une coalition avec le SDA boshniaque, puis avec le HDZ (Communauté démocratique croate) - il obtiendra la majorité tant au Parlement de la Fédération de B-H qu'au Parlement de l'Etat. Ce qui serait interprété par les partis serbes comme une attaque bosno-croate contre la serbité et la Republika srpska. Le problème, dans le cas de l'éventuelle formation d'un bloc alternatif au Parlement de B-H, (ce qui n'est pas impossible), réside dans le fait que c'est la Présidence de B-H, composée des représentants des trois grands vainqueurs - les partis nationalistes (SDS, SDA et HDZ), qui nomme les membres du Conseil des ministres de B-H (en fait du gouvernement de la B-H).</p> <p class="spip">D'une manière générale, le nouveau pouvoir sera difficile à constituer et la situation restera confuse et instable. Nouvelle excuse qui permettra au Haut représentant Paddy Ashdown d'intervenir, lequel est d'ailleurs beaucoup plus enclin à diriger qu'à respecter le concept du partenariat inauguré au temps de son prédécesseur Wolfgant Petritsch.</p> <p class="spip">(Traduction : Nicole Philip)</p></div> LES ELECTIONS EN BOSNIE-HERZEGOVINE http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article15 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article15 2002-08-05T22:00:00Z text/html fr Voici les résultats définitifs des élections en B-H, tels qu'annoncés par la Commission électorale : <br />Présidence de B-H : sont élus, Sulejman Tihic (SDA-Parti de l'action democratique, parti nationaliste dirigé par Alija Izetbegovic), qui devance de peu Haris Silajdzic (PBH - Parti pour la Bosnie-Herzégovine), Dragan Covic (HDZ- Communauté croate démocratique, parti nationaliste) et Mirko Sarovic (actuel Président de la Republika Srpska, qui représente le SDS - Parti serbe démocratique fondé (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique10" rel="directory">élections 2002</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Voici les résultats définitifs des élections en B-H, tels qu'annoncés par la Commission électorale :</p> <p class="spip">Présidence de B-H : sont élus, Sulejman Tihic (SDA-Parti de l'action democratique, parti nationaliste dirigé par Alija Izetbegovic), qui devance de peu Haris Silajdzic (PBH - Parti pour la Bosnie-Herzégovine), Dragan Covic (HDZ- Communauté croate démocratique, parti nationaliste) et Mirko Sarovic (actuel Président de la Republika Srpska, qui représente le SDS - Parti serbe démocratique fondé par le criminel de guerre Radovan Karadzic). Parlement de B-H, Chambre des représentants. Résultats dans la Fédération de B-H : SDA - 9 sièges ; HDZ (avec les Démocrates-chrétiens) 5 ; PBH 5 ; SDP (Parti social-démocrate) 4 ; cinq petits partis (BOSS - Parti pour le progrès de la Bosnie, le Parti des retraités, le DNZ - Union démocratique populaire de Fikret Abdic (condamné à 20 ans de prison pour crimes de guerre), le NHI - Nouvelle initiative croate, et le HDU- un bloc économique, ont obtenu chacun un siège. Résultats en Republika Srpska : SDS - 5 sièges ; SNSD (Parti des sociaux-démocrates indépendants de Milorad Dodik) 3 ; PDP (Parti du progrès démocratique de l'actuel premier ministre de la RS, Mladen Ivabic) 2 ; SPRS ( Parti socialiste de RS, autrefois filiale du parti de S. Milosevic)1 ; trois autres partis (le SDA, le Parti pour la B-H et le Parti radical de V. Seselj (accusé de crimes de guerre) ont remporté chacun 1 siège. Parlements des entités. Chambre des représentants de la Fédération B-H : SDA 32 sièges ; HDZ et Démocrates-chrétiens 16 ; SDP 15 ; PBH (Parti pour la B-H) 15 : BOSS (Parti pour le progrès de la Bosnie) 3 ; les partis des retraités et le Bloc économique HDU ont remporté chacun 2 sièges, alors que les partis HSS (Parti croate paysan), HKDU, SNSD, GDS (Parti citoyen démocratique), HPB (Parti croate de droite), BPS ( Parti patriotique bosniaque) obtenaient chacun 1 siège. En Republika Srpska, Dragan Cavic a été élu Président, Ivan Tomjenovic du SDP et Adil Osmanovic du SDA vice-présidents. Dans le Parlement de cette entité, le SDS a obtenu 26 sièges, le SNSD 19, le PDP 9, le SDA 6, le PBH 4, le Parti radical serbe 4, le SDP 3, le SPRS 3, l'UDPSR (Union démocratique populaire de RS) 3, alors que le Parti des Retraités, l'Union populaire, l'Union serbe populaire et le NHI obtenaient chacun 1 siège. Elections cantonales : Dans la majorité des 10 cantons de la Fédération B-H, les partis nationalistes SDA et HDZ l'ont emporté</p> <p class="spip">Les assemblées nouvellement élues doivent se constituer dans un délai d'un mois.