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Seselj - Il s’est rendu volontairement, mais ne comprend rien à l’acte d’accusation.

Agence SENSE pour l’Association Sarajevo

samedi 1er mars 2003


Le "duc des tchetniks" ; Vojislav Seselj , est apparu le 26 février devant le Tribunal de La Haye, accusé de crimes contre l’humanité commis en Croatie, Bosnie-Herzégovine et Voïvodine, il y a de cela dix années. "Le châtiment vient lentement mais sûrement", cet adage illustre parfaitement le cas de Vojislav Seselj , "duc" des tchetniks et leader du parti radical serbe, qui se retrouve aujourd’hui devant le Tribunal pénal de La Haye..Depuis qu’en juillet 1995, l’ancien procureur général, Richard Goldstone a mis en accusation Radovan Karadzic et Ratko Mladic, on s’est toujours posé la question : à quand le tour de Seselj, le "duc des ultranationalistes" - comme l’ont désigné les médias français. Ce n’est pourtant que le 15 janvier dernier que l’actuel procureur général Carla del Ponte a paraphé l’acte d’accusation contre Seselj, vérifié et confirmé le 14 février par le juge O-Gon-Kwon qui a alors signé le mandat d’arrêt. Dix jours plus tard, le 24 février, Seselj a atterri de son plein gré à l’aéroport d’Amsterdam, où il a été immédiatement intercepté par la police hollandaise et incarcéré au centre pénitencier de Scheveningen.

Le leader des radicaux serbe et "duc des tchetniks" est accusé de crimes contre l’humanité, violation des lois et coutumes de la guerre, actes commis entre août 1991 et septembre 1993 en Croatie, Bosnie-Herzégovine et Voïvodine.

Ce qui ressort avant tout de l’acte d’accusation, c’est que Seselj est accusé à titre personnel et non pour sa responsabilité dans la chaîne de commandement. Le procureur ne lui reproche donc pas d’avoir fermé les yeux devant les crimes commis par ses "tchetniks" ou par "ses hommes", ou encore de ne pas s’être élevé contre ceux qui se sont rendus coupables de ces crimes. Il est au contraire accusé d’avoir personnellement participé, sciemment, intentionnellement et en toute connaissance, "à des massacres collectifs" dont le but était l’extinction permanente de la population non-serbe d’un tiers du territoire de la Croatie, de la majeure partie du territoire de la Bosnie et de certaines parties de la Voïvodine.

L’accusé a d’abord participé au recrutement, à l’armement, à la préparation et à l’entraînement des formations paramilitaires connues sous le nom de "tchetniks ou "hommes de Seselj".

Deuxièmement, il a participé à la "planification et préparation" d’incursions dans des villages à l’est et à l’ouest de la Slavonie et dans les villes de Zvornik et de Bosanski Samac, ainsi qu’au déplacement par la force des populations non-serbes de ces villages ou leur internement dans des camps où elles ont été torturées, massacrées ou obligées de vivre dans des conditions effroyables.

Troisièmement, fait sans doute le plus important, la contribution essentielle de Seselj à l’entreprise criminelle commune a été, selon l’acte d’accusation, "sa rhétorique extrémiste ultranationaliste et "sa propagande de guerre". Tout ce qu’il prêchait dans ses nombreux discours et tirades sur une "Grande Serbie" dont les frontières se situeraient à l’intérieur de la Croatie, sur l’axe Karlobag- Ogulin-Karlovac-Virovitica".

"La rhétorique ultranationaliste" à travers laquelle il a propagé la haine vis-à-vis des autres groupes ethniques a - selon l’acte d’accusation - encouragé directement ses partisans à se rendre coupables de crimes de guerre, assassinats, viols, tortures, pillages, destructions, expulsions. On cite de nombreux cas où les visites de Seselj et ses discours enflammés aux "volontaires" à Vukovar, Vochin, Zvornik ou autres lieux, ont été immédiatement suivis d’attaques des tchetniks ou des "hommes de Seselj" contre les Croates ou les Boshniaques - pillages de leurs maisons, passages à tabac, viols, massacres et expulsions.

C’est ainsi qu’au mois de mai 1992, dans le village de Hrtkovic, " Seselj a tenu un discours incendiaire" dans lequel il a recommandé d’expulser tous les Croates et lu les noms de tous ceux qui devraient disparaître du village. Ce qui avait déclenché, presque instantanément, une vague de nettoyage ethnique, de massacres, d’agressions contre les Croates, sommés de s’en aller d’eux-mêmes pour éviter être tués. Leurs maisons étant ensuite pillées, puis occupées.

Tous ces crimes, aux termes de l’acte d’accusation, pourraient être décrits comme étant " la conséquence directe et prévisible" de la propagande de haine et d’incitation directe à la violence de Seselj, sa rhétorique ayant dépassé le seuil qui sépare le délit de parole du crime de guerre.

L’accusé est apparu pour la première fois devant le tribunal le 26 février, deux jours seulement après son incarcération. Ce jour-là, le procès de Slobodan Milosevic avait été écourté d’une heure pour permettre à Seselj de comparaître devant la Cour n° 1, présidée par le juge allemand Wolfgang Schomburgum.

Vojislav Seselj s’est présenté devant la cour sans avocat et lorsque le juge lui a demandé s’il ne voulait pas bénéficier d’une aide juridique, il a répondu que sa décision de se défendre lui-même était irrévocable. Ajoutant que plus tard, peut-être, il s’adjoindrait un conseiller juridique. Il a ensuite exigé que tous les documents liés à sa défense lui soient remis, en langue serbe, y compris la Résolution du Conseil de sécurité sur la création et les compétences du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Il a insisté pour que l’acte d’accusation soit lu en entier, ainsi que toutes les annexes, y compris les listes énonçant les noms, dates de naissances et sexes des victimes des crimes dont il est accusé. Cette lecture a duré plus de quarante cinq minutes.

Seselj a finalement déclaré "qu’aucun des articles de l’acte d’accusation n’étaient pour lui compréhensibles". Selon lui, on y emploie des termes étrangers (croates) et il n’est donc pas en état de répondre aux accusations de crimes contre l’humanité et violation des lois et coutumes de la guerre en Croatie, Bosnie-Herzégovine et en Voïvodine, telles qu’elles ont été présentées. Selon le protocole du Tribunal, l’accusé est tenu de répondre, dans un délai de trente jours, à toutes les accusations portées contre lui. Dans le cas contraire, le jury estimera qu’il se déclare non coupable sur tous les points de l’accusation.

Seselj a déclaré ne pas demander à être laissé en liberté provisoire, étant donné qu’aucun Etat n’accepterait de se porter garant en son nom. Il refuse par ailleurs tout contact avec l’Ambassade ou le consulat de la Serbie-Monténégro, ces deux Etats étant "gouvernés par des criminels et des mafieux". Le juge Schomburg l’a assuré qu’aucun contact ne lui serait imposé.

Le nom de Vojislav Seselj est le huitième sur la liste de la vingtaine de personnes accusées d’avoir participé "à des actes criminels communs" pouvant être qualifiés , en Croatie, de crimes contre l’humanité - en Bosnie-Herzégovine, de génocide. Le premier nom sur cette liste est celui de Slobodan Milosevic, suivi de ceux de Radovan Karadzic, Ratko Mladic, Milan Martic, Zelko Raznatovic "Arkan", Momcilo Krajisnik, Biljana Plavsic et Vojislav Seselj.

(Agence SENSE pour l’Association Sarajevo)


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