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Rendre sa liberté à Jovan Divjak

Conférence de presse à Vienne, le 8 juillet

dimanche 17 juillet 2011


COMMUNIQUE DE PRESSE

Jovan Divjak injustement accusé : refuser la forfaiture

A l’heure de la commémoration de l’odieux assassinat de plus de 8 000 hommes de Sebrenica, perpétré sous la conduite de Ratko Mladic, nous exigeons la libération du Général Jovan Divjak, ancien officier de l’armée fédérale yougoslave, bloqué depuis plus de quatre mois par une double demande d’extradition. La justice de Belgrade l’accuse de crime de guerre pour les sept victimes d’une fusillade survenue le 3 mai 1992, lors du retrait de Sarajevo d’une colonne de cette armée aux ordres de Milosevic.

Les vidéos prises ce jour là dans la rue Dobrovoljacka - largement diffusées, notamment dans le documentaire de Brian Lapping "Yugoslavia : death of a nation" (BBC, 1995) - où l’on voit Jovan Divjak parler au président Izetbegovitch (1ère vidéo) et crier "ne tirez pas" en direction des tireurs (2ème vidéo) prouvent que, non seulement Jovan Divjak est innocent des crimes qui lui sont reprochés, mais qu’il a fait preuve de beaucoup de responsabilités dans ces circonstances.

http://www.rferl.org/content/What_Really_Happened_During_The_Dobrovoljacka_Attack/1977945.html

Une conférence de presse a eu lieu le 8 juillet à Vienne en présence de l’Ambassadeur de Bosnie Herzégovine , de représentants de l’ambassade de France, du ministère des Affaires étrangères d’Autriche et des journalistes de l’AFP, Reuters, der Standard, Kurier, Le Figaro, Nesavisne (de Banja Luka), Café Babel... Le sénateur Jack Ralite, le metteur en scène François Tanguy et Claude Fischer, présidente de Confrontations Europe, ont dénoncé l’arrestation de Jovan Divjak comme une injustice intolérable : "comparer ce héros de la défense de Sarajevo, assiégée par l’armée de Milosevic, aux criminels de guerre est une forfaiture".

Jovan Divjak était représenté par l’avocate Petra Wanek, associée de Richard Soyer, du barreau de Vienne, défenseur du général. Maître Wanek a dit "attendre un document en provenance de Serbie" qui permettrait selon elle d’avancer incessamment vers un jugement et la libération de Jovan Divjak .

Si Jovan Divjak n’est pas libéré dans les prochaines semaines, la mobilisation devra prendre toute sa dimension européenne en direction de la Serbie qui refuse de fournir les documents nécessaires, tout en affichant une attitude complaisante vis à vis de la Republika Sbrska, laquelle multiplie les provocations en prenant la défense de Mladic qu’elle honore comme un héros.

L’association "Peuples en danger", également présente, a annoncé qu’elle se mobilisera pour rassembler des personnalités autrichiennes dans un appel à sa libération. Par ailleurs, nous venons d’apprendre qu’un rassemblement aura lieu à Sarajevo le 13 juillet, et les manifestants marcheront ensuite vers l’ambassade d’Autriche où sera signée une pétition demandant la libération immédiate de Jovan Divjak.

En présence d’artistes appuyant ces démarches, Jack Ralite et Emmanuel Wallon devraient consacrer un point de presse à cette affaire dans le cadre du Festival d’Avignon.

Par ailleurs Jack Ralite a interpellé Alain Juppé, Ministre des Affaires étrangères et européennes, à Paris ce 12 juillet : vous trouverez son intervention en pièce-jointe, et ci-dessous les introductions à la conférence de presse qui s’est tenue à Vienne le 8 juillet, à l’hôtel de France de 11h30 à 13 heures - Schottenring 3, 01 - Innere Stadt, 1010 Vienne

L’AFFAIRE JOVAN DIVJAK

RETENU À VIENNE DEPUIS QUATRE MOIS SANS QUE LA PROCEDURE N’AIT AVANCE

Présentation par JACK RALITE, sénateur, ancien ministre (France)

Chacune, chacun d’entre vous,

La conférence de presse que nous tenons aujourd’hui à Vienne est à l’horloge exacte de la conscience. Le pluralisme des femmes et des hommes qui l’ont voulue est à la mesure du problème qu’elle pose.

Au cours de l’atroce tempête inhumaine qu’a été la guerre de Bosnie-Herzégovine, il y eut un homme qui représenta la liberté, l’honneur, le courage, le refus de toute démarche marquée par l’ethnicité. Cet homme, qui est présent parmi nous et que nous saluons avec affection, c’est le Général Jovan Divjak qui tint, au temps des massacres que vous connaissez, et depuis la paix retrouvée, un rôle de veilleur rigoureux. Ses pensées et ses actes ont été et continuent d’être des souffleurs de conscience, une véritable aubaine humaine.

Eh bien, ce compagnon lumineux fut le 3 mars dernier arrêté injustement à l’aéroport de Vienne et depuis 4 mois demeure assigné à résidence en Autriche. Je dis « injustement » parce que lié à une démarche de Milosevic, reprise depuis par le président de la République de Serbie, malgré les invalidations du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie de La Haye en juillet 2003, et d’Interpol en juin 2009, comme en témoigne l’absence de son nom dans toutes les listes de prévenus et de recherchés qu’ont établies ces organismes liés au droit et aux Droits de l’Homme.

Nous n’acceptons pas que Jovan Divjak soit condamné à un éternel danger. Cet homme de liberté doit être libéré et vivre libre là où il a choisi de le faire, à Sarajevo, où l’attendent la population, qui a manifesté au nombre de 5000 en sa faveur, et les innombrables orphelins du martyr bosniaque dont l’horrible symbolique est le massacre de la population de Srebrenica qui, comme chaque année, sera commémoré le 11 juillet prochain.

D’ailleurs, la cause a déjà été entendue :

 en juillet 2010, par la justice anglaise rejetant la demande d’extradition d’Ejup Ganic, accusé comme le général ;

 fin 2010, par les autorités allemandes qui ont relâché immédiatement Jovan Divjak brièvement retenu à l’aéroport de Francfort.

 Ajoutons que le ministre autrichien des Affaires étrangères a affirmé les jours suivant l’arrestation de Divjak : « D’après nos experts en droit international, une extradition de Jovan Divjak vers la Serbie est impensable. »

 Il y a plus : depuis 2005, les autorités judiciaires de la République de Serbie ne sont pas autorisées à délivrer de tels mandats d’arrêt.

Et pourtant, depuis ce 3 mars, rien n’a avancé. En en cherchant la raison, nous avons trouvé que, pendant ces 4 mois, les parquets en charge des crimes de guerre en Bosnie-Herzégovine et en Serbie tentaient un accord qui n’a pas abouti et était critiqué par les institutions européennes des droits de l’homme. Malheureusement, la justice autrichienne l’avait pris en compte avant de statuer sur le sort de Jovan Divjak. Que de temps perdu !... et que de temps utilisé dans une dialectique subtile par la République de Serbie et la République Srpska, cette dernière étant partie intégrante de la Bosnie-Herzégovine, pour souffler sur les braises explosives dans la région.

Tout cela se passe sur le dos de notre ami, c’est comme si on lui avait passé des menottes au cœur ; ôtons-les ! Ne restons pas des passants, ne perdons pas notre fidélité. Nous exigeons sa libération immédiate.

Notre lettre aux parlementaires européens, notre lettre au gouvernement autrichien le permettent, au moins pour 3 raisons :

1°) Vous l’avez noté, et sans déprécier aucune des 59 autres signatures, 3 généraux, dont 2 ont commandé en chef la FORPRONU, se sont associés aux lettres et adressent à Jovan Divjak leur estime et leur soutien.

2°) Les trois intervenants à cette table sont français : Claude Fischer (Présidente de Confrontations Europe), François Tanguy (Directeur-metteur en scène du Théâtre du Radeau au Mans), et moi-même (Sénateur et ancien ministre). Et nous sommes à l’Hôtel de France. Mais notre initiative n’est pas une incursion dans un éventuel débat autrichien : c’est une affaire européenne comme en témoignent les signatures d’anciens présidents du Parlement européen et de députés et de personnalités européens de plusieurs pays.

3°) Parlant de l’Autriche, notre intervention se fait dans le plus grand respect pour la justice autrichienne et son indépendance. Nous pensons qu’aujourd’hui elle a en sa possession tous les éléments pour invalider la demande d’extradition du Parquet de la République de Serbie. De même pour repousser comme inutile et infondée la demande du Parquet de Bosnie-Herzégovine, puisqu’elle ne vise qu’à entendre le Général Divjak, lui-même désirant ardemment revenir à « Sarajevo, son amour » qu’il a tant défendue et où il continuera à répondre à toute éventuelle convocation de la justice.

Robert Musil regrettait de vivre « un monde sans synthèse » ; nous, nous l’avons réalisée sur un point fondamental : la liberté de Jovan Divjak. Son arrestation est un retard d’avenir pour la Bosnie, sa libération bourdonne d’essentiel. Je me ferai l’écho de cette conférence de presse au Sénat dès la semaine prochaine.