</p> <p class="spip">Taux de participation aux élections : 55,5%</p> <p class="spip">Analyse de notre correspondant à Sarajevo - Zijo D.</p> <p class="spip">Les élections générales en Bosnie-Herzégovine : Ashdown emporte lui aussi les élections.</p> <p class="spip">Pour la première fois depuis la guerre, l'Etat de Bosnie-Herzégovine a organisé lui-même des élections, avec l'aide discrète, il faut l'avouer, de la mission de paix internationale. Cela devait être le signe de sa consolidation et de sa capacité à prendre lui-même son destin en main. Cependant ces élections n'ont été que la confirmation de la suprématie des trois partis nationalistes - le Parti démocratique serbe (SDS), la Communauté démocratique croate (HDZ) et le Parti boshniaque de l'action démocratique (SDA). Le SDA est d'ailleurs le seul de ces partis à avoir progressé et ce au détriment du Parti Social-démocrate, qui occupait la première place avant ces élections et se retrouve désormais en cinquième position. 55,54 % de la population a voté, ce qui, à l'Occident, constituerait un excellent taux de participation, mais ne l'est pas pour un pays à peine sorti de la guerre. Par ailleurs, ce sont surtout les jeunes, les intellectuels et certains groupes de réfugiés et personnes déplacées qui se sont abstenus. Le fait qu'ils ne se soient pas rendus aux urnes a directement influé sur la victoire des partis nationaux et nationalistes. Quelles sont les raisons de cet échec ?D'une manière générale, les habitants n'ont plus aucune illusion sur la possibilité pour une quelconque option politique locale de procéder à un véritable revirement, de les sortir de cet environnement encore grevé par la guerre et leur offrir des perspectives de vie meilleure et d'intégration à l'Union européenne. La mission de paix internationale en B-H est directement responsable de cet état de choses : Radovan Karadzic et Ratko Mladic, les principaux fauteurs de guerre et responsables du génocide et des massacres n'ont jamais été arrêtés, ce qui ne peut que conforter les forces de l'hégémonisme national et de l'apartheid ; la communauté internationale ne s'est pas non plus suffisamment engagée pour garantir le retour massif et permanent des réfugiés et des exilés en toute sécurité, si bien que désormais la Republika Srpska est presque entièrement serbe, alors qu'avant la guerre il y avait là à peu près le même nombre de Serbes, Croates et Boshniaques ; les citoyens estiment de plus en plus que les forces internationales en B-H ne sont ici que pour leur propre bien et non pour le leur, qu'elles dépensent elles-mêmes les sommes que l'on accuse les Bosno-Herzégoviniens d'avoir dilapidées ; les autorités internationales se sont contentées de déclarations de principe sur la consolidation du statut d'Etat de la Bosnie-Herzégovine, sans rien faire pour la renforcer et lui ouvrir les portes de l'Europe. Ce climat a de nouveau favorisé l'homogénéisation nationale, dans la crainte de nouvelles confrontations, ceci dans le cadre de plus larges man¦uvres de la communauté internationale. Malgré leur victoire, les trois partis nationalistes n'ont pas récolté suffisamment de suffrages pour accéder facilement au pouvoir au niveau de l'Etat et des entités. D'un autre côté, il ne leur sera pas non plus facile de former une véritable alternative démocratique La situation s'est encore compliquée après l'attribution par les parlements de mandats compensatoires à une série de petits partis n'ayant pas dépassé la barre des 3%, ce qui a entraîné la fragmentation de ces assemblées. Plusieurs partis ont d'ailleurs porté plainte auprès de la commission électorale. Au Parlement de la Republika Srpska, si une Alliance devait être formée entre les Socio-démocrates indépendants et le Parti pour le progrès démocratique, et rejointe éventuellement par d'autres petits partis, elle pourrait facilement devancer le Parti démocratique serbe (SDS).. Mais les SNSD et PDP sont des partis à orientation uniquement serbe et c'est dans cet esprit qu'ils ont abordé les élections. En Fédération de B-H, la position adoptée par le Parti pour la B-H - parti formé par les dissidents du SDA à l'époque d'Alija Izetbegovic et présidé par Haris Silajdzic - sera décisive. C'est le Parti pour la B-H, (avec le SDP) qui a freiné l'ascension de l'Action démocratique pour les changements, créée il y a deux ans après les élections. Si le Parti pour la B-H forme une coalition avec le SDA boshniaque, puis avec le HDZ (Communauté démocratique croate) - il obtiendra la majorité tant au Parlement de la Fédération de B-H qu'au Parlement de l'Etat. Ce qui serait interprété par les partis serbes comme une attaque bosno-croate contre la serbité et la Republika srpska. Le problème, dans le cas de l'éventuelle formation d'un bloc alternatif au Parlement de B-H, (qui n'est pas impossible), réside dans le fait que c'est la Présidence de B-H, composée des représentants des trois grands vainqueurs - les partis nationalistes (SDS, SDA et HDZ), qui nomme les membres du Conseil des ministres de B-H (en fait le gouvernement de la B-H).</p> <p class="spip">D'une manière générale, le nouveau pouvoir sera difficile à constituer et la situation restera confuse et instable. Nouvelle excuse à l'intervention régulière du Haut représentant Paddy Ashdown, qui est d'ailleurs beaucoup plus enclin à diriger qu'à respecter le concept du partenariat inauguré au temps de son prédécesseur Wolfgant Petritsch.</p> <p class="spip">(Traduction : Nicole Philip)</p></div> Au lendemain des élections en Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article16 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article16 2002-08-04T22:00:00Z text/html fr De nouvelles élections ont eu lieu en Bosnie-Herzégovine au niveau de l'Etat, les septièmes depuis la fin de la guerre. La fréquence des scrutins est due au fait que la communauté internationale, en changeant souvent les instances au pouvoir, tente de trouver la meilleure solution pour venir à bout des problèmes nationaux et économiques qu'elle n'est pas en mesure de résoudre elle-même dans le cadre de son protectorat. Il est cependant évident que les citoyens en ont plus qu'assez de se (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique10" rel="directory">élections 2002</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">De nouvelles élections ont eu lieu en Bosnie-Herzégovine au niveau de l'Etat, les septièmes depuis la fin de la guerre. La fréquence des scrutins est due au fait que la communauté internationale, en changeant souvent les instances au pouvoir, tente de trouver la meilleure solution pour venir à bout des problèmes nationaux et économiques qu'elle n'est pas en mesure de résoudre elle-même dans le cadre de son protectorat. Il est cependant évident que les citoyens en ont plus qu'assez de se voir convoquer aux urnes de manière quasi permanente depuis déjà sept ans, ce qui explique le dernier taux de participation, particulièrement bas - 51% en Republika srpska, 54 % en Fédération de B-H. Fait plus significatif encore, tout semble indiquer que ce sont les jeunes surtout qui ont boycotté les élections. On a d'ailleurs pu se rendre compte, en visionnant les nombreux reportages sur le déroulement du vote, que les files d'électeurs étaient composées en majeure partie de personnes âgées. Selon les données de l'organisation chargée du suivi des élections, presque 75% des votants avaient plus de quarante ans. Ajoutons, pour compléter cette image, que 10% à peine des jeunes ayant atteint leur majorité au cours des deux dernières années sont venus voter. La raison de cette abstention, celle des jeunes surtout, est due au fait qu'ils en ont tous assez de ces campagnes électorales et des innombrables promesses (non tenues) de l'ensemble des politiciens et des partis - toujours identiques à eux- mêmes.</p> <p class="spip">Pour ce qui est des résultats, force est de constater que, dans la Fédération de B-H, ce sont les partis nationalistes durs qui l'ont remporté, et qu'en Republika Srpska, le SDS (Parti démocratique serbe) est resté le parti prédominant. Cependant, le parti des sociaux-démocrates indépendants (SNDS) de l'ancien Premier ministre réformateur, Milorad Dodik, a fortement progressé, ce que certains interprètent comme une avancée des forces modérées dans cette entité. Ces élections ont été les premières à être organisées par les pouvoirs locaux ; par ailleurs le mandat des députés et présidents a été prolongé (quatre ans au lieu de deux). Fait particulièrement important, ces élections ont jeté les bases d'une nouvelle Bosnie-Herzégovine, fondée sur l'égalité des trois peuples sur tout son territoire. Conformément à la décision sur la constitutivité des trois peuples, le principe d'une représentation multinationale a été réintroduit dans les gouvernements des entités. Ce qui revient à dire que, quels que soient les résultats, sur les seize ministres que comptera le gouvernement de la RS, huit seulement seront serbes. Il y aura, dans le gouvernement de la F-B-H, sept ministres boshniaques, 5 croates et trois serbes, plus un représentant "des autres". Ceci pour éviter que, dans les plus hautes instances constitutionnelles, l'un des peuples puisse détenir à lui seul plus de 51 % des voix. On espère ainsi qu'il y aura moins de décisions nationales radicales. En effet, pour toute prise de décision, la majorité nationale relative devra avoir obtenu l'accord d'au moins un des autres ministres.</p> <p class="spip">Outre les députés au parlement de l'Etat et aux parlements des entités, les électeurs ont élu les membres de la Présidence de B-H (chef d'Etat collégial) et le nouveau président de la Republika Srpska. Les membres de la Présidence collégiale sont Dragan Covic, Croate (HDZ) : Mirko Sarovic, Serbe, (SDS), et Sulejman Tihic, Bosniaque, (SDA) - il n'a d'ailleurs obtenu que deux mille voix environ de plus qu'Haris Silajdzic (Parti pour la B-H).</p> <p class="spip">C'est le SDA qui a remporté le plus grand nombre de sièges au Parlement de l'Etat de B-H (32%), suivi du HDZ, du SDP et du Parti pour la B-H, qui ont tous récolté à peu près le même nombre de suffrages. Les autres partis n'ont obtenu aucun siège. En Republika srpska, c'est le SDS qui l'a emporté (37%), devant le SNSD (24,8%) et le PDP (11,2%). La situation est pratiquement la même dans les parlements des entités.</p> <p class="spip">En Fédération de B-H, les petits partis ont été vaincus. En effet, "La Nouvelle initiative croate" (de K. Zubak), le Parti libéral (de R. Kadic) et le Parti démocratique citoyen (de I. Spahic), ont perdu leurs sièges au Parlement, alors qu'ils avaient été les seuls, pendant des années, à faire "pencher la balance" et avaient fait partie de tous les gouvernements - de l'époque du SDA jusqu'à la dernière prise du pouvoir par le SDP. Certains diront que c'est là le "châtiment" infligé à ces partis pour avoir essayé de séduire les électeurs des partis nationalistes en critiquant leurs partenaires membres de la coalition au pouvoir - le SDP - et aussi pour n'avoir pas suffisamment défendu les intérêts nationaux ou boshniaques.</p> <p class="spip">En Republika Srpska, le Parti radical serbe (V. Seselj), le Parti socialiste et l'Union démocratique populaire ont réussi à se " se faufiler " dans le Parlement en dépassant tout juste la barre des 3 %.</p> <p class="spip">Paddy Ashdown, Haut représentant de la communauté européenne en B-H, a commenté les résultats des élections en déclarant que, dans les deux entités, les pouvoirs n'avaient pas été suffisamment constructifs et se voyaient ainsi punis. Il a ajouté qu'il ne pensait pourtant pas que la B-H avait fait un pas en arrière et a exprimé l'espoir que le processus de réforme se poursuivrait.</p></div> L'ALLIANCE DE BOSNIE EN FAVEUR DE (PETITS) CHANGEMENTS http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article19 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article19 2002-08-01T22:00:00Z text/html fr La Coalition de dix partis, connue sous le nom d'Alliance démocratique pour le changement, est à l'agonie. A la veille des futures élections générales qui doivent se dérouler en Bosnie-Herzégovine le 5 octobre 2002, l'Alliance est l'objet d'attaques constantes, tant de l'intérieur que de l'extérieur. L'International Crisis Group explique les raisons de cette débâcle et les leçons que l'on pourrait en tirer. <br />Constituée sous l'égide des représentants de la communauté internationale au (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique10" rel="directory">élections 2002</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La Coalition de dix partis, connue sous le nom d'Alliance démocratique pour le changement, est à l'agonie. A la veille des futures élections générales qui doivent se dérouler en Bosnie-Herzégovine le 5 octobre 2002, l'Alliance est l'objet d'attaques constantes, tant de l'intérieur que de l'extérieur. L'International Crisis Group explique les raisons de cette débâcle et les leçons que l'on pourrait en tirer.</p> <p class="spip">Constituée sous l'égide des représentants de la communauté internationale au lendemain des élections générales de novembre 2000, l'Alliance démocratique pour le changement, composée de dix partis, gouverne la plus importante des deux entités de Bosnie-Herzégovine, ainsi que le Conseil des ministres au niveau de l'Etat, depuis le début 2001. Formée pour contrecarrer les trois partis nationalistes, qui ont déclenché la guerre de 1992-1995 et dirigé leurs régions respectives depuis lors, l'Alliance était aussi censée procéder à d'importantes réformes et démontrer que la mise en ¦uvre des Accords de paix de Dayton pouvait encore aboutir à l'établissement d'un Etat viable. Cette Alliance entre différents partis de la Fédération de diverses importances, orientations idéologiques et colorations nationales, a aussi coopéré au niveau de l'Etat avec les partis de la Republika srpska, partis de gouvernement ou partis d'opposition. Or, elle a manqué de cohésion aux deux niveaux gouvernementaux. Elle s'est efforcée de mettre en oeuvre certaines réformes, qui ne reflétaient souvent que le minimum commun acceptable par les différents partenaires dans la Fédération et au sein du Conseil des ministres. Des changements entérinés par la Fédération étaient souvent estimés scandaleux par les dirigeants de la Republika Srpska. Même au sein de la Fédération, l'Alliance a eu du mal à s'entendre avec les gouvernements des cantons, censés être sous son contrôle. Malgré sa formation artificielle et sa composition incohérente - sans parler des limites que lui imposaient le statut de dépendance de la B-H et sa pauvreté relative - l'Alliance pour le changement a remporté certains succès non négligeables. Cela n'a pourtant pas suffi a créer un réel consensus entre ses membres tant sur les réformes qui restent à faire que sur la nécessité de faire bloc aux prochaines élections. L'Alliance est à l'agonie. Non seulement elle n'a pas résisté en interne aux ambitions de chacun de ses membres qui se présentent en ordre séparé, mais les attaques extérieures contre l'Alliance se font de plus en plus nombreuses. Les élections du 5 octobre prochain seront organisées pour la première fois par les Bosniaques eux-mêmes, qui éliront des gouvernements dont le mandat passera de deux à quatre ans. Ils devront également respecter, au niveau des entités, les