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Boris Tadic à Sarajevo

jeudi 7 juillet 2011


La visite officielle du Président de Serbie Boris Tadic à Sarajevo, le 6 juillet, est un événement en soi. C’est la première du genre, après les nombreuses autres qu’il a effectuées en Republika Srpska, à Banja Luka, Pale et Srebrenica, où en 2010, il a rendu hommage aux victimes du massacre de juillet 1995, qualifié de génocide par le TPIY, terme qu’il n’ a pas repris.

Ce moment s’inscrit dans le cadre général d’une politique dont l’objectif prioritaire est l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne, dont une des conditions principales est l’instauration de rapports de bon voisinage et de coopération avec tous les pays de la région. Les autorités européennes ont noté avec satisfaction l’établissement de relations suivies et cordiales entre Belgrade et Zagreb et plus encore le dialogue entre Belgrade et Pristina qui vient d’aboutir à des accords pour améliorer les conditions de la vie quotidienne des populations concernées, dans l’attente d’un règlement définitif, hypothéqué par le tabou serbe de la non reconnaissance de l’indépendance du Kosovo.

L’étape de Sarajevo était essentielle pour que Boris Tadic puisse y répéter la phrase sacramentelle attendue de lui sur la "souveraineté et l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine". Il l’a fait sans rechigner, en ajoutant l’engagement, non moins rituel, de non ingérence dans la politique intérieure bosnienne. Toute solution acceptée par les "deux entités" et les "trois peuples" de BH est d’avance approuvée par la Serbie. Il n’y avait aucun risque qu’il lui soit publiquement objecté que la pratique de la politique de Belgrade contredisait ces principes puisque la parole officielle de la Bosnie-Herzégovine est actuellement portée par le président en exercice de la présidence collégiale, Nebojsa Radmanovic, du même parti SNSD que le Président de la RS, Milorad Dodik. C’est Zeljko Kacin, rapporteur pour la Serbie au Parlement européen, qui s’est chargé de faire observer au Président de la Serbie qu’ "il était nécessaire que ses paroles soient accompagnées d’une politique adéquate et d’une approche cohérente de la part de Belgrade". Les constants témoignages de soutien de Belgrade aux dirigeants de la RS ne sont pas des signes de cette cohérence souhaitée par l’euro-député slovène. L’affaire du référendum projeté par l’Assemblée de la RS à l’instigation de Dodik, condamné par l’UE et la Communauté internationale, à l’exception de la Russie, et approuvé par la Serbie est un exemple éclatant de ce soutien de Belgrade à l’action de désintégration de la BH par les dirigeants de la RS. La non ingérence dans les affaires intérieures de la BH est démentie par les remarques négatives faites par Boris Tadic à propos de la formation du gouvernement de la Fédération.

Si les milieux politiques de la RS ne goûtent que modérément la politique d’ouverture que Boris Tadic se targue de mener au prix, dit-il, d’être taxé de trahison par les extrémistes serbes, la solidarité foncière des autorités serbes des deux côtés de la Drina n’est pas entamée. Pour preuve, à la session du Conseil de l’Internationale socialiste tenue à Athènes début juillet, Boris Tadic (président du parti démocrate serbe, membre de l’IS) est personnellement intervenu pour prendre la défense du parti de Dodik, le SNSD (Alliance des sociaux-démocrates indépendants) lui aussi membre de l’IS, menacé d’être suspendu. Il a obtenu que la décision soit reportée au mois de septembre pour que l’enquête en cours par le Comité d’éthique de l’IS continue. Selon Boris Tadic, la non conformité de la politique de Dodik aux valeurs de la social-démocratie ( défendues en outre par le SDP, également membre de l’IS) resterait à prouver...Milorad Dodik a, en tout cas, déjà trouvé un appui international de rechange : à celui de l’Internationale socialiste, qu’il estime dévalorisée, il substituera celui du parti « Russie unie » de Vladimir Poutine...Quoi qu’il en soit de ces interprétations diverses de la doctrine social-démocrate, le Parti démocrate de Boris Tadic et le SNSD de Milorad Dodik partagent une parenté de vues sur la nature de la guerre de 92-95 en BH : il s’agissait de défendre le peuple serbe contre la menace d’une domination musulmane ou islamiste et la RS a été créée pour parer à cette menace. Si Tadic ne prend pas la défense de Mladic comme le fait Dodik, il n’en considère pas moins que tous les crimes commis pendant ces guerres doivent être jugés en tant que tels, ceux de Ratko Mladic comme ceux de Jovan Divjak, quitte à ce que les procès confirment ou infirment les présomptions de culpabilité. C’est ce que Boris Tadic a dit aussi à Sarajevo, persistant ainsi à égaliser les responsabilités et les crimes de toutes les « parties » d’un conflit dont il veut ignorer les causes, alors que l’initiateur principal des guerres yougoslaves des années 90 a été le nationalisme grand-serbe, porté par le régime de Milosevic, mais soutenu bien au-delà.

On pourra considérer la visite de Boris Tadic à Belgrade comme un pas en avant dans la normalisation des rapports entre la Bosnie-Herzégovine et la Serbie. On ne pourra pas dire, pour autant, qu’elle aura fait avancer la « réconciliation » dont le Président serbe se fait l’apôtre. Car la vraie réconciliation demande la reconnaissance de la réalité des faits et non leur oubli. Des faits du passé qui sont ceux de la destruction du pays par l’armée et les milices dont l’action était encore célébrée il y a quelques jours par les autorités de la RS. Des faits d’aujourd’hui qui sont ceux de la continuation de la division du pays imposée par la violence de la purification ethnique, division revendiquée par ces mêmes autorités de Banja Luka, qui veulent encore la renforcer, avec l’appui maintenu de Belgrade.

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