Intervention de Claude Fischer, présidente de Confrontations Europe

Il ne s’agit pas d’entrer dans les considérations de stratégie judiciaire, mais nous voulons attirer l’attention de l’opinion publique et des autorités politiques sur la situation de Jovan Divjak, général serbe de l’armée de Yougoslavie qui a défendu Sarajevo, encerclée par les forces de Milosevic dans sa guerre d’épuration ethnique...

Après Jack Ralite, permettez-moi d’insister sur trois points.

1. Il y a beaucoup d’émotion en France, et en Europe, quand les gens apprennent que Jovan Divjak a été arrêté à Vienne, et qu’il y soit encore, 4 mois après, dans l’attente de pouvoir prouver son innocence.

Des personnalités de sensibilités différentes et d’horizons divers se mobilisent pour la libération immédiate de Jovan Divjak : Nicole Fontaine et Jose-Maria Gil-Robles, présidents du Parlement européen ont joint leur signature aux lettres adressées au Parlement européen et au gouvernement autrichien, à celles d’anciens ministres, d’Italie, Franco Bassanini, de Slovènie, Ivo Vajgl, de France, Michel Rocard, Alain Lamassoure, Catherine Lalumière, Jack Ralite, de députés européens Doris Pack, Ulrike Lunacek, de nombreux intellectuels et artistes comme Jean-Luc Godard, des diplomates, Georges-Marie Chenu, Joachim Bitterlich, et des militaires, généraux de la Forpronu, Jean Cot, Bertrand de Lapresle, et Hugues de Courtivron.

2. Notre émoi : que Jovan Divjak puisse être assimilé un tant soit peu à un criminel de guerre. Je sais qu’ici, en Autriche, cet amalgame n’est pas fait, mais en Europe -à l’heure où on exige de la Serbie l’ arrestation des criminels de guerre et contre l’humanité comme une condition d’entrée dans l’UE, il ne faudrait pas créer le moindre doute : il n’y a pas d’un côté Mladic, et de l’autre Divjak, comme un espèce d’équilibre ! L’Union européenne doit peser de tout son poids pour libérer Jovan Divjak, et aider ainsi à la clarification des responsabilités de guerre, pour la vérité, la justice, et in fine, à la réconciliation. Or, on attise les tensions dans une région qui a souffert des divisions et des haines et n’a pas encore pu faire le deuil de ses morts... La Republika Srska peut fêter Mladic en héros et financer sa défense en toute impunité. A l’heure de la commémoration de l’odieux assassinat de Sebrenica, perpétré par Mladic, l’Autriche peut aider à détendre les tensions et apaiser les haines : en libérant Jovan Divjak immédiatement, elle ferait, plus qu’un acte de justice -qui je n’en doute pas innocentera Jovan Divjak- un acte fort et symbolique de la volonté des Etats membres de l’Union européenne de contribuer à la réunification de toute l’Europe.

3. Faut-il faire pression et "remuer ciel et terre" comme on dit en français ? Je sais que la question se pose en Autriche. Informer de la situation injuste faite à Jovan Divjak, aider cet homme, trop isolé, relèvent de la simple humanité. Mais qui peut nier que les actions, y compris médiatiques, ont permis 1. de mettre en évidence l’invalidité de la demande d’extradition envoyée par Belgrade, sachant qu’une demande similaire a été repoussée par la justice britannique dans le cas d’Ejup Ganic. 2. d’alerter les autorités de Sarajevo sur le rôle négatif de la requête d’extradition émise par le parquet de la Cour d’Etat de Bosnie-Herzégovine. 3. de faire savoir que le général Divjak ne se dérobe pas à la justice et qu’il offre toutes les garanties de déférer aux convocations des magistrats de cette Cour en libre témoin.

François Tanguy, metteur en scène, La Fonderie, théâtre du Radeau,

a ensuite posé deux questions :

 Pourquoi Jovan Divjak a-t-il été arrêté. Qu’est-ce qu’on lui reproche ?

 Pourquoi on ne pourrait pas interpeler comme citoyens européens la justice d’un Etat membre de l’Union européenne ?

Après avoir rappelé l’acte d’accusation à son encontre et apporter les élèments prouvant son innocence, il a affirmé que tout citoyen européen devrait pouvoir intervenir dans la justice d’un Etat membre, dès lors que l’accusé relevait du droit international. La ville de Sarajevo s’est mobilisée pour sa libération, et a financé sa "remise en liberté surveillée" , Jovan Divjak étant assigné en résidence en Autriche. Par delà l’émotion que l’arrestation du général Divjak a provoqué, il s’agit de lui permettre de revenir à Sarajevo, a-t-il insisté, pour s’occuper de son association "l’éducation pour construire la Bosnie-Herzégovine".

Contacts :

Claude Fischer, cfischer@confrontations.org

Marie-France Boudet, mfboudet@confrontations.org



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