amendements constitutionnels dictés et imposés par l'ancien Haut représentant, Wolfgang Petrisch, en avril 2002. Ces derniers garantissent une représentation égale de chacun des trois peuples "constitutifs" de B-H dans toutes les législatures, gouvernements, institutions juridiques et administrations des deux entités. L'introduction d'un mandat de quatre ans donnera aux vainqueurs l'opportunité de mettre en ¦uvre un véritable programme, tout en les privant de toute excuse en cas d'échec. La poursuite des intérêts restreints des partis politiques ou des intérêts purement nationaux, l'absence de tout programme et de sa mise en ¦uvre, l'incompétence ou la criminalité, tout cela ne sera plus toléré. Mais pour tirer avantage de ces nouvelles dispositions et accroître ses propres chances de faire progresser la Bosnie, toute nouvelle coalition devra savoir tirer les leçons du bref exercice du pouvoir par l'Alliance pour le changement. Tant la communauté internationale que les Bosniaques non nationalistes attendaient beaucoup de cette Alliance : l'éradication de la corruption, de nouvelles réformes économiques, des emplois, des retraites régulières et de nouveaux rapports avec les protecteurs étrangers chargés de la B-H. Il est vrai qu'il y eut certaines améliorations, dans des domaines où le consensus était facile à trouver (réformes fiscales, notamment) ou ne se heurtait pas à trop de résistances (la réalisation des conditions pour l'admission au Conseil de l'Europe) ; chaque fois aussi que les mesures à prendre paraissaient inévitables (réformes constitutionnelles et mesures anti-terroristes). Mais dès qu'il fallait dépasser les divergences d'intérêts au sein de l'Alliance - comme ce fut le cas pour la réforme des services sociaux, la privatisation et, surtout, la relance économique - toute initiative fut retardée ou abandonnée. A la tête de la Fédération, l'Alliance a dû lutter contre la corruption, la division territoriale nationale et la quasi-banqueroute - héritage des longues années de gouvernement parallèle du SDA (Parti pour l'action démocratique) et du HDZ (Union démocratique croate.). Elle a dû aussi accepter le fait que ces deux structures dirigeantes conservaient le pouvoir, ou se le partageaient, avec des partis de l'Alliance dans certains des cantons, villes, institutions gouvernementales et entreprises privées. De plus, dès sa constitution, l'Alliance fut confrontée à la crise constitutionnelle provoquée par la proclamation par le HDZ, en mars 2001, de son propre gouvernement autonome. Une fois cette crise surmontée, l'Alliance à dû réagir aux conséquences des attaques lancées le 11 septembre contre les Etats-Unis, s'attaquer à l'urgente nécessité d'en finir avec les éléments islamistes autrefois soutenus et protégés par le SDA. Ce faisant, l'Alliance a pris le risque de porter atteinte au principe de la constitutionalité et de détruire une unité encore fragile. Elle s'est également exposée à des accusations de violation des droits de l'homme et de remise en cause de l'Etat de Droit, pour obéir aux Américains. Malgré toutes ces difficultés, l'Alliance a enregistré de vrais progrès dans des domaines tels que la discipline budgétaire et financière au niveau de la Fédération. Elle a également rétabli, au niveau de l'Etat, le sens de la dignité, de la compétence et donc le prestige de la Bosnie-Herzégovine. Bien qu'un peu dépassé aujourd'hui, le slogan du "partenariat" avec la communauté internationale a remplacé la confrontation qui caractérisait l'ancien régime. La Bosnie est en outre devenue membre du Conseil de l'Europe et va sans doute faire l'objet d'une étude de faisabilité pour intégrer l'Accord de stabilisation et d'association avec l'Union européenne (UE). Enfin, l'Alliance a remporté une victoire importante en négociant les amendements constitutionnels, premier pas décisif vers la révision des structures imposées par Dayton et qui devrait permettre de transformer progressivement le mode de gestion de