Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Informations > sur le TPI > Deux condamnations pour génocide par le TPIY

Deux condamnations pour génocide par le TPIY

vendredi 11 juin 2010


Jugé par le TPI en appel en 2004 pour son rôle dans le massacre de Srebrenica, le général Radislav Krstic a été condamné à 35 ans de prison après que son crime ait été requalifié comme celui de "complicité de génocide" et non de "génocide" comme le déclarait la première sentence du tribunal en 2001.

La Cour Internationale de justice, statuant sur une plainte de la Bosnie-Herzégovine contre la Serbie a conclu, de son côté, en 2007 qu’un génocide avait bien été commis à Srebrenica, mais que la Serbie n’en était pas directement responsable, mais seulement de ne l’avoir pas prévenu puis puni les coupables.

Le TPI vient maintenant, par son jugement du 10 juin, d’identifier et de condamner à la prison perpétuelle deux des auteurs directs de ce crime de masse, sous la qualification renouvelée de génocide, le lieutenant-colonel Vujadin Popovic et le colonel Ljubisa Beara. Les cinq autres officiers supérieurs de l’armée des Serbes de Bosnie en procès ont reçu des peines de 13 à 35 ans de prison pour complicité de génocide ou crimes contre l’humanité.

On ne manquera pas de remarquer qu’aussi haut placés et responsables qu’aient été les deux principaux condamnés de ce procès, ils n’ont été que des exécutants. Leurs supérieurs n’ont pas encore été jugés : Milosevic est mort prématurément ; Karadzic sait, à l’exemple de celui-ci, faire lanterner les magistrats du TPI ; Mladic court toujours. Les autorités de Belgrade n’ont pas trouvé mieux, pour démontrer leur zèle à trouver et arrêter l’ancien chef de l’armée des Serbes de Bosnie, que d’interpeller son épouse, au domicile de laquelle on avait découvert, en 2008, un fusil de chasse et quelques pistolets. Il y a là évidemment de quoi positiver l’avis que doit rendre le procureur du TPI Serge Brammertz sur le degré de collaboration de la Serbie avec ses services, la mention "pleine et entière" étant encore exigée par quelques très rares pays de l’UE pour faire avancer la demande d’adhésion serbe à l’Union.

Le gouvernement de Belgrade s’est bien gardé de commenter le jugement du TPI, mais le directeur du bureau du Conseil national de Serbie pour la coopération avec le TPI a observé que la sentence du tribunal pourrait être réformée en appel. En RS, si aucune réaction officielle ne s’est immédiatement manifestée, les associations d’anciens combattants et de victimes de guerre sont très critiques.

Aucune suite n’a encore été donnée à la Conférence internationale du 2 juin, présentée comme un signe du maintien de l’engagement de l’Union européenne à s’ouvrir aux Balkans occidentaux, malgré les vicissitudes dues autant à la crise générale qui frappe l’Union qu’aux difficultés particulières des Etats de la région et de leurs relations, difficultés auxquelles la conférence n’a répondu que par des avertissements et des promesses, avertissements et promesses prodigués à l’identique depuis des années. On en saura peut-être plus sur les intentions de Bruxelles après les élections d’octobre.

Après les frottements qui ont marqué ces derniers temps leurs relations les dirigeants de la Serbie et de la RS se sont rencontrés au plus haut niveau à Banja Luka le 8 juin, pour réaffirmer, malgré les différences de points de vue qui peuvent apparaître sur certains points, leur entente fondamentale sur la préservation des accords de Dayton, comme garantissant à la fois l’intégrité territoriale de la BH et l’existence des entités telles qu’elles sont. Boris Tadic a confirmé qu’il soutiendrait tout accord accepté par les représentants des trois peuples constitutifs de la BH, autrement dit fondé sur la division ethnique du pays farouchement défendue par Milorad Dodik, sans un mot pour le nécessaire renforcement des pouvoirs centraux de l’Etat, réclamé, entre autres, par l’Union européenne. Ecartelés entre leur désir d’Europe qu’ils veulent prouver, verbalement, et le panserbisme qu’ils ne peuvent renier sans se dédire, les dirigeants de Belgrade ne sortent pas de leur double langage et les Européens ne les aident pas à s’en défaire.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP