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Après le Conseil européen des 19 et 20 juin

dimanche 22 juin 2008


Le communiqué officiel rendant compte des travaux du Conseil européen tenu à Bruxelles les 19 et 20 juin contient un chapitre "Balkans occidentaux" qui ne laisse rien transparaître des menaces que le "non" irlandais fait peser sur le déroulement de l’élargissement de l’Union aux pays de la région. Elles ont été fortement exprimées en marge de la réunion, notamment par le Président Sarkozy.

Le cas de la Bosnie-Herzégovine est traité en ces quelques lignes : "Le Conseil européen se félicite de la signature récente de l’ASA avec la Bosnie-Herzégovine, qui constitue une étape importante du parcours européen de ce pays. La Bosnie-Herzégovine doit poursuivre sans délai le processus de réforme, en particulier en vue de respecter les objectifs et les conditions permettent la transition du Bureau du Haut Représentant spécial de l’Union européenne". Lorsque l’on sait, comme le soulignent tous les acteurs et observateurs de la scène bosnienne, à l’exception de ceux de la RS, que rien ne peut être actuellement changé en BH sans une totale transformation du système issu des accords de Dayton, et qu’un accord sur ce point est impossible à réaliser entre les partenaires-adversaires en cause, ce genre de sentence tombe dans le vide.

La Serbie a bénéficié de développements plus circonstanciés et riches de promesses : si elle se dote d’un "nouveau gouvernement ayant un programme européen clair en vue de faire avancer les réformes qui s’imposent" et si se trouvent réunies "toutes les conditions nécessaires", elle pourra rapidement obtenir le statut de candidat à l’adhésion.

Les "conditions nécessaires" auxquelles il est fait allusion sont celles de la pleine coopération avec le TPIY, que probablement par pudeur de langage, on n’a pas voulu expliciter. Le transfèrement à La Haye de Stojan Zupljanin sera sans doute pour la plupart des responsables européens une preuve suffisante de la volonté de coopération des dirigeants serbes.

Quant au nouveau gouvernement "proeuropéen", sa formation progresse à Belgrade, avec la rupture des conversations du SPS (de feu Milosevic) avec le bloc SRS-DSS ( partis de Seselj et de Kostunica), au profit de celles, maintenant déclarées, avec le DS (Tadic) et ses alliés. Des informations circulent selon lesquelles le SPS se verrait attribuer de très importants portefeuilles, celui de la sécurité pour le président du parti Ivica Dacic, nommé de plus vice-premier ministre, ceux de l’éducation et de l’énergie. On appréciera l’humour macabre de la concomitance de l’annonce de la possible attribution de la charge de la sécurité au dirigeant du parti de feu Milosevic, avec la condamnation à 40 ans de prison pour l’ancien chef de la sécurité du même Milosevic, coupable d’avoir organisé en 1999 un attentat contre Vuk Draskovic, attentat manqué mais qui a tué deux personnes. Il sera d’autre part intéressant de connaître les intentions du futur ministre de l’éducation SPS, s’il doit y en avoir un, sur les programmes scolaires d’histoire de la Serbie et des Balkans, alors que les dirigeants du SPS répètent qu’ils ne renient ni la personne ni la politique de leur défunt leader. La "coopération régionale et les relations de bon voisinage" prônées par le Conseil européen ne manqueront pas de se trouver renforcées par cette réhabilitation ouverte des partisans de Milosevic.

L’aspect étrange des relations entre la Serbie et l’UE est par ailleurs mis en évidence par la rédaction du communiqué du Conseil européen dans lequel la proclamation de l’accueil à bras ouverts de la Serbie précède immédiatement celle de la volonté d’ "assurer la stabilité du Kosovo, grâce notamment à l’EULEX Kosovo…", EULEX Kosovo énergiquement condamné et combattu par les "proeuropéens" serbes, qui s’emploient ainsi, au plus haut niveau, à déstabiliser le Kosovo contre le vœu du même Conseil européen.

La Bosnie-Herzégovine appelée à se réformer par l’entente entre partenaires en désaccords fondamentaux sur l’avenir du pays, la Serbie sacrée "démocratique" malgré le probable retour au pouvoir du parti resté sous l’emprise du fantôme de Milosevic, et "européenne" malgré son opposition aux solutions européennes pour le Kosovo, autant de positions incohérentes mais qui n’étonnent plus de la part d’une Union européenne en mal d’une vision claire de son action dans les pays de l’ex-Yougoslavie.

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