l'Etat et des entités au cours des années à venir. Mais l'Alliance n'a pas permis aux Bosniaques de manger à leur faim. Elle a d'abord fait preuve d'un excès de prudence en n'adoptant pas les réformes nécessaires pour réunifier et restructurer l'économie de la B-H, en complétant le processus de privatisation et en libéralisant le secteur privé. Elle a au contraire permis à ses membres de contrôler certaines sociétés publiques et a contesté - on ne sait à quelles fins - la privatisation d'anciennes grandes entreprises telles que la Fabrique de tabac de Sarajevo et le complexe industriel d'aluminium de Mostar. Les tentatives de contrôle des firmes du secteur public ont été, pour les partis membres de l'Alliance, une vraie partie d'échec. La privatisation a très peu progressé, freinée à la fois par les mauvaises procédures imposées par la communauté internationale et par la mauvaise volonté des partis de l'Alliance, nullement prêts à renoncer à leur principale - et humiliante - source de pouvoir, de patronage et de financement. Deuxièmement, l'Alliance a perdu un temps précieux pour l'élaboration d'un programme de développement économique cohérent. Il n'y a toujours pas de véritable vision de l'avenir économique de la Bosnie et les différents plans proposés par certains partis membres restent trop vagues, fragmentaires ou contradictoires, allant d'un Thatchérisme outrancier à un socialisme réformateur. Malheureusement cette absence de calendrier et de programme vaut aussi pour la restauration de l'ordre du droit, la reconstruction de l'Etat et le retour des réfugiés. Bien qu'il soit désormais trop tard pour pallier tous ces maux, les partis politiques de Bosnie - ceux de l'Alliance surtout - devraient profiter de la future campagne électorale non pas pour remuer la boue, évoquer les scandales ou glorifier leurs dirigeants, mais pour présenter à leurs électeurs des programmes cohérents et combattre leurs rivaux. Les problèmes et défis auxquels seront confrontés les gouvernements formés après les élections du 5 octobre sont déjà évidents. La formation d'une nouvelle alliance sera plus facile si un programme clair, et peut-être même une certaine entente, pouvaient être proposés aux citoyens bosniaques au cours des mois à venir. Pour aider à centrer la campagne électorale sur le problème fondamental du développement économique et des réformes sociales, fiscales entre autres ; pour renforcer aussi les chances de voir les gouvernements à la fois décidés et capables de mettre en oeuvre un véritable programme, l'ICG émet les recommandations suivantes :</p> <p class="spip">Recommandations Aux organisations internationales, Groupes sociaux civils et Medias bosniaques : 1. Faites pression sur les partis politiques pour qu'ils s'engagent à prendre position sur les problèmes économiques et politiques les plus brûlants auxquels la B-H se voit confrontée ; invitez-les tout spécialement à signer une sorte de contrat social préélectoral, définissant les programmes devant être mis en oeuvre et destinés à résoudre la crise économique et sociale que traverse la B-H. Aux pays donateurs et autres amis de la B-H : 2. Vous basant sur les conclusions du Conseil de mise en ¦uvre de l'Accord de Paix, sur les recommandations du Conseil de l'Europe et les différents accords stand-by ou accords financiers engageant les gouvernements de la B-H, aidez les partis prêts à coopérer à élaborer des programmes de réforme définissant clairement les objectifs et identifiant les promoteurs de changements dans les domaines économique, social, juridique, fiscal et du retour des réfugiés. 3. Dévoilez publiquement la coopération ou non-coopération des différents partis. 4. Utilisez ces programmes comme autant de futurs jalons pour évaluer la performance des gouvernements après les élections et engager de nouvelles réformes.</p> <p class="spip">Pour plus de détails consulter : http:// www.crisisweb.org/projects/balkans/bosnia/reports/A400725_ 02082002.pdf</p